Première Internationale

Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 10 Avr 2016, 12:01

Retour sur l’AIT : 1872-1873

Bref rappel des mesures par lesquelles Marx, Engels et quelques-uns de leurs amis exclurent de l’AIT la totalité des organisations adhérentes (1872-1873), et réactions de ces dernières.

La Première internationale fut le cadre d’un conflit qui opposa deux stratégies différentes pour le mouvement ouvrier et qui ne saurait en aucun cas se limiter aux oppositions entre Bakounine et Marx. Ces deux stratégies n’étaient pas conciliables dans la mesure où l’une d’entre elles, de nature fédéraliste et qu’on associe hâtivement à la personne de Bakounine, voyait dans l’Internationale une structure de type syndical tandis que l’autre, dont le chef de file était sans conteste Marx, voyait dans l’Internationale une organisation regroupant des partis politiques de type social-démocrate. Ce conflit, sur lequel on ne reviendra pas ici [note] a conduit à un événement dramatique en 1872 : en septembre de cette année, lors du congrès de La Haye, le conseil général de l’AIT, contrôlé par Marx, organisa un congrès totalement manipulé qui décida l’exclusion de Bakounine et de James Guillaume, deux membres de la Fédération jurassienne. Ces deux exclusions provoquèrent une réaction en chaîne que ses organisateurs n’avaient pas prévue, et qui aboutit à un résultat inouï : l’exclusion, par Marx, Engels et un très petit nombre de proches, de la quasi-totalité du mouvement ouvrier de l’Association internationale des travailleurs !
C’est cette réaction en chaîne que nous voulons décrire, en montrant la succession d’événements qui ont conduit les fédérations de l’Internationale à récuser les décisions d’exclusion de La Haye, puis le Conseil général de Londres à exclure les fédérations qui contestaient les décisions de La Haye.

Aussitôt après l’exclusion de Bakounine et de James Guillaume au congrès de La Haye, la Fédération jurassienne convoqua le 15 septembre 1872 un congrès fédéral extraordinaire à Saint-Imier qui récusa les exclusions de ses deux membres.
Le même jour eut lieu à Saint-Imier un congrès international convoqué par la Fédération italienne avec des représentants américains, français, italiens, jurassiens et espagnols. Ce congrès rejeta également les décisions de La Haye et décida de former un pacte de solidarité. Le congrès international décida également de modifier les statuts de l’Internationale et de poursuivre son activité en tant qu’Association internationale des travailleurs.
Le congrès international de Saint-Imier ne fut donc pas une scission puisque les fédérations adhérentes ont simplement récusé la légitimité des décisions du congrès précédent, mettant en minorité les organisateurs de ce dernier – lesquels se trouvaient de fait en situation de scissionnistes.
C’est donc bien la même Internationale qui poursuivit son activité, reprenant par conséquent la numération des congrès à la suite de celui de La Haye. C’est pourquoi le congrès suivant, qui eut lieu à Genève en septembre 1873, fut le VIe congrès de l’Internationale, à la suite du congrès de La Haye, qui avait été le Ve.
Des fédérations étaient absentes à Saint-Imier, pour des raisons évidentes : elles n’avaient pas eu le temps d’analyser les résultats du congrès de La Haye ni de prendre une décision.
Cependant, lorsque l’information commença à circuler sur les conditions extrêmement bureaucratiques dans lesquelles s’était déroulé le congrès de La Haye, les différentes fédérations réagirent et firent connaître leur soutien à la Fédération jurassienne.
Nous avons voulu faire le point sur ces réactions et les rassembler dans un même texte, afin de fournir un point de vue synthétique sur la question et afin de montrer sans contestation possible la thèse selon laquelle le mouvement ouvrier de l’époque fut effectivement exclu de l’Internationale…

Parmi les décisions bureaucratiques de La Haye figurait le transfert du Conseil général à New York. Pourquoi New York ? Pour le rendre inaccessible au contrôle des fédérations adhérentes et parce que Marx et Engels y avaient quelques affidés susceptibles d’en assurer la gestion, sous le contrôle de Marx.
Le Conseil général de New York avait pris connaissance des résolutions par lesquelles le Congrès jurassien tenu le 15 septembre à Saint-lmier avait déclaré ne pas reconnaître les résolutions du Congrès de la Haye. Il décida, avant de sévir, d’engager les ouvriers du Jura à révoquer les résolutions de leur Congrès, en leur accordant un délai de quarante jours pour venir à résipiscence.
La correspondance privée des protagonistes de ces exclusions est extrêmement révélatrice de l’état d’esprit dans lequel ils se trouvaient.

♦ Une lettre d’Engels à Sorge, du 5 octobre 1872, témoigne de l’impression produite sur Marx et ses quelques fidèles par le Congrès anti-autoritaire de Saint- Imier :
« …les décisions des Jurassiens, qui, prises par un Congrès fédéral, déclarent ouvertement la rébellion, ne peuvent pas être passées sous silence. Nous avons immédiatement écrit à Genève pour avoir le dernier Bulletin jurassien, et nous te l’enverrons dès qu’il sera arrivé. Il est très bon que ces messieurs déclarent ouvertement la guerre, et nous donnent eux-mêmes un motif suffisant pour les mettre à la porte. »

8 novembre 1872 – Lettre du Conseil général de New York à la Fédération jurassienne :
« Le Conseil général de l’Association internationale des travailleurs au Comité ou Conseil fédéral de la Fédération jurassienne.
« Compagnons ouvriers,
« Le Conseil général, dans sa séance du 27 octobre, a entendu le compte-rendu de votre Congrès extraordinaire tenu le 15 septembre à Saint-lmier, ainsi que les résolutions prises à ce Congrès extraordinaire, répudiant entièrement les actes et les résolutions du dernier Congrès général de l’Association internationale des travailleurs (voir les nos 17-18, p. Il, du Bulletin de la Fédération jurassienne). La première résolution du susdit Congrès extraordinaire déclare :
« “Le Congrès de la Fédération jurassienne, tenu à Saint-Imier le 15 septembre 1872, ne reconnaît pas les résolutions prises au Conjurés de la Haye, comme étant injustes, inopportunes, et en dehors des attributions d’un Congrès”. »
« La seconde résolution du même Congrès conclut ainsi :
« “Le Congrès (jurassien) considère comme son devoir d’affirmer hautement qu’il continue de reconnaître aux compagnons Bakounine et Guillaume leur qualité de membres de l’Internationale et d’adhérents à la Fédération jurassienne”. »
« Les résolutions du Congrès jurassien présentant une infraction flagrante des statuts et règlements administratifs de l’Association internationale des travailleurs, un comité fut nommé pour soumettre des propositions relatives à ce cas dans la prochaine séance du Conseil général.
« Le Conseil général connaît parfaitement son devoir, mais il a une forte répugnance à l’emploi précipité de mesures de discipline : il regrette extrêmement la légèreté avec laquelle le susdit Congrès extraordinaire jurassien a tenté de rompre les liens intimes reliant les travailleurs de tous les pays ; il constate la contradiction absolue des résolutions sus-citées à une autre résolution de ce même Congrès extraordinaire, laquelle “affirme le grand principe de solidarité entre les travailleurs de tous les pays” ; il espère que les braves ouvriers, membres des sections de la Fédération jurassiennes, ne sont nullement participants à cette grave atteinte à l’organisation de l’Association internationale, et c’est pour cela que le Conseil général fait un appel direct à eux, espérant que le vrai esprit de solidarité ouvrière les engagera à désapprouver les procédés du Congrès extraordinaire jurassien de Saint-Imier susmentionné.
« Après avoir entendu le comité, les résolutions suivantes furent adoptées par le Conseil général dans la séance du 3 novembre :
« Considérant que l’article 3 des statuts généraux dit que “le Congrès ouvrier général prendra l’initiative des mesures nécessaires pour le succès de l’œuvre de l’Association internationale” ;
« Considérant que le paragraphe II, article 2, des règlements administratifs dit : « Le Conseil général est tenu d’exécuter les résolutions des Congrès » :
« Pour ces raisons le Conseil général déclare :
« 1° Les résolutions sus-citées prises par le Congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne tenu à Saint-Imier le 15 septembre 1872 sont nulles et non avenues ;
« 2° Le Conseil ou Comité fédéral de la Fédération jurassienne est par la présente invité, ou d’appeler immédiatement un Congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne, ou de faire prendre un vote général de tous les membres dans leurs sections, pour la révocation desdites résolutions ;
« 3° Le Conseil général demande une réponse définitive dans l’espace de quarante jours de cette date (8 novembre), accompagnée soit du compte rendu du Congrès extraordinaire tenu, soit du rapport détaillé du vote général pris conformément à la résolution précédente (2°).
« Le Conseil général charge son secrétaire de vous envoyer la présente par lettre recommandée, expectant votre réponse par la même voie.
« Salut fraternel.
« New-York, le 8 novembre 1872.
« Par ordre et au nom du Conseil général :
« F. A. SORGE, secrétaire général. »

Le Comité fédéral jurassien n’avait pas à entrer en correspondance avec des hommes qui, sans rire, croyaient pouvoir « déclarer nulles et non avenues » les résolutions prises par les délégués des Sections jurassiennes. Il se borna à publier l’épître de Sorge dans le Bulletin et en même temps il adressa la circulaire suivante à toutes les Fédérations de l’Internationale :

« Association internationale des travailleurs.
« Fédération jurassienne.
« Circulaire aux divers Conseils fédéraux des régions de l’Internationale.
« Compagnons,
« Nous avons reçu une lettre du nouveau Conseil général de New-York, sous la date du 8 novembre dernier, concernant le Congrès extraordinaire jurassien qui a eu lieu à Saint-Imier le 15 septembre 1872.
« Nous ne voulons pas analyser cette lettre ; nous l’insérons textuellement dans notre Bulletin, et vous en adressons un exemplaire ; vous pourrez, en lui donnant, ainsi qu’à la présente, la publicité nécessaire, mettre vos sections au courant de la question.
« La question de l’autonomie et de la libre fédération dans l’organisation et l’action de l’Internationale, pour laquelle se sont si catégoriquement prononcés la minorité du Congrès de la Haye et le Congrès anti-autoritaire de Saint-lmier.. entre dans une nouvelle phase.
« Notre Comité fédéral, dans une circulaire qu’il adressa aux sections de la Fédération jurassienne ^, les mit en mesure de se prononcer sur les résolutions du Congrès rinternational] de Saint-lmier. Le vote a lieu en ce moment. Cependant la majorité des sections, à l’heure présente, s’est déjà prononcée pour l’adoption des résolutions de Saint-lmier. Le nouveau Conseil général, par la mission qu’il a obtenue du Congrès de la Haye, se trouve dans l’obligation de nous suspendre comme Fédération de l’Internationale.
« Les délégations de la minorité du Congrès de la Haye ont pris l’engagement de travailler à l’établissement d’un pacte de solidarité positive entre les fédérations autonomistes.
« Comme nous pouvions nous y attendre, notre Fédération est la première qui se trouve sous le coup des résolutions autoritaires du Congrès de la Haye.
« Le moment de renoncer au programme de l’autonomie fédérative, ou d’affirmer pratiquement les résolutions adoptées par la minorité de la Haye*, est venu. Nous en appelons à toutes les Fédérations. Nous les invitons à nous dire ce qu’elles pensent de notre attitude : si la Fédération jurassienne doit renoncer à compter sur l’appui des Fédérations qui veulent le maintien du principe autonomiste, ou bien si toutes veulent résister au développement et à l’application du dogme autoritaire formulé par la majorité du Congrès de la Haye.
« Nous attendons de vous, compagnons, une réponse positive.
« Salut et solidarité.
« Ainsi adopté en séance du 8 décembre 1872 à Sonvillier.
« Au nom du Comité fédéral jurassien :
« Le secrétaire correspondant, Adhémar Schwitzgdébel. »

8 novembre 1872 – Le Conseil général de New York met la Fédération jurassienne en demeure d’annuler les résolutions de Saint-Imier sous 40 jours.

17 novembre 1872 – Lettre du Conseil fédéral anglais au Comité fédéral jurassien (6 novembre).
Les sections françaises s’affilient à la Fédération jurassienne.

Décembre 1872 – la Commission italienne de correspondance envoie au Comité fédéral jurassien l’assurance de la solidarité de l’Internationale Italienne.

25 et 26 décembre 1872 – Belgique : Congrès régional belge à Bruxelles ; le Congrès repousse les résolutions de la Haye, et adhère au pacte fédératif autonome entre les fédérations régionales.

25-30 décembre 1872 – Espagne : Congrès régional espagnol à Cordoue : approbation du pacte de solidarité de Saint-Imier.

4 janvier 1873 – Lettre d’Engels à Sorge :
« Vous avez donc maintenant : a) les Jurassiens ; b) les Belges ; c) l’ancienne Fédération espagnole [note] . Finalement, les adhérents de cette « nouvelle fédération », se rendant compte qu’ils avaient été manipulés et qu’ils faisaient le jeu de la bourgeoisie, rejoignirent leurs camarades de la fédération espagnole légitime.), et d) les Sections anglaises de la minorité [note] , qui se sont déclarés en rébellion. Nous sommes ici unanimement d’avis qu’il ne s’agit pas là d’un cas de suspension, mais que le Conseil général doit simplement constater que les dites Fédérations et Sections ont déclaré nuls et non avenus les statuts légaux de l’Association, qu’elles se sont mises par là elles-mêmes hors de l’Internationale et ont cessé d’en faire partie. »

5 janvier 1873. Lettre du Conseil général à la Fédération jurassienne. Le Conseil général de New York, après avoir « expecté » (style Sorge) pendant près de deux mois la réponse des Sections du Jura à son ultimatum du 8 novembre 1872, prononça la suspension de la Fédération jurassienne. Cette décision fut notifiée en ces termes (en français) au secrétaire du Comité fédéral jurassien :
« Conseil général de l’Association internationale des travailleurs.
« Sous date du 8 novembre 1872 la lettre suivante fut envoyée à la Fédération jurassienne : (Suit la copie de la lettre de Sorge du 8 novembre 1872).
« Aucune réponse n’ayant été reçue par le Conseil général jusqu’à ce jour — le 5 janvier 1873, — soixante (60) jours après, le Conseil général, en obéissance aux articles 2 et 6. chapitre II, des règlements administratifs (« Du Conseil général ») –, est obligé de suspendre et par la présente il suspend la Fédération jurassienne jusqu’au prochain Congrès général.
« Toutes les sections et membres de la Fédération jurassienne qui n’auront ni reconnu ni confirmé les résolutions de leur Congrès extraordinaire du 15 septembre 1872 de Saint-Imier, sont invités à faire l’union avec la Fédération romande eu attendant l’établissement de la Fédération régionale
(Suit la liste des signataires)
« New York, le 5 janvier 1873. »

9 janvier 1873 – En Amérique : Le Conseil fédéral de Spring Street déclare vouloir ignorer les élus du Congrès de la Haye (octobre) ; il donne son adhésion au pacte de solidarité de Saint-Imier.

26 janvier 1873 – Angleterre : Congrès de la Fédération anglaise à Londres : le Congrès repousse les résolutions de la Haye.

2 février 1873 – Une lettre de B. Hubert, secrétaire correspondant du Conseil fédéral de Spring Street, à Adhémar Schwitzguébel annonce que la Fédération nord-américaine avait approuvé les résolutions du Congrès de Saint-Imier.

9 février 1873 – Les sections de la vallée de la Vesdre (Belgique) soutiennent la Fédération jurassienne.

12 février 1873 – Lettre de Marx à Bolte :
« A mon avis, le Conseil général a commis une grande faute par la suspension de la Fédération jurassienne. Ces gens sont déjà sortis de l’Internationale, en déclarant que Congrès et statuts n’existaient pas pour eux ; ils se sont constitués eu centre d’une conspiration pour la création d’une contre-Internationale ; à la suite de leur Congrès de Saint-Imier des Congrès du même genre ont eu lieu à Cordoue, à Bruxelles, à Londres, et les alliancistes d’Italie tiendront à leur tour un Congrès semblable. Chaque individu et chaque groupe a le droit de sortir de l’Internationale, et dès qu’une chose pareille arrive, le Conseil général a simplement à constater officiellement celte sortie, et nullement à suspendre...
« Si le Conseil général ne change pas son mode de procéder, quel en sera le résultat ? Après le Jura, il suspendra les fédérations sécessionnistes en Espagne, en Italie, en Belgique et en Angleterre ; résultat : Toute la fripouille (Alles Lumpengesindel) reparaîtra au Congrès de Genève et y paralysera tout travail sérieux, comme elle l’a fait à la Haye, et le Congrès général sera de nouveau compromis, pour la plus grande joie de la bourgeoisie. Le plus grand résultat du Congrès de la Haye a été de pousser les éléments pourris (die faulen Elemente) à s’exclure eux-mêmes, c’est-à-dire à sortir. Le mode de procéder du Conseil général menace d’anéantir ce résultat...
« Puisque la faute a été commise à l’égard du Jura, le mieux serait peut-être d’ignorer complètement les autres (à moins que nos propres fédérations [note] ne demandent le contraire), et d’attendre le Congrès général des sécessionnistes, pour déclarer alors, en ce qui concerne toutes les fédérations qui s’y seront fait représenter, que ces fédérations sont sorties de l’Internationale, qu’elles s’en sont exclues elles-mêmes, et qu’elles doivent être désormais considérées comme des sociétés qui lui sont étrangères et même hostiles. »

14 février 1873 – Le Conseil fédéral hollandais soutient la Fédération jurassienne, mais d’une manière assez curieuse :
« Amsterdam, 14 février 1873.
« ... Les Sections hollandaises se sont maintenant prononcées sur la question du Conseil général, et le résultat est : que les Sections d’Amsterdam, de la Haye et de Rotterdam sont en faveur de la minorité du Congrès de la Haye, c’est-à-dire que nous continuerons d’être en relations avec le Conseil général ; nous paierons nos cotisations comme d’habitude ; mais jamais nous n’adjugerons au Conseil général le droit de suspendre ou d’exclure une Fédération ou Section quelconque ; par conséquent nous n’acceptons pas la suspension de la Fédération jurassienne, quoique nous devions avouer que le Conseil général (d’après les résolutions du Congrès de la Haye) n’aurait pas pu agir autrement.
« La Section d’Utrecht seule approuve pleinement les résolutions prises par la majorité du Congrès de la Haye.
« Salut et solidarité.
« Au nom du Conseil fédéral hollandais ;
« H. Gerhard, secrétaire correspondant. »
Il est à noter que les Hollandais considèrent sans équivoque que la « minorité » désigne Marx et Engels et leurs amis.

15 au 18 février 1873 – Italie : Congrès régional convoqué Bologne. La Fédération italienne refuse de reconnaître les décisions de la Haye, et adhère au pacte de Saint-Imier.

22 février 1873 – Lecture d’une lettre de la Commission fédérale espagnole au Conseil général de New York :
« Nous avons reçu le 17 courant votre lettre datée du 5 janvier 1873, par laquelle vous nous annoncez que vous avez prononcé la suspension de la Fédération jurassienne du reste de l’Association internationale des travailleurs...
« Si les travailleurs croyaient que l’unité de l’Internationale fût fondée sur l’organisation artificielle et toujours factice d’un pouvoir centralisateur quelconque, votre inqualifiable conduite serait suffisante pour diviser l’Internationale ; mais comme il n’en est pas ainsi, le peu d’ouvriers qui suivent encore l’erreur comprendront que l’institution d’un Conseil général dans l’Internationale est une violation permanente de la liberté qui doit être la base fondamentale de notre Association, parce que sans elle la solidarité n’est pas possible.
« Malgré le décret de suspension fulminé contre la Fédération jurassienne, le Conseil général peut être assuré que cette Fédération continuera d’être reconnue par l’immense majorité des internationaux du monde...
« Salut et liquidation sociale, anarchie et collectivisme.
« Alcoy l-2 février 1873.
« Pour la Commission fédérale :
« Le secrétaire d’extérieur, Francisco Tomas, maçon. »

3 mai 1873 – lettre d’Engels :
« Les Allemands, qui chez eux se chamaillent avec les lassalliens, ont été très désappointés par le Congrès de la Haye, où ils s’attendaient à ne trouver, en opposition à leurs propres disputes, que fraternité et harmonie, et cela les a relâchés. »
La situation des Allemands au regard de l’AIT est curieuse. La loi allemande interdit aux associations d’adhérer à une organisation internationale. Donc les dirigeants social-démocrates allemands ne cherchèrent pas à s’opposer à cette loi. Le « deal » était que les militants pourraient adhérer à titre individuel mais il y eut très peu de cas (même parmi les dirigeants social-démocrates). Précisions que l’AIT était interdite en France, en Espagne, en Belgique, en Italie, au Portugal, ce qui n’empêcha pas les sections de l’AIT d’y être nombreuses et actives.
Il n’y avait donc pas de fédération allemande dans l’AIT. Le Conseil général n’avait jamais reçu de cotisations, ce dont Marx et Engels se plaignent dans leur correspondance. Précisons encore que la seule fonction officielle de Marx au Conseil général était d’y être le représentant pour l’Allemagne, ce qui revient à dire qu’il ne représentait pas grand-chose.

30 mai 1873 – Le Conseil général déclare, conformément aux instructions d’Engels, que toutes les fédérations qui ont refusé de reconnaître les décisions de la Haye ont cessé de faire partie de l’Internationale.

R.B.

http://monde-libertaire.net/?article=Re ... _1872-1873
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 20 Mar 2017, 12:44

Vive la Première Internationale !

Nous l’avons déjà écrit : notre revue porte un intérêt particulier à la Première Internationale, fondée en 1864, en ce qu’elle permettait, en dépit des querelles, l’expression d’un socialisme pluraliste : proudhoniens, trade-unionistes, utopistes, collectivistes, communistes, libertaires, etc. Pour raviver son souvenir, nous nous sommes entretenus avec Mathieu Léonard, auteur de l’essai L’émancipation des travailleurs, travail historique entièrement consacré à la Première Internationale (aussi appelée AIT). Nous le retrouvons dans l’arrière-salle sans éclairage d’un café. Il porte une gavroche.

... http://www.revue-ballast.fr/vive-la-pre ... nationale/
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 29 Juil 2017, 18:50

L'organisation bakouniniste

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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 20 Aoû 2017, 15:12

L'Alliance, l'AIT et l'affrontement avec Marx

partie sur l'opposition entre Bakounine et Marx. Deux auteurs déterminants dans l'organisation des luttes ouvrières. Nous verrons ce qui les opposent profondément dans la pratique et ce qui les mènera jusqu’à la rupture. Ce sont deux vision fondamentales de la pratique révolutionnaire.

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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 01 Oct 2017, 11:35

L’Association internationale des travailleurs. — La question du pouvoir et du programme

René Berthier

La question de l’organisation du mouvement ouvrier s’est cristallisée dans ce qu’on a appelé le « débat » Marx-Bakounine, qui n’a jamais été un débat, en tout cas pas au sens où deux adversaires exposent loyalement leurs positions de manière contradictoire. Le « débat » Bakounine-Marx s’est soldé ainsi : Bakounine, James Guillaume, la Fédération jurassienne puis la presque totalité du mouvement ouvrier organisé de l’époque ont été exclus de l’Association internationale des travailleurs par Marx, Engels et leurs amis à la suite de manœuvres bureaucratiques qui sont un modèle du genre.

Selon Georges Haupt, le refus de Marx d’engager le débat doctrinal avec Bakounine « est avant tout d’ordre tactique. Tout l’effort de Marx tend en effet à minimiser Bakounine, à dénier toute consistance théorique à son rival. Il refuse de reconnaître le système de pensée de Bakounine, non parce qu’il dénie sa consistance, comme il l’affirme péremptoirement, mais parce que Marx cherche ainsi à le discréditer et à le réduire aux dimensions de chef de secte et de conspirateur de type ancien ».

Les discours hagiographiques et dogmatiques des théoriciens marxistes et de ceux qui les répètent par cœur, sur les « glorieux dirigeants du prolétariat international », ont efficacement masqué la réalité. Une fois connue la réalité dans sa crudité, les théorisations qui en ont été faites apparaissent pour ce qu’elles sont : des impostures.

La confrontation entre bakouninistes et marxistes dans l’Internationale prit, on l’oublie parfois, un caractère « institutionnel » à travers des interprétations divergentes des statuts. Ceux-ci affirment que « l’émancipation économique de la classe ouvrière est le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen ». Une telle rédaction convient tout à fait aux bakouniniens, mais pas à Marx, qui a pourtant rédigé le texte. Pendant les années qui vont suivre la création de l’Internationale, les bakouniniens vont s’accrocher à cette formulation, que Marx de son côté va tenter de modifier.

Certes, l’Adresse inaugurale, rédigée également par Marx, affirme que « La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière » ; mais ce document n’a fait l’objet d’aucun vote. Pourtant, les marxistes vont considérer comme acquise la question de la conquête du pouvoir. L’Adresse inaugurale aura pour eux valeur statutaire.
Le premier congrès de l’Internationale se tient à Genève le 3 septembre 1866. Marx est absent, Bakounine n’est pas encore membre.

Plus tard, Bakounine se référera au congrès de Genève :

« L’association internationale des travailleurs a une loi fondamentale à laquelle chaque section et chaque membre doivent se soumettre, sous peine d’exclusion. Cette loi est exposée dans les statuts généraux, proposés en 1866 par le conseil général de l’association au congrès de Genève, discutés et unanimement acclamés par ce congrès, enfin définitivement sanctionnés par l’acceptation unanime des sections de tous les pays. C’est donc la loi fondamentale de notre grande association.

« Les considérants qui se trouvent à la tête des statuts généraux définissent clairement le principe et le but de l’association internationale. Ils établissent avant tout : Que l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ; Que les efforts des travailleurs doivent tendre à constituer pour tous les mêmes droits et les mêmes devoirs – c’est-à-dire l’égalité politique, économique et sociale ; Que l’assujettissement des travailleurs au capital est la source de toute servitude politique, morale et matérielle ; Que par cette raison, l’émancipation économique des travailleurs est le grand but auquel doit être subordonné tout mouvement politique ; Que l’émancipation des travailleurs n’est pas un problème simplement local ou national... mais international. »

En réalité, il s’agit simplement des statuts de l’Internationale rédigés en 1864 par… Marx lui-même, entérinés par le congrès de Genève.
Que ce soit au congrès de Genève ou à celui de Lausanne, en 1867, les positions du Conseil général, c’est-à-dire de Marx, ne soulèvent pas l’enthousiasme. Les choses commencent à changer au congrès de Bruxelles en 1868. La question de l’instruction obligatoire et gratuite est posée, ainsi que celle de l’égalité des droits de la femme. Les mutualistes sont mis en minorité : ils s’opposaient à l’examen des problèmes politiques. Pour des hommes comme Varlin et César de Paepe, on ne peut écarter l’examen des problèmes politiques, mais ces problèmes doivent être abordés au sein de l’Internationale.
Le Congrès se termine sur cette déclaration du président Eugène Dupont :

« Nous ne voulons pas de gouvernement parce qu’il ne sert qu’à opprimer, le peuple. Nous ne voulons plus d’armées permanentes parce qu’elles ne servent qu’à massacrer le peuple, nous ne voulons pas de re-ligions parce qu’elles ne servent qu’à éteindre les lumières et à anéantir l’intelligence ».

C’est au congrès de Bâle, en 1869, que s’opère un véritable tournant. Bakounine est maintenant adhérent. Les proudhoniens de droite sont définitivement battus à la suite d’une alliance entre bakouniniens, blanquistes et marxistes. Un affrontement a lieu sur la question de l’héritage, qui ne présente aucun intérêt sur le fond mais qui a ser-vi aux marxistes de prétexte pour compter les voix. Ceux-ci présentent un amendement à la résolution votée, qui est repoussé.
On peut déterminer le poids respectif des différents courants à partir des voix qui se sont portées sur les différents amendements ou sur les motions :

• 63 % des délégués de l’A.I.T. se regroupent sur des textes collectivistes « bakouniniens ».
• 31 % se regroupent sur des textes « marxistes ».
• 6 % maintiennent leurs convictions mutuellistes (proudhoniens).

Une telle situation est évidemment inacceptable pour Marx. C’est après le congrès de Bâle que commenceront les attaques les plus vio-lentes contre le révolutionnaire russe. « Ce russe, cela est clair, veut devenir le dictateur du mouvement ouvrier européen. Qu’il prenne garde à lui, sinon il sera excommunié », prophétise Marx dans une lettre à Engels datée du 27 juillet 1869. C’est exactement ce qui va arriver. Les intrigues de Marx et de son entourage aboutiront aux dé-cisions de la conférence de Londres de 1871 (décision d’exclure Ba-kounine et James Guillaume) et du congrès de La Haye en 1872 (leur exclusion effective). Ce n’est évidemment pas un hasard si au même moment est ajouté un article 7a aux statuts de l’Internationale, disant, entre autres choses que « la conquête du Pouvoir politique est devenu le grand devoir du prolétariat ». Cet article 7a, qui est la synthèse d’une résolution adoptée en 1871 à la Conférence de Londres, fut in-clus dans les statuts par décision du Congrès de La Haye, dont plus aucun historien sérieux ne nie aujourd’hui qu’il fut totalement tru-qué. C’est sans doute pour cela que ce fut le seul auquel participa Marx, qui avait toujours été obsédé par l’idée d’introduire dans les statuts un article appelant à la constitution des travailleurs en partis politiques nationaux et à la conquête du pouvoir.

Les « anti-autoritaires » s’étaient opposés à l’introduction de cette clause dans les statuts, estimant que l’article 7 était suffisant et que les fédéra-tions de l’AIT devaient déterminer elles-mêmes leurs positions sur cette question. Marx et Engels profitèrent de la conférence et du congrès truqués pour inclure un article disant que « le prolétariat ne peut agir en tant que classe qu’en se constituant lui-même en parti politique distinct ». Techniquement, cet article 7a n’a aucune valeur dans la mesure où la totalité des fédérations de l’AIT ont désavoué les décisions du congrès de La Haye. Pourtant, les marxistes considèrent aujourd’hui comme acquis que cet article fait intégralement partie des statuts de l’Internationale.

doc PDF : http://monde-nouveau.net/IMG/pdf/3-L_ep ... gramme.pdf

http://monde-nouveau.net/spip.php?article312
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 15 Oct 2017, 13:35

A.I.T. : Le congrès de Bâle (septembre 1869)

Le débat sur la propriété

doc PDF : http://monde-nouveau.net/spip.php?article119
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 28 Oct 2017, 15:42

James Guillaume, « L’Internationale, documents et souvenirs ». – Extrait : Le congrès d’Olten

[|James Guillaume,|]

[|L’Internationale, documents et souvenirs|]

[|Extrait|]

[|Le congrès d’Olten|]

L’Internationale, documents et souvenirs, l’ouvrage monumental et irremplaçable de James Guillaume, fourmille d’informations sur l’histoire de l’Association internationale des travailleurs. Au détour d’une page relatant des événements de l’année 1873, on tombe sur la relation d’une situation surprenante et totalement inédite : un dialogue (presque) dépassionné et quelque peu surréaliste – en tout cas sans invectives – entre deux représentants de la Fédération jurassienne, qui vient d’être exclue par Marx et consorts, et des représentants social-démocrates allemands et germanophones de Suisse.

James Guillaume et Pindy ont été mandatés pour représenter les Jurassiens au congrès d’Olten, qui doit discuter de la création d’une « organisation centrale de la classe ouvrière en Suisse ». Les deux hommes y vont sans trop d’illusions, mais entendent défendre leur point de vue et écouter celui des autres délégués.

Ils rencontrent des militants suisses allemands avec qui ils échangent des idées. La relation de ces discussions éclaire de manière extraordinaire l’attitude que pouvait avoir la social-démocratie allemande, ou influencée par elle, envers les « anti-autoritaires ». On se rend alors compte à quel point le dialogue était impossible parce que les structures mentales mêmes des militants social-démocrates rendaient impossible toute compréhension mutuelle ; parce que le sens des mots n’était pas le même, voire même parce que certains concepts employés par les « anti-autoritaires » n’avaient tout simplement pas d’équivalent en allemand.

Mais aussi parce que les social-démocrates étaient totalement ignorants de la situation dans laquelle se trouvait l’Internationale : ils ne savaient pas qu’au moment où se tenait le congrès d’Olten – 1er juin 1873 – la totalité des fédérations de l’Internationale avaient désavoué les décisions du congrès de La Haye, désavoué le Conseil général, et que pour cela Marx et ses amis avaient tout simplement exclu de l’AIT la totalité du mouvement ouvrier organisé de l’époque – les Allemands ne pouvant pas être exclus, puisque aucune fédération ou section allemande n’y avait jamais adhéré !!! Et lorsque James Guillaume et Pindy essayèrent de le leur expliquer, les social-démocrates ne voulurent tout simplement pas les croire !

doc PDF : http://monde-nouveau.net/IMG/pdf/James_ ... Olten2.pdf
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 10 Nov 2017, 22:14

La Fin de la Première Internationale

René Berthier

Avant-propos L’AIT : un enjeu politique

L’histoire de l’AIT, comme celle de la Commune de Paris, constitue un enjeu politique pour les différents courants d’idées qui y étaient présents, et qui tous ont voulu donner leur interprétation des événements. Malheureusement, le mouvement libertaire lui-même a façonné, autour de cette histoire, une mythologie qui n’a pas contribué à en donner une vision rationnelle. Les militants libertaires d’aujourd’hui ont à l’esprit un certain nombre de schémas et d’idées reçues qui n’ont pu perdurer que parce que les héritiers de Bakounine n’ont pas vraiment examiné les choses avec attention. L’intention de ce travail est tout d’abord de tenter de faire la lumière sur ces idées reçues, quitte à bousculer les habitudes acquises. Nous avons voulu montrer que les exclusions du congrès de La Haye avaient produit un terrible traumatisme, mais que ce traumatisme avait provoqué des réactions qui n’étaient pas forcément les plus opportunes. Est apparu dans le mouvement libertaire une sorte de « syndrome de la victime » qui a conféré à Marx et à son entourage le rôle de « méchants » alors même que la conséquence la plus directe des exclusions de La Haye a été une victoire éclatante du courant fédéraliste, concrétisée au congrès de Saint-Imier.

Précisément, l’un des mythes fabriqués autour de l’AIT « antiautoritaire » est que le congrès de Saint-Imier de 1872 fut en quelque sorte l’acte fondateur de l’« anarchisme ». C’est totalement faux. Saint-Imier fut la victoire du courant fédéraliste, au sein duquel se trouvaient à l’état embryonnaire ce qui deviendra plus tard le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme, d’une part, l’anarchisme proprement de l’autre. On oublie trop souvent qu’une partie des fédérations qui ont soutenu la fédération jurassienne après son exclusion ne partageaient absolument pas les options « anarchistes » et étaient favorables à la prise du pouvoir par les urnes. Elles ne partageaient avec la Fédération jurassienne que la conviction que les différentes fédérations membres de l’AIT ne devaient pas se voir imposer une stratégie unique et obligatoire. Il est significatif qu’après le congrès de La Haye, ces fédérations-là disparaissent de la circulation : que sont-elles devenues ? Leur disparition est-elle la conséquence de l’orientation qui se dessine de manière évidente au sein de l’AIT « anti-autoritaire » vers la constitution d’une Internationale avec un programme obligatoire « anarchiste » ? Ce fut de toute évidence une des principales causes du départ de la fédération belge. Alors même que Marx fut le maître d’œuvre de manipulations bureaucratiques invraisemblables destinées à le débarrasser de gens qui le gênaient, il s’est montré dans cette affaire un stratège pitoyable, se tirant littéralement une balle dans le pied et s’emmêlant dans les filets qu’il avait tendus.

Bien entendu une telle image ne colle pas avec celle que les marxistes véhiculent, mais dans la mesure où ce sont finalement les vainqueurs qui écrivent l’histoire, les anarchistes eux-mêmes ont fini par intégrer, inconsciemment, la vision marxiste des événements. C’est ainsi que pendant plus d’un siècle le discours marxiste a consisté à accuser les fédéralistes d’être des scissionnistes et, bien souvent, le congrès de Saint-Imier est lui-même défini par les anarchistes comme une scission. Mais Saint-Imier ne fut pas une scission ! Ce sont les « marxistes » qui scissionnèrent.

Il est invraisemblable de constater, à la lecture de l’article de Wikipedia sur l’AIT, que le congrès de La Haye soit présenté comme une scission des fédéralistes : « La scission aura lieu début septembre 1872 lors du VIIIe congrès, à La Haye ». On peut s’interroger sur les sources auxquelles ont puisé l’auteur d’un texte qui considère que l’exclusion de deux hommes (fût-elle bureaucratique) constitue une scission. Car le congrès de La Haye ne fit rien d’autre : la clique bureaucratique du Conseil général ne fit qu’exclure deux hommes : Bakounine et James Guillaume. Un troisième avait été sur la sellette, Adhémar Schwitzguébel, mais il ne fut pas exclu. L’exclusion de la Fédération jurassienne eut lieu plus tard, puis celle de tout le mouvement ouvrier organisé de l’époque, par la même clique bureaucratique. Extraordinaire exemple d’imprégnation de la vision des vainqueurs…

Les Editions du monde libertaire, 392 pages, 16 euros

http://monde-nouveau.net/spip.php?article661
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