Pour une bonne compréhension je renvoie à l'ouvrage l"Anarchisme aujourd'hui de Vivien Garcia et les textes suivants:
PEREIRA, Irène. "A propos de L’Anarchisme aujourd’hui de Vivien Garcia"
GARCIA, Vivien. "Postanarchisme, anarchisme et philosophie"
J'attire notamment votre attention sur le passage suivant du texte de Vivien Garcia dans sa réponse à Irène Pereira:
[color=#0040FF]Associer philosophie et anarchisme ne va pas de soi. Il y a encore quelques années, la simple idée de mener une réflexion philosophique sur l’anarchisme aurait été considérée comme étonnante sinon aberrante. Et ce pour de mauvaises, mais aussi parfois de bonnes raisons. Peu importent les mauvaises, elles ne sont que trop souvent liées à des représentations vulgaires considérant l’anarchisme comme honteux et méprisable. Les bonnes, elles, peuvent être distinguées selon deux catégories s’impliquant l’une l’autre. La première a trait aux difficultés que peuvent poser les manifestations et traces de l’anarchisme si elles sont soumises aux cadres classiques de la réflexion philosophique. On peut ainsi évoquer les importantes contradictions entre les différents courants de l’anarchisme, les différents auteurs, les différents textes de ces mêmes auteurs ; une multitude de faits interdisant de mettre au jour un corpus de textes à travers lequel on pourrait se déplacer, guidé par un même ensemble de concepts tiré d’un prétendu père fondateur. On peut aussi, et surtout, faire allusion aux formes d’écriture particulières de l’anarchisme. Elles relèvent plus volontiers du texte d’intervention politique que de l’essai philosophique propre à une activité théorétique extirpée de l’empiricité des politiques effectives. Cet ancrage dans une praxis se trouve d’ailleurs à la source de la seconde raison qui rend difficile la liaison de l’anarchisme avec la philosophie : un certain refus anarchiste de la philosophie. On en trouve de nombreuses expressions chez Malatesta, pour qui la philosophie n’est souvent, dans les mouvements politiques, « qu’un simple jeu verbal ou un numéro d’illusionnisme » [1], la volonté politique n’étant pas l’effet d’une réflexion théorique préalable. Ainsi, l’anarchisme, comme politique, « dans sa genèse, dans ses aspirations, dans ses méthodes de lutte n’a aucun lien nécessaire avec un quelconque système philosophique » [2]
Ce que nous voudrions pointer à travers ces propos, ce sont les écueils que rencontre nécessairement une posture qui cherche à penser l’anarchisme comme étant en-soi une (ou un ensemble de) philosophie(s). Une telle posture ne peut que conduire à des contradictions, voire à l’oubli de l’objet qu’elle cherche à penser. Notre volonté de discuter le postanarchisme naît donc en recul de la philosophie à proprement parler. Elle prend racine là où les thèses postanarchistes sonnent faux, justement parce que ces philosophes de la différence ont ignoré (ou pris soin d’ignorer) quelques dissonances des anarchismes effectifs avec le modèle théorique qu’ils ont bâti. Serait-ce à dire que l’on ne puisse faire usage de la philosophie que comme un discours à part, secondaire, qu’il faudrait récuser lorsqu’on s’immisce dans le champ des politiques ? Philosophie et politiques constitueraient-elles des domaines incommensurables. Devrait-on en revenir à la situation, malheureusement majoritaire au XXe siècle, où le discours historique semblait être le seul légitime quant à l’étude de l’anarchisme ? Tel n’est pas notre propos, puisque nous avons fait le choix d’une expression philosophique. Mais ce choix implique d’abandonner les grandes catégories polaires à l’oeuvre dans les cadres réflexifs de la philosophie politique classique : la théorie contre la pratique, l’inconditionné des concepts contre les variations des discours politiques... On ne saurait donc, à la manière des postanarchistes, penser l’anarchisme à travers un groupement de textes dans lequel on s’efforcerait de trouver une quelconque vérité. Aucune doctrine ne peut prétendre représenter l’effectivité sociale et politique des anarchismes. Cependant, cette effectivité n’en est pas moins porteuse d’une idée. C’est à ce titre que nous employons quelques outils légués par Proudhon, notamment dans ses analyses ayant trait à la question de la théorie et de la pratique. Toute activité est porteuse de sens ; de même que dans l’activité sociale toute idée est l’expression d’intérêts ou de conflits, ou plutôt est ces intérêts et ces conflits dans leur réalité.
[1] Malatesta, E., in Pensiero e Volontà, 1er juillet 1925, Scritti. Edizioni del Risveglio, Genève, 1936,vol. III.
[2] Malatesta, E., in Pensiero e Volontà, 16 mai 1925, Scritti. Edizioni del Risveglio, Genève, 1936,vol. III.

