Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations ...

Les féministes pendant la première guerre mondiale

Messagede clateuf » 20 Avr 2016, 12:28

Cet extrait (dans le lien ci dessous) du livre d'Hélène Hernandez "Celles de 14", contient "l'Adresse féministe au Comité pour la reprise des relations internationales" rédigé par Hélène Brion, le 23 octobre 1916. Il est frappant de constater à quel point ce texte est, en 2016, toujours d'actualité concernant la place secondaire qui est faite au féminisme au sein des organisations "généralistes" censées être progressistes, alors qu'elle devrait y occuper une place centrale.

L'extrait de "Celles de 14" : http://clas.pe.hu/spip.php?article251

Plus d'infos sur le livre : http://clas.pe.hu/spip.php?article8
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Re: Première guerre mondiale, commémoration ...

Messagede bipbip » 08 Mai 2016, 15:38

1916 : Face à la guerre, le CDS sauve l’honneur du syndicalisme

En avril 1916, à la bourse du travail de Paris, s’ouvre une permanence insolite  : celle des syndicats opposés à la guerre et à l’union sacrée. Bientôt groupés au sein du Comité de défense syndicaliste, ils vont, malgré la censure et la répression, s’efforcer de lier les revendications sociales avec la ­lutte pour la paix. Jusqu’à une tentative de grève générale.

Pendant des années, le mouvement ouvrier européen avait lutté contre la menace d’une guerre continentale. En France, la Fédération communiste anarchiste (FCA), le PS et la CGT s’étaient opposés, souvent avec courage, à la colonisation du Maroc, à la militarisation de la société, à l’exaltation patriotique et ­belliciste, aux lois liberticides.

Las, tétanisés par la brutalité de la crise de juillet 1914, la CGT avait échoué à agir. Le gouvernement lui avait habilement tendu la main, au nom de l’union nationale face à l’ennemi germanique. Cette main, Léon Jouhaux et les autres dirigeants de la CGT ­l’avaient saisie, entrant de plain-pied dans ce qu’on nommerait bientôt « l’union sacrée » [1].

... http://alternativelibertaire.org/?1916- ... -CDS-sauve
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 13 Mai 2016, 12:39

Le mouvement ouvrier provençal à l’épreuve de la Grande Guerre

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Le mouvement ouvrier provençal à l’épreuve de la Grande Guerre

La guerre de 14-18 donne lieu à de nombreuses publications, expositions, commémorations, mais le mouvement ouvrier n’a certes pas été l’aspect le plus étudié ; l’ouvrage collectif coordonné par Gérard Leidet, édité par Syllepse et Promémo, approche l’histoire sous l’angle particulier de l’Union sacrée, du pacifisme et des luttes sociales.

Le CIRA, Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, y a largement collaboré. Parmi les auteur-e-s, on peut citer Thierry Bertrand, Guillaume Davranche, Charles Jacquier, Françoise Morel-Fontanelli, Bernard Regaudiat et Jean-Louis Robert.

Le ralliement à l’Union sacrée

La première partie concerne l’ensemble du pays, la seconde et la troisième sont axées sur la Provence. Émaillé de notices biographiques sur les principales figures du mouvement ouvrier, abondamment illustré (dessins de presse, reproductions d’articles, affiches, couvertures de revue, graphiques, photos de monuments aux morts… ) le livre est une mine d’informations sur la période et une source de réflexions sur une période tragique et tumultueuse de l’histoire de France. Il éclaire les enjeux de l’époque, entre syndicalisme réformiste et révolutionnaire, entre repli nationaliste, patriotisme exacerbé et pacifisme internationaliste, militantisme qui promeut une lutte des classes sans frontières. Guillaume Davranche analyse le retournement de la situation, des déclarations et manifestations pacifistes, politiques et syndicales d’avant-guerre, à l’union sacrée prônée par la majorité socialiste et les leaders de la CGT, notamment Léon Jouhaux, applaudi par l’écrivain Maurice Barrès, député d’extrême-droite, après son discours sur la tombe de Jean Jaurès ! Frédéric Grossetti qui présente les militants socialistes marseillais, cite la rhétorique à l’œuvre : “Il est heureux de crier bien fort qu’après avoir fait l’impossible pour sauvegarder la paix en présence de l’agression brutale de l’impérialisme allemand, le devoir de tous les socialistes est de défendre la République française qui porte dans ses flancs la république sociale, contre l’odieux kaiser prussien. Vive la République universelle ! À bas l’Empire allemand”.

Les femmes dans les luttes sociales

Le bellicisme se fissurera cependant durant la guerre, mais restera majoritaire. Durant cette période, les ouvriers (français, étrangers, coloniaux ou prisonniers) et les ouvrières (25 ?% de femmes) vont être confronté-e-s à des baisses considérables de salaires et à des conditions de travail très pénibles pour participer à “l’effort de guerre”. Or, souligne Stéphane Sirot, ces années “ne sont pas un temps d’atonie des luttes sociales”, loin s’en faut. Après une relative accalmie, les grèves vont reprendre de plus belle en 1916 et 1917, et les femmes y tiennent un rôle très important. Les mouvements sont courts, souvent victorieux, et l’agitation sociale, très forte à Paris, gagne la province dans son ensemble et touche de nombreuses branches de l’industrie, malgré les risques très élevés de répression, de licenciement notamment, et pour les hommes français détachés à l’arrière, de retour au front. Les causes des mouvements sont diverses, salaires, horaires, solidarité… Un des mérites de l’ouvrage est l’accent mis sur les femmes dans le mouvement ouvrier ; si elles sont souvent frappées d’invisibilité, elles s’avèrent très présentes dans le livre, à commencer par la photo de couverture. Colette Drogoz leur consacre un chapitre intitulé “aperçus du mouvement ouvrier féminin des Bouches-du-Rhône pendant la Grande Guerre”, et la chronologie recense de nombreuses grèves où les femmes sont à l’œuvre, dès 1915, en Provence : allumettières de Marseille, ouvrières de la manufacture de tabacs, de la sècherie de morue à Port-de-Bouc ou du lavoir à laine de la cité phocéenne. Puis en 1916, suivent des grèves dans une usine de munitions, une cartonnerie, un commerce de grains, en 1917 chez les chapelières et les ouvrières à domicile. À noter toutefois que les femmes, notamment les “munitionnettes” seront renvoyées sans ménagement à leurs foyers après la guerre, tandis qu’émerge la “figure dominante du métallo […] l’industrie métallurgique devenant quantitativement la plus puissante” note Stéphane Sirot.

L’engagement pacifiste des instituteurs et institutrices

Deux chapitres, particulièrement intéressants pour notre histoire syndicale, traitent du combat contre la guerre des instituteurs et institutrices syndicalistes. L’un, signé par Loïc Le Bars, fait le point sur le plan national, l’autre, de Gérard Leidet, se consacre à la lutte pacifiste chez les Marseillais-e-s. À noter que si les femmes, malgré leurs luttes, n’occupent pas de fonctions dirigeantes dans l’ensemble du mouvement ouvrier, si elles ne prennent guère la parole dans les assemblées ou n’écrivent pas d’articles, elles sont au contraire bien visibles dans le milieu syndical enseignant ; plusieurs d’entre elles ont des responsabilités et tiennent une place éminente dansl’histoire de cette période, notamment Marie Guillot, Marie Mayoux et Hélène Brion. Je citerai d’emblée l’introduction de Loïc Le Bars : “Pierre Monatte a pu écrire de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs et d’institutrices (FNSI) qu’elle avait été, au sein de la CGT, la seule fédération « restée fidèle durant la guerre à l’internationalisme ouvrier”. L’École Émancipée , sa revue créée en 1910 à l’initiative d’Ismaël-François Audoye, fut vite censurée. Le 3 Octobre 1914, Marie Guillot écrivait : “Pourquoi nous égorger mutuellement, Français, Allemands, Russes, Autrichiens, masse de gens qui demandent seulement la paix et du travail […] La guerre n’est que la manifestation la plus formidable, la plus facile à constater aussi, de la barbarie moderne”. L’École Émancipée interdite, la corporation enseignante continua à résister en faisant paraître L’École , puis L’École de la Fédération , malgré les “ciseaux d’Anastasie”. Les censeurs trouvèrent toujours à redire, un mot en allemand ou un poème de Victor Hugo suffisant parfois à déclencher leurs foudres. Un des aspects les plus significatifs de l’engagement de ces éducateurs et éducatrices est exprimé dans ces quelques lignes de Marie et François Mayoux : “ce que nous n’avons jamais accepté, ce que nous n’accepterons jamais, ce que nous repoussons du pied avec répugnance méprisante, c’est cette prétention du gouvernement de la République à nous transformer en agents politiques de la plus basse espèce, en propagandistes « anti-boches » qu’on voudrait nous voir jouer, en missionnaires de la haine la plus aveugle, enfin – honte et infamie – en bourreurs de crânes à l’usage de nos propres élèves.” Le couple Mayoux assuma toujours une position qui lui valut non seulement la révocation, mais aussi la prison. Bien d’autres militantes et militants subirent perquisitions, arrestations, procès, détention, et perdirent leur poste, notamment Julia Bertrand, Hélène Brionet Lucie Colliard. L’École Émancipée , fut et demeura durant le conflit, un « lieu de ralliement de l’opposition ouvrière à la guerre.” En conclusion, Gérard Leidet cite Pierre Monatte : “votre École (la revue) est, si je ne me trompe, le seul organe syndicaliste-révolutionnaire qui ait su à la fois rester fidèle à son passé et paraître régulièrement durant ces mauvais jours”.

De nombreuses approches complémentaires

Il est impossible de rendre compte des multiples facettes d’un ouvrage qui évoque aussi la culture pendant la guerre (théâtre populaire, chansons…) et des domaines moins directement liés au mouvement ouvrier ; l’image d’un départ “la fleur au fusil” dans l’allégresse générale est mise en pièces, tout comme “la légende noire” des provençaux, injustement calomniés, qui auraient été responsables des premières défaites. Joffre et le gouvernement avaient ainsi cherché à masquer leurs erreurs et leur impréparation face à la supériorité allemande. L’affaire du 15e Corps a été traitée ailleurs, mais le témoignage d’Yves Humann et l’analyse de Jacquier sont remarquables ; Colette Drogoz est allée en quête des rares monuments pacifistes de la région provençale, ceux qui tranchent avec la gloriole patriotique, dénoncent la guerre, ses horreurs et honorent ses victimes. Ils sont photographiés et commentés.

Enfin, des notes de lectures et des repères bibliographiques complètent le livre. Charles Jacquier mentionne Les sentiers de la gloire d’Humphrey Cobb et le célèbre film de Stanley Kubrick (1957), qui dut attendre 1975 pour être exploité en France. Dans la bibliographie, sont présentés Chansons contre la guerre : des lendemains qui saignent(1914-1918 ) de Dominique Grange, Taedi, Vernay, ainsi que Maudite soit la guerre , de Didier Daeninckx et PEF, à l’usage des jeunes générations.

Cette histoire pourrait paraître lointaine, mais la lecture d’un tel ouvrage ne pourra pas manquer de susciter des parallèles avec notre début de siècle où les nationalismes se réveillent, où les murs se dressent à nouveau à l’intérieur même des frontières de l’Europe, où le Parlement français, presque unanime, s’empresse de voter l’état d’urgence après les attentats sur le sol parisien, Front de Gauche inclus.

Marie-Noëlle Hopital
Le mouvement ouvrier provençal à l’épreuve de la Grande Guerre entre Union sacrée, pacifisme et luttes sociales (1909-1919 ), coordination Gérard Leidet, éditions Syllepse, Paris, et Promemo, Aix-en-Provence, octobre 2015, 342 p., 20 €.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).

http://www.emancipation.fr/spip.php?article1333
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 05 Juin 2016, 14:18

Commémorer Verdun : l'Education (trop) nationale à côté du sujet

Les minables polémiques lancées autour de l’annulation du concert de BlackM ou de la scénographie imaginée pour l’ossuaire de Douaumont ne doivent pas faire oublier que le centenaire de la guerre fait l’objet d’une instrumentalisation autrement plus contestable, surtout à travers la participation d’établissements scolaires mis au service d’un très idéologique détournement de l'histoire.

« Vous entendrez toujours des gens qui sacrifient volontiers la vie des autres. Ils font beaucoup de tapage et ils n’arrêtent pas de parler. Vous en trouvez dans les églises et les écoles et les journaux et les corps législatifs et les congrès. C’est leur métier. Leurs paroles sonnent bien. La mort plutôt que le déshonneur. Le sol sanctifié par le sang. Ces hommes qui sont morts noblement. Ils ne sont pas morts en vain. Nos glorieux morts (…) »

La charge cinglante lancée vingt ans après la Première Guerre mondiale par le romancier américain Dalton Trumbo contre « les détrousseurs de cadavres et imposteurs » est toujours aujourd’hui comme un salutaire antidote à l’exploitation politique et commerciale de l’événement par tous ceux – ils sont nombreux – qui ont la fâcheuse habitude de parler à la place des morts.

La mémoire sert à tout... quand on sait s'en servir

Les minables polémiques lancées autour de l’annulation du concert de BlackM ou de la scénographie imaginée pour l’ossuaire de Douaumont ne doivent pas faire oublier que, depuis deux ans, le centenaire de la guerre fait l’objet d’une instrumentalisation autrement plus contestable, surtout à travers la participation plus ou moins volontaire d’établissements scolaires mis au service d’un très idéologique détournement de l’histoire. Un détournement dont on peut trouver l’origine, du moins en partie, dans l’installation en 2012 d’une très officielle, très sarkozyenne, très étatique et très militaire Mission du Centenaire. Sarkozyenne certes d’origine, cette initiative a été reprise par le gouvernement suivant qui s’y est glissé comme dans un gant entraînant avec lui, inévitablement, une Education nationale promue grande organisatrice de la mémoire scolaire. Parmi les enjeux mémoriels –« compréhension d'une épreuve qui engagea l'ensemble de la société française, transmission de cette mémoire aux Français d'aujourd'hui, hommage rendu à ceux qui vécurent la guerre et firent le sacrifice de leur vie (…) » (note de service n° 2013-094 3) - il ne fait guère de doute que ce dernier a rapidement pris le pas sur le reste, renforcé par la frénésie patriotique qui s’est emparée depuis de l’Education nationale.

La question qu’on ne pose jamais

C’est bien cette notion d’ « hommage » aux combattants qui fait problème, usée jusqu’à la corde, passage obligé de tous les discours officiels malgré l’ambigüité fondamentale qui devrait en faire user avec précaution. Car les notes de service et les injonctions répétées ne font rien à l’affaire : combien de soldats « firent le sacrifice de leur vie », sont « morts pour leur pays », en comparaison de ceux dont on a sacrifié la vie et qui sont morts à cause de leur pays, à cause de l’identification forcée à une chimérique collectivité nationale ? Des millions de morts pour rien ? Effectivement, mais il se trouve que cette question, pourtant fondamentale, est singulièrement absente d’une commémoration qui, derrière la référence obligée à un improbable « devoir de mémoire », a au contraire pour effet de vider la mémoire de tout ce qui pourrait faire sens pour de jeunes élèves : la guerre, la violence, la soumission aux ordres ? Mais au bénéfice de qui ? De fait, depuis bientôt deux ans, à de rares exceptions près, la commémoration de la guerre de 1914-1918, dans sa version scolaire, a trop souvent viré à l’entreprise idéologique : rendre « hommage » aux morts, c’est en réalité rendre hommage à la guerre, la légitimer en étouffant l’esprit critique par une approche qui n’a guère à voir avec la connaissance historique. Une approche que le président de la commission pédagogique de la Mission du centenaire, Laurent Wirth, expose sans état d’âme 3 : « Il faut amener les élèves à comprendre ce que [la guerre] a représenté pour toute une génération (…) Il ne faut pas oublier que cette guerre a concerné toutes les familles (…) Il faut aussi leur faire ressentir comment la société française a été durement marquée par cette tragédie (…) Il faut leur faire comprendre à quel point ce fut une épreuve terrible pour la nation (…) Ce qu’il faut faire ressentir aux élèves (…) L’élève (…) est obligé d’entrer dans la peau d’un soldat ou d’un protagoniste. » Autrement dit, une démarche essentiellement émotionnelle, militaire, identitaire autour de la guerre qui a pour effet – et probablement pour objectif – d’évacuer du sujet la seule question qui mériterait, un siècle plus tard, d’être posée : mais comment les guerres surviennent-elles, celles d’hier comme celles d’aujourd’hui ? Et, accessoirement, comment les éviter ? Une question dont les élèves ne trouveront pas la réponse dans les affligeantes activités « labélisées » par les Comités académiques du Centenaire (voir par exemple le concours des « Petits artistes de la mémoire 3 », organisé à destination des écoliers par les anciens combattants…), pas davantage que dans les parades militaires, les dépôts de gerbes aux monuments aux morts, ou les Marseillaise obligées.

« Détrousseurs de cadavres et imposteurs »

A travers cette commémoration, si comme d’habitude en la matière, on parle beaucoup des morts, on entend malheureusement beaucoup moins ce qu’ils auraient à nous dire. Ce que Dalton Trumbo a su exprimer à merveille :

« Personne en dehors des morts ne sait si toutes ces idées dont parlent les gens valent la peine qu’on meure pour elles ou non. Mais les morts ne parlent pas. Aussi toutes les paroles sur la noblesse de la mort et le caractère sacré du sang versé et l’honneur sont-elles mises dans la bouche des morts par des détrousseurs de cadavres et des imposteurs qui n’ont pas le droit de parler au nom des morts. Si un homme dit plutôt la mort que le déshonneur c’est un sot ou un menteur car il ne sait pas ce qu’est la mort (...) S’il est assez sot pour croire que la mort vaut mieux que le déshonneur qu’il se mette sur les rangs et qu’il meure. Mais qu’on laisse donc les petits gars tranquilles quand ils sont trop occupés pour aller se battre. Et qu’on laisse également les gars tranquilles quand ils disent que préférer la mort au déshonneur c’est de la foutaise et que la vie est plus importante que la mort (...). »

(Dalton Trumbo, Johnny s’en va-t-en guerre, trad. française, Actes sud, 1987)

https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blo ... e-du-sujet
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 03 Juil 2016, 17:34

Il y a cent ans, la bataille de la Somme : rencontre avec Joe SACCO [VIDÉO 24’05]

1er JUILLET 1916, BEAU TEMPS SUR LA SOMME

Vingt mille soldats britanniques tués ce jour-là. Dix mille dans la première heure. 58 000 victimes au total. La bataille la plus imbécile et la plus meurtrière de l’Histoire, pire que Verdun. Malgré l’hécatombe, l’état-major s’entête. Plus d’un million de victimes en 108 jours, 442 000 morts, Britanniques, Allemands, Français, pour quelques arpents de terre.

Au cours de la semaine précédant l’assaut, l’artillerie britannique avait tiré 1 732 873 obus sur les lignes allemandes, 3 500 coups par minute, cinq obus pour chaque soldat allemand, le sang des artilleurs leur sortait des oreilles, le bruit était tel qu’on ne pouvait plus penser.

L’assaut fut donné avec ordre de marcher au pas. Les Anglais furent massacrés par paquet par les mitrailleuses allemandes. Au total, en cinq mois, la bataille de la Somme fera un million de victimes. Un siècle après, nous cherchons encore le sens de cet effroi. La terre vomit toujours la guerre. Des obus éclatent encore, des ossements sont mis à jour, on trouve un encrier, une fleur séchée, un carnet de croquis.

Peinture, cinéma, littérature, photo, la représentation de cette guerre à chaque époque peut raconter le siècle écoulé. Avec Jacques TARDI, la bande dessinée a dit toute l’horreur et toute la connerie de cette guerre. Aujourd’hui, Joe SACCO dessine une autre approche et une autre représentation.

Voici la version vidéo de notre rencontre avec Joe SACCO, auteur d’une fresque aux éditions Futuropolis, qui reconstitue heure par heure le premier jour de la bataille de la Somme.



http://la-bas.org/la-bas-magazine/entre ... R-LA-SOMME
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 05 Juil 2016, 00:37

Pas de chanson de Craonne pour les 100 ans de la Bataille de la Somme

Ce 1 juillet avait lieu à Fricourt, lieu d’un des plus grand cimetière militaire allemand (plus de 17.000 corps ensevelis dont 10.000 sont ceux de soldats tombés pendant la bataille de la Somme) et de deux cimetières militaires britanniques de la première boucherie mondiale, une cérémonie pour le centième anniversaire de la Bataille de la Somme.



Cette bataille reste une plus meurtrière de l’histoire. Du 1 juillet au 18 novembre 1916, on compte plus d’un million de victimes, soldats allemands, britanniques et français, envoyés à la boucherie et massacrés pour les intérêts impérialistes des Etats capitalistes.

La chorale de Poulainville devait à cette occasion exécuter deux chansons dont la chanson de Craonne, chanson de soldats français qui exprime ce que ressentaient bien des gosses d’ouvriers et de paysans de toutes nationalités pendant cette guerre. Mais le secrétaire d’État Jean-Marc Todeschini a refusé que soit entonnée la Chanson de Craonne.

Pas de Chanson de Craonne à Fricourt ce 1er juillet donc… En cent ans, bien des choses ont en effet changé, mais dans toutes les guerres qui depuis 1916 ont ensanglanté l’humanité, que les victimes soient militaires ou civiles, c’est toujours et sur tous les continents « pour défendr’ les biens de ces messieurs là », de « ceux qu’ont l’pognon » qu’on crève.


La Chanson de Craonne

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-haut en baissant la tête

– Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

– Refrain

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

– Refrain :
Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

https://communismeouvrier.wordpress.com ... -la-somme/
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede Pïérô » 01 Aoû 2016, 03:27

29 juillet 1914 : Manifeste de la CGT contre la guerre

Juillet 1914. La marche à la guerre se poursuit en Europe. La CGT prend alors position contre la guerre, pour le pacifisme et pour la classe ouvrière. L’organisation syndicale déclare notamment : « Toute guerre n’est qu’un attentat contre la classe ouvrière ». Ce manifeste a été publié dans le journal L’Humanité le du 29 juillet 1914.

Conformément aux dispositions que nous avions relatées, le Comité Confédéral s’est réuni très nombreux hier soir et a arrêté les termes de l’appel suivant qu’il adresse au prolétariat français.

À LA POPULATION !

AUX TRAVAILLEURS FRANÇAIS !

Dans la grave situation présente, la Confédération générale du Travail rappelle à tous qu’elle reste irréductiblement opposée à toute guerre.

Que le devoir des travailleurs organisés est de se montrer à la hauteur des circonstances en évitant, par une action collective, consciente, harmonisée à travers tout le pays et internationalement par-dessus les frontières, le plus grave péril mondial de se réaliser.

La CGT déclare que la guerre européenne peut, doit être évitée, si la protestation ouvrière, jointe à celle de tous les partisans de la paix, est assez formidable pour faire taire les clameurs guerrières.

Paris ouvrier, populaire, a déjà manifesté ses sentiments pacifistes. Que la province, que tous les centres ouvriers se joignent à lui. L’heure est tragique, et nul n’a le droit de rester indifférent.

L’action du prolétariat doit venir renforcer celle de tous les hommes qui, comprenant le péril couru par l’humanité tout entière, veulent mettre leurs forces et leurs consciences au service de la civilisation contre la barbarie.

L’Autriche porte une lourde responsabilité devant l’histoire ; mais la responsabilité des autres nations européennes ne serait pas moins lourde, si elles ne s’employaient pas activement, loyalement, pour que le conflit ne s’étende pas.

Dans cette action, les gouvernants de ce pays ont le peuple français avec eux, si, comme on le dit, ils travaillent sincèrement pour la paix.

C’est une force qui, mieux que tous les traités secrets, doit leur assurer le succès définitif.

La C.G.T. croit fermement que la volonté populaire peut empêcher le cataclysme effroyable que serait une guerre européenne.

Ainsi, rappelant la déclaration de l’Internationale : " Tous les peuples sont frères ", et les décisions de ces Congrès nationaux ; " Toute guerre n’est qu’un attentat contre la classe ouvrière ; qu’elle est un moyen sanglant et terrible de diversion à ses revendications ", elle réclame de toutes les organisations ouvrières une attitude ferme, dictée par le souci de conserver les droits acquis par le travail dans la paix.

La guerre n’est, en aucune façon, une solution aux problèmes posés. Elle est et reste la plus effroyable des calamités humaines.

Faisons tout pour l’éviter ! Que partout, dans les villes industrielles comme dans les communes agricoles, sans aucun mot d’ordre, la protestation populaire s’élargisse, se fortifiant, s’intensifiant au fur et à mesure que les dangers deviendront plus pressants.

À bas la guerre !

Vive la paix !

Le Comité confédéral (avec le soutien des Conseils syndicaux)


http://larotative.info/29-juillet-1914- ... -1779.html
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede Béatrice » 19 Sep 2016, 18:09

jeudi 22 septembre 2016 à MARSEILLE à 19 h

Théâtre Toursky, Promenade Léo Ferré, 13003

Rencontre-débat avec les auteurs de l’ouvrage :
Le mouvement ouvrier à l’épreuve de la Grande guerre
Coorganisée par les amis de Richard Martin et l’association Promémo

Dans le cadre des Universités populaires

Une partie importante de la CGT prétendait pouvoir empêcher la guerre de 14-18 qui menaçait, en déclenchant une grève générale.
Prétention prise au sérieux par le pouvoir qui dressa des listes de proscription pour empêcher cette éventualité.
Mais la guerre fut déclarée, ouvrant le siècle des catastrophes, et aucune grève générale ne fut déclenchée.
Malgré cette faillite, le mouvement ouvrier n’a pas disparu.
La guerre même, par sa durée, par ses exigences, par son industrialisation, lui redonna de l’influence.

L’ouvrage collectif Le mouvement ouvrier provençal à l’épreuve de la Grande guerre, édité chez Syllepse/Promémo en 2015, sera la porte d’entrée de cette Université populaire.

Avec les auteurs de l’ouvrage : Colette Drogoz, Frédéric Grossetti, Gérard Leidet, et Bernard Régaudiat, ainsi que Richard Martin.
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede Béatrice » 10 Oct 2016, 17:35

mardi 11 octobre 2016 à MARTIGUES à 18 h 30

Forum de la Médiathèque Louis Aragon, 13500

Conférence-débat
Le mouvement ouvrier provençal à l’épreuve de la Grande Guerre : 1909-1919
Avec Colette Drogoz, Gérard Leidet et Bernard Régaudiat

En cette période de commémorations de la Grande Guerre, l’association PROMEMO s’est intéressée à l’histoire sociale du conflit.

La Première Guerre mondiale a posé un dilemme tragique au mouvement ouvrier : soutien ou opposition à l’Union sacrée ?

Les intervenants, co-auteurs du livre issu des travaux du colloque qui s’est tenu aux Archives départementales de Marseille, le 14 novembre 2014, aborderont les questions du pacifisme, de l’Union sacrée et des luttes sociales dans la région de Marseille.
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede Pïérô » 06 Nov 2016, 12:54

Tours 11 novembre 2016

Rassemblement à 10h, devant le parvis de la faculté de lettres de Tours, rue de Tanneurs (entrée Thélème).

GUERRE A LA GUERRE !

Les organisations SUD/SOLIDAIRES 37, SUD Rail 37, Les Amis de Demain Le Grand Soir, Retirada 37 , NPA 37, MJCF 37 appellent les Tourangelles et les Tourangeaux à se réunir le 11 novembre lors d’un rassemblement qui se déroulera devant le parvis de la faculté de lettres de Tours, rue de Tanneurs, à 10 heures (entrée Thélème).

Ce monde, malgré les douloureux exemples des deux premières guerres mondiales, est toujours un monde en guerre. La France est malheureusement bien placée dans cette course à l’horreur : elle s’évertue à être dans le leadership des marchands de canons.

Au nom de considérations diplomatiques douteuses, elle intervient dans telle ou telle partie de la planète développant un chaos mondial dont les fondamentaux restent, derrière les discours lénifiants, la recherche effrénée du profit.

Sur tous les continents la guerre sévit, au profit des mafias locales et/ou des Etats nationaux et toujours au détriment des populations et des salariés.

Le douloureux exemple des demandeurs d’asile qui viennent se réfugier, par centaines de milliers, en Europe est là pour nous le rappeler au quotidien.
L’armée, quelle qu’elle soit, est l’école du crime. Il faut inlassablement le dire, le répéter et la combattre. C’est ce que nous ferons, avec "nos armes" (la parole, l’humour, le cri, etc.), le 11 novembre prochain.

Premiers signataires : SUD/SOLIDAIRES 37, SUD Rail 37, Les Amis de Demain Le Grand Soir, Retirada 37, Alternative Libertaire 37, NPA 37, MJCF 37...


http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1636
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 08 Nov 2016, 08:58

Lyon Vendredi 11 novembre 2016

Projection antimilitariste pour le 11 novembre

Dans le cadre de Novembre Libertaire 2016, la Coordination des Groupes Anarchistes - Lyon vous invite le vendredi 11 novembre à 20h à une projection antimilitariste suivi d’une discussion sur les différents projets des politiciens sur le service militaire.
à librairie la Plume Noire, 8 rue Diderot, Lyon
Ouverture de la librairie à 19h30. Prix Libre.

Le documentaire projeté sera 14-18 : le bruit et la fureur réalisé par Jean-François Delassus.

Alors que le 11 novembre et toutes les dates de commémoration ne servent qu’à célébrer les guerres passées et à préparer les futures, cette projection permettra de faire un point sur l’inutilité de la guerre qui ne sert l’intérêt que des dominants.
Ceux-ci ont toujours abusé les peuples et les considèrent comme de la chair à canons pour le plus grand bénéfice des marchands d’armes et des trusts guerriers..
La lutte pour la Paix suppose le rejet absolu de l’idéologie militariste, idéologie qui légitime la guerre.
La lutte pour la Paix suppose la lutte quotidienne contre l’aliénation des individus pour le seul profit des États, des gouvernants et des capitalistes, tous complices.

Mais cette projection nous permettra aussi de faire un point sur ce qui se trame du côté des politiciens actuels qui souhaitent presque tous à l’unanimité remettre le service militaire en route...
Le dernier projet en date des socialistes étaient de mettre en place un service civique obligatoire en 2 phases :
- La première phase, ayant lieu du 1er juillet au 1er octobre l’année des 18 ans, représenterait 3 mois de bourrage de crâne afin de « découvrir les fondamentaux de la République et les symboles de la Nation ».
- La deuxième phase est une période de travail, présentée comme une succession de missions d’intérêt national, « indemnisée » 470 euros par mois et non-régie par le code du travail (donc sans aucune protection salariale). La durée de travail d’au moins 24h, pourra aller jusqu’à 48h par semaine ; ce qui revient à une rémunération indigne et dégradante de 2,44 euros de l’heure.

Pour l’instant, ce projet a été proposé à l’Assemblée et le Sénat s’est prononcé contre la création d’un service civique obligatoire « en raison notamment de l’incapacité matérielle et financière"...
Mais l’affaire reste à suivre !

Rendez-vous ce vendredi 11 novembre pour en parler !


https://rebellyon.info/Projection-antim ... e-11-17119
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede Pïérô » 09 Nov 2016, 08:51

Gentioux (23), 11 novembre 2016

Vers 11h: comme chaque année, rassemblement anti-militariste et pacifiste autour du monument aux morts avec speechs des différentes orgas présentes. (Libre Pensée, Union Pacifiste, etc.)

Midi/midi et demi: auberge espagnole et tables de presse anarchistes à la salle des fêtes de Faux-la-Montagne.

http://anarchie23.centerblog.net/658307 ... embre-2016
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 11 Nov 2016, 15:17

11 novembre, la guerre de 1914-1918 : le creuset des totalitarismes

Les commémorations du 11 novembre 1918 occultent toujours le souvenir du carnage et préfèrent exalter le martyre des soldats en sacralisant leurs combats. Elles fabriquent le mythe de la guerre nationale, la mémoire des combats est déformée, le culte du soldat est quasi religieux et s’incarne dans les monuments aux morts et les cérémonies. La République, et avec elle le pouvoir en place (quelle que soit son étiquette politique), profite de ces moments pour s’autocélébrer, sans se soucier de véracité historique.

On sait combien ces messes laïques sont capables de se transformer en révisionnisme ; on se souvient encore comment le bicentenaire de 1789, sous la direction intellectuelle d’un historien réactionnaire (François Furet) et dont les festivités furent conduites par le publicitaire des Galeries Lafayette (Jean-Paul Goude), a été l’occasion d’enterrer le concept même de révolution.

Il est donc important de revenir sur cette période pour comprendre que leur démarche a pour objectif de produire du consensus national, et découle d’une vision politique des classes dominantes. Car si tout le monde admet théoriquement que la Première Guerre mondiale fut bien la matrice du XXe siècle, on oublie volontiers que l’Europe fut, pendant quelques années, le champ de multiples soulèvements dont la défaite a ouvert grandes les portes du totalitarisme.

La Seconde Internationale l’avait promis : si le monde capitaliste était assez fou pour déclarer la guerre, il sombrerait dans la révolution. Le socialiste allemand August Bebel annonçait en 1911 au Reichstag : « Je suis convaincu que cette grande guerre mondiale sera suivie d’une révolution mondiale. Vous récolterez ce que vous avez semé. Le crépuscule des dieux approche pour le régime bourgeois. »

Des révolutions jetèrent bas les Empires russe, allemand, austro-hongrois.

La prédiction a donc paru, un court instant, pouvoir se réaliser. Entre 1917 et 1921, l’Europe fut secouée par des soulèvements d’importance. Mais, hélas, c’était trop tard, la défaite avait été forgée dès ce funeste 4 août 1914 ! La conscience et la détermination prolétariennes ne furent pas suffisamment aiguisées pour jeter par-dessus bord les conséquences de la reddition que fut l’Union sacrée réalisée dans chaque camp. Et, comme deux précautions valent mieux qu’une, les révolutionnaires affaiblis tombèrent ensuite sous les balles de leurs ennemis de toujours et d’aujourd’hui encore : les pouvoirs constitués, quelle que soit leur couleur.

Les opposants au système capitaliste réduits, laminés par la guerre puis par la répression, plus rien n’empêchait la classe dominante d’asseoir sa puissance sans souci aucun de la forme qu’elle pouvait prendre. Fascisme, stalinisme, Etat keynésien, peu lui importait, pourvu que l’ordre soit maintenu et que les affaires continuent, même en cas de crise. Le siècle était bien installé dans la barbarie. Il se réclamait des « Lumières », il s’est enfoncé dans les ténèbres des fascismes brun et rouge, autant de joyeusetés opposées sur le papier, mais qui se sont souvent alliées lorsqu’il s’est agi de mettre hors jeu les victimes révoltées de la barbarie capitaliste.

La guerre de 1914 nous a tous forgés, même celles et ceux qui en ignorent tout. Pour nous, elle a marqué le déclin d’un mouvement révolutionnaire que l’Espagne de 1936 a tenté, mais en vain, de faire survivre ; là encore, ils s’y sont tous mis, unis par leur union sacrée contre la classe ouvrière.

Les leçons à tirer sont énormes et multiples, mais la principale est sans doute que la lutte contre cette union sacrée est la priorité des priorités. Une politique d’union sacrée qui s’insinue par tous les pores de la politique et des luttes, qui gangrène des têtes autrement plus critiques et méfiantes mais qui finissent par accepter une vision bipolaire du monde : le bien et le mal, choisir l’un des deux camps... Il serait indécent de ne pas se rappeler les conséquences de cette vision.

Une personne appelait de tous ses voeux l’union des prolétaires en Europe pour éviter que les totalitarismes ne gouvernent le monde, en expliquant bien la situation complexe de l’époque, c’est Jean Jaurès : 25 Juillet 1914 : à Vaise, l’ultime discours de Jaurès contre la guerre, cinq jours avant son assassinat https://rebellyon.info/25-Juillet-1914- ... e-discours.



La Chanson de Craonne

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours et sans trompettes
On s’en va là-bas en baissant la tête

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Nos pauvr’ remplaçants vont chercher leurs tombes

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Et les camarades sont étendus là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, nous, les trouffions
On va se mettre en grève
Ce sera vot’ tour messieurs les gros
De monter sur l’plateau
Si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau


Le dossier complet à télécharger ici : https://rebellyon.info/home/chroot_ml/m ... 8_ca08.pdf


https://rebellyon.info/11-novembre-la-g ... 14-1918-le
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede bipbip » 19 Nov 2016, 16:32

14-18 : Les syndicalistes révolutionnaires sauvent l’honneur

Aout 1914, la direction confédérale menée par Léon Jouhaux, qui fondera plus tard Force Ouvrière, tourne le dos aux décisions pacifistes des derniers congrès et entraine la CGT dans l’Union sacrée et la guerre.
Novembre 2016, l’hommage national aux poilus se mélange avec celui aux victimes du Bataclan. L’enjeu politique reste le même : faire marcher le peuple au pas derrière les projets guerriers de notre bourgeoisie.

Une bonne occasion de publier la lettre de démission du Comité Confédéral de Pierre Monatte en décembre 1914 :

Camarades,

Après le vote émis dans sa séance du 6 décembre par le Comité Confédéral, je considère comme un devoir de renoncer au mandat que vous m’aviez confié.

Voici les raisons qui ont dicté ma détermination : au cours de ces cinq derniers mois, c’est avec stupeur, avec douleur, que j’avais vu le Comité Confédéral enregistrer purement et simplement l’acceptation par son secrétaire général d’une mission officielle de commissaire de la nation.

Quelques semaines plus tard, la Commission Confédérale envoyée à Bordeaux consentir à faire une tournée de conférences pour le compte du gouvernement.

Des militants syndicalistes, des fonctionnaires d’organisations, tenir un langage digne de purs nationalistes. Aujourd’hui, le Comité Confédéral vient de refuser sa sympathie aux efforts tentés eu vue de la paix par les socialistes des pays neutres. Pour le Comité Confédéral, parler en ce moment de paix constituerait une faute, presque une trahison, une sorte de complicité dans une manœuvre allemande, tout comme pour Le Temps et pour le gouvernement. Dans ces conditions, il m’est impossible de rester plus longtemps dans son sein, car je crois, au contraire, que parler de paix est le devoir qui incombe, en ces heures tragiques, aux organisations ouvrières conscientes de leur rôle.

Le 22 novembre, le secrétaire confédéral donnait connaissance au Comité d’une invitation à la Conférence des socialistes des pays neutres organisée à Copenhague, pour les 6 et 7 décembre par les partis socialistes scandinaves. M’opposant au passage à l’ordre du jour, je faisais la proposition suivante : que la C.G.T. répondit en assurant les socialistes scandinaves que, s’il nous était impossible d’envoyer un délégué, nous suivrions cependant leur efforts en faveur de la paix avec la plus grande sympathie et que nous faisions des vœux pour le succès de Copenhague. A la séance du 29 novembre, la fédération des Métaux déposait une résolution motivée, inspirée du même esprit, à laquelle je me ralliai avec empressement.

Comment et par qui elle fut combattue ? Par quels arguments ?

Il serait trop long de le dire ici ; mais les procès-verbaux du Comité Confédéral 22 novembre, 29 novembre et 6 décembre vous fixeront sans doute un jour prochain.

Le 6 décembre, le Comité Confédéral se trouvait devant trois propositions : une première, de la Fédération du Bâtiment, tendant à ne faire aucune réponse ; une seconde, de Luquet, comportant des restrictions importantes et l’accord de la C.G.T. et du Parti sur un texte commun de réponse ; enfin celle des Métaux. Le Comité se prononça d’abord sur la proposition à caractère préjudiciel du Bâtiment, l’adoptant par 22 voix contre 20 et 2 abstentions. Il est hors de doute que la proposition des Métaux aurait été écrasée, le 6 décembre, par une forte majorité.

Ainsi, une nouvelle fois, des appels socialistes en faveur de la paix n’auront trouvé aucun écho dans les organisations centrales françaises, ni dans la presse ouvrière de ce pays, celle-ci allant même jusqu’à refuser de les reproduire. Appels et initiatives conformes cependant à la résolution des congrès socialistes internationaux de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, qui déclare :

» Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, c’est le devoir (aux classes ouvrières) de s’entremettre pour faire cesser promptement et d’utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste « .

Ce devoir, Keir Hardie et l’Independent Labour Party, en Angleterre, se sont efforcés, dès le premier jour, de le remplir ; ainsi que les deux partis socialistes russe ; de même que les socialistes italiens et suisses dans leur Conférence de Lugano et le parti socialiste américain par son initiative d’un Congrès socialiste international extraordinaire. C’est le devoir que vient de remplir Karl Liebknecht et avec lui une minorité du parti socialiste allemand par sa protestation au Reichstag, le 2 décembre :

» Une paix rapide qui n’humilie personne, pour une paix sans conquêtes, voilà, déclare-t-il, ce qu’il faut exiger. Tous les efforts dirigés dans ce sens doivent être bien accueillis.

Seule, l’affirmation continue et simultanée de cette volonté, dans tous les pays belligérants, pourra arrêter le sanglant massacre avant l’épuisement complet de tous les peuples intéressés. » Seule, une paix basée sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur la liberté de tous les peuples peut être une paix durable. C’est dans ce sens que les prolétariats de tous les pays doivent fournir, même au cours de cette guerre, un effort socialiste pour la paix « .

Il est incompréhensible, dans une certaine mesure, que les masses du peuple, trompées et excitées journellement par la presse, par toute la presse, aient accepté comme articles de foi toutes les déclarations gouvernementales. Mais que les militants du syndicalisme n’aient pas montré plus de clairvoyance, qu’ils n’aient pas apporté plus de sens critique à l’examen des allégations gouvernementales, qu’ils se soient laissé gagner par la fièvre de la vanité nationale, qu’ils aient perdu le souvenir des principes qui guidaient jusqu’à maintenant leur action, voilà le plus attristant spectacle.

Quand Poincaré, il y aura deux ans le mois prochain, monta à la présidence de la République, certains d’entre nous se dirent : » Nous aurons la guerre avant la fin de son septennat « .

Nous l’avons eue moins de deux ans après. Cette guerre prévue, redoutée par nous, cette guerre voulue, préparée par nos politiciens de l’esprit national, c’est elle que la majorité du Comité Confédéral envisage maintenant comme une guerre de libération pour l’Europe, comme une guerre capable de porter la liberté et la République à l’Allemagne et de ruiner le militarisme universel.

Quelle illusion !

Cette guerre, dont l’attentat de Sarajevo ne fut que le prétexte, a ses sources réelles dans le duel économique anglo-allemand et dans la rivalité germano-slave.

L’alliance russe, déjà la honte de la République française, a précipité notre pays dans le gouffre. L’alliance russe et les ambitions marocaines de nos coloniaux. Le Kaiser n’a fait qu’avancer l’heure de la conflagration européenne. Sa responsabilité en est plus lourde que celle d’aucun gouvernement ; mais celle des gouvernements français, russe et anglais n’est pas légère.

Encore n’est-il pas établi que le gouvernement français ait tout fait pour sauvegarder la paix dans la dernière semaine de juillet. Nul ne doute que la diplomatie secrète – aux méfaits tant de fois dénoncés – ait joué un rôle considérable dans la déclaration de la guerre.

Les travailleurs conscients des nations belligérantes ne peuvent accepter dans cette guerre la moindre responsabilité ; elle pèse, entière, sur les épaules des dirigeants de leurs pays. Et loin d’y découvrir des raisons de se rapprocher d’eux, ils ne peuvent qu’y retremper leur haine du capitalisme et des Etats. Il faut aujourd’hui, il faudrait plus que jamais conserver jalousement notre indépendance, tenir résolument aux conceptions qui sont nos nôtres, qui sont notre raison d’être.

Si on les croit fausses, qu’on le dise !

Alors seulement on aura le droit de faire du nationalisme sous toutes ses formes, nationalisme politique et nationalisme économique. Mais je crains fort que nos organisations centrales, en France comme en Allemagne, C.G.T. comme Parti socialiste, Union Syndicale internationale comme Internationale socialiste, n’aient signé leur faillite. Elles venaient de se révéler trop faibles pour empêcher la guerre, après tant d’années de propagande organisatrice. Mais on pouvait encore se dire que la faute en incombait peut-être aux masses restées à l’écart et qui n’avaient pas compris les devoirs de l’internationalisme. Cette dernière lueur d’espoir vacille sous les paroles des militants d’un pays à l’autre. C’est au centre que le feu, c’est-à-dire la foi, a manqué.

Si l’humanité doit connaître un jour la paix et la liberté, au sein des Etats-Unis du monde, seul un socialisme plus réel et plus ardent, surgissant des désillusions présentes, trempé dans les fleuves de sang d’aujourd’hui, peut l’y mener. Ce n’est pas, en tout cas, les armées des alliés, non plus que les vieilles organisations déshonorées qui le peuvent. C’est parce que je crois, chers camarades du Gard et du Rhône que la C.G.T. s’est déshonorée par son vote du 6 décembre, que je renonce, non sans tristesse, au mandat que vous m’aviez confié.

Pierre Monatte, Décembre 1914


http://www.communisteslibertairescgt.or ... nneur.html
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Re: Première guerre mondiale, Histoire(s) et commémorations

Messagede digger » 06 Déc 2016, 19:36

Un ami allemand dont le grand-père était au Chemin des Dames a été invité aux cérémonies officielles, le dimanche 16 avril 2017, au matin, à Cerny-en-Laonnois.

"Il s'agit d'une grande cérémonie, avec peut-être la présence du Président de la République française et les hautes autorités allemandes. "

Un extrait de la réponse du copain (Son français est approximatif mais le message est clair)

"Merci beaucoup pour votre amable invitation à prendre part à la cérémonie pour  le centenaire de la bataille du Chemin des Dames. Cependant, les circonstances que vous décrivez ne m'encouragent pas de l'accepter. ...
La deuxième chose est la visite de hautes personnalités, peut-être des présidents d'Etat. D'ailleurs,  qui sera le président de la République en Avril 2017? Peut-être Marine Le Pen?? Une cérémonie en présence des représentants d'État sera toujours du Kitsch politique. Je viens de trouver cette expression dans le livre "Die unerträgliche Leichtigkeit des Seins" par Milan Kundera (il parait qu'il a écrit ce livre à Paris). Si on prend part à une cérémonie officielle, on ne peut pas éviter d'être tiré dans le discours des puissants, leur expressions patriotiques et pathétiques, leur acceptation de la guerre comme moyen de la politique. Je me tiens à l'écart des personnes au pouvoir, ils corrompent. C'est pourquoi je ne vois pas de possibilité de me montrer publiquement avec eux ..."


A la fin du courriel du Chargé de Mission Chemin des Dames / Centenaire 14-18 :

Ce message et toutes les pieces jointes sont etablis a l'intention exclusive de ses destinataires et sont confidentiels. Si vous recevez ce message par erreur, merci de le detruire et d'en avertir immédiatement l'expediteur. Toute utilisation de ce message non conforme a sa destination, toute diffusion ou toute publication totale ou partielle est interdite, sauf autorisation expresse. :peur:
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