Qu'est-ce que le pouvoir ?

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede joe dalton » 16 Déc 2008, 20:16

Mais est-ce que

le pouvoir[...]sur le monde

et

le pouvoir des uns sur les autres

ce n'est pas la meme chose ?

pas du tout, le monde : ce que tu peut y faire, ou tu peux aller ! je parle du monde dans le sens de l''univers qui t'entoure,pas de pouvoirs sur le "monde" qui le compose ! et je ne parle que d'augmenter ce pouvoir, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas de limite ! repousser ses limites ensemble, dans l'interet de chacun me semble plus interessent que d'avoir du pouvoir sur un certain nombre(fut il tres reduit)
joe dalton
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede Berckman » 16 Déc 2008, 20:46

joe dalton a écrit:Ça fait bizarre de voir un post aussi court de ta part Berkman, surtout sur un sujet aussi épineux ! :wink:
Te répondre comme ça, ce n’est pas facile car il y a deux sens au mot qui finissent par n’avoir plus de rapport ensemble !
Le pouvoir en tant que pouvoir sur les humains, qui peut être détenue par un seul, un groupe, voir par la communauté dans son ensemble (qui l’exercerait sur la communauté) !
Et il y a le pouvoir au sens de l’ensemble des possibles !
C’est pourquoi, je trouve que c’est une question qui peut engendrer beaucoup de conflit, qui risque de n’avoir d’autre réalité que sémantique !

Lol, je ne voulais pas vérouiller le sujet d'emblée en développant mon point de vue.
Le terme pouvoir est en effet un terme polysémique. C'est d'ailleurs ce qui explique deux "traditions" idéologiques différentes dans le mouvement libertaire, l'une pronant "l'abolition du pouvoir (entendu au sens du pouvoir politique)" (présente en grande partie dans l'anarchisme latin), l'autre pronant la dialectique contre-pouvoir/pouvoir populaire (plutôt présente dans la tradition anglosaxone, mais aussi dans l'anarchisme latino américain). Sans vouloir disqualifier l'une ou l'autre des théories, je voulais ouvrir une discussion permettant de développer les logiques de ces deux formulations idéologiques, et d'en saisir les limites propres.

Comme il a été dit, dans la première acception, il est synonyme de capacité. Dans le sens de la capacité d'agir, de décider, etc... Cette capacité effectivement, est intrinsèque à l'action humaine, qu'il s'agisse de l'échelle individuelle ou collective, et ne peut donc "s'abolir".

Mais si l'on utilise le terme pouvoir, dans le domaine politique, c'est dans l'immense majorité des cas -et dans les sens commun, pour le distinguer de la capacité au sens commun et égalitaire, mais pour signifier justement qu'il s'agit là d'une capacité restreinte (par opposition à l'incapacité du reste de la société) , exclusive à un groupe, qui est celle du pouvoir séparé, c'est à dire du groupe dominant.
Dans le domaine politique donc, lorsque l'on parle de pouvoir, on sous entend le plus souvent le pouvoir politique ("pouvoir assassin" "le pouvoir est maudit, etc...), c'est à dire selon la définition de Weber :
le pouvoir est la probalité pour un acteur (individu, groupe, classe....) d’être en mesure d’imposer sa volonté dans le cadre d’une relation sociale, malgré les résistances éventuelles et quelque soit le fondement sur lequel repose cette probabilité. C’est la capacité d’influencer intentionnellement les autres pour qu’ils agissent comme il voudrait ou qu’ils modifient leurs croyances, sentiments, comportements.

Cette capacité dépend de l'influence (dans les forme les plus complexes du pouvoir), soit (et de toute façon en dernier ressort), de la contrainte.

C'est moi qui souligne le verbe imposer. En ce sens, l'anarchisme s'est opposé historiquement au pouvoir politique (comme pouvoir-capacité séparé de la population), et donc à la stratégie de prise de pouvoir.
Parler du "pouvoir de tous sur tous", de manière égalitaire, c'est en réalité évoquer une société sans pouvoir -politique- (mais non sans capacité, ni sans prises décisions collectives, dans le cadre du contrat fédéraliste, par consensus ou vote), dans laquelle les décisions collectives (et les actions qu'elles entrainent) se prennent sans contrainte.
L'association volontaire réciproque, la prise de décision collective, tout cela suppose l'inexistence du pouvoir politique (comme pouvoir-capacité réservé, exclusif à une catégorie de population). En ce sens que ce qui est réciproque et égalitaire n'est pas contrainte, qu'un contrat librement accepté par les contractant n'est pas imposé, que l'autodéfense de la collectivité contre des individus ou des groupes tentant de (re)mettre en oeuvre des rapports de domination et d'exploitation n'est pas non plus de la contrainte. Là où il n'y a pas contrainte, il n'y a pas pouvoir politique, mais organisation sociale !
Il y aura des rapports de force qui s'exprimeront dans une société libertaire, mais justement l'enjeu c'est que ces rapports de force ne se cristalisent pas dans la constitution d'un pouvoir politique (c'est à dire d'une institution séparée de la société), par la contrainte.
Ce n'est d'ailleurs au départ même pas un point de clivage avec Marx, qui définit la société communiste comme "la substitution au gouvernement des hommes de l'administation des choses", ce qui implique la destruction du pouvoir politique.

Lorsqu'AL parle de "prise de pouvoir" ou de "pouvoir populaire", même si elle y met un contenu antiétatiste, ne prend t'elle pas le risque d'entretenir une ambiguité sémantique qui amalgame organisation collective égalitaire et réciproque d'une part, et pouvoir politique de l'autre ?..
Par exemple lorsqu'il s'agit d'affirmer que "changer le monde sans prendre le pouvoir" équivaut nécessairement au "réformisme d'action directe", à "l'absence de finalité révolutionnaire" alors qu'il peut équivaloir à une stratégie visant à la transformation révolutionnaire de la société, par l'abolition du pouvoir politique.
Il me semble que ce cadre de pensée raisonne dans les mêmes termes que la bourgeoisie (comme l'envers de la même médaille, se contentant d'inverser les termes de l'équation, plutôt que de les modifier), en assimilant autodéfense ouvrière et contrainte, abolition du pouvoir constitué et prise de pouvoir (par le pouvoir constituant)
Si nous usons par exemple de violence pour nous défendre contre quelqu'un qui nous agresse, il ne s'agit pas de le contrainte mais d'une action visant à faire cesser la contrainte. Justement l'assimiler à la contrainte, c'est équivaloir les deux situations, et donc ne pas voir le rapport de domination qui s'y exprime.
Pour le pouvoir politique, c'est la même chose : instaurer l'égalité politique, c'est faire cesser le pouvoir politique, comme capacité de décision et d'organisation séparées et exclusives...

Evidemment, il s'agit de "subtilités sémantiques", mais ne prennent elles pas un sens spécifique ? Justement parce que dans le sens commun "le pouvoir" c'est le pouvoir politique séparé (la domination d'un individu ou d'un groupe, c'est à dire d'une fraction de la société, légitimée par le vote, le droit divin, l'intérêt supérieur de la nation, la force, l'hérédité), c'est à dire le maintien d'une division hiérarchique entre dirigeants (le pouvoir) et dirigés (ceux sur qui s'exerce le pouvoir), et que donc la notion de "prise de pouvoir" ne peut être comprise par le plus grand nombre que comme le maintien du pouvoir politique séparé, de même que la notion de "pouvoir populaire" (ou celle d'autogestion) n'indique rien sur le contenu antiautoritaire qu'il faut nécessairement donner à l'organisation sociale, puisque l'autogestion peut très bien signifier, comme en yougoslavie ou en Algérie, l'élection de ses dirigeants dans l'entreprise, et le pouvoir populaire, comme à Cuba, en Corée du nord, l'Etat ouvrier.

Il est bien sur possible d'interpréter ces notions dans un sens libertaire, comme le fait AL, mais le risque n'existe t'il pas d'ouvrir la voie à un détournement de cette revendication par la gauche autoritaire ?....

Que les camarades d'AL me comprennent bien, il ne s'agit pas de faire des faux procès (en sorcellerie), mais d'approfondir une discussion théorique.


je pense qu'il y a un problème de définition, la question du pouvoir est d'importance, on ne peut l'évacuer, pas plus que la question d'un projet de société. Or c'est sur ces questions qu'historiquement une partie du mouvement anarchiste butte, non seuleument en terme politique ou philosophique, mais aussi dans la réalité, la confrontation à la réalité.
Par rapport à l'Espagne 36.39 celà fait encore débat de nos jours et il y en a qui pensent que le mouvement a refusé de prendre ces responsabilités...En Russie 17.21, les anarchistes révolutionnaires, communistes-libertaires, prônaient "tout le pouvoir aux soviets" et pas au parti ou à l'Etat. A ce sujet, et sur cette question du rapport au pouvoir dans une période révolutionnaire, le bouquin de Rudolph Rocker "les soviets trahis par les bolchévicks" est très intéressant, et je pense d'ailleur que c'est un ouvrage de base que chaque militant devrait lire ou avoir lû.

Le problème dans la révolution espagnole, dans le sens où l'anarchisme entend historiquement le pouvoir (au sens politique)ce n'est pas le refus de la CNT espagnole de "prendre le pouvoir", c'est son refus de briser le pouvoir d'état au nom de "l'unité antifasciste". Ce que Vernon Richards démontre dans son bouquin "enseignement de la révolution espagnole". On pourrait dire en utilisant ctte grille de lecture que l'enjeu ce n'est pas que le mouvement anarchiste se résolve à la "prise du pouvoir", mais se donne les moyens de l'abattre par la conjonction entre liquidation armée des moyens de cooercition qui fondent le pouvoir, et liquidation pratique du pouvoir en tant que structure organisatrice, par le développement de l'auto-organisation généralisée (comité, fédérations de comités, d'industrie, etc...).
Supprimer la domination, est-ce dominer ? Supprimer le pouvoir constitué implique t'il nécessairement un pouvoir constituant ?

Etre opposé à l'idée de pouvoir en général ne veut rien dire, et l'on pourrait renvoyer çà à être opposé à l'idée même d'agir...

Il s'agit de l'opposition au pouvoir politique. La définition de wikipedia suppose l'absence de réciprocité, et justement une démarche unilatérale d'orientation et d'influence. C'est justement l'exigence de réciprocité propre au contrat fédéraliste libertaire qui me parait antagoniste avec le pouvoir politique.
Bref, il y a nécessité de s'organiser, d'organiser collectivement, et de manière réciproque, la vie sociale, mais l'organisation n'est pas le pouvoir politique!
C'est justement l'enjeu de substituter au pouvoir politique organisateur, l'activité organisatrice de la société et de l'ensemble des individus qui la composent.

Mais peut être que "le pouvoir à tous" et "plus de pouvoir du tout" ne sont finalement que les deux manière de formuler une exigence comme "des papiers pour tous ou pas de papiers du tout" ?
Berckman
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede joe dalton » 16 Déc 2008, 22:51

berkman a écrit:Lol, je ne voulais pas vérouiller le sujet d'emblée en développant mon point de vue.
Le terme pouvoir est en effet un terme polysémique. C'est d'ailleurs ce qui explique deux "traditions" idéologiques différentes dans le mouvement libertaire, l'une pronant "l'abolition du pouvoir (entendu au sens du pouvoir politique)" (présente en grande partie dans l'anarchisme latin), l'autre pronant la dialectique contre-pouvoir/pouvoir populaire (plutôt présente dans la tradition anglosaxone, mais aussi dans l'anarchisme latino américain). Sans vouloir disqualifier l'une ou l'autre des théories, je voulais ouvrir une discussion permettant de développer les logiques de ces deux formulations idéologiques, et d'en saisir les limites propres.

Quelle dialecticien ce Berkman !
Je remarque que tu n’as pas encore cité Malatesta ou Kropotkine ! Juste un petit weber ! :lol:
plutôt d'accord avec toi, a part un où deux détails insignifiant et un peu en dehors du sujet, tellement insignifiant que j'ai la flemme de les evoqués sur ce topic !
edit :je combat ma flemme, mais je trouve que tu occulte le probleme des pouvoir impersonnels, type vote, ou consensus !
joe dalton
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede joe dalton » 16 Déc 2008, 23:11

et comme je vais pas faire des edit a l'infinie, j'aimerais que tu t'exprime sur la phrase que tu as lancer :
L'anarchisme, est-ce "l'ordre moins le pouvoir" selon vous ?
joe dalton
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede bédé » 19 Déc 2008, 17:08

l’ennemi de chaque un’e d’entr’ nous c’est le TOTAL le CAPITAL la FRONTIERE et ses MAITRES ...§§§ !
droguées du POUVOIR depuis tt p’tits ils en revent et ont tout fait pour y arriver...
Qd on sait les interets les conflits les coups bas fraternels et haineux<<< ;; ;;
eh ben j’voudrais pas plonger au fond d’leur imaginaire....
rien k voir ce qui deborde de leur culture et divertissement et les degats collateraux de leurs jeux sinistr’ sans qu’ils s’en émeuvent...
dérisoires ces vies de votants...
démo le temps d’un geste....
a voté et apres CRATIE pour toutes et jouissance pour les élues ...
en postes ou dans l’opposition ...
ils sont le Pouvoir dans les instances du Pouvoir et le temps que dure leurs carrieres ... la misère grandit et se repend dans les cerveaux des con som mateurs vidés de leur substance k’m ils l’ont dit ....
c’était pas un projet ....
c’est déja fait ! fort malheureusement insupportablement affreusement ....
jamais vu çA !i* ou bien j’ai oublie ... rien... un film ... ;
un peplum un de more toujours more more more go home’
et restez y et ne vous etalez pas sur les ecrans degoutants
beuark’
bd
bédé
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede Olé » 19 Déc 2008, 22:57

The Koala Avenger a écrit:Pour moi le vote n'est pas un mauvais système.
On pourrait dire que le consensus est la dictature de la minorité dans le sens où une minorité peut faire bloc pour faire passer ses idées.

et le vote la dictature de la majorité...
Olé
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede Ady » 20 Déc 2008, 15:58

Berckman a écrit:Suite à un petit échange avec Koala, j'ouvre un topic sur le thème : qu'est-ce que le pouvoir, pour vous ?
Quelles distinction faites vous (s'il y a lieu) entre pouvoir, autorité, hiérarchie ?

L'anarchisme, est-ce "l'ordre moins le pouvoir" selon vous ?


Je vois les choses à petite échelle, à la hauteur des individus.
J'ai toujours considéré que chacun-e avait son propre pouvoir en lui-elle. Qu'on pouvait choisir quoi en faire, le déléguer, l'oublier, ou l'assumer.
Ainsi, l'anarchie ne pourra exister que lorsque tous les pouvoirs de tous les individus auront trouvé un équilibre. Tous les pouvoirs seront pris en compte et aucun ne sera écrasé ou réduit au silence.

Je ne crois pas en l'acratie ;)

L'autorité, c'est l'impression (il)légitime qu'un pouvoir "intérieur" d'une personne puisse être plus fort qu'un autre et que, donc, on s'autorise à le commander. Au lieu d'additionner deux pouvoirs, le premier écrase le second pour diriger. Ce n'est rien d'autre qu'une illusion conditionné par la société.

La hiérarchie, c'est la hauteur de degré de conneries ci-dessus.
Ady
 

Re: Qu'est-ce que le pouvoir ?

Messagede barbatruk » 21 Déc 2008, 01:31

Ady a écrit:
Berckman a écrit:Suite à un petit échange avec Koala, j'ouvre un topic sur le thème : qu'est-ce que le pouvoir, pour vous ?
Quelles distinction faites vous (s'il y a lieu) entre pouvoir, autorité, hiérarchie ?

L'anarchisme, est-ce "l'ordre moins le pouvoir" selon vous ?


Je vois les choses à petite échelle, à la hauteur des individus.
J'ai toujours considéré que chacun-e avait son propre pouvoir en lui-elle. Qu'on pouvait choisir quoi en faire, le déléguer, l'oublier, ou l'assumer.
Ainsi, l'anarchie ne pourra exister que lorsque tous les pouvoirs de tous les individus auront trouvé un équilibre. Tous les pouvoirs seront pris en compte et aucun ne sera écrasé ou réduit au silence.

Je ne crois pas en l'acratie ;)

L'autorité, c'est l'impression (il)légitime qu'un pouvoir "intérieur" d'une personne puisse être plus fort qu'un autre et que, donc, on s'autorise à le commander. Au lieu d'additionner deux pouvoirs, le premier écrase le second pour diriger. Ce n'est rien d'autre qu'une illusion conditionné par la société.

La hiérarchie, c'est la hauteur de degré de conneries ci-dessus.

mmm mouai, en partie d'accord/.. je relève juste qu'une autorité peut être choisit par un individu, cad je peu decider de moi même a me soumettre à une autorité (par exemple pour consulter un spécialiste d'un domaine ou justement j'ai des failles..) tant que j'en garde le choix (de continuer a "écouter" cet autorité ou non, d'en choisir un autre si celui ci ne me convient pas... pour la hiérarchie c un peu pareil, une hiérarchie naturelle existe a mon sens... un individu qui va m'enseigner dans un domaine ou même m'aider, me conseillé du à son expérience...
barbatruk
 

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