L'éducation libertaire

Re: L'éducation libertaire

Messagede Ady » 28 Sep 2008, 23:42

sebiseb a écrit:Ce ne sont pas seulement les méthodes des enseignants qui en sont responsable, même si on tente de nous le faire croire - Une étude de l'iserm montre que le rythme des enfants, le manque de sommeil pertube fortement l'attention (c'est de la responsabilité des parents) et donc l'apprentissage. De même que le rythme hebdomadaire doit être régulier, la semaine de 4 jours (n'en déplaise au gouvernement, et aux parents) semblent être pertubante pour la concentration des enfants en introduisant une journée supplémentaire (en plus du week-end) de non-école. Bref, la téloche, l'hyper-marketing des consoles et jeux vidéos ciblant nos gamins et qui les abrutissent ont leur part de responsabilité - Les parents, mais la société faisant croire que tout est facile a obtenir, a acquérir, a sa part de responsabilité..


On est d'accord la dessus.
La responsabilité est très souvent partagée entre différents paramètres sociaux.
Ady
 

Re: L'éducation libertaire

Messagede Alayn » 29 Sep 2008, 00:17

Bonsoir ! Ben dites-donc ! arf ! Je me repointe un peu ci et je siffle la fin de la récré ! (arf !)
Des échanges intéressants néanmoins.

Petite synthèse: oui, les profs, en bossant pour l'EN savent pertinemment qu'ils entrent dans un système où ils seront des valets éducationnels. Faut pas se leurrer ! Leur marche de manoeuvre est limitée.

C'est pas pour çà qu'ils faut leur jeter forcément la pierre (un mec bossant dans une usine et engraissant le capitalisme dans ce sens la mérite tout autant, la pierre...arf !).

Le problème actuel, quel que soit le métier que l'on exerce, nous sommes toutes et tous plus ou moins englué(e)s dans le système capitalo et le cautionnant plus ou moins. C'est inévitable.
Même le dernier des rebelles au fin fond des bois dépend et cautionne le système à un moment ou un autre. Ne serait-ce que quand il va acheter son paquet de gris au tabac du coin ! (arf !). Ou son paquet de nouilles.

A mon sens, il faut faire un distinguo, quel que soit la profession de tout un chacun-e entre celles et ceux qui ont conscience de leur aliénation et celles et ceux qui se complaisent dans le système.

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: L'éducation libertaire

Messagede Ady » 29 Sep 2008, 00:25

Après c'est une question de limites personnelles, ce que j'essayais de dire toute à l'heure.
Chacun à le choix, encadré par les moyens qu'il possède et les besoins qu'il a, de jouer le jeu du système à fond, ou au minimum, de s'impliquer dans le maintient de l'ordre social ou dans la réduction de son impact. Il ne s'agit pas d'anhiler cet impact comme on le sait/dit, mais de le limiter.
Pour certains, travailler comme chef ne pose pas de problème éthique.
Pour d'autres, travailler comme ouvrier est le maximum qu'on s'autorise.
Et enfin pour d'autres encore, le travail est à proscrire entièrement dans ce système.

Chacun sa limite, chacun son choix, chacun sa justification,... chacun son impact.
Ady
 

Re: L'éducation libertaire

Messagede Pïérô » 29 Sep 2008, 00:32

Sauf que tout seul on "impacte" pas grand chose... :wink:
Et donc, au delà de sa gestion de la contradiction, voire de l'auto-flagellation :lol: , c'est aussi en terme collectif qu'il faut penser !
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Re: L'éducation libertaire

Messagede Ady » 29 Sep 2008, 11:49

Carrément!
A moi de trouver des copains pour agir en groupe... un peu de mal alors que je suis sur qu'il y en a pas loin...
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Re: L'éducation libertaire

Messagede Vilaine bureaucrate » 05 Nov 2008, 02:40

Le Journal d'un éducastreur, de Jules Celma
(éditions Champ libre, Paris, 1971)

"Entre octobre 1968 et juin 1969, un jeune instituteur donne la liberté à ses élèves. Qu'en font-ils ?"

Instituteur remplaçant, Jules Celma effectue pendant cette période quatre remplacements d'une durée de quelques semaines à quelques mois dans diverses classes.
A chaque fois il essaye de créer les conditions propices à susciter l'expression non autocensurée de ses petits élèves. Il tente de créer une atmosphère de liberté dans la classe. Selon les cas les résultats sont variés. Héritant de classes habituées à des instituteurs pratiquant une pédagogie ordinaire (c'est à dire autoritaire et castratrice) il rencontre pas mal de difficultés avant d'obtenir un peu de spontanéité de la part de ses élèves déjà bien dressés. Tout en s'interdisant d'orienter artificiellement les sujets de discussion.
Son livre est le récit de ces différents épisodes de remplacement, à partir de notes reproduisant les dialogues des enfants, des poèmes ou histoires qu'ils ont écrits et les dessins les plus intéressants qu'ils ont produits, représentants le plus souvent des personnages nus (avec leur organes génitaux bien mis en évidence), dans des activités scatologiques (pipi-caca).
Le livre reproduit également quelques réactions contradictoires (courriers de lecteur) reçues suite à la publication de son expérience dans la revue Le fait public (février 1970).
Après ces quelques expériences Jules Celma ne fut plus employé par l'"Educastrons Nationale". Il fut même condamné pour "outrages aux bonnes moeurs" en 1971 après qu'un de ses textes, relatant son expérience et les leçons qu'il en a tiré, ait été utilisé comme tract par des lycéens en colère. Le livre reproduit aussi les témoignages favorables d'éminents scientifiques (Bernard Pagès, Gilles Deleuze et Henry Chambron) interrogés par les juges.

Nous lui tirons notre chapeau.


http://www.ecologielibidinale.org/fr/biblio/miel-Celma-educastreur-fr.htm
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Re: L'éducation libertaire

Messagede scrash » 14 Mar 2009, 13:12

bonjour

connaissez vous des vidéos sur le sujet ?
on a tous une part d'ombre, mais on n'est pas que l'ombre
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Re: L'éducation libertaire

Messagede Pïérô » 14 Mar 2009, 18:26

vidéo : Bonaventure, un cas d'école - Une école libertaire, en vente militante ou en VOD : http://www.vodeo.tv/4-97-3199-bonaventu ... ecole.html
il y a eu un documentaire pas mal sur l'école vitruve "En mai, fais ce qu'il te plaît " qui est passé sur Arte.
Et toujours le très bon film de JM Carré "votre enfant m'intéresse" qui n'a pas vieilli.
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Re: L'éducation libertaire

Messagede barcelone 36 » 25 Oct 2009, 21:29

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Re: L'éducation libertaire

Messagede barcelone 36 » 02 Mar 2011, 16:25

04/03, Paris: l'éducation et la pédagogie libertaires
http://groupe-segui.blogspot.com/
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Le vendredi 4 mars 2011, le groupe Salvador-Segui organise une conférence/débat autour de l'éducation et de la pédagogie libertaires. Pour l'occasion, Hugues Lenoir, militant du groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste et auteur, notamment, du livre Éducation, autogestion, éthique (paru aux Éditions libertaires) sera notre invité et le principal animateur. Ça se passera à la bibliothèque anarchiste La Rue (10, rue Robert-Planquette, 75018 Paris) à 20h00.
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Re: L'éducation libertaire

Messagede Pïérô » 07 Oct 2013, 01:51

Pédagogies libertaires
Les pédagogies libertaires : un mouvement éducatif dépassé ?

Environ un siècle après ce que l’on pourrait qualifier de mouvement anarchiste en pédagogie, ses revendications sont-elles obsolètes ?

Au sens strict, on peut qualifier de pédagogues libertaires, des éducateurs qui lient leurs pratiques éducatives à leur engagement anarchistepédagogues libertaires. Ce sont ainsi généralement trois personnalités œuvrant avant la Première Guerre mondiale, Paul Robin, Sébastien Faure et Francisco Ferrer, que l’on classe sous cette étiquette. Parmi les éléments que ces derniers mettent en avant figurent la méthode inductive, la mixité ou encore l’éducation sexuelle à l’école. Or on peut se demander si en définitive ces pédagogies n’ont pas été rattrapées par le mouvement de l’histoire ou si elle présentent encore une actualité ? Pour cela, on s’intéressera plus particulièrement ci-dessous aux options défendues par Sébastien Faure, le fondateur de l’expérience éducative alternative La Ruche (1904-1917).

Il est possible de constater en réalité qu’un certain nombre de dimensions prônées par Faure en pédagogie sont loin d’avoir été encore réalisées dans notre système d’enseignement français.

- Critique de la dichotomie entre travail intellectuel et travail manuel : La critique de cette opposition est présente dès l’oeuvre de Pierre Joseph Proudhon qui prône une éducation polytechnique, qui conjoint avec une formation continue, permet à l’ouvrier atteindre la maîtrise des dimensions à la fois manuelles, mais également intellectuelles de l’activité de production. Cette aspiration à former un être humain dont l’ensemble des capacités ont été développées se retrouve portée par Paul Robin, sous l’expression d’ « éducation intégrale » qu’il promeut au sein de l’AIT (Association internationale des travailleurs). C’est par exemple sous l’expression « êtres complets » que Faure formule une telle aspiration. Il s’agit pour lui de développer au sein de l’enseignement à la fois des activités manuelles et intellectuelles afin de parvenir non seulement à un adulte dont toutes les capacités sont développées, mais à remettre en cause l’inégalité sociale entre travailleurs intellectuels et manuels. On peut constater encore aujourd’hui la sous-valorisation au sein du système scolaire français du travail manuel. Il est possible à l’inverse de noter la place accordée au travail en atelier – au travail du bois en primaire par exemple - dans le système scolaire finlandais. Ce système scolaire est régulièrement mis à l’honneur par les comparaisons internationales PISA.

- La remise en cause des système de classement des élèves : Aussi bien Ferrer que Faure remettent en question l’idée de classer les élèves par un système de notation. Faure critique le fait que ce système conduit à naturaliser pour les élèves la hiérarchie sociale. Celle-ci devient la simple conséquence de l’inégalité scolaire : « Ainsi, ce qu’on sème, par le classement, c’est : chez les premiers, la vanité, la présomption, le mépris des inférieurs, l’arrivisme quand même ; chez les derniers, l’envie, le découragement, le dégoût de l’effort, la résignation ». La question de la notation est un serpent de mer qui resurgit périodiquement. C’est en particulier le cas en 2012 lorsque le Ministre Vincent Peillon annonce qu’il réfléchi à la question . Là encore, le modèle finlandais est pris en exemple : les enfants ne reçoivent pas de notes jusqu’à l’équivalent du collège.

- Allègement des programmes, place de la mémorisation et du raisonnement, importance de l’oral : Les textes de Faure montrent que le débat autour de l’allègement des programmes ne date pas d’aujourd’hui. Faure prône en outre un enseignement qui donne la première place à la capacité de compréhension des élèves plutôt qu’à leur capacité de mémorisation. Il critique ainsi ce qu’il appelle le « Perroquetisme ». A vrai dire, il ne s’agit pas d’une revendication récente si l’on pense à Montaigne qui énonçait déjà : « Mieux vaut une tête bien faîte, que bien pleine ». Néanmoins, là encore la comparaison avec le système finlandais conduit à constater que moins que le système français y sont mis en avant les exercices de mémorisation : peu d’apprentissage de récitation par exemple. On ne peut que s’étonner à l’inverse lorsque l’on est professeur de philosophie dans le secondaire du nombre d’élèves qui pensent que l’apprentissage de citations par cœur constitue la meilleure arme pour affronter l’épreuve de baccalauréat. Enfin Faure insiste sur la participation orale des élèves et leur droit à pouvoir poser des questions, faire des objections autant qu’ils le souhaitent durant le cours. Les préjudices de l’excès en la matière lui paraissent moins grave que l’inverse. Là encore, le système français actuel favorise peu la confiance des élèves en situation d’expression orale.

- Un fort taux d’encadrement : « Peu d’enfant pour un seul maître » constitue une des affirmations que met en avant Faure et qui rejoint les préoccupations syndicales actuelles face à des effectifs de classe qui ne cessent de croître. Tandis que là encore le modèle finlandais est réputé pour mettre en œuvre un fort taux d’encadrement des élèves. Il est d’autant plus étonnant d’entendre affirmer que le taux d’encadrement ne tient pas tant d’importance dans la réussite des élèves lorsqu’il constitue une différence majeure entre les filières sélectives telles que les classes préparatoires et les cours en amphithéâtre des universités.

- Pour une autogestion pédagogique : Dans la Ruche, telle que la décrit Sébastien Faure, les enseignants et les élèves les plus âgés se retrouvent quotidiennement lors de réunions qui on lieu le soir et où sont traités toutes les informations et décisions qui orientent la vie de l’établissement. Ces réunions constituent une anticipation des conseils mis en place par exemple dans l’autogestion pédagogique de l’analyse institutionnelle. En cela, les conseils d’administration tels qu’ils existent actuellement sont une version de démocratie éducative bien plus limitée.

- Contre le mécanisme sanction/récompense : Faure critique une éducation qui repose sur l’usage de la « carotte » et du « bâton » qui conduit selon lui à un dressage, mais non pas à une éducation authentique. En effet, il ne s’agit en définitive que d’une pédagogie behavoriste qui repose sur le conditionnement mécanique. A l’inverse, Faure considère que l’éducation authentique présuppose des élèves sujets dotés d’une volonté propre et d’une conscience, accessible à l’argumentation. C’est pourquoi elle repose sur la « persuasion » et non pas sur la contrainte : « Chacun comprend, ici, que l’éducation comporte de la part de l’éduqué l’intervention de sa raison, de son cœur et de sa volonté, et chacun conçoit aussi que cette entrée en scène ne peut se produire que si la raison est éclairée, le cœur ému et la volonté entraînée ». Cela ne signifie pas que l’enfant soit toujours accessible à la raison, mais le considérer comme un sujet c’est admettre qu’il puisse apprendre par l’expérimentation à faire usage de sa liberté : « Qu’on me permette une comparaison : l’enfant apprend à se bien conduire, comme il apprend à marcher. ». Image que l’on retrouve également chez Kant lorsqu’il décrit le processus qui caractérise l’avènement des Lumières et de la liberté pour un peuple. Méthode que l’on retrouve également mise en avant par Freinet avec le tatonnement expérimental. Cette liberté suppose néanmoins de la part du pédagogue, précise Faure, la mise en place d’un cadre susceptible de sécuriser ces expériences : « Quand il est encore tout petit et que ses jambes le portent à peine, quand il est à craindre qu’à chaque pas il ne fasse une chute ; quand il y a lieu de redouter que cette chute ne lui casse un bras ou ne lui brise une jambe, il est prudent et nécessaire de ne pas le perdre de vue, de le guider, de veiller à ce qu’il ne trébuche pas, de l’éloigner des obstacles, de soutenir sa marche chancelante, et si, malgré toutes les précautions prises, il choit, d’être là pour le relever et lui donner les premiers soins ». Ce qui signifie qu’une telle méthode ne doit pas être confondue avec le laxisme, comme le souligne Faure, ou une forme de non-directivité intégrale. Là encore, on peut s’étonner comment à l’inverse aujourd’hui les techniques dites de « tenue de classe » (plan de classe, faire lever les élèves, les mettre en rang avant d’entrer...) ont pris le pas sur une telle aspiration.

- Contre les cours de morale, de religion ou d’instruction civique : Alors que le Ministre Vincent Peillon veut réintroduire les cours de morale à l’école à partir de 2015, Faure se montre critique à l’encontre d’un tel enseignement : « la morale ne s’enseigne pas théoriquement ; elle se pratique […] La morale c’est la vie […] La plus grande force moralisatrice, c’est l’exemple ». L’enfant n’a pas à subir pour Faure ce type d’enseignement car « l’enfant n’appartient ni à son père, ni à son Maître, ni à l’Eglise, ni à l’Etat, mais qu’il s’appartient à lui même ». L’éducation ne doit donc pas viser avant tout la transmission de valeurs idéologiques, mais l’autonomie du sujet.

- Contre l’idéologie de l’enfant « surdoué » : Faure se montre sceptique contre la tendance déjà présente dans la bourgeoisie de son époque à fabriquer des enfants prodiges : « Neuf fois sur dix, citrons dont on a prématurément exprimé tout le jus, ils ne sont par la suite, que des fruits secs ». Une remarque qui rejoint par certains aspects le travail du sociologue Wilfried Lignier sur la construction sociale par la classe moyenne du statut de l’enfant surdoué : La petite noblesse de l’intelligence – Une sociologie des enfants surdoués (La Découverte, 2012).

Comme ces éléments ont pu le montrer, bien des points défendus par Sébastien Faure restent d’actualité dans un système éducatif français qui se maintient par la reproduction d’une élite scolaire corollaire de la reproduction de l’inégalité sociale des enfants issus des classes populaires et de l’immigration. Mais cela n’est en outre sans doute pas sans lien avec le peu de plaisir que les élèves en France comparativement à ceux des autres pays prennent à l’enseignement qu’ils reçoivent : la France est classée sur ce point 19e sur 25 par une étude de l’OCDE. Faure pour sa part attribuait une mission esthétique à l’enseignement qui peut être vu comme une forme de perfectionnisme éthique : « [par beauté] je parle de cette physionomie ouverte, expressive et animée [qui] atteste la sincérité et la confiance ».


Bibliographie :

Écrits pédagogiques de Sébastien Faure, Edition du Monde libertaire, 1992. « La Ruche », article de l’Encyclopédie anarchiste (publiée sous la dir. de Faure). Sébastien Faure, Propos d’éducateur : modeste traité d’éducation physique, intellectuelle et morale, La brochure mensuelle, n°127-128, juillet-août 1933. Ferrer i Guardia Francisco, La Escuela Moderna Violet Renautl, Régénération humaine et éducation libertaire (Mémoire de maîtrise, 2002)

Irène Pereira
http://www.questionsdeclasses.org/?Les- ... rtaires-un
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Re: L'éducation libertaire

Messagede Pïérô » 12 Mar 2014, 03:16

Pédagogies libertaires contre pédagogies libérales

Luc Boltanski et Eve Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme ont analysé comment la récupération de certaines thématiques libertaires par le capitalisme s’est opéré au prix d’un décrochage entre critique sociale et critique artiste. Il est possible de se demander dans quelle mesure il en est de même en ce qui concerne les pédagogies actives.

Projet professionnel de l’élève, socle commun de compétence …il est possible de se demander dans quelle mesure ces dispositifs n’indiquent pas une pénétration du nouvel esprit du capitalisme au sein de l’école en s’appuyant sur des notions issues des pédagogies nouvelles. Ce que l’on tentera de montrer ci-dessous, c’est qu’il est nécessaire de distinguer au sein des pédagogies nouvelles, celles qui étaient déjà issues d’une tradition libérale de celles qui sont issues du mouvement ouvrier anti-autoritaire. C’est au prix d’une confusion entre ces deux types de pédagogie que l’on peut être conduit à penser qu’il y aurait une continuité entre libéral et libertaire. Confondre libéral et libertaire, c’est comme en philosophie confondre utilitariste et pragmatiste.

1- Herbert Spencer : une pédagogie libérale et utilitariste

Herbert Spencer est un penseur ultra-libéral dont les thèses, incluant une critique de l’Etat, peuvent entraîner la confusion d’une continuité entre libéralisme et mouvement libertaire. C’est ce que peut donner à penser par exemple son ouvrage L’individu contre l’Etat.

Néanmoins comme on va le voir, Herbert Spencer s’incrit dans la continuité de l’utilitarisme de Bentham. De fait, il fait de l’utilité le critère principal de l’action et le plaisir la finalité de celle-ci. Cet aspect est présent par exemple dans ses écrits pédagogiques :

“Comme une pierre de touche qui peut nous faire juger de l’excellence d’un plan d’éducation vient cette question : “Y-a-t-il chez l’enfant une excitation agréable ?”[...] nous pouvons avec sureté se servir de ce criterium [...] la saine activité est agréable et que l’activité pénible n’est pas saine” (De l’éducation intellectuelle morale et physique, Edition Alcan, 1930, p.126)

Comme on le voit dans ce passage le critère de l’intérêt de l’enfant, de ce qui suscite son désir et de ce qui est utile, est le plaisir. La finalité dernière de l’être humain est le plaisir.

2- Jean-Marie Guyau, critique de la pédagogie de Spencer

Jean-Marie Guyau est un philosophe vitaliste français dont les théories morales ont été jugées par le penseur anarchiste Kropotkine proche de ce qu’il fallait entendre par une morale anarchiste.

Ainsi, dans son opuscule La morale anarchiste, Kropotkine écrit :

“Quant à les expliquer, les moralistes religieux, utilitaires et autres, sont tombés, à leur égard, dans les erreurs que nous avons déjà signalées. Mais il appartient à ce jeune philosophe, Guyau — ce penseur, anarchiste sans le savoir — d’avoir indiqué la vraie origine de ces courages et de ces dévouements, en dehors de toute force mystique, en dehors de tous calculs mercantiles bizarrement imaginés par les utilitaires de l’école anglaise. Là où la philosophie kantienne, positiviste et évolutionniste ont échoué, la philosophie anarchiste a trouvé le vrai chemin. Leur origine, a dit Guyau, c’est le sentiment de sa propre force. C’est la vie qui déborde, qui cherche à se répandre. « Sentir intérieurement ce qu’on est capable de faire, c’est par là même prendre la première conscience de ce qu’on a le devoir de faire ».

L’action humaine n’a pas pour finalité la recherche égoiste du plaisir et ne procède pas à un calcul utilitariste. L’être humain est capable d’altruisme sous l’effet d’une energie vitale qui déborde son utilité personnelle.

Dans Education et hérédité, Guyau critique directement la pédagogie d’Herbert Spencer :

“Spencer, lui, veut prendre comme criterium supérieur de la bonne méthode le plaisir des enfants - l’intérêt, l’admiration, soit, mais le plaisir, l’amusement ?...Loin de subordonner le travail au plaisir, il faut que l’enfant trouve son plaisir dans le travail même, dans l’exercice de ses facultés et dans le sentiment d’un devoir accompli. La vie n’est autre chose qu’un travail et une soumission à des règles, ne la représentez pas aux enfants comme un jeu de boule ou de quilles : ce serait les démoraliser, et au lieu de faire des hommes, préparer la société de grands enfants. Celui qui ne sait que jouer et juge tout d’après son plaisir est un égoiste et un paresseux. Au reste, le jeu lui-même exige encore un certain travail. Car ne l’oublions pas le plaisir trouvé dans le jeu devient très vite l’intérêt de la difficulté à vaincre et la preuve c’est que le jour où le jeu à cessé d’être difficile, il a cessé d’amuser” (Education et hérédité, p.119-120).

3- L’éducation intégrale, une éducation du travail

Néanmoins, Guyau et Kropotkine divergent sur la place de la discipline. En effet, après s’être attaqué à Spencer, Guyau critique également l’école anarchiste fondée par Tolstoi pour son absence de discipline.

Mais tel n’est pas l’avis de Kropotkine qui considère que l’éducation anarchiste doit abolir la discipline : “discipline qui engendre la dissipation et le mensonge” (comme il le précise dans un texte collectif - Définition du programme du comité pour l’éducation anarchiste, daté de 1882).

Néanmoins, en quoi peut-on considérer alors que l’éducation libertaire ou anarchiste se distingue de l’éducation libérale de Spencer ?

La distinction tient au fait que l’éducation anarchiste est une éducation ouvrière car elle accorde une place centrale au travail et non jeu, à l’action et non au plaisir.

Cette place accordée au travail est la condition de possibilité de l’éducation intégrale :

“c’est-à-dire tendre au développement harmonieux de tout l’individu et fournir un ensemble complet, connexe, synthétique et parallèlement progressif dans tous les domaines des connaissances intellectuelles, physiques, manuelles et professionnelles” (Ibid)

La notion d’éducation intégrale est au coeur également de la pédagogie de l’anarchiste Paul Robin :

“Nous n’avons pas le moins du monde la prétention de faire de nos élèves des savants universels. Par ce mot d’éducation intégrale, nous entendons celle qui tend au développement progressif et bien équilibré de l’être tout entier, sans lacunes, ni mutilation, sans qu’aucun côté de la nature humaine soit négligé ni systématiquement sacrifié à un autre. […] L’éducation intégrale contient et réunit les trois facteurs habituels, à savoir : l’éducation physique, intellectuelle et morale.”

Cette visée de former des êtres complets par leur propre travail est également au coeur du projet de Sébastien Faure :

“L’Education doit avoir pour objet et pour résultat de former des êtres aussi complets que possible, capables, en dépit de leur spécialisation accoutumée, quand les circonstances le permettent ou le nécessitent : travailleurs manuels, d’aborder l’étude d’un problème scientifique, d’apprécier une œuvre d’art, de concevoir ou d’exécuter un plan, voire de participer à une discussion philosophique ; travailleurs intellectuels, de mettre la main à la pâte, de se servir avec dextérité de leurs bras, de faire, à l’usine ou aux champs, figure convenable et besogne utile. [...] C’est pourquoi on y mène de front l’instruction générale et l’enseignement technique et professionnel.”. (“La Ruche”, in L’encyclopédie anarchiste).

Ce n’est donc pas une éducation par le jeu ayant comme critère le plaisir, mais une éducation par le travail, visant au développement de l’intégralité des capacités de l’individu qui est menée.

Il est possible également de rappeler que la pédagogie de Freinet accorde une place centrale au travail et non au jeu (comme le souligne par exemple le titre de l’un de ses ouvrages, L’éducation du travail). De même, le philosophe pragmatiste John Dewey, dans un texte intitulé “L’intérêt et l’effort” prend soin de distinguer une pédagogie de l’intérêt d’une pédagogie du plaisir. S’appuyer sur le désir de l’enfant, ce n’est pas prendre comme critère le plaisir.

Conclusion : Les pédagogies inspirées de l’utilitarisme, comme la société néolibérale, mettent au principe de leur anthropologie, un individu hédoniste. En effet, la société de consommation néolibérale s’accomode parfaitement d’individus qui ne recherchent que la facilité et leur plaisir, qui ne cherchent pas à fuire le confort qui leur est proposé et qui se trouvent rebutés par la moindre lutte à mener. Quoi de plus souhaitable après tout pour l’économie capitaliste que des individus incapables de mener le moindre combat pour conquérir leur émancipation, tout juste apte à s’aliéner dans les plaisirs offerts par une société du divertissement ?

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Re: L'éducation libertaire

Messagede bipbip » 13 Mar 2016, 16:03

Pour une pédagogie émancipatrice inventive

Il est possible de se demander si les aspirations à une pédagogie émancipatrice ne se sont pas sclérosées sous le poids de l’histoire de l’éducation nouvelle.

Qu’est ce qu’une pédagogie émancipatrice ?

On peut distinguer deux aspirations divergentes dans l’histoire des pédagogies nouvelles. Ces aspirations sont assez bien rendues, par exemple, par la distinction qu’effectue Judith Suissa entre éducation anarchiste et éducation libertaire.

L’éducation libertaire peut apparaître comme le fait de donner pour finalité à l’éducation l’épanouissement et surtout le bien-être psychologique de l’enfant. On peut considérer que cela est lié au statut que l’enfant a pris en particulier dans les classes moyennes.

On peut ainsi considérer que par exemple Alexander Neils ou Carl Rogers se donnent pour objectif de développer une pédagogie visant le bien être psychique.

L’éducation anarchiste était au contraire un courant éducatif qui se donnait pour principe l’émancipation des classes ouvrières . L’épanouissement individuel ne pouvait être dans une telle conception détaché de l’émancipation collective et de l’égalité sociale.

Cette conception est illustrée par Celestin Freinet ou Paolo Freire qui ont mis au coeur de leur pédagogie une visée émancipatrice des classes populaires.

Il s’agit dès lors de se demander ce que peut être une pédagogie de l’émancipation des classes populaires.

Pédagogies et psychologies

Nombreux sont les pédagogues qui ont cherché à nourrir leur réflexion en s’appuyant sur la psychologie ou qui ont cherché dans la psychologie de leur temps une confirmation de leurs pratiques pédagogiques.

Ainsi, Celestin Freinet s’est-il inspiré par certains aspects des apports de la psychologie fonctionnelle d’Edouard Claparède.

Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement de l’Education nouvelle, en particulier autour du GFEN en France, a voulu voir dans le constructivisme psychologique, puis le socioconstructivisme, une psychologie qui venait conforter ses pratiques pédagogiques.

De son côté Piaget s’était montré méfiant quant à la tendance à vouloir transposer ses théories psychologiques dans des pratiques pédagogiques.

Ce lien étroit entre la pédagogie et certaines théories scientifiques a commencé à poser problème à partir du moment où les pédagogues ont omis le fait que les connaissances scientifiques évoluent.

Certains se sont mis à fétichiser des pratiques liées à des connaissances fondées sur un état de la science à un moment donné de l’histoire de ces disciplines au détriment de la recherche pertinentes de moyens en vue d’atteindre la fin recherchée. Les pratiques pédagogiques ne valent en effet que si elles permettent d’atteindre les finalités émancipatrices qui sont posées par ces pédagogies.

Ainsi, l’on voit nombre de pédagogues continuer à soutenir des théories scientifiques, et en particulier psychologiques, qui ne sont plus dominantes dans le champ scientifique concerné. C’est ainsi que la psychologie cognitiviste a pris le pas sur le socioconstructivisme dont nombre de pédagogues continuent pourtant à se réclamer.

Sociologie et pédagogie

Mais plus encore, la focalisation de la pédagogie sur la psychologie la conduit à évacuer la prise en compte des inégalités sociales. Or une pédagogie qui vise l’émancipation des classes populaires doit au contraire prendre en compte la sociologie des inégalités sociales.

Or force est de constater que les travaux dominants dans le champ de la sociologie de l’éducation font une critique des méthodes issues de l’éducation nouvelle et du socioconstructivisme.

Ce qui est paradoxal, c’est que nombre de pédagogues identifient la remise en cause du socioconstructivisme en tant que pratique pédagogique à un retour aux pratiques pédagogiques traditionnelles. Il s’agit là d’une illusion. Il ne peut pas être question de revenir à des pratiques traditionnelles car la société actuelle n’est plus celle d’avant mai 68.

Ces crispations sur le passé ne sont ce que l’on peut attendre d’une pédagogie à visée émancipatrice. Celle-ci doit au contraire prendre appui sur les sciences de son époque et en particulier sur l’analyse des réalités sociales que propose la sociologie, pour inventer de nouvelles pratiques pédagogiques qui seront à leur tour évaluées par la recherche scientifique.

La visée pédagogique émancipatrice au défi de la sociologie contemporaine

La sociologie contemporaine met l’inventivité de la visée pédagogique émancipatrice face au défi suivant :

• les travaux sociologiques mettent en valeur la nécessité de produire une pédagogie explicite pour ne pas reproduire les inégalités sociales: Qu’est-ce que peut être ’une pédagogie explicite émancipatrice ?

• les travaux sociologiques mettent en lumière la récupération de l’innovation pédagogique par le nouvel esprit du capitalisme: qu’est-ce qu’une pédagogie émancipatrice capable de lutter contre les récupérations du nouvel esprit du capitalisme ?

Pistes pour un renouvellement de la pédagogie émancipatrice :

• L’apprentissage explicite des stratégies d’apprentissage comme l'entraînement à la résistance mentale: l’apprentissage explicite des stratégies d’apprentissage met en lumière la manière dont l’apprenant construit la connaissance par son activité mentale. Cela peut passer pas un ensemble d’opérations critiques qu’effectue l’apprenant pour analyser l’information qui lui est fournie.

• Le rapport dialectique à l’enseignant comme expérience de la résistance à l’autorité: L’enseignant peut mettre en place dans sa relation avec ses élèves un rapport dialectique qui soit à même de les rendre capable de se confronter à l’autorité intellectuelle de l’enseignant. Le rapport dialectique peut être vu comme une lutte de l’élève pour la reconnaissance de sa dignité dans la confrontation intellectuelle critique avec l’enseignant.

• L’affirmation de soi face au conformisme de groupe: L’enseignant peut encourager l’élève à prendre la parole au sein du groupe classe en apprenant la capacité à défendre une position même si elle est minoritaire. La relation au groupe n’est pas vécue uniquement sous le mode de la coopération, mais également de la dissidence.


Bibliographie :
Suissa, Judith. Anarchism and Education: a Philosophical Perspective. Routledge. New York. 2006

http://iresmo.jimdo.com/2016/03/05/pour ... inventive/
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Re: L'éducation libertaire

Messagede Lila » 26 Juin 2016, 21:47

Emancipation : Vive les enfants de la liberté !

Les nouvelles méthodes d’éducation parentale sont encore souvent perçues comme l’avènement de l’enfant roi, quand elles ne sont pas carrément la cause de la décadence de la société. Dans une confusion entre déclin d’autorité et bienveillance éducative, les milieux anars et consorts négligent de se saisir de ce modèle dont les accointances avec les principes libertaires sont pourtant certaines...

Les questions d’éducation familiale, notamment concernant la petite enfance, sont loin de s’ériger en thématique de prédilection dans les milieux libertaires. Sous prétexte que la politique n’a pas à s’immiscer dans le domaine privé, peu s’y aventurent, par manque d’intérêt peut-être, mais aussi par respect d’une certaine tradition thématique, l’attrait pour les questions familiales étant symboliquement teinté d’une aura négative aux relents réactionnaires.

De façon caricaturale mais avérée dans ses grandes lignes, aux théoriciens de droite la famille et le diktat de ses valeurs VS une gauche cantonnée à la lutte proavortement, le féminisme et ses valeurs émancipatrices, l’enfant apparaissant comme un frein à la libération des femmes. Les questions domestiques sont ainsi exclusivement relayées par la presse parentale ou les mouvances religieuses et/ou marquées à droite. Or, sur un sujet loin d’être anodin, peut-on décemment laisser le champ libre à la droite et ses extrêmes ?

Prise en compte des besoins

Quantitativement, les familles avec enfant(s) représentent 8 007,3 milliers de foyers sur un total de 16 994,7 – soit près de la moitié. (source Insee, 2012). Cette part non négligeable de la population a-t-elle vocation à être exclue de la sphère politique et militante marquée à gauche ? À la jeunesse et aux célibataires la lutte et les affaires politiques, les parents et surtout les mères restant cantonné-e-s tel-le-s des vestales dans leur cocon ? Trop souvent, la césure est marquée entre quotidien domestique et engagement dans la vie publique. Or la révolution et l’amélioration de la société commencent évidemment chez soi, au sein de la société primaire que constitue la famille. C’est précisément ce que postulent les défenseurs de la bienveillance éducative.

Encore confidentiel il y a dix ans, ce modèle éducatif est devenu à ce point incontournable que le Conseil de l’Europe le considère comme l’approche la plus à même de respecter les droits de l’enfant et a entrepris de diffuser une plaquette pour la populariser.

Cela consiste en un accompagnement de l’enfant, à contre-pied de l’autoritarisme parental et des formes excessives de pat-maternalisme qui se déploient dans un épique « fais ce que je dis, pas ce que je fais ! ». Ici, l’enfant est considéré comme un membre de la famille qui a le droit de ressentir des émotions et de les exprimer. Ses besoins sont pris en compte, au même titre – ni plus, ni moins – que ceux des autres membres de la famille, adultes et enfants.

Proscrire toute violence

Concrètement, il s’agit de proscrire toute violence, remplacée par un appel à la raison et à la mise en mots des émotions de chacun, parents comme enfants. Sans essentialiser l’enfant dans un « tu es méchant », « tu es fainéant », il s’agit de plutôt focaliser sur ses actes et ses contrecoups. « Tu as fais ceci. Tu étais en colère, fatigué et je comprends. Mais ton geste a eu telle conséquence sur autrui ». On utilise un « tu aurais pu plutôt régler le problème ainsi » au lieu de « Non ne fais pas ça ! Parce que je te l’interdis ! ».

Expliquer plutôt qu’imposer. Apprendre l’empathie en mettant des mots sur les émotions de chacun et chacune, afin de mieux les identifier et respecter. Ne pas minimiser le ressenti de l’enfant, même si ses pleurs nous semblent disproportionnés pour la perte d’un bâton par exemple. Si en tant qu’adulte cela nous paraît dérisoire, il s’agit du monde de l’enfant, et lui dire ce n’est rien du tout, c’est lui apprendre à refouler ses préoccupations qui dans un autre cas pourraient être moins bénignes. La bienveillance éducative souhaite que l’enfant s’affirme, de la même façon que pour un pédagogue comme Sébastien Faure, « l’enfant n’appartient ni à Dieu, ni à l’État, ni à sa famille, mais à lui-même ».

Ainsi, si la surface candide de ces propositions qui pourtant réclament un grand investissement parental est encore majoritairement dénoncée de toutes parts, le modèle semble pourtant se rapprocher étroitement de ­l’idéal éducatif libertaire qui refuse de faire de l’enfant, et plus tard de l’adulte un pur croyant en une doctrine mais prône un individu qui, après analyse et réflexion, tentera éventuellement avec d’autres de construire. Elle n’est donc pas, contrairement à de nombreuses doctrines pédagogiques, une machine à reproduire et à dénaturer mais au contraire un mode de production d’individus libres et autonomes, capables de choisir leur mode d’engagement social. N’est-ce pas précisément ce que propose ce mouvement, dans la lignée d’une Maria Montessori qui, pour sa part, insiste sur les mérites d’une autonomisation précoce des individus, par la constitution de matériaux adaptés aux enfants afin qu’ils découvrent par le biais de l’expérience.

Ces bases grossièrement résumées, il apparaît difficile de se revendiquer libertaire et d’affirmer qu’un peu d’autoritarisme est nécessaire pour éduquer un enfant. Peut-on s’insurger des violences policières, de toute forme de soumission ou de l’imposition du 49.3, mais accepter des mesures autoritaires et arbitraires à l’encontre d’un enfant, afin qu’il se fonde dans le moule des exigences parentales non adaptées à sa fougue et son âge ? Peut-on privilégier ordre et soumission au détriment de l’accomplissement de soi, du développement de la curiosité et des capacités à s’affirmer de nos enfants ?

Ce modèle, s’il n’est pas à confondre avec un quelconque laxisme, implique au contraire énergie, patience et dialogues soutenus avec nos enfants. Plus éprouvant à justifier qu’une fessée ou un non pur et simple, il est le fruit d’une conscientisation et d’efforts si soutenus qu’ils sont le fruit d’un véritable savoir. Pendant que les gourous de la Manif pour tous hurlent à une inversion des rôles, refrain souvent repris dans tous les milieux même libertaires, la dérive qui en résulte consiste ainsi en la privatisation et commercialisation de ce savoir-faire : cours et matériaux hors de prix, écoles alternatives privées uniquement accessibles aux classes moyennes voire supérieures…

C’est pourquoi il est nécessaire de démocratiser ces moyens qui prônent l’émancipation de l’individu dès le plus jeune âge, le développement du respect mutuel et de la considération de l’autre. Sans les ériger en dogme, il faut partager, éprouver, et définitivement décomplexer les parents qui s’usent à les déployer. Et surtout, il faut les y aider par la mutualisation d’un savoir-faire parental humaniste promettant d’ériger une société loin du repli individuel, mais empathique et respectueuse d’autrui, attestant de la cohérence entre efforts domestiques et publics. Rester cohérent, de la micro à la macro-société, ne pas négliger l’accueil des parents et de leur progéniture au sein de nos luttes.

Julie (AL Moselle)


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Re: L'éducation libertaire

Messagede bipbip » 14 Juil 2016, 19:47

Pédagogie libertaire

Le 13 octobre 2009, cela fera cent ans que Francisco Ferrer a été fusillé, suite à la Semaine tragique, pour faire taire ce pédagogue libertaire, initiateur de l’École moderne.
La question de l’éducation a toujours été au cœur de la pensée et de l’action des anarchistes. Elle est liée à la question de la liberté individuelle et collective, au refus de l’embrigadement, au développement des capacités de chacun, à la co-éducation, à la coopération. Les idées libertaires, en matière d’éducation, ont évolué en fonction des lieux et des époques mais on peut retrouver des constantes. On parle d’éducation intégrale, de méthodes plus que de résultats, d’apprentissage mutuel. On voit l’éducation comme un moyen sûr et pacifiste de transformation de la société. L’éducation libertaire est non autoritaire, non compétitive, autogestionnaire. Elle vise le développement des capacités de chacun, dans le respect des intérêts divers. Elle prépare les individus à prendre leur place dans la société, à être responsables. Elle est liée à la vie réelle, sociale, extérieure.

L’éducation intégrale

Il s’agit d’offrir aux individus, quels que soient leur origine, leur classe sociale ou leur sexe, le plein développement de leurs capacités physiques, intellectuelles et morales. Il y a correspondance entre la société visée et l’éducation, entre l’égalité sociale et l’éducation intégrale.

Autogestion et anti-autoritarisme

L’autogestion est le mode de fonctionnement de ces communautés éducatives. Elle permet d’associer la liberté à la responsabilité, en matière d’apprentissage, mais pour l’ensemble de la vie sociale aussi. L’autogestion favorise l’autonomie des individus. Apprendre et fonctionner en autogestion est à la base de toute organisation libertaire. L’autogestion s’inscrit dans un projet de société global. Avoir des pratiques non-directives en matière d’éducation ne suffit pas. La pédagogie libertaire ne se limite pas à quelques outils que l’on pourrait reprendre en partie seulement. C’est une démarche globale d’apprentissage, de prise de décision collective, d’organisation sociale.

Neutralité et endoctrinement

L’éducation traditionnelle n’est pas neutre (sans parler des écoles privées, religieuses). Elle vise à faire perdurer un système basé sur les inégalités et l’exclusion, la compétition et l’obligation. L’éducation libertaire ne vise pas à faire de petits anarchistes mais à vivre selon des règles construites collectivement.

Individualisme et socialisme

L’éducation doit-elle viser la liberté comme finalité ou utiliser la liberté comme moyen ? Cette dichotomie est artificielle. Car si la liberté est la finalité, elle se construit aussi dans les actes et dans les moyens utilisés. La pédagogie libertaire est un processus éducatif et un acte idéologique. C’est un processus de construction collective de la liberté.

Nature et pédagogie libertaire

L’École moderne de Ferrer est marquée par l’influence d’Élisée Reclus. La plupart des expériences éducatives maintenaient un lien privilégié avec la nature (naturisme, végétarisme). La pédagogie libertaire est aussi écologiste.

École ou pas

Les questions posées par l’éducation libertaire se posent aussi à l’ensemble de la société. En ce sens, on peut se demander si le lieu privilégié de l’éducation doit être une école. L’individu se construit avec ses pairs et son éducation se fait tout autant par la société, les règles communes, la famille, les proches. Si l’école est à questionner, la déscolarisation n’est pas pour autant synonyme de plus grande liberté, de meilleur épanouissement.
En 1993, sur l’île d’Oléron, l’expérience de l’école libertaire Bonaventure commence. Première dénomination qui soit venue à l’esprit : école libertaire. Effectivement, Bonaventure c’est un lieu mais c’est surtout un projet. Et au fil de ces quelques années d’existence, on est passé d’une école libertaire à une République éducative. Une république éducative, c’est une organisation collective, une vie sociale organisée par des règles et des conseils, c’est l’autogestion appliquée à l’éducation. En 2001, l’aventure s’est arrêtée mais elle reprend avec des projets d’Université populaire, de Réseau d’échange de savoirs, etc.
Une école peut aussi être un lieu de vie.

Une histoire de la pédagogie libertaire

L’histoire des idées éducatives libertaires est liée à l’histoire des idées socialistes. Elle puise ses racines chez les différents penseurs du xviiie siècle et après.
On peut citer Jean-Jacques Rousseau, dans l’Émile, qui sera critiqué par Bakounine pour sa conception naturaliste et individualiste de la liberté. Lors de la Révolution française, d’autres penseurs se penchèrent sur la question éducative : Babeuf, contre la dichotomie manuel/intellectuel, pour une éducation active ; Buonarroti, qui considérait l’éducation comme l’instrument révolutionnaire le plus efficace ; Godwin, pour une éducation intégrale partant des centres d’intérêts de l’enfant ; Owen, qui mena une expérience de vie coopérative. Il nous faut aussi citer les socialistes utopiques : Saint-Simon, Jacotot, Cabet, Fourier, Considérant, Striner, qui ont nourri les critiques contre la pédagogie traditionnelle. Et puis, il y a les anarchistes : Proudhon, Bakounine, Tolstoï, Paul Robin. Ce dernier mena, lui aussi, une expérience d’éducation intégrale à Cempuis, dans un orphelinat dont il avait la responsabilité. Paul Robin militait pour une bonne naissance (méthodes contraceptives, droit des femmes, néo malthusianisme), une bonne éducation (éducation intégrale physique, manuelle et intellectuelle) dans une bonne société (humanisme libertaire).
La question éducative est donc bien au cœur de la pensée et de la pratique anarchiste. On la retrouve chez Louise Michel, Élisée Reclus, Kropotkine, Anselmo Lorenzo, Domela Nieuwenhuis, Jean Grave. Ces réflexions s’appuient sur les idées libertaires mais aussi et surtout sur les pratiques, les expériences de pédagogie libertaire.

L’école moderne et Francisco Ferrer

Francisco Ferrer s’est élevé contre la main-mise de la religion sur l’école. Son parcours l’a mené d’un républicanisme anti clérical et un socialisme libre-penseur. Il entre en relation avec les anarchistes qui, en France, s’intéresse à l’éducation, notamment Paul Robin. Suite à un héritage, en 1901, il peut se lancer dans l’aventure et l’ouverture de l’École moderne, associée à d’autres activités : conférences, bulletins, publications, etc. De nombreuses Écoles modernes vont alors être créées. Francisco Ferrer voyage et se lie avec toutes les expériences d’écoles rationalistes. En 1909, une insurrection, qui deviendra la Semaine tragique, éclate à Barcelone. Il s’agissait d’un mouvement de refus de la circonscription pour les guerres coloniales. Les symboles de l’Église sont attaqués. Ferrer sera arrêté et condamné comme instigateur de ces actes de révolte bien qu’il n’y soit pas mêlé. Le célèbre pédagogue Decroly va alors entamer une campagne de solidarité internationale en faveur de Francisco Ferrer. Malgré cela, Ferrer sera jugé coupable et fusillé à la forteresse de Montjuich.

Les réalisations de l’école moderne sont connues à travers l’œuvre de Ferrer mais aussi à travers divers articles sur la pédagogie libertaire (Reclus, Faure, Kropotkine). Elles ont trouvé un écho favorable dans une société espagnole en crise : crise du système politique ; crise économique, qui précipita la grève générale de 1902 ; crise des consciences (anti cléricalisme et progression de l’esprit scientifique) ; influence oppressive de l’armée et de l’église ultra réactionnaire. Au niveau international, nous avons déjà évoqué les sources d’influence de Ferrer. Il nous faut encore cité Pestalozzi, qui mena des expériences éducatives alternatives, notamment à Iverdon (1805-1825), et Frögel qui, à sa suite, créa un jardin d’enfants en 1839. La part importante donnée au jeu, au sport et au respect de la nature en sont des éléments distinctifs.
Pour Francisco Ferrer, éducation et révolution sont intimement liées. Sans éducation, la révolution ne peut pas triompher. Sans révolution, le projet d’émancipation porté par l’éducation ne peut être totalement réalisé. L’éducation est un véritable enjeu de société, et ça, la bourgeoisie le sait. Pour Ferrer, l’éducation doit être basée sur la science et non sur le patriotisme ou les dogmes religieux. La co-éducation est essentielle : mixité sociale et sexuelle. L’éducation ne peut être étatique. Elle laisse une part importante au jeu et à toutes les activités qui favorisent le plein développement de l’être humain. Les sanctions et récompenses sont supprimées. L’enseignement est profondément laïque et humaniste. Toutes violences et inégalités de traitement sont prohibées.

L’école moderne va gagner en prestige et susciter l’intérêt de nombreux pédagogues. L’école était pourvue de tout un ensemble de matériel éducatif car les activités scolaires se basaient sur les expériences et les cours en plein air. Il y avait aussi de nombreux livres dans la bibliothèque de l’école. L’éducation était individualisée. On mettait en avant l’hygiène et l’éducation à la santé. On favorisait l’altruisme, la solidarité et la tolérance. On établissait des correspondances avec d’autres écoles.
L’école en direction des enfants n’était pas tout. Il y avait aussi un centre culturel pour adultes avec bibliothèque, cours du soir, débats ; des journaux. L’éducation était mutuelle.
Quelle influence de l’École moderne ?

On voit bien que certains thèmes défendus par Ferrer, et d’autres, sont désormais entrés dans les mœurs. Pourtant, il s’agissait bien de véritables combats et l’on n’est pas certains de ne pas avoir à mener de nouveau ces combats pour la laïcité, la mixité, notamment.

Toutes les idées de Francisco Ferrer sont à la base de l’éducation libertaire et de la pédagogie rationaliste. Elles ont marqué les expériences d’éducation alternative qui ont suivi. À partir de 1910, avec la fondation de la CNT en Espagne, de nombreuses expériences éducatives vont être menées. En 1904, Sébastien Faure va mener une expérience d’éducation libertaire, La Ruche. Influencé par l’éducation intégrale de Paul Robin et l’éducation permanente de Proudhon, Sébastien Faure va mettre en pratique les éléments de la pédagogie libertaire : méthode scientifique, co éducation, autonomie, culture générale et technique. En 1921, A. S. Neil va créer l’école de Summerhill. On ne parle pas de pédagogie libertaire mais d’expérience éducative anti-autoritaire. L’éducation est basée sur la liberté. On applique les méthodes non-directives et on s’appuie sur les thèses de Wilhelm Reich : bonté naturelle, le bonheur comme finalité, l’amour et le respect comme base commune, l’importance du corps et de la sexualité. En 1936, la révolution espagnole va permettre la mise en œuvre, à grande échelle, des principes d’éducation, mais aussi d’organisation, libertaires. Des écoles rationalistes furent créées ; des bibliothèques, des centres culturels, des athénées, etc. La CNT va tenter d’influer sur la décisions politiques en matière d’éducation en laissant la place à l’autonomie et à l’autogestion.

Aujourd’hui encore, des expériences alternatives se revendiquent de Francisco Ferrer. C’est le cas de l’école libre Paideia, en Espagne. La Paideia est une école alternative où les étudiants et les étudiantes organisent leur temps et coexistence en collaboration avec les éducateurs, une école se gérant par l’assemblée et partant de l’idée d’une liberté responsable (éthique) et d’un développement appuyé par la communauté (et non dirigée). Située à Mérida (dans la région de Badajoz), les étudiants coexistent dans l’école durant toute la journée (ils y mangent aussi) entre enfants de 18 mois à 16 ans, éducateurs, collaborateurs et observateurs. L’école a une liste de principes considérés comme fondamentaux et que tous et toutes doivent accepter : le refus du principe d’autorité, la lutte contre la violence, la compétitivité et le consumérisme, chercher à fomenter la coopération et le développement d’une critique de l’univers social dans lequel nous vivons avec une perspective anarchiste. L’assemblée est la pierre angulaire de l’éducation libertaire, qui faire surgir la spontanéité, la liberté et la communication libre entre les personnes. L’expérience de Paideia s’est mise en marche le 9 janvier 1978 et, avec trente années d’activité, elle a subi de nombreux changements ; du changements de titre de leur bulletin (à l’origine L’Asamblea et, en 2006, Rachas) jusqu’aux changements fondamentaux qui ont affecté l’organisation à l’interne et à l’externe. Le collectif est la base des décisions et du fonctionnement, s’organisant par la forme assembléiste et par commissions de personnes d’âges distincts. Les enfants choisissent librement ce sur quoi ils et elles veulent travailler et, s’ils et elles ne le terminent pas, en délèguent la liberté aux autres. « Nous rejoignons la ligne de Ferrer. Au départ, nous avons également participé à la ligne de Mella, mais nous avons vu que si nous attachions pas notre idéologie à l’expérience, la société y introduirait la sienne ; (...). Nous essayons que les garçons et les filles s’instruisent de telle manière qu’ils et qu’elles puissent vivre avec les valeurs de l’anarchie, qu’elles et ils puissent choisir avec autodétermination quelle forme de vie elles et ils veulent et qu’ils et qu’elles puissent créer de nouvelles façons de changer cette société. »

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