Murray Bookchin

Murray Bookchin

Messagede bipbip » 21 Aoû 2016, 11:37

Théorie : Murray Bookchin aujourd’hui

Murray Bookchin aujourd’hui

Le corpus théorique et le courant de l’écologie sociale, proposés par Murray Bookchin dans la deuxième moitié du XXe siècle, restent assez méconnus en France, et brouillés par des controverses souvent liées à cette méconnaissance. Pourtant des mouvements politiques récents (coopérative intégrale espagnole, expérience kurde du Rojava…) s’en inspirent directement, donnant aujourd’hui une dimension concrète à l’écologie sociale.

Le terme et le courant de l’écologie sociale ont été développés à partir des années 1970 par Murray Bookchin (1921-2006) et une poignée de collaborateurs et collaboratrices, notamment autour de l’Institut d’écologie sociale créé en 1974 dans le Vermont (État du nord-est des États-Unis). Marxiste et syndicaliste dès les années 1930, Bookchin s’est ensuite tourné vers l’anarchisme et l’écologie avant de formuler ses propres idées. Sa politique est libertaire dans ses positions et ses sources antiautoritaires. Son écologie est sociale, dénonçant dans le capitalisme le système étatique et la hiérarchie en général l’origine de la catastrophe écologique qu’il identifie dès les années 1950.

Un citoyennisme révolutionnaire

Les analyses anthropologiques et historiques de Bookchin l’ont conduit à ne considérer la lutte des classes, ainsi qu’une bonne partie des analyses et propositions marxistes traditionnelles, comme un corpus d’idées applicable au XIXe et au début du XXe siècle, mais pas à toute l’histoire ni à la deuxième moitié du XXe siècle selon lui. Il rompt d’ailleurs violemment avec les courants orthodoxes à la fin des années 1960, leur reprochant de ne pas comprendre les enjeux écologiques ni le développement des forces productives au sein du capitalisme, qui ont conduit avec les progrès techniques du XXe siècle à une ère d’abondance (certes mal redistribuée et contrôlée), loin de l’ère de la « rareté » dans laquelle Marx écrivait.

Au regard de l’évolution de la classe ouvrière au XXe siècle (perte de conscience de classe, revendications d’aménagement du capitalisme plutôt que de rupture radicale, reproduction de formes hiérarchiques dans les mouvements politiques et syndicaux), Bookchin en vient même à ne plus voir dans le prolétariat ouvrier le sujet révolutionnaire principal. Il place alors ses espoirs dans d’autres catégories dominées, les chômeurs et précaires, les jeunes, les étudiants, les intellectuel-le-s, les femmes, les Noir-e-s (il participe aux mouvements pour les droits civiques), et globalement dans la figure du citoyen, qui devient le centre de son projet communaliste – ou municipaliste libertaire, volet politique de l’écologie sociale. Loin de la vision républicaine actuelle de la citoyenneté, qui se cantonne au civisme, au respect des lois et à l’acte de vote, les citoyennes et citoyens de Bookchin sont révolutionnaires, libres de s’armer contre un système jugé oppressif, acteurs et actrices dans tous les aspects de la vie [1].

Bookchin propose une fédération de communes libres, en s’appuyant sur l’héritage de la liberté des premières communautés humaines qu’il nomme organiques. Ces communautés où n’existaient pas encore de rapports de domination reposaient sur trois principes, qui assuraient l’égalité des inégaux : minimum irréductible (personne n’est laissé de côté), usufruit (on ne peut pas posséder la terre ni les moyens de production) et entraide.

Système de communes libres fédérées

Mais, petit à petit, différentes formes de dominations sont apparues, d’abord gérontocratique, puis religieuse, patriarcale, économique, qui ont de plus en plus structuré les sociétés, et ouvert la voie à la domination de la nature. On trouve toutefois des traces de principes communistes issus des sociétés organiques dans de nombreuses expériences historiques : démocratie athénienne, cités du Moyen Âge, conseils de ville de la Nouvelle-Angleterre, Commune de Paris, révolution espagnole, etc. À partir de ces considérations, Bookchin propose donc un système de communes libres fédérées, fonctionnant selon des principes de démocratie directe (assemblée communale souveraine, délégué-e-s avec mandats impératifs, non professionnalisation de la politique, etc.), contrôlant collectivement les moyens de production avec des coopératives municipales, diminuant le travail pénible grâce au progrès technique et cherchant au maximum l’autonomie alimentaire, énergétique, et en ressources en général.

Une production fondée sur les seuls besoins permettrait de passer moins de temps sur les activités proprement productives, et de se consacrer aux activités sociales, culturelles et politiques nécessaires au bon développement des individus et des communes. Ce changement social devait selon lui être concomitant d’un changement culturel, en se débarrassant de toute forme et de l’idée même de domination. Cela passerait aussi par un changement de relation à la nature, considérant l’espèce humaine comme pleinement intégrée à l’ensemble du monde vivant.

Pour tracer les voies concrètes vers ce changement de société, Bookchin préconisait la formation d’assemblées locales, qui réaliseraient d’abord un travail d’éducation populaire, de réflexion sur les besoins et enjeux locaux (économiques, écologiques, politiques), et formuleraient des propositions en articulant toujours une vision de long terme communiste libertaire à des actions de court terme plus pragmatiques et transitoires.

Ces assemblées seraient appelées à grossir et peu à peu à développer des contre-pouvoirs, jusqu’à la confrontation directe avec le capitalisme et le système étatique. Bookchin considérait que les assemblées pouvaient se présenter aux élections municipales, et ainsi remplacer les conseils municipaux traditionnels par des assemblées municipalistes libertaires. Cette position lui a été abondamment reprochée, pourtant Bookchin ne souhaitait pas diriger les communes selon le système actuel, mais bien prendre les communes et les faire entrer en dissidence face au reste du système administratif.

À l’heure des mobilisations massives contre la loi travail et son monde, et de la recherche de nouveaux modes d’organisation avec les Nuits debout, les propositions de Bookchin trouvent une nouvelle résonance, et pourraient servir à nourrir les réflexions et les pratiques de lutte pour développer une alternative au capitalisme et au système étatique.

Commission écologie AL


[1] C’est pour promouvoir cette citoyenneté politique contre les dérives utopistes et New Age du mouvement écologiste des années 1980 que Bookchin publie Une société à refaire – Vers une écologie de la liberté, traduit en 1993 par les éditions Écososociété.

http://www.alternativelibertaire.org/?T ... in-aujourd
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Re: Murray Bookchin

Messagede bipbip » 11 Sep 2016, 03:03

Compilation de textes de Murray Bookchin
à télécharger en pdf : http://www.kedistan.net/wp-content/uplo ... okchin.pdf

L’homme qui parlait à l’oreille d’Öcalan
Un article du Monde diplomatique de ce mois de juillet http://www.monde-diplomatique.fr/2016/0 ... NDEZ/55910 revient sur les relations épistolaires entre Öcalan, le leader emprisonné du PKK, et un penseur anarchiste américain, Murray Bookchin.
Nous leur emboîtons le pas, considérant que la description d’un dialogue entre un leader politique issu du marxisme léninisme et un penseur et activiste libertaire, à l’origine de la colonne vertébrale du programme politique actuel du PKK, rien de moins, manquait dans les archives du site.
... http://www.kedistan.net/2016/07/29/homm ... le-ocalan/
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Re: Murray Bookchin

Messagede Pïérô » 07 Jan 2017, 20:31

Murray Bookchin : Pour un municipalisme libertaire

L’œuvre de Murray Bookchin (1921-2006) ne laisse pas indifférent. On sait l’influence qu’elle a eue sur l’évolution politique du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et sur l’organisation sociale du Rojava (région autonome kurde), où les thèses de Bookchin sont partiellement mises en pratique.
Nous proposons ici une analyse critique d’un des textes les plus révélateurs de la pensée de Bookchin.

Une critique de la tradition révolutionnaire

Murray Bookchin distingue deux domaines de l’activité sociale humaine intéressant la théorie et la pratique révolutionnaires :
- le lieu où l’on travaille
- le lieu où l’on vit
Selon lui, la tradition révolutionnaire (marxiste ou libertaire) a mis l’accent sur le premier, délaissant l’éthique au profit de l’économique. Or l’usine ou le lieu de travail ne visent pas à unir le prolétariat en vue d’un changement social, mais constituent des cadres où les prolétaires sont dressés à la soumission et à la subordination. C’est uniquement hors du lieu de travail qu’ils peuvent faire apparaître leur caractère humain et constituer une communauté.

Il s’agit donc d’affirmer la prépondérance de l’éthique dans une perspective communaliste : la commune, comme « corps politique de citoyens réunis par des valeurs éthiques fondées sur la raison » (p. 12) peut jouer un rôle transformateur dans la construction d’une communauté de démocratie directe autogérée et sans État.

La prépondérance de l’éthique

Cette prépondérance se fonde sur une distinction entre trois domaines qu’il s’agit de hiérarchiser :
- le social, désignant tout ce qui relève de la culture, au sens anthropologique du terme
- l’étatique, comme lieu de la domination
- le politique, comme lieu de la gestion de la polis (cité) par un corps politique de citoyens libres.
« La politique, contrairement au social et à l’étatique, entraîne la recorporalisation des masses en assemblées richement articulées, pour former un corps politique dans un lieu de discours, de rationalité partagée, de libre expression et de mode de prises de décision radicalement démocratiques. » (p. 17).
S’inspirant de la philosophe Hannah Arendt (1906-1975), Bookchin affirme ainsi l’autonomie du politique vis-à-vis du social.

La commune comme lieu de résistance à l’État

Selon Bookchin, la commune a joué un rôle historique dans la constitution du politique : elle a permis la transformation de populations unies par des liens de sang et des coutumes en corps politique de citoyens. En cela, elle est « le berceau du processus de civilisation des êtres humains au-delà de la socialisation accomplie par la famille (…) ce processus de « civilisation » civique n’est qu’une autre appellation de la politisation, processus de transformation de la masse en un corps politique délibératif, rationnel et éthique. » (p. 18).
Cet espace du politique, indissociable de la commune, a toujours été selon Bookchin un frein au développement de l’étatisme : « C’est dans cet environnement le plus immédiat de l’individu, dans la communauté, le quartier, dans la ville ou le village, à la frontière floue où la vie privée se fond lentement dans la vie publique, que se trouve le lieu authentique d’un fonctionnement à la base, ceci dans la mesure où ce fonctionnement a échappé à la destruction complète par l’urbanisation. » (p. 22).
Bookchin en conclut donc « à la possibilité d’un municipalisme libertaire, en définissant une nouvelle politique civique comme un contre-pouvoir capable de placer en contrepoint à l’État centralisé des assemblées et des institutions confédérales. » (p.33).

Le peuple : nouveau sujet révolutionnaire ?

Le concept de prolétariat, centré selon Bookchin sur la seule dimension économique de l’exploitation, devrait laisser place à celui de peuple, déshabillé de son caractère obscurantiste. En effet, le peuple est un concept foireux, fonds de commerce de tous les démagogues. Bookchin propose cependant de le redéfinir en l’identifiant à « ces strates fluides composées de gens déracinés et technologiquement déplacés qui ne peuvent plus être intégrés dans une société cybernétisée et hautement mécanisée. » (p. 26). Le concept de peuple renvoie ainsi à un intérêt général « enraciné dans la préoccupation du public autour des questions et problèmes écologiques, communautaires, moraux, sexuels et culturels. » (p. 26). Plus concrètement, il désigne ces nouveaux mouvements sociaux qui émergent par delà les séparations de classe. Il permet donc d’ancrer une citoyenneté active « comme forme de participation civique et d’administration qui se pose en contradiction avec l’État. » (p. 29).

Regards critiques

L’intérêt des thèses de Bookchin nous semble résider essentiellement dans le fait qu’elles permettent de donner sens à une pluralité d’alternatives concrètes qui émergent ici ou là : Kobané, « gouvernance collégiale et participative » de la commune de Saillans dans la Drôme, Marinaleda en Andalousie), etc.
Elles posent néanmoins des problèmes auxquels nous ne prétendrons pas ici apporter une solution. Nous nous contenterons de formuler des questions qui mériteraient un débat plus approfondi :
- Réforme ou révolution ? L’accumulation et la juxtaposition d’alternatives à l’État, de contre-pouvoirs permettrait-elle de faire l’économie d’un bouleversement révolutionnaire ? Le capitalisme n’a-t-il pas démontré sa capacité à récupérer et intégrer ce qui le conteste sans le détruire ?
- Peuple ou prolétariat ? Le municipalisme de Bookchin réduit le concept de prolétariat à sa dimension économique. Dans le numéro 7 de l’Éclat, nous en avions proposé une définition moins réductrice : « le prolétariat désigne la classe de celles et ceux qui ne possèdent que leur force de travail pour survivre et qui n’exercent aucun pouvoir décisionnaire ou hiérarchique dans le maintien du système capitaliste. Cette définition présente un double intérêt. D’une part, en ne réduisant pas le prolétariat à une catégorie socioprofessionnelle, elle permet d’englober les catégories sociales en voie de prolétarisation (artisans, paysans). D’autre part, elle met l’accent sur le fait que le/la prolétaire est avant tout celui ou celle qui n’a aucun intérêt dans la préservation du système. » Il ne s’agit pas ici d’une simple question de vocabulaire : conserver la référence au prolétariat, c’est concevoir la révolution dans la perspective des classes et non la dissoudre dans une démarche citoyenniste, ce qui nous conduit à la question suivante :
- L’anarchisme est-il soluble dans le citoyennisme ? Bookchin considère que certaines idées forces de l’anarchisme sont devenues des entraves au renouvellement de la pensée libertaire : « la préoccupation anarchiste à propos du parlementarisme et de l’étatisme est devenue une de ces entraves. » (p.32). Selon lui, ceci aboutit à une sorte de dogmatisme qui fait obstacle à un municipalisme libertaire représentant peut-être « la dernière chance pour un socialisme orienté vers des institutions populaires décentralisées. » (p.32). Ce municipalisme libertaire permettrait de définir « une nouvelle politique civique comme un contre-pouvoir capable de placer en contrepoint à l’État centralisé des assemblées et des institutions confédérales. » (p.33). N’est-ce pas abandonner toute perspective de révolution sociale en réduisant la pratique libertaire à un aménagement citoyenniste de l’ordre existant ?

Murray Bookchin : Pour un municipalisme libertaire (Atelier de création libertaire, Novembre 2003). Disponible à la bibliothèque de la CLA.


http://www.cla01.lautre.net/Murray-Bookchin-Pour-un
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Re: Murray Bookchin

Messagede Pïérô » 29 Jan 2017, 01:59

Murray Bookchin

Murray Boochkin a une analyse de l’histoire qui va à l’encontre de l’historiographie marxiste qui a marqué la pensée radicale du vingtième siècle. Il en a déduit une pensée originale, souvent appelée « écologie sociale » mais qui aurait pu tout autant se définir comme écologie libertaire puisque l’idée libertaire reste au centre de ses intérêts autant que les questions environnementales. Il écrira notamment “une société anarchiste, loin d’être un idéal inatteignable, est devenue une pré-condition pour la pratique des principes écologiques » (1), affirmant l’adéquation de ses idées écologiques et politiques.

Cette pensée originale lui a fait critiquer certains aspects de l’anarchisme et susciter en retour les critiques de certains milieux anarchistes « traditionnels ». Il a réfuté notamment la notion de prolétariat comme « historiquement révolutionnaire » (2) ainsi que la conception individualiste d’un Hakim Bey et celle primitiviste de la revue Fifth Estate dans Social Anarchism or Lifestyle Anarchism: An Unbridgeable Chasm. (3)

Il développe l’idée d’un municipalisme libertaire, qui se heurte également à l’hostilité de certains milieux anarchistes. En 1992, il écrit » ‘L’extrême résistance que j’ai rencontré de la part des anarchistes traditionnalistes et ‘puristes’ sur cette question a pratiquement interdit toute possibilité de développement d’une politique libertaire, participative, municipaliste et confédérale aujourd’hui comme partie de la tradition anarchiste’ « (4)

Finalement, il apparaît abandonner l’anarchisme « authentique » dans The Communaliste Project en déclarant « (L’anarchisme ) n’est tout simplement pas une théorie sociale. » et « représente la formulation la plus extrême de l’autonomie sans entrave de l’idéologie libérale….. La différence entre le Communalisme et l’anarchisme authentique ou « pur », pour ne pas parler du marxisme, est trop marquée pour être enjambée par un préfixe tel que anarcho-, social, néo-, ou même libertaire. Toute idée de réduire le communalisme à une simple variante de l’anarchisme reviendrait à nier l’intégrité des deux idées – d’ignorer leurs concepts conflictuels de démocratie, organisation, élections, gouvernement et autres ».

Janet Biehl, dans un article intitulé Bookchin Breaks with Anarchism (5) revient en détail sur le cheminement de Boochkin, de sa découverte de l’anarchisme, jusqu’à se rupture, ouvertement déclarée lors d’une conférence en 1999 à Plainfield, Vermont

Alors, cheminement rationnel de la pensée ou forme de dépit amoureux de voir rejeté ses théories par le milieu même dont il se réclamait? A chacun-e de décider si les idées de Boochkin ont élargi la pensée anarchiste ou s’en sont éloignées.

(1) Ecology and Revolutionary Thought https://theanarchistlibrary.org/library ... ry-thought,” dans Post Scarcity Anarchism

(2) Were we wrong? https://libcom.org/library/were-we-wron ... y-bookchin – Murray Bookchin. Publié à l’origine dans Telos, Vol. 65, automne 1985,

(3) Social anarchism or lifestyle anarchism: an unbridgeable chasm– https://libcom.org/library/social-anarc ... y-bookchin

(4) Bookchin, “Deep Ecology, Anarcho-syndicalism,” p. 55. (cité dans Janet Biehl, op.citée)

(5) Janet Biehl Bookchin Breaks with Anarchism http://theanarchistlibrary.org/library/ ... chism.html

... https://racinesetbranches.wordpress.com ... -bookchin/
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Re: Murray Bookchin

Messagede Pïérô » 08 Juin 2017, 16:30

Murray Bookchin, pour une écologie libertaire anti-capitaliste

Emission de radio Sortir Du Capitalisme sur 89.4 FM (Radio Libertaire) en région parisienne. Une présentation (critique) des thèses de Murray Bookchin, inspirateur de l’écologie sociale, de l’anarchisme et du confédéralisme démocratique au Kurdistan Syrien – avec Floréal Romero, auteur de Murray Bookchin, pour une écologie sociale et radicale (Le passager clandestin, 2014).

Murray Bookchin permet de penser une écologie « sociale », libertaire, anti-capitaliste, anti-réactionnaire.

L'émission comporte également une analyse critique de l’écologie citoyenniste (Podemos, écolo-démocratisme, décroissance).

Une adaptation vidéo de Guillaume Deloison d'une émission de Sortir du capitalisme :
http://sortirducapitalisme.fr/167-murra ... apitaliste


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Re: Murray Bookchin

Messagede bipbip » 07 Sep 2017, 17:30

Bookchin et le spectre de l’anarcho-syndicalisme Pierre Bance /1er m

Murray Bookchin accuse le syndicalisme et l’anarcho-syndicalisme, de n’avoir pas compris les ressorts du monde moderne. Ses textes relancent le débat sans nuance.

À l’heure où l’on apprend que les idées de Murray Bookchin [1] sur le municipalisme libertaire inspireraient tant les organisations kurdes de Turquie emmenées par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et son chef Abdullah Öcalan que les combattants du Rojava en Syrie [2], il est intéressant, sur un site syndicaliste, de s’interroger sur ce que Bookchin pensait du syndicalisme.

Dans ses écrits antérieurs à 1992, on savait que Bookchin ne plaçait pas ses espoirs de transformation sociale dans le syndicalisme, encore moins dans l’anarcho-syndicalisme, la chose lui paraissant dépassée dans ses formes d’organisation et d’action comme dans son projet de société [3]. Sans mépriser la lutte ouvrière, sans non plus la cantonner dans un rôle secondaire, Bookchin la considérait comme un front de lutte populaire parmi d’autres. En 1992, dans une étude d’une trentaine de pages intitulée « Le spectre de l’anarcho-syndicalisme », Bookchin se lance dans une virulente critique de l’idée et ses prétentions hégémoniques [4].

L’accusation

Le réquisitoire de Bookchin pourrait tenir dans cette phrase :

« De fait, loin d’être surtout individualiste ou surtout dirigé contre une forme particulière de domination de classe, les moments de l’histoire ou l’anarchisme a été le plus créatif et le plus provocateur sont ceux où il se concentrait sur la commune plutôt que sur ses composantes économiques telles que l’usine et, au-delà, lorsque les formes d’organisation confédérale qu’il élaborait se sont basées sur une éthique de complémentarité plutôt que sur un système contractuel de services et d’obligations » [5].

Pour ce qui doit être rapporté à la théorie, l’anarcho-syndicalisme aspire « à l’hégémonie idéologique » sur l’hypothèse libertaire excluant toutes les autres tendances anarchistes notamment le communalisme alors qu’il est de celles « les plus repliées sur elles-mêmes » [6]. Bookchin ne néglige pas les conflits de classes et le rôle que peuvent jouer les syndicats dans le règlement des problèmes économiques, mais il reproche aux anarcho-syndicalistes de remplacer « la vision large d’un anarchisme communautaire, éthique, universaliste et antidominateur, aspirant à la liberté dans tous les domaines de l’existence, par leur propre vision limitée » [7]. Avoir voulu être « un équivalent à l’anarchisme lui-même » explique peut-être que l’anarcho-syndicalisme « n’existe plus dans le prolétariat » [8].

L’anarcho-syndicalisme prétend aussi à « l’hégémonie prolétarienne » sur l’ensemble de la société [9] or, écrit Bookchin en 1990, les temps ont changé, la classe ouvrière « s’est complètement industrialisée, au lieu de s’être radicalisée comme l’espéraient pieusement les socialistes et les anarcho-syndicalistes », « en tant que classe, le prolétariat est devenu le partenaire de la bourgeoisie et non plus sont antagoniste inflexible » [10]. Il estime que la classe ouvrière doit passer de préoccupations de classe à des préoccupations humaines : « l’“humanisation” de la classe ouvrière, comme de tous les secteurs de la population, dépend de façon décisive de la capacité des travailleurs à dépasser leur sentiment d’appartenance à la classe ouvrière et à progresser au-delà de leur conscience de classe et de leur intérêt de classe, vers une conscience communautaire, celle de citoyens libres qui seuls pourront instaurer une société future morale, rationnelle et écologique » [11].

Cette idéalisation de la lutte des classes, à l’égal du marxisme, le conduit dans la même impasse parce que « la lutte des classes va rarement jusqu’à la guerre des classes, et le militantisme social explose rarement en révolution sociale » [12]. L’anarcho-syndicalisme adhère à « une approche économiciste » de l’histoire : le capitalisme dans sa recherche du profit s’étouffe à force de centralisation de ses moyens de production et finit par exploser sous la pression de la classe ouvrière organisée [13].

Sur ces bases théoriques, le contrôle ouvrier du lieu de travail se fait aux dépens de l’assemblée générale des citoyens de la commune. Il génère un égoïsme ouvrier, un patriotisme de l’entreprise qui conduisent à la renaissance du marché et de la concurrence. Bookchin donne comme exemple la Confédération nationale du travail (CNT) qui, en 1936 en Catalogne, en prenant la direction des usines, aurait entravé l’autogestion par les assemblées populaires. L’expérience de la collectivisation se serait dissoute en une nationalisation voire « un néo-capitalisme ouvrier » [14],

Par la suite, l’anarcho-syndicalisme n’a pas su s’inscrire dans le monde moderne, il s’est marginalisé en ne voyant pas venir les « questions transclassistes totalement nouvelles qui concernent l’environnement, la croissance, les transports, l’avilissement culturel et la qualité de la vie urbaine en général » mais également « les dangers de guerre thermonucléaire, l’autoritarisme étatique croissant et finalement la possibilité d’un effondrement écologique de la planète » [15]. Il a ignoré des questions vitales devenues aussi importantes que le rapport salariat-patronat pour la contestation des structures hiérarchiques, telles les luttes « basées sur la race, le sexe, la nationalité ou le statut bureaucratique » [16].

Présenter comme cela, Bookchin livre de vraies interrogations, émet une opinion discutable mais alimentant le débat sur la modernité du syndicalisme et du communisme. Peut-on faire l’impasse sur la concurrence entre l’assemblée populaire de la commune et l’assemblée des travailleurs dans l’entreprise [17] ? Qui contestera la quasi disparition de l’anarcho-syndicalisme malgré sa résurgence mainte fois annoncée [18] ? Le hic vient de ce que Bookchin étaie ses points de vue avec des considérations historiques, théoriques, factuelles plus que contestables. Il affirme mais ne démontre pas ; fait preuve d’une grande ignorance de la théorie de l’anarcho-syndicalisme, de ses pratiques et de son histoire au point que le lecteur averti mettra en doute sa bonne foi. Il est imprécis sur les concepts ; recourt à des postulats éculés pour asséner des jugements péremptoires ; se répète faute d’arguments [19].

La défense

Dans l’ouvrage Anarcho-syndicalisme & anarchisme, l’article de Bookchin est suivi, en réponse, de trois plaidoiries autorisées. Marianne Enckell, animatrice du Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA) [20], lui règle son compte en trois pages :

« Nous avons ici un texte de Murray Bookchin bien discutable, naviguant entre l’anachronisme, la confusion sémantique et la polémique abusive… ». « C’est chercher mauvaise querelle aux anarcho-syndicalistes que de leur attribuer pour seul objectif le contrôle ouvrier de la production » [21].

Marianne Enckell atténue la peine par une observation qui conserve, à ce jour, toute sa pertinence :

« L’auteur n’est pas seul en cause : il témoigne d’un problème socio-culturel plus général, de différence des structures d’organisation et des cultures ouvrières entre pays latins et anglophones » [22].

Daniel Colson, universitaire et libertaire [23], et Jacques Toublet, militant du Syndicat des correcteurs de la Confédération générale du travail (CGT) [24], détaillent. Le premier explique à Bookchin ce que fut réellement « l’ouverture humaine des expériences anarcho-syndicalistes » au sein de la Fédération des bourses du travail de Fernand Pelloutier [25]. Jacky Toublet s’afflige de voir un militant qu’il respecte procéder à « l’éreintement complet de l’anarcho-syndicalisme » : « cette attaque contre l’anarcho-syndicalisme est d’une violence de ton et d’une malveillance égale à celle adoptées par les sectes d’ultra-gauche et les marxistes-léninistes à l’encontre de… l’anarchisme » [26]. Lui aussi revient sur les bourses du travail et habilement les inscrit dans le schéma du municipalisme libertaire :

« La Bourse du travail était conçue par les anarchistes syndicalistes comme une municipalité populaire, ouvrière, dressée en face de l’hôtel de ville de la république bourgeoise » [27].

Quant au fait que le syndicat n’aurait que des préoccupations économiques avec pour finalité l’hégémonie des producteurs, Toublet rétablit une vérité dont on s’étonne que Bookchin ne l’ait pas connue puisqu’elle fait l’originalité du syndicalisme révolutionnaire comme de l’anarcho syndicalisme :

« Les anarcho-syndicalistes n’ont pas négligé la commune ; au contraire, ils en ont fait un des deux éléments indispensables à la disparition de l’État politique » [28], l’autre étant le syndicat pour la production et la distribution des biens et services.

Ces citations touchent au cœur la méconnaissance de Bookchin de la théorie syndicaliste révolutionnaire, plus encore de celle de l’anarcho-syndicalisme si l’on doit les distinguer [29]. De la méconnaissance aussi de l’histoire de la CGT des origines. Ces défaillances nuiront à la diffusion de ses idées. Si l’on excepte l’épineuse question, pour les anarchistes, de la participation aux élections municipales comme stratégie [30], son municipalisme libertaire, en première analyse, s’approche du syndicalisme révolutionnaire si bien qu’on peut se demander s’il ne réinvente pas quelques grands principes élaborés à la fin du 19e siècle et au début du 20e [31]. Bookchin aurait avantageusement clarifiée, enrichie et fortifiée sa proposition s’il était allé voir de plus près ce que fut la CGT française comme la CNT espagnole plutôt que de dénigrer l’une et l’autre sans un examen approfondi car, que ce soit les bourses du travail en France ou les collectivisations en Espagne, leur œuvre constructive reste mémorable et jamais égalée dans leur radicalité.


http://serpent-libertaire.over-blog.com ... 1er-m.html
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Re: Murray Bookchin

Messagede bipbip » 18 Nov 2017, 21:27

Qu'est-ce que l'écologie sociale ? - Murray Bookchin

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Re: Murray Bookchin

Messagede bipbip » 27 Nov 2017, 20:07

Ecologie Sociale • Il sort d’où ce Murray Bookchin ?

Celles et ceux qui, en Europe ou ailleurs, tentaient contre vents et marées, de faire connaître Murray Bookchin, son importance politique au sein des mouvements sociaux américains, son influence sur la pensée anarchiste et libertaire, sont aujourd’hui en partie récompenséEs de leurs efforts.

Le fait que son nom soit associé à un processus politique en cours en Syrie Nord, au confédéralisme démocratique au Rojava, contribue à rendre à nouveau visible la pensée de l’Ecologie Sociale. Et face à l’écologie libérale et capitaliste, il était grand temps que la supercherie du capitalisme vert, censée répondre à la destruction humaine, sociale et écologique de la planète trouve sa réponse, en cohérence.

Cette réponse n’a rien d’une nouveauté. C’est une réponse anticapitaliste, à cheval sur deux siècles et connu bien des ornières, dérives de pouvoir et échecs. C’est une réponse qui malgré toutes les tentatives de la figer en idéologie morte, s’est enrichie de ces mêmes échecs et dérives, en se confrontant au réel, et en re-surgissant dans les crises sociales et politiques.

La pensée politique n’est pas morte, même si elle a été un demi-siècle durant assassinée par le dit “socialisme réel” et en face pourchassée et tuée par les “succès” de la mondialisation capitaliste, pourtant source de toutes crises.

Murray Bookchin nous a quitté en juillet 2006. On le présente comme le père de l’écologie radicale et libertaire, comme le penseur du communalisme.
Et pourtant il n’a pas trouvé un beau matin ses réflexions et analyses dans son soulier.

Ecoutez le seulement nous parler du parcours politique qui fut le sien. Et vous comprendrez qu’il ressemble au siècle que nous avons quitté, et aux alternatives que celui-ci pourrait retrouver, hors du carcan néo-libéral et du réformisme idoine.

... http://www.kedistan.net/2017/11/10/ecol ... -bookchin/
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