Qu'est-ce que tu appelles "anarchisme édulcoré" barjo ?
je suis assez d'accord avec les analyses du facteur et de berckman, il y a pas mal de causes extérieures dans le fait que le mouvement stagne. on souffre pas mal du recul social actuel.



Motion sur le point 3 de l’ordre du jour : L’anarchisme et le marxisme à l’épreuve de l’expérience des révolutions du XXième siècle
Motion adoptée au 1er congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes réuni à Carrare les 31 août et 1, 2, 3, 4 et 5 septembre 1968
Préliminaire
Le développement du sujet, tant dans ses aspects analytiques que dans ses aspects critiques nécessiterait un volume et une importance qui déborderaient fatalement les limites requises pour une Etude-Rapport soumise à discussion et à élaboration collective dans une réunion anarchiste. Nous nous astreindrons donc à quelques points que nous considérons intéressants et essentiels pour diverses raisons. En plçant le problème de l’anarchisme et du marxisme, et par conséquent du marxisme-léninisme, après analyse, dans le contexte des réalités de notre siècle, de l’expérience des révolutions les plus importantes accomplies en son cours et jusqu’à notre époque, nous essayerons de le faire de la façon la plus objective et sans nous arrêter à des approfondissements de nuances doctrinales, philosophiques et idéologiques.
Le marxisme, de Marx à notre époque, a été présenté par ses exégètes dans diverses interprétations nouvelles avec la prétention de le remettre à flot pour lui permettre de mieux résister à l’usure et aux impacts de la critique.
Le marxisme a été obligé de faire marche arrière en ce qui concerne sa conception mécaniciste, absolue de l’Histoire, fruit en partie de l’abstruse et contradictoire philosophie hégélienne. Il a été obligé de faire des concessions au facteur humain dans l’histoire et au rôle joué par le sens volontariste ; il a dû également orner en le nuançant superficiellement son schéma de l’homo faber et de l’homme nouveau. Mais, parmi les apports novateurs du marxisme, après l’exégèse de Plekhanov, figurent les copies de ce qui a été appelé « léninisme » qui représente une interprétation encore plus rigide et plus fermée de ce qu’il y a de jacobinisme révolutionnaire dans le marxisme. Si ce dernier, à son origine, accepte encore le dépérissement des formes de l’Etat et jusqu’à sa disparition dans un avenir lointain, le Léninisme malgré certaines réticences théoriques quant au maintien de l’Etat, affirme et consolide l’existence de celui-ci dans des formes « sui-generis » de transition et, en fait, sa permanence. Et dans la dégénérescence stalinienne, la dictature du prolétariat, dans sa manifestation étatique est présentée comme « la forme la plus juste et la plus puissante du pouvoir étatique qui ait jamais existé ».
Par principe, l’anarchisme, dans sa négation totale de l’Autorité et de l’Etat, pose une affirmation vitale constante de Liberté et la nécessité de la mise en place d’une société nouvelle basée là-dessus.
Il fait réapparaître l’homme, l’individu libre, comme élément de base et élément vital de la société entretenant à l’intérieur de cette dernière un mouvement de rénovation permanent qui tend constamment à la libérer de toute superstructure qui l’envelopperait, qui serait différente d’elle-même et rendrait son développement difficile.
Il ne fait pas de l’économie une entité mythologique. Il la réduit à la dimension et échelle de l’homme et de la société tels qu’ils peuvent rationnellement être conçus dans leur évolution et leur phase optimale de développement.
L’anarchisme s’insurge contre le déterminisme mécaniciste en tant que moteur de l’histoire. En accordant l’importance qui lui revient au matérialisme historique et philosophique, il soutient la thèse des autonomies essentielles et fonctionnelles, celles de la présence de facteurs quantiques s’opposant ainsi à l’unicité de la pensée, des formes et des structures, ne mettant de point final ni au progrès ni à l’évolution et admettant la spontanéité et les brusques mutations révolutionnaires.
Il affirme que l’autorité ne peut jamais être révolutionnaire. Qu’au contraire, elle est toujours réactionnaire, rétrograde et conservatrice. Que l’on ne peut changer de tyrannies et de chaînes mais quand bien même que les dicatures et les tyrans seraient nouveaux et nouvelles chaînes, les hommes n’en restent pas moins enchaînés.
L’anarchisme c’est l’insurrection et la rébellion permanente et créatrice. Une masse d’énergie rénovatrice ouvrant la voie dans un cheminement progressif, débordant tous les barrages politiques, sociaux, économiques, ethniques, culturels, idéologiques et philosophiques, balayant tous les préjugés et les conventionalismes, secouant toute stagnation et constituant dans un milieu donné une révolution permanente destructrice et constructive de son propre monde, dans une mutation et un épanouissemement constant.
Antagonisme fondamental entre le marxisme-léninisme et l’anarchisme Pour la bourgeoisie libérale et démocratique, classe aujourd’hui dominate dans les régimes capitalistes, l’Etat est nécessaire. Pour les absolutistes et les droites réactionnaires, il l’est aussi. Les régimes politiques de gauche et de droite étayent également cette thèse quand ils prétendent gouverner et occuper le pouvoir, même si c’est au moyen de la plate-forme de l’élection au suffrage universel et de celle du parlementarisme qui conduisent directement à l’intégration dans l’appareil d’Etat et à la fonctionnarisation dans ses divers engrenages. Pour les marxistes-léninistes également, l’Etat, même en adoptant les qualificatifs de « prolétaire » ou « populaire », représente une nécessité, bien qu’ils acceptent son caractère transitoire, pour un temps indéterminé ; et malgré la dénomination « d’Etat démocratique et populaire », cette étape transitoire devient « dictature du prolétariat », soit, en fait, dictature du parti communiste unique, celui-ci se transformant en « dirigeant » et en pouvoir permanent au-dessus de la société, au-dessus de toutes organisations sociales et syndicales, exerçant le rôle de maître, d’inspecteur, et de contrôleur de tous les organismes de l’appareil répressif, des forces armées et policières, etc... Seul le syndicalisme révolutionnaire et l’anarchisme nient de façon absolue la nécessité de l’Etat, du gouvernement, du parlementarisme. De la part de l’anarchisme, la négation de l’autorité, de son refus, sa position antagonique face à elle est totale, radicale absolue sous quelque forme ou quelque caractère qu’elle se présente, à tout moment et même pendant les périodes révolutionnaires et les périodes dites de « transition ».
Comme chacun sait, l’Etat en tant qu’institution n’a pas existé à toutes les époques. L’Etat moderne a surgi avec l’effondrement des régimes féodaux et le développement du système bourgeois et capitaliste, de ses structures économiques, de la propriété privée, de ses institutions juridiques, des idéologies bourgeoises et de la morale fondée sur le respect de la loi, de l’inégalité de classes, mais surtout de la propension au pouvoir, à l’autoritarisme, et à sa centralisation.
La suppression du Pouvoir-autorité est indispensable à la libération de la société, à son développement. Elle l’est aussi à la liberté de l’homme. Même si l’on admettait la prémisse équivoque « que le pouvoir appartient à tous, au peuple », pour qu’il ne puisse pas se reconstituer, personne ne devrait en disposer sur son semblable, que ce soit par le consentement de ce dernier, que ce soit une délégation temporaire, personne ne devrait abdiquer ou aliéner sa part devant quelqu’un d’autre. Moins équivoque, plus claire, est la formule anarchiste : « Pas d’autorité, pas de gouvernement, inexistence du pouvoir-commandement de l’Etat, ce qui signifie, en fait, l’absence de toute coercition, de toute oppression et de toute exploitation.
Aucune révolution n’a jusqu’ici supprimé ni l’Etat ni le pouvoir La réalité historique démontre que ni la révolution anglaise avec Cromwell, ni la révolution française de 1789-1793, ni celle de 1848, ni la révolution mexicaine de 1910, ni la révolution russe de 1917, ni les révolutions des pays de l’Est, dits de « démocratie populaire », ni la révolution chinoise, ni la révolution cubaine, ni la révolution espagnole de 1936-1939 elle-même, n’ont supprimé ni aboli l’Etat-pouvoir.
Les courants révolutionnaires anti-étatiques et anarchistes dans ces pays au milieu de ces grandes convulsions historiques, ont été minoritaires même là où les anarchistes ont connu le plus de force et de développement. Ils n’ont pu exercer une influence déterminante décisive pour des raisons complexes. Et encore moins lorsqu’ils n’ont pas voulu, comme c’est le cas de la révolution espagnole, tomber dans la tentation dictatoriale ni se laisser enfermer dans le cercle autoritaire. Au contraire, les marxistes-léninistes (maoïstes et trotskistes inclus) bien que cela suppose leur condamnation irrémédiable face à l’avenir qui, même à l’encontre de tous, sera fait de liberté, car elle est une nécessité biologique, éthique et essentielle à l’homme, à l’individu et qu’elle est vitale à la société, les marxistes-léninistes donc, appliquant leurs méthodes autoritaires ont obtenu un triomphe de pouvoir transitoire et non de la révolution qui les a menés à l’instauration de la dictature sur chaque peuple où ils se sont emparés des rênes de l’Etat et sur le prolétariat et les travailleurs. Ceux-ci continuant à être la classe dominée, soumise ; ils sont divisés en catégories et contrôlés par la nouvelle classe dirigeante à travers la toute puissance des partis communistes et des minorités qui les dirigent, les conditionnent et les manipulent en conservant dans leurs mains, dans ces pays dits de « démocratie populaire socialiste et communiste », tous les postes clés de domination et d’encadrement.
À grands traits, comme définition de chacune des plus importantes révolutions qui se sont produites dans notre siècle, nous arrivons à la synthèse suivante :
La révolution russe
La révolution russe, tout en considérant ce qu’elle peut représenter en soi comme pas en avant, accompli sous l’impulsion du peuple russe en révolte contre la tyrannie tsariste et ses structures, est une révolution trahie par le marxisme-léninisme et son excroissance la plus répugnante et la plus fatale : le stalinisme, qui est la transposition contemporaine la plus forte du plus féroce et exacerbé jacobinisme.
En U.R.S.S. il existe un super-Etat tout puissant. L’Etat intervient en toute chose. En U.R.S.S. l’inégalité existe et aussi le salaire et les différences de salaire : les catégories salariales.
En U.R.S.S. il existe l’argent. L’achat et la vente. Et le marché accaparé par l’Etat.
En U.R.S.S. il existe la propriété d’Etat. La seule exception des kolkhozes, avec leur relative autonomie n’est pas la règle.
Le monopole de la production se trouve aux mains des cadres du Parti. La planification est à l’échelle de l’Etat. Les finances sont monopolisées par l’Etat.
En U.R.S.S., le pouvoir est exercé par la « nouvelle classe ». Le Parti communiste, et non le peuple, ni la classe ouvrière, ni les masses populaires. Et ce pouvoir, c’est la dictature du Parti communiste sur tous les autres.
À travers l’expérience de la révolution russe, on peut affirmer que dans la pratique, le marxisme-léninisme a dégénéré dans un absolutisme autoritaire, dans un absolutisme idéologique et dans un système concentrationnaire politico-économique.
La révolution marxiste-léniniste dans les pays satellites
Les « démocraties populaires » s’inspirant du marxisme-léninisme comme c’est le cas de la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, l’Allemagne de l’Est, la Roumanie, la Tchécoslovaquie – cette dernière malgré sa récente évolution – et l’Albanie elle-même, présentent peu de variantes par rapport à l’U.R.S.S. dans la partie essentielle du système, des méthodes, des structures et de la vertébration autoritaire dont ce que l’on appelle le pays de soviets est le modèle type.
La « démocratie populaire », la « démocratie révolutionnaire » comme la « démocratie bourgeoise », est simplement, « la démocratie » sans adjectif ont un vice originel et un point commun essentiel : -cratie, c’est à dire, autorité, Etat ; gouvernement. Que l’autorité soit blanche, rouge, noire, bleue, c’est l’autorité, négation ou limitation de la liberté ; quelque chose d’absolument et de fondamentalement incompatible avec l’Anarchie, comme c’est le cas de l’Etat quel que soit le nom qu’on lui donne, et quelque chose d’également incompatible avec le socialisme de liberté, et avec le communisme libertaire.
La révolution yougoslave
Certains ont voulu faire une exception du cas de la Yougoslavie dans le contexte du marxisme-léninisme. Mais, s’il est vrai qu’il existe en Yougoslavie un mécanisme structurel et fonctionnel moins rigide, elle n’échappe pas néanmoins au défaut commun : c’est-à-dire au caractère profondément autoritaire.
Certes, l’autogestion dans les entreprises de production existe mais sous le contrôle de l’Etat et sans que l’on puisse sortir du mécanisme de l’économie planifiée de celui-ci.
On peut constater clairement qu’à travers les comités populaires, la Constitution et les lois existantes, et la réglementation et procédés appliqués, il y a une plus grande intégration des masses au mécanisme gestionnaire de l’Etat, ce qui les aliène, et une centralisation bureaucratique qui, par un mouvement centrifuge absorbe peu à peu l’autonomie locale et encadre la gestion des entreprises et des organismes économiques.
Le domaine réservé et supérieur de l’Etat développe le pouvoir effectif de ce dernier sur tous les autres organismes et la Fédération entière. L’autogestion est sujette à caution et à dépendance. Et les gouvernants yougoslaves eux-mêmes confessent qu’il existe encore dans ce pays de flagrantes injustices.
La révolution chinoise
Sous l’impulsion maoïste et en même temps d’inspiration nationaliste et marxiste-léniniste, dans laquelle l’élément paysan prédomine en tant que force de masse potentielle, appuyant les « dirigeants » - ceux-ci au fond révolutionnaires assez pragmatiques malgré leur vernis marxiste – souffrent de tares semblables à celles de la révolution russe.
La structuration du pouvoir d’Etat a suivi sous la direction guerrière et dictatoriale, un processus autoritaire et centralisateur incontestable. La Commune autonome a été sacrifiée. Et la « Comitécratie » des soi-disants « comités révolutionnaires », y compris à travers la « révolution culturelle » a étendu les réseaux autoritaires locaux, provinciaux et centraux. La Chine est un pays « civilement » militarisé. Le Parti communiste, démembré par ses propres luttes intestines, a perdu de l’influence. C’est le fractionnalisme armé plus ou moins lié au « maoïsme » qui prédomine maintenant. De nouveaux cadres « activistes » et des représentants de l’armée, peu sensibilisés par le marxisme orthodoxe préparent leur escalade au pouvoir. La révolution chinoise considérée comme révolution sociale et émancipatrice est aussi une révolution avortée.
La révolution cubaine
La révolution cubaine n’est pas une révolution d’inspiration marxiste-léniniste à son début comme la révolution mexicaine de 1910 ne l’était pas. Mais la révolution cubaine, en partie rendue propice par des éléments plus ou moins petits-bourgeois et nationalistes, est tombée peu à peu dans l’orbite théorique du marxisme-léninisme, sans être totalement absorbé par celui-ci.
Le mouvement du 26 juillet avec Castro à sa tête entouré de Cienfuegos, de Che Guevara et d’autres, a plus de « pouvoir » et de dynamique révolutionnaire que le Parti communiste cubain. Mais la révolution cubaine est atteinte aussi du virus autoritaire. Diverses circonstances ont influencé l’implantation du marxisme-léninisme hétérodoxe à Cuba. Mais, même ainsi, la mentalité et la psychologie cubaines sont assez rebelles à l’assimilation des thèses et des doses doctrinales spécifiquement marxistes.
La révolution est une révolution pour plus de pain et plus de liberté, poussée par une minorité depuis le sommet, minorité dont les lignes directrices ont éveillé un écho dans la paysannerie et les couches populaires. C’est une révolution assez pragmatique, sur un fond autoritaire et dans un certain sens « paternaliste ». Elle peut difficilement déboucher sur l’émancipation effective du peuple et de la classe ouvrière cubaine.
Ni le syndicat, ni les travailleurs organisés de l’industrie et de l’agriculture n’ont une influence déterminante à Cuba. C’est la dictature du castrisme qui, ne pouvant s’exercer au nom du prolétariat, dispose de tous les postes d’autorité dans le pays ; l’économie se trouve entre ses mains tout en restant sujette, d’un autre côté, à des hauts et des bas de la fluctuation internationale. Aujourd’hui l’économie cubaine est essentiellement tributaire de l’U.R.S.S.
À Cuba les différences de salaires existent aussi, bien que moins importantes qu’en U.R.S.S. et dans d’autres pays satellites.
Cuba est un régime d’Etat, sous la dépendance d’une minorité, bien qu’elle semble vouloir se défendre du fléau parasitaire de la bureaucratie.
Le pouvoir local à Cuba n’est pas autonome. Et il se trouve faussé également par un mécanisme « activiste » qui réduit, contrôle et monopolise ses fonctions.
Cependant, Cuba est un pays plus perméable aux théories et aux expérimentations de type communiste-libertaire que ne le sont l’U.R.S.S. et les pays satellites.
La révolution espagnole
La révolution espagnole de 1936-1939 est la révolution de plus grand contenu, sens et signification libertaires, parmi celles qui se sont produites au XXième siècle, et nous pourrions dire, sans exagération, dans le cours de l’histoire. Elle l’est déjà en tant que lutte consciente d’un peuple et de la classe ouvrière organisée pour son indépendance et contre le fascisme. Elle l’est par l’orientation et la finalité qu’on lui donne depuis la base et par la réalisation directe du peuple d’un type nettement libertaire, par les organismes qu’elle crée, tels que les collectivités et les socialisations, en marge de l’Etat. Elle l’est par la prise en mains des terres, des usines, des instruments de travail. Par l’organisation de l’économie aux mains des travailleurs. Par l’autogestion dans les usines, les ateliers, dans l’agriculture, dans les services des transports et des communications. Par l’organisation non commercialisée de l’échange de produits, du ravitaillement et de la distribution. Par la création, en fait, de la Commune autonome locale. Par la fédération de ces dernières, d’un commun accord. Elle l’est par le fédéralisme fonctionnel d’organismes et d’institutions détachés de l’étatisme. Elle l’est par l’abolition de la propriété privée rendue effective dans de nombreux endroits. Elle l’est par la suppression du salaire ou par l’égalité de celui-ci en de nombreux points. Elle l’est enfin, par la responsabilité directe qu’assume l’organisation syndicale des travailleurs alliés C.N.T.-U.G.T. indépendamment de l’Etat et des partis politiques, dans l’autogestion, l’administration et le fonctionnement des organes vitaux de la société.
La révolution espagnole acquiert ce caractère libertaire et cette ampleur révolutionnaire et sociale véritables en grande partie grâce à la densité de pénétration et de saturation anarchiste chez le peuple espagnol et dans la partie la plus dynamique et la plus consciente du prolétariat organisé dans la Confédération Nationale du Travail, organisation syndicaliste révolutionnaire, fédéraliste, anti-étatique, et de finalité communiste libertaire, et grâce à la présence active de la Fédération Anarchiste Ibérique, du Mouvement Libertaire Espagnol et des anarchistes et sympathisants en général.
Mais alors que la C.N.T. et la F.A.I., s’efforçaient de donner un caractère et un contenu libertaires de plus en plus grand à la révolution espagnole, les partis politiques faisaient tout leur possible pour la freiner, et le Parti communiste et le Parti socialiste unifié de Catalogne (ce dernier équivalent du précédent), pour la saboter. Les partis politiques, républicains et démocratiques, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol compris, ne voulaient pas aller au-delà d’une révolution, de signe petit-bourgeois. Le Parti communiste, d’un autre côté, voyant qu’il ne pouvait contrôler la révolution, ni lui donner un caractère marxiste-léniniste, ce qui n’intéressait pas non plus l’U.R.S.S. dans la conjoncture historique du moment, s’employa à détruire les réalisations collectivistes et à revaloriser les organismes d’Etat que l’élan révolutionnaire du peuple avait ébranlés mais qui étaient encore debout.
L’Union générale des Travailleurs, centrale syndicale influencée par les socialistes continuait de son côté, à se montrer réticente aux audaces et initiatives révolutionnaires de la C.N.T. Tournées vers une transformation sociale effective. C’était plutôt les ouvriers de l’U.G.T. eux-mêmes, qui, sans tenir compte des consignes officielles des dirigeants ugétistes secondaient avec un certain enthousiasme les initiatives de la C.N.T. Néanmoins l’anachisme, l’anarcho-syndicalisme n’arriva jamais en Espagne, malgré son potentiel, à pouvoir être de lui-même une force uniquement déterminante, pour que la révolution put triompher. Ce qui fut réaliser par la révolution espagnole sous l’impulsion de l’anarcho-syndicalisme et de la partie la plus dynamique des travailleurs et du peuple espagnol en matière sociale, économique, culturelle et d’organisation de base de la nouvelle société, a une profonde signification libertaire et laisse une empreinte indélébile dans l’Histoire. C’est une source d’études et de réflexion pour tous les révolutionnaires sincères.
La révolution espagnole n’a pas pu donner toute la mesure d’elle-même. Le temps matériel luia manqué. Elle fut écrasée nien que pas vaincue, par la croisade réactionnaire et le fascisme international, avant de pouvoir acquérir plus d’ampleur et de donner des fruits plus riches. La révolution espagnole est celle qui a eu la plus belle densité anti-autoritaire grâce au puissant mouvement de la C.N.T. et de la F.A.I., des anarchistes organisés et grâce à leur dynamisme d’action, à leur sens réaliste (sans éviter toutefois de tomber dans quelques erreurs en partie explicables) ; elle a influencé les masses populaires et les a stimulées dans la gestion directe de l’économie et de la vie sociale, dans les nouvelles formes de travail, émancipées de l’exploitation et du contrôle de l’Etat ; dans les nouvelles formes sociales de vie en commun libre et solidaire.
La révolution espagnole n’a pas pris un caractère jacobin ou totalitaire marxiste-léniniste, surtout à cause de la présence et de l’action du Mouvement Libertaire Espagnol et de son affrontement continuel au Parti communiste.
La révolution espagnole, alors que l’Etat républicain subsiste encore, dans la zone géographique de l’Espagne non tombée au pouvoir du fascisme, est une révolution qui tend à la suppression de l’Etat, à l’instauration d’une société de producteurs libres, administrés directement par les travailleurs eux-mêmes ; sans exclusives directrices ou dirigeantes venant de partis, sans le totalitarisme d’un parti unique et sans dictature transitoire qu’ils viennent de lui ou d’autres. Tant dans sa finalité que dans ses exemples réels et dans son orientation, la révolution espagnole va au-delà de ce qui a été et de ce que signifie du point de vue historique, social, politique et révolutionnaire, la Commune de Paris de 1871, elle-même, et de toutes les révolutions qui se sont produites ultérieurement.
La révolution espagnole est une révolution inachevée et latente, qui conservera pour toujours ses caractéristiques singulièrement originales et son sens profondément libertaire.
La défense de la révolution
La défense de la révolution ne doit pas être la tâche exclusive du prolétariat révolutionnaire établissant une dictature : elle doit intéresser tout le peuple et elle doit lui être confiée. Dans cette défense, qu’on le veuille ou non, le rôle de chacune des forces ou minorités révolutionnaires les plus actives et les plus capables de faire sentir leur présence se manifestera naturellement. L’élimination de ces minorités par la plus puissante d’entre elles dans le but de prendre et de monopoliser le pouvoir révolutionnaire : l’affaiblissement de l’action directe populaire et massive, et d’un autre côté elle déchaînera les luttes intestines les plus féroces, la marche accélérée vers la dictature. Une révolution, pour être telle et se sauver, sans frustrations ni mouvements de recul, doit éviter la création de pouvoir politique et de leur institutionnalisation.
L’existence des minorités révolutionnaires doit être respectée et on doit arriver à une coexistence sur l’accord formel de suppression de tout pouvoir, de toute autorité ou de tout organisme d’Etat et de gouvernement.
La révolution sociale, pour être une révolution sociale véritablement transformatrice et émancipatrice, qui mette fin aux différences de classes, à l’eclavage économique et à l’oppression politique, doit partir de cette prémisse essentielle. Le postulat axiomatique anarchiste qui dit que l’existence de l’autorité est l’antithèse de la liberté, a eu autrefois, à aujourd’hui et aura demain valeur permanente. Toute révolution qui aura à recourir à la dictature ou au pouvoir d’Etat pour se maintenir sera étouffée ou dégénérera.
Armée ou peuple en armes ?
Même si cela paraît paradoxal pour un peuple comme pour une révolution, la plus grande menace est constituée par son appareil dit de défense s’il s’agit de l’armée. L’armée, même si elle ne l’utilise pas directement ou par voie interposée, possède un pouvoir permanent en puissance. Sa subordination à l’appareil civil en place est circonstancielle et jamais inconditionnelle. Et derrière l’armée apparaîtra toujours le profil du dictateur, ce dernier étant lui-même très souvent téléguidé par des forces connues ou obscures, par des groupes de pression financière, ou par des coalitions de pouvoir élevant les étendards d’idéologies fascistes, « patriotiques », racistes ou « révolutionnaires ». toute démocratie succombe finalement aux moments cruciaux et difficiles, sous la botte du coup d’Etat militaire. Toute révolution se heurta à l’armée, à l’appareil répressif de l’Etat ou de la dictature et les affronta au cours de son histoire. L’armée se maintiendra en U.R.S.S. et en Chine, plus que le Parti communiste lui-même. Et les coups d’Etat contre-révolutionnaires – nous ne disons pas contre-totalitaires – dans ces pays comme dans les autres, viendront de chefs militaires coalisés, aussi dangereux pour le peuple, pour les travailleurs, pour les libertés humaines que les « directions collégiales exécutives » des partis marxistes-léninistes.
L’armée « populaire », professionnelle et permanente, ses cadres d’active et de réserve, constituent toujours une émergence autoritaire, un dispositif de pouvoir générateur de pré-puissances liberticides. Un peuple qui aura constitué une armée ne pourra jamais considérer ses libertés garanties et sûres.
Si les marxistes-léninistes exaltent les vertus de l’armée « populaire », nous, anarchistes, nous ne pouvons y adhérer. Nous devons repousser toute forme d’armée, toute militarisation, même si elle prend nom de révolutionnaire, nous devons repousser systématiquement les structures militaires ou paramilitaires.
Les milices populaires civiles armées, non permanentes, les guérillas de volontaires, les groupes ou comités de défense et de surveillance, sous le contrôle direct des travailleurs et constitués par eux sans structurations centralisatrices peuvent répondre aux besoins de la défense armée de la révolution, contre le coup d’Etat contre-révolutionnaire sans jamais perdre de vue qu’elles ne peuvent être considérées, même sous cette forme, que comme un moindre mal. La formule vague de « peuple en armes » même, rendra compréhensible le fait que la révolution ne se trouve ni consolidée ni en sécurité. Elle ne le sera que lorsque le peuple pourra vivre libre, en paix et en harmonie, sans corps armés pour le défendre, parce qu’il sera lui conscient et effectivement capable d’auto-défense par lui-même, contre tout ennemi intérieur et extérieur.
Relativités de l’efficacité
Face aux anarchistes, les marxistes-léninistes, devant ce qu’ils considèrent comme une victoire de leurs méthodes en U.R.S.S. et en d’autre endroits, présentent l’argument de la valeur, de la supériorité, de l’efficacité de ces méthodes du point de vue révolutionnaire. Les anarchistes, affirment-ils, n’ont gagner aucune révolution. Leurs méthodes de lutte sont infantiles. Nous, disent-ils, nous pouvons présenter les exemples d’une révolution triomphante en U.R.S.S., grâce surtout au Parti communiste et à son rôle dirigeant.
Cet argument est faux. Premièrement, parce que la révolution russe n’est pas l’oeuvre exclusive du Parti communiste, mais celle du peuple russe. Deuxièmement parce que le Parti communiste s’est imposé au peuple par la dictature. Troisièmement, parce que ce triomphe c’est celui du Parti communiste étranglant la révolution populaire et enchaînant de nouveau le peuple, après que celui-ci ait abattu le tsarisme. Personne ne peut affirmer sérieusement que le marxisme-léninisme ait libéré le peuple russe et les citoyens russes.
Cinquante ans après sa victoire, le Parti communiste n’a pas encore pu reconnaître certaines libertés essentielles et certains droits élémentaires, reconnus jusque par des régimes étatiques et capitalistes eux-mêmes, tels que la libre expression de la pensée, le droit à la libre association, celui de réunion, celui de propagande, etc...
L’efficacité des méthodes lénino-marxistes- staliniennes du point de vue de la Liberté et du respect de la personnalité humaine au bout de cinquante ans d’expérience réelle reçoit un démenti formel dans la pratique.
On ne saurait reprocher un échec semblable à l’anarchisme, qui, s’il est vrai, n’a encore triomphé dans aucun pays et qui ne peut triompher, si le peuple et l’individu ne triomphent pas, si les hommes et la société ne se libèrent pas eux-mêmes et démontrent leurs capacités, leurs aptitudes et leur volonté d’être libres.
L’expérience de l’efficacité des méthodes de liberté préconisées par l’anarchisme, leur valeur dans les applications partielles réelles et pratiques là où elles ont été essayées, dans une ambiance défavorable et des situations pas encore assez mûres pour une complète et vaste expérimentation anarchiste populaire, se manifestant de façon consciente et spontanée, non dirigée, reste intacte. Sa valeur permanente représente une promesse et un espoir, une confiance aussi, quant au devoir humain et quant à un futur formé et forgé par la raison, la conscience, la science, la capacité, l’équilibre sain et vital de l’homme considéré intégralement, maître de lui-même et de son destin, des propres révolutions qu’il déchaîne, des transformations qu’il crée, homme et non mécanique ou robot des forces aveugles et fatales, des mythes ou des institutions, de structures esclavagistes et autoritaires qui jusqu’à maintenant ont prédominé dans l’histoire et ont empêché l’humanité de vivre en paix, libre et heureuse au milieu de l’abondance et de la pratique de la solidarité et de l’entraide.
Marxisme et anarchisme
Il est nécessaire de préciser que l’anarchisme et le marxisme sont entièrement opposés et différents, dès l’origine, et qu’on ne peut envisager un bon marxisme avec lequel nous pourrions trouver des terrains d’entente et nous allier. L’application actuelle du marxisme n’est pas une déviation, c’est le marxisme dans sa réalité.
Par son absence de nouvelle morale, par son écrasement de l’individu au profit d’une classe privilégiée, le marxisme est incapable d’offrir à l’homme, aux hommes, des solutions viables. L’anarchisme dans son universalité a une économie, une politique, une morale qui lui sont propres et qui se suffisent. Vouloir mélanger le marxisme et l’anarchisme, c’est méconnaître profondémment l’anarchisme, en avoir une vue superficielle.
Dans ce sens nous ne concevons aucune similitude entre l’anarchisme et le marxisme.
Conclusions
Le marxisme a contribué sans aucun doute à la critique de l’économie et de la société bourgeoise, politique et juridique, ce dont il ne détient pas l’exclusivité car d’autres critiques non marxistes, parmi eux les socialistes appelés utopistes et les penseurs et sociologues anarchistes et d’autres écoles, y ont contribué également avec sérieux et certains ont même anticipé sur Marx et Engels et évidemment sur Lénine lui-même, dans cette critique et dans la formulation de certaines théories dont le marxisme lui-même s’est emparé ou a développé. Mais le marxisme, même à l’intérieur de son criticisme du régime bourgeois, a contribué à élever le culte de l’économie politique, deus ex machina pour lui, du développement de l’Histoire, négligeant le facteur humain et le subordonnant au mécanisme et au déterminisme fataliste des forces économiques.
Le marxisme-léninisme-stalinien a été un « destructeur d’idéologies » pour se convertir dans la pratique en un monopoliateur s’un super-monisme idéologique, permanent et stéréotypé.
Le marxisme a été incapable de créer, de former, d’engendrer, de fonder, de définir et de faire vivre de nouvelles valeurs humaines de liberté, de dignité individuelle, d’éthique libre, sans sanction ni obligation, d’humanisme solidaire et de relation sociale sans autorité. Peut-on parler alors de défaite et d’échec du marxisme-léninisme ? Du point de vue révolutionnaire d’instauration du socialisme et du communisme au moyen de la « dictature du prolétariat » et de l’exercice du pouvoir par les marxistes-léninistes, la réponse est affirmative. Son échec est complet.
Ni les méthodes, ni la tactique, ni la stratégie marxiste-léniniste, ni sa ligne de conduite, ni ses schémas et fondements doctrinaux, ne conduisent au socialisme et au communisme libres, ni à la libération effective des hommes et des peuples. Son échec est aussi flagrant et évident que celui de la social-démocratie réformiste et celui de la démocratie bourgeoise, pour créer une société juste et libre de respect total envers la personnalité humaine et pour la dignité de l’individu. L’anarchisme continue et continuera à assumer, face à l’avenir, un rôle considérable et transcendant dans l’humanité et dans les transformations et les révolutions sociales futures.
L’anarchisme, sans ignorer les influences du matérialisme historique, place l’homme comme facteur primordial et essentiel de son propre destin individuel et social, et comme moteur et accélérateur de l’Histoire. Comme être pensant et conscient, comme volonté en action, avec pouvoir transformateur en biologie sociale, pour créer son propre milieu avec les ressources de la Nature dont il dispose, avec leur utilisation et leur transformation au moyen de son effort, de son travail, de son savoir, de sa technique et de sa science en s’appuyant sur une nouvelle morale humaniste et solidaire, et en donnant au développement historique son rythme volontariste intense, le revivifiant avec ses propres sources d’inspiration et concrétisant dans le réel les formes des nouvelles structures sociales perfectibles, toujours en progression ascendante vers un futur illimité de bien-être et d’harmonie universelle. Mais l’erreur la plus fatale des anarchistes serait de s’endormir ou de s’arrêter sur sa lancée ; de perdre leur combativité de lutteurs pour la liberté ; de laisser s’émousser leur volontarisme révolutionnaire et de méconnaître la valeur offensive, défensive et créatrice du Mouvement anarchiste en action permanente, de l’organisation fédérative et autonome spécifiquement anarchiste, de l’élan individuel et collectif associés dans un milieu anarchiste où à anarchiser.
Les anarchistes doivent se manifester dans le présent et dans le futur avec un élan et une énergie anarchistes plus grands pour faire face aux réalités nouvelles, à l’avant-garde de tous les autres mouvements révolutionnaires, donnant des preuves constantes de leurs capacités constructives, et rester fidèles essentiellement aux principes fondamentaux de l’anarchisme qui ont une valeur actuelle et permanente.
Ce n’est qu’ainsi que, nous, les anarchistes, serons à la hauteur du grand rôle historique que l’anarchisme militant est appelé à jouer. Ce n’est qu’ainsi que nous aiderons et que nous contribuerons à traduire dans les faits la prophétie subtile, lucide et pleine d’espoir de Bovio : « la pensée est anarchiste et l’Histoire se dirige vers l’anarchie ». Que cela devienne une réalité dans l’humanité et dans le temps, dépend principalement des anarchistes eux-mêmes, de leur action et effort permanents et incessants de nos jours et dans l’avenir.
Alayn a écrit dans ce même topic :
Je n'ai jamais vu le situationisme comme un avatar du marxisme.
(...)
Le mouvement anarchiste est assez vaste et varié: il n'a pas besoin de piller dans d'autres idéologies qui de plus, ont montré suffisamment combien elles étaient néfastes (le marxisme et tous ses avatars...).
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