Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede Pia » 24 Oct 2008, 20:23

Sébastien Schifres, « Le Mouvement autonome en Italie et en France (1973-1984) », mémoire de master II de sociologie politique sous la direction de Daniel Lindenberg (Université Paris VIII).

Ce second texte fait suite à un mémoire de maîtrise d’histoire-sociologie déjà publié en 2004 (« La Mouvance autonome en France de 1976 à 1984 ») et se distingue donc du précédent par une extension à l’Italie et une approche plus sociologique.

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SOMMAIRE

INTRODUCTION

I L’AUTONOMIE ITALIENNE (1973-1979)

1/ FONDEMENTS
Dimension historique et structure politique de l’Italie
Les collectifs de quartier
Les comités ouvriers
Les opéraïstes

2/ DYNAMIQUE
Le pouvoir ouvrier
Les squats
Les autoréductions

3/ ORGANISATION
Niveau national
Niveau local

4/ EXTENSION
Les « Cercles de jeunes prolétaires
Le mouvement étudiant de 1977

5/ LIMITES
L’abandon des lieux de travail
Caractère minoritaire et dimension générationnelle

6/ MILITARISATION
L’option militaire
L’héritage insurrectionaliste
Le processus de militarisation

II L’AUTONOMIE FRANCAISE (1976-1984)

1/ FONDEMENTS
La culture soixante-huitarde
La crise de l’extrême-gauche
L’importation idéologique
La radicalisation
L’émergence de nouveaux terrains de lutte

2/ DYNAMIQUE
La montée en puissance
L’identité autonome
La dimension communautaire

3/ LIMITES
La marginalisation
La structure politique de l’extrême-gauche
Les divergences
L’explosion
La militarisation

4/ DECOMPOSITION
L’effondrement
L’autodestruction
Teppisme et dépolitisation

CONCLUSION

ENTRETIENS

UGO TASSINARI (Collectif Autonome Universitaire de Naples)

VINCENZO MILIUCCI (Comités Autonomes Ouvriers de Rome)

VALERIO MONTEVENTI (Comités Ouvriers autonomes de Bologne)

FRANCO BERARDI, dit « BIFO » (Radio Alice, Bologne)

BIBLIOGRAPHIE

:arrow: http://sebastien.schifres.free.fr/
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Re: Le Mouvement autonome en Italie et en France (1973-1984)

Messagede Pia » 24 Oct 2008, 20:24

le premier volet est dispo là: http://infokiosques.net/spip.php?article291
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Histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli (Milan,1977

Messagede Nico37 » 03 Aoû 2009, 15:06

Emilio Mentasti. LA « GARDE ROUGE » RACONTE Histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli (Milan, 1975-78) Edité par Les nuits rouges

Préface à l’édition française

Chaque assaut du prolétariat diffère profondément de ceux qui l’ont précédé. Les révolutionnaires affrontent à chaque fois une situation nouvelle. Mais le souvenir des défaites du passé pèse évidemment de tout son poids dans la mentalité de ceux qui le mènent et joue un rôle non négligeable dans la conduite des opérations. C’est pour cela que l’étude des tentatives d’hier est indispensable à ceux qui se préparent aux convulsions de demain. Parmi ces tentatives, la dernière en date est constituée par le cycle de luttes ouvrières autonomes qui ont secoué l’Italie entre 1968 et 1979. Ce cycle est remarquable :

— par sa durée (près de douze ans ) : il débute avec la fondation du Comité unitaire de base à la Pirelli de Milan, en février 1968, et s’achève à Turin, le 14 octobre 1980, lors de la « manifestation des 40 000 » cadres et employés de la FIAT venus soutenir leur employeur face à la grève en cours contre les licenciements ;

— par les formes d’organisation que se sont données les ouvriers radicaux et qui leur ont permis d’impulser et de diriger les grèves et, pendant longtemps, d’être aussi influents que le PCI ;

— par sa « composition de classe ». Le mouvement a touché toutes les industries (et d’abord les grandes usines de la péninsule), de la chimie à l’électronique, en passant par la métallurgie, la mécanique, et bien sûr l’automobile. Il a mis en branle toutes les catégories ouvrières, des moins qualifiées aux plus qualifiées, des techniciens (Montedison à Porto Marghera ou Sit Siemens à Milan) aux ingénieurs (IBM à Vimercate, près de Milan) ;

— par la réaffirmation de la centralité de l’usine. En partant de la réalité concrète de l’exploitation, le mouvement s’est opposé au despotisme d’usine, remettant en cause la hiérarchie des salaires, les différences de traitement entre ouvriers et employés, et imposant le contrôle des rythmes de travail, jusqu’à remettre en cause le travail salarié lui-même ;

— par une centralisation politique bâtie à partir des ateliers, fondée sur le refus de la délégation et la participation active du plus grand nombre ;

— par sa propagation à l’extérieur de l’usine. Très rapidement, il s’est emparé des questions du logement, des transports, de l’énergie et des biens de subsistance en organisant les auto-réductions de prix et la réquisition des logements. Les groupes ouvriers se coordonnent et se centralisent par zone puis à l’échelle régionale, comme à Milan en 1977.

Le mouvement italien a connu plusieurs périodes. La première, en 1968-1969, commence par les grèves à Pirelli et Borletti (Milan) et s’épanouit dans « l’automne chaud » de 1969. Elle est traversée par un vent d’optimisme, à la mesure de la consternation que provoque chez les patrons, les syndicats et les partis, le surgissement de l’initiative ouvrière autonome. Cette phase se termine le 12 décembre 1969, jour de l’attentat à la Banque de l’Agriculture de la Piazza Fontana, à Milan, qui fit 12 morts. Attentat par lequel l’Etat, ou tout au moins une fraction de son appareil, a voulu montrer sa détermination à user de tous les moyens possibles pour arrêter le mouvement.

Le mouvement en Italie présente aussi cette originalité, pour l’époque, que les noyaux ouvriers se sont formés suite à l’intervention de jeunes militants extérieurs (cas de Montedison à Porto Marghera, par exemple) ou/et suite à des scissions intervenues dans les partis traditionnels : le PCI, le PSI et le PSIUP (comme à la Pirelli de Milan, par exemple). Remettant en cause les méthodes de luttes et d’organisation traditionnelles des partis et des syndicats institutionnels, les noyaux ouvriers aidés par les « extérieurs » se sont donné des outils théoriques propres. Une fois apparus au grand jour à l’occasion des luttes qu’ils ont souvent impulsées, les groupes d’usine ont en retour poussé à la création de groupes politiques nationaux *, premières tentatives de centralisation à l’échelle du pays, organisées autour de journaux d’agitation **.

La deuxième période (1971-1973) se termine par l’échec de l’occupation de l’usine FIAT de Mirafiori.

La troisième (1975-1977) est marquée par la fin des groupes politiques ***, le regain des comités ouvriers et l’entrée en lutte des travailleurs de plusieurs petites et moyennes entreprises des aires industrielles les plus importantes du Nord de l’Italie. C’est dans cette période que se déploie l’activité du comité ouvrier de la Magneti Marelli. Mais le contexte a changé. Il est devenu nettement moins favorable aux travailleurs. Le patronat a repris l’offensive et, progressivement, le contrôle de ses usines. La crise de 1973 l’y a aidé et lui a permis de se restructurer par les licenciements de masse, les fermetures d’usine, et le gel des salaires. A ce moment, les groupes politiques sont devenus des freins à l’autonomie ouvrière. Incapables d’incarner et d’organiser la centralisation politique du mouvement, ils se dissolvent ou changent de nature. C’est donc une nouvelle fois à partir du terrain et des organismes de base que la gauche ouvrière reprend le fil rouge de ses combats. Le centre de gravité en sera la région milanaise, la capitale industrielle italienne où existe déjà l’Assemblée autonome de l’Alfa Roméo, le CUB Pirelli, le comité de la Sit-Siemens, parmi bien d’autres organes ouvriers autonomes. Pourtant c’est le comité ouvrier de Magneti Marelli de l’usine de Crescenzago qui sera le fer de lance des comités de la région milanaise et, par-là, du pays tout entier. La vigueur et la durée du mouvement révolutionnaire italien font qu’il surpasse d’assez loin le Mai-68 français ****, même s’il est aujourd’hui calomnié, et au fond largement méconnu, y compris en Italie. Toutefois, quelques rares chercheurs et historiens tentent de le réhabiliter, et avec lui toutes les expériences d’autonomie ouvrière de l’époque. C’est dans ce cadre que s’inscrit le travail d’Emilio Mentasti. Travail difficile par son sujet même et par les sources constituées quasi exclusivement par les tracts, les brochures, les affiches de l’époque, au style souvent répétitif et hermétique, et qui, malgré les efforts des traducteurs, risque fort de rendre le texte français assez compact.

Néanmoins, les grands moments de la vie du comité y sont (très) précisément narrés : les grèves pour les salaires et contre les cadences, appuyées par des cortèges qui traversent l’usine ; celles destinées à soutenir les ouvriers de la cantine ou du nettoyage ; les batailles de rue lors des chaudes journées d’avril 1975 ; l’acharnement mis à faire rentrer dans l’usine, à partir du 10 septembre 1975, tous les jours, et pendant dix mois, les membres du comité licenciés ; les affrontements autour du tribunal de Milan ; les « rondes ouvrières » organisées pour soutenir les travailleurs des petites entreprises ; les auto-réductions dans les magasins ; et enfin la manifestation du 18 mars 1977 appelée par la Coordination des comités ouvriers et qui réunit à Milan 20 000 prolétaires, soit autant que la manifestation syndicale officielle du même jour.

Le comité s’est dissout progressivement en 1979, sous les coups de la répression. L’usine qui l’a vu naître, vivre et se battre a été rasée. Mais le récit de cette expérience et la réflexion à son propos seront probablement utiles et profitables à tous ceux qui savent l’inéluctabilité des combats à venir. Peut-être proches…

Antoine Hasard

* Les trois groupes sont Avanguardia Operaia, fondé, en décembre 1968, autour de l’expérience des CUB milanais ; Potere Operaio, fondé, en août 1969, principalement autour de l’expérience de l’assemblée ouvrière de Porto Marghera ; Lotta Continua, fondé, en octobre 1969, autour de l’assemblée étudiants-ouvriers de la FIAT à Turin.

** Tout ceci est relaté en détail dans La Fiat aux mains des ouvriers. L’automne chaud de 1969 à Turin, de D. Giachetti et M. Scavino. Les Nuits Rouges, 2005.

*** Potere Operaio s’est dissout à l’été 1973 ; Lotta Continua se disloque à l’été 1976 mais sa mort avait été annoncée au congrès de Rome de janvier 1975 par le départ des groupes ouvriers ; Avanguardia Operaia connut une involution syndicaliste et électoraliste.

**** On comprend alors l’ineptie que constitue le concept de « Mai rampant » pour qualifier le mouvement italien.
Nico37
 
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Re: Le Mouvement autonome en Italie et en France (1973-1984)

Messagede Pïérô » 18 Mar 2015, 02:17

[Radio] "Che casino però ci voleva", les luttes autonomes en Italie

Tous les premiers mercredi du mois, de 16h30 à 18h, l’émission "Che casino però ci voleva" (Quel bordel, mais c’était nécessaire) revient sur des épisodes de l’histoire des luttes autonomes en Italie, sur les ondes de Radio Galère (88.4FM).

Che casino - émission 0
https://archive.org/details/LibreDebat4Mai

Emission-LibreDebat du 05 11 2014 Histoire des luttes autonomes en Italie (1) l'après guerre
http://www.radiogalere.org/node/6378

Emission-LibreDebat du 03 12 2014 Che casino pero ci voleva: épisode 2
http://www.radiogalere.org/audio/by/tit ... 03_12_2014

Emission-LibreDebat du 06 01 2015 Che casino pero ci voleva, épisode 3: "Ciao Teppista!" ('62-'68)
http://www.radiogalere.org/audio/by/tit ... 06_01_2015

Emission-LibreDébat du 04 02 2015 Che casino pero ci voleva, épisode 4 ('66-'68)
http://www.radiogalere.org/node/6804

Emission-LibreDébat du 04 03 2015 - Che casino però ci voleva - Épisode 5 "Non siam scappati più". Le 1968
http://www.radiogalere.org/node/6946
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Re: Le Mouvement autonome en Italie et en France (1973-1984)

Messagede Pïérô » 11 Mai 2015, 17:43

ÉMISSION LIBRE DÉBAT DU 01 04 2015: CHE CASINO PERÒ CI VOLEVA #Sixième épisode: le 1969: "Cosa vogliamo? Tutto!"
http://www.radiogalere.org/node/7094

CHE CASINO PERÒ CI VOLEVA #Septième épisode: 1969 la suite. La naissance des groups extra-parlamentaires.
http://www.radiogalere.org/node/7278
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Re: Le Mouvement autonome en Italie et en France (1973-1984)

Messagede bipbip » 04 Déc 2015, 17:10

Samedi 5 décembre à Lyon

Projection du film documentaire "Les années suspendues, chronique d’une figure de l’autonomie ouvrière en Italie"

à 17h30, LIBRAIRIE LA GRYFFE
5, RUE SEBASTIEN GRYPHE, 69007 LYON

LES ANNEES SUSPENDUES est un film documentaire de Manuela Pellarin
Ce film est inclus dans l’ouvrage :
« Pouvoir ouvrier à Porto Marghera.
Du comité ouvrier à l’assemblée régionale (Vénétie 1960-1980). »

La projection sera précédée d’une présentation et suivie d’une discussion avec la présence d’un des traducteurs de l’édition française.

Après la Fiat et la Magneti Marelli, voici la chronique d’une troisième figure de l’autonomie ouvrière italienne : le Comité de la Montedison à Porto Marghera (près de Venise), monté avec l’aide du groupe Potere Operaio, qui se transformera en Assemblée autonome à partir de novembre 1972 et étendra son influence à une partie de la Vénétie.

Cet épisode d’autonomie ouvrière dépassa dans ses formes et son contenu tant les syndicats que les partis politiques et prolongea son influence hors de l’usine pour affronter tous les aspects de la domination capitaliste. En replaçant ce conflit dans une vague de rébellion qui a secoué l’Italie pendant une dizaine d’années : des usines aux universités, des quartiers populaires aux collèges, cette secousse sociale et politique repose sur des mouvements de grève le plus souvent sauvages et très durs (cortège interne, refus de la délégation, attaque des jaunes et du commandement d’usine, grèves articulées) mais aussi sur un mouvement d’auto-réduction des loyers et des prix (alimentation, électricité, transports publics, etc…).

Tant dans la description que l’analyse, le film documentaire « Les années suspendues » et l’ouvrage « Pouvoir ouvrier à Porto Marghera » permet à toutes et tous de se faire une idée de la richesse de ce mouvement et des questions qu’il a soulevées d’autant que les questions concrètes posées par la lutte de cette époque n’ont été résolues ni hier, ni encore aujourd’hui.
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 23 Déc 2015, 14:34

Les années 70 en Italie

Oreste Scalzone contre la montre

L’histoire est écrite par les vainqueurs, c’est un fait entendu. Ce n’est pas un hasard que l’on ne sache rien, ou presque, en France, de ce qui s’est déroulé pendant plus d’une décennie de l’autre côté des Alpes : la naissance d’un mouvement insurrectionnel de masse et son écrasement.

L’Italie, dans les années 70, c’est avant tout l’explosion de toutes les formes classiques de la politique. Dans son excellent livre Autonomie !, Marcello Tari désigne un communisme « impur, qui réunit Marx et l’antipsychiatrie, la Commune de Paris et la contre-culture américaine, le dadaïsme et l’insurrectionnalisme, l’opéraïsme et le féminisme ». L’autonomie fut un mouvement de refus de masse dans la jeunesse. Refus de l’État et du capitalisme autant que des syndicats et de la gauche parlementaire. Refus de la représentation, du travail et de la distribution des subjectivités. Ce fut une guerre civile de basse intensité autant qu’une décennie d’expérimentations politiques, affectives et révolutionnaires.

Oreste Scalzone fut, entre autres choses, l’un des dirigeants de Potere Operaio, une organisation née en 1969. Trois axiomes politiques sont privilégiés : le refus du travail, la construction d’un parti de l’insurrection et la conflictualité permanente. La carrière politique de M. Scalzone lui valu les honneurs de la justice italienne qui l’arrêta en 1979 afin de le poursuivre pour association subversive terroriste et « tentative d’insurrection armée contre le pouvoir de l’État ». Il parvint à fuir l’Italie et à se réfugier en France.

Lundimatin a choisi de demander l’impossible à M. Scalzone : raconter dix années en dix dates à raison de dix minutes par date. Un feuilleton forcément lacunaire, une bataille contre la montre. Comme vous le verrez au fil des épisodes, le vainqueur ne fut pas la montre.

Chaque semaine, nous tenterons autant que possible, d’illustrer chaque date par des textes d’époques, des affiches, des journaux et des analyses. Il s’agira d’une tentative humble de comprendre ce passé, à partir de notre présent.

... https://lundi.am/juillet-1962-la-revolt ... za-Statuto
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 09 Jan 2016, 14:49

[Audio] Débat "Les années suspendues" et "Pouvoir ouvrier à Porto Marghera"

Enregistrement du débat autour de "Les années suspendues" et "Pouvoir ouvrier à Porto Marghera" (libraire La Gryffe, 05 déc. 2015)

https://nantes.indymedia.org/articles/32611
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 27 Juil 2016, 16:59

[Radio] "Che casino però ci voleva", les luttes autonomes en Italie

** Pendant tout l’été 2016, l’émission va être intégralement rediffusée de l’épisode #0 à l’épisode #10, tous les mercredis de 16.30 à 18.00 et à minuit, toujours sur les fréquences de Radio Galère ! **

L’émission "Che casino però ci voleva" (Quel bordel, mais c’était nécessaire), qui revient tous les premiers mercredis du mois de 16h30 à 18h sur des épisodes de l’histoire des luttes autonomes en Italie, sur les ondes de Radio Galère (88.4FM), est revenue ce mercredi 3 février sur le début des années ’70, la naissance des Brigades Rouges et l’essor du féminisme autonome.

** Pendant toute l’été 2016, l’émission va être intégralement rediffusé de l’épisode #0 à l’épisode #10, tous les mercredis de 16.30 à 18.00 et à minuit, toujours sur les fréquences de Radio Galère (88.4FM) ! **

... https://mars-infos.org/radio-che-casino ... voleva-027
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 01 Sep 2016, 01:23

Lutter et vivre dans l'Autonomie italienne

Paolo Pozzi participe activement au mouvement autonome de l’Italie des années 1970. Il décrit l’intensification des débats, de la lutte, de la vie.

Le témoignage de Paolo Pozzi permet de revivre l’ambiance enfiévrée de l’Autonomie italienne des années 1970. L’auteur participe au groupe-journal Rosso, qui incarne assez bien l’esprit libertaire du Mouvement. son livre est rédigé en prison, ce qui influence son contenu. La relation du narrateur avec Arianna devient le fil conducteur du livre. « En taule, on se rappelle tout ce qui touche à l’amour, parce qu’ils te l’enlèvent complètement, alors les souvenirs reviennent en force », confie Paolo Pozzi. Mais le livre est émaillé de diverses scènes pour retranscrire l’intensité de la vie qui traverse le mouvement autonome. De nombreux dialogues permettent de revivre les multiples débats sur les syndicats, la violence révolutionnaire ou la vie quotidienne.

Les luttes sociales

Le récit s’ouvre par un dialogue pour décrire une manif à Rome. Les autonomes semblent majoritaires dans le cortège. Ils pillent une armurerie et attaquent une caserne de carabiniers. Les militants de Lotta Continua, un groupe qui brandit pourtant la discipline bolchevique dans son journal, participent joyeusement aux émeutes urbaines.

Les conflits sociaux existent aussi dans les entreprises. Paolo Pozzi reproduit la discussion d’ouvriers qui organisent une grève sauvage. Les syndicats privilégient la négociation mais doivent suivre les ouvriers en lutte pour ne pas perdre la face.

Les travailleurs veulent ensuite sortir de l’usine pour faire une action de péage gratuit. Ils lèvent les barrières et les automobilistes alimentent la caisse de grève.

Paolo Pozzi retranscrit un débat sur les syndicats. Lotta Continua estime que les syndicats sont un outil dont les ouvriers doivent se saisir. En revanche, les autonomes considèrent que les syndicats ne sont que des appareils bureaucratiques. Les ouvriers syndiqués deviennent des bureaucrates ou déchirent leur carte.

Transports en commun, gaz, électricité, téléphone, loyers: les auto-réductions se répandent. Les pillages de magasins sont revendiqués comme des appropriations.

La libération amoureuse et sexuelle

Le féminisme et l’amour libre rythment le quotidien de l’Autonomie. Les militants n’échappent pourtant pas à la frustration et à la jalousie. « Les femmes veulent baiser avec qui ça leur chante, elles nous racontent même que c’est bon pour l’émancipation », regrette un autonome qui ressent de la jalousie. Mais des espaces s’ouvrent à la critique de la vie quotidienne, comme les groupes d’auto-conscience. « C’est une période magnifique pour les aventures fugaces et les histoires de cul », résume Paolo Pozzi.

Des espaces de rencontre sont également créés pour passionner la vie. La Manufacture abrite une compagnie de théâtre, une crèche autogérée et différents bureaux dans lesquels se déroulent de multiples réunions. «Dans l’univers fantastique de la Manufacture, la vie t’emporte sans même faire un effort », avec l’organisation de fêtes et de concerts.

Mais, malgré la lutte contre la répression sexuelle et la généralisation de l’amour libre, la misère affective perdure. Le narrateur peut faire l’amour avec toutes les femmes qu’il côtoie sauf avec celle qu’il aime réellement. La jalousie et la frustration, mais aussi la déception amoureuse, perdurent malgré le désir de libération amoureuse et sexuelle. Le récit laisse donc place au doute et à la fragilité des sentiments humains. Le narrateur semble traversé par une tension entre la relation amoureuse et le désir de révolution sexuelle.

Son histoire avec Arianna, véritable fil conducteur du récit, met aux prises la théorie avec la réalité des sentiments humains. Arianna affirme son indépendance et sa liberté sexuelle, ce qui fait souffrir le narrateur qui désire devenir son amant puis passer davantage de temps avec elle. Ce récit semble critiquer la libération sexuelle mais peut aussi souligner les limites d’une révolution partielle qui reste dans le cadre d’une société capitaliste et patriarcale. La révolution sexuelle ne doit pas uniquement concerner la tendance la plus libertaire du mouvement autonome mais déferler sur l’ensemble de la société. Toutefois, les autonomes expérimentent joyeusement et inventent de nouvelles relations humaines, amoureuses et sexuelles.

La violence révolutionnaire

Un climat de violence, ponctué par des vols et des braquages, irrigue l’Autonomie.

Lorsqu’un militant de Lotta Continua meurt au cours d’une manifestation, les autonomes préfèrent répondre par une manifestation armée. Mais cette violence se révèle plus symbolique que politique. Les manifestants sont conscients des limites à ne pas franchir pour éviter un bain de sang. Ils refusent de tirer directement sur les forces de police et préfèrent canarder les vitrines.

Mais la violence révolutionnaire provoque également des débats lorsqu’elle commence à remplacer la politique. Les actions d’avant-garde minoritaires ne sont pas considérées comme une finalité. « Là il faut qu’on décide quelles sont les priorités. C’est l’un ou l’autre. Plus on tire et moins on réussit à faire de la politique », estime un autonome.

Le groupe de Rosso se distingue des organisations politiques par son rejet de la violence minoritaire, qui ne peut pas être réappropriée par tous. Les autonomes développent une critique libertaire de la violence lorsqu’elle devient l’initiative d’une petite avant-garde gauchiste. Mais le groupe Rosso défend la violence révolutionnaire lorsqu’elle émane directement du prolétariat, pour détruire les institutions qui l’opprime, ou simplement au cours des grandes manifestations.

Le mouvement autonome se distingue radicalement des Brigades Rouges sur la question de la violence. « Nous, nous ne sommes pas contre la violence, mais nous sommes contre le terrorisme. En particulier contre cette logique de pilleur du parti armé qui intervient dans les luttes des autres pour faire justice au nom de n’importe qui », analyse un autonome qui intervient dans radio Black Out.

Mais avec une répression d’État qui criminalise la moindre distribution de tracts, les partisans de la clandestinité et de la lutte armée se multiplient. Pourtant, au congrès de Bologne qui réunit les différentes tendances de l’Autonomie, des divergences éclatent au sujet de la violence. Mais un énorme cortège de révolutionnaires et d’autonomes sillonne la ville de Bologne. Pourtant, ce n’est que le chant du cygne d’un mouvement qui n’a plus d’objectif commun.

Le Mouvement se désagrège en de multiples bandes qui se rapprochent davantage de la banale criminalité pour s’éloigner de la politique. Les braquages se multiplient mais ne servent plus à financer la lutte pour seulement à enrichir ceux qui les organisent

La diversité des luttes

Paolo Pozzi et le journal Rosso s’attachent à la multiplicité des sujets révolutionnaires et insistent sur la libération des désirs. Le journal Rosso, en plus du féminisme et des drogues, ouvre également ses colonnes aux homosexuels. D’autres mouvements, comme Potere Operaïo, se consacrent exclusivement à la vente de journaux à la sortie des usines. Pour eux la classe ouvrière demeure l’unique sujet révolutionnaire. « Ils disent qu’on ne pense qu’à la défonce et au cul, vu que le journal ne fait pas mystère de l’usage des drogues légères et de la défense de tous les mouvements de libération, en particulier ceux des femmes et des homosexuels », ironise Paolo Pozzi.

Mais le groupe de Rosso ne délaisse pas les luttes ouvrières et s’attache à coordonner l’Assemblée autonome avec le collectif ouvrier. Mais ses deux cultures militantes qui cohabitent sont pourtant différentes. Le narrateur compare le militant de Pot Op à un curé de campagne qui prêche la bonne parole révolutionnaire, souvent incompréhensible, à ses ouailles ouvrières. Les autonomes insistent sur le plaisir dans les luttes sociales comme dans la vie quotidienne.

Le groupe Rosso participe à des actions et à des manifestations pour soutenir les ouvriers en lutte. Les différents groupes de l’autonomie parviennent à se coordonner, malgré leurs différences, lorsqu’il s’agit d’organiser des mobilisations sociales en dehors des syndicats. Pourtant, la période n’est plus aux grandes luttes ouvrières de 1969, incarnées par la Fiat. Mais des grèves éclatent contre des licenciements. Surtout, le prolétariat se recompose avec de nombreuses luttes de travailleurs précaires et de chômeurs.

Le beau témoignage de Paolo Pozzi doit être pris avec des précautions. L’Autonomie semble idéalisée. Ses années de jeunesse et de liberté contrastent avec la période d’enfermement carcéral qui caractérise le contexte de l’écriture de ce texte. Pourtant, ce livre décrit une atmosphère de bouillonnement politique. Le point de vue des autonomes est mis en relief par la présentation des autres groupes politiques. Placer le désir et la jouissance au centre de la vie distingue radicalement les autonomes des autres groupes politiques.

L’aliénation capitaliste colonise toutes les sphères de l’existence. Dès lors, même le personnel devient politique. Cette critique radicale de la vie quotidienne mérite d’être réactualisé, surtout lorsque les « autonomes » contemporains se cantonnent à un insurrectionalisme bien terne. Le projet de libération des désirs semble clairement abandonné par les révolutionnaires contemporains.

Mais le texte de Paolo Pozzi n’élude pas les doutes sur les limites de l’amour libre imposé comme un simple mode de vie. Toutefois, il ne fait que confirmer la nécessité de réinventer la vie et l’amour, pour lutter contre la misère sexuelle et affective, afin de vivre pleinement.


Source: Paolo Pozzi, Insurrection 1977 http://courtcircuit-diffusion.com/Insurrection, Nautilus, 2010

http://www.zones-subversives.com/articl ... 59135.html
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 03 Sep 2016, 17:07

Insurrection des désirs et Italie des années 1970

Marcello Tari retrace l’atmosphère de l’autonomie dans l’Italie des années 1970. Loin de la grisaille léniniste des Brigades rouges, ce « réformisme armé » mâtiné de gauchisme mortifère, l’insurrection autonome apparaît comme une fête, nourrie par le désir, le plaisir, la passion.

Les « années de plombs » pour l’État apparaissent comme des années de jouissance pour le prolétariat. L’aventure du mouvement autonome, qui enfièvre l’Italie des années 1970, demeure méconnue. Les médias traitent cette histoire de révoltes et de luttes sur le registre judiciaire à travers les « affaires » Cesare Battisti ou Marina Petrella. Les milieux intellectuels s’intéressent davantage au gauchisme mondain de Toni Negri , ancien militant autonome qui chante les vertus du capitalisme new look. En revanche, peu d’études sérieuses se penchent sur l’effervescence de l’Autonomie italienne, sinon pour la réduire à un déchaînement de violence.

L’ouvrage de Marcello Tari replonge dans l’ambiance du « Mouvement », à travers ses tracts et ses multiples journaux. L’Autonomie, loin de patauger dans des flaques de sang, renvoie à un mouvement qui s’attache à passionner la vie pour transformer radicalement le monde. Les attaques contre le capital s’accompagnent d’une critique radicale de la vie quotidienne.

Radicalisation et élargissement des luttes ouvrières

Depuis la fin des années 1960, la tension sociale s’avive dans l’usine Fiat de Turin. Mais la collaboration des syndicats permet au patronat de contenir les désirs insurrectionnels. Dans ce contexte, une révolte ouvrière devient une lutte sociale et politique contre la production et l’État. En 1969, une lutte majeure éclate à la Fiat avec une victoire qui démontre que les ouvriers peuvent former une puissance collective capable de déstabiliser le puissant patronat italien. En 1973, lorsque les ouvriers se rencontrent sans les bureaucrates syndicalistes, ils échangent leurs idées et leurs pratiques. Grève sauvage, sabotage, blocage de l’usine : de nouvelles formes de lutte émergent.

Mais les ouvriers décident de bloquer non seulement leur usine, mais aussi toute la ville, pour s’approprier le territoire. Ce blocage total dure trois jours mais marque durablement les pratiques du mouvement ouvrier qui sort de l’usine pour occuper l’ensemble de l’espace urbain. Le blocage de la production renvoie également au refus du travail, pour vivre enfin pleinement. « Bloquer la production signifiait laisser libre cours aux flux du désir », résume Marcello Tari. Cantines illégales, squats, « marchés rouges » : de nouvelles pratiques, par la construction d’espaces autonomes et autogérés, se répandent depuis l’usine de Mirafiori de Turin pour embrasser l’ensemble du territoire métropolitain.

En 1973, le président chilien Allende est assassiné. La peur d’un coup d’État fasciste devient plus concrète. Les dirigeants du Parti communiste italien (PCI) décident de se rapprocher de la Démocratie chrétienne (DC). Mais des communistes en marge du Parti commencent à s’armer.

Idées et pratiques nouvelles

Le Mouvement se distingue des multiples groupuscules gauchistes, à la prose illisible, qui grouillent sur les vagues de contestation sociale. L’Autonomie comprend de multiples courants politiques avec toutes les variétés du marxisme et de l’anarchisme, mais aussi le luxembourgisme, le dadaïsme, et un marxisme libertaire influencé par les idées situationnistes ou conseillistes. Potere Operaïo concocte un étrange mélange de léninisme et de spontanéisme. Mais la volonté léniniste de construire un parti se dissout dans l’ampleur du Mouvement.

L’Autonomie semble diverse et non réductible à une idéologie. Le refus de la délégation politique et du réformisme demeurent ses traits les plus saillants. Le désir de subversion et la réinvention quotidienne du communisme unissent les multiples subjectivités radicales qui composent ce mouvement.

Entre 1973 et 1975, des collectifs autonomes déclenchent des luttes dans les quartiers populaires romains à partir des problèmes liés au logement. Ses conflits semblent massifs avec 3000 logements occupés et 25 000 auto-réductions qui concernent l’électricité, le gaz, l’eau, le téléphone. A Turin, des auto-réductions s’organisent dans les transports en commun. A Milan des expropriations se déroulent dans les supermarchés. En 1974, des groupes tentent d’entrer gratuitement dans des concerts de rock. Ses diverses pratiques se répandent et traduisent le mot d’ordre issu des luttes ouvrières : de la revendication à l’appropriation.

En mars 1973, à Bologne, l’Autonomie ouvrière organisée réunit les assemblés et comités ouvriers de différentes villes.

Nouveaux sujets révolutionnaires

De 1974 à 1976, Milan devient le lieu de convergences de multiples luttes et expériences autonomes. La contestation sociale s’étend au-delà du mouvement ouvrier et des usines de Turin. « Prenons la ville ! » devient le slogan de l’organisation Lotta Continua et de tout un mouvement. L’Autonomie forme alors « une constellation de collectifs, de revues, de comités, de singularités qui se reconnaissent dans ce paradigme de la subversion », selon Marcello Tari.

Des actions directes sont organisées. Mais le mouvement autonome se distingue des groupes clandestins, comme les Brigades rouges, qui fétichisent la violence pour prendre le pouvoir et non pour le détruire. L’action violente doit exprimer le désir du mouvement et non être planifiée par une avant-garde qui se vit comme une « délégation prolétarienne ». Les exploités, ouvriers mais aussi employés, critiquent l’assujettissement au travail, à l’image de la caissière obligée de sourire. Les chômeurs, les étudiants, les femmes et les minorités sexuelles, composent la « plèbe » selon l’expression de Foucault, et deviennent des nouveaux sujets révolutionnaires.

Des journaux, comme Rosso, et autres revues permettent d’exprimer une subjectivité radicale, avec une critique de la culture, de l’intellectuel et toute forme de médiation. « La théorie de la révolution veut dire une pratique directe de la lutte de classes », affirme Mario Tronti. Les rues et les places deviennent des « territoires libérés » pour permettre une convergence des désirs. Le Mouvement transforme le quotidien en ouvrant des espaces de rencontres. « C’était un autre monde, oui, tout autre que les places désertifiées, plastifiées et hypersurveillées des métropoles européennes aujourd’hui », souligne Marcello Tari.

Les lycéens s’opposent à « l’organisation capitaliste des études ». La « société de répression », contre les drogues et l’homosexualité, est critiquée y compris au sein des organisations politiques imprégnées par la morale sexuelle du gauchisme.

Jouir plutôt que travailler

Le Mouvement porte la guerre sociale dans la vie quotidienne et refuse la séparation entre le politique et le personnel. Les rapports humains, qui reposent sur des bases sexistes et classistes, sont attaqués. L’amour, l’amitié, la sexualité doivent devenir révolutionnaire. Cette perspective débouche vers de nouvelles luttes de libération.

Le refus du travail doit permettre « l’habitation d’un temps libéré, antiproductif et fortement érotisé », selon Marcello Tari. Cette démarche s’inscrit dans une critique, non seulement du capitalisme, mais aussi de la vie quotidienne. Le travail demeure perçu comme un rapport d’exploitation mais aussi comme une aliénation des individus. Face au capital, l’Autonomie riposte par la jouissance et le communisme comme « totalité de la libération ». « La pratique du bonheur est subversive lorsqu’elle se collectivise », affirme le journal A / traverso.

Un article intitulé « De la lutte salariale à la nouvelle subjectivité ouvrière » analyse le passage de la « revendication des besoins » à « l’explosion des désirs ». L’affrontement investit la vie quotidienne. « On veut parler ici de la lutte contre le commandement, contre les chefs, contre la hiérarchie et en même temps, du refus ouvrier de la machine bureaucratique léniniste, quel que soit le groupe qui la propose », continue l’article. La libération des désirs s’attaque à toutes les formes d’autorité, de contrainte, de soumission.

Le Mouvement se caractérise par sa diversité et se révèle sauvage et indomptable. L’Autonomie refuse toute forme d’unification ou de centralisation.

Libération des désirs

L’autonomie féministe se distingue du féminisme légaliste. Les féministes autonomes s’attaquent au travail domestique pour remettre en cause l’ordre patriarcal et la famille. Des groupes d’« autoconscience » permettent aux femmes d’échanger leurs expériences, d’exprimer leurs désirs et de critiquer leurs conditionnements sociaux. Ce féminisme, à l’image de l’Autonomie, s’attaque à tous les dispositifs de pouvoir et aspire à balayer toutes les normes. « Les thèmes du corps, de la sexualité, de la psychanalyse, envahissent les collectifs d’usines, de quartiers, les dispensaires, de même que la théorie marxiste des besoins, rapportée à la matérialité de l’oppression sexuelle des femmes, et à la « critique de la survie affective » imprègne les deux groupes issus de collectif milanais de via Cherubini », observe Lea Melandri. L’autorité des petits chefs mâles du Mouvement se voit contestée et ridiculisée.

Bifo et A / traverso distinguent un clivage entre une autonomie qui s’attache à une direction centralisée opposée à « l’autonomie comme capacité de vivre ses propres besoins, ses propres désirs, en dehors de toute logique de négociation avec le gouvernement ».

Dans le sillage de l’autonomie féminisme émerge des mouvements homosexuels. Ils pratiquent également des groupes d’autoconscience. La lutte contre la répression sexuelle s’intensifie. Après le slogan « Prenons la ville », le nouveau mot d’ordre devient « Reprenons la vie » pour élaborer une pratique collective du bonheur. « Où que l’on aille à l’époque, il y avait des endroits, des rues, des maisons, des lieux où on pouvait faire de nouvelles rencontres, construire des langages, étreindre des corps, fabriquer des machines de guerre au-delà et à l’encontre de tout conventionnalisme », décrit Marcello Tari.

Passionner la vie

Les jeunes prolétaires politisent la contre-culture. La revue Re Nudo organise des rassemblements musicaux et politiques. Des jeunes refusent de payer l’entrée des concerts et perturbent les représentations des pseudo-stars. Des lycées sont occupés pour contester l’autorité des professeurs. Des auto-réductions se pratiquent dans les cinémas et les restaurants. A l’occasion d’occupations de places du centre ville des fêtes sont improvisées. « Nous ne préparons pas des festivals, nous créons des situations » affirme le journal Puzz dans une veine situationniste.

Le journal A / traverso et Radio Alice expriment l’esprit du Mouvement et insistent sur la réalisation des désirs. A / traverso estime que le groupe devient une alternative à la famille, au parti, et à toutes les organisations hiérarchisées. Mais le groupe ne doit pas se replier sur lui-même mais être lié à l’ensemble du Mouvement. Radio Alice s’attache à la destruction de l’ordre symbolique et linguistique pour exprimer une multiplication des désirs. Dans le sillage du mouvement dada, la séparation entre l’art et la vie est abolie pour passionner le quotidien.

Luttes insurrectionnelles

Le Mouvement de 77 apparaît comme l’apogée de l’Autonomie. Le contexte est différent de celui des grandes grèves ouvrières. Le capitalisme s’est restructuré et le secteur industriel décline. Mais les salariés du secteur des services, les travailleurs précaires, les chômeurs, les étudiants forment un prolétariat diffus. « Du travail pour tous, mais très peu et sans aucun effort » devient le slogan scandé par les manifestants, loin des revendications salariales traditionnelles.

Le gouvernement démocrate chrétien impose des mesures de rigueur. Une université est occupée par les étudiants après une agression fasciste. La contestation s‘amplifie, contaminée par l'esprit de l'Autonomie. « On respirait dans les cortèges un climat de fête et de guerre, d’érotisme et de créativité, qui avaient caractérisé l’irruption des différents mouvements autonomes de libération », décrit Marcello Tari. Le 5 février, toutes les facultés romaines sont occupées. Dans les universités, les étudiants sont rejoints par le jeune prolétariat : les Indiens métropolitains. Ils expriment une créativité joyeuse inspirée par les mouvements dada et surréaliste. Ils participent aux manifestations autonomes en criant des slogans comme « Orgasme libre ». Une inscription gigantesque barre la façade de l’université romaine : « L’imagination détruira le pouvoir et un éclat de rire vous enterrera ». Les interventions des petits bureaucrates qui respirent l’ennui militant sont perturbées, tout comme les cours.

Mais le PCI, qui dirige la mairie de Rome, tente de déloger les occupants. Pourtant, le terrible service d’ordre du PCI fuit à l’assaut des autonomes. La police attaque l’université, mais les occupants parviennent à s’échapper. Selon Marcello Tari cet épisode révèle l’antagonisme, entre le PCI institutionnalisé et le mouvement des autonomies, « entre le socialisme des sacrifices et le communisme des désirs ».

Apogée et chute du mouvement

Bologne devient l’épicentre du mouvement de 1977. Cette ville, administrée par le PCI, concilie communisme et consumérisme. Dans cette ville étudiante, le mouvement privilégie la contre-culture, l’extranéité et les pratiques de réappropriation immédiates comme les auto-réductions. Mais, avec le durcissement de la répression, le Mouvement bolognais ne peut plus échapper à la confrontation directe avec l’État. Malgré la violence des affrontements, les autonomes sont soutenus par des personnes qui ne participent pas au Mouvement. « Ne pas séparer la subversion contre l’État de celle contre le quotidien, la déstabilisation du capital-État de la déstructuration de la société » explique le succès du Mouvement à Bologne selon Marcello Tari. « L’arme qu’utilise le mouvement est la plus terrible, celle de la transformation du quotidien », résume un collectif de Bologne.

Le 12 mars, les barricades sont dégagées et le PCI pense que le mouvement est terminé. Mais de nouveaux cortèges sillonnent la ville. Une émeute éclate dans une prison qui enferme des manifestants. Mais, le lendemain, les chars occupent la ville.

« Nous n’appartenons plus à votre civilisation ! » scandent les manifestants à Rome. A partir du 12 mars, le mouvement de contestation prend une ampleur nationale. Un défilé de plus de 100 000 personnes sillonne la capitale. Malgré des scènes de guérilla urbaine, avec des fusillades et des bâtiments incendiés, l’insurrection ne fait aucun mort. Milan apparaît également comme un autre foyer de contestation. Mais les petites villes semblent les plus actives. Dans le sud de l’Italie, le mouvement autonome pallie l’absence d’État. Cependant, la répression s’accentue. Des attaques et des explosions visent surtout des cibles symboliques. Mais aucune action ne permet de bloquer durablement l’économie. Les premiers morts, dans un contexte de répression féroce, génèrent un délitement progressif du mouvement. Acculés à l’illégalisme par l’État policier, les autonomes peuvent difficilement rester liés aux luttes légales importantes, comme celle pour les transports gratuits.

Pour vivre la révolte

Le livre de Marcello Tari ne se distingue pas par sa réflexion stratégique, notamment pour expliquer l’échec du Mouvement. Mais son texte permet de décrire les débats et les luttes qui animent le courant le plus libertaire et radical du mouvement révolutionnaire de l’Italie des années 1970.

La référence à l’Italie des années 1970 est utilisée par les autonomes français noyés dans l’activisme et l’insurrectionalisme à grand spectacle, de type black block. Plutôt que la violence symbolique et minoritaire ou les alternatives de pacotille, les grands mouvements de lutte se révèlent plus efficaces. L’appropriation des entreprises et le blocage des flux de production permettent d’attaquer plus concrètement le capital. Sébastien Schifres souligne les limites d'un mouvement qui n'aspire pas à la réappropriation des moyens de production et à une perspective de révolution sociale. Surtout, le mouvement autonome ne touche que les franges précaires de la jeunesse et semble loin de contaminer l’ensemble de la société.

Mais, dans cette période de crise du capitalisme, l’Autonomie italienne dessine des perspectives émancipatrices malgré son échec. Une politique de la liberté et du désir alimente des luttes qui s’embrasent sur tous les fronts. Si les autonomes français réduisent le Mouvement à son insurrectionalisme mythifié, son originalité et sa puissance provient surtout de sa critique en actes du quotidien. Ce mouvement propage des pratiques de lutte et d’émancipation dans tous les aspects de la vie. Les sujets révolutionnaires se multiplient et l’expression libre des désirs attaque la logique du capital et du travail. L’Autonomie parvient à passionner la vie pour proclamer la fête et la jouissance.


Source: Marcello Tari, Autonomie ! Italie, les années 1970, (traduit par Etienne Dobenesque) La Fabrique, 2011

http://www.zones-subversives.com/articl ... 61694.html
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 18 Sep 2016, 14:14

[Radio] "Che casino però ci voleva", les luttes autonomes en Italie

** Pendant tout l’été 2016, l’émission va être intégralement rediffusée de l’épisode #0 à l’épisode #10, tous les mercredis de 16.30 à 18.00 et à minuit, toujours sur les fréquences de Radio Galère ! **

Retour écrit sur les sur 10 épisodes : https://mars-infos.org/radio-che-casino ... voleva-027
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 20 Oct 2016, 13:53

Alessandro Stella : “Ce que fut L’Autonomie ouvrière en Italie »

Interview d’Alessandro Stella qui fut un militant de l’Autonomie ouvrière italienne, issue du groupe Potere Operaio (Pouvoir ouvrier).

... https://albruxelles.wordpress.com/2016/ ... en-italie/
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede Pïérô » 06 Nov 2016, 12:30

Paris, mardi 8 novembre 2016

Rencontre avec Alessandro Stella

« Années de rêves et de plomb »
Des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980)

à 20h, Librairie « Le genre urbain », 30 rue de Belleville, Paris 10e

Image

À l'occasion de la parution de son livre "Années de rêves et de plomb", Alessandro Stella sera à la librairie Le Genre urbain.

« Il n'y avait pourtant pas que le politique dans notre vie. "Le personnel est politique", nous avaient appris nos camarades féministes. Et alors que nous plongions tête la première dans la dernière tentative de révolution communiste en Europe, nous révolutionnions aussi nos rapports interpersonnels… Nous avions un désir débordant de mordre la vie, d'aller au bout d'une aventure enivrante, de profiter de tout ce que le monde pouvait nous offrir, ici, tout de suite, sans attendre le paradis céleste, ni le grand soir. "Qu'est-ce que vous voulez ?", nous demandait-on. On répondait : "Nous voulons tout !" »

En 1979, dans le Nord de l'Italie, la mort accidentelle de trois membres de l'Autonomie ouvrière donne lieu à une violente répression. Comment en est-on arrivés là ?
Revenant sur la longue histoire des combats ouvriers italiens, mai 68 et l'influence du Chili de Pinochet sur la militarisation des groupes socialistes, ce livre met au jour la continuité des luttes entre les années 1960 et les années 1970. De l'influence des Brigades rouges aux moyens d'action concrets, des limites de la lutte armée au rôle des intellectuels dans le militantisme, cet hommage à d'anciens camarades revendique le droit de se souvenir et la nécessité de perpétuer un combat pour un monde plus juste._

http://agone.org/memoiressociales/annee ... etdeplomb/
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Le Mouvement autonome, autonomie ouvrière, en Italie

Messagede bipbip » 19 Nov 2016, 16:37

« Nous voulons tout »

En Italie, on était en train de vivre un moment de transition entre le cycle de luttes de 1968-1969 et ce qui s’ensuivit. Le mouvement ouvrier unitaire né à la fin des années 1960 avait été loin et avait arraché au patronat et à l’État des conquêtes inimaginables quelques années auparavant. Les droits syndicaux (assemblée, délégués, conseil d’usine) étaient acquis et intouchables, la semaine de 40 heures s’était installée, les samedi et dimanche avaient été déclarés fériés, et des augmentations salariales significatives rendaient la vie des familles ouvrières moins difficile. Mais une fois lancé, le mouvement semblait ne plus vouloir s’arrêter.

... http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=6046
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