À propos de grève générale

À propos de grève générale

Messagede Phébus » 29 Nov 2009, 00:09

Deux camarades de l'OCL Reims ont écrit une brochure fort à propos de 12p sur la grève générale en France. On trouve le pdf de la brochure sur le site de l'OCL (fort pratique pour une diffusion papier autour de vous). J'ai tellement aimé ma lecture que je me suis tapé le formatage HTML pour mettre ça sur Anarkismo (par là: http://anarkismo.net/article/15116).

[quote=Extrait de «À propos de grève général»]Lors du mouvement de ce printemps, nous avons pu entendre le mot d’ordre "Grève Générale" émerger ça et là, de la bouche de militantes et militants révolutionnaires certes, mais surtout des franges les plus déterminées de salariés en lutte. Ainsi, parmi les personnels les plus engagés de l’Education Nationale (minorité importante et très active) est apparue l’affirmation de la nécessaire confrontation générale sans laquelle leurs revendications propres n’ont aucune chance d’aboutir. Il en va de même, évidemment, pour tout mouvement catégoriel. Auparavant et en même temps, des sections syndicales d’entreprises licenciant en masse se rencontraient pour construire une réaction des travailleurs à la hauteur des enjeux en dénonçant clairement le capitalisme et en défendant l’urgence de la construction d’un rapport de force offensif.

Aujourd’hui, la nécessité de la grève générale, la nécessité de synthétiser les mécontentements grandissants de tous les salariés, chômeurs et précaires, germe dans les mouvements. Sans prise de conscience globale, sans lutte d’ensemble, il sera de plus en plus difficile de faire avancer quoi que ce soit pour quelle catégorie que ce soit. Notre salut est encore une fois dans l’union active de tous les travailleurs. Cependant, il faut maintenir les liens apparus dans les mouvements au risque de devoir repartir de zéro à chaque coup tordu du pouvoir. Pour que nécessité puisse devenir réalité, coordination et organisation sont d’une vitale nécessité, car aucun mouvement se voulant victorieux ne peut se contenter de se payer de mots.
[/quote]
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Re: À propos de grève générale

Messagede mickael » 19 Aoû 2010, 19:06

une grève générale selon moi serait vouée à l'échec si les grévistes manifestaient au dehors de l'entreprise,
à mon avis,une simple grève ne suffirait pas,
si on veut change le système,
une grève général devrait s'ensuivre d'une prise des entreprises par les salariés,d'une continuité de leur activité
et il devrait y avoir une organisation qui permettent de répondre aux besoins du peuple,
le fait de prendre les entreprises simultanément ne permettrait pas au gouvernement de reprendre par la force toutes les sociétés,
et les travailleurs ne redonnerait aucun argent,aucun impot au gouvernement qui finirait vite par s'écrouler du fait de ne pas pouvoir payer aussi bien les armées que la police et tous les instruments du pouvoir,et une organisation devrait ensuite suivre pour instaurer ce nouveau mode de vie basé sur l'anarchisme
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Re: À propos de grève générale

Messagede hocus » 19 Aoû 2010, 19:20

complètement d'accord.

Allez hop !

^^

(à ceci prêt que pour moi ce serait pas UNE organisation, mais DE l'organisation (certaines indépendantes les unes des autres) qui prend forme dans et par la grève et les luttes et les réorganisations de production/distribution.
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 07 Mai 2016, 16:25

Grèves générales et grèves de masse

En pleine mobilisation contre la loi El Khomri et alors que la grève générale est en discussion, nous republions un article publié par Terrains de luttes il y a deux ans.
Dans cet article, Kim Moody (Labor Notes) revient sur l’histoire des grèves de masses, notamment aux États-Unis, et sur la manière dont la grève générale a été conçue comme l’instrument de lutte par excellence des classes populaires. Il insiste sur l’actualité, dans les sociétés capitalistes contemporaines, de grèves de masse capables, en se muant en grève générale, de bloquer la production et les échanges de marchandises, et ce faisant de changer le rapport de force entre les classes.

Kim Moody est un spécialiste du mouvement syndical et des luttes ouvrières aux États-Unis, ancien directeur de Labor Notes, à la fois réseau de militants syndicaux et revue visant à faire connaître les luttes sociales aux États-Unis et contribuer à leur convergence. Ce texte a été initialement publié sur le site de l’organisation anticapitaliste étatsunienne Solidarity.

Fidèle à son format de publication de textes courts utiles à l’action, Terrains de luttes présente ici une version réduite. Dans les passages sélectionnés, Kim Moody analyse les dynamiques d’émergence des grèves de masse et s’interroge sur la façon dont une action militante consciente peut contribuer à les stimuler.

... http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=4345
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 04 Juin 2016, 15:43

à débattre, en écartant le "Front Unique" cher aux trotskistes et une déclinaison électoraliste ...

Grève générale, front unique, dualité du pouvoir, par Daniel Bensaid

Le mouvement contre la loi travail et son monde a indéniablement remis au centre des discussions la grève générale, aussi bien dans le cadre de Nuit debout queparmi de nombreux syndicalistes, cherchant les moyens d’une victoire face au gouvernement après la lourde défaite de l’automne 2010, même si la grève ne s’est pas étendue largement, du moins pour l’instant, au-delà des bastions syndicaux. Si la perspective de la grève générale a le mérite d’unifier les efforts des un•e•s et des autres en désignant un objectif – le blocage de la machinerie capitaliste – à la hauteur du défi posé par des classes possédantes radicalisant leur offensive, suffit-elle à résoudre le problème des conditions de possibilité d’une révolution sociale et politique dans les sociétés capitalistes avancées ?

C’est en bonne partie à cette question que Daniel Bensaïd tente de répondre dans ce texte publié en janvier 1979 par Critique communiste (alors revue théorique de la LCR). Il y revient notamment sur la nécessité stratégique de la grève générale, seule à même d’ouvrir une crise révolutionnaire dans une société très majoritairement urbaine et où plus de 90% de la population active est salariée. La grève générale a en effet le mérite de briser le cercle vicieux de l’aliénation, de libérer les salarié•e•s – même partiellement, l’espace de quelques jours ou semaines – du joug de l’exploitation, de leur permettre de faire l’expérience de la mobilisation et de la délibération collectives, et ainsi de rendre possible un processus d’auto-constitution du prolétariat en sujet politique.

Mais Daniel Bensaïd y montre également que la fétichisation de la grève générale, qui répond comme en miroir à la peur suscitée du côté des possédants (il suffit de rapporter les propos du patronat ou des journalistes dominants face aux secteurs en grève), peut avoir pour effet d’éliminer le problème du pouvoir, qu’une grève générale ne saurait résoudre à elle seule. On sait à quel point le pouvoir a horreur du vide et l’appel à destituer tous les pouvoirs et à refuser la constitution d’un autre pouvoir, formulé par exemple par le Comité invisible dans ses textes, ne peut que favoriser une reprise en main par les directions réformistes et la recherche de compromis avec le pouvoir bourgeois, en détournant les secteurs en lutte de la construction d’un pouvoir populaire.

Ce travail de construction ne peut s’opérer que par l’auto-organisation démocratique à tous les niveaux (dans les entreprises, les quartiers, les lieux d’étude, etc.), et la convergence des luttes auto-organisées à travers la formation de coordinations, du local au national, composées de délégué•e•s élu•e•s et révocables. C’est à ce prix – auto-organisation et centralisation – qu’une grève de masse peut commencer à poser, progressivement, les questions du pouvoir et d’une transformation révolutionnaire : qui décide ? Que produit-on et dans quelles conditions ? Comment assurer à tou•te•s les conditions d’une vie décente, et non d’une simple survie ? Comment lutter contre le racisme et l’oppression des femmes ? Comment étudie-t-on et comment enseigne-t-on ? Etc.

... http://www.anti-k.org/2016/06/04/greve- ... 1LoIIdf21s
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 03 Sep 2016, 17:15

Rêve générale

Comme dans tout mouvement social qui s’inscrit dans la durée et couvre un champ revendicatif large, la question de la généralisation de la grève a été largement débattue tout au long de la mobilisation contre la loi travail…

À la fois comme tactique propre à élargir le mouvement et comme moyen de faire reculer un gouvernement qui s’est tout entier arc-bouté sur un texte emblématique d’un choix de société, d’un choix de classe.

Aux origines

Le 9 août 1888, Joseph Tortelier prend la parole lors d’une grève des terrassiers : « Ce n’est que par la grève universelle que l’ouvrier créera une société nouvelle, dans laquelle on ne trouvera plus de tyrans ». Depuis 1890, le 1er Mai était une journée de grève générale pour la journée de 8 heures de travail, et, lors de son congrès de fondation de 1895, la CGT en fait un de ses objectifs gravé dans le marbre de la Charte d’Amiens de 1906 : « [Le syndicalisme] prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. »

Pour Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT, « la grève est pour nous nécessaire parce qu’elle frappe l’adversaire, stimule l’ouvrier, l’éduque, l’aguerrit, le rend fort, par l’effort donné et soutenu, lui apprend la pratique de la solidarité et le prépare à des mouvements généraux devant englober tout ou partie de la classe ouvrière ».

En 1908, la CGT s’en tenait à la formule : « au point de vue international, faire l’instruction des travailleurs afin qu’en cas de guerre entre puissances, les travailleurs répondent à la déclaration de guerre par une déclaration de grève générale révolutionnaire ». Dans les faits, cela se résoudra en ralliement de la CGT à l’Union sacrée…

Instrumentalisation

Les tentatives de grève générale de 1919 et 1920 engendrent, dans la CGT et le jeune Parti communiste, des interrogations sur le rôle et la place de la grève dans leur stratégie, avec des évolutions distinctes après la scission CGT/CGT-U. Pour la CGT « réformiste », la grève est un moyen pour peser pour une intervention de l’État, tandis que pour la CGT-U stalinisée, elle devient un instrument de la politique du PC, fait de zigzags allant du « gauchisme » au Front populaire.

Cette instrumentalisation, renforcée après la guerre du fait de la place prise par le PCF, conduit à l’organisation de journées ponctuelles de débrayages et de manifestations interprofessionnelles. La grève générale n’est plus conçue comme une grève insurrectionnelle devant accoucher du « grand soir ». Elle est d’abord destinée à servir de point d’appui pour établir un rapport de forces dans les négociations avec le patronat et le gouvernement, ou pour prolonger l’action politique du Parti communiste par des mobilisations de masse dans les entreprises et dans la rue.

En 1968, le 13 mai, première journée de grève générale, est appelé par l’intersyndicale contre la répression des mobilisations étudiantes. La reconduction de la grève est décidée dans certaines usines, alors même que les directions n’avaient pas envisagé de suites à cette journée. La claire dimension politique d’affrontement avec le pouvoir gaulliste (« 10 ans ça suffit ! », meeting de Charléty) sera étouffée par la CGT par le refus de l’auto-organisation, l’antigauchisme virulent et les négociations de Grenelle.

Un débat relancé

Force ouvrière, originairement opposé à la politisation des grèves, modifie son approche après la perte de sa position d’interlocutrice privilégiée du patronat et du gouvernement au profit de la CFDT. Depuis 1995, avec l’appréciation que les négociations ne visent plus à produire du progrès social mais à imposer des reculs sociaux, FO s’est engagée au côté de la CGT dans le mouvement contre le projet de réforme de la Sécurité sociale et contre les réformes successives des retraites.

Solidaires rejoint les deux centrales en reprenant des postures du syndicalisme révolutionnaire, tandis que la FSU s’aligne sur la CGT.

Après avoir pris ses distances avec le PCF, interpellée en interne sur les journées de grève sans lendemain et la stratégie du « syndicalisme rassemblé », sortant à grand peine d’une crise interne sans précédent, la direction de la CGT reste tiraillée entre le refus de la marginalisation dans le cadre du dialogue social et l’affirmation d’un syndicalisme « lutte de classe ». Rappelant que, selon la formule consacrée, cela « ne se décrète pas », Martinez expliquait le 28 avril dernier, devant le mouvement Nuit debout, que « dans les entreprises, appeler à la grève reconductible, c’est plus compliqué. Il faut user de la salive pour aller convaincre les salariés »…

Robert Pelletier

http://www.anti-k.org/2016/06/25/reve-g ... 8r2R2fr21t
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 05 Oct 2016, 09:43

Nos petites grèves feront la grande

Le 15 avril 1908, Victor Griffuelhes, syndicaliste révolutionnaire français, alors secrétaire général de la CGT, écrivait dans L’Action directe : « La véritable action révolutionnaire est celle qui, pratiquée chaque jour, accroît et augmente la valeur révolutionnaire du prolétariat. La grève, maniée par une classe ouvrière rendue forte par ses luttes, grâce à des syndicats puissants et agissants, peut davantage que tout le contenu des bibliothèques ; elle éduque, elle aguerrit, elle entraîne et elle crée. » Avec ces quelques mots, le leadeur de la CGT répondaient à ceux qui, au nom de l’idéal révolutionnaire, avaient critiqué, ou critiquaient encore, les grèves dites partielles, celles qui intervenaient dans une entreprise ou dans une branche professionnelle sur des bases corporatives (augmentation des salaires, obtention d’un contrat collectif, etc.). Pour Victor Griffuelhes – et, avec lui, l’anarchiste Émile Pouget, notamment –, la grève partielle permettait aux travailleuses et aux travailleurs de s’exercer régulièrement à l’arrêt de travail, et, ainsi, de maintenir le rapport de force social et de renforcer l’organisation syndicale. Bien que reposant sur des revendications réformistes et corporatives (lesquelles, bien que non révolutionnaires, ne sont jamais négligeables), la grève partielle était vécue comme l’école de la grève générale, un espace de formation militante, d’éducation, d’entraînement (Émile Pouget parlera même de « gymnastique révolutionnaire »), au sein duquel on était à même de construire la grande grève générale expropriatrice et, allant, l’émancipation intégrale du prolétariat.

Aujourd’hui, en 2016, quelques mois après un mouvement social conséquent mais vaincu, le débat est toujours d’actualité. S’il est évident que seules des dynamiques interprofessionnelles pourront un jour menacer dans son ensemble l’édifice capitaliste, force est de constater que, une fois encore, elles ont échoué à ébranler la forteresse et à obtenir le simple retrait d’un projet de loi pourtant largement décrié par la population. Les unions locales et départementales de syndicats n’ont pas su construire le rapport de force suffisant, pas plus que les « assemblées générales interprofessionnelles et interluttes » – souvent issues de militants non syndicaux et qu’on a vu se multiplier sans résultats concrets. C’est à se demander si l’interpro, tant vanté, tant recherché – à juste titre, d’ailleurs –, n’est pas devenu un vœu pieux, un concept toujours pertinent mais désormais incapable de s’incarner.

Quelques constats

Si le mouvement social contre le projet de loi Travail a largement été porté par une intersyndicale solide et soudée, solidaire y compris d’autres formes de mobilisation, on ne peut que regretter que les dynamiques interprofessionnelles soient restées faibles, timides, incapables de vraiment dépasser le stade des cortèges unitaires. Les grands mouvements de grève du rail, des routiers, du spectacle et des raffineries, qui ont un temps fait trembler le pouvoir, n’ont pas bénéficié d’un soutien autre que financier et moral, là où il aurait été nécessaire que les grèves s’étendent à d’autres secteurs. Le rail, les routiers et les intermittents du spectacle ont construit leur mouvement de grève et de blocages autour de revendications corporatives, qui ont plus ou moins été satisfaites (davantage pour les routiers que pour les cheminots et les intermittents) grâce au climat général de mobilisation contre le projet de loi Travail. Ici et là, on a beaucoup reproché aux travailleuses et travailleurs du rail, des routes et du spectacle d’avoir cesser grèves et blocages dès lors que des accords avaient été arrachés à l’État ou au patronat, mais pouvaient-ils faire autrement ? Car, la dynamique interprofessionnelle étant quasi inexistante, ils étaient seuls. Si d’autres secteurs étaient massivement rentrés en grève, la revendication du retrait du projet de loi Travail aurait pu être davantage dominante au sein des mobilisations de ces secteurs particuliers. Faute de généralisation de la grève, ils se sont concentrés sur leurs revendications corporatives et sont sortis partiellement vainqueurs de leurs mobilisations, là où les autres, nous autres, ont perdu sur tous les fronts.

Renforcer l’implantation syndicale

D’une certaine manière donc, les principaux responsables de la baisse d’intensité des quelques grandes mobilisations corporatives de ce printemps social 2016 sont à chercher, non pas au sein des syndicats du rail (excepté chez quelques bureaucrates peu enclins à un véritable bras de fer avec la direction), des routiers, du spectacle ou de la chimie, mais dans les autres… les nôtres, nous qui avons globalement échoué à faire rentrer nos boîtes, nos métiers, nos branches dans une grève dure et longue. Pourtant, les volontés étaient là. Les bases étaient mobilisées, et nombreux étaient ceux qui voulaient en découdre. Mais les bases, nos bases, étaient faibles, incapables de mobiliser massivement dans leurs terrains d’implantation. La plupart des grèves étaient des grèves d’élus syndicaux et d’encartés, les autres salariés se mobilisant peu ou pas du tout. Et, à mon sens, c’est là qu’on doit chercher l’origine de la faiblesse de la dynamique interprofessionnelle actuelle. Sans bases syndicales solides, l’interpro est voué à n’être qu’incantatoire. Et avant d’appeler à gorge déployée à l’unité interprofessionnelle, on devrait surtout s’échiner à poursuivre le travail d’implantation syndicale et de renforcement des bastions existants, histoire de donner à l’interprofessionnalisme qui vient une colonne vertébrale en mesure de le porter concrètement et de lui donner corps au-delà des tracts, des cortèges unitaires et des assemblées de principe… c’est-à-dire dans l’organisation d’un vaste mouvement de grève, de blocage et d’occupation des espaces publics et de travail.

Or, les bases syndicales se construisent et se renforcent dans la lutte. Et, à une époque où la conscience de classe s’est diluée dans le marais de l’individualisme et la quête du parvenir, cette lutte est d’abord corporative. C’est un fait : quand la culture syndicale est inexistante, on mobilise beaucoup plus facilement ses collègues autour d’une augmentation de salaire ou d’une amélioration des conditions de travail que contre un projet de loi dont on ne mesure pas dans l’immédiat les enjeux et les impacts. En parallèle de ces mobilisations à l’échelle de l’entreprise ou d’un groupe, les luttes autour des accords et des conventions de branche ont une importance toute particulière. D’abord parce que la conclusion de ces textes contractuels aide directement l’implantation syndicale et les luttes d’entreprise, ensuite parce que cette échelle de la lutte syndicale est un peu l’antichambre de l’interprofessionnalisme, puisqu’elle convoque déjà des salariés d’entreprises, de métiers et de catégories diverses.

Ce sont dans ces mobilisations aux revendications pas toujours très ambitieuses et jamais authentiquement révolutionnaires que peuvent se créer des liens entre salariés, liens desquels peut surgir un début de conscience de classe, du moins d’un constat de partager les mêmes intérêts face à l’employeur et ses relais. C’est en leur sein également que les salariés peuvent rencontrer, développer et enrichir une culture syndicale jusque-là inconnue et se former comme militants ou, au moins, comme travailleurs conscients de leurs droits. En cela, une augmentation de salaire, une baisse du temps de travail, la réintégration d’un collègue licencié sont autant de petites victoires qui, comme l’écrivait Émile Pouget en 1904, constituent « une diminution des privilèges capitalistes » tout en ouvrant « la voie à des revendications de plus grande amplitude ». En montrant que la lutte peut souvent payer, que le combat syndical peut être « autre chose qu’une défaite anticipée » (Kery James), qu’il est à même d’aboutir à des résultats concrets dont les bénéfices sont immédiats et tangibles, que l’on peut ne pas être seul face à la toute-puissance affichée de sa direction, les luttes syndicales corporatives cultivent l’antagonisme de classe et le désir de reprendre en mains un quotidien volé et aliéné. Par leurs conquêtes, elles maintiennent l’espoir, voire le font naître ou le renforcent, là où les mouvements sociaux interprofessionnels cultivent l’échec depuis quelques années.

Le développement et le renforcement de l’implantation syndicale dans les entreprises sont d’autant plus urgents aujourd’hui que le renversement de la hiérarchie des normes entériné par la loi Travail va pousser nombre d’employeurs à renégocier à l’échelle de leur entreprise tout ce qui, dans les accords de branche, ne leur convient pas. Si, face à eux, il n’y a que des salariés inorganisés et isolés, nul doute qu’ils en profiteront pour imposer des conditions de travail beaucoup plus dures, flexibles et précaires. Dans les prochaines années, l’enjeu va donc être essentiel et, si le syndicalisme ne parvient pas à renforcer sa présence – et ce, sur des bases de lutte de classe, et non d’accompagnement tous azimuts des volontés patronales –, il est fort probable qu’il soit vite neutralisé.

Éviter le piège du corporatisme

Pour autant, il est tout aussi évident que la question sociale ne saurait trouver de réponse définitive et sérieuse dans les luttes syndicales corporatives, les espoirs d’une émancipation intégrale ne résidant que dans l’abolition des classes sociales par l’expropriation du capital et la destruction de l’État. Et, en se concentrant sur les luttes corporatives, le risque peut être grand de finir par sombrer dans le corporatisme exclusif, traduction syndicale de l’individualisme sociétal qui voudrait tout sacrifier à la satisfaction des intérêts d’un groupe de travailleurs, y compris ceux des autres travailleurs (par exemple quand, dans un quotidien national, un syndicat de journalistes dénonce les salaires prétendus trop élevés des ouvriers du Livre…). Le corporatisme nie la conscience de classe (qu’il remplace par la conscience du métier ou de l’entreprise) et, allant, condamne toute perspective de renversement radical de la société capitaliste. Il se contente de travailler à aménager une place un peu plus douillette aux travailleuses et travailleurs qu’il dit représenter spécifiquement, souvent au détriment des autres, qu’il a peu de scrupules à écraser.

Pour éviter ce piège, les syndicats se sont depuis longtemps constitués en unions, fédérations et confédérations et, surtout, se sont dotés de structures interprofessionnelles à base géographique – unions locales, départementales et régionales – qui favorisent la rencontre et les échanges entre travailleuses et travailleurs d’entreprises, de métiers et de branches industrielles différents – ce qui, à mon sens, en fait les principaux creusets de la révolution sociale. Certaines de ces structures sont aujourd’hui très actives et dynamiques, quand d’autres sommeillent dans des locaux désertés : dans les deux cas, il est important de les investir et de les renforcer, car c’est en leur sein – surtout dans les unions locales – que peuvent se construire les dynamiques interprofessionnelles les plus sérieuses et les plus saines, car élaborées à la base. Les militants syndicaux doivent faire le choix de maintenir des relations étroites, faites d’informations et d’investissement militant, avec les unions locales et départementales, pour y bâtir des solidarités agissantes au quotidien, aussi bien dans le cadre de luttes corporatives que de mouvements sociaux nationaux. Cet interprofessionnalisme-là – syndical, donc – me semble être le plus conséquent, le plus à même de porter des fruits, car produit à partir de structures de lutte actives qui, outre leur capacité militante, constituent autant de relais directs, à la base, des initiatives prises dans le cadre d’une dynamique interprofessionnelle. L’interprofessionnalisme est avant tout une dynamique de réseau, et, en cela, c’est la puissance et la vitalité de ses composantes – les syndicats et sections syndicales – qui détermineront sa capacité à s’incarner dans les luttes. Et c’est dans les combats corporatifs que se forgent et se travaillent cette puissance et cette vitalité.

Guillaume Goutte
Groupe anarchiste Salvador-Seguí
Syndicat des correcteurs CGT

https://salvador-segui.org/2016/09/30/n ... la-grande/
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 04 Fév 2017, 16:29

Débat sur la grève avec Philippe Julien (ex CGT PSA Aulnay), Samir (CNT PSA Metz) et Fred (CNT RP)

Ci-dessous l’enregistrement du débat qui a eu lieu le 26 juin 2016 suite à la projection du film Comme des lions organisée dans le cadre du festival de la CNT région parisienne. Ce débat – avec la participation de Philippe Julien (ex CGT PSA Aulnay), de Samir (CNT PSA Metz) et de Fred (CNT RP) – revient sur la grève menée en 2013 à l’usine PSA d’Aulnay. Construites autour de questions qui restent d’actualité (à PSA comme ailleurs), les interventions sont riches d’enseignements sur la façon de mener une grève dure, autogérée et prolongée. A visionner pour préparer les prochains mouvements sociaux !

... http://www.cnt-f.org/debat-sur-la-greve ... d-cnt.html
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Re: À propos de grève générale

Messagede Pïérô » 10 Fév 2017, 04:42

Poitiers, samedi 11 février 2017

Discussion
Construire la grève !

à 10h, Hôtel Fumé, 8 rue René Descartes, Poitiers (Salle 203)

Il y a tant de raisons de se révolter, de faire grève. Il y a les problèmes d'accès au logement, les propos racistes, les attitudes sexistes, l'exploitation au travail, les violences policières, le nucléaire, les colonies en Cisjordanie, etc. La liste est longue et accablante. Comment riposter ? Les Mouvements sociaux, comme celui contre la loi Travail, ont le mérite d'effacer le sentiment d'impuissance ressenti quotidiennement. Ils forment un front d'opposition qui s'étend à chaque débordement. Mais ces mouvements s'épuisent aussi bien dans le temps que politiquement. Comment poursuivre la lutte hors des périodes de Mouvements ? Comment construire une grève permanente et consistante, une grève joyeuse, vivante et victorieuse, une grève révolutionnaire ?

13h - [Banquet] Repas à prix libre préparé par la cantine itinérante "Mange ta Langue !"

https://poitiers.demosphere.eu/rv/1111
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 27 Sep 2017, 20:26

Fernand Pelloutier. – "Qu’est-ce que la grève générale ?"

Le texte qui suit, probablement rédigé pour l’essentiel par le seul Fernand Pelloutier, bien qu’il soit signé aussi du nom d’Henri Girard, membre de la commission d’organisation (puis de propagande) de la grève générale jusqu’à sa mort en 1902, constitue la forme achevée de la doctrine « grève-généraliste » à laquelle s’arrêtera son auteur. Il paraît fin novembre 1895, à la librairie Jean Allemane, alors que Pelloutier vient de prendre en mains le secrétariat de la Fédération des Bourses du travail.
Texte annoté par Miguel Chueca.

doc : http://monde-nouveau.net/IMG/odt/pellou ... nerale.odt
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Re: À propos de grève générale

Messagede bipbip » 04 Oct 2017, 22:01

Grève générale, grève généraliste, brève histoire d’un concept révolutionnaire

Grève générale, grève généraliste, brève histoire d’un concept révolutionnaire

« Si nous faisons la grève générale, c’est pour nous emparer des moyens de production, pour déposséder les possédants actuels, qui, notamment, ne se laissent pas faire facilement ; il est nécessaire que cette grève revête un caractère révolutionnaire. 1 »
Riom, délégué du bâtiment Ve congrès CGT, 1900

Aux sources du mouvement ouvrier

Dès la création de l’Association internationale des travailleurs (AIT) à Londres en 1864, s’opposent le courant social-démocrate (Allemagne, Angleterre, Suisse romande) et le courant libertaire (France, Espagne, Italie, Suisse jurassienne), majoritairement proudhonien. Le premier veut transformer le mouvement ouvrier en partis politiques permettant la prise de pouvoir par la voie parlementaire ; le second, détruire l’État et reconstruire la société sur la base des unions de métiers. Ses arguments – que l’histoire va valider parfois tragiquement – sont les suivants : calquer l’organisation sur celle des États serait la fin de l’internationalisme ; l’État n’a jamais été un instrument révolutionnaire ; la bureaucratie d’État deviendrait inévitablement une nouvelle classe sociale privilégiée. Les anti-autoritaires perçoivent ainsi le rôle de la grève générale : « Lorsque les grèves s’étendent, se communiquent de proche en proche, c’est qu’elles sont bien près de devenir une grève générale, et une grève générale, avec les idées d’affranchissement qui règnent aujourd’hui, ne peut aboutir qu’à un grand cataclysme qui ferait peau neuve à la société » (Journal de l’Internationale, 1869).

En 1871, les communards tentent de mettre en place une démocratie directe, contre l’État versaillais et l’État prussien. La féroce répression qui s’ensuit porte un coup très dur au mouvement ouvrier international. La popularité de la Commune de Paris pousse Marx, dans La Guerre civile en France, à soutenir ses réalisations, alors qu’il avait auparavant déclaré souhaiter la victoire de la Prusse, pour faciliter le triomphe de ses propositions sur celles des internationalistes français ! Il reviendra à ses amours et, après diverses manoeuvres, obtiendra l’exclusion d’anti-autoritaires de l’AIT, dont Bakounine, au congrès de La Haye en 1872.

Émergence du grève-généralisme

Jusqu’à la fin des années 1870, la répression en France est absolue. Le désespoir va pousser quelques-uns, tel Ravachol, à des actes destinés à « réveiller les masses ». Ce n’est qu’après 1884 que les syndicats deviennent légaux et se regroupent sous la direction du Parti ouvrier de France, créé en 1882 par les marxistes Jules Guesde et Paul Lafargue : la Fédération des syndicats voit ainsi le jour à Lyon en 1886. D’autre part, à partir de 1887, sont créées à Paris, souvent construites par les ouvriers eux-mêmes, des Bourses du travail. Là se retrouvent les diverses professions, facilitant le développement d’une conscience de classe liée à la solidarité concrète, et d’une autonomie politique et culturelle ouvrière. Outre les services rendus aux travailleurs (bureau de placement, caisse de secours, formation professionnelle, bibliothèque, etc.), elles se veulent un outil d’émancipation intégrale et un instrument d’organisation de la société future. Leur fédération est créée à Saint-Étienne en 1892, et Fernand Pelloutier, son secrétaire, affirme : « L’idée de fédérer les Bourses du travail a une origine plus politique qu’économique. » C’est surtout en leur sein que se développe l’idée de grève générale, qui se veut une alternative révolutionnaire à la stratégie de conquête de l’État sous l’égide des partis politiques, qu’ils soient réformistes ou insurrectionnalistes. Elle nait de la conviction que l’émancipation doit être le fait des ouvriers eux-mêmes et ne doit pas être laissée aux professionnels de la politique. Jules Guesde traitera avec mépris ces partisans de « grève-généralistes », terme que reprendront les anarchistes, y adjoignant « antimilitaristes et antipatriotes ».

S’émanciper du joug du capitalisme, et de la tutelle des partis

La CGT regroupe en septembre 1895 à Limoges les syndicats et les Bourses du travail. Après l’idée de « grève des bras croisés » initiale, va apparaître celle de « grève générale expropriatrice », sous l’impulsion des libertaires, tel Émile Pouget dans La Grève générale révolutionnaire : « La grève générale ne se limite pas à une cessation de travail, mais doit être immédiatement suivie de la prise de possession et de la réorganisation de la production et de la circulation des produits. » Cette stratégie concrétise les positions des antiautoritaires de l’AIT, affirmant le refus pour le syndicalisme d’instaurer un socialisme par délégation et de jouer un rôle de clientèle électorale pour un parti, ou de chair à canon pour un état-major révolutionnaire : « La grève générale révolutionnaire apparait comme l’unique et seul efficace moyen pour la classe ouvrière de s’émanciper intégralement du joug capitaliste et gouvernemental » (Groupe anarchiste des étudiants socialistes révolutionnaires et internationalistes, 1901).

Devant le développement de l’idée de grève générale, certains, tel Henri Van Kol, fondateur du parti social-démocrate des Pays- Bas, pensent qu’« il est de notre devoir de démasquer ce moyen anarchiste, et d’avertir la classe ouvrière contre ce moyen de lutte dangereux, nuisible et impuissant ». Cependant, en France, seul le Parti ouvrier de France de Jules Guesde affiche clairement ses choix : « Grève générale et on ne vote plus ! Grève générale et l’on méprise les politiciens auxquels on reproche d’exploiter les travailleurs ! » Les autres partis socialistes, tenant compte du choix majoritaire du mouvement ouvrier, adoptent un « socialisme de juste milieu ». Les réformistes de Jean Jaurès et les partisans de Jean Allemane du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire tentent de concilier grève générale et action parlementaire, alors que les blanquistes l’assortissent d’insurrectionnalisme. « Comme toujours les politiciens suivent le vent qui tourne. Dans nos congrès corporatifs, la grève générale a été adoptée. Comprenant qu’ils font fausse route, ils vont essayer aujourd’hui de se revendiquer de ce mouvement, afin de le faire mieux avorter » (La Grève générale, 1901). Jaurès affirmera un peu plus tard : « Il n’y a pour le socialisme qu’une méthode souveraine, conquérir légalement la majorité. »

Syndicalisme révolutionnaire et anarcho-syndicalisme

Les syndicalistes révolutionnaires veulent exalter l’individualité de la vie de producteur ; ils vont donc contre les intérêts des politiciens qui voudraient diriger la révolution de manière à transmettre le pouvoir à une nouvelle minorité », écrit Georges Sorel dans Réflexions sur la violence, en 1908. Keufer, opposant réformiste, reproche alors à la CGT d’être devenue, « sous l’impulsion des libertaires, un véritable parti ouvrier anarchiste ». C’est un peu schématique, car des blanquistes, des allemanistes ont aussi eu un rôle, et des libertaires restent encore hostiles au syndicalisme. Mais l’apport anarchiste a été essentiel dans le syndicalisme révolutionnaire : analyse du rôle de l’État, refus du parlementarisme et des politiciens, antimilitarisme, antipatriotisme, action directe.

Pourquoi ces pratiques, enracinées dans le mouvement ouvrier, ont-elles été vaincues et souvent occultées ? Bien des événements ont permis au capitalisme de parfaire ses armes, aux politiciens de saper l’autonomie ouvrière : en 1905, les groupes socialistes se regroupent dans la SFIO ; la « Grande Guerre », à laquelle ne put s’opposer la CGT, causa la mort de nombreux militants ouvriers et désillusionna beaucoup d’internationalistes ; le rôle réel des bolcheviks dans la révolution russe ne fut perçu au début que par quelques anarchistes, et poussa des syndicalistes révolutionnaires, tel Monatte, à adhérer au Parti communiste créé en 1920 ; enfin, les méthodes de noyautage des syndicats par des fractions politiques étaient inconnues, et permirent au Parti communiste de « pénétrer dans la CGT comme une pointe d’acier dans une motte de beurre ».

Face aux réformistes et aux staliniens, une partie des syndicalistes révolutionnaires, autour de Pierre Besnard, créeront en 1926 la CGT syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR) sur la base de la charte de Lyon, texte fondateur de l’anarcho-syndicalisme, clairement antagonique des partis politiques. Mais il est déjà trop tard.

Changer la vie

Résignation et soumission, qui prospèrent sur la quasi-disparition des cultures ouvrières et paysannes, n’ont pas encore totalement laissé la voie libre au capitalisme mortifère. Si la grève générale n’a pas balayé les possédants, des « grèves généralisées » les ont ébranlés. En 1936, ou 1968, elles ont retardé l’avancée du libéralisme et de ses « partenaires sociaux », et redonné espoir à ceux qui veulent « changer la vie ». Lorsque les ouvriers polonais de Solidarnosc, dans la région de Lodz en octobre 1981, ont commencé à intervenir directement sur la production des usines, il a fallu l’intervention de l’armée russe pour étouffer ce que l’Agence Tass avait stigmatisé à l’époque comme de l’anarcho-syndicalisme.

Les récents mouvements sociaux permettent la redécouverte de ce que furent les pratiques de ce que nos compagnons de l’époque appelaient la « gymnastique révolutionnaire » : bloquer l’économie et les transports, rassembler dans actions et analyses chômeurs, précaires, salariés de toutes professions, lycéens, se réapproprier des lieux pour pérenniser ces rencontres, telle la Maison de la grève de Rennes, alimenter des caisses de grève, etc. Il est plus que temps de réinventer les Bourses du travail, outils pour l’action, l’éducation populaire, la solidarité brisant le corporatisme et l’individualisme… et la préparation d’une grève générale, « révolte sociale dirigée contre le patronat » et qui « présente le minimum de risques d’être accaparée par les politiciens ou d’aboutir au socialisme d’État ».

Élan noir

1. Cité par Miguel Chueca dans Déposséder les possédants. La grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire (1895-1906), Agone, 2008. Ce livre est la matière du présent article.

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