willio a écrit:Durruti a écrit:Chaque groupe de producteurs ne peut produire l'ensemble des biens et des services nécessaires à la satisfaction de l'ensemble du groupe (ne serait-ce que parce qu'il existe des inégalités de ressources selon les régions). Autrement dit pour moi les groupes de producteurs seront contraints d'échanger entre eux pour répondre aux besoins. Je considère simpliste de dire que la société libertaire sera une société d'abondance : la collectivisation des moyens de production est une condition nécessaire mais pas suffisante pour garantir l'abondance.
Je suis d'accord qu'on ne peut pas parier sur l'abondance de tous les produits, même dans une société organisée autour de la fabrication et l'utilisation rationnelle de ceux-ci.
Pour les produits qui seront rares (car difficiles à produire ou nécessitant des matières premières peu abondantes), on peut avoir deux approches de leur répartition : soit de manière capitaliste, soit de manière égalitaire. Dans le premier cas, on utilise la monnaie pour autoriser l'accès à ces biens aux plus riches, et dans le deuxième cas, on "rassemble" la totalité des biens non abondants, on divise par le nombre de personnes et on obtient la part de chacun-e.
D'autre part, introduire la monnaie, en plus de mettre une valeur sur les choses, met une valeur sur le travail et les humains. Comment évalue-t-on la valeur d'un travail ?
Durruti a écrit:Alors comment conçoit-on ces échanges inter-groupes ?
Personnellement je conçois cela selon les principes du mutualisme libertaire. A savoir : lorsqu’un groupe produit un bien pour un autre groupe, ce dernier en fait de même. Même chose pour la production de services, les emprunts, etc…Le mutualisme libertaire c’est l’application de l’adage "œil pour œil, dents pour dents" au domaine économique. L’association entre les groupes se fait sous la forme de contrat, et l’échange les groupes traduit le fait que chacun y trouve son avantage.
Ca me choque un peu de parler de "trouver son avantage". Si l'échange doit être en lui même source de profit, on est carrément dans un système capitaliste. Je conçois les échanges inter-groupes de la même manière que je conçois la répartition des biens au sein d'un groupe qui possède plusieurs pôles de production. Ma vision de ces échanges est la suivante : il s'agit par la pensée, d'imaginer que tout ce qui est produit est mis en commun et réparti suivant les besoins de chaque groupe. Il se peut qu'un groupe ait besoin de produits d'un autre sans que ce dernier n'ait besoin de l'aide du premier...et celà ne doit pas poser de problème, car les échanges doivent être conçus de manière globale, ce qu'interdit le troc. Je sais pas si je suis très clair. Prenons un exemple :
3 groupes (A,B et C) ont besoin chacun des produits x, y et z pour vivre.
A produit x et y.
B produit z.
C produit x.
Donc C importe y depuis A et z depuis B mais exporte seulement x vers B, et rien vers A (qui possède déjà du x).
Donc les échanges entre A et C peuvent paraître dissymétriques mais il faut voir les choses globalement et boucler la boucle pour comprendre que c'est égalitaire. En effet, C exporte du x vers B et B exporte du z vers A...donc c'est comme si C exportait du z vers A... Tu suis ? ^^
Bref, quels que soient les biens produits, chaque groupe effectue autant de travail (pondéré par sa taille) que les autres, c'est ce qui compte.
Durruti a écrit:A vrai dire à partir du moment ou c’est la satisfaction des besoins qui régit le fonctionnement des échanges, je pense que les biens ne sont pas désirés pour eux-mêmes mais pour être consommés. Autrement dit les risques d’accumulation me paraissent nuls.
Sauf que tu fait beaucoup trop confiance aux gens... Il me parait utopique d'espérer que les gens consomment juste ce qu'il faut pour satisfaire leurs besoins...si tu as de l'argent et que ça te permet d'acheter pleins de trucs pour augmenter ton confort, tu ne vas pas te priver d'utiliser cet argent.
D'autre part, comment gères-tu la contradiction entre l'idée de possession (et non de propriété privé) et l'idée d'argent ? L'argent t'appartient, tu ne le partage pas. Donc ce que tu achètes est définitivement à toi.