Ce texte de Maurice Fayolle que j'ai lu il y a une dixaine d'année m'avait marqué. Il y a quelques trucs un peu daté, mais aussi des réflexions toujours d'actualités.
http://www.anarkhia.org/article.php?sid=114
Plus de quarante ans de Réflexions…
En guise d’introduction
Les Réflexions sur l’anarchisme ont été publiées en 1965, en France, par un militant relativement connu de la Fédération anarchiste : Maurice Fayolle. Depuis des années, l’homme était un peu le dissident officiel de la FA. Celui qui, tout en refusant toutes les dérives et tous les révisionismes (et il y en avait!), plaidait systématiquement pour une meilleure organisation et un retour aux sources de l’anarchisme révolutionnaire.
Voyons ce qu’@narlivres, le site bibliographique des ouvrages anarchistes ou sur l’anarchisme français, a à dire sur l’homme :Maurice Fayolle
«Homme discret, modeste, droit, scrupuleux et probe, peu doué pour la parole mais possédant une excellente plume», ainsi le décrit Maurice Laisant. On sait en effet peu de chose sur lui. Maurice Fayolle aurait milité avant la Seconde Guerre mondiale à l’Union anarchiste, dans un groupe de la Somme. Après guerre, il participe à la reconstitution du Mouvement libertaire, qui donne naissance à la Fédération anarchiste (FA). Il en est le secrétaire aux relations extérieures en 1950 et fait partie du groupe de Versailles. Exclu en 1953 lors de la prise de pouvoir de l’Organisation Pensée Bataille (OPB), il prend part à la refondation de la FA et fait partie de l’Association pour l’étude et la diffusion des philosophies rationnalistes (AEDPR), qui doit éviter à l’avenir un nouveau «putsch». Pendant la guerre d’Algérie, il prend de nombreuses fois position dans «Le Monde libertaire», organe de la FA, pour la lutte anticolonialiste tout en mettant en garde contre une «révolution nationaliste» et l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle bourgeoisie. Maurice Fayolle, constatant la stagnation de l’anarchisme, due selon lui à «son inaptitude à l’organisation», propose d’adopter un fonctionnement plus structuré et d’actualiser la doctrine en fonction des données économiques et sociales de l’époque. Sur ces bases de rénovation, une tendance se crée en 1967, l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA), dont il est le principal animateur. Sa volonté de changement structurel se heurte aux craintes de déviations autoritaires de nombreux militants individualistes et à leur conception d’une organisation la plus lâche possible. Le dynamisme de l’ORA la conduit à devenir indépendante en mars-avril 1969, optant clairement pour une organisation de type plate-formiste. Malade, hésitant à rompre définitivement les liens qui l’attachent à certains membres de la FA, Maurice Fayolle reste en réserve de cette scission. Il décède le 30 septembre 1970.
Les Réflexions sur l’anarchisme de Maurice Fayolle condensent sa critique de la sclérose du mouvement anarchiste de son époque tout en proposant des pistes de solutions novatrices. Alors que jusqu’alors Fayolle avait été un homme seul, à partir de 1967 ses thèses trouvent un écho auprès de jeunes militants et de jeunes militantes qui veulent que ça bouge. Pour ceux et celles-là, les thèses de Fayolle, notamment les Réflexions sur l’anarchisme, ont eu une importance capitale.
Dans une entrevue récente (1), Guy Malouvier, l’un de ces jeunes d’alors explique :Mai 1968, et le fait que le mouvement anarchiste officiel ait manqué le bateau, a fait le reste.En 1965 Maurice Fayolle avait publié ses Réflexions sur l’anarchisme, où il défendait la nécessité d’une organisation cohérente, inspirée par la Plate-forme d’Archinov, en fait. Maurice Fayolle […] n’influençait pas directement la direction de la FA, mais il était assez connu, car il militait déjà avant guerre […]
Après le congrès de Bordeaux de mai 1967, qui a été un congrès de crise violente, plusieurs jeunes militants du groupe Louise Michel de la FA, Ramon Finster, Michel Cavallier et Richard Pérez, sont allés trouver Fayolle et lui ont dit : «Il faut faire quelque chose avec l’orientation que tu proposes.» Et Fayolle a dit oui. Assez rapidement je me suis joint à ce groupe initial […]. Je précise que, dès le départ, nous avions en tête la construction non pas d’une simple tendance […] mais bien, à terme, d’une nouvelle organisation. Nous nous sommes structurés autour d’un bulletin, L’Organisation libertaire. […]Réflexions sur l’anarchisme est donc l’un de ces textes annonciateurs du mouvement communiste libertaire contemporain. L’importance que cette brochure a eu dans la rénovation de l’anarchisme révolutionnaire dans l’espace francophone justifie à elle seule sa réédition, plus de quarante ans plus tard, sur un autre continent.En fait les événements de Mai 68 nous avaient amené pas mal de jeunes militantes et militants qui voulaient militer à l’ORA, mais pas du tout à la FA. Déjà que nous n’avions plus très envie d’y rester, cela nous a déterminés à partir.
Il faut dire qu’en plus, le ressentiment était monté contre l’ORA au sein de la FA. Au congrès de Marseille, en novembre 1968, nous avons été vivement attaqués et accusés de fractionnisme. Nous avons alors quitté la salle en chantant L’Internationale ! Et tous les gens de l’ORA ont été démis de leurs fonctions au sein de la FA. À partir de ce moment-là, l’ORA était un pied dedans un pied dehors.
La rupture s’est faite par étapes au cours de l’année 1969. Je me souviens qu’avec un petit groupe, nous sommes allés voir Maurice Fayolle, hospitalisé pour un cancer, pour lui annoncer notre décision. Il est finalement décédé le 30 septembre 1970.
Note :
(1) Dossier 68 : Rolf Dupuy et Guy Malouvier : «Chacun de ces mots comptait : organisation ; révolutionnaire ; anarchiste», Alternative libertaire, mai 2008. En ligne à: http://www.alternativelibertaire.org/sp ... rticle2088
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