Luttes de l'immigration et des quartiers populaires

Luttes de l'immigration et des quartiers populaires

Messagede Pïérô » 11 Oct 2013, 11:10

1983-2013 : 30e anniversaire de la Marche pour l'Egalité dite (Marche des Beurs).

Appel pour la constitution d’un Collectif national
Egalité des droits / Justice pour tous

Le 3 décembre 1983, 100.000 personnes manifestaient à Paris, concluant une Marche partie de Marseille le 15 octobre. Décidée par un groupe de marcheurs issus des cités de la banlieue lyonnaise, cette Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme marqua l’émergence d’une nouvelle génération, celle des enfants d’immigrés. Elle fut organisée suite aux crimes racistes, aux violences policières, et à une campagne électorale marquée par la xénophobie et l’idéologie sécuritaire qui vit, comme à Dreux, des alliances avec le Front national.

Elle prolongeait à sa manière, les luttes menées dans la décennie précédente par les travailleurs immigrés pour l’égalité des droits. Les « invisibles » devenaient des acteurs à part entière de la société française.

Notre Marche ne s’est pas terminée le 3 décembre 1983. Nous n’avons jamais cessé de marcher et de lutter. Même si nous avons remporté des victoires ou obtenu quelques avancées, la situation des immigrés et de leurs descendants, dont beaucoup sont français, n’a cessé de se dégrader. Les habitants des quartiers populaires d’aujourd’hui sont confrontés à des situations plus dures qu’en 1983.

Trente ans pour arriver à ce constat amer : les violences policières comme les crimes racistes n’ont pas cessé et restent impunis. Pire, un racisme d’État fait de lois, de pratiques et de discours nauséabonds s’est propagé d’en haut ; la négrophobie et l’islamophobie se sont développées, prolongeant le racisme anti-arabe. La promesse du Président de la République d’alors, celle du droit de vote pour les étrangers extra-communautaires n’a jamais été tenue.

Aujourd’hui, après une décennie de pouvoir de droite avec tous ses excès et ses démagogies populistes - débats sur l’identité nationale et le « rôle positif » de la colonisation - le nouveau gouvernement reste dans la ligne de tous ses prédécesseurs : restriction au droit d’asile, accentuation des discriminations dans tous les secteurs de la société, relégation des quartiers populaires et de leurs habitants, menaces de disparition des associations de terrain et de proximité, contrôles aux faciès, justice à deux vitesses, chasse aux sans papiers et aux Roms, multiplication des expulsions… Et pendant ce temps, les Chibanis, nos anciens, sont reclus et privés de leurs droits.

Trente ans se sont écoulés, après le formidable espoir soulevé par la Marche de 1983. Notre détermination reste intacte. Nous ne lâcherons rien. Le message de la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, même s’il n’est pas enseigné comme il se doit à l’école, est plus que jamais d’actualité et nous voulons qu’il soit à nouveau entendu avec force.

C’est pour cela que partout, dès maintenant, et entre le 15 octobre au 3 décembre 2013, nous proposons à toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans cet appel de mettre en place des assemblées générales et des initiatives au niveau local, régional, national.

Nous ne nous contenterons pas de crier notre colère contre les injustices et les inégalités.

Nous proposerons à toute la société d’autres solutions, celles de l’égalité des droits pour en finir avec la République du mépris.

D’ores et déjà, nous appelons à deux rencontres : le 15 octobre, date du départ de la Marche à Marseille en 1983, et les 18 et 19 octobre à Vaulx-en-Velin, pour rappeler que la banlieue lyonnaise a été le berceau de ce mouvement. Nous organiserons dans toute la France une quinzaine pour l’égalité des droits et la justice pour toutes et tous du 25 novembre au 7 décembre. Et nous ferons du 3 décembre, une journée de rassemblement et de manifestations.

Contre le racisme et pour l’égalité des droits

Tous en marche, on arrive !



Premiers signataires :

Au nom de la mémoire, L’Echo des cités, Agence Im’média, Forum Social des Quartiers populaires, (FSQP), Vies Volées, Réseaux, Interventions, Réflexion Quartiers Populaires (RIRQP), Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Sortir du colonialisme, Femmes plurielles, AIDDA, Collectif 3 C, FASTI, Cie Espace Temps, Association de Solidarité et d’Information pour l’Accès aux Droits (ASIAD), association L’Yeux Ouverts, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR,) UJFP (Union juive française pour la paix), Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN), Feyka (Fédération des Associations Kurdes en France), la Maison du Tamil Eelam, AFAPREDESA (Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis), association Les Orange (Nanterre), collectif Capagauche 07 (Hautes-Alpes), Algériens Nord Pour le Changement et la Démocratie (ANDC), Association des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais (AMMN), Collectif Manouchian, Collectif Afrique, Association Tribu, Comité des sans-papiers 59, Association Ch’faid, Association Etouchane, Association des Tunisiens du Nord de la France (ATNF) , Association Place Publique, Comité pour les respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) Association Citoyenne pour la Démocratie Participative (ACDP Tunis), Association Tunisienne de Soutien Aux Minorités, l’Association Tunisienne du Défense Des demandeurs d’Emploi-Kasserine.

Organisations Politiques soutenant le texte :

Alternative libertaire, NPA, Fédération pour une Alternative sociale et écologique (FASE), GA54-FASE, la Gauche Cactus

http://www.alternativelibertaire.org/sp ... rticle5428

Site web de l’initiative : https://marcheegalite.wordpress.com
Facebook : https://www.facebook.com/30eAnniversair ... urLegalite


Quelques chroniques de luttes par Mogniss Abdallah
Présentation du livre Rengainez on arrive le 30 mai 2013 à Terra Nova à Toulouse. Mogniss Abdallah parle ici des origines de la marche pour l’égalité de 1983 et aussi de trois luttes particulières : La mobilisation autours de Abdennbi Guémiah tué à Nanterre en octobre 1982, l’initiative des "folles de la place Vendome" rassemblement de familles en 1984 et enfin le cas de la mort de Abdelwahab Benyahia tué dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Pantins-Aubervilliers, le même soir que Malik Oussekine.
à écouter sur SONS EN LUTTES : http://www.sonsenluttes.net/spip.php?article615

DOUCE FRANCE La Saga du Mouvement Beur
Extraits du documentaire de Mogniss H. Abdallah

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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 12 Oct 2013, 10:08

Conférence de presse le 15 octobre

Collectif Égalité des Droits/Justice pour tous (tes), communiqué de presse, 11 octobre 2013
1983-2013 : 30 ANS DEJA !
NOUS MARCHONS ENCORE
MANIFESTATION NATIONALE LE 7 DECEMBRE 2013


Le collectif Égalité des Droits/Justice pour tous (tes) se réunit chaque semaine, depuis plusieurs mois. Regroupant plus d’une centaine d’associations nationales, régionales et de quartiers et avec le soutien d’organisations politiques et syndicales, il appuie les initiatives de ses membres qui se sont multipliées, depuis le début de l’année, et travaille notamment à l’élaboration d’une série de revendications regroupées autour de 4 axes thématiques sur la question transversale de l'égalité des droits. Dans l’histoire récente ou longue, nombre de luttes sociales et de mobilisations collectives s’opposent de manière constante à l’arbitraire des situations d’inégalité.

La Marche de 1983 - conduite d’étape en étape par un groupe de 17 personnes, principalement jeunes, issues de la banlieue lyonnaise - marqua un tournant dans le rapport aux luttes dites des quartiers et de l’immigration. 100 000 personnes convergent le 3 décembre 1983 à Paris pour inscrire cet événement, largement médiatisé, dans l’histoire des luttes sociales en France.

La Marche de 1983, cette Marche qui continue 30 ans après… pose à la fois la question du bilan de cet événement et des luttes et mobilisations qui se poursuivent depuis.

En multipliant les initiatives autonomes au niveau local, régional et national, nous voulons à la fois sortir du cadre strictement commémoratif et témoigner de notre combat contre l'arbitraire des situations d'inégalité qui prévalent encore aujourd'hui et qui justifient que, 30 ans après la Marche, nous continuions de marcher, comme nous n'avons cessé de le faire depuis lors, dans le cadre de nombre de luttes sociales et mobilisations collectives.

Le Collectif National Egalité des Droits/Justice pour tous (tes) organise une Conférence de presse le 15 octobre 2013 à 11H pour informer sur nos actions et sur le sens que nous voulons donner à cet événement qui s’inscrit dans l’histoire des luttes sociales en France.
Rendez-vous dans un lieu symbolique de luttes qui a accueilli et soutenu les Marches en 1983, 1984 et 1985.

Le Relais Ménilmontant
85, rue de Ménilmontant
75020 Paris (Métro Ménilmontant).

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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Béatrice » 12 Oct 2013, 16:27

La Marche pour l’égalité et contre le racisme, surnommé par les média Marche des beurs, est une marche antiraciste qui s’est déroulée en France en 1983. Il s’agit de la première manifestation nationale du genre en France.
La marche part de Marseille avec 32 personnes le 15 octobre 1983. Une seule personne les accueille à Salon-de-Provence. Elles seront plus de mille à Lyon. À Paris le 3 décembre, la marche s’achève par un défilé réunissant plus de 60 000 personnes.
Une question restera encore une fois en suspens et ne fera pas l’objet d’une réflexion profonde. Cette question est celle de l’égalité réelle ?

Lundi 14 octobre 2013 à 18h

Au Salon de thé « El Casbah »18bd Dugommier 13001 Marseille

Soirée de commémoration pour la Marche de l’égalité et contre le Racisme

*Conférence de presse et rencontre avec les acteurs et les initiateurs de la marche du 15 octobre 1983 départ de Marseille ;

* Echange et débat entre les deux générations de 1983 et 2013.

* Ambiance musicale et dégustation.


Image


http://www.millebabords.org/spip.php?article24545
« Simple, forte, aimant l'art et l'idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. »
Louise Michel
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 16 Oct 2013, 11:22

Dans CQFD n°115, en kiosque
Dossier : 1983 : la marche pour l’égalité, échec à l’auto-organisation
http://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-115

Entretien avec Mogniss H. Abdallah
Intéressant, parce qu’il y a là toute la problématique entre communautarisme et lutte de classe et les enjeux politiques qui font que la question des trente ans se voient en simple commémoration (PS, SOS racisme, etc...) ou en mémoire de lutte replacée dans un contexte où le combat pour l’égalité des droits continue.

ÉCHECS À L’AUTO-ORGANISATION

Mogniss H. Abdallah est l’animateur de l’agence IM’média et l’auteur de Rengainez, on arrive ! Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires, contre la hagra policière et judiciaire des années 1970 à aujourd’hui (Libertalia, 2012). Témoin et acteur pivot des trente années écoulées, il revient pour CQFD sur l’histoire des luttes de l’immigration et des banlieues.

Comment s’est créé IM’média ?

Au printemps 1983, j’encadre un stage sur les médias à Bron, près des Minguettes avec des jeunes des cités de Paris, la cité Gutenberg de Nanterre, Saint-Étienne et Marseille, eux-mêmes impliqués dans les luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires, les violences policières, les questions de relogement et les expulsions. Dans le même temps, les embrouilles avec les flics sont permanentes aux Minguettes, jusqu’à ce fameux 19 juin où Toumi Djaïdja se fait blesser par balle par un flic. Auparavant, le 21 mars, il y avait eu des affrontements aux Minguettes, suivis d’une grève de la faim de jeunes sur place. Puis un collectif ad hoc de soutien à Toumi se crée avec le curé Christian Delorme, c’est là que germe l’idée d’une grande marche. L’objectif était de sortir de la guéguerre privée entre les jeunes et les flics et de poser des enjeux centraux sur les questions de police et de justice mais aussi de logement, de travail ou de revenu. Notre stage a abouti à un film,Minguettes 1983, qui retrace toute cette histoire. Après le stage, les participants décident de créer l’agence IM’média, (Immigration & Média). Il y avait la volonté d’affirmer qu’on n’était pas une génération spontanée ou une génération zéro mais qu’on avait une histoire, et aussi des expériences personnelles à partager.

Pendant la Marche, on a été un peu le poil à gratter en maintenant la pression sur la dimension des crimes racistes et des violences policières, dimension qui a été édulcorée, notamment par les socialistes pour lesquels il était hors de question de toucher aux rouages de l’État. Les médias aussi ont lourdement insisté sur une dimension non-violente et œcuménique, citant à l’envi Gandhi et Martin Luther King, valorisant même des scènes de fraternisation avec les motards de la police. Nous avons – avec des associations ou groupes indépendants – organisé des forums Justice y compris sur le parcours de la marche et nous avons vu notre position renforcée à la fin de la Marche à cause de l’effet provoqué par la défenestration, le 14 novembre, de Habib Grimzi, un jeune touriste algérien, par trois légionnaires sur le train Bordeaux-Vintimille. À la même période, un rassemblement des familles de victimes de crimes racistes s’est constitué, qui deviendra plus tard les « Folles de la Place Vendôme », sur le modèle des Mères de la place de Mai en Argentine.

Quels souvenirs gardes-tu de la Marche ?

Quand on est partis de Marseille, les médias, à commencer par la presse postgauchiste, s’en foutaient complètement, à part Bernard Langlois qui animait l’émission Résistances sur Antenne 2, l’émission Mosaïques sur FR 3 et quelques correspondants locaux comme le photographe Pierre Ciot, pigiste à l’AFP à Marseille. Un copain avait proposé à Serge July, le directeur de Libération, de faire un carnet de route quotidien et il s’est fait envoyer paître. On a alors monté un pôle de médias alternatifs avec des journaux comme Sans Frontière, Expressions immigrés-Français (le canard de la Fasti) ou des fanzines comme Rencar (Corbeil) et des radios libres, Radio Gazelle à Marseille, radio Trait d’union à Lyon, radio Soleil à Paris on fonctionnait par téléphone ou avec des cassettes – il n’y avait ni Internet ni podcasts à l’époque ! – qu’on confiait à des voyageurs qui devaient les livrer à l’arrivée à des copains qui attendaient à la gare de Lyon. La moitié des cassettes a dû se perdre !

Je me souviens de l’étape de Grenoble qui a été la plus multicommunautaire avec un inter-collectif qui réunissait des Espagnols, des Turcs, des Portugais, des Italiens. C’est intéressant de le rappeler par rapport au pli « Marche des Beurs » qui a été pris. Cette appellation est fausse et énerve tout le monde, mais il y a bien eu une tendance à réduire la marche à une dimension franco-maghrébine. L’affiche de la Marche, où on voit un gars qui marche avec une babouche et une charentaise donne déjà cette tonalité-là. Mais ça ne correspond pas à la volonté initiale de marquer la légitimité de la présence des gens issus de l’immigration toutes origines confondues.

Autre souvenir amusant, c’est à l’arrivée à Paris, je me retrouve, je ne sais plus trop comment, à filtrer les gens qui voulaient intervenir sur le podium où c’était un franc bordel. Je vois arriver six ou huit balaises, type SO de la CGT, qui poussent des coudes pour faire monter un monsieur avec une écharpe tricolore, je reconnais Paul Mercieca, le maire de Vitry-sur-Seine, celui-là même qui avait fait démolir au bulldozer un foyer devant accueillir 300 travailleurs immigrés. Je lui ai dit : « Maintenant toi tu dégages où j’appelle le bulldozer ! » (rires). Il faut dire aussi que le PCF était plutôt hostile à la Marche : il y voyait une opération anticommuniste du PS et des gauchistes mettant en valeur des voyous immigrés ainsi qu’une opération pour dénigrer le maire communiste de Vénissieux, Marcel Houel. D’ailleurs à la dernière fête de l’Huma, considérée comme le rendez-vous social et politique incontournable de la rentrée, il n’y a pas eu débat sur la Marche, alors que Jamel Debbouze, qui joue dans un film sur cette Marche, était l’invité d’honneur. Sauf au stand de l’asso AC le feu, avec une expo de la Caravane de la mémoire, à laquelle participe IM’média. C’est sidérant de voir que trente ans après, pour le PCF, la Marche ne fait toujours pas partie du patrimoine ouvrier national. Pourtant le PC a beaucoup changé sur ces questions-là, par la force des choses ; il y a trente ans, il était hostile au droit de vote des étrangers.

Après l’arrivée de près de 80000 personnes le 3 décembre, on a l’impression que suit une période assez confuse. Et qu’il manque de passerelle entre le mouvement beur et le mouvement social.

Dans la foulée de la Marche, il y a aussi l’ouverture au centre Beaubourg d’une grosse expo sur les enfants de l’immigration. Le jour même de l’inauguration de l’expo, le personnel de nettoyage, principalement immigré, est en grève. Après le discours inaugural, au moment où le gratin culturel, Jack Lang et Georgina Dufoix, secrétaire d’État à la Famille, à la Population et aux Travailleurs immigrés, montent à l’étage pour déguster les petits fours, j’interpelle les invités : « Maintenant, c’est le moment du choix, il y a ceux qui montent avec les ministres grévistes et ceux qui descendent au sous-sol pour soutenir les travailleurs-euses du nettoyage. » On a pu voir la plupart des exposants préférer les mondanités, c’est là où j’ai utilisé la première fois la notion de « beurgeois ». Le chaînon manquant, il est dans cette course à la reconnaissance, aux strapontins, où ces gens sont prêts à tourner le dos aux grévistes qui pouvaient être leurs parents. Par la suite, les socialistes ont vraiment joué le ressort des fils et filles d’immigrés contre leurs parents, des réguliers contre les irréguliers, et « la fin des immigrés ». Le journal Sans-frontières’arrête. Son dernier numéro paru en 1985 titre : « Ciao l’immigration ! » Dans la même période, les socialistes ont officialisé les centres de rétention !

En fait l’après Marche n’ouvre-t-elle pas une décennie de récupération politique ?

La récupération est en trois temps. Dès le départ, on l’a vu, il y a cette tendance à zapper les violences policières et « la justice à deux vitesses », au point d’oublier l’origine de la mobilisation. Ensuite, il y a la volonté du gouvernement et du PS d’essayer de capter les leaders naturels dans le mouvement « beur » par toute une série de dispositifs – on parlera plus tard de « discrimination positive ». Mais comme il y a eu rapidement une série d’accrocs dans le rapport entre le mouvement beur et le pouvoir – notamment avec Convergence 84 qui met l’accent sur l’égalité des droits et non sur un antiracisme abstrait et refusait le parrainage des socialistes – ces derniers ont décidé de créer SOS-racisme de toutes pièces, avec une direction intégrée et sans aucune marge pour l’autonomie.

En 1984, toute une série d’acteurs de la Marche ont commencé à décrocher. La fin de la Marche s’est fait sur le mode « la prise en charge est terminée » ce qui révélé le côté très scout de certains organisateurs. Dans la même période, il y a le sida et la diffusion de la drogue dans les quartiers, plusieurs n’y survivront pas. Après la Marche, des centaines d’associations ont été créées localement mais très vite on assiste à la volonté politique de contrôler toute initiative, grâce aux subventions notamment. Ce qu’on a appelé le « mouvement beur » s’est vite épuisé comme force d’entraînement, bien qu’au niveau local des initiatives alimentent la flamme par à-coups. Je pense à la grève de la faim de Djida et Nasser contre le projet de loi Pasqua en 1986, ou plus tard au lancement du MIB.

SOS-Racisme a fonctionné comme une passerelle entre la jeunesse scolarisée et le PS, mais l’injonction d’intégrer SOS faite aux jeunes des quartiers venait principalement de militants de la Ligue (LCR).

En fait, je pense que le mot de « récupération » est tout compte fait partiel, il serait plus pertinent de parler d’instrumentalisation à d’autres fins (par exemple le fait de reporter toute la responsabilité du racisme sur le FN). C’est aussi une illustration du rejet même de l’idée de faire de la politique autrement en France : comme si les mouvements sociaux devraient voir leur accomplissement dans le jeu politique des partis et du pouvoir. C’est la négation même de la logique de contre-pouvoir.

Dans quelle mesure les structures qui se voulaient ou se veulent issues des luttes de l’immigration n’ont pas tendance à reproduire ce rapport d’aspiration vers le pouvoir ?

C’est sûr que beaucoup préfèrent faire des coups médiatiques plutôt que de travailler à l’auto-organisation qui ne peut exister que sur des luttes concrètes. Je prends l’exemple de la lutte des habitants de la cité Gutenberg à Nanterre : c’est d’abord une lutte victorieuse pour le relogement des habitants des cités de transit qui rejoint aussi la problématique de la justice après l’assassinat d’Abdenbi Guemiah par un beauf le 23 octobre 1982. Ces questions de justice impliquent nécessairement un suivi dans la longue durée et une volonté d’aboutir à des résultats dans la lutte judiciaire, il ne s’agit pas de « coup », de spectacle lors d’un procès. Assurer le suivi, c’est notre devise. D’autre part, l’auto-organisation est aussi liée à la nécessité d’indépendance économique des associations, or, la plupart du temps, soit ça vire à l’accoutumance aux subventions et à la dépendance à une commande publique politiquement versatile, soit ça vire au business et à des logiques complètement entrepreneuriales. Pour les autres, c’est l’éternel retour de la précarité. C’est une des raisons de l’impasse, mais ce n’est pas particulier aux quartiers.

En 2005, apparaît le concept d’« indigènes de la République », qui revendique l’autonomie, voire le séparatisme, des luttes de l’immigration postcoloniale. Penses-tu qu’il y a là un vecteur fédérateur ou confusionnant ?

Moi, je fais partie de ce courant aujourd’hui peut-être minoritaire, pour qui l’articulation entre la question raciale et la question sociale est essentielle. Or les Indigènes de la République surfent sur l’abandon progressif de la question sociale et de la lutte des classes, en tout cas, ils en font une affaire secondaire. Ils ont raison de dire que la question coloniale et postcoloniale, dont ils font le centre de leur discours, a été minorée, mais ce qui me semble problématique, c’est la déconnexion avec la réalité sociale, ce qui par la suite peut empêcher des convergences ou des alliances concrètes. J’ai assisté à une discussion, dans le sud de la France, où un mineur, fils d’immigré italien, atteint de la tuberculose en raison de son travail, se voit rétorquer qu’il bénéficie néanmoins « du privilège blanc ». En gros, il est exclu de la classe des plus-opprimé-que-moi-tu-meurs et sa parole est disqualifiée. La constitution d’un « nous » indigène peut être en ce sens-là excluant de la dimension sociale ainsi que des nouvelles provenances d’immigrés, qui ne sont pas issus des anciennes colonies françaises qu’ils soient Chinois, Turcs, Sri-Lankais, Tamouls, Roms. De ce point de vue, le « nous » qui m’intéresse est pluricommunautaire, internationaliste… mais je suis peut-être un peu ringard de ce côté-là.

Finalement qu’est-ce qui se joue dans cette commémoration des trente ans ?

Pour moi, ce n’est pas la nostalgie stérile ou la mémoire pour la mémoire, mais clairement la transmission de l’histoire des luttes. D’ailleurs, déjà lors de la Marche de 1983, il y a eu un rassemblement en mémoire à la journée du 17 octobre 1961. En 1983, il y avait une réelle occultation d’État, au point qu’à Marseille, un émissaire du gouvernement nous avait explicitement mis en garde sur le fait qu’il ne fallait pas parler d’octobre 1961, ni de crimes d’État, etc. Beaucoup de marcheurs n’avaient jamais entendu parler de 1961. Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression que beaucoup connaissent la Marche de 1983. Par contre, en regard de la commémoration à venir, on a plutôt l’impression qu’il y a une usurpation par des gens qui n’y étaient même pas. Je me demande quel phénomène d’entraînement cela peut conduire. Il y a, par exemple, un film destiné aux djeunes avec Jamel Debbouze, La Marche qui doit sortir le 27 novembre. Le film se termine sur une Georgina Dufoix qui se fait acclamer à l’arrivée de la Marche à Paris en annonçant sur le podium qu’une délégation allait être reçue à l’Élysée. Comme si c’était une revendication de la Marche ! En plus, c’était prévu dès le départ. On en revient à ce phénomène captation par le politique, cela participe à la volonté de la majorité actuelle de montrer qu’elle avait soutenu la Marche et de masquer tous ses reniements postérieurs. Or, l’euphorie venait du sentiment de constituer une grande force collective, pas d’être reçus par Mitterrand. Ce qui est prévisible, c’est que le film va provoquer une grande frustration chez ceux qui iront le voir et c’est possible que certains soient demandeurs de contenu, c’est à nous alors de proposer des pistes. En 1993, on avait, avec le comité national contre la double peine, organisé un meeting à la Bourse du travail à Paris sur le thème « Où en est le mouvement ? » avec projection en avant-première du film Douce France. Bilan : les gens avaient une furieuse envie de refaire des choses ensemble et deux ans plus tard, ça a donné le MIB. Trente ans après, l’enjeu c’est de savoir si cette envie on peut la retrouver, et s’il y a une relève. Car si on veut se battre pour l’égalité et contre le racisme, on n’a pas fini de marcher !

Propos recueillis par Mathieu Léonard

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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede altersocial » 18 Oct 2013, 19:24

Aux sources de la marche pour l'Egalité : Minguette 1983



"Minguettes 1983 - Paix sociale ou pacification ?" a été tourné au coeur des événements du printemps et de l'été 1983 à la Zup de Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise. Des événements à l'origine de la Marche pour l'égalité et contre le racisme, qui traversera la France profonde du 15 octobre au 3 décembre.

Réalisé dans le cadre d'un stage média organisé à Bron / Lyon II - qui donnera naissance à l'agence IM'média-, ce film est un "objet filmique non identifié". Un "OFNI", entre journal de bord, reportage vidéo "embedded", contre-information, décryptage des mass media et film d'atelier. Il a été diffusé en boucle lors de l'exposition "Les Enfants de l'immigration" au centre culturel G. Pompidou (Beaubourg - janvier/avril 1984).

Pour les 30 ans de la Marche, IM'média a procédé à la restauration de ce film et en propose une nouvelle version remastérisée. Tout en restituant son écriture documentaire initiale, il donne à (re)voir la contre-offensive "pacifique" des habitant-e-s de la Zup suite à un cycle infernal d'affrontements avec la police, de la bataille rangée du 21 mars 1983 jusqu'à cette soirée du 19 au 20 juin où un policier tire et blesse Toumi Djaïdja, le jeune président de l'association SOS Avenir Minguettes.

Des images d'époque inédites présentent une Zup loin des clichés sur le "ghetto maghrébin" et sur une "zone interdite" livrée aux "loubards". A l'occasion du dynamitage spectaculaire de tours, les habitant-e-s de toutes origines, jeunes et vieux, donnent leur avis sur les "erreurs d'urbanisme" et sur une autre politique du logement possible. "On s'appelle tous Toumi Djaidja", clament-ils aussi, aux côtés de Christian Delorme et de Jean Costil (Cimade), pour manifester leur solidarité avec Toumi qui, sur son lit d'hôpital, a l'idée de lancer la Marche comme une "main tendue". Une idée présentée lors de "Forums Justice" conjointement avec celle d'un rassemblement national des familles des victimes des crimes racistes et des violences policières devant le ministère de la justice place Vendôme, à l'instar des Folles de la place de mai en Argentine. Face à l'acharnement policier ou judiciaire, face au racisme, au délire sécuritaire et à la complaisance de la plupart des médias, l'objectif est alors de se mobiliser pour rétablir la vérité des faits, d'obtenir justice, de pouvoir vivre, tout simplement.

Le 3 décembre 1983 à Paris, 100 000 personnes se rassemblent pour l'arrivée de la Marche. L'instant est à l'euphorie, collective, fusionnelle. Et l'espoir d'aller vers l'égalité sociale et raciale dans une société plurielle immense ...

Contact pour obtenir le film : agence.immedia@free.fr
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 09 Nov 2013, 13:54

Collectif national Egalité des droits-Justice pour tou-te-s

Site : http://collectifmarcheegalite.wordpress.com/

Facebook : https://www.facebook.com/pages/Marche-p ... 9286834025


Appel à manifestation le 7 décembre à Paris

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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 17 Nov 2013, 16:21

Luttes de l’immigration : Comment ça a marché…

Nous fêterons le 3 décembre prochain les 30 ans de la première marche pour l’égalité et contre le racisme. Se souvenir de ces luttes est un enjeu primordial dans un contexte d’offensive raciste sans précédent.

Il y a trente ans, les premières marches pour l’égalité partaient de Marseille, à l’initiative de jeunes de la banlieue lyonnaise soutenus notamment par le curé Christian Delorme pour dénoncer les crimes racistes et sécuritaires, touchant de plein fouet les immigré-es et enfants d’immigré-es dans les cités de France. Un formidable mouvement d’émancipation dura pendant plusieurs années. En 1984 et 1985, d’autres marches eurent lieu comme Convergence 84 et Divergence 85. Il y eu également de nombreuses luttes pour l’égalité des droits et contre les violences policières durant cette décennie, le plus souvent suite à des crimes policiers [1]. Ces luttes ont permis de faire sortir de l’invisibilité la jeunesse issue de l’immigration et de prendre à témoin la société française sur leur vécu et les différentes oppressions qu’ils et elles subissaient.

Ce formidable mouvement d’émancipation s’est vu neutralisé par le Parti socialiste, avec notamment la création de SOS-Racisme, créé afin de d’amoindrir la radicalité du mouvement et pour récupérer son potentiel mobilisateur à des fins électorales.

Enjeu pour aujourd’hui

Avec la sortie en décembre de la grosse production cinématographique La marche avec Jamel Debbouze, il est probable que cet anniversaire fera l’objet de débats et de reportages médiatiques. L’enjeu est de taille car le PS et SOS-Racisme profiteront certainement de l’occasion pour mettre en avant leur version creuse et aseptisée de l’antiracisme, et pour améliorer leur image à bon compte, malgré les politiques mises en place par le gouvernement actuel (stigmatisation arrestations et expulsions des Roms et des sans-papiers, stigmatisation des musulmans et musulmanes et nouveau projets de lois anti-voile, répression policière dans les cités comme à Trappes cet été…). Ce même PS, qui a décidé de renvoyer aux calendes grecques le projet de droit de vote pour les étrangers, qui fut une des revendications des marcheurs il y a déjà trente ans. Cet anniversaire doit être l’occasion de rappeler l’histoire de ces luttes peu connues, et des stratégies politiciennes diverses qui eurent lieu à gauche afin de casser les dynamiques associatives autonomes et revendicatives dans les quartiers. Ce sera aussi l’occasion de poser clairement dans le mouvement social le problème du paternalisme et de dénoncer clairement l’idéologie intégrationniste et assimilationniste, qui fut celle mise en œuvre les années et décennies suivantes, accompagnant le reflux des luttes de l’époque, masquant la question sociale et transformant la question antiraciste en une question morale, ou limitée à l’opposition à l’extrême droite. Nous ne pourrons que constater que depuis les années 1980, les crimes policiers racistes n’ont pas cessé, les discriminations non plus, et que les quartiers populaires connaissent toujours davantage la précarité, la misère et la répression.

Campagne

Une campagne se monte, initiée par le collectif Egalité des droits-justice pour tous, dont l’enjeu est de ne pas laisser le PS décréter sa version de l’histoire. Alternative libertaire est signataire, et a pour sa part déjà participé à ce « devoir de mémoire » en projetant lors de l’édition de la Foire à l’autogestion en juin dernier à Montreuil le film Douce France, en compagnie de son réalisateur Mogniss H. Abdallah. Ce film retrace l’histoire de ces luttes des années 1980 et 1990, des luttes pour la vérité et la justice jusqu’au lutte contre la double peine en passant par la mémoire du 17 octobre 1961. Les luttes de cette époque sont à connaitre, car le combat est toujours d’actualité et des leçons sont à retenir.

Nicolas Pasadena (commission antiraciste)

[1] Abdenbi Guemiah à Nanterre en 1983, Abdel Benyahia à la Courneuve en 1986.


http://www.alternativelibertaire.org/sp ... rticle5537


Appel Manifestation Egalité 7 Decembre 2013 CLIP




samedi 23 novembre 2013 à Paris,
Autremonde - Café dans la mare, 30 rue de la Mare

Projection, discussion, concert
« Dis-moi si ça marche »

Les trente ans de la marche pour l'égalité et le racisme sont l'occasion de revenir sur les différentes marches contre l'exclusion : il est nécessaire de repenser la convergence entre les différentes luttes que sans-papiers, précaires, « héritiers de l'immigration » partagent. Loin des commémorations aseptisées qui vont bon train actuellement, nous proposons une après-midi/soirée de projections, discussions, concerts, autour de ces différentes marches contre l'exclusion.

•18h-19h : Projection de courts-métrages autour de la Marche pour l'Egalité de 1983 et des Marches contre la précarité et l'exclusion
•19h-20h30 : Discussion en présence de témoins de la Marche de 1983, de la Coordination Parisienne des Sans-Papiers (CSP 75)
•20h30-21h : buffet solidaire
•21h-22h30 : Scène ouverte et Concert de Ryaam

Un événement organisé par les associations Belleville Citoyenne, Autremonde, Canal Marches et Trajectoires.
http://www.demosphere.eu/rv/29417
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 27 Nov 2013, 15:04

Appel
Signataires (25 novembre):

Au nom de la mémoire, L’Echo des cités, Agence Im’média, Forum Social des Quartiers populaires, (FSQP), Vies Volées, Réseaux, Interventions, Réflexion Quartiers Populaires (RIRQP), Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Sortir du colonialisme, Femmes plurielles, AIDDA, Collectif 3 C, FASTI, Cie Espace Temps, Association de Solidarité et d’Information pour l’Accès aux Droits (ASIAD), association L’Yeux Ouverts, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR,) UJFP (Union juive française pour la paix), Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN), Feyka (Fédération des Associations Kurdes en France), la Maison du Tamil Eelam, AFAPREDESA (Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis), association Les Orange (Nanterre), collectif Capagauche 07 (Hautes-Alpes), Algériens Nord Pour le Changement et la Démocratie (ANDC), Association des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais (AMMN), Collectif Manouchian, Collectif Afrique, Association Tribu, Comité des sans-papiers 59, Association Ch’faid, Association Etouchane, Association des Tunisiens du Nord de la France (ATNF) , Association Place Publique, Comité pour les respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) Association Citoyenne pour la Démocratie Participative (ACDP Tunis), Association Tunisienne de Soutien Aux Minorités, l’Association Tunisienne du Défense Des demandeurs d’Emploi-Kasserine.

Organisations politiques soutenant le texte :

Alternative libertaire, NPA, Fédération pour une Alternative sociale et écologique (FASE), GA54-FASE, la Gauche Cactus


--------------------

"Marche pour l’égalité : la belle cacophonie", Politis, 26 novembre 2013
Les commémorations pleuvent pour le trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité. Certains anciens marcheurs, encore bien actifs, crient à la récupération. Revue d’effectif.
https://marcheegalite.wordpress.com/201 ... mbre-2013/
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Béatrice » 03 Déc 2013, 09:28

mercredi 4 décembre 2013 à Marseille ( au Tabou, 45 Rue Coutellerie, 13002 ) à 19h02 :

Rencontre :
Appel à ceux qui ont marché et qui ne marchent plus. Et à ceux qui n’ont jamais marché

Bonjour à toutes et tous,

Il y a 30 ans, nous avions été les acteurs et vecteurs de « la marche pour l’égalité et contre le racisme ». Nous nous sentons responsables de ce patrimoine politique. Nous voulons être vigilants sur l’histoire et la mémoire de cette Marche.

Nous : SaÏd, Moghnis, Mustapha, Hamid et d’autres acteurs de la Marche. Nous sommes ceux qui ont géré la marche au départ de Marseille, qui ont lancé le premier
relais ? Et nous étions présents à l’arrivée de la marche à Paris.

Nous vous donnons rendez-vous, pour une rencontre :

Le Mercredi 4 décembre au TABOU à 19h02
,
45, Rue Coutellerie-13002 Marseille
Métro : Vieux-Port / rue parallèle au Quai du Port, près de l’Hôtel de Ville.

PROGRAMME DE CETTE RENCONTRE

- Exposition photos de la Marche
- Lecture d’écrits sur la marche
- Mohamed Bouzidi, chantera Yaoulidi en compagnie du frère et de la sœur de Lahouari Ben Mohamed, avec 2 guitares.
- Film vidéo « police justice »
- Nous dinerons ensemble : sous forme « d’auberge espagnole » Chacun apporte quelque chose à manger

taboumarseille@gmail.com

http://www.millebabords.org/spip.php?article24955
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede bipbip » 06 Déc 2013, 00:25

Tract d'Alternative Libertaire
Dans la rue le 7 décembre contre le racisme et pour l’égalité

En décembre 1983, une vingtaine de jeunes immigré-es, partis de Marseille pour protester contre les violences policières, réclamer une carte de séjour de 10 ans et demander le droit de vote des étranger-es, étaient accueillis par 100 000 personnes à Paris. En décembre 2013, le combat des marcheurs-ses des années 80 est plus que jamais d’actualité.

C’est pour le poursuivre qu’une centaine de collectifs, d’associations (dont de nombreuses issues de l’immigration), de syndicats et d’organisations politiques (dont Alternative libertaire) appellent à manifester samedi 7 décembre à 14h, du square Saint Bernard (dans le 18e) à la place de la République.

La première marche pour l’égalité et contre le racisme, en 1983, lança un formidable mouvement d’émancipation qui dura pendant plusieurs années. En 1984 et 1985, d’autres marches eurent lieu comme Convergence 84 et Divergence 85. Il y eut également de nombreuses luttes pour l’égalité des droits et contre les violences policières durant cette décennie, le plus souvent suite à des crimes policiers. Ces luttes ont permis de mettre sur le devant de la scène la jeunesse issue de l’immigration et de prendre à témoin la société française du racisme quotidien qu’elle subissait.

Résister au racisme aujourd’hui

Aujourd’hui rien n’a changé, comme en témoigne le racisme anti-Noirs déversé contre Christiane Taubira. Les discriminations racistes perdurent dans la vie quotidienne (contrôles au faciès, violences policières, discriminations pour l’accès au logement ou à l’emploi) et sont renforcées par des lois xénophobes ou islamophobes. Aujourd’hui les quartiers populaires connaissent toujours davantage la précarité, la misère et la répression. Et aujourd’hui, comme il y a trente ans, il est plus que temps que l’on réagisse, que l’on lance un grand mouvement antiraciste regroupant toutes les victimes du racisme, organisées de manière autonome et soutenues par les organisations politiques.

Non à la récupération !

Il y a trente ans lors des marches pour l’égalité, tout comme aujourd’hui à l’occasion de leur commémoration, le PS tente de couvrir le feu de la colère populaire en verrouillant les cadres d’organisation. En 1984, c’est en créant SOS Racisme que le pouvoir socialiste avait essayé de canaliser et neutraliser le formidable mouvement d’émancipation lancé par les marches. Aujourd’hui, le Parti socialiste, de nouveau au pouvoir, a enterré le projet de droit de vote pour les étranger-es (déjà une promesse de Mitterrand). Le PS continue de jouer un double jeu : d’un côté, il dénonce les insultes racistes mais, de l’autre, il poursuit la politique raciste du précédent gouvernement en particulier à l’égard des Roms et des sans-papiers.

ans après les marches, il faut donc à la fois s’inspirer des luttes pour l’émancipation et ne pas se laisser berner par les stratégies politiciennes diverses visant à casser les dynamiques associatives autonomes et revendicatives dans les quartiers pour en retirer un bénéfice électoral.

Le combat doit continuer !

Les luttes antiracistes continuent aujourd’hui, qu’il s’agisse des mobilisations lycéennes contre les expulsions ou des combats pour la vérité et la justice dans les affaires de crimes policiers. Il faut désormais unir ces luttes dans un mouvement antiraciste de masse autour de revendications radicales :
- l’abolition des lois racistes ;
- la régularisation de tous les sans papiers et la liberté de circulation ;
- la vérité et la justice dans les affaires de crimes policiers et la fin de l’impunité policière ;
- la redistribution des richesses pour en finir avec l’exclusion ;
- la construction d’une société solidaire débarrassée de l’exploitation capitaliste.

Tous dans la rue le 7 décembre contre le racisme et pour l’égalité !

http://www.alternativelibertaire.org/sp ... rticle5609

Tract pdf : http://www.alternativelibertaire.org/IM ... acisme.pdf
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 13 Déc 2013, 13:02

Communiqué du collectif national égalité des droits / justice pour tou-te-s

Après la manifestation nationale du samedi 7 décembre 2013 :
Nos « 30 propositions pour l’égalité des droits et contre le racisme » !


La manifestation nationale pour l’égalité des droits et contre le racisme, organisée à l’initiative du collectif national Égalité des Droits / Justice pour tou-te-s, a réuni 6000 personnes ce samedi 7 décembre à Paris. De nombreux collectifs y ont participé : collectifs de familles victimes de violences policières, collectifs sans-papiers, lycéen-ne-s et étudiant-e-s, Rroms, collectifs pour le droit de vote, Droits devant, collectifs contre l’islamophobie, la négrophobie, etc. De nombreuses associations, de collectifs nationaux et régionaux, des représentants de syndicats et de partis ont défilé en solidarité avec cette mobilisation.

Malgré les promesses non tenues, cette manifestation s'insère dans une longue tradition de marches pour l'égalité des droits et la justice, car depuis 30 ans, les raisons de marcher n'ont pas disparu, loin s'en faut. Contre les violences policières, contre les actes, crimes racistes et sécuritaires, pour le droit de vote, pour le droit au travail, pour le droit au logement, pour le droit à l’éducation et pour la régularisation de tou-te-s les sans-papiers, pour le droit à l’éducation…, nous marchons et marcherons encore. Cette convergence des luttes dans la préparation et la participation à cette manifestation du 7 décembre a permis de développer une dynamique autour de nos revendications. Nous allons la poursuivre.

Il est aujourd'hui plus que nécessaire de construire un mouvement large, indépendant et combatif pour la justice et l’égalité des droits. Notre combat va se poursuivre de manière concrète sur des axes politiques clairs et précis face aux multiples situations d’injustice, d’inégalité et de discrimination.

Dans cette perspective, nous allons élaborer un cadre pour le débat et l'action à partir de nos « 30 propositions pour l’égalité des droits et contre le racisme ». C'est pourquoi un rendez-vous est fixé pour une rencontre nationale le 2 mars 2014 à Paris.

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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 27 Fév 2014, 13:55

Rencontre nationale le 2 mars 2014
à la Bellevilloise, 21 rue Boyer, Paris.

Collectif égalité des droits/Justice pour tou-te-s :
30 propositions pour l'Egalité des droits et contre le racisme :


Ces propositions et revendications sont regroupées autour de 4 axes thématiques sur la question transversale de l'égalité des droits : violences policières, actes, crimes racistes et sécuritaires - lutte contre le racisme - lutte contre les discriminations - liberté de circulation des personnes (mobilité, séjour, travail).

En référence à la Marche de 1983, la manifestation nationale - organisée à Paris le 7 décembre 2013 - constitue une étape dans l'histoire des luttes sociales et des mobilisations collectives pour l'égalité et contre le racisme ! Il est nécessaire et urgent d'inscrire nos luttes respectives dans le cadre d'une action globale et collective durable contre toutes les logiques économiques et politiques qui produisent de l'inégalité, et particulièrement les logiques néolibérales.

Cette rencontre organisée en ateliers sur les différents axes thématiques entend y contribuer !

Objectifs de la journée
• Etat des lieux et analyses critiques des multiples situations d'atteinte aux droits ;
• Validation les propositions pour l'égalité des droits et le racisme portées par les Collectifs engagés sur le terrain ;
• Articuler notre action aux associations, collectifs et organisations engagées dans le mouvement social et politique ;
• Interpeller les organisations syndicales, les partis politiques et les pouvoirs publics ;
• Informer et sensibiliser le grand public sur nos actions.

Déroulé de la journée

9h30 : Accueil

10h - Introduction : présentation de la journée

- "Nous sommes tou-t-e-s des enfants d'immigré-e-s" - reportage documentaire d'Eugénie Tailhandier du Collectif Subversiones (12 mn, décembre 2013) sur la manifestation nationale du 7 décembre 2013, pour l'égalité des droits et contre le racisme.

Fil conducteur : Quelles mobilisations collectives et quel repositionnement politique après les « commémorations » des 30 ans de la Marche ?

Courtes projections de films entre les ateliers

10h30 - Atelier 1: Violences policières ET actes, crimes racistes et sécuritaires
Intervenants et Collectifs prévus : Collectif Vies Volées, Ali Ziri…

11h30 - Atelier 2 : Lutte contre le racisme
Intervenants et Collectifs prévus : Mamans toutes égales, Collectif contre l'islamophobie, la Voix des Rroms…

12h10 - Atelier 3 (1ère partie) : Droits sociaux, économiques et politiques et culturels - Lutte contre les discriminations
Intervenants et Collectifs prévus (pour les 2 parties de cet atelier) : Mohammed Bensaïd Collectif Votation citoyenne), Solidaires, FASTI, Jean Baptiste Eyraud (DAL), Said Bouamama, (IFAR/FUIQP 59), Kamel Badoui (FUIQP 59), Ali El Baz, Odlie Schwertz-Favrat, Kaïssa Titous, Hédi Chenchabi, Mohammed Ouaddane…

13h00 : Déjeuner

14h00 - Atelier 3 suite (2ème partie) : Droits sociaux, économiques et politiques et culturels - Lutte contre les discriminations
Intervenants et Collectifs prévus ; voir liste matinée

15h00 - Atelier 4: Liberté de circulation des personnes (mobilité, séjour et travail)
Intervenants et Collectifs prévus : Claire Rodier (GISTI), UNSP, MILI, FASTI, RESF…,

16h30 Séance plénière : Conclusion des travaux.


Image


Site Internet : http://collectifmarcheegalite.wordpress.com
Page Facebook : Marche pour l'égalité et contre le racisme ; 30 ans déjà

http://paris.demosphere.eu/rv/31320
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede Pïérô » 15 Fév 2017, 00:41

Paris, samedi 18 février 2017

« Une marche pour l'égalité »

Rencontre/débat avec l'auteure Marilaure Garcia-Mahé

à 16h, Bibliothèque Couronnes, 66 rue des Couronnes, Paris 20e

Nous recevrons Marilaure Garcia-Mahé, ainsi que son éditeur, Franck Cana, pour nous parler de son livre Une marche pour l'égalité, roman historique qui situe son histoire pendant la Marche pour l'égalité et contre le racisme, appelé aussi la Marche des beurs et qui eut lieu en 1983.

http://www.telephonearabe.net/mainout/d ... ordID=4522
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede bipbip » 09 Mar 2017, 13:32

Été 1982 dans la région lyonnaise : l’État tente de mater les banlieues

Dans l’agglomération lyonnaise, l’été 1981 est chaud, comme disent les journalistes de l’époque. Ce sont les premières émeutes urbaines à faire la une de la presse nationale. Tout au long de l’année, la répression va s’abattre sur l’agglomération et, à l’été suivant, l’ambiance est une nouvelle fois particulièrement tendue. C’est dans ce contexte que le groupe Os cangaceros publie l’affiche que nous avons retranscrite ici et qui résume les événements à la mi-82. Une affiche qui, a chaque émeute urbaine depuis 25 ans, aurait pu refleurir sur les murs des quartiers, sans vraiment perdre de son actualité.

A l’été 1981 un certain nombre d’affrontements entre policiers et des jeunes du quartier ont lieu aux Minguettes (Vénissieux). Ces événements qui se déroulent au long de l’été, connaissent un pic et s’étendent à d’autres quartiers de l’agglomération. Le quartier est frappé de plein fouet par la crise. Trois ans auparavant, Renault-RVI, principal employeur du coin, a supprimé 5000 emplois. Entre 1978 et 1982 la ville avait déjà perdu 10 000 habitants, principalement parmi les plus aisés partant vers les communes voisines.

Aux Minguettes, où la solidarité entre habitants est une réalité importante, la situation est particulièrement critique. Le développement du chômage et de la ségrégation sociale, auquel s’ajoute le racisme, minent le moral des habitants. C’est dans cette atmosphère que certains, par ennui ou par goût du jeu, organisent des rodéos en voitures volées dans le bloc d’immeuble de Monmousseau. En réaction la police renforce immédiatement son contrôle sur toute la zone. La tension monte lentement et finalement : "La colère prend le dessus". Plusieurs nuits durant, les rodéos de voitures volées se multiplient. Elles sont ensuite brûlées. On en comptabilisera, à la fin du mois de septembre 1981, plus de 200. Jeunes et CRS s’affrontent, souvent dans une violence inconnue jusqu’alors, le tout sous les yeux de la presse nationale [2].

Au final des check-points sont dressés partout autour des Minguettes et la police entre en force dans le quartier. L’ordre revient, en façade tout du moins.
Tout au long de l’année suit une répression continue s’abattant sur l’agglomération et quand arrive l’été suivant, l’ambiance est une nouvelle fois particulièrement tendue.

... https://rebellyon.info/Ete-1982-dans-la ... Etat-17492
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Re: Marche pour l'egalité, 30e anniversaire

Messagede bipbip » 30 Mar 2017, 13:23

En 1983, des jeunes du quartier populaire des Minguettes se révoltent contre les violences policières et font la grève de la faim

Comme en 2010 en centre-ville, comme en 2007, et comme en 2005 dans les faubourgs, les violences subies, le climat de racisme, les quartiers abandonnés de tous et les révoltes étaient d’actualité en 1983 : le 28 mars, après de nouvelles violences policières, 12 jeunes du quartier des Minguettes en ont vraiment marre et entament une grève de la faim.

En 1983, les milices sarkoziennes n’existaient pas encore, pourtant les CRS s’en donnaient déjà à coeur joie dans le quartier des Minguettes : le 21 mars à 8 heures du matin, un groupe de CRS s’introduit dans une tour d’immeuble et jette un lavabo par la fenêtre d’un appartement désafecté, au 9ème étage. Par chance, l’évier ne tue personne mais vient s’écraser aux pieds des habitants qui vont travailler ou accompagnent leurs enfants à l’école. C’est l’événement déclencheur d’une grève de la faim entamée par 12 jeunes habitants du quartier de Monmousseau, qui en avaient marre d’être contrôlés au faciès sans arrêt, d’être harcelés et humiliés par la police. Ces jeunes décideront ensuite de faire la fameuse Marche pour l’égalité de 1983, qui est partie de Marseille avec 30 personnes le 15 octobre, pour arriver à Paris le 3 décembre 1983 avec 100.000 personnes...

Comme aujourd’hui et comme en 2005, les violences policières, le climat de racisme, les quartiers abandonnés de tous et les révoltes étaient d’actualité en 1983.

Lettre des 12 grévistes de la faim, le 28 mars 1983

« Douze jeunes du quartier Monmousseau des Minguettes de Vénissieux ont entrepris le 28 mars une grève de la faim illimitée. Cette initiative a été prise après que se soient déroulés de nouvelles violences aux Minguettes [1] et surtout en fonction d’un climat de plus en plus pesant pour les jeunes d’origine immigrée : résurgence importante du racisme, chômage, dégradation de nos quartiers, impossibilité d’obtenir de nouveaux logements dans l’agglomération lyonnaise, etc.

Ayant pris conscience que chaque fois que nous nous exprimions par la violence nous nous trouvions encore plus réprimés et rejetés, ayant constaté aussi que toutes les discussions qui ont pu être proposées ces deux dernières années [2] n’ont mené à rien, nous avons choisi, en dernier ressort, l’arme non violente de la grève de la faim. Nous espérons de la sorte que l’opinion et les pouvoirs publics comprendront que la volonté de violence n’est pas de notre côté. »

Extrait d’une lettre des mères des grévistes de la faim et des mères des quartiers, le 4 avril 1983

« Les charges, le chauffage et l’eau sont de plus en plus lourds à payer. Nous payons très cher pour un quartier laissé à l’abandon. Nos enfants, grands et petits sont désorientés, ils ne savent plus ou est le bien ni ou est le mal : on nous parle tout le temps d’arranger le quartier mais cela ne vient jamais,
les immeubles sont laissés à l’abandon ou détruits. Tout le monde doit avoir le droit d’habiter où il veut, même les étrangers, même les personnes qui ont moins de ressources. Les chômeurs, ce n’est pas leur faute, ils ont aussi une famille il ne faut pas les refuser.
Quand vous faites cela, vous n’avez pas de coeur.

Nous demandons :
- de rénover les appartements, les tours, les quartiers,
- d’embaucher nos jeunes pour le travail de rénovation,
- de baisser les loyers, les charges, les prix du chauffage et de l’eau.

Ne démolissez pas les tours, donnez les appartements aménagés à ceux qui en ont besoin. Laissez partir ailleurs ceux qui le veulent, donnez leur des logements où il y’en a des vides et des convenables.

Nous aimons notre quartier, nous voulons qu’il s’arrange, faites vite pour nos jeunes qui ont le courage de faire la grève de la faim pour vivre avec le respect et la dignité. »

Comment ne pas comprendre qu’au bout de tant d’années de luttes vaines, de rejet, mépris, de répression féroce et d’assassinats que les jeunes héritiers des quartiers populaires utilisent aujourd’hui des méthodes d’action violentes pour obtenir justice ?


Notes
[1] violences dues à la police
[2] Promesses faites après les révoltes des jeunes des Minguettes et les voitures brûlées des "étés chauds" de 1981 et 1982


https://rebellyon.info/En-1983-des-jeun ... laire-4644
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