Pour un communisme libertaire

Pour un communisme libertaire

Messagede Pïérô » 14 Fév 2013, 17:31

Tiré du Manifeste pour une Alternative libertaire

Pour un communisme libertaire

Le projet de société que nous proposons s’appuie sur les expériences concrètes des travailleurs et des peuples révolutionnaires : communes libres, conseils ouvriers, fédérations, syndicalisme révolutionnaire.

Nous nommons ce projet communisme libertaire, non par référence au courant « communiste » marxiste-léniniste, mais dans la continuité d’un courant plus ancien et plus large, antiautoritaire, syndicaliste, conseilliste.

« Communisme » : une société fondée sur la mise en commun des moyens de production, sans appropriation privée ou privative, centralisée, c’est-à-dire sans classe et sans État.

« Libertaire » : une société qui a pour objectif et pour condition l’émancipation de la société, des travailleurs et des individus, qui passe par l’égalité économique et la démocratie de bas en haut de la production et de toute la société.

Le communisme libertaire est le projet d’une société en évolution, animée par un processus révolutionnaire permanent, qui étend progressivement la société nouvelle sur toute la surface terrestre, et qui gagne et intègre peu à peu toute la population.

Nous indiquons ici quelques grands axes de ce projet, tel que nous pouvons le concevoir pour la première phase de construction, c’est-à-dire alors que toute la population n’a pas encore été gagnée, que la révolution a encore de nombreux ennemis à l’intérieur et à l’extérieur, et qu’il faut faire avec l’héritage technologique tout en commençant immédiatement à le transformer.


Des rapports de production autogestionnaires

Par socialisation des moyens de production nous n’entendons pas concentration de ceux-ci aux mains de l’État mais possession collective par l’ensemble de la société, autogestion de la production dans sa globalité, et autogestion de chaque unité par ceux qui s’y emploient.

Par autogestion nous entendons pouvoir de décision collectif des assemblées de travailleurs, avec liberté totale d’expression et votes démocratiques. L’autogestion abolit les rapports de production capitalistes dirigeants/dirigés, avec l’organisation hiérarchisée et parcellisée du travail qu’ils impliquent. Dans l’autogestion les responsables, coordonnateurs, délégués, sont élus par les assemblées de base ; ils peuvent être révoqués par elles à tout moment, et ils sont soumis à la direction collective de la base, tenus d’appliquer les grands choix, les mandats impératifs adoptés et régulièrement renouvelés par les assemblées de base et les conseils locaux.

Le renversement des rapports de production repose sur une transformation radicale de la nature du travail. Les fonctions manuelles et intellectuelles, séparées par le capitalisme, sont réunifiées : chaque travailleur participe à la conception et à la décision, il est décideur pour la production et pour la société. Son temps de travail incorpore ces tâches de décideurs (y compris sur les questions « politiques » concernant la région, la société), les tâches d’exécution, et un temps très étendu de formation continue. Le temps n’est plus soumis à la division héritée du capitalisme entre travail parcellisé et loisir. Dans le cours de sa vie, le travailleur alterne participation à la production collective et participation à la vie sociale comme autant de formes de son épanouissement.

Cette transformation du travail, sa désaliénation, est le noyau central d’un profond processus de transformation remodelant radicalement le tissu productif et les technologies. Celles-ci devront s’adapter à ce nouveau mode de production et aux nouveaux critères de la société, ouvrant une période d’innovations et de renouvellement.

La production échappe aux impératifs des profits. Ce sont les besoins humains qui deviennent déterminants. Ces besoins ne sont pas et ne seront jamais « objectifs » : ils répondent à des données culturelles, à des aspirations personnelles, mais aussi à ce que la production propose. Il y a donc une grande diversité de besoins qui appellent un système forcément complexe de détermination des impératifs de production. Deux mécanismes parallèles nous paraissent pouvoir être mis en place. L’un de planification et de coordination générale autogérée, qui centralise les besoins recensés dans les communes et les régions, les unités et les fédérations de production. Cette planification assure la mise en œuvre collective des grandes transformations. Et elle garantit à tous la satisfaction des besoins fondamentaux, de façon libre, gratuite, solidaire : logement, santé, formation, nourritures de base… L’autre mécanisme recouvrirait l’intervention spontanée des individus et des communautés de base s’exprimant dans un marché libéré des contraintes de l’économie marchande mais permettant l’accès libre de chacun aux produits et aux services de son choix.


Une Démocratie fédéraliste et autogestionnaire

La Démocratie fédéraliste autogestionnaire repose sur les Assemblées de base des travailleurs et sur les communes. Elle structure la société à partir des régions, afin de créer des espaces de pouvoir collectif directement contrôlables par la population. Ces espaces régionaux autogérés ne reproduiront pas nécessairement le découpage des actuelles régions administratives. Elle vise à la fédération internationale des régions, à vocation universelle. Elle se donne des règles communes autogestionnaires, intégrant les droits acquis par l’appropriation collective des moyens de production. Ces droits et ces règles s’imposent à toutes les régions, garantissant la protection de chaque individu et de chaque communauté. Au-delà, la plus grande autonomie s’exprime à la base, dans les communes, dans les régions fédérées.

Le fédéralisme est une forme d’organisation et de centralisation/décentralisation qui permet d’éviter l’écueil du centralisme bureaucratique et celui d’une atomisation de la société. C’est l’équilibre entre l’initiative et l’autonomie des unités fédérées, et la solidarité entre toutes : une interdépendance sans hiérarchie, où les choix collectifs sur les questions communes sont prises et appliquées par tous. Le fédéralisme implique une conception ouverte, dialectique, de la société comme lieu où on peut tendre à équilibrer le champ du général et celui du particulier, mais sans jamais pouvoir réduire l’un à l’autre.

Le fédéralisme conduit à une structuration stabilisée de la société. La coordination de la production est assurée par des fédérations par branches. Chaque région fédère les communes et les unités de travail. Les régions forment une fédération internationale avec une large part d’autonomie. Chaque fédération est coordonnée par un conseil très large de représentants de la base, formé d’élus directs étroitement contrôlés et en lien avec leur mandants. Chaque fédération nomme des responsables soumis à la direction de la base.

Les conseils des fédérations régionales, professionnelles, etc. ont donc à charge de centraliser le pouvoir de la base, non pas en l’exerçant en son nom mais en organisant le débat démocratique. En assurant des consultations régulières de toute la population concernée s’exprimant depuis la base et tranchant entre les diverses options dégagées. Le conseil de la fédération est ensuite tenu d’exécuter les décisions démocratiques. Ces consultations se réservent aux grandes questions, aux grands choix, tandis qu’une très large part d’initiative est assurée aux unités fédérées.

Le mandat de la base n’est pas livré au seul moment de l’élection des délégués ou des responsables, et au vu des promesses des candidats ou des programmes de leurs organisations éventuelles. Le mandat impératif est donné sur un contenu décidé par la base et renouvelé régulièrement. La démocratie du bas vers le haut représente une forme radicalement nouvelle de pouvoir collectif, en rupture avec la division dirigeants/dirigés, gouvernants/gouvernés, la coupure entre l’État et la société de tous les systèmes de classe. Chaque « citoyen-travailleur » étant associé à ce pouvoir, le gouvernement est descendu dans l’atelier et dans la commune : c’est l’autogouvernement de la société, qui répond naturellement à l’autogestion de la production.

Les différences entre État parlementaire et fédération autogestionnaire sont radicales. Renversement du pôle du pouvoir, les instances de coordination centrales étant placées sous la direction de la base. Élection démocratique des délégués et responsables, délégation de tâches pour la coordination et les décisions courantes, mais refus de la délégation du pouvoir sur les grandes décisions, et donc démocratie directe. Les partis perdent leur rôle de vecteurs du débat et de force de direction de la société : les formations politiques peuvent s’exprimer librement et nourrir le débat démocratique, mais les délégués sont mandatés par la base et non par les partis.

La démocratie autogestionnaire implique la liberté absolue d’expression et d’organisation, la liberté du culte, la liberté totale de la presse.

Enfin la nécessité de défendre la nouvelle société de ses ennemis intérieurs et extérieurs, tout comme une persistance de la délinquance - en tout cas dans cette première phase - ainsi que des comportements et actes racistes ou sexistes, entraînent la nécessité d’un droit, d’une justice organisée, et de formes d’autodéfense militaire. Mais il s’agit bien de détruire les organismes répressifs de l’ancienne société et de mettre sur pied des structures étroitement contrôlées par la population et les conseils. Les risques de militarisation ou d’ordre policier sont évidents dans une période révolutionnaire et exigent une vigilance aiguë, avec en finalité une société complètement démilitarisée et dépolicée.

http://www.alternativelibertaire.org/sp ... gestion%20


Image

Un texte fondamental dans la définition de la révolution aujourd’hui, et de la finalité d’une transformation de la société. Réflexions sur le rôle de l’organisation. Les grandes lignes de ce que pourrait être une société communiste libertaire : autogestion, planification à la base, distribution égalitaire des richesses, démocratie.

http://boutique.alternativelibertaire.o ... rubrique=3
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Re: Pour un communisme libertaire

Messagede Denis » 14 Fév 2013, 17:48

j'ai lu le bouquin, il est excellent !

:v:

c'est Hervé et Robert d'AL de Marseille qui me l'avaient conseillé vivement !
Qu'y'en a pas un sur cent et qu'pourtant ils existent, Et qu'ils se tiennent bien bras dessus bras dessous, Joyeux, et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout !

Les Anarchistes !
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Re: Pour un communisme libertaire

Messagede bipbip » 05 Oct 2016, 14:48

jeudi 6 octobre 2016 à Montpellier

Apéro-débat: Qu'est-ce que le communisme libertaire ?

à 19h, Le Barricade, 14 rue Aristide Olivier, 34000 Montpellier

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Les présidentielles approchent. La seule garantie que nous avons est que ce sera de la merde qui sortira des urnes.Retour ligne automatique
Le système capitaliste et étatique est à bout de souffle. Rien ne sortira de réformes ou d'élection.Retour ligne automatique
Nous proposons une révolution totale : politique, sociale, économique et écologique.

Dans cette présentations, nous parlerons de lutte des classes, d'anti autoritarisme, d'antifascisme, d'antiracisme et d'antisexisme.

De ces luttes contre l'exploitation doivent sortir un projet de société remettant à plat les bases de nos sociétés.

Nous le voyons de plus en plus : dans la cadre du capitalisme, il n'y a plus d'issue : guerre, racisme, austérité, violence de l'état mais aussi catastrophe écologique.Retour ligne automatique
Nous pensons qu'il est urgent de poser la question d'en sortir !

Nous vous invitons à en discuter autour d'un verre jeudi prochain le 6 octobre au Barricade, 14 rue aristide Ollivier à 19 heures.

Alternative Libertaire Montpellier
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Re: Pour un communisme libertaire

Messagede bipbip » 08 Aoû 2018, 22:21

Le communisme libertaire : une introduction

Introduction

Lorsque nous parlons de communisme, il faut distinguer deux choses : d’abord une forme d’organisation sociale qui est fondée sur le principe « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », et ensuite un mouvement réel dans le monde qui nous entoure et qui tend vers la construction d’une telle société. Dans cet article, nous allons aborder les deux sens, en commençant par le dernier, souvent moins bien connu.

Le mouvement réel

Dans notre introduction au capitalisme, nous présentons l’économie capitaliste, en essayant de montrer en quoi les besoins du capital – ses besoins en profit et en accumulation – s’opposent à nos intérêts en tant que classe ouvrière.

Les patron-ne-s font pression vers le bas sur les salaires, baissent les pensions, éliminent des postes, augmentent les heures de travail, intensifient le rythme de travail et détruisent l’environnement. Nous essayons d’y résister parce que nous voulons défendre notre qualité de vie contre le capital et les conditions dans lesquelles ce système économique nous oblige à vivre.

Et quand nous faisons justement ça, c'est-à-dire quand nous initions des actions directes et de solidarité pour protéger notre qualité de vie, lorsque, par exemple, nous organisons des grèves ou que nous ralentissons volontairement le rythme de travail, pour protester contre des réductions de salaires ou une augmentation de la charge de travail, nous commençons à jeter les bases d’une société d’un genre nouveau : Une société fondée sur la coopération, la solidarité qui satisfait nos besoins humains – une société communiste.

Le communisme en tant que mouvement est donc la tendance constante de la classe ouvrière à coopérer, s’entraider, à entreprendre l’action directe et à résister dans la société capitaliste.

A certains moments de l’histoire, ce mouvement politique emportait des foules d’ouvrièr-e-s, à travers d’énormes vagues d’agitation sociale et d’activisme sur le lieu de travail. Il y a eu, par exemple, des grèves sauvages post-guerre aux États-Unis, l’automne chaud en Italie en 1969, le mécontentement des britanniques en hiver de l’année 1978 ou la résistance anti-austérité en Grèce depuis 2010.

Des fois ces agitations sociales ont même débouché sur des événements révolutionnaires. Par exemple à Paris en 1871, en Russie en 1917, en Italie en 1919-1920, en Ukraine en 1921, en Espagne en 1936 et en Hongrie en 1956. Ce ne sont là que quelques unes des occasions que la classe ouvrière a saisies pour transformer la société à travers l’action collective et selon ses propres intérêts, plutôt que ceux du patronat.

A chacun selon ses besoins…

Ce monde ne manque pas de responsables ou de groupes politiques qui prétendent avoir la solution toute faite pour créer une société plus juste. Mais le communisme n’est pas quelque chose qui se décrète du haut en bas par des partis ou des individus politiques. Le communisme doit être créé, grâce à une participation massive et grâce à l’expérimentation, par nous, les travailleur-se-s nous-mêmes.

Il est d’ailleurs important de souligner que le « communisme » n’a rien à voir avec l’ancienne URSS ou Cuba et la Corée du Nord comme on les connaît aujourd’hui. Il s’agit là de sociétés essentiellement capitalistes avec un seul capitaliste : l’état. De la même manière, le communisme n’a rien en commun avec la Chine dont le parti qui gouverne le pays et qui s’appelle lui même « communiste » dirige une des nations capitalistes les plus prospères au monde.

Lors des divers événements révolutionnaires à travers l’histoire (dont certains ont déjà été mentionnés), les travailleur-se-s ont essayé la mise en pratique du communisme de différentes manières. Ils-Elles ont développé des principes selon lesquelles une société communiste pourrait s’organiser et ont créé des exemples pratiques de ce qui devient possible lorsque nous agissons ensemble dans notre intérêt de classe.

Une société sans patron-ne-s

Au lieu de laisser la propriété et le contrôle sur les moyens de productions – les terres, les usines, les bureaux etc – aux mains d’individus privés ou de l’état, une société communiste est fondée sur la propriété commune et la gestion collective de ces moyens de production. Et au lieu de produire pour l’échange et le profit, le communisme signifie de produire pour les besoins humains, y compris le besoin d’un environnement sain et sauf.

Déjà aujourd’hui, ce sont nous, les travailleur-se-s, qui produisons tout et qui dispensons tous les services nécessaires pour vivre. Nous construisons les routes, les maisons, nous conduisons les trains, nous prenons soin des malades, nous élevons les enfants, préparons la nourriture, développons de nouveaux produits, cousons les vêtements et enseignons à la génération future.

Une panoplie d’exemples nous montrent que les travailleur-se-s peuvent gérer leur lieu de travail de manière efficace, et souvent même plus efficacement qu’une organisation hiérarchique.

Un exemple récent sont les usines qui ont été reprise lors des révoltes en printemps 2001 en Argentine. A ce moment un tiers de l’industrie du pays a été placée sous contrôle des ouvriers et ouvrières. Si nous remontons plus loin dans l’histoire nous pouvons trouver d’autres exemples de gestion collective encore plus larges et importants.

Par exemple, durant la guerre civile espagnole en 1936, la majorité des industries en Espagne révolutionnaire a été reprise et gérée collectivement par les travailleur-se-s. Là ou c’était possible, les travailleur-se-s se sont encore plus rapproché-e-s d’une société communiste, en abolissant l’argent, ou en distribuant gratuitement les biens qui étaient disponibles en abondance.

A Seattle en 1919, dans un contexte de grève générale, la ville a été reprise et gérée par les travailleur-se-s. En Russie en 1917, des travailleur-se-s ont repris des usines, avant que les bolcheviques prennent le contrôle et redonnent l’autorité aux mains de patron-ne-s.

Une société sans salaires

Le communisme signifie aussi une société sans argent dans laquelle notre travail – et ses fruits – ne prend plus la forme de marchandises qui sont vendues et achetées.

Souvent les gens sont préoccupés par la question de savoir si une société communiste peut vraiment produire suffisamment pour tout le monde, sans avoir recours à la menace implicite de sanction, qu’impose le système salarial.

Encore une fois, nous disposons de nombreux exemples qui nous montrent que nous n’avons pas besoin qu’une menace de sanction ou de famine planerait au dessus de nous pour que nous nous engagions dans une activité productive.

Pendant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, ni l’argent, ni le travail salarié n’existaient, et le travail nécessaire était néanmoins fait.

Dans les sociétés de chasseurs-se-s/cueilleur-se-s, par exemple, qui étaient majoritairement pacifiques et égalitaires, il n’y avait pas de différence entre le travail et le jeu.

Même aujourd’hui, une quantité énorme de travail nécessaire est effectuée gratuitement. En France par exemple, malgré de longues heures de travail, notamment les femmes assument la plus grande partie du travail ménager. En plus de ça, au Royaume Uni, près de 10 % des gens réalisent des services de soin non rémunérés et 25 % des adultes en Angleterre s’engagent dans un travail bénévole une fois par mois. La valeur totale du travail non rémunéré est estimé à 11$ billions par an en 2011.

Presque tout type de travail utile imaginable est aussi réalisé par quelqu’un gratuitement, sans prendre la forme d’un « travail » salarié, ce qui montre que les salaires ne sont pas forcément nécessaires. Faire pousser des légumes, s’occuper des enfants, faire de la musique, réparer des voitures, essuyer le sol, discuter avec les gens de leur problème, prendre soin des malades, programmer des ordinateurs, faire des vêtements, créer de nouveaux produits… la liste est sans fin.

Des études ont montré que l’argent n’est pas un moyen de motivation efficace pour inciter à une bonne prestation quand les tâches sont complexes. Les gens qui ont la liberté de décider de ce qu’ils-elles font et comment ils-elles le font, tout en considérant leur travail comme constructif et socialement utiles sont les plus motivées.

Des projets concrets tel que le mouvement du logiciel libre illustrent également comment des organisations non-hiérarchiques, collectives qui poursuivent un but d’utilité sociale peuvent mieux fonctionner que des organisation hiérarchiques à but lucratif et que les personnes n’ont pas besoin d’un salaire pour vouloir produire quelque chose.

Lorsqu’il n’y a pas de but lucratif, tout progrès technique qui rend le travail plus efficace permettrait à toutes et tous de travailler un peu moins et avoir plus de temps libre, au lieu d’amener le management de licencier des gens et d’intensifier la charge de travail pour les travailleur-se-s restant-e-s (comme c’est le cas actuellement). Voici notre introduction au travail pour plus d’informations.

Une société sans État

Dans notre introduction à l’État nous définissons le gouvernement comme « organisation qui est contrôlée par une petite minorité de personnes » qui se caractérise par « sa capacité à prendre des décisions politiques et légales – et à les imposer, violemment si nécessaire”.

Si la distinction entre employeur-se-s et travailleur-se-s n’existe plus, ni celle entre pauvres et riches, une organisation de violence centralisée contrôlée par un petit nombre d’individus, n’a plus lieu d’être, ni sa police qui protège la propriété des riches et impose la pauvreté, le travail salarié et même la famine dans d’autres parties du monde. De la même manière, lorsque la recherche d’accumulation de profits aura disparu, il n’y aura plus besoin d’armées pour conquérir de nouveaux marchés et de nouvelles ressources.

Il y aura évidemment toujours besoin de protéger la population contre des individus asociaux ou violents. Mais cela pourrait se faire de manière locale et démocratique, par un corps qui fonctionne par mandats et selon le principe de rotation, plutôt que par une police qui n’a de compte à rendre à personne et dont la brutalité et même les meurtres ne sont quasiment jamais punies.

Pour prendre des décisions collectives, nous proposons par opposition à la « démocratie représentative » qui gouverne la plupart des pays, la démocratie directe. La vraie démocratie signifie plus que pouvoir élire pour quelques années une poignée de personnes (souvent riches) pour prendre des décisions politiques à notre place, tandis que d’autres décisions sont prises sans aucun contrôle démocratique dans les conseils d’administration d’entreprises, régie par la « tyrannie du marché ».

Nous pouvons organiser nos luttes par nous même, de façon autonome, en commençant par des groupes de co-travailleur-se-s, qui se réunissent en assemblée sur leur lieu de travail ou dans leur localité ou leur quartier et nous pouvons nous unir et nous coordonner en utilisant les technologies de la communication et des conseils de travailleur-se-s avec des mandats directs et révocables.

Et tout comme nous pouvons organiser nos luttes, nous pouvons aussi organiser notre société nous même, comme la classe ouvrière l’a déjà fait à plusieurs reprises dans l’histoire. Par exemple, pendant l'insurrection de Budapest en 1956, des conseils de travailleur-se-s se sont mis en place chargés de gérer différents aspects sociaux, tout en exigeant un socialisme qui se fonde sur une démocratie populaire. Plus récemment, depuis la révolte en 1994, la région du Chiapas au Mexique est gouvernée indépendamment de l’état par un système de démocratie directe, sans leader, où les mandats de d’agents publics sont limités à deux semaines.

Conclusion

Beaucoup de gens pensent que le communisme est une bonne idée mais que ça ne fonctionne pas dans le réalité. Mais ne faut-il pas commencer par se demander : « et le capitalisme, ça fonctionne ? »

Tandis que des milliards de personnes vivent dans la pauvreté au milieu d’une richesse inimaginable, et que nous fonçons droit dans une catastrophe écologique, nous pensons que la réponse à cette question est un « non » catégorique. Aucun système n’est parfait, mais nous sommes convaincu-e-s qu’il y a suffisamment de preuves qu’une société communiste marcherait beaucoup mieux que notre système capitaliste actuel pour la majorité des personnes – et peut être même pour quelques riches qui sont malheureux-ses, malgré leur fortune.

Une société communiste ne signifie pas qu’il n’y aurait plus de problème. Mais elle permettrait déjà de résoudre quelques enjeux majeurs auxquels nous sommes confronté-e-s aujourd’hui, tel que la pauvreté et la destruction environnementale, ce qui dégagerait des forces pour répondre à d’autres problèmes bien plus intéressants.

Au lieu de devoir travailler, produire et accumuler toujours plus, on pourrait trouver des solutions pour travailler moins, pour rendre le travail que nous devons faire plus agréable, pour trouver plus de joie et de satisfaction dans la vie.

Au lieu de juger de la réussite d’une société en fonction de son PIB, nous pourrions l’évaluer selon le bien être et le bonheur qu’elle procure à ses membres. Au lieu de nous connaître en tant que « collègue », « client-e », « supérieur-e », « concurrent-e », nous pourrions nous rencontrer en tant qu’êtres humains.

Celles et ceux d’entre nous qui écrivent et lisent ces mots ne connaîtrons dans leur vie peut être jamais une société véritablement communiste et libertaire. Malgré tout, le communisme en tant que mouvement réel – c'est-à-dire la lutte quotidienne pour défendre nos intérêts contre ceux du capital – contribue à améliorer nos vies ici et maintenant, et protège la planète pour nous et les générations futures. En fait, c’est le communisme en tant que mouvement réel – les combats de la vie de tous les jours pour défendre nos conditions – qui jette les bases pour une société communiste, libre et égalitaire.

Ce mouvement, que nous appelons communiste libertaire, s’est appelé en d’autres temps et lieux, « communisme anarchiste », ou simplement « socialisme » ou « communisme ». Mais ce qui compte n’est pas le nom ou l’étiquette idéologique mais son existence, non pas en tant qu’idéal futur mais en tant qu’incarnation de nos besoins, de nos désirs de notre esprit de résistance dans nos vies de tous les jours. L’esprit de résistance existe, et il a toujours existé dans toutes les sociétés et sous tous les régimes qui reposent sur l’injustice et l’exploitation ; et avec cet esprit de résistance naît aussi la possibilité d’un monde fondée sur la liberté et l’égalité pour tou-te-s.


SOURCE initiale : Libcom.org


http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... ction.html
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