1968, et l’après-68

Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 12 Fév 2018, 11:55

Rencontre et débat avec Lola Miesseroff

« Voyage en Outre-gauche. »

Editions Libertalia

Paris, jeudi 15 février 2018
à 19h30, Librairie du Monde libertaire - Publico, 145 rue Amelot

Née en 1947 à Marseille, de parents émigrés russes. Ayant grandi dans un milieu libertaire, Lola Miesseroff avait 19 ans lorsqu'elle a lu De la misère en milieu étudiant. À la suite de cette rencontre avec les idées de l'Internationale situationniste, elle quitte rapidement l'université, « lieu d'ennui et d'abrutissement », pour opter pour la lutte et la critique sociales. Depuis, elle n'a cessé de participer aux divers mouvements sociaux et à nombre de collectifs de discussion, d'édition, de diffusion théorique. Voyage en outre-gauche est son premier ouvrage.

« Je me trouve dans cette mouvance que j'appelle "l'outre-gauche" depuis 1967 et, aujourd'hui, mes jeunes camarades me considèrent comme une de leurs ancêtres politiques. C'est un peu vexant certes, parce qu'on ne se voit pas vieillir, mais cela ne me semblait pas bien grave jusqu'à ce que je sois sommée de dévoiler tous ces événements des années 68 que nous leur aurions cachés, et d'éclairer ou contrer ainsi le récit dominant de cette période avant qu'il ne soit trop tard. Il est vrai que notre histoire risque bel et bien de sombrer dans l'oubli au fur et à mesure de la disparition de ses acteurs. Bien sûr, on peut toujours rédiger seul ses Mémoires mais ce n'est pas en solo que j'avais envie de rendre compte de cette aventure collective […]. Ils sont trente à avoir accepté ma démarche ; en mai 68 ils étaient à Paris, à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux, à Lyon, à Nantes, à Angers ou à Strasbourg. »

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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 13 Fév 2018, 20:28

Trimards et marginaux de Mai 68

La mémoire des graines de crapules

Présentation du livre "Trimards, "pègre" et mauvais garçons de Mai 68", de Claire Auzias, ed. ACL
et discussion avec l'auteure

- Nantes le jeudi 15 février à B17, à 19h30

- Saint Nazaire, le mercredi 14 février au bar sous les palmiers, bd de Verdin, 19h 20

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Katangais à Paris, trimards à Lyon, zonards à Nantes... ils ont été escamotés de la mémoire de Mai 68, ces enragés marginaux de Mai, que les clichés ont vite présentés comme des mercenaires sans foi ni loi, supplétifs, gros bras.

Claire Auzias tord le cou à ces clichés et montre que certains sont restés des militants d'extrême gauche, après Mai 68 et sa gueule de bois. Ils ne sont peut être pas tous nés révolutionnaires patentés, bardés de théories, mais ils le sont devenus, au contact des barricades et des assemblées générales. Cette étude méticuleuse, très documentée, croisant témoignages, archives et rapports de police, met à jour une grande diversité. Tous n'ont pas le même profil partout. Sous prolos et déclassés, inclassables sans doute, chômeurs en transit ou intermittents du boulot, marginaux des syndicats quand ils ont un travail fixe, gens de la rue, mineurs en fugue et en rupture avec les structures d'éducation spécialisée et de l'enfance en danger, autant dire de contrôle de leur adolescence en prélude à la prison. On pourra multiplier les formules, "loubards" selon la terminologie d'époque, "graines de crapule" à écouter le parti de l'ordre, "non organisés" pour le monde militant, en tous cas non-étudiants. Même si ce sont le plus souvent les étudiants en lutte qui les ont sollicités et accueillis. Ces révoltés qui ont saisi Mai 68 comme une zone d'aventure révolutionnaire sont déjà en rébellion contre la vie subie.

Les fantasmes leur ont collé à la peau. Gens de peu ou de rien, sans attaches, sans biens, ils seraient prêts à tout, indomptables, imprévisibles, et donc inquiétants pour les militants aimant les catégories et les cases bien identifiées à leurs yeux. Le regard porté sur ces trimards-zonards-katangais n'est d'ailleurs jamais loin d'un préjugé de classe de la part des étudiants vis à vis de ces gens qu'on veut bien utiliser puis écarter quand ils échappent au contrôle et aux plans pré établis.

L'auteure cherche dans l'histoire du mouvement ouvrier les fondements de ce compagnonnage parfois distant. Mais le concept de lumpen prolétariat est un peu fourre-tout aux contours imprécis, rebut des pauvres, reliquat de ruraux relevant de l'ère pré industrielle et jugés dangereux pour la classe ouvrière, ou corps social diffus, rétif à la domestication. La notion n'échappe pas toujours à des jugements englués de morale. Pour Marx et Engels, le lumpen, ce "prolétariat en haillons" est un terme méprisant, "lie d'individus dévoyés de toutes les classes", et désignant des strates sociales utilisées pour des visées contre révolutionnaires, enrôlés comme supplétifs des milices bonapartistes pour mater les insurrections du XIXe. Pour Bakounine, cette canaille-là est en revanche auréolée d'un parti-pris positif. La mémoire de ces voyous de 68 s'est souvent laissée piéger par l'héritage des représentations marxistes. Ce bouquin leur rend utilement hommage.

https://nantes.indymedia.org/articles/39925
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 15 Fév 2018, 16:52

Le Mai 68 des ouvriers, à Nantes le 17 février 2018

Atelier d’éducation populaire : Le Mai 68 des ouvriers, histoire de la grève générale à Nantes.

Samedi 17 février à partir de 14h30 Nantes, Manufacture des tabacs – salle B.

2018 marque le cinquantième anniversaire de Mai 68. Moment de révolte de la jeunesse étudiante et de libération sexuelle, Mai 68 fut aussi la plus importante grève générale ouvrière en France. Alors qu’Emmanuel Macron prétendait commémorer officiellement Mai 68, et tandis que le magazine hebdomadaire du Monde consacrait un numéro à Romain Goupil, leader lycéen de 1968 passé au néo-conservatisme, il y a fort à parier que tout un pan de mai 68 disparaisse des commémorations : le mai 68 des ouvriers. Il faut dire que le macronisme ambiant a peu d’intérêts à célébrer une lutte ouvrière victorieuse ayant permis l’augmentation du SMIG de 35% et des salaires de 10%, ainsi qu’une quatrième semaine de congés payés…

Alternative Libertaire Nantes propose une série d’ateliers d’éducation populaire pour revisiter l’histoire de la grève générale ouvrière de mai 1968 à Nantes. Ces ateliers s’inscrivent dans une perspective plus large : ils serviront de support à la réalisation d’une exposition suivie de débats le samedi 26 mai 2018 sur les enjeux de la grève générale, de mai 68 à nos jours.

Alternative Libertaire Nantes vous invite donc à participer à un premier atelier d’éducation populaire le samedi 17 février à partir de 14h30. Cet atelier prendra la forme d’une lecture collective et partagée d’un extrait de l’ouvrage de Boris Gobille (Mai 68, Paris, La Découverte, 2008) : il s’agira de permettre à chacun-e de découvrir et de s’approprier, grâce aux outils de l’éducation populaire et aux savoirs collectifs, l’histoire de la grève ouvrière de Mai 68 en France.

La participation à cet atelier d’éducation populaire est entièrement libre et gratuite. Il vous suffit de vous inscrire en écrivant à n✉antes@alternativelibertaire.org

L’événement Facebook https://www.facebook.com/events/537032176670149/

https://www.alternativelibertaire.org/? ... 17-fevrier
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 15 Fév 2018, 21:18

Documentaire

"Cléon" Réalisation collective (1968) durée : 26 minutes

Cléon, l’une des premières usines à se mettre en grève en Mai 68. Les grévistes de l’usine Renault décrivent le quotidien de l’occupation et débattent de l’accès à la culture et de la reprise du travail : les relations avec les non grévistes, la mise en pratique des droits et libertés syndicaux, la création de commissions d’ateliers succédant au comité de grève.

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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 16 Fév 2018, 12:48

Demain Le Grand Soir, les deux premières émissions introductives sur l'avant 68 et le contexte, et avant de recevoir nos invités tout au long de l'année

Emission du 24 janvier sur mai 68, intro 1
http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1814

Emission du 14 février 2018 sur mai 68, intro 2.
http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1823
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 14:51

Un aspect méconnu de Mai 68

Le Samedi 17 février à 16h au local la commune, dans le cadre d’une tournée en bretagne, l’historienne et écrivaine libertaire claire auzias https://fr.wikipedia.org/wiki/Claire_Auziasviendra nous présenter son dernier ouvrage « trimards, pègre et mauvais garçons de Mai 68 » sorti à aux éditions de « l’atelier de création libertaire » http://www.librairie-publico.info/?p=2876 .

Le livre de Claire Auzias présente la passion que fut Mai 68 en France, mais aussi sa complexité. Le tableau qu’elle nous présente de ces «  trimards  » et autres mauvais garçons, nous invite à sérieusement réviser nos classiques sur la révolution. Trimards à Lyon, loulous à Grenoble, zonards à Nantes, katangais à Paris ou Mouvement révolutionnaire octobre à Bordeaux, pour Claire Auzias ce lumpenproletariat était l’autre face de la Révolution.

http://lasocialefederationanarchiste.bl ... ai-68.html
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 16:37

Le temps ne fait rien à l’affaire - Spécial 50ans de Mai 68 - Episode 2 : Merde j’aurais préféré être à Paris !

Alors comme ça il parait qu’une grève générale, ça ne se décrète pas ???
En mai 68 ça a pourtant été décrété et...ça a plutôt bien marché !
Gépé se souvient de sa jeunesse et nous donne des idées...

à écouter : https://manif-est.info/Le-temps-ne-fait ... j-403.html
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 22:50

Vient de paraître : « MAI-68 À LYON »

« Nous avons bien été battus, mais nous ne voulions pas non plus « gagner » ; ce que nous voulions, c’était tout renverser …

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Ni témoignage ni travail d’historien, Mai-68 à Lyon est le récit circonstancié et argumenté de ce mouvement par l’un de ses protagonistes, alors membre du Mouvement du 22 mars lyonnais et actuellement co-directeur de la revue Temps Critiques.

Mai-68 n’a pas été une révolution, mais plutôt un mouvement d’insubordination qui n’a pas connu son dépassement. Il trouve son sens dans le moment de l’événement lui-même, où les individus, au-delà de leur particularité sociale, sont intervenus directement contre toutes les institutions de la domination et de l’exploitation capitalistes.
À Lyon, étudiants du campus de la Doua, élèves du lycée Brossolette à Villeurbanne, jeunes prolétaires de la M.J.C. du quartier des États-Unis, trimards des bords de Saône, mais aussi ouvriers de Berliet dévoilant l’anagramme « Liberté » y ont joué un rôle de premier plan.
Mouvements ouvrier et étudiant paraissaient capables de converger à la faveur des liens tissés dès 1967 pendant les grèves exemplaires de la Rhodiacéta. Les conditions plus favorables de la grève généralisée en mai 1968 ne débouchent pourtant pas sur une union décisive et les grévistes de la Rhodiacéta n’assument pas le rôle d’entraînement auquel on aurait pu s’attendre, auprès des autres ouvriers de la région.

Le mouvement collectif, exubérant et anonyme connaît son acmé pendant la manifestation et la nuit du 24 mai. Son reflux se manifeste d’abord par l’attaque de la faculté des Lettres par l’extrême droite et les milices gaullistes le 4 juin, puis par la reprise du travail aux P.T.T. dès le 8 juin et à la Rhodiacéta le 10, même si à Berliet, la grève s’étire jusqu’au 20 juin.

hors collection (A PLUS D’UN TITRE) | Paru le 07/02/2018 | 12,00 €

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http://dndf.org/?p=16640
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 18 Fév 2018, 00:19

De l’établi à la bibliothèque Lire à la chaîne

Alors que vient de sortir en librairie L’envers de Flins, Une féministe révolutionnaire à l’atelier aux éditions Syllepse, nous publions ici l’entretien que Fabienne Lauret nous avait accordé dans la revue N’Autre école.
Nous reviendrons sur ce parcours dans les jours à venir, en attendant, nous vous invitons à découvrir ce formidable livre...

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Après trente-sept années à Renault Flins, Fabienne Lauret n’a rien perdu de sa rage contre un système social qui exploite et opprime. D’abord établie dans les ateliers de l’usine, l’envie d’évoluer, au début des années 1980, et la victoire au Comité d’Entreprise d’une section CFDT d’inspiration autogestionnaire et combative, l’ont alors menée vers la médiathèque du CE : pour ne pas quitter l’usine, pour ne pas quitter la lutte… parce que ce n’est ni le travail ni le livre qui nous émancipent mais le collectif et l’engagement.

Questions de Classe(s) – Dans quelles conditions t’es-tu « établie » à Renault Flins ?

Fabienne Lauret
– Je suis entrée à Renault Flins le trois mai 1972. Avant cela, il m’a fallu « construire » mon CV, passer par des usines plus petites et moins suspicieuses face au risque d’embaucher des « établis ». Quatre années exactement après la grande grève de mai 68 (qui a changé le cours prévisible de mon existence), et au bout de deux années d’études dilettantes à l’Université pour devenir enseignante, me voilà ouvrière d’usine à 21 ans. Par choix idéologique 1, politique, et même affectif… Car je n’y entre pas seule. Mon compagnon d’alors, Nicolas 2, y travaille déjà. D’autres établis sont également prévus pour travailler à Renault, ainsi que dans d’autres entreprises du coin (Cellophane, cimenteries, etc.). Pour nous, c’était en usine que devait se faire prioritairement le travail politique. Mais nous avions, en plus des établis, une équipe de soutien extérieur, des enseignants, des étudiants, etc. C’est dans cette dynamique que certains d’entre nous ont été à l’initiative de la création d’une librairie : La Réserve, à Mantes-la-Jolie.

Q2C – Quel était, à cette époque, votre rapport avec les livres ?

F. L. – La lecture était centrale pour nous, à travers nos écrits, tracts, bulletins, brochures (il n’y avait pas internet !). On voulait les diffuser dans l’usine mais aussi dans les cités. L’équipe extérieure jouait un rôle important de soutien et de diffusion (par exemple de notre bulletin La Clef à molette). Mais nous voulions aller plus loin. On a participé à une asso, pour rassembler des gens autour du projet de librairie. L’objectif commun était d’avoir un lieu où l’on ne parlerait pas forcément que de politique mais aussi des enfants, de la maison… et dès le départ, l’identité de la Réserve s’est construite autour de soirées de débats… qui se tenaient dans la cave du local ! C’était très divers, de Séverine Auffret, présentant son livre Des couteaux contre des femmes. De l’excision des femmes à Catherine Baker parlant de l’éducation à la maison (Insoumission à l’école obligatoire, 1985). Dès le départ, cette librairie était conçue comme un lieu de rencontre : on n’y venait pas uniquement pour acheter des livres mais aussi pour retrouver des gens.

Q2C – Faire entrer les livres à l’usine… ça a été au cœur de ton travail à Flins ?

F. L. – J’ai une formation scolaire et dans ma famille (militante : mes parents m’ont prénommée Fabienne en l’honneur du résistant communiste le Colonel Fabien !), j’ai baigné dans la lecture. C’est surtout au cours de la deuxième partie de ma vie à Flins, lorsque j’ai quitté l’atelier, que le travail autour de la culture et de la lecture est passé au premier plan. J’aurais pu, à ce moment-là, quitter l’usine. Mais je ne le souhaitais pas, c’était là que je voulais travailler, vivre et militer. Si, au départ, j’avais songé à devenir enseignante au sein de l’usine, donner des cours de français, la victoire de la CFDT aux élections du CE, succédant à la CGT après une belle grève victorieuse, m’a offert une autre opportunité. La nouvelle orientation tendait à développer une « culture émancipatrice ». Le service Loisirs et culture (où il y avait la bibliothèque et la discothèque, les expositions, les voyages et les sorties, fêtes culturelles) était d’ailleurs déjà animé en grande partie par la CFDT avant même la victoire au CE… J’ai été embauchée mais je ne voulais pas que cela apparaisse comme du favoritisme « syndical », j’ai suivi une formation, d’abord de discothécaire puis de bibliothécaire.
Il y avait la bibliothèque qui vivotait, une discothèque bien fournie, et une récente vidéothèque. Le nouveau CE a voulu faire un lien plus visible et plus valorisant entre les différents supports culturels en créant la Médiathèque… ça a permis de renouveler en partie le fonds de la bibliothèque en remplaçant petit à petit des ouvrages en trop grand nombre édités par le Parti Communiste, des abonnements à des publications improbables que personne ne lisait… pour des ouvrages qui intéresseraient plus les salariés. Non sans contradiction parfois, quand, plus tard – malgré l’opposition de Nadine, ma collègue et de moi-même – la médiathèque s’est abonnée à la presse people (qui s’est arrachée).
Notre idée, c’était d’avoir une sorte de grand hall d’accueil et pas d’entasser des livres dans un coin. Pour que les gens lisent, il fallait ouvrir le lieu. Au début des années 80, les médiathèques, même municipales, étaient très rares. On a réfléchi à une organisation qui permette des ponts entre les disques, les vidéos, les livres et surtout les animations. L’idée, qui était celle portée par la CFDT d’alors, était de ne pas valoriser le livre comme le support culturel suprême. On avait un fonds musical énorme, du classique et aussi une belle collection de titres de jazz. Mais les ouvriers n’empruntaient pas suffisamment… Il fallait de l’animation autour pour les attirer.
Pour toucher les 20 000 salariés (45 % d’immigrés dont 80 % à la chaîne) de cette « ville usine » en pleine campagne qui s’étend sur 247 hectares, il existait déjà des bibliobus qui venaient présenter des ouvrages jusque dans les couloirs de l’usine, près des vestiaires, au moment des changements d’équipes. Il fallait aller vers les ouvriers qui ne pouvaient pas forcément se déplacer à la médiathèque. Le nouveau CE a renforcé et multiplié les annexes du CE (jusqu’à 3), proches des restaurants dans l’usine, qui ont remplacé les bibliobus dans les couloirs.

Q2C – La lecture, une affaire de classe ?

F. L. – La médiathèque n’était pas fréquentée par les cadres, trop marquée « syndicalement » pour eux… Ceux qui lisaient le plus, c’étaient les femmes (10 % du personnel sur le site). Le secteur qui rencontrait le plus de succès était celui de la littérature jeunesse, d’ailleurs on ne comptabilisait pas les emprunts pour ces titres. Il était valorisé avec des animations spécifiques.
Mais le cœur de notre travail, ce dont on était les plus fières, ce sont les expositions : celle sur la poésie contre le racisme (dès 1977, donc avant le changement de majorité au CE), par exemple, où on a fait participer les travailleurs. On présentait aussi des choses sur Hergé, sur des chanteurs, sur les CD et leur fabrication… L’exposition sur les nationalisations, entamée au moment de l’arrivée de la CFDT, n’a jamais vu le jour à cause des divergences à ce sujet avec les membres du PCF…

Q2C – Peux-tu nous parler de ces animations ?

F. L. – J’ai quitté la médiathèque pour le service animation à sa création en 1986 – avant de retourner à la Médiathèque en 2000, après moultes péripéties (déplacée, déqualifiée au gym­nase, etc.), car le service animation avait été supprimé par FO, devenue majoritaire.
Il fallait réussir à impliquer les travailleurs, les rendre actifs. Pour cela les thèmes n’étaient pas forcément politiques ou directement sociaux… On a travaillé avec un boulanger de la région (dégustation journalière pour une expo-animation sur le pain), une autre fois ce fut le vin, etc. Il y avait 3 ou 4 animations de ce type par an. Je me souviens surtout d’une expo consacrée à l’art et l’automobile où se mêlaient littérature, sculpture, BD, cinéma autour d’un thème central dans notre vie à l’usine ! On a d’ailleurs exceptionnellement ouvert le CE un WE pour permettre aux familles de venir voir l’expo et elle a tourné sur d’autres sites. Nous proposions des choses sur l’artisanat, le parfum, les pin’s les costumes du monde, etc. On ne présentait pas d’ailleurs systématiquement le livre comme le seul objet culturel ou le plus « noble ». Les animations avec les collectionneurs plaisaient beaucoup et avaient toujours un grand succès parce que les gens s’y étaient investis en apportant des objets qui leur appartenaient. Il fallait partir du vécu, sans élitisme, et ensuite donner conscience du social derrière. Le personnel de la médiathèque produisait souvent à ces occasions des bibliographies, discographie, filmographies pour faire le lien avec le fonds disponible. C’était ça « le travail de masse », lointain héritage du vécu maoïste ! Mais on a aussi proposé des animations sur mai 68, 1789 ou 1936 – à cette occasion, on a fait une animation accordéon et certaines d’entre nous étaient venues en habits d’époque !
On déambulait dans l’usine en faisant des appels pour inviter les ouvriers à venir aux animations. On a aussi obtenu une page du CE dans le journal officiel de l’usine, c’était un des moyens pour populariser les activités du CE et notamment culturelles, parler littérature, musique, etc.

Q2C – En quoi ce travail d’animation culturelle dans l’usine se distinguait-il de ce qui se faisait avant et de ce qui existe aujourd’hui ?

F. L. – Nous ne négligions pas pour autant les sujets politiques. Ce furent des combats difficiles parfois, comme celui de la condition des femmes. Avant notre arrivée, le CE CGT offrait un cadeau ménager (par exemple, un tablier de cuisine à l’occasion de la fête des mères). On a remplacé ça par des spectacles (un des premiers fut celui de Yolande Moreau à la salle Jacques Brel de Mantes-la-Ville), des animations pour le 8 mars avec des expos sur les droits des femmes. Il fallait toujours le petit cadeau, mais on essayait de trouver des choses plus culturelles… On a travaillé aussi sur une enquête auprès des femmes « Femmes et loisirs » : « Quels sont vos loisirs ? Quels sont ceux dont vous rêvez ? » À titre de comparaison, la politique du CE, aujourd’hui tenu par FO, est horrible et surtout très consumériste. FO n’a jamais valorisé la médiathèque, préférant offrir aux femmes des spectacles de Chippendales pour la fête des mères et des calendriers avec des femmes nues pour les hommes… D’ailleurs, ils ont supprimé le service animation, ce fut très dur. Je me suis retrouvée affectée au gymnase. Nadine, avec qui je travaillais m’a dit : « alors OK, on va faire ça à mi-temps, en alternance sur chaque lieu. » Les gens qu’ils embauchaient ne s’intéressaient plus à l’usine. Moi, qui en venais, cela me choquait
Ce qui relie mes engagements à Flins, depuis mon arrivée jusqu’à ma retraite, c’est peut-être cette volonté de valoriser les gens : qu’ils ne soient pas que des « ouvriers à la chaîne » mais aussi des travailleurs conscients. Aujourd’hui, l’usine tourne surtout avec des intérimaires qui ne sont pas attachés à l’entreprise. Être intérimaire, c’est terrible. Même le CE ne leur donne rien : pour emprunter à la médiathèque, il faut donner une caution parce qu’ils peuvent quitter l’usine du jour au lendemain… Les salariés (à ce jour 2 000 max à Flins et une dizaine au CE – longtemps une quarantaine), ne lisent quasiment plus, téléchargent musiques et films, n’ont plus le temps de venir au CE (contrôle des déplacements accrus, temps de repas des équipes basculé en fin de poste, fermeture des restaurants sauf un en normale, fermeture des annexes CE, pour cause de baisse des effectifs au CE). Des conditions peu favorables au développement de la lecture des livres et journaux, mais qui touchent aussi à l’ensemble de la société…
Je pense que le livre dans l’entreprise peut avoir un effet subversif, le fait de lire à l’atelier autre chose qu’un journal, c’est déjà un combat. Jacques, un autre établi de Flins, a eu un autre rapport que moi avec le livre (voir encadré). Mais il y a toujours un aspect subversif : t’es pas là pour lire, pour réfléchir, tu peux tricoter, jouer aux cartes, boire un coup, mais pas lire… En même temps, si tu es aussi tout seul dans ton livre, tu n’es pas avec les autres… à moins de faire des lectures collectives (mais c’est une autre histoire que nous avons abordée dans la discussion enregistrée avec Fabienne et mise en ligne sur le site Q2C). ■

Fabienne Lauret, propos recueillis par G. Chambat pour Q2C

1. Ce groupe local, membre de « Révolution ! », devenu plus tard « l’Organisation Communiste des Travailleurs » (scission de la Ligue communiste en 1971, dénommée plus tard la LCR puis le NPA), prône la « centralité de la classe ouvrière » dans la nécessaire et inévitable révolution sociale qui doit intervenir dans les dix années à venir, nous n’en doutons pas. Le mouvement de 1968 n’a été qu’une « répétition générale » ! Nous inspirant aussi de certains apports de la révolution chinoise, nous estimons que nous devons « être comme un poisson dans l’eau, et donc travailler au sein des usines »…

2. Nicolas Dubost, auteur de Flins sans fin, Maspero, 1979.


https://www.questionsdeclasses.org/?De- ... -la-chaine
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 18 Fév 2018, 16:24

Retrouver les libertaires de 68

Dans cette tribune, Théo Roumier, syndicaliste et libertaire, attire notre attention sur un aspect méconnu de Mai 68.

Cette année, Mai 68 aura cinquante ans. Cinquante printemps passés où son « souvenir » a été enjeu de réécritures, d’analyses, mais aussi d’histoire comme de source d’inspiration pour des générations entières. Surtout si on l’élargit aux années qui suivirent l’événement, ouvrant dix ans durant un cycle de contestation inégalé depuis. Nombreuses sont les résistances les plus contemporaines à avoir un rapport à 68. Bien des courants et des organisations en sont, plus ou moins directement, les héritières aujourd’hui.

Il est malheureusement un courant politique qui est globalement mis sur la touche dans ce travail d’histoire et de mémoire : celui des libertaires.

Bien sûr, on parle souvent des aspects libertaires de 68, des drapeaux noirs se mêlant aux rouges dans les manifestations des mois de mai et juin. On note que cette « brise libertaire » déteint sur d’autres, participant du « climat » ou de la « période » : c’est la Ligue communiste dénonçant la « farce électorale » en 1969, la Gauche prolétarienne s’essayant à un improbable anarcho-maoïsme ou encore, dans une certaine mesure, la CFDT faisant sienne le thème de l’autogestion.

Mais très rarement ou bien sommairement sont évoqués les stratégies, les discours et les pratiques qu’ont pu déployer les libertaires, exception faite peut-être du mouvement du 22 Mars et de ses « figures » libertaires, au premier rang desquelles celle de Daniel Cohn-Bendit, tellement « iconisée » qu’elle ne représente au final qu’elle-même. Et pourtant des militant.es libertaires en 68, il y en eut.

Des insurgé.es

Si la vieille Fédération anarchiste (FA) est bousculée par les événements, c’est au profit de forces nouvelles qui vont se structurer dans les années suivantes. En 2008, à l’occasion du quarantenaire de Mai 68, un entretien inédit avec deux acteurs de cette histoire pour le mensuel Alternative libertaire livrait une anecdote significative : le soir de la nuit des barricades, le 10 mai 1968, de jeunes anarchistes parisiens interpellent le public du récital de Léo Ferré qui se tenait à La Mutualité, à quelques mètres du Quartier latin. Las, ledit public anarchiste, « traditionaliste », refuse de rejoindre les insurgé.es [1]. Il ne saisit pas qu’à ce moment « tout un peuple, violent et ravi, se découvrait libertaire » [2].

Dans l’immédiat après-Mai, cette rupture va s’incarner autour de deux pôles. L’un, communiste libertaire, qu’incarne principalement l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA), ayant sans état d’âme aucun pris le large d’avec la FA. L’autre, anarcho-syndicaliste, que va représenter pour l’essentiel l’Alliance syndicaliste (AS). À côté de ces deux structures existent ou gravitent par ailleurs de nombreux groupes, collectifs ou revues.

L’élaboration d’un corpus politique spécifique à cet anarchisme renouvelé ne sera pas sans rencontrer les préoccupations d’un Daniel Guérin qui publie l’année suivante un livre au titre évocateur, Pour un marxisme libertaire, représentatif de cette volonté d’en finir avec les totems et les tabous.

Ranger l’ORA ou l’AS (pour ne citer qu’elles) au rang de groupuscules serait méconnaître ou sciemment chercher à minorer le rôle qu’ont pu avoir ces organisations et celles qui leur ont succédé jusqu’à aujourd’hui.

Car elles ont multiplié les interventions et les campagnes. Elles ont participé activement à l’animation et la construction de structures associatives et syndicales – notamment au sein de la CFDT d’alors, mais aussi dans la CGT – et fait vivre dans des villes, des quartiers, des entreprises un combat anticapitaliste, égalitaire et autogestionnaire.

Il y eut forcément des erreurs d’analyse, des limites et des lacunes. Mais elles n’en ont pas moins créé de l’action collective, au-delà des rangs de leurs seuls adhérent.es, ont cherché à intervenir politiquement et influer sur les coordonnées sociales de la France contemporaine.

Sans cette recomposition née de 68 et la persistance d’un courant libertaire ancré dans les luttes sociales, farouchement attaché à leur auto-organisation, il n’est pas certain que nous aurions vu renaître une CNT vers 1995 ou s’affirmer de la même façon le syndicalisme alternatif des syndicats SUD. De même, la permanence d’un antifascisme radical est pour partie liée à cette histoire récente.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici d’annexer des mouvements sociaux autonomes et indépendants, dans leur fonctionnement comme dans leur orientation. Mais il s’agit par contre de rappeler que des libertaires et leurs organisations ont délibérément fait le choix de les construire, dans le respect scrupuleux de leur autonomie. Et continuent de le faire.

Le fil du temps

Et pourtant, lorsqu’on évoque l’extrême gauche des années 68, c’est la plupart du temps pour se concentrer sur les différentes déclinaisons du maoïsme ou du trotskysme et leur postérité. Pourquoi cette invisibilité ?

L’une des explications tient sans doute au modèle dominant de la gauche hexagonale, polarisée pendant plusieurs décennies par le PCF. Dans ce schéma, les « gauchistes » se situaient pour la plupart dans une logique de concurrence et de contestation de son espace partisan. Une telle posture stratégique fait de la tribune électorale une étape nécessaire.

Or cet espace-là le courant libertaire l’évite soigneusement, argumentant sur l’impasse et l’illusion du parlementarisme. Dès lors, il ne « compte » pas. Rétif aux velléités d’hégémonie, il est trop souvent considéré comme un cousin de famille éloigné, qu’on écoute distraitement. Ou bien comme un courant de pensée qui « flotterait » au-dessus de la mêlée sociale, condamné au commentaire.

Même dans Affinités révolutionnaires, livre d’Olivier Besancenot et Michael Löwy paru en 2014, qui veut dresser des ponts entre marxistes et libertaires, on peine à trouver mention d’un cadre organisationnel au-delà de la CNT espagnole des années 1930.

Alors reprendre langue avec cette histoire rouge et noir bien réelle, avec ses réalisations et ses débats, est important [3]. Pas seulement par curiosité ou acquit de conscience, mais bien pour la vivre au présent dans la période de recomposition que nous traversons.

N’insultons pas l’avenir. Différentes écoles et organisations, sociales et politiques, ont cherché les moyens de bouleverser l’ordre du monde : soyons attentives et attentifs à toutes.

Pour toutes celles et tous ceux qui se définissent aujourd’hui comme des militant.es de l’émancipation, gageons qu’il y a un intérêt à retrouver ce fil du temps qui court des libertaires de 68 à aujourd’hui.

Théo Roumier est syndicaliste et libertaire. Il tient le blog « À celles et ceux qui luttent et qui résistent » https://blogs.mediapart.fr/theo-roumier/blog.

[1] Ce que confirme le récit de Pierre Peuchmaurd, Plus vivants que jamais http://www.editionslibertalia.com/catal ... que-jamais, réédité chez Libertalia.

[2] Éditorial de L’Insurgé n°8, juin 1968.

[3] La récente constitution d’un Fonds d’archives communistes libertaires http://www.museehistoirevivante.fr/coll ... aires-facl, conservé au musée de l’Histoire vivante de Montreuil, ne peut qu’y inciter.


https://www.politis.fr/articles/2018/02 ... -68-38388/
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Lila » 18 Fév 2018, 19:18

Flins-sur-Seine

Récit d’une vie de militante ouvrière à Renault

A travers son livre L’envers de Flins paru le mois dernier, Fabienne Lauret raconte sa carrière dans l’usine Renault de Flins-sur-Seine, celle d’une « féministe révolutionnaire à l’atelier ». La première présentation publique de son livre, le 10 février à la librairie la Nouvelle réserve de Limay, a été l’occasion d’échanger avec la militante ouvrière aujourd’hui à la retraite.

Sa carrière a débuté à l’atelier couture de Renault quand elle est embauchée en 1972, où elle restera 11 années avant de devenir salariée au comité d’entreprise pendant 26 ans. « Nous avions analysé le mouvement de 68 et constaté que le milieu ouvrier était un pivot central, explique Fabienne Lauret, du choix collectif d’intégrer l’usine avec d’autres militants « établis ». Comme nous n’y étions pas, il fallait y aller nous mêmes. »

Dans son livre, Fabienne Lauret se souvient des nombreuses grèves menées et retrace les nombreuses causes pour lesquelles elle a lutté : « le combat féministe, contre le racisme, les conditions de travail, l’écologie aussi .. Autant de « petits et grands moments » qui ont marqué son parcours professionnel et syndical, dont elle voit encore des répercutions dans l’actualité. Et résume : « On a semé des graines, certaines ont germé, d’autres non. »

http://lagazette-yvelines.fr/2018/02/16 ... a-renault/
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