Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 07 Mai 2017, 18:53

Brochure sur l’Autonomie italienne (68-77)

"Les différentes bandes ou groupes qui se bougeaient à l’époque à Milan, Bologne, Rome avaient un modèle à deux dimensions : celle de l’invention et du partage d’une forme de vie, et celle de l’organisation, qui étaient fondues dans la pratique politique autonome. Une forme de vie qui coïncidait avec sa forme d’organisation politique et qui par là même, déstabilisait l’état des choses présent. On intensifiait toujours plus le lien entre ce qu’on vivait et ce qu’on pensait, et vice-versa. Modèle complètement opposé au modèle néoléniniste du parti, et des partis de gauche en général, qui restent extérieurs aux formes de vie".

La brochure complète : https://rouendanslarue.noblogs.org/file ... /broch.pdf

https://a-louest.info/Brochure-sur-l-Au ... -68-77-107
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 11 Mai 2017, 20:56

Du vendredi 12 Mai au dimanche 14 Mai 2017

Discussions sur l’autonomie italienne durant les années 70 à Bure (55)

L’idée c’est de prendre ces moments pour partager ce qui s’est passé pendant ces années 70 en Italie, depuis les grèves jusqu’à la lutte armée. C’est de découvrir ce qui a eu lieu, de s’en inspirer et surtout d’échanger sur les questions qui nous habitent autour de l’autonomie : entre les luttes, les espaces de vies en collectif, les coups d’éclats et le long terme etc.

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L’idée c’est de prendre ces moments pour partager ce qui s’est passé pendant ces années 70 en Italie, depuis les grèves jusqu’à la lutte armée. C’est de découvrir ce qui a eu lieu, de s’en inspirer et surtout d’échanger sur les questions qui nous habitent autour de l’autonomie : entre les luttes, les espaces de vies en collectif, les coups d’éclats et le long terme etc.

Vendredi 12 : Projection de « Lavorare con lentezza » sur le mouvement autonome à Bologne dans les années 70, discussions, lectures, auberge espagnole italienne.

Samedi 13 à partir de 13h : Discussions croisées sur les années 70 en Italie, avec Alessandro Stella auteur d’ »Années de rêves et de plomb » et des traducteur-ices de « la Horde d’Or ».

Dimanche 14 à partir de 13h : Présentation/discussion autour du livre « Ne crois pas avoir de droits » sur l’expérience d’un groupe de femmes qui, dans les années 70 cherchèrent les ressources nécessaires à l’exercice de leur liberté…

… et peut-être (chut) : » l’Intervento » -pièce de théâtre sur ces années de luttes et de rêves .. https://constellations.boum.org/spip.php?article99

Info pratiques : possibilité de dormir sur place (ramène ton duvet, si vous pouvez/voulez ramener vos tentes et de quoi becter et boire (plus proche commerces à 20 km). Programme mouvant en fonction de la situation de la forêt (expulsion ou pas) – RDV à votre arrivée à la maison de résistance à la poubelle nucléaire. 2, rue de l’Eglise. 55290 à Bure !

http://vmc.camp/2017/05/01/discussions- ... annees-70/
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 20 Mai 2017, 10:51

Radio. La horde d’or. Italie 1968-1977

Rencontre avec les traducteurs du livre La horde d’or. La grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle. Italie 1968-1977, paru aux éditions de l’Éclat. C’était le Jeudi 4 mai 2017 à Terra Nova.

à écouter : http://www.canalsud.net/?La-horde-d-or-Italie-1968-1977
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 07 Juin 2017, 00:14

Montreuil les 10 et 11 juin à la Parole errante

Rencontre
La Horde d'or, Italie 1968-1977

La Maison de l’Arbre / La Parole Errante
Dans la grande salle
9 rue François Debergue, Montreuil (93)

Samedi 10 juin :

Une archive des mouvements ; communication, espaces sociaux auto-organisés

Cette première session est co-organisée avec la librairie Calusca.

Installée dans le centre social Cox 18 à Milan, cette librairie fondée par Primo Moroni a constitué un point d'ancrage de la composition et de la rédaction de La Horde d'or en 1987. Une des singularités de la contre-histoire proposée par ce livre est de s'appuyer sur les documents (tracts, chansons, revues, livres) produits par les mouvements pour proposer un point de vue interne à l'histoire des luttes. Cette approche est directement liée à l'histoire de la Calusca et à la fonction que celle-ci a rempli dans le mouvement, ainsi qu'à la personnalité de Primo Moroni. Depuis les exemples de la Calusca et de la ville de Milan, nous aborderons les outils de communication et de diffusion dont s'est doté le mouvement italien, et les espaces sociaux auto-organisés.
• 14h : Présentation du livre par le collectif de traduction
• 14h30 : Projection d'extraits d'entretiens vidéos avec Primo Moroni
• 15h : Échanges avec des membres de la librairie Calusca autour de la figure de Primo Moroni et des histoires croisées de la libraire Calusca et de la ville de Milan
• 17h30 : Pause
• 18h-19h : Lecture collective d'extraits de La Horde d'or
• 19h30 : Apéro, repas italien à prix libre. Ce sera l'occasion pour qui le souhaite de poursuivre de façon plus informelle les échanges de l'après-midi. L'argent recueilli servira à financer les déplacements des intervenants et à contribuer matériellement à l'activité du collectif La parole errante demain.


Dimanche 11 juin :

Histoire orale, chant, enquête ouvrière

La Horde d'or retrace la montée en puissance d'un antagonisme qui, à partir des luttes ouvrières d'usine des années 60, s'est diffusé dans l'ensemble de la société.

L'image de la « vague existentielle et politique » décrit cette poussée de comportements et de besoins nouveaux, de subjectivités et d'imaginaires dissidents qui se sont affrontés à l'organisation capitaliste de la vie. Les expériences et la pratique de « l'histoire orale » et de « l'enquête ouvrière » ont accompagné et thématisé l'affirmation d'une extranéité ouvrière et prolétaire, l'autonomie des comportements et le refus du travail. Nous reviendrons également sur les enjeux directement politiques de ce que le mouvement italien a appelé la « culture de base », selon une entente très éloignée de ce que l'usage nous habitué à penser sous le mot de culture.
• 14h : Lecture collective d'extraits de La Horde d'or
• 15h : Parole ouvrière et histoire orale, la figure de Danilo Montaldi. Avec des membres de la libraire Calusca de Milan.
• 16h : La notion d'enquête ouvrière. Avec Gigi Roggero.
• 17h30 : Pause
• 18h : Chant social et populaire, l'expérience du Nuovo Canzoniere Italiano (avec présentation et écoute de chansons)

*D'autres rencontres autour de La Horde d'or devraient avoir lieu dans les mois qui viennent.

http://laparoleerrantedemain.org/index. ... errante-2/
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 11 Juin 2017, 13:33

Rennes lundi 12 juin 2017

Présentation de la Horde d’Or

à 20h à la Maison de la Grève, 37 rue Legraverend, Rennes

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https://expansive.info/Presentation-de- ... e-d-Or-496
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 18 Juin 2017, 22:29

Grèves et lutte armée en Italie

L'autonomie italienne reste un référence historique majeure pour penser les luttes actuelles. Avant le passage à la lutte armée, cette période valorise les luttes spontanées et la contestation joyeuse.

... http://www.zones-subversives.com/2017/0 ... talie.html
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 16 Juil 2017, 14:19

À lire : un extrait de « Années de rêves et de plomb » d’Alessandro Stella

Chapitre 7 – L’appel aux armes

Comme tant d’autres, la révolte ouvrière chez Marzotto et cette image de la statue du patron démolie m’avaient marqué : ce n’est probablement pas un hasard si la première fois que je suis allé à une manif avec des molotov dans la crainte d’une charge de la police, c’était à Valdagno, le 19 avril 1973. Ce jour-là avait été organisée une manif à l’occasion du cinquième anniversaire de ce symbole de la révolte ouvrière. J’y étais allé avec Alfio et d’autres camarades de Potere operaio de Vicence. Nous avions imprimé et diffusé une grande feuille sur les luttes des travailleurs du textile, reproduisant sur une demi-page la photo de la statue du comte Marzotto à terre, et nous avions défilé en rangs serrés au cri de : « On aime davantage Marzotto la tête en bas ! »[1].

Dans la première moitié des années 1970, porté par la vague de luttes ouvrières toujours plus radicales et antisystème, « l’emploi de la force » – comme on disait – était en train de passer du débat théorique et stratégique à une pratique diffuse. Un climat s’installait, qui traversait tous les groupes à la gauche du PCI, comme tant de comités d’usine, de collectifs d’étudiants et de groupes de quartier ou de village. Après de longues années, des lustres durant lesquels les travailleurs syndiqués, les militants de la gauche socialiste, anarchiste, communiste, avaient été victimes de la répression fasciste, puis démocrate-chrétienne, certains décidèrent que cela suffisait, qu’il fallait cesser d’être toujours les victimes et commencer par se défendre, les armes à la main si nécessaire. Derrière ce tournant, il y avait au moins 200 ouvriers et paysans tués au cours de manifestations entre la fin de la guerre et les années 1970, la cruelle litanie des « massacres d’État »[2] qui avaient causé la mort de 150 autres personnes, l’impunité conférée aux hommes de main des services secrets parallèles, aux loges maçonniques golpistes et, plus généralement, aux forces de l’ordre dont le commandement nommé par le régime fasciste avait été maintenu et confirmé après 1945[3]. Il y avait la rancune inspirée par l’amnistie qu’avaient octroyée De Gasperi et Togliatti aux fascistes dès 1946, jamais apaisée, et la frustration de l’insurrection bloquée par la direction du PCI en 1948[4] suivie de la dure répression imposée par le ministre Scelba : de 1948 à 1950, 62 militants et dirigeants syndicaux furent tués, plus de 3 000 furent blessés au cours de manifestations, et plus de 90 000 protestataires furent arrêtés[5]. Mais même muselée, la mémoire de la répression des Scelba et des Tambroni[6], le souvenir des espoirs nés à la Libération et trahis par Togliatti et le PCI, s’étaient transmis d’une génération à l’autre de militants communistes.

Dans la province de Vicence, et dans le Haut-Vicentin en particulier, la mémoire révolutionnaire charriait des noms, des faits, des dates dont on entretenait soigneusement le souvenir. Depuis les « cercles ouvriers » (circoli operai) jusqu’aux sièges du parti en passant par les maisons des ouvriers communistes, on se souvenait de figures tutélaires, d’antifascistes, de résistants qui avaient lutté et combattu à Schio, et pour certains aussi en Espagne, en France, en Amérique latine, garibaldiens du xxe siècle. Certains se rappelaient Pietro Tresso, ami d’Antonio Gramsci et d’Amadeo Bordiga, l’un des fondateurs du Parti communiste d’Italie en 1921, à Livourne, puis de la IVe Internationale trotskiste en 1938, tué en 1943 dans les montagnes du Massif central français par un groupe de résistants staliniens. D’autres racontaient les hauts faits de Germano Baron, dit « le Turc », ou de Ferruccio Manea, dit « le Tar », héros mythiques de la résistance dans les montagnes de Schio.

Certains connaissaient et faisaient le récit de la vie d’Igino Piva, alias « Romero », un révolutionnaire internationaliste[7]. Né en 1902 dans une famille ouvrière d’une bourgade de Schio, militant socialiste à l’adolescence, puis communiste, il dut émigrer en 1923, à 21 ans, en Amérique latine pour se soustraire à la répression fasciste. À Rio de Janeiro, comme ensuite en Argentine et en Uruguay, il n’eut de cesse de participer aux luttes politiques et syndicales, des dockers en particulier, ce qui lui valut arrestations et nouveaux exils jusqu’à son expulsion d’Argentine vers l’Italie, en 1933. En 1936, en compagnie de son frère Eugenio, Igino Piva partit pour l’Espagne rejoindre les Brigades internationales ; il participa aux batailles de Guadalajara et de Madrid où il fut blessé, et quitta la Catalogne pour la France avec les derniers républicains, dans la terrible retraite de l’hiver 1939. Interné à Argelès-sur-Mer pendant un an, il fut livré en 1940 par la police française aux autorités italiennes, qui l’envoyèrent sur l’île pénitentiaire de Ventotene. Libéré après l’éviction de Mussolini, en 1943, il retourna à Schio, où il organisa un groupe de résistance, combattant jusqu’à la fin de la guerre dans les montagnes, puis dans d’autres zones de la Vénétie et de la Lombardie, à la tête d’une brigade Garibaldi. Comme d’autres résistants communistes de Schio et d’ailleurs (en particulier en Émilie-Romagne), à la Libération, en avril 1945, il considéra que, si la guerre contre l’occupant allemand était terminée, celle contre les fascistes italiens ne l’était pas encore. Il fut accusé d’avoir organisé l’exécution de 54 membres du parti fasciste précédemment arrêtés et détenus à la prison de Schio, une justice sommaire menée par un groupe de résistants dans la nuit du 6 au 7 juillet 1945. Abandonnés par Togliatti et un parti communiste qui voulait se donner une posture d’ordre étatique, traités par L’Unità (quotidien du PCI) de « provocateurs trotskistes », les résistants en armes qui ne furent pas arrêtés durent prendre le chemin de l’exil. Igino Piva rejoignit d’abord l’Istrie et les partisans de Tito, avant de gagner Prague et la Tchécoslovaquie, en 1948, où il vécut jusqu’en 1974. De 1961 à 1963, il était à Cuba où, désormais sexagénaire, il voulait aider la nouvelle patrie de la révolution. Finalement amnistié après une vie passée aux quatre coins du monde à militer pour la révolution et à travailler comme ouvrier chauffagiste, il retourna à Schio en 1974, où il vécut jusqu’à sa mort en 1981.

J’entendais parler de ces héros par les camarades plus âgés, qui avaient milité au PCI et se faisaient un honneur d’avoir connu qui l’un, qui l’autre des vieilles figures de la Résistance. Ils en parlaient sur le ton de la confidence, du partage de photos et de secrets de famille, sans cacher un sentiment de fierté et d’admiration pour ces vieux révolutionnaires. Même si je ne comprenais pas bien, à l’époque, les différences idéologiques et les raisons stratégiques qui avaient déterminé le destin de ces hommes, j’avais été fort étonné, incrédule, d’apprendre que les « Pragois » n’avaient pu rentrer en Italie qu’au début des années 1970, plus de vingt ans après les épisodes de la guerre civile qui suivirent la Libération. Cela me paraissait injuste, incompréhensible.

On peut émettre l’hypothèse que ce qui s’est passé en Italie au cours de la première moitié des années 1970, c’est que les injustices jamais reconnues, les rancœurs et les refoulements que traînaient les mouvements ouvrier et communiste depuis la Libération, ont rencontré le courant révolutionnaire libertaire de 1967-1968. Les uns après avoir crié en vain la douleur d’être victimes, les autres après avoir rêvé le paradis sur terre, ouvriers communistes et « fils des fleurs » se sont trouvé un destin commun dans la révolution sociale. Comme tant d’autres, le même Mario Moretti, leader des Brigades rouges à qui on a taillé une veste de marxiste-léniniste orthodoxe, avait vécu dans une « commune » de Milan avec sa femme et son fils avant d’entrer en clandestinité.

Il est difficile de l’expliquer, de le comprendre sans l’avoir vécu. Si l’analyse des facteurs du recours à la violence est compliquée, quiconque ayant fréquenté le mouvement ouvrier et étudiant au début des années 1970 sait qu’on y respirait un air insurrectionnel, que pour des millions d’Italiens la révolution était à l’ordre du jour, et que celle-ci n’était « pas un dîner de gala, mais un acte de violence » (comme disait Mao). Nous allions peu à peu nous en convaincre en pensant aux révolutions française, russe, chinoise et, enfin, cubaine. On entendait comme un son de tam-tam, de plus en plus fort et diffus, d’appel aux armes.

En ces années-là, la voie vers la guérilla se nourrissait d’événements qui avaient eu un impact énorme en Italie. En premier lieu, il y eut le massacre de la Banque de l’agriculture de la place Fontana à Milan, le 12 décembre 1969, fait emblématique de ce qui serait appelé la « stratégie de la tension ». Ce jour-là, une bombe déposée dans le hall de la banque avait causé la mort de 16 personnes et blessé une centaine d’autres, attentat aussitôt attribué par la police aux anarchistes, alors qu’il s’agissait de fascistes. Pour instiller la peur dans la population et justifier le recours à un pouvoir fort, les services secrets « parallèles » commandés par certains hommes politiques au pouvoir, liés aux États-Unis et à la CIA, utilisaient des groupes de fascistes et de paramilitaires (regroupés dans une structure secrète appelée Gladio) pour répandre la terreur tout en annonçant le chaos et la prise du pouvoir par les communistes ou, pire, les anarchistes. Le mouvement ouvrier italien, alors très fort, réagit par des grèves et des manifestations massives, au cours desquelles on criait que le massacre de la place Fontana était un « massacre d’État », que les anarchistes arrêtés étaient innocents et que Pinelli avait été « suicidé » par le commissaire Calabresi. Combien de millions de personnes ont crié dans la rue « Calabresi assassin, tu le paieras ! », avant qu’un groupe armé ne le tue ? Les trois individus qui participèrent à cet homicide, le 17 mai 1972, étaient convaincus de mettre à exécution la sentence exprimée par des millions de personnes. C’est là une évidence historique : le commissaire Luigi Calabresi fut accusé par des millions d’Italiens d’avoir « défenestré » le cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli, injustement arrêté et accusé d’avoir mis une bombe place Fontana. Dario Fo et Franca Rame en avaient fait un spectacle théâtral très en vogue, les murs de l’Italie tout entière étaient recouverts de graffitis contre Calabresi, le quotidien Lotta continua avait martelé dans ses articles pendant deux ans que ce commissaire de police était un assassin, et dans les manifs on demandait ouvertement sa mise à mort. Puis, un jour, un groupe de personnes décida de mettre à exécution ce que tant de gens réclamaient. Qui était coupable ? Les juges et la jurisprudence refusèrent d’envisager quelque responsabilité collective que ce soit, s’en tenant au principe de droit de la responsabilité individuelle, mais du point de vue historique les choses étaient à l’évidence bien différentes.

Outre les craintes, confuses et intuitives, concernant la CIA, les services secrets « parallèles », les loges maçonniques golpistes et les tentatives de coup d’État, l’imaginaire collectif de cette époque se nourrissait de mythes et de héros anciens et nouveaux. On considérait les résistants italiens qui avaient combattu le fascisme comme les pères fondateurs d’une pensée de guérillero. Dans la province de Vicence, en particulier, des groupes de résistants n’avaient pas rendu les armes, les avaient utilisées contre les fascistes à la fin de la guerre et les avaient ressorties en juillet 1948, après l’attentat contre Togliatti. Ce n’est pas un hasard si, comme tous les autres groupes armés des années 1970, nous avons reçu les premières armes des mains d’anciens résistants. Comme un passage de témoin.

Outre les résistants, les travailleurs morts au cours des grèves et manifestations réprimées par l’État, dans les années 1950-1960, de Battipaglia à Avola en passant par Reggio Emilia, à la mémoire desquels on chantait des chansons, remplissaient notre album de mythes fondateurs. S’y ajouta la figure de Giangiacomo Feltrinelli, éditeur guévariste, mort en mars 1972 dans l’explosion de la bombe qu’il était en train de poser sur un pylône à haute tension de la périphérie de Milan.

En 1973, un événement fondamental était venu donner davantage de crédit à la nécessité de prendre les armes : le coup d’État militaire au Chili. Si à la voie démocratique au socialisme, préconisée par les réformistes italiens du PCI comme par Salvador Allende, les fascistes et les impérialistes répondaient par les chars et le coup d’État militaire, alors il était clair pour les révolutionnaires que la seule voie possible était d’employer le même langage, celui des armes.

« Et alors, que veux-tu de plus, camarade, pour comprendre qu’est arrivée l’heure du fusil ? », chantaient des milliers de personnes dans les défilés en reprenant la chanson de Pino Masi L’Ora del fucile. La légitimité morale du recours à la violence était alimentée, outre les écrits classiques – de Lénine et Bakounine à Bertolt Brecht –, par la musique et le cinéma. Le film Il était une fois la Révolution de Sergio Leone ou la chanson La Locomotive de Francesco Guccini faisaient partie d’un flux puissant de justifications de la violence au nom d’un idéal socialement juste. Peu à peu, poussés par la « stratégie de la tension », nous nous sommes convaincus que la fin justifiait les moyens. C’est seulement a posteriori que nous avons compris le piège de cette formule, en constatant que l’emploi des armes nous éloignait petit à petit de l’objectif d’émancipation et nous rapprochait aussi imperceptiblement qu’inexorablement de la mentalité de ceux que nous voulions combattre.

La réflexion visant à considérer comme juste l’emploi de la violence (de la « force », disions-nous pour la positiver) n’était pas seulement alimentée par des événements nationaux ou internationaux. La tension, l’escalade dans l’affrontement social étaient palpables dans le plus petit coin d’Italie, comme par exemple à Torrebelvicino, un village près de Schio où, le 12 mars 1970, un homme de main des patrons de l’entreprise métallurgique Chioccarello avait tiré plusieurs coups de feu sur les ouvriers qui tenaient un piquet de grève devant l’usine, blessant sept grévistes.

À part l’autodéfense dans les manifs et les affrontements avec les fascistes, nos premières actions illégales dans le Vicentin furent des appels aux armes, avec des pochoirs apposés nuitamment sur les murs de Schio et de Valdagno vantant la lutte armée et les Brigades rouges. Car outre la culture libertaire, le courant communiste révolutionnaire et le message guévariste, était né en Italie au début des années 1970 un modèle national auquel on pouvait s’identifier : les Brigades rouges. Ils avaient dix ans de plus que nous et avaient connu directement 1968 ; pendant que nous regardions passer les défilés des ouvriers, ils marchaient avec eux. Leurs premières actions exemplaires, comme la mise au pilori du directeur du personnel de Siemens ou de Magneti Marelli, avaient fasciné bien des jeunes aspirants révolutionnaires. Le lien évident entre les luttes ouvrières et les actions de propagande armée menées par les Brigades rouges durant la première moitié des années 1970, faisait apparaître ce mode de lutte comme une suite logique permettant d’atteindre les mêmes objectifs avec d’autres moyens. Entre les « foulards rouges » de chez Fiat, qui occupaient l’usine de Mirafiori à Turin en 1973, et les groupes combattants qui s’en prenaient à la hiérarchie de l’entreprise, les complicités idéologiques autant que factuelles étaient flagrantes.

Ainsi, au cours de la première moitié des années 1970, les Brigades rouges, les GAP (Groupes d’action partisane) ou le groupe de Gènes appelé 22 Octobre, s’organisaient en tant que groupes armés clandestins, pendant que les groupes de la gauche extra-parlementaire formaient leur propre « service d’ordre » ou des embryons de « bras armé ». C’est dans les années charnières 1974-1976 qu’une myriade de groupes, comités, collectifs formés dans les réseaux de Lotta continua et de Potere operaio, prendront décidément une orientation politico-militaire, donnant naissance à Prima linea et aux groupes de l’Autonomie ouvrière[8]. Contrairement à une certaine réécriture de l’histoire effectuée par d’anciens leaders des groupes extra-parlementaires de l’époque (et, malheureusement, par le film Nos meilleures années de Marco Tullio Giordana[9]), qui fait se terminer le cycle des luttes sociales en 1976, niant donc continuité et parenté entre celles-ci, le mouvement de 1977 et l’explosion de la guérilla dans la deuxième moitié des années 1970. Tant les théories que la masse documentaire (des chroniques de journaux aux procès-verbaux des tribunaux, de la presse militante aux biographies et mémoires des protagonistes) témoignent d’une continuité de pensée et d’action. La spécificité italienne[10], comparée à l’évolution du mouvement révolutionnaire dans les autres pays occidentaux après 1968, réside justement dans le fait que les luttes sociales anti-système ont perduré sur une longue décennie, et qu’une partie significative des jeunes militants – à la différence de l’Allemagne, de la France ou des États-Unis, où le phénomène resta marginal – prit le chemin des armes. Il n’y a pas eu une bonne et une mauvaise jeunesse, c’était la même, à des dates et dans des circonstances différentes.

On peut attribuer un rôle important dans la connotation négative donnée à la lutte armée – donc probablement dans son échec –, entre autres à travers les termes utilisés (« terrorisme », « années de plomb »), à ce que l’on peut définir comme « la trahison des clercs », à savoir l’attitude adoptée par certains intellectuels une fois arrêtés. Ils avaient assumé le rôle symbolique de chefs, de théoriciens, de leaders du mouvement révolutionnaire, et par leurs écrits ils avaient sinon influencé (certains livres étaient parfaitement incompréhensibles à la plupart des militants…), du moins offert des arguments de légitimation à la révolte et poussé des ouvriers, des étudiants, des prolétaires à faire la révolution par tous les moyens possibles, au besoin par les armes. Puis, au moment d’assumer avec cohérence leurs propres responsabilités, certains ont fait marche arrière, prenant leurs distances avec les militants des groupes armés et se proclamant totalement étrangers à la dérive militariste. Ce qui n’empêcha pas les juges de les condamner. Mais la dissociation d’avec ceux qui avaient été leurs camarades, et parfois leurs amis, porta un coup fatal à l’image des groupes armés. Ceux-ci se retrouvèrent orphelins, sans généalogie dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire, rejetés dans la « mauvaise jeunesse » que l’État pouvait légitimement punir. Au contraire, entre nous, nous avions établi une règle éthique qui se voulait la base d’une morale communiste : peu importe qui fait ceci et qui fait cela, qui est ouvrier à la chaîne et qui est universitaire, qui écrit et qui fait feu, qui rédige des tracts et qui fabrique des molotov, les rôles n’ont pas d’importance car nous faisons partie d’un même projet, d’une même organisation, dont nous assumons chacun et collectivement toutes les responsabilités.

Parmi d’autres facteurs déterminants de la défaite du mouvement des années 1970, il faut sans doute évoquer le fait que l’appel aux armes contient en lui-même le germe d’une dérive négative. Une sorte de loi d’airain, inexorablement reproduite au cours des siècles et des révolutions. La dynamique psychique et relationnelle introduite par l’emploi des armes peut parvenir rapidement à corrompre des âmes nobles, à rendre impitoyables des personnes autrefois douces et aimables, et finalement à bouleverser leurs valeurs de départ. Sans parler du fait que l’appel aux armes fait accourir des gens qui ne sont pas animés par de bonnes intentions mais fascinés par la violence, le pouvoir que les armes donnent sur autrui. Ce n’est probablement pas un hasard si les plus infâmes des mouchards, les plus célèbres parmi les « repentis » des Brigades rouges et de Prima linea, Patrizio Peci, Antonio Savasta, Roberto Sandalo, Michele Viscardi, tous ayant avoué plusieurs homicides, tous graciés et récompensés par l’État italien pour leurs services, étaient connus comme bagarreurs, violents et passionnés par les armes. Quand Michele Viscardi (« l’assassin aux yeux de glace ») fit le tour de l’Italie après son arrestation en compagnie des carabiniers, leur indiquant les bases de Prima linea et envoyant en prison même celui qui lui avait un jour sauvé la vie, le portant sur ses épaules, blessé, après un conflit armé[11], les journaux rapportaient que pour passer le temps en voiture il discutait aimablement d’armes et de balistique avec les carabiniers de l’escorte.

L’emploi des armes n’est pas anodin et a une incidence profonde sur celui qui s’en sert. Le sentiment de puissance que donne le fait de pointer un pistolet sur quelqu’un, la panique tremblante et paralysante, on les lit dans les yeux de celui qui subit la menace. Une fois enclenché, le mécanisme conduit inévitablement au durcissement des sentiments, au calcul froid, voire à un certain cynisme. Chez le militant révolutionnaire, cela finit par provoquer des changements de références et d’habits, au sens propre comme au figuré : combien de personnes, moi compris, sont-elles passées de la parka à la veste, de l’imperméable genre inspecteur Colombo au costume cravate au moment de la clandestinité ! La transformation n’était pas seulement de façade, car l’habit fait bien le moine, et la critique du paraître bourgeois et des comportements qui s’ensuivaient (l’une des nombreuses raisons de notre révolte), nous la sacrifions sur l’autel de la nécessité et de l’efficacité. Finalement, l’emploi des armes, dont on sait aujourd’hui qu’il conduit jusqu’à la folie une partie des soldats engagés dans toutes les guerres, peut se révéler déterminant dans la défaite d’un mouvement guérillero.

Nous l’avons appris dans nos propres chairs : l’emploi des armes donne la possibilité d’intimider, de blesser ou de tuer, mais aussi d’être tués. C’est arrivé aux compagni de Thiene, comme quelques années plus tard à un autre camarade et ami, Pietro Greco, dit « Pedro ». Émigré à Padoue de sa Calabre natale, à la fin des années 1960, il avait fait des études de statistiques et travaillé dans n’importe quoi pour gagner sa vie mais passait en réalité le plus clair de son temps à militer. À partir de 1968, il était présent à n’importe quelle grève, occupation, manifestation qui se déroulait à Padoue ou dans la Vénétie : le militantisme, les camarades, c’était toute sa vie. Et même quand il était devenu clair, en 1985, que l’expérience avait touché à sa fin, il ne voulait pas se résigner. De Paris, où il avait échoué comme tant d’autres naufragés au cours de la première moitié des années 1980, il décida de rentrer en Italie, pour ne pas lâcher, par un sentiment de devoir de résistance. Ainsi, par un matin pluvieux, le 9 mars 1985, en sortant de l’appartement de Trieste où il était hébergé, il tomba nez à nez avec les policiers de la Digos[12] qui l’avaient repéré et l’attendaient dans le hall de l’immeuble. Pedro était recherché depuis des années ; il ne voulait pas finir en prison et, fougueux comme il était, il tenta de s’enfuir, se dégageant en agitant le parapluie qu’il avait dans la main. Les policiers lui tirèrent dessus à bout portant. Blessé, il se mit à courir dans la rue en criant : « Ils veulent me tuer ! ils veulent me tuer ! » Les policiers lui tirèrent encore plusieurs coups de pistolet dans le dos jusqu’à ce qu’il tombe entre le trottoir et les voitures stationnées. Ils lui passèrent les menottes dans le dos alors qu’il était en train de mourir. Pedro n’était pas armé, il ne menaçait personne, il fut tué parce qu’il avait l’étiquette de terroriste accolée à son nom, et cela était suffisant pour les forces de l’ordre, en ces années-là, pour pouvoir tuer impunément[13].

L’appel aux armes, auquel nous avions répondu de façon « romantique », s’était finalement révélé être une tragédie et un piège. Mais tant que le mouvement montait en puissance, tant que la sympathie qui entourait l’illégalité de masse comme celle des groupes armés était diffuse et légitimante, on ne voyait pas ces choses-là, ou on faisait semblant de ne pas les voir. Nous nous sentions tous des camarades, croyant que les différences d’approche théorique, politique ou militaire n’étaient que des nuances passagères, excusables et récupérables dans une dynamique ascendante, sans comprendre que ces attitudes étaient fondamentales, discriminantes et finalement déterminantes.



Notes

[1] « Ci piace di più Marzotto a testa in giù ! » en version originale.

[2] On entend ici par « stragi di Stato » (« massacres d’État ») les attentats aveugles perpétrés à coups de bombes dans des banques, des trains, des places remplies de manifestants, commis afin de propager la peur de la subversion et favoriser la mise en place d’un État autoritaire.

[3] Lire Cesare Bermani, Il nemico interno. Guerra civile e lotte di classe in Italia (1943-1976), Rome, Odradek, 1997, p. 308 et suivantes.

[4] Alcide de Gasperi, démocrate-chrétien, fut le premier président du Conseil de la République italienne, de 1946 à 1953. Palmiro Togliatti, l’un des fondateurs du Parti communiste d’Italie en 1921, secrétaire général du PCI au sortir de la guerre, fut victime d’un attentat le 14 juillet 1948, ce qui déclencha dans toute l’Italie un mouvement insurrectionnel réprimé dans le sang par l’État démocrate-chrétien et stoppé par le dirigeant communiste lui-même, qui prônait la voie électorale pour accéder au gouvernement et rejetait l’insurrection et la guerre civile.

[5] Lire Fabien Archambault, « On a tiré sur Togliatti ! La difficile interprétation de l’attentat du 14 juillet 1948 », Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française, n° 1, 2012.

[6] Mario Scelba fut l’homme fort de la DC au cours des deux décennies suivant la fin de la Seconde Guerre mondiale, au poste de ministre de l’Intérieur ; anti-communiste déclaré, il réprima brutalement les grèves et les manifestations ouvrières de ces années-là. Fernando Tambroni, lui aussi démocrate-chrétien, fut président du Conseil en 1960, formant un gouvernement avec l’appui des héritiers du fascisme, le Movimento sociale italiano (MSI).

[7] Lire Emilio Franzina et Ezio Maria Simini, « Romero ». Igino Piva, memorie di un internazionalista, Odeon Libri, Schio, 2001.

[8] Lire Mario Moretti, Carla Mosca, Rossana Rossanda, Brigate rosse. Una storia italiana, Baldini & Castoldi, Milan, 2004 ; Sergio Segio, op. cit. ; Nanni Balestrini et Primo Moroni, L’orda d’oro, SugarCo edizioni, Milan, 1988 ; Sergio Bianchi et Lanfranco Caminiti, Gli autonomi. Le storie, le lotte, le teorie, vol. 1, DeriveApprodi, Rome, 2007 ; Isabelle Sommier, La Violence politique et son deuil. L’après-68 en France et en Italie, PUR, Rennes, 2000.

[9] En italien La Meglio gioventù, film sorti en 2003.

[10] Outre la note précédente, lire Prospero Gallinari, Un contadino nella metropoli. Ricordi di un militante delle Brigate rosse, Bompiani, Milan, 2006 ; Luigi Manconi, Terroristi italiani. Le Brigate rosse e la guerra totale, 1970-2008, Rizzoli, Milan, 2008.

[11] Lire Sergio Segio, op. cit., p. 137.

[12] Digos : sigle définissant ce qu’en Italie on appelait familièrement la squadra politica (littéralement : « équipe politique »), équivalent des Renseignements généraux français.

[13] Après de multiples protestations, pétitions, interrogations au Parlement, la cour d’assises d’appel de Trieste, par sentence du 14 juin 1988, reconnaissait que les agents de la Digos avaient tué Pedro volontairement, qu’ils avaient tiré sur lui avec l’intention de le tuer, mais « pour avoir agi en état de légitime défense putative, à savoir dans la conviction erronée d’avoir couru le risque d’une agression », ils furent condamnés à des peines très légères et rapidement amnistiés.


https://www.contretemps.eu/extrait-stel ... ves-plomb/
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede Mahnrikwé » 01 Aoû 2017, 23:07

Question sur la large période italienne de 68 à 77, où les nombreux ouvrages parlent surtout (uniquement?) de groupes liés au léninisme voire au marxisme-léninisme...
Qu'en est-il des anarchistes ? Quelle a été la place des anarchistes, communistes libertaires au cours de cette décennie en Italie ?
A gauche à droite, on voit Pinelli, on voit Stella, ... Mais n'y a-t'il pas une histoire des groupes anarchistes et de leurs relations avec le mouvement ?
Quelles ont pu être les relations qu'ils ont eu avec les autres groupes ? Les analyses qu'ils ont pu produire ?

Si quelqu'un.e pouvait éclairer ma lanterne.
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede Pïérô » 05 Aoû 2017, 13:12

Il n'y a pas grand chose là dessus vraisemblablement, le mouvement devait être très diffus, et ne faisait pas la une médiatique.

Quelques liens pour recherche :
. https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme_en_Italie
. http://atelierdecreationlibertaire.com/ ... -italiens/
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 16 Aoû 2017, 18:50

Qu’est-ce que l’Autonomie Ouvrière ? (Le son de Radio Vosstanie du 1/08/17)

Qu’est-ce que l’Autonomie Ouvrière ?
(O que é Autonomia Operária)

Nous proposons un son (version audio de la brochure) avant la publication au format pdf/papier*. Suivra également mais plus tard une émission dont l'objet sera un commentaire critique du texte de Lúcia Bruno. Lucia Bruno interviendra / participera à cette émission ou l'on discutera de sa préface inédite, 30 ans après la première publication de l'ouvrage.

Si sur certains aspects le propos doit être critiqué car il semble même dépassé, il reste riche en débats et questionnements. Il repose quelques fondamentaux concernant l'utilisation abusive du mot Autonomie tout en restant accessible.

* Traduction (Vosstanie) du portugais du brésil de : O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p. Titre que l'on pouvait traduire littéralement par: Ce qu'est l'autonomie ouvrière.

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
-
L'Autonomie ouvrière: Une pratique de classe

La lutte Autonome

Les institutions Autonomes

La dynamique du processus

Luttes revendicatives et révolution

La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.

Autogestion ouvrière et marché capitaliste.

La légalisation de la lutte

Autogestion et technologie.
Autonomie ouvrière et partis politiques

Autonomie ouvrière et syndicats

Autonomie et socialisme

à écouter : https://vosstanie.blogspot.fr/2017/08/q ... son_1.html
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede Pïérô » 17 Aoû 2017, 02:09

Discussion avec Alessandro Stella - Enregistrement

Alessandro Stella, invité à La Conjuration des Fourneaux il y a quelques semaines, est venu parler de son livre "Années de rêves et de plomb - Des grèves à la lutte armée en Italie (1968 - 1980)". Ex-militant de Potere Operaio pendant ces années là, Alessandro nous raconte son expérience d’une décennie, parfois appelée le "mai rampant", faites de manifestations, de lutte armée, de grèves ouvrières et étudiantes, d’occupations, d’Autonomie, de rencontres et d’amitiés pleines de rêves. Pendant le débat, il est aussi question de la situation actuelle en France. Nous vous livrons aujourd’hui l’enregistrement audio :

Partie 1 : https://www.youtube.com/watch?v=WdzLY794ssg
Partie 2 : https://www.youtube.com/watch?v=Y2UXjkzEC30
Partie 3 : https://www.youtube.com/watch?v=elVKhUmwrZI
Partie 4 : https://www.youtube.com/watch?v=asiMjQI24Fs
Partie 5 : https://www.youtube.com/watch?v=efGW1dW74xE
Partie 6 : https://www.youtube.com/watch?v=e4sd5LNKf5I
Partie 7 : https://www.youtube.com/watch?v=cvQ-KwiM2zo
Partie 8 : https://www.youtube.com/watch?v=ClLqi8XAnrI
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 20 Aoû 2017, 15:17

Information sur la "sphère de l’autonomie en Italie"

{Spartacus}, série B, n° 90, Mars-Avril 1978, p. 3-5.

Aujourd’hui, quand on parle de la "sphère de l’autonomie" en Italie, on ne se réfère plus à un ensemble d’organismes autonomes d’usines ou de zones, mais à un ensemble de groupes politiques. Nous donnons ici à titre référenciel un aperçu de ces différents groupes, de leurs origines et des tendances qu’ils représentent au sein de la sphère de l’autonomie en Italie. Nous ne prétendons pas dans la présente note présenter une analyse du "mouvement autonome" en Italie qui nécessite une distinction essentielle entre mouvement social et groupes politiques, mais nous pensons que cette simple information peut permettre de mieux saisir quels sens politiques a pris le terme "autonomie" en Italie, et donc éviter certaines mystifications qu’on tendance à faire en France quand on fait référence aux "autonomes" en Italie : voici l’essentiel de ces groupes et tendances qui font référence à l’autonomie.

1. "Comités Communistes pour le Pouvoir ouvrier" : Groupes ouvriers sortis de Lotta Continua et fusionnés avec une tendance de Potere Operaio (Groupe marxiste-léniniste). Ils sortent le journal Senza Tregua. Ils sont surotut implantés dans la banlieue ouvrière de Milan. Ils sont sur des positions rigidement ouvriéristes et cherchent à organiser la fraction la plus radicale des ouvriers qu’ils appellent "gauche ouvrière" contre la fraction ouvrière contrôlée par les réformistes, en vue de "la construction du parti révolutionnaire". Ils sont très affaiblis par la répression. Plusieurs de leurs militants sont emprisonnés avec accusation de terrorisme.

2. "Comités Communistes Révolutionnaires" : Ils sont sortis du précédent groupe en l’accusant de ne pas ouvrir un débat sur le programme révolutionnaire et d’être seulement activiste et de ne pas donner suffisament d’importance au mouvement de printemps. Ils ne sont pas très implantés mais ont surtout un prestige intellectuel.

3. "Comités Communistes pour la Dictarure Prolétaire" : Tendance dérivée de Potere Operaio dans la Vénétie, très semblable au premier groupe, mais moins portée à la lutte de type gauchsite (conçoivent une cosntruction du parti à plus long terme). Ils sortent le journal Pour le Pouvoir Ouvrier.

4. Le PCI (ML) qui sort le journal La Voce Operaia et le "Comité Communiste Marxiste-Léniniste" (journal Addaveni) : Groupes ML qui sont entrés dans la sphère de l’autonomie à cause de la crise de leur idéologie et de leur besoin de s’opposer avec beaucoup de force au PCI.

5. "Collectifs politiques ouvriers" : Ils existent surtout dans la région de Milan et sortent le journal Rosso. C’était, à l’origine, un groupe de gauche syndical qui a fusionné avec des militants de Potere Operaio. Ils étaient plutôt droitiers à l’origine et ont évolué à gauche. Ils sont sur des positions "comportamentistes", c’est-à-dire pratiquant une exaltation des comportements radicaux des prolétaires : refus du travail, abstéisme, appropriations... Ils ont disparu dans les suines à cause du reflux des comportements qu’ils exaltaient ; ils cherchent à organiser surtout des luttes d’appropriations en dehors de la sphère de la production et menées par des militants, et des " rondes prolétaires" contre le travail illégal (travail au noir, travail à domicile, etc.). Sur le plan organisationnel, ils sont léninistes (construction du parti)

6. "Comités Ouvriers Autonomes" de Rome, plus connus sous le nom de "Via del Volsci" (du nom de leur siège qui a été récemment fermé : cette mesure s’inscrit dans les mesures générales de répression prévues dans le pacte social signé par tous les partis en juin 1977) : Ils sortent le journal Rivolta di Classe. Ils sont très implantés dans les hôpitaux de Rome et aussi dans plusieurs entreprises (telles que l’ENEL, équivalent italien de l’EDF, au sein de laquelle leurs groupes autonomes ouvriers mènent la lutte antinucléaire). Ils ont une conception du "Parti-Procès" que l’on peut qualifier aussi de mao-spontanéiste : cette conception repose sur l’idée d’un parti formé de l’agglomération d’une somme de petites organisations. Ils représentent une tendance néo-léniniste de la sphère de l’autonomie. Dans la zone de Milan existe le collectif polyclinique de Milan qui a une certaine importance et qui est sur des positions proches des groupes de la Via del Volsci.

7. On peut également parler après le mouvement de printemps du nouveau mouvement autonome défini quelques fois comme les "autonomes désorganisés", influencés par les transversalismes. On définit dans le transversalisme la tendance qui se retrouve dans un certain nombre de journaux dont le plus important est A/traverso, lié à la radio Alice. Sans prétendre exposer clairement ce que sont les transversalistes, en voici les points les plus importants :
Sur le plan organisationnel, c’est le refus de la forme parti à laquelle ils substituent la formation d’une myriade de petits groupes qui s’organisent sur pratiques sociales comme la radio libre et qui les satisfont immédiatement.
Sur le plan de la communication, c’est la tentative de traverser les séparations que la société crée, à travers un instrument nouveau, que ce soit sur le plan du langage ou sur le plan technique (radios, cassettes, etc.)
Sur le plan des contenus politiques qu’ils mettent en avant, le refus du travail n’est pas entendu comme un attaque contre l’usine capitaliste, mais comme une acceptation de travaux marginaux créatifs (par exemple, produire des cassettes, des journaux ; créer des circuits alternatifs où s’exprime la créativité).
Sur le plan programmatique, ils prônent ce qu’ils appellent "intelligence technico-scientifique", comme capacité de réduire le temps de travail nécessaire, en développant des recherches techniques sur la structure productive.
Ne prenant pas en compte la lutte au sein de la production capitaliste et étant stricttement axés sur l’organisation du temps libre, ils sont très peu implantés en milieu ouvrier et presqu’uniquement chez les étudiants et les chômeurs ou les travailleurs occassionels (ce qu’on appelle couramment en Italie les "sans garantie").

En dehors de ces sept tendances politiques de l’autonomie, il nous faut signaler aussi la parution d’un certain nombre de revues.
Les plus intéressantes à signaler sont :

La revue Marxiana, sur des positions conseillistes.
La revue Primo maggio, réalisée par des camarades de "Lotta Continua" et de "Potere Operaio", mais critiques sur les thèses lénisnites de la construction du parti.
La revue Collegamenti operaio (traduction : Liaisons ouvrières) : elle était à l’origine diffusée sur Milan par un groupe ouvrier libertaire. Actuellement, elle est réalisé à un échelon national par un ensemble de camarades présents dans toutes les grandes villes de l’Italie. Ces camarades, principalement des ouvriers, ont milité en bonne partie dans les premiers organismes autonomes (1973-1975). (Signalons cependant que les premiers débats sur l’autonomie en Italie datent des années 50). Actuellement, ces camarades ne se reconnaissent plus dans la sphère de l’autonomie. Ils sont sur des positions anti-léninistes.
Le texte qui suit est une traduction du numéro 1 de la nouvelle feuille de Collegamenti operaio que les camarades du groupe de Milan diffusent sur cette ville. Il nous est paru intéressant d’introduire cette traduction dans cette brochure dans la mesure où cette feuille a été préparée non seulement en vue d’un débat dans les usines, mais aussi pour être distribuée à Bologne pendant le rassemblement en septembre contre la répression. Elle a donc été conçue de façon à toucher plusieurs mouvements, et pas seulement les "têtes" de la sphère de l’autonomie. Or, la position de ces camarades nous paraît d’autant plus intéressante que, outre le fait qu’ils présentent ici une analyse générale de la situation de classe actuellement en Italie en rapport avec la restructuration du capital et ses conséquences au niveau de sluttes et de la signification de l’autonomie dans cette situation, ils sont sur des positions anti-léninistes et anti-gauchistes auxquelles font références les groupes autonomes actuellement en France. Or, ces camrades militaient dans les premiers organismes autonomes. Il est intéressant aussi de savoir pourquoi il ne s’y reconnaissent pas.


http://archivesautonomies.org/spip.php?article241
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 24 Aoû 2017, 12:05

La situation italienne après le mouvement du printemps 1977

Texte extrait de la brochure L’Autonomie, le mouvement autonome en Italie et en France, Spartacus, série B, n° 90, mars-avril 1978.

Les premières échéances de septembre nous donnent déjà un cadre assez précis du comportement ouvrier actuel : le nombre de ceux qui sont descendus dans la rue lors de la grève syndicale du 9 septembre [1] est resté limité, la masse des travailleurs s’est mise en grève sans enthousiasme, sans objectifs clairs, tant il est vrai que pour la faire, le syndicat a dû l’associer à des conflits internes à l’entreprise.
Dans cette situation, le but du syndicat, et surtout du P.C.I. a été précis, à savoir : garantir que ne se manifeste aucune dissension à la ligne du pacte social, et pour l’obtenir, il a donné toute liberté à son service d’ordre pour matraquer les ouvriers qui ont voulu manifester leur désaccord.
Pour nous, il serait sans intérêt d’en rester là, à mener une polémique contre le P.C.I. qui n’a fait que radicaliser sa pratique normale de répression des luttes ouvrières autonomes et il nous paraît pas important, comme pour la D.P. (Democrazia Proletaria) [2] de démontrer la prétention du P.C.I. de faire fonctionner le syndicat comme courroie de transmission. Nous pensons au contraire que les ouvriers doivent continuer le débat sur la situation concrète, sur la lutte contre la restructuration, pour la garantie du salaire, contre les licenciements, et éviter de se faire entraîner dans la polémique sur la "violence", où, par "violence", les réformistes entendent les tentatives d’opposition au pacte social que tous les partis ont signé, et non l’exploitation patronale et les mesures anti-ouvrières du gouvernement.
Nous croyons en fait que l’opposition ouvrière ne peut pas s’accroître dans un meeting tel que celui du 9 septembre, mais qu’elle doit s’organiser dans les usines et donc, qu’un débat doit se développer entre ouvriers et prolétaires qui débouche sur une action précise en réponse à la situation actuelle.
Il en faut peu pour que rendre compte de la gravité de l’attaque anri-ouvrière sur tous les fronts, des licenciements, du blocage de l’emploi, de l’aggravation des conditions de vie et de travail que nous subissons.
Le dernier exemple est la loi sur le pré-emploi qui finance les patrons avec de l’argent prélevé sur les salaires par de nouveaux impôts, et qui détruit tous les droits et les garanties qui avaient été conquises, en légalisant le travail au noir et la surexploitation (le refus de cette loi par la Confindustria [3] et la nécessité, de ce fait, pour le gouvernement d’accepter des conditions encore plus avantageuses pour les industriels, démontrent qu’il est impossible d’utiliser la loi dans l’intérêt de l’ouvrier).
Il est encore plus clair qu’aucun des partis ni des syndicats ne s’oppose à ce projet, tous sont d’accord pour reconnaître que le premier problème est de sauver l’économie nationale, qu’il faut répartir équitablement les sacrifices, etc. (par exemple, en éliminant les sept jours fériés de façon à ce que les ouvriers se sacrifient et travaillent plus, et que les patrons se sacrifient en exploitant plus, ou encore, comme l’a dit Lama [4] le 9 septembre, en assurant la pleine mobilité pour garantir l’emploi, comme si la pleine mobilité n’était pas un moyen de réduire les besoins en main-d’oeuvre et donc de permettre de nouveaux licenciements).
Le problème qui se pose alors est celui d’avoir un projet et une alternative d’organisation à celles d’aujourd’hui. Mais, là aussi, sur cette question des alternatives, de l’opposition ouvrière, nous devons commencer par mettre les choses au clair. Pour beaucoup d’ouvriers, le problème est de rendre le syndicat plus combatif, et même d’avoir un nouveau parti à la place des vieux partis qui ont "trahi".
Selon nous, c’est une réponse erronée à une exigence réelle : les partis et les syndicats jouent leur rôle d’organisateurs des travailleurs, non pour opposer leurs intérêts de classe aux patrons, mais pour vendre à meilleur prix leur force de travail sur le marché capitaliste. C’est pourquoi, quand le système productif est en expansion, sous la pression des luttes ouvrières, les bureaucraties syndicales et politiques prennent des mesures à cet effet, moyennant quoi s’instaure toute une série de centres de pouvoir. Mais quand il est nécessaire pour le capitalisme de se restructurer, quand les luttes ouvrières s’opposent avec détermination à cette nécessité, il se forme un bloc conservateur qui unit au contraire les patrons aux réformistes.
D’autre part, à y voir de plus près, on s’aperçoit que le P.C.I. n’est pas seulement une organisation bureaucratique et hiérarchique qui met un frein aux luttes, mais qu’il gère aussi directement le pouvoir économique, que ce soit au niveau national (mouvement des coopératives, banques, et même dans l’industrie elle-même), ou que ce soit au niveau international où il a la fonction de médiateur entre le capitalisme italien et les pays de l’Est et de l’Afrique, placés sous l’hégémonie soviétique. De plus, le capitalisme italien, grâce à l’énorme expansion de l’intervention de l’Etat, a développé et rallié à lui une grande masse d’intellectuels, techniciens, couches moyennes, parmi lesquelles le réformisme s’est répandu et des intérêts desquelles il doit tenir compte.
En définitive, l’expérience démontre que les représentants du monde du travail extérieurs ne Peuvent défendre nos propres intérêts. Quand nous parlons donc d’alternative, nous nous référons clairement à notre action directe, à l’organisation que nous nous donnons, au pouvoir que nous savons prendre concrètement.
Aujourd’hui, il s’agit pour nous d’avancer sur la voie ouverte par des années de lutte, mais pour le faire, les moyens que nous avons utilisés jusqu’à maintenant ne suffisent plus, nous devons comprendre sur quel terrain nous nous mouvons pour affronter le combat et vaincre.

2. QUELQUES DONNEES SUR LA RESTRUCTURATION ET LA RECONVERSION

La crise a travaillé avec force et ténacité, elle n’a épargné personne. Nous utilisons ici le terme "crise" dans son sens le plus large, à savoir comme comportement du capital dans son attaque contre la force ouvrière qui implique l’utilisation d’instruments et mécanismes nouveaux dans l’objectif de réaliser l’accumulation dans une situation de modification des rapports de force entre les classes.
Nous définissons donc la restructuration comme cet ensemble de modifications du procès de production visant à une relance de l’accumulation.
Concrètement, le processus actuel de restructuration signifie : 1) L’introduction d’une nouvelle technologie, comme par exemple dans l’industrie de l’automobile, dans l’objectif d’augmenter la productivité du travail, de réduire le nombre d’emplois, et surtout détruire l’expression du pouvoir ouvrier dans l’usine. Du point de vue de l’organisation ouvrière, nous pouvons vérifier que la tentative des patrons est de détruire l’unité de classe qui s’est formée dans les grandes usines, par le biais d’une décomposition plus poussée des travaux, une fluidification de la production, c’est-à-dire en pratique, l’introduction de structures capables de garantir la production, même en présence de luttes ouvrières en amont ou en aval (doubles chaînes, réserves de main-d’oeuvre disponible) et l’augmentation de la productivité par l’introduction de stimulants, avec l’accord du syndicat.
2) La déconcentration de la production qui va du développement des petites et moyennes usines à l’augmentation du travail au noir, à domicile, etc. Il faut souligner au moins deux points à ce sujet : d’une part, la déconcentration ne signifie pas du tout disparition de la grande entreprise centralisée, étant donné que toutes ces petites usines ne sont pas indépendantes, mais centralisées par les grandes industries, soit directement par la coopération au niveau de la production, soit par le contrôle bancaire. D’autre part, la déconcentration signifie un déplacement d’une série d’usines du vieux triangle industriel, Turin-Gènes-Milan, désormais saturé et où règne une grande combativité, vers un nouvel axe qui traverse la Toscane, l’Emilie et la Vénétie [5] (il suffit de voir qu’en Emilie, le niveau de l’emploi est de 56 % contre une moyenne nationale de 33 %). Cet axe est caractérisé par, d’une part, un plus fort contrôle politique sur ces territoires, que ce soit par la dominance du P.C.I. en Emilie et en Toscane, de la D.C. dans la Vénitie et, d’autre part, une dimension réduite des entreprises (ce n’est pas par hasard si, très récemment, un théoricien du P.C.I. d’origine ouvrière disait que la déconcentration de la production est en soi un élément de transition au socialisme).
3) La définition d’un rapport différent entre l’Etat et l’entreprise (et nous parlons ici de reconversion) selon lequel l’Etat reconnaît au système de l’entreprise le rôle de garantir l’accumulation et déplace par une série d’opérations les ressources de la consommation privée et sociale du prolétariat vers l’entreprise elle-même (par des mécanismes fiscaux, une tentative de rendre rentables aussi bien les services que les participations de l’Etat, signifie en pratique le blocage des salaires des travailleurs des services, restructuration et démantèlement des participations de l’Etat, augmentation des tarifs des services eux-mêmes).
Ce processus de restructuration s’insère dans une modification du rôle du capitalisme italien au niveau international qui d’un capitalisme producteur et exportateur de produits manufacturés, va se transformer en un capitalisme producteur et exportateur de structures industrielles complètes de technologie moyenne (voir les accords avec la Russie, les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient). En conséquence, est reliée à cecipolitique de soutien à la demande interne qui avait été pratiquée jusqu’à maintenant soit par quelques concessions salariales, soit par l’expansion de l’emploi garantie par l’Etat. Une politique économique de ce type signifie évidemment une aggravation des conditions de vie du prolétariat et une nette augmentation des antagonismesclasses.
Pour affronter ce fait, il est nécessaire que l’ensemble des forces politiques participent au processus en obtenant une partie des bénéfices, voilà tout le mystère du pacte social.
Le pacte social signifie en pratique une synthèse entre le réformisme d’en haut, garanti par la D.C. (par le contrôle sur la machine étatique, la réunion des couches moyennes et le rapport avec la bourgeoisie), et le réformisme d’en bas que garantit le P.C.I. par sa capacité à contrôler les couches ouvrières assez nombreuses et son réseaupouvoir local. L’éventualité que le pacte social se traduise ensuite en compromis historique ou donne vie à de nouvelles déchirures, dépendra d’un ensemble assez complexe de facteurs qui vont du comportement réel du prolétariat à l’équilibre international du pouvoir.
L’année dernière, nous avons pu vérifier les effets du pacte sur le comportement de classe : d’un côté, une riposte à toutes ces organisations qui s’opposent à la lutte ouvrière qu’elles avaient jusqu’à maintenant médiatisée, de l’autre, une radicalisation des secteurs sociaux qui n’ont aucun espace réel dans ce pacte social.
Ces facteurs ont déterminé aussi l’évolution actuelle par des chemins différents de la lutte ouvrière et du mouvement des sans-travail : d’un côté, la classe ouvrière se voit obligée de reconstruire ses instruments d’action d’une manière inévitablement souterraine et informelle, de l’autre, les chômeurs manuels et intellectuels ne disposent d’aucun point d’insertion par lequel mener leur propre lutte et sont donc contraints de l’orienter sur un terrain totalement étranger à la production qui ne permet par conséquent pas d’obtenir des résultats et des conquêtes immédiates mais qui, à l’opposé, n’a d’incidences qu’en termes de pouvoir.
Le gros problème qui se pose aujourd’hui à la classe ouvrière est l’utilisation, de la part du pouvoir, de ce que nous pouvons définir comme une "’culture de la crise" :
Dans le cycle des luttes précédentes, les ouvriers considéraient comme affaiblie la capacité du système à répondre à leur pression, que ce soit en termes de meilleures conditions de travail ou d’améliorations salariales. En pratique, les ouvriers accroissaient leur pouvoir au sein de la production sans se poser le problème de l’appropriation deproduction elle-même. Ce type de développement a été immobilisé dans la mesure où a été présenté aux ouvriers, en pratique soit par les licenciements et le blocage des augmentations, soit au niveau de l’opinion par une campagne massive qui est partie de la crise du pétrole, l’éventualité d’une catastrophe qui mette en cause leur propre possibilité de survivre (nous nous référons ici à la pénurie des ressources, à la pollution, etc.).
Sur ce terrain, la lutte purement revendicative présente des difficultés croissantes, les points de force précédents deviennent des points de faiblesse, comme le démontre par exemple le cas UNIDAL aujourd’hui et le cas "INNOCENTI" [6] où on répond à la pression ouvrière avec la menace et la pratique des licenciements de masse ou avec une élévation démentielle des charges de travail.
Il devient alors nécessaire de mettre à l’ordre du jour une lutte d’appropriation, d’exercice direct du pouvoir ouvrier. Les ouvriers n’ont pas pu, toutes ces années-ci, se poser le problème ni même se forger une opinion sur comment une telle lutte peut se pratiquer. La vieille idéologie de la conquête du pouvoir à partir de laquelle se sont développés le P.C.I. et les petits partis nés à sa gauche, n’est pas une bonne solution pour les ouvriers, soit parce que la lutte dans une économie intégrée à l’échelle internationale comme l’économie italienne, se situe à un niveau beaucoup plus élevé, soit parce que l’expérience des "pays socialistes", qui sont en réalité capitalistes d’Etat, démontre qu’un parti maître n’est pas mieux qu’un parti bourgeois.
En outre, la lutte ouvrière est déjà une critique du capitalisme d’Etat, étant donné que les besoins et les rapports sociaux qui lui sont propres ne se limitent pas à toucher la forme juridique de la propriété bourgeoise pour la substituer à la propriété d’Etat, mais vont jusqu’à se mesurer et à critiquer concrètement l’organisation même du travail et de la vie, donc à proposer l’abolition du salariat.
D’autre part, il est pratiquement impossible de s’emparer des usines et de construire à partir de là le pouvoir lui-même, cas par cas, dans une structure productive qui n’est pas la simple addition de plusieurs entreprises, mais qui fonctionne selon des circuits intégrés à un niveau national et international. Le niveau maximum nécessaire que la force ouvrière doit atteindre pour se poser comme force organiquement antagoniste au capitalisme doit donc être la capacité de modifier à l’échelle générale les rapports de production à son propre avantage, soit sous la forme d’obtention de conquêtes immédiates et concrètes, soit sous la forme d’une capacité totale à modifier les lois qui règlent la production. L’actuelle structure de classes nous donne quelques indications dans ce sens quand elle met en évidence la nécessité pour le capitalisme de dévaloriser l’intelligence productive du prolétariat pour s’en assurer un contrôle encore plus inébranlable.
Par conséquent, développer cette intelligence productive sur les thèmes des conditions de vie des prolétaires est une voie obligatoire sur laquelle nous devons nous mesurer et sur laquelle le mouvement est déjà en train de faire ses premières preuves dans la lutte anti-nucléaire, et en général dans la critique de la production de la mort.

3. LES LIMITES DE LA RESTRUCTURATION

La restructuration en cours aujourd’hui apparaît à beaucoup de camarades et en général aux prolétaires commepreuve d’une capacité illimitée du capitalisme d’assurer son propre pouvoir sur le terrain de la production. Ce type d’évaluation se reflète de manière contradictoire au sein du débat ouvrier, à savoir que pour les couches les moins combatives du prolétariat, c’est un élément de renforcement des liens avec le réformisme et de perte de confiance dans la lutte, tandis que pour les ouvriers les plus combatifs, c’est un stimulant pour prendre des distances par rapport à la lutte et l’organisation au sein de l’usine et miser sur un niveau d’affrontements plus "politiques".
Concrètement, cela signifie la maturation d’une contradiction interne à la classe ouvrière que l’on peut théoriser comme contradiction entre droite et gauche ouvrière. De cette façon, l’extrêmisme fonctionne une fois de plus comme face complémentaire et subalterne du réformisme, étant donné qu’il n’arrive pas à dépasser une attaque, bien que juste et méritée, de la politique réformiste.
Une idée plus claire sur les limites de la restructuration peut être au contraire un point de force pour l’opposition ouvrière.
Les limites économiques sont la difficulté évidente que le capitalisme a pour réaliser un relancement effectifsolide de l’accumulation, étant donné que les nouvelles technologies introduites impliquent une augmentation des dépenses et ne garantissent pas une augmentation suffisante de la productivité. Le même discours vaut pourdéconcentration productive qui, si elle permet une séduction du coût du travail, pose de toutes façons de nouveaux problèmes de gestion et de financement et n’est praticable seulement que dans quelques secteurs.
Mais surtout, il y a les limites de la résistance ouvrière qui s’exprime dans la défense de quelques mécanismes salariaux comme l’échelle mobile, défense qui, nous l’avons vu, se traduit dans les luttes autonomes à chaque augmentation massive des prix, dans la persistance des luttes de catégorie, dans la combativité nouvelle des secteurs traditionnellement à l’arrière-garde (hôpitaux, dockers, aéroports, chemins de fer, etc.). Il s’agit d’une force ouvrière qui apparaît rarement sous la forme d’organisation d’objectifs précis, mais dont le capital perçoit parfaitement les contradictions et les difficultés à développer une structure cohérente.
Outre la résistance ouvrière, il faut considérer les données du mouvement de printemps, expression d’une crise profonde du contrôle social, crise qui va s’élargir à cause de la chute de l’emploi et de la marginalisation croissante de la population hors du système productif et hors du système des partis.
L’unique type de récupération de ce mouvement que le pouvoir peut opérer, soit dans sa variante conservatrice, soit dans sa variante réformiste, est son utilisation contre les luttes ouvrières pour faire passer la politique des sacrifices en soutenant que les sacrifices sont indispensables pour garantir l’emploi. Si cette éventualité se vérifie, le risque qui court est d’assister à une radicalisation de la classe ouvrière contre les "sans garantie", une séparation et une opposition dans les usines à tout autre type de lutte prolétaire.
La limite principale de la restructuration qui nous intéresse est sa capacité à mettre en échec stratégiquement l’autonomie de classe.
Si cette restructuration signifie soumission plus étroite à la loi du profit de toute l’activité sociale, elle signifie aussi élargissement et homogénéisation des comportements et des intérêts de classe, expansion de la force ouvrière. Alors, la lutte au port de Gènes, à l’aéroport de Rome [7], parmi les travailleurs des hôpitaux et des chemins de fer, les cartes syndicales déchirées par des milliers ne sont pas des faits corporatifs, ni même trop particuliers, mais des éléments précis de cette expansion.
Certainement, ces luttes et toutes celles qui se dérouleront à l’avenir ne peuvent rien compter, ni sur la rigidité du système productif, ni sur les institutions. En fait, le système productif tout entier s’oppose aujourd’hui à l’action ouvrière sans laisser aucune exception ni par des interventions de l’Etat pour sauver les secteurs en crise, ni par des engagements auprès des employés du secteur public pour assurer l’emploi. Ceci est d’autant plus grave pour les ouvriers qui n’ont pas la chance de travailler pour un patron à la grâce de Dieu ou du Fond Monétaire International !
A ce point, les institutions ne font que refléter cette donnée, que créer un consensus et la peur pour le faire accepter. Si cela signifie de nouvelles difficultés pour l’action ouvrière, cela signifie aussi moins d’illusionsmoins de récupérations.

4. LA CRISE DU MILITANTISME

Nous avons exposé schématiquement ce que la crise a changé dans l’économie, dans la production, dans la classe, dans les systèmes de gouvernements de la société. Cherchons maintenant à éclaircir un autre aspect social, lui aussi modifié, à savoir le militantisme, la pratique de la théorie révolutionnaire.
Depuis 1973, il y a eu un blocage dans les types de luttes qui se sont développées jusqu’à maintenant. L’action ouvrière a perdu la force d’impact qu’elle exerçait en 1969 dans les grandes usines métallurgiques, mécaniqueschimiques, et s’est dispersée en multiples luttes dans les petites et moyennes entreprises, sans que ces ruisseaux ne se réunissent en un grand fleuve.
La classe a alors abandonné ses conseils d’usine, organes d’action politico-organisationnels immédiatefonctionnelle et a perdu son principal point de force, la rigidité du travail, soit dans le sens de la garantiel’emploi, soit dans le sens de l’immobilité du poste [8].
C’est ceci le point fondamental pour comprendre la suite, c’est-à-dire ce qui s’est passé dans la sphère du militantisme.
A l’affaiblissement de l’action ouvrière a fait suite immédiatement l’affaiblissement des groupes politiques axés sur la lutte dans les usines qui s’est manifesté par un "vide", une "crise" de la théorie de la révolution. L’écroulement de tout un réseau de liaisons dans les luttes ouvrières a fait abandonner les hypothèses d’une croissance de l’organisation dans la production après que chaque groupe ait été amené à se heurter à son propre mur, suivantfaçon dont il entendait mener la lutte de classe.
Les militants extérieurs et les groupes anarchistes remettaient à l’ordre du jour la théorie du refus et s’attachaientressouder leurs propres organisations ; nombreux étaient ceux qui se dispersaient ainsi. Beaucoup de camarades restés dans l’usine après une réflexion sur le cycle des luttes en arrivaient à choisir la voie des groupes autonomes.
Les groupes autonomes sont donc le produit du refus ouvrier, ils naissent tardivement, en relation avec les tâches qui se définissent, et apparaissent sur un terrain défensif, la sauvegarde des améliorations obtenues. Ils serontpoint de départ des luttes contre la restructuration, en cherchant à s’opposer à la rupture de la rigidité ouvrière dans les catégories qui semblent plus ou moins avoir été le point de force de la classe. La voie de l’autonomie est donc dans ce sens conservatrice. Etant incapable de donner vie à une théorie du développement révolutionnaire danssphère de la production, elle butte sur la défense d’une situation ouvrière spécifique, en se radicalisant toujours plus et en créant des organismes là où il y avait auparavant un flot de luttes. De plus, c’est une voie arriérée parce qu’elle prive les ouvriers d’une compréhension plus générale de la crise, ce dont est encore plus responsablenéo-léninisme dont le spectre plane dans la sphère de l’autonomie. En faisant une distinction, suivant leur habitude, entre organisation et mouvement réel, les néo-léninistes introduisent entre théorie et pratique une séparation qu’ils ont toujours faite et qui, au cours de leur défaite historique, s’approfondit jusqu’à opérer une
réduction toujours plus grande de la spécificité ouvrière ; c’est pourquoi ils sont en permanence à la recherche du nouveau sujet révolutionnaire prolétarien, de situations sectorielles (des ouvriers aux femmes, aux jeunes, etc.), substituant à la totalité une partialité généralisée.
Le rappel d’une spécificité ouvrière concrète, c’est-à-dire de la particularité de la forme dans laquelle s’exprimeforce ouvrière, renvoie à l’existence de la couche sociale qui a découvert dans le militantisme une possibilité d’action concrète.
La théorie de la vie quotidienne comme fait politique naît quand la vie quotidienne est désormais vécue comme une crise du militantisme qui ne paie pas.
La fuite de l’usine qui a suivi une donnée réelle, celle de la crise des luttes, a fait le reste : soit elle s’est traduite par l’auto-licenciement de camarades qui n’arrivaient plus à trouver dans le travail en usine un terrain concret d’intervention, soit elle s’est traduite par "l’auto- marginalisation" des comportements ouvriers.
Maintenant, nous nous trouvons affrontés au fait, à Rome comme à Bologne, que le mouvement est identifié sans réserve au Mouvement, qu’on assimile peu à peu à la classe.
Les nouvelles théories de ce nouveau mouvement nous semblent être un jeu de miroirs qui renvoie l’imagel’infini. Les transversalistes [9], avec le « sujet frémissant de flux désirants », regardent l’action et la pratique organisationnelle à travers l’image que renvoient les vieux schémas léninistes incarnés par les vieux groupes et les tendances autonomes. A l’inverse, les néo-léninistes se servent de la théorie du nouveau sujet pour camoufler les erreurs politiques non négligeables qui ont décimé leurs rangs.
Disons à ces camarades qu’il est temps de cesser de porter aux nues chaque convulsion produite par la crise que traverse le prolétariat.

5. PERSPECTIVES

En brisant le mécanisme de développement économique, fondé sur le rapport entre expansion de la productionexpansion du salaire/consommation, la crise a modifié la perception de la société qui a perdu son vernis dorébien-être et l’espace démocratique a été plus étroitement soumis à l’usine.
Aujourd’hui la société n’est plus la société civile où les querelles entre groupes sociaux pouvaient se résoudre dans la confrontation, mais elle est le lieu où se complète le processus de production à travers la phase spécifique dereproduction de la force de travail.
La vie du prolétariat n’est pas laissée au hasard. La phase de reproduction de la force de travail est analysée scientifiquement et divisée en situations et mouvements parcellaires : travail d’usine, secteur tertiaire, travail marginale, école, chômage ; chaque prolétaire a à sa disposition ces choix, en opposition à la rébellion et à la marginalisation.
Rupture du cycle des luttes, perte de la rigidité de la force de travail, organisation capitaliste de la reproduction de la force de travail, salaire qui, d’un vecteur prédominant du développement économique, se transforme en bailleur de fonds du mécanisme complet de la production, voilà les moteurs du démarrage des transformations sociales profondes que nous sommes en train de vivre, et qu’au moins une grande partie des protagonistes vivent comme une radicalisation du mouvement dans son ensemble en faisant le culte de comportements particuliers.
Si on accepte ceci, on en déduit qu’il est nécessaire de définir une voie qui soit une attaque recomposée et globale au niveau des différentes phases.
En affirmant aussi que la révolte de printemps est l’expression de la « couche sociale prolétaire qui réalise la concrétisation sociale maximum du temps libre par rapport au temps de travail », on ne doit pas oublier que c’est le temps libre par rapport au temps de travail, spécifique à ce système de production, qui règne dans les usines et que c’est ceci qui va déterminer la manière dont se fait la "libération" (de temps) : expulsion, contrôle, c’est-à-dire de toutes façons. la recherche par le capital de nouvelles formes de production.
N’intervertissons pas les termes du problème. Ce qui semble échapper à tant de camarades, c’est justement cela : le mécanisme complexe et coûteux de l’inflation/restructuration n’est pas un jeu qui ait une fin en soi, mais une stratégie bien claire qui se propose, ou mieux fonctionne déjà comme une refonte de l’économie, comme la reprise du procès de production dans un nouveau système intégré.
En cela, le capital ne laisse pas de marge au mouvement. C’est là que l’on doit se battre, c’est là que se reconstruira un front. Et c’est à partir de là qu’on peut abandonner à l’histoire passée une conception de la révolution comme expression politique séparée, pour, au contraire, tirer une conclusion concrète : la socialisation massive du travail porte en elle des contradictions insolubles sous la domination du capitalisme. Dans cette faille qui traverse tout le système de l’usine, il faut continuer à enfoncer les burins de la recomposition de classe. La révolution comme totalité d’action de classe.
Il est difficile de formuler des propositions qui correspondent aux besoins concrets immédiats. On peut cependant énoncer une série de propositions.
Au cœur de la crise, il y a un élargissement énorme de la base productive, dans ce sens que des vieilles couches sociales laissées en marge de la machine capitaliste deviennent fonctionnelles pour la production, et c’est ainsi que se créent les prémices d’une recomposition de classe qui tend à être globale. Il y a aussi une augmentation deproductivité qui rend possible une réduction de la part de travail individuel, tandis que le capital tend au contraire à réduire le travail socialement nécessaire à sa reproduction complète, et à développer le travail improductif. Ensens, les tâches actuelles sont les suivantes :
relancer plus clairement le débat ouvrier pour le développement de coordinations d’usines, de zones et de secteurs qui servent de point de départ à l’organisation d’une opposition sur tous les thèmes de l’exploitation (salaires, horaires, pollution, etc.) ; développer une connaissance plus approfondie des mécanismes du capital qui puisse servir de guide pour une action autonome plus décidée ;
avec toutes les autres couches sociales prolétaires, ou mieux, avec tous les moments séparés du processusreproduction de la force de travail, développer l’affrontement avec le capital sur des objectifs précis, même s’ilssont aujourd’hui praticables qu’en termes limités, partiels et pour une bonne part encore propagandistes, comme les réductions d’horaires, le contrôle prolétaire sur les prix, etc. ;
pousser à fond la rupture avec les forces sociales qui ne voient dans la crise que l’occasion de réaffirmer leurs intérêts anti-prolétaires, à travers la critique, théorique et pratique, aussi bien de leurs actions sur le plan économique que des forces politiques qu’ils organisent et représentent.
Ces propositions sont encore très générales, de même qu’est général le débat qui existe au sein des coordinations ouvrières et dans les situations de lutte ; elles nous semblent par ailleurs exprimer des exigences actuellement assez répandues et présenter des données sûres qui peuvent servir de point de départ soit pour un débat de situation, soit pour un débat comme celui de Bologne en septembre.
Pour lui donner un caractère opérationnel et organisationnel, nous devons poursuivre la confrontation des expériences que nous sommes en train de mener, tout en renforçant les liens entre les situations de lutte, en définissant des objectifs concrets qui aillent dans ce sens, en brisant l’isolement et le ghetto dans lequel le pouvoir veut nous enfermer.
Milan, septembre 1977

*****

Additifs faits par les auteurs après la traduction

Il nous semble que ce qui se trouve exprimé dans ce texte s’est amplement vérifié au cours du mois d’octobre :

La "Montedison", groupe industriel du secteur chimique et textile dont les capitaux sont détenus en partie par le secteur privé et en partie par l’État, va licencier sept mille ouvriers dans le secteur textile et demande 130 milliards de lires (7,15 milliards de francs) à l’État pour éviter d’en licencier vingt-trois milles autres, détruisant ainsi l’économie entière de certaines villes (Vercelli, Verbamia, etc.) De plus, pèse la menace de la fermeture du groupe E.G.A.M. (sidérurgie, métallurgie, etc.) où, là aussi, l’État à une participation.
Suite à la loi prévoyant une subvention spéciale aux entreprises qui s’engagent à employer des jeunes chômeurs qui ont acceptés de sinscrire sur une liste spéciale pour un emploi limité d’un an et demi, la Confindustria (organisation patronle nationale) a posé ses conditions à une acceptation de la loi :
1. qu’un contrôle des entreprises sur la formation des jeunes soit institué ;
2. que la loi ne soit pas restrictive aux entreprises ayant plus de trois employés, mais s’applique aussi aux entreprises de moins de trois employés (favorisant le travail au noir) ;
3. surtout, et avant tout, que les entrepreneurs puissent choisir les demandeurs d’emploi sur les listes d’attente suivant leurs goûts et non pas suivant l’ordre chronologique d’inscription comme cela se fait actuellement ;
Si ces trois conditions sont réalisées, les patrons s’engagent non pas à diminuer le chômage, en réalisant ainsi les objectifs de la lois, mais à en empêcher simplement une augmentation excessive.
En ce qui concerne les prix :
1. Il a été décidé de revoir la loi limitant les loyers des "maisons populaires" (maisons délabrées) : trente-huit mille fammilles ont été expulsées à Rome et près de cent mille dans toute l’Italie.
2. Une augmentation massive des coûts de tous les services sociaux essentiels est en préparation. Elle n’entrera pas en compte dans l’échelle mobile des salaires, suivant un accord du gouvernement avec les syndicats.
Cette série de mesures fait partie d’un projet commun à tout le patronat public et privé en vue d’augmenter les profits. Cela démontre comment toutes les forces poltiiques se sont mises d’accord pour déléguer au système de l’entreprise le rôle de relance de l’accumulation en réduisant les dépenses publiques.
Le pacte social est l’instrument qui permet à l’État de prendre toute une série de décisions impopulaires, et ceci sans aucune contradiction au sein des isntitutions.
Forte de cette conquête, la Confindustria prend des positions toujours plus radicales ; toute une série d’industriels appelés "parti de l’inflation" demande que le pouvoir abandonne la politique de prudence déflationniste pour relancer la production. Cette tendance des indutriels veut affronter le problème du coût du travail non pas avec les données du chômage et des manoeuvres prudentes du gouvernement, mais par un affrontement direct avec la classe ouvrière. Il n’est pas encore possible de savoir quelle tendance du patronat prendra le dessus et sous quelle forme, ce qui est certain, c’est que dans cette phase, les contradictions de classe sont très fortes.

Milan, le 4 novembre


[1] Le 9 septembre, pendant la grève générale et durant un meeting avec Lama, secrétaire général de la C.G.I.L (équivalent italien de la C.G.T.), un groupe d’ouvriers a tenté d’exprimer son désaccord avec Lama. Le service d’ordre du P.C.I., composé d’environ mille cinq cents personnes munies de matraques, ont attaqué le groupe contestataire jusqu’au sang. Le P.C.L voulait ainsi réaliser plusieurs objectifs :
1)S’assurer un contrôle entier de la première manifestation d’automne.
2)Empêcher que se répètent les faits qui se sont déroulés lors du meeting à Milan de la C.I.S.L (Syndicat de la Démocratie Chrétienne), démontrant ainsi la crédibilité du syndicat du PC I par rapport à celui de la Démocratie Chrétienne.
3)Relever l’échec de Lama à Rome au printemps dernier, au meeting des étudiants. Ceci était d’autant plus important que cela se passait à Milan et que le P.C.I. voulait démontrer qu’il n’était pas contesté par les ouvriers à Milan, comme il l’avait été par les étudiants à Bologne.

[2] "Démocratie Prolétaire" : cartel électoral de plusieurs organisations gauchistes (Vanguarda, Operaia, P.D.U.P., Il Manifesto, etc.) qui se présente actuellement comme un nouveau parti à la gauche du P.C.I. sans qu’il y ait cependant fusion entre ces groupes.

[3] Contindustria :Association patronale nationale.

[4] Lama secrétaire national de la C.G.I.L., syndicat du P.C.I.

[5] Toscane, Emilie et Vénétie : régions du nord de l’Italie centrale, traditionnellement administrées par des partis de gauche et dans lesquelles ont été développées des structures productives basées sur une agriculture riche, organisée en coopératives de production et de commercialisation, sur la présence de très nombreuses petites et moyennes entreprises, sur un système de services sociaux suffisant pour assurer le plein emploi, et surtout sur un système bancaire géré par le P.C.I. qui a toujours garanti des crédits et de bonnes conditions. Le P.C.I. s’est ainsi assuré un contrôle total, non seulement politique, mais aussi économique, sur des régions entières.

[6] Unidal et Innocenti : ce sont quelques unes des entreprises où la restructuration a signifié une diminution massive de remploi et une augmentation très forte des cadences de travail.

[7] Le port de Gènes est un bastion traditionnel du P.C.I. et y sont employés des ouvriers traditionnellement très bien payés. La restructuration du port, acceptée par le signifie une diminution de l’emploi, une augmentation des charges, etc. S’est constitué dans le port un collectif de base qui, au cours des dernières assemblées, a mis en échec le syndicat du P.C.I. (il a obtenu la majorité des participants) sur la plateforme d’une lutte contre la restructuration.
A l’aéroport de Rome, il y a eu une grève contre la nocivité des conditions de travail pour les assistants de vol, et en lien avec les ouvriers de l’aéroport. Une autre lutte sur ces mêmes problèmes s’est développée dans les chemins de fer où le syndicat confédéral a voulu organiser une série de grèves pour récupérer le mécontentement montant de la base, laquelle s’est exprimée soit en grèves sauvages, soit par un renforcement du syndicat autonome (corporatif, sur des positions de droite). Sur tous ces types de lutte, il est clair qu’il s’agit de couches sociales particulières (ouvriers professionnels qui ont un fort pouvoir contractuel).

[8] On entend par rigidité du travail un ensemble de conquêtes ouvrières par lesquelles les patrons ne peuvent pas d’une part faire faire à un ouvrier un travail qui ne correspond pas à sa qualification, d’autre part transférer des ouvriers dans une autre entreprise ou dans un autre atelier. Cette conquête est une force du pouvoir ouvrier, dans la mesure où elle permet de constituer des groupes ouvriers homogènes et qui se connaissent. En outre. elle empêche les patrons de faire travailler les ouvriers dans des moments creux. Actuellement, le syndicat tend, dans la plupart des cas, à négocier les non-licenciements contre la mobilité (on entend par mobilité l’abrogation oie la rigidité du travail).

[9] A propos des transversalistes, voir la note introductive.


http://archivesautonomies.org/spip.php?article240
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 27 Aoû 2017, 16:39

Chronologie de six mois de révolte en Italie 1977

Chronologie issue de l’ouvrage Italie 77, le ’’Mouvement’’, les intellectuels, constitué de documents et d’articles rassemblés par Fabrizio Calvi.

Février 1977 : la révolte des étudiants, des chômeurs, des sous-prolétaires éclate brusquement en Italie. Quelques mois plus tard, les journaux italiens et étrangers publient en première page la photo d’un manifestant, le visage masqué, en position presque parfaite de tir, en train d’ouvrir le feu sur la police à Milan. Depuis, nous nous sommes habitués à ces images violentes, les attentats politiques, les morts de manifestants par balles semblent être devenus comme naturels. Mais ce serait une erreur de ne retenir de ce mouvement que les faits mis en avant par les médias. Il y a autre chose que les images sensationnelles, derrière cette révolte. Et c’est cette autre chose qui nous interpelle. Les évènements italiens posent en effet une série de questions qui nous concernent tous : l’Eurocommunisme fait ses premiers pas dans l’aide gouvernementale, ouvrant le débat sur la prise du pouvoir non violente par la gauche. Formulé au lendemain de la tragédie chilienne, le compromis semble être, au printemps 1977, à son faîte : depuis les élections législatives du 20 juin 1976, la Démocratie-Chrétienne poursuit son règne grâce au silence du PCI qui est ainsi entraîné sur un terrain de plus en plus dangereux. Réduit à cautionner des lois antiterroristes, un plan de lutte gouvernementale d’austérité, les communistes voient grandir de jour en jour le nombre des voix dissidentes. Grâce à une politique suivie dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PCI est enfin arrivé au seuil de la salle du trône. Mais le moment est délicat ; le désespoir des couches sociales exclues du cycle de la production et de la consommation s’accroît. C’est ce désespoir qui a fait brusquement irruption dans les rues des grandes métropoles de la péninsule. L’Italie pose donc le problème d’un système où l’absence de solutions économiques et un accord tactique entre Démocratie-Chrétienne et partis d’opposition rejettent plus violemment encore les oppositions de gauche dans l’illégalité, en font des hors-la-loi, les "criminalisent".

1er janvier
Révolte à la prison de Piacenza, la police tire sur les prisonniers, un mort.
Les "Noyaux combattants communistes" plastiquent une caserne de carabiniers à Monza.
Augmentation du téléphone.

2 janvier
Treize détenus de la prison de Trévise s’évadent, parmi eux, un membre du groupe clandestin d’extrême gauche : les "Brigades rouges".

3 janvier
Révolte à la prison de Venise.
Prise d’otage à la prison de Saluzzo.

5 janvier
Quatre prisonniers s’évadent de la prison de Fossombrone.
Le président du Conseil, Andreotti, propose de bloquer l’échelle mobile des salaires et de réduire la consommation, afin de freiner l’inflation.

6 janvier
Les syndicats rejettent les propositions d’Andreotti.

9 janvier
Quatre détenus s’évadent de la prison de Cuneo.
Expropriations à Milan : une vingtaine de jeunes pillent un salon de thé.

12 janvier
Les "brigades rouges" enlèvent l’armateur génois Piero Costa.

16 janvier
Un commando attaque la prison de Lecco et libère trois prisonniers.

18 janvier
Ouverture à Catanzaro (Calabre) du quatrième procès des bombes de Milan (décembre 1969). Parmi les inculpés : des néofascistes, des membres des services secrets, un général...

23 janvier
Deux militantes des "Noyaux armés prolétariens", Maria Pia Vianale et Franca Salerno, s’évadent de la prison de Pozzuoli.

24 janvier
Quatre prisonniers s’évadent de la prison de Monza.

25 janvier
Accord syndicat-patronat sur la réduction du coût du travail (contrôle del’absentéisme, mobilité de la main d’œuvre).
Procès des jeunes, arrêtés lors des l’incidents qui marquèrent, en décembre 1976, l’ouverture de la Scala de Milan. Certaines condamnations atteignent deux ans de prison ferme.

27 janvier
Trois détenus s’évadent de la prison de Mantoue.
Le fils du juge d’instruction chargé du procès du massacre de Brescia, qui fit en 1974 une dizaine de morts, est arrêté pour avoir participé à l’attentat commis par un groupe néofascistes.
Le parlement discute du krach des autoroutes (4 000 milliards de lires).

28 janvier
Le président de la Cour de cassation de Rome, Carlo Spagnuolo, est suspendu pour avoir favorisé la fuite d’un banquier Sindona (responsable d’un krach colossale, ami de nombreux "parrains" de la Démocratie-Chrétienne, et de Nixon).

29 janvier
La "Ronde armée des jeunes prolétaires" attaque une société milanaise de matériel électrique et affirme : "Il faut créer des contre-pouvoirs et organiser la lutte armée dans les quartiers".

30 janvier
Le gouvernement abolit une partie de l’échelle mobile des salaires.
Arrestation de 77 personnes à Naples à la suite d’auto-réductions de billets de théâtre.

1er février
Une centaine de néofascistes attaquent une université de Rome, ouvrent le feu sur une assemblée générale et blessent grièvement un étudiant.

2 février
Violents incidents à Rome où policiers et manifestants échangent des coups de feu.

4 février
Nouvelle vague d’augmentations (TVA, carburant, etc....).
Les "Equipes ouvrières combattantes" attaquent une agence de publicité milanaise pour protester contre le travail au noir.
5 000 ouvriers milanais sont mis au chômage.

6 février
Un groupe clandestin d’extrême gauche commet cinq attentats à Rome contre des commissariats et des casernes de carabiniers.
La police désamorce une bombe dans le train Naples-Brennero. Les journaux affirment que les services secrets sont impliqués dans l’attentat revendiqué par le mouvement clandestin néofasciste "Ordine Nuovo".

8 février
Les syndicats renoncent à la grève générale de protestation contre les augmentations.
Les universités de Milan, Bologne, Padoue, Florence, Bari, Palerme, Cagliari, Gênes sont occupées par les étudiants qui protestent contre la réforme universitaire (loi Malfatti).

9 février
Le Fonds monétaire international pose ses conditions à l’octroi d’un prêt symbolique à l’Italie : réduction du coût de travail.
Les ouvriers de nombreuses usines du Nord de la péninsule réclament la grève générale. Des grèves sauvages ont lieu à Milan, Porto, Marghera et Trieste.
"Dépense prolétaire" à Rome : une centaine de jeunes pillent deux magasins.

10 février
30 000 étudiants manifestent à Rome pour protester contre la loi Malfatti. A la suite de la manifestation, trois personnes sont blessées par balles, des magasins incendiés et des sièges du "MSI" (néofasciste) attaqués.
Les ouvriers du textile se mettent en grève pour protester contre l’attaque portée à l’échelle mobile des salaires.

12 février
L’assassin du juge Occorsio, tué à Rome en juillet dernier, est arrêté, c’est le néofasciste Concutelli.

13 février
les "Brigades rouges" tirent dans les jambes d’un inspecteur de police à Rome.

15 février
Arrestation de l’ennemi public numéro un, un bandit Vallanzasca. L’enquête révélera qu’il travail avec Concutelli.

16 février
Le procès de vingt-quatre membres des "Noyaux armés prolétariens", qui s’était ouvert à Naples en novembre dernier, se clôt par de lourdes condamnations (en tout trois siècles).
Manifestations d’étudiants à Rome, Turin, Venise, Florence, Naples, Palerme, Milan, Bari.

17 février
Le secrétaire général du principal syndicat italien, la CGIL, Luciano Lama, qui avait l’intention de parler dans une des facultés de Rome, se fait violemment expulser par des étudiants qui affrontent pendant quatre heures et le service d’ordre du PCI et la police.

18 février
Assemblées dans de nombreuses usines de la péninsule, pour protester contre ce que Lama appelle "de nouvelles formes de fascisme".
23 universités se mettent en grève.
Le ministre de l’Intérieur déclare "notre pays ne sera pas le Far West" et annonce une série de décrets-lois lui permettant de fermer quand bon lui semble les "repaires" des groupes d’extrême gauche ; il supprime les permissions pour les prisonniers et renforce les peines pour port d’arme prohibé.
Un directeur du personnel et un contremaître de Fiat Turin sont blessés aux jambes par les "Equipes de prolétaires armés".

19 février
Rome : 50 000 étudiants descendent dans la rue pour demander l’abrogation de la loi Malfatti.

21 février
Nouvelles mesures sur l’ordre public (renforcement des barrages routiers, etc....).
Ouverture à Brescia du procès des groupes néofascistes SAM-MAR qui doivent répondre de tentatives de coup d’Etat, de préparation à la guerre civile, etc...

24 février
Le Parti socialiste italien sauve l’ancien président du Conseil, le démocrate-chrétien Rumor (impliqué dans le scandale des pots-de-vin Lockheed), en refusant de signer au Parlement une pétition demandant sa mise en accusation.
Un journaliste de l’hebdomadaire Tempo condamné à six mois de prison ferme pour avoir diffamé un juge.

25 février
La base du PSI se révolte et occupe de nombreux sièges du Parti.

26 février
Assemblée nationale du Mouvement des étudiants à Rome.

1er mars
Le Gouvernement reporte la réforme sanitaire par crainte des réactions du FMI.

3 mars
Le Parlement et le Sénat se réunissent ensemble pour décider du renvoi en justice des deux anciens ministres (Tanassi et Gui) impliqués dans le scandale des pots-de-vin Lockheed.

4 mars
Les "Femmes combattantes pour le communisme" attaquent une entreprise milanaise qui vit du travail au noir.
L’étudiant Fabrizio Panzieri est condamné à neuf ans de prison pour "complicité morale" dans le meurtre d’un fasciste grec.
Incidents à l’université de Rome.

5 mars
Violents incidents à Rome après la condamnation de Panzieri. Des policiers et des étudiants blessés par balles.
Application des nouvelles mesures antiterroristes ; le bandit Vallanzasca est condamné en flagrant délit à sept ans de prison pour port d’arme.

6 mars
Fermeture de l’université de Rome.

7 mars
Le Parti radical demande l’inculpation du président de la République, Leone, qui aurait, lui aussi, touché des pots-de-vin de Lockheed.
Dialogue étudiants-intersyndicale de la métallurgie (FML) à Florence.

8 mars
Le nord de l’Italie paralysé à la suite de la grève des transporteurs d’essence.

10 mars
Gui et Tanassi seront jugés par la Cour suprême.
Fin de la grève des camionneurs.

11 mars
Bologne : un militant du mouvement d’extrême gauche "Lotta continua", Francesco Lo Russo, est tué par la police. De violents incidents éclatent dans le centre de la ville. Les syndicats appellent à une grève générale de trois heures pour le lendemain.

12 mars
Manifestation nationale des étudiants à Rome. La police impose aux 100 000 manifestants un parcours des plus chaud. Résultat : de violents affrontements, des armureries pillées, des fusillades et Rome en état de siège.
Bologne : la police ferme la radio démocratique Radio Alice, des affrontements ont lieu durant la nuit entre policiers et manifestants.
Milan : des autonomes tirent contre un immeuble du patronat.

13 mars
Les chars blindés entrent dans Bologne à l’appel du préfet démocrate-chrétien, sans que le maire communiste émette aucune protestation.
Radio Alice, qui a repris avec des moyens de fortune, est à nouveau fermée. Elle rouvrira sous un autre nom ; un des animateurs de Radio Alice, Franco Berardi dit Bifo, est en fuite.

14 mars
Le PCI fait l’éloge de la police.
Affrontements à Bologne lors des funérailles de Lo Russo.

15 mars
Bologne est quadrillée par les forces de police.
Un des responsables du PCI, Giorgio Amendola, critique les syndicats qu’il accuse d’être "corporatistes" car trop combatifs.
La Démocratie-Chrétienne propose d’adopter le "fermo di pubblica sicurezza" (arrestation préventive) qui permet à la police d’arrêter n’importe quel suspect.
L’université de Rome est rouverte, mais la police quadrille le campus.

16 mars
150 000 personnes manifestent à Bologne, à l’appel du PC et de la DC, contre la violence. Une contre-manifestation appelée par les étudiants, rassemble prés de 15 000 personnes.

18 mars
Grève générale à l’appel des trois confédérations syndicales, CGIL, CISL, UIL, pour demander une relance des investissements dans le Sud et contre le chômage. A la suite des manifestations, de violents incidents ont lieu à Milan et à Naples.

23 mars
Le Parti socialiste italien propose aux partis politiques d’entamer des négociations sur un programme politique de gouvernement.
Rome : deux militants des "Noyaux armés prolétariens", dont Maria Pia Vianale, sont reconnus par un policier qu’ils abattent sur-le-champ. Dans les minutes qui suivent, le quartier est quadrillé ; une erreur de coordination et la police tue un garde-chasse qui servait d’auxiliaire.

25 mars
Ouverture à Rome du procès des violeurs de Claudia Caputi qui s’est portée partie civile. Début avril les violeurs, espérant intimider Claudia, l’enlèvent et la torturent. Une fois relâchée, elle sera inculpée par le ministère public pour simulation.

28 mars
5 000 féministes descendent dans les rues de Milan dès qu’elles apprennent par une radio libre qu’une femme enceinte est morte après qu’on lui eut refusé l’avortement thérapeutique.

30 mars
Les syndicats cèdent au chantage exercé par le FMI pour l’octroi d’un prêt "symbolique", et signent un accord avec le Gouvernement afin de réduire le coût de travail.

1er avril
La mafia abat deux carabiniers qui avaient fait irruption au milieu d’une réunion de "boss" de la ‘ndrangetta (mafia calabraise). La police recherche depuis un maire élu sur les listes du PCI et un dirigeant provincial de la DC.

3 avril
Les "Brigades rouges" libèrent l’industriel Costa contre rançon d’un milliard et demi de lires.

4 avril
Un des chefs des "Brigades rouges" passe en procès à Bologne. Il est condamné à sept ans pour port d’arme.

5 avril
Le fils de l’ancien secrétaire du PSI, Guido De Martino, est enlevé à Naples.
Après Bologne et Padoue, la vague de répression atteint Florence : des dizaines d’arrestations et des centaines de perquisitions dans les milieux d’extrême gauche ont lieu dans cette ville.

6 avril
300 conseils d’usines "rebelles" et des milliers de délégués d’établissements lombards tiennent à Milan la première assemblée de la "dissidence syndicale". Ils ont pour mot d’ordre : "Pour le syndicat des conseils d’usine, contre la cogestion de la crise."

7 avril
Un bureau privé du ministre de l’Intérieur est détruit par une bombe à Rome.
Le policier qui tua, en 1975, un militant florentin du PCI est condamné à huit mois de prison.

12 avril
Début des rencontres bilatérales entre la DC et les partis politiques qui l’appuient par leur abstention.

15 avril
Les "Unités communistes combattantes" détruisent une usine de bioprotéines à Saline Joniche (Calabre).

16 avril
Le FMI accepte les garanties italiennes et octroie au Gouvernement un prêt de 500 millions de dollars.

17 avril
Révolte à la prison de Catania.

18 avril
Le CEE prête 500 millions de dollars à l’Italie.
Elections partielles communales : le PCI perd 11% de ses voix à Castellammare (dans le Sud) et se stabilise dans le Nord.

19 avril
15 usines de Caseno Maderna (prés de Seveso) sont fermées pour contamination par la dioxyne.

20 avril
La Cour constitutionnelle abolit le secret politico-militaire. Celui-ci empêchait la justice d’établir les responsabilités des hommes politiques et des militaires qui ont participé à diverses tentatives de coups d’Etat. Cette décision ne sera révélée qu’un mois après. Les journaux italiens souligneront alors que les dossiers sont vides.

21 avril
Les étudiants de Rome occupent quatre universités. Le recteur appelle la police. Les autonomes ouvrent le feu et tuent un policier.

22 avril
Le ministre de l’Intérieur, Cossiga, interdit toute manifestation pendant un mois en affirmant : "Je ne supporterai pas que les fils des paysans du Sud se fassent tuer par les fils de la bourgeoisie romaine."
Révolte à la prison de Brescia.
Les "Brigades rouges" tirent dans les jambes d’un contremaître de Fiat-Turin.
Les "équipes ouvrières armées" attaquent une firme qui se sert du travail au noir à Milan.

23 avril
Le ministre de l’Intérieur demande de nouvelles mesures antiterroristes. Les universités ne sont plus zones franches .
Les syndicats demandent le retrait de l’interdiction de toutes les manifestations à Rome. Les radicaux annoncent leur intervention de tenir une manifestation à Rome le 12 mai.
Le Vatican, la DC demandent (en vain) le renvoi de l’acteur-auteur Dario Fo de la télévision à la suite d’une émission anticléricale.

25 avril
Un juge romain accuse le ministre de l’Intérieur de ne rien faire pour arrêter les autonomes.

26 avril
La radio romaine d’extrême gauche, Radio Città Futura, est poursuivie en justice pour incitation à l’émeute.

27 avril
Levée de l’interdiction des manifestations à Rome pour le 1er mai.

28 avril
Les "Brigades rouges" assassinent le président de l’Ordre des avocats de Turi.

29 avril
Modifications du Code pénal, la durée de la détention préventive est augmentée.
Un "Noyau armé contre le travail au noir" attaque une usine à Milan.

30 avril
Les autonomes sont isolés lors de l’Assemblée nationale des étudiants.

1er mai
Violents affrontements à Padoue et à Milan.
Un responsable médical de Seveso blessé aux jambes.

2 mai
Arrestation d’un des avocats des "Noyaux armés prolétariens", Maître Senese, accusé d’appartenir à ce groupe clandestin d’extrême gauche.

3 mai
Ouverture à Turin du procès des "Brigades rouges". Il est renvoyé dès la première audience, la plupart des jurés, terrorisés par les menaces des "BR", ne se sont pas présentés au tribunal.
Une dizaine de prisonniers s’évadent de la prison de San Vittore à Milan.

4 mai
Mesures spéciales de protection autour des prisons.

7 mai
Révolte à la prison de San Vittore.
Perquisitions dans les milieux d’extrême gauche de nombreuses villes de la péninsule. De nombreux documents et revues sont saisis dans des librairies. Parmi les personnes arrêtées : l’éditeur de Vérone, Bertrami, chez qui l’on a trouvé un pistolet lance-fusées.

8 mai
Evasion à la prison de Ravenne.
Prise d’otage à la prison de Bergame.

10 mai
Une "Ronde armée de jeunes prolétaires" attaque des bureaux de l’éditeur milanais Rizzoli.

12 mai
Malgré l’interdiction gouvernementale, les radicaux essaient de tenir un meeting Piazza Navona à Rome. La police intervient, une jeune fille de 19 ans, Giorgina Masi, est tuée par balles.
Onze militants du mouvement d’aide aux prisonniers politiques, "Secours rouge", sont arrêtés. Parmi eux, deux avocats de renom.

13 mai
Le ministre de l’Intérieur prend de nouvelles mesures antiterroristes. Les auteurs d’attentats seront désormais condamnés à la prison à vie.
Incidents à Rome.
Le quotidien romain, Il Messagero, publie des photos des équipes spéciales de policiers en jeans, armes au poing.
Attentats contre quinze voitures de la police à Rome.

14 mai
Milan : à la suite d’une manifestation des autonomes tuent un policier à coups de revolver.
Rome : un gardien de la paix blessé par balles.

15 mai
Libération de Guido De Martino.
Les journaux milanais publient des photos des autonomes en train de tirer contre la police. Deux jours après ils seront arrêtés, ils ont 17 ans.

16 mai
Rome : des néofascistes tirent contre les militants d’extrême gauche.
Le ministre de l’Intérieur justifie l’emploi des équipes spéciales lors des émeutes du 12 mai.

18 mai
À Rome, les autonomes renoncent à tenir une manifestation quadrillée par la police.
Le groupe clandestin d’extrême gauche, "Prima Linea", attaque une usine milanaise.

19 mai
Des bombes explosent à 4h du matin, dans le metro de Milan. Les attentats sont revendiqués par "Prima Linea".
Violents incidents à Padoue.
Attentat manqué contre un gynécologue génois. Il sera revendiqué par l’"Organisation féministe pour la libération communiste".

20 mai
Un responsable du "MSI" (néofasciste) de Rome est grièvement blessé à coups de revolver.
Les quatre députés radicaux qui ont appelé à la tenue d’une manifestation pour le 12 mai à Rome, sont menacés de comparaître devant la justice.

25 mai
Un étudiant romain est condamné à trois ans de prison pour avoir lancé un cocktail Molotov.

28 mai
Les syndicats italiens déclarent que, pour ce qui est du chômage, le pire est encore à venir (il y a plus de 2 millions de chômeurs en Italie).

30 mai
Ouverture à Rome, du procès du coup d’Etat manqué du prince Borghèse (décembre 1970). Parmi les inculpés : des généraux, des députés, des gradés de la police et des carabiniers.

1er juin
Gênes ; les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du vice-directeur du journal Secolo XIX.

2 juin
Milan : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du directeur du journal Il Giornale, Indro Montanelli.
Florence : attentat contre des voitures du journal La Nazione.

3 juin
Rome : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du directeur du journal télévisé de la première chaîne (DC).

7 juin
Le Sénat repousse la loi sur l’avortement.

9 juin
Un "Commando contre le travail au noir" dévaste une librairie de Rome.

10 juin
Révolte à la prison de Spoleto.
30 étudiants de Bologne condamnés à des peines de prison variant entre deux mois et un an pour leur participation aux événements qui suivirent la mort de Francesco Lo Russo.
20 000 féministes manifestent à Rome pour protester contre la décision du Sénat.
300 ouvriers de Fiat-Turin dévastent les bureaux de leur établissement.
Un commando détruit l’ordinateur de l’université de Rome.

13 juin
Deux carabiniers qui escortaient le président de la Cour de cassation de Milan sont blessés par balles.

15 juin
Ouverture à Milan du procès des membres des "Brigades rouges" qui doivent répondre d’une fusillade.

16 juin
Milan : un militant des "BR" condamné à cinq ans de prison pour port d’arme prohibé et faux papiers.

17 juin
Le directeur général de la RAI-TV démissionne afin de protester contre les "interférences des hommes politiques".

18 juin
La clôture du congrès de la CISL voit la victoire de la gauche de ce syndicat traditionnellement proche de la Démocratie-Chrétienne.

19 juin
Milan : deux commandos déguisés en carabiniers font sauter les entrepôts de la Marelli et de la Siemens. Ces attentats, revendiqués par "Prima Linea", causeront près de 50 milliards de lires de dégâts. Il faudra six équipes de pompiers et un jour de travail acharné pour éteindre les brasiers.
Turin : "Prima Linea" exproprie les bureaux d’un géomètre responsable de la construction de nouvelles prisons.

20 juin
Les "Equipes ouvrières armées" blessent aux jambes un dirigeant de la Siemens de Milan.
Turin : les deux administrateurs de l’usine à cancer (prés de 130 ouvriers sont morts de cancer à la vessie) sont condamnés à six ans de prison chacun. Les syndicats s’étaient portés partie civile.
Incidents à l’université de Rome, les examens sont à nouveau interrompus.
Affrontements à la faculté de Cagliari entre autonomes et militants du PCI.

21 juin
Rome : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du doyen démocrate-chrétien de la faculté d’économie et de commerce.
Les 1 500 ouvriers de la Lancia de Vérone occupent leur établissement à la suite d’un licenciement.

22 juin
Pistoia : "Prima Linea" tire dans les jambes d’un dirigeant démocrate-chrétien.

23 juin
Milan : un des chefs des "Brigades rouges", Renato Curcio, est condamné à sept ans de prison pour port d’arme ; le ministère public, qui avait demandé vingt et un ans, fait appel.
Le Sénat approuve les décisions gouvernementales concernant la fermeture des "repaires" de l’extrême gauche et l’interdiction de casque ou de quelque autre moyen de protection pouvant rendre difficile l’identification des manifestants.
Prise d’otages à la prison de San Gimignano.

24 juin
Le président de l’Ordre des médecins de Milan est blessé par sept balles de P.38. L’attentat est revendiqué par "Prima Linea".
Pour la première fois depuis trente ans, les dirigeants des partis de l’"Arc constitutionnel" (communistes compris) se rencontrent afin de signer le nouveau programme de gouvernement. Padoue : deux manifestants, arrêtés en mai, sont condamnés, de flagrant délit, à deux ans de prison. Policiers et manifestants échangent des coups de feu.
Milan : une dizaine d’ouvriers de la Magneti Marelli et de la Falk sont arrêtés, ils sont accusés de faire partie des "Brigades rouges".

25 juin
Nouvelle révolte à la prison de San Gimignano. Trois gardiens sont pris en otage pendant 14 heures.
Rome : une "Ronde de prolétaires" incendie le cabinet d’un médecin sympathisant du "MSI".

27 juin
Un "Groupe d’ouvriers combattants pour le communisme" tire dans les jambes d’un dirigeant de l’Alfasud de Naples.
Ouverture du procès contre dix-sept ouvriers de l’Alfasud : on leur reproche d’avoir participé aux grèves sauvages de février 1976.
Dix prisonniers, dont trois militants du groupe clandestin d’extrême gauche "NAP", s’évadent de la prison d’Asti.

28 juin
Gênes : un ingénieur est blessé aux jambes de sept coups de pistolet par les "Brigades rouges".

29 juin
Les six partis de l’"Arc constitutionnel" (démocrate-chrétien, communiste, socialiste, social-démocrate, républicain, libéral) signent, après trois mois de discussions, le préambule de l’accord sur le programme de Gouvernement. L’accord porte sur : l’ordre public (arrestation préventive, écoutes téléphoniques), l’économie, les nominations des dirigeants du secteur public...
Turin : deux voitures appartenant à des dirigeants de Fiat sont incendiées.
Cassino : un commando incendie une partie de l’usine Fiat. Pérouse : onze détenus, dont un membre des "Brigades rouges", ayant participé à la mutinerie de février sont condamnés chacun à cinq ans de prison.

30 juin
Turin : les "Brigades rouges" blessent aux jambes et au thorax un dirigeant de Fiat.
Milan : les "Brigades rouges" blessent aux jambes un dirigeant de Fiat.
Des attentats sont perpétrés dans une dizaine de villes : à Pordenone, le "Front combattant" fait sauter trois wagons chargés de matériel électroménager ; à Spolète, les "Brigades rouges" font sauter une bombe devant la prison ; à Catania, les "NAP" tirent contre une caserne de carabiniers....
Florence : trois néofascistes tuent à coups de revolver un gardien de la paix.

1er juillet
Rome : une patrouille de carabiniers abat un des chefs des "Noyaux armés prolétariens", Antonio Lo Muscio, et arrête Maria Pia Vianale et Franca Salerno. Les "Unités combattantes communistes" font sauter un siège du patronat à Palerme.

4 juillet
Les six partis politiques de l’"Arc constitutionnel" (PCI, DC, PSI, PRI, PLI, PSDI) ratifient l’accord sur le programme du Gouvernement.

6 juillet
La Démocratie-Chrétienne fait voter par la Chambre des députés une loi prévoyant l’augmentation de 50% des loyers. Les partis de gauche ont voté contre en affirmant : "On donne 400 milliards de lires aux propriétaires".
Un dirigeant communiste demande l’ouverture d’une enquête sur la mort de Lo Muscio. L’autopsie établira qu’il a été abattu d’un coup de pistolet à la tête à bout portant par un policier, alors qu’il avait été cloué au sol par une rafale de mitraillette.

7 juillet
Un commando du "Front communiste combattant" tire dans les jambes d’un journaliste à Padoue.
Un des animateurs de Radio Alice, Francesco Barardi dit Bifo, recherché pour instigation à l’émeute, est arrêté à Paris par des policiers français et italiens.

8 juillet
Grève générale en Calabre pour protester contre la crise du Mezzogiorno.
Le gouvernement consacre 100 milliards de lires à la police pour qu’elle modernise son équipement.

11 juillet
Gênes : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du secrétaire régional de la Démocratie-Chrétienne pour la Ligurie.
Rome : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes du trésorier du mouvement intégriste "Communion et Libération".
Paris : la Chambre d’accusation remet en liberté Bifo.

13 juillet
Turin : les "Brigades rouges" tirent dans les jambes d’un conseiller provincial de la Démocratie-Chrétienne.
Rome : Maria Pia Vianale et Franca Salerno sont condamnées en flagrant délit à quatre ans de prison pour détention d’armes de guerre.

15 juillet
Le Parlement approuve l’accord signé par les partis politiques.
La police perquisitionne la cité universitaire et arrête quatre étudiants chez qui elle a trouvé un tract des "BR" et des cartouches.

17 juillet
Révolte à la prison de Trani, une des plus sûres d’Italie. Quatre militants des "NAP" prennent onze gardiens en otage.
Les "Noyaux armés d’action révolutionnaire" font exploser des bombes sur les chantiers de deux prisons en construction à Florence et à Livourne.


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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 02 Sep 2017, 17:59

Insurrection des désirs et Italie des années 1970

Marcello Tari retrace l’atmosphère de l’autonomie dans l’Italie des années 1970. Loin de la grisaille léniniste des Brigades rouges, ce « réformisme armé » mâtiné de gauchisme mortifère, l’insurrection autonome apparaît comme une fête, nourrie par le désir, le plaisir, la passion.

Les « années de plombs » pour l’État apparaissent comme des années de jouissance pour le prolétariat. L’aventure du mouvement autonome, qui enfièvre l’Italie des années 1970, demeure méconnue. Les médias traitent cette histoire de révoltes et de luttes sur le registre judiciaire à travers les « affaires » Cesare Battisti ou Marina Petrella. Les milieux intellectuels s’intéressent davantage au gauchisme mondain de Toni Negri , ancien militant autonome qui chante les vertus du capitalisme new look. En revanche, peu d’études sérieuses se penchent sur l’effervescence de l’Autonomie italienne, sinon pour la réduire à un déchaînement de violence.

L’ouvrage de Marcello Tari replonge dans l’ambiance du « Mouvement », à travers ses tracts et ses multiples journaux. L’Autonomie, loin de patauger dans des flaques de sang, renvoie à un mouvement qui s’attache à passionner la vie pour transformer radicalement le monde. Les attaques contre le capital s’accompagnent d’une critique radicale de la vie quotidienne.

... http://www.zones-subversives.com/articl ... 61694.html
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