L’anarchisme dans le collimateur, fin 19e jusqu'à 1914

Re: L’anarchisme dans le collimateur, fin 19e jusqu'à 1914

Messagede bipbip » 01 Nov 2017, 20:46

Le procès de Louise Michel et consorts (3)

Fin de l’audience du 21 juin.

Les interrogatoires se sont terminés par ceux d’Enfroy, de Moreau dit Gareau, de Martinet et de la femme Bouillet, qui n’ont pu trouver place dans notre première édition et que nous résumons pour nos lecteurs de Paris.
Enfroy, bonnetier à Troyes, a été condamné trois fois, pour vol, à l’emprisonnement, et une autre fois pour coups et blessures. Il explique ainsi qu’il suit ses antécédents :
Voici pourquoi j’ai été condamné. Je suis fils naturel. J’ai été livré fort jeune au vagabondage, et c’est parce que j’étais en mauvaise compagnie que j’ai commis quelques fautes. J’ai volé quelques fruits.
Mais depuis que je suis un homme et un socialiste, j’ai appris à être honnête. On n’a rien à me reprocher : Je suis marié, j’ai deux enfants et c’est moi qui les fais vivre par mon travail de chaque jour.
Enfroy déclare qu’il ne connaissait pas Pouget et qu’il n’était pas en relations avec lui. Pouget, de son côté, déclare qu’il a envoyé des brochures à Enfroy. parce qu’il savait qu’il était socialiste, sans avoir sur lui d’autres renseignements.
Enfroy reconnaît qu’il a reçu une trentaine de brochures A l’armée ! et des journaux; il a annoncé cet envoi à Moreau, son ami, à qui, dit-il, i1 fait part de ses affaires. Il ne lui a pas remis des brochures pour les distribuer.
Moreau, typographe à Troyes nie avoirdistribué des brochures aux soldats et en avoir jeté dans la caserne d’infanterie.
Martinet, bonnetier à Reims, nie également tout fait de distribution. « J’avais, dit-il, quelques exemplaires de la brochure que Moreau m’avait donnés. Mais ma femme les a brûlés, les trouvant compromettants. »
Mme Bouillet, cabaretière à Roanne, a cinquante-deux ans, et n’a jamais été poursuivie. Elle ne connaissait pas Pouget.
D. Est ce que vous êtes anarchiste?

R. Mon Dieu monsieur, je ne connais pas ça, moi. J’ai bien assez d’occupations avec mon commerce. surtout avec les mauvais payeurs. (Rires.)
Elle reconnaît avoir reçu un colis, mais elle l’a remis, sans l’avoir ouvert, à deux individus qui sont venus le lui demander dans la soirée.
Pouget, interrogé, déclare qu’il a expédié à Mme Bouillet un colis contenant des brochures pour qu’elle les remit à un de ses amis dont il refuse de faire connaître le nom. « Mme Bouillet est absolument étrangère à tout mouvement anarchiste », dit-il en terminant.
L’Interrogatoire des accusés terminé, M. le président fait remettre à Pouget le testament qu’il a réclamé.
— Je prie les jurés, dit l’accusé, de constater que le testament qui m’avait été confié en dépôt a été ouvert.C’est une infamie de la justice.
M. le président. — Je ne puis tolérer une pareille expression. Le juge d’instruction a usé d’un droit.

Audition des témoins

M. Bouché, boulanger, rue des Canettes, raconté l’invasion de sa boutique :
Les individus qui sont entrés chez moi, le 9 mars, criaient Du pain, du travail et du plomb! Je leur al dit : Prenez le pain, mais ne cassez rien.
D. Qui était en tête de la bande?
R. Une femme vêtue de noir.
Le président (montrant Louise Michel). — La reconnaissez -vous?
H. Oh! pas du tout !
D. Les individus qui ont pénétré chez vous étaient-ils des gamins?
R. Mais non, monsieur, c’étaient des hommes raisonnables. (Hilarité.)
D. (A Louise Michel). vous disiez que c’étaient des gamins?
R. Oh tous ceux qui sont entrés dans les boutique n’étaient pas des gamins. Si on ne les retrouve plus, je sais pourquoi et je l’ai dit c’est qu’ils sont de la police. (Rires.)
Mme Augereau, boulangère, dit qu’elle a vu Louise Michel s’arrêter devant sa porte. Des individus sont entrés en criant. « Du pain ! » On a presque tout enlevé. Une assiette et deux vitres ont été cassées.
Louise Michel avait le dos tourné quand «quelques-uns de ceux qui étaient à sa suite » sont entrés dans la boutique.
— Ma fille, poursuit-elle, a entendu le mot Allez, mais elle ne sait pas si c’est Louise Michel qui l’a prononcé.
D. Devant le commissaire de police, vous avez été, je crois, plus affirmative.
R. Je ne pense pas.
Louise Michel. Je ne sais si je me suis arrêtée devant la boutique de Mme Augereau. Je n’avais aucune raison pour cela. Je n’ai pas dit le mot: Allez. Quant à la hampe du drapeau, si je l’ai agitée, c’est bien possible. Il y avait trois heures que je portais le drapeau.
M. le président (au témoin). Avez-vous vu agiter le drapeau?
R. Je ne sais pas.
Mme Auçereau déclare que c’est contrainte et forcée qu’elle a laissé prendre le pain. Un agent a voulu protéger la boutique. Mais, devant l’attitude de la foule, il a dû se retirer. Les envahisseurs n’étaient pas exclusivement des gamins.
Mlle Rosalie Augereau, 17 ans, était dans la boutique de sa mère; elle a vu la bande s’arrêter, et Louise Michel frapper la terre avec sa hampe ; elle a entendu le mot « Allez », mais ne sait pas si c’est Louise Michel qui l’a poussé. Quand la boulangerie a été envahie, elle n’a plus rien vu,
tant elle était émue.
Louise Michel. La mère n’a vu que mon dos. Mademoiselle prétend qu’elle m’a vue m’arrêter. Au milieu des cris qu’on poussait, il est impossible qu’elle ait pu faire une constatation sérieuse… Vraiment, je ne puis cependant pas discuter cela. Je parle devant des hommes sérieux. Je ne ris pas et je ne joue pas. (Rires).
Le président (au témoin). Votre déclaration est conforme à celle que vous avez faite à l’instruction.
M. Morlcet, boulanger, boulevard Saint-Germain, est descendu du premier étage au moment de l’invasion de sa boutique. Sa femme était seule au comptoir, ses petites filles s’étant sauvées.
Un individu bien vêtu s’est approché de moi, poursuit M. Moricet, et m’a dit « Ne leur dites rien; laissez-les faire. » Cela m’a rassuré. (Rires.)
Le président. Connaissez-vous cet-individu?
R. Nullement.
Le président.– Combien étaient-ils, les envahisseurs?
R. Quatre-vingts environ, et, parmi eux, il y avait, des hommes très bien. (Mouvements.)
D. Y avait-il des gamins?
R. Quelques-uns, mais aussi des hommes très raisonnables. (Rires) Des assiettes ont été cassées.
Louise Michel proteste qu’elle n’a pas donné le signal de l’invasion, pas plus cette fois que les autres « Accusez-moi de tout ce que vous voulez; de toute espèce de délit contre le gouvernement mais cette accusation-là, s’écrie-t-elle, je la repousse absolument. »
Me Etienne Pierre fait observer que les messieurs très bien mis n’avaient pas à recevoir d’ordres de Louise Michel. Ils ont donc obéi à des impulsions personnelles.
Mme Moricet était à son comptoir elle a vu la bande s’arrêter, ayant Louise Michel à sa tête.
Louise Michel a posé son drapeau à terre et s’est mise à rire eu regardant la boulangerie, qui, a été aussitôt envahie.
Louise Michel proteste énergiquement contre la déposition du témoin.
Le témoin reconnaît avoir d’abord donné quelques morceaux de pain aux envahisseurs, mais parce que leur attitude l’avait effrayée. Il y avait des jeunes gens de seize à dix-huit ans, « mais qui n’étaient pas dans une tenue d’ouvriers. »
Me Lenoël-Zévort demande au président d’ordonner, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, la citation de M. Chaussedat, peintre, qui déposera que Louise Michel ne s’est pas arrêtée devant la boulangerie Moricet, et qu’elle était à plus de cent mètres en avant lorsque cette boutique a été envahie.
M. l’avocat général Quesnay de Beaurepaire réclame, à son tour, l’audition des demoiselles Moricet.
M. le président déclare qu’il sera fait droit à ces demandes.
M. Carnat, officier de paix, dit que Louise Michel, quand il s’est avancé, place Maubért, pour l’arrêter, s’est écriée « Ne me faites pas de mal! ». II n’a pas entendu qu’elle ait ajouté «Nous demandons du pain ! ».
Pouget l’a traité de « lâche » et de «canaille».
Quant à Mareuil, il n’a rien dit.
Sur l’interpellation de Pouget, le témoin dit qu’il n’a pas remarqué qu’en tête de la bande il y eût des hommes armés.

Louise Michel proteste qu’elle n’a pas dit : Ne me faites pas de mal, mais bien : On ne nous fera pas de mal.
Le témoin, répondant à une question d’un des avocats, déclare qu’il a entendu dire vaguement qu’il y avait deux femmes dans la bande. Lui n’en a vu qu’une, Louise Michel.
Me Pierre. La défense n’en retient pas moins le fait.
Louise Michel, se levant vivement. Je prie la défense de me laisser plutôt accuser que d’indiquer personne. (Mouvements.)
L’agent de police Ghénier confirme sur divers points la déposition de M. Carnat,
D. Mareuil criait-il ?
R. Oui Vive la révolution ! « A bas la police !.
Me Lenoël-Zévort le témoin a été entendu quatre fois, et c’est la première fois qu’il mentionne ce cri.
Mareuil proteste qu’il ne criait pas.
M. le président. Il est certain que le témoin vous accuse aujourd’hui pour la première fois. Messieurs les jurés apprécieront.
Blanc, gardien de la paix au 6e arrondissement :
Le 9 mars dernier, un gardien est venu prévenir l’officier de paix qu’on pillait une boulangerie rue des Canettes. Nous nous sommes mis à la poursuite de la bande et nous l’avons atteinte place Maubert. M. l’officier de paix a arrêté Louise Michel qui lui a dit « Ne nous faites pas de mal, nous ne demandons que du pain! ». Pouget a traité M. l’officier de paix de lâche et de canaille. Mareuil criait: «A bas la police à bas le Vidocq ! Vive la révolution sociale!» Les assaillants avaient des cannes plombées, des revolvers et des couteaux.
Louise Michel.– Je n’ai jamais dit « Ne nous faites pas de mal », mais seulement « On ne nous fera pas de mal ». Tous ces messieurs étaient dans le plus grand trouble.
D. (à Louise Michel).– Il n’y avait que. vous de sang-froid?
R. Nous en avons tant vu! Je proteste pour l’honneur de la révolution
Gaudillière, gardien de la paix au 6° arrondissement.

D. Louise Michel a-t elle prononcé quelque parole place Maubert ?
R. Elle a dit « Surtout ne nous faites pas de mal, nous ne demandons que du pain ».
Louise Michel. — Troisième variation ! Les précédents témoins ne me faisaient pas dire « surtout ». M. le président. Eh bien, vous ferez plaider que tous n’avez pas dit « surtout ».
Louise Michel. J’ai bien le droit de relever les variations des témoins. Je ne me suis jamais prosternée devant personne. Je n’ai jamais demandé grâce. Vous pouvez dire tout ce que vous voudrez, vous pouvez nous condamner, mais je ne veux pas que vous nous déshonoriez.
Le cocher de fiacre Grandeau dépose :

Le 9 mars, je stationnais place Maubert, quand tout à coup j’entends un grand bruit en même temps la foule arrive un individu ouvre ma voiture, jette Louise Michel dedans et s’empare de ma voiture malgré ma résistance. Je l’ai retrouvée sur le pont Marie.
Me Lenoël- Zévort. Le témoin a-t-il dit à l’agent Blanc qu’on lui avait donné cent sous ?
R. Non, monsieur.
Le témoin Blanc, rappelé :
J’ai trouvé le cocher le soir de la manifestation, je lui ai demandé s’il avait été rétribué et il m’a répondu qu’il avait reçu 5 francs.
Le témoin Grandeau. Je maintiens n’avoir rien reçu.
Louise Michel. — Je constate une fois de plus que ces messieurs déposent dans le plus grand trouble.
Femme Mondo, maîtresse d’hôtel, rue de Bretagne, 31
Pouget loge chez moi. Il est sorti le 9 mars au matin et il n’est pas rentré de la nuit. Quelqu’un s’est présenté pour le demander vers six heures; c’était un grand jeune homme blond. Il m’apportait un petit mot de la part de M. Pouget pour prendre quelques ouvrages qui étaient dans sa chambre. Je ne l’ai pas laissé entrer parce que je ne reconnaissais pas l’écriture de M. Pouget.
D (A Pouget). — Pourquoi aviez vous envoyé ce billet? ̃
Pouget. — Parce que les gens de la police font toujours main basse sur tout ce qu’ils trouvent.
M. le président. — Je ne puis, laisser passer cette assertion. Tous les objets saisis font l’objet d’un inventaire spécial et sont restitués à leurs propriétaires après les débats. Pas de ces insinuations !
Girard, chef du laboratoire municipal à la préfecture de police.
J’ai analysé un grand nombre de liquides, saisis chez Pouget et contenus d’ans des fioles. La plupart sont des mélanges de sulfure, de carbone, de phosphore et de pétrole léger. Le mélange connu sous le nom de feu fénian en chimie, est extrêmement dangereux.
Sur la demande de l’accusé Pouget, M. l’expert procède avec le contenu de deux fioles à une expérience. Il verse quelques gouttes de liquide sur du papier; au bout de quelques instants le feu brille et une épaisse fumée s’en dégage avec une odeur d’ail très prononcée.
L’accusé fait observer que le bois ne brûlerait pas aussi facilement. L’expérience renouvelée avec un autre flacon donne les mêmes résultats.
L’expert reprend sa déposition et constate qu’il a trouvé encore un grand nombre de matières dangereuses.
M. le président à l’accusé Pouget. — Pourquoi aviez-vous ces matières chez vous?
L’accusé. — Elles sont chez tous les chimistes ?
M. le président, — Oui, mais vous n’êtes pas chimiste et l’on trouve chez vous, en même temps que les matières incendiaires, les petites brochures contenant l’instruction pour s’en servir. Le jury appréciera s’il y a là détention de matières incendiaires.

L’audience est levée à cinq heures trois quarts.

Audience du 22 juin.

L’audience s’est ouverte à onze heures et demie.
Me Pierre proteste contre l’arrestation du prévenu Moreau, dit Gareau, qui a été effectuée à la sortie de l’audience d’hier, par M. Clément, commissaire aux délégations judiciaires.
Moreau, dit-il, a été arrêté parce qu’il a été condamné le 22 décembre 1882 à deux ans de prison par le tribunal correctionnel de Poitiers. Or, le jugement a été rendu par défaut. Je prie M. le président de faire apporter les scellés concernant Moreau, et l’on y trouvera divers certificats établissant que le prévenu ne pouvait pas se trouver à Poitiers au moment où les faits qui lui sont reprochés se seraient passés.
M. le président. — Les scellés seront apportés si M. l’avocat général n’y voit aucun inconvénient.
M. l’avocat général Quesnay de Beaurepaire. — Me Pierre proteste contre le Code d’instruction criminelle. C’est moi qui ai fait arrêter Moreau, un mandat d’arrêt ayant été décerné contre lui par M. le juge d’instruction de Poitiers, comme c’était mon devoir. Il a été condamné pour escroquerie et port illégal de la médaille militaire. Me Pierre n’a pas la prétention de faire juger par la cour d’assises un délit dont le tribunal de Poitiers est compétemment saisi.
M. le président. L’incident est clos.
Louise Michel protesté contre l’exclusion dont les parents des accusés ont été, dit-elle, l’objet à l’audience d’hier.
On avait cependant affirmé que le public serait admis sans carte, ajoute-t-elle.
Me Lenoël-Zevort, s’associant à cette protestation, déclare que si la porte d’entrée de la salle d’audience est ouverte au public, il n’en est pas de même de la porte extérieure du Palais, qui est rigoureusement consignée, à ce point que des plaideurs ont été hier dans l’impossibilité de se rendre dans diverses chambres civiles où ils avalent affaire dans ces conditions, on ne peut pas dire que les débats soient véritablement publics.
Me Laguerre. — Monsieur le président, vous avez le droit de faire respecter la publicité des débats. Or, c’est un public spécial qui pénètre dans la salle d’audience. Je fais appel à votre équité pour faire cesser cet état de choses.
M. le président. – On. a pris, dans cette affaire, les mesures d’ordre d’usage. Vous tirerez de la situation actuelle tels avantages que vous jugerez bon dans l’intérêt de la défense.
Pouget demande que M. Girard soit rappelé. Il conteste diverses assertions de l’expert et demande que les scellés apposés sur les fioles soient représentés. Je prétends, dit-il, non seulement que les expertises ont été faites à vue de nez, mais même qu’on a changé le liquide contenu dans certaines fioles.
Suit une discussion chimique entre Pouget et l’expert. Mais il est procédé à une expérience qui établit que les observations de l’accusé ne sont pas fondées.
La clôture de l’incident est prononcée.
Moreau se lève et demande l’apport des pièces réclamées déjà par Me Pierre. Il proteste avec force contre son arrestation.
M. l’avocat général. — Vous réclamerez les pièces au parquet de Troyes.
Messieurs les jurés, je puis ajouter à ce que je vous ai déjà dit que Moreau est aussi sous le coup d’un mandat décerné par le juge d’instruction de Troyes, sous la prévention de vol.
L’incident est clos.
L’audition des témoins continue.
Mlle Marie Moricet, entendue en vertu du pouvoir discrétionnaire du président, déclare qu’elle connaissait Louise Michel pour avoir vu sa photographie. C’est elle qui l’a montrée à sa mère.Elle a parfaitement remarqué qu’elle a posé à terre la hampe du drapeau et s’est mise à rire.
Louise Michel. — Je ne puis pas répondre à là déposition de cette enfant. J’ai répondu hier à Mme Moricet, qui tremblait comme la feuille. Je répondrai au réquisitoire. C’est une déposition apprise par cœur.
Il y aurait vingt petites Moricet, que toutes répéteraient la même chose.
M. le président « (à Louise Michel). Vous n’avez pas de questions à adresser à Mlle Moricet?
R. Oh! non, monsieur. Je serais honteuse de discuter ce témoignage. Je répondrai au réquisitoire:
Mlle Berthe Moricet confirme la déposition de sa sœur.
Louise Michel. — C’est honteux, ces dépositions d’enfants devant des hommes sérieux
M. Emile Chaussedat, peintre, entendu comme les deux précédents témoins en vertu du pouvoir discrétionnaire du président, déclare, sur l’interpellation de la défense, qu’il travaillait boulevard Saint Germain chez un horloger, au Cadran-Bleu, qu’il a vu Louise Michel portant son drapeau noir et suivie d’une soixantaine de personnes. Plus loin, derrière elle, à cent mètres environ, il y avait une masse d’un millier de manifestants. Il s’est avancé et a vu devant la boulangerie Moricet un certain nombre de personnes auxquelles le boulanger et sa femme jetaient du pain. Louise Michel ne s’ tait pas arrêtée.
M. le président (à Louise Michel). –Vous n’avez plus de questions à adresser au témoin?
Louise Michel. J’ai à remercier le témoin de rendre hommage à la vérité.

Le témoin Geiser, employé aux messageries de l’Est, dépose qu’il a reçu les colis déposés par Pouget sous le faux nom de Martin.
M. le président. — Deux contenaient des brochures A Armée ! II est ̃possible d’en conclure que les autres renfermaient les mêmes objets.
Pouget. — Si vous procédez par induction, monsieur le président, vous irez loin!

Mme Martin est la veuve de ce Martin, un fort de la halle, dont Pouget a emprunté le nom.
Mon mari, mon fils et moi, dit-elle, nous avons été incarcérés, puis relâchés. Mais l’émotion de Martin a été telle, qu’il est mort peu de temps après.
Pouget. — On a fait entendre le témoin pour impressionner le jury. Mais vraiment, M. Martin n’a pas pu mourir parce qu’il a été amené devant le commissaire. D’ailleurs, si j’ai pris son nom, c’est un pur hasard. Je voulais expédier des colis en province sous un faux nom. Si j’avais choisi un nom, c’eût été celui d’un commerçant connu a la halle et non celui d’un fort de la halle
Le témoin. — Mon mari n’en est pas moins mort et il ne m’en reste pas moins six enfants à élever.
Le président. — Tout le monde ici. madame, respecte votre malheur; vous pouvez vous retirer.

Les témoins entendus ensuite sont des militaires des garnisons de Reims, Troyes et Roanne, qui déposent sur les faits de distribution des brochures A l’Armée !
Henri Yvon, soldat au 132e d’infanterie, à Reims, déclare que le 10 mars, c’est-à-dire au lendemain
de la manifestation du 9 mars, un individu lui a remis « pour lire le soir » une brochure qu’il a lue, dans la chambrée, et qu’il a ensuite portée à son colonel.
Le facteur de ville Lacoste, da Reims, à livré, le matin du 10 mars, un colis postal à la femme de Thiéry, et dans l’après-midi un second colis à Thiéry lui- même.
Le caporal Rouchery, du 132e d’infanterie, a reçu, le 11 au soir, en rentrant à la caserne, une brochure. « Tenez, lui a dit l’inconnu qui la lui a remise, tenez, militaire, si vous voulez lire, prenez-moi ça. »
Il a donné la brochure au lieutenant de sa compagnie, après l’avoir lue à haute voix dans la chambrée.
Le soldat Martinaut, du 37e de ligne, à Troyes, en faction au poste de police de la caserne le 11 mars, a aperçu derrière le corps de garde une douzaine de brochures qu’il a signalées à un de ses camarades. Celui-ci les a prises et portées au sergent de garde.
Enfroy. –A l’instruction, le témoin a dit qu’un curé avait passé plusieurs fois devant la caserne; il pourrait parfaitement se faire que ce fût lui qui ait jeté les brochures dans le quartier.
M. le président. – Ah! oui, le curé?
Enfroy. — Sans doute; les curés, dernièrement, en on fait bien d’autres à Troyes
Le sergent Biot confirme la déposition de Martinaut; mais il parle de deux paquets de brochures. « On en a trouvé, dit-il, jusque dans les égouts. »
Enfroy. — On jetait les papiers dans les égouts! La distribution n’était donc guère dangereuse!
Le soldat Layen évalue à cinquante le nombre des brochures trouvées.
Moreau. — Voilà bien des contradictions !
Louis Devillard, casernier à la caserne d’infanterie, à Troyes, a trouvé « des papiers » le 11 au matin, au pied du mur de la caserne, près de son logement, à l’intérieur.
J’ai vu, dit-il, que c’était contraire à la discipline et j’ai averti le sergent de garde. Il a fait des recherches, et, derrière le poste, il a trouvé un certain nombre de brochures dans un caniveau.
D. Combien en aviez-vous trouvé personnellement?
R. Trois.
L’adjudant Belloc, du 37e d’infanterie, à Troyes, a été prévenu le 11 au matin, par un soldat de garde, que. quelques brochures avaient été trouvées dans un ruisseau de la cour du quartier. Il y en avait une trentaine. Il les a fait détruire, sauf une, qui a été remise au colonel.
Moreau. — Peut-on jeter des brochures dans la caserne sans être vu du factionnaire?
L’adjudant. Certainement, lorsqu’il fait demi-tour, par exemple.
M. le président. — Et puis, c’était pendant la nuit.
Moreau. — En tout cas, s’il y a eu des brochures distribuées, ce n’est pas par moi. Un curé est passé trois fois devant la grille; ce ne peut être que lui qui a jeté les brochures. (Hilarité.) ̃
L’audience est suspendue a une heure.

Le Temps 23 juin 1883 Gallica


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bipbip
 
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Messagede bipbip » 01 Nov 2017, 20:52

Le procès de Louise Michel et consorts (4)

Fin de l’audience du 22 juin.

Le réquisitoire

Voici le résumé du réquisitoire prononcé par M. l’avocat général Quesnay de Beaurepaire, etdont nous n’avons pu donner qu’une rapide analyse dans notre deuxième édition.
« Je vais essayer, messieurs les jurés, a dit en commençant M. l’avocat général, de vous montrer sans phrases qu’il ne s’agit point ici de faits d’ordre politique. On a cherché simplement à exciter des désordres par une manifestation qui a fini, par bonheur, en ridicule équipée.
La manifestation du 9 mars a souleva contre elle l’unanime désapprobation de l’opinion. Les chambres syndicales ont vivement engagé les ouvriers à n’y pas prendre part, et elles en ont avec raison répudié les conséquences. Le Mot d’Ordre, qui ne peut être suspect, l’a durement qualifiée, et la Lanterne, qui ne peut l’être davantage, a déclaré qu’il y avait dans cette émeute des fous qu’on devait envoyer à Charenton et des factieux qu’il fallait traduire en cour d’assises.
Il me sera facile de démontrer qu’il n’y avait pas de fous, le 9 mars. Mais il se rencontre toujours des personnes qui, pour dissimuler l’exiguïté de leur taille et ranimer leur popularité expirante, veulent monter sur des échasses, pour attirer maigre tout les regards de la foule. C’est le cas de Louise Michel.
Les témoins à décharge, dont la déposition doit être, je me hâte de le dire, absolument respectée, ont fait de ses vertus privées, de ses qualités de cœur un éloge auquel j’accorde une créance entière. Seulement, je crois que ces vertus s’exercent dans un cercle très étroit, et qu’en dehors des fidèles de sa petite église, la « grande citoyenne » n’a pour le reste des humains, pour la société actuelle qu’une haine profonde. C’est pourquoi, désolée que la manifestation générale eût avorté, elle a tenu à faire de son côté sa petite manifestation.
Oui, sur l’esplanade des Invalides, cette Louise Michel, digne d’être estimée de ses amis, je la vois, toute prête à prendre un drapeau, à former une bande et à marcher à la guerre sociale; je la vois toute prête à organiser le pillage; non que je songe pour cela à l’accuser d’être elle-même une pillarde, elle veut seulement, vous dis je, assouvir ses haines ».
M. l’avocat général examine le rôle de l’accusée au cours de la manifestation. Elle y a joué visiblement le rôle d’un chef. C’est elle qui a pris la tête de la bande, c’est elle qui a demandé le drapeau noir, qu’elle portait et qui était bien le signe du commandement. Etait-ce là une manifestation pacifique, parce que le drapeau était noir au lieu d’être rouge ?
« Mais ce drapeau noir, le drapeau noir des grèves, suivant une pompeuse expression de l’accusée, nous savons bien quelle est sa signification. Voici ce que disait Louise Michel elle-même qui vous faisait entendre hier des paroles douces, presque attendries, voici ce qu’elle disait le 3 juillet 1882, à l’Alcazar de Lyon:
« Je salue les victimes de toutes les réactions! Je salue Fournier! Je salue le drapeau noir sous lequel nous devons marcher, drapeau noir qui, le jour venu, sans pitié ni merci, fera le tour du monde.
« Je fais appel à la révolte. Il faut se débarrasser de ces gens-là (les bourgeois) comme on se débarrasse d’un obstacle. »
Ce drapeau dont vous connaissez maintenant la signification pacifique va devenir un signal.On le verra s’abaisser, se relever, marquer les arrêts. La sinistre comédie du pain va commencer.
Ces ouvriers sans travail jetteront des pains au ruisseau: ils prendront des gâteaux, ils casseront des assiettes, ils feront voler des vitres en éclats; et parmi eux les boulangers trouveront des gens bien mis, et la police des repris de justice.
Les boulangers ont remis volontairement du pain, dites-vous ? Ah je le crois bien! Qui de nous, s’il était boulanger, en entendant crier «̃ Du pain ou du plomb !» ne tâcherait de faire ce qu’ont fait ces boulangers, qui de nous ne fermerait pas sa caisse et, se faisant tout petit, ne remettrait du pain aux pillards ?
On appelle cela donner ! En vérité, il faut avoir une certaine habitude de se moquer des auditoires pour se figurer que, devant le jury de la Seine, de pareilles théories pourront être accueillies. Donner Mais autour de ce cadeau de force des boulangers, il y a le bruit des assiettes qu’on casse.
Le peuple a pris; et c’est au moment où Louise Michel s’arrêtait, c’est au moment où le drapeau s’est abaissé que le pillage a toujours commencé. Que penser du chef qui viendrait dire dans ces circonstances Je n’ai pas commandé; je n’ai pas regardé; je n’ai pas écouté. Est-ce que je m’occupais de ces choses?
Vous appartenez pour la plupart, messieurs les jurés, au commerce, vous êtes comme ces braves boulangers, qui ont eu le courage de venir déposer ici, des hommes qui avez élevé vos familles à force de travail, d’épargne et de probité; vos parents, vos amis ont comme vous boutiques ouvertes, vous habitez une ville de deux millions d’âmes et vous ne pourriez y jouir de la sécurité du lendemain !
il suffirait qu’une ancienne institutrice devenue Euménide de cinq cents individus arbore un drapeau, pour que les vitres volent en éclats, que les marchandises soient pillées.
Et si vous trouviez cela extraordinaire, il y aurait derrière vous un monsieur, un citoyen, je me trompe, un compagnon qui dirait « Tape dur, gâche serré » et vous recevriez écrite sur la nuque la première ligne de l’anarchie! (Sensation.) Pouvez-vous accepter cela?
La demoiselle Michel n’a pas pillé, je l’en crois incapable, mais elle a prêché le pillage, elle y a présidé, parce que, dans son fanatisme, elle a cru y voir le commencement de la révolution sociale.
Vous ne pouvez, messieurs, couronner un pareil acte par l’impunité.
Mais Louise Michel était-elle le chef unique ! Non, à côté du général, il y avait ses lieutenants. Pouget et Mareuil. Mareuil, cependant, ne doit pas être confondu avec Pouget. C’est un honnête et digne ouvrier, qu’on a fanatisé. Il a pris part avec une ardeur indéniable à la manifestation. Mais on n’a surpris sur ses lèvres pendant les arrêts de la bande que des injures à la police.
Le jury, jugeant sur son âme et conscience, verra ce qu’il doit faire de lui,
Tout autre est Pouget. Les écrits abominables, les engins meurtriers trouvés chez lui révèlent son caractère.
Pouget est le rêveur du crime, l’organisateur de la guerre sociale. Lui; « en prenant le bras de Louise Michel, il s’est lié à elle d’une façon indissoluble », et le jury dans son verdict ne les séparera pas.
La manifestation a pris fin sur la place Haubert. Là, devant l’officier de paix, Louise Michel a prononcé un mot qu’elle a renié avec énergie « Ne me faites pas de mal. » Pourquoi ces protestations? C’est un cri de femme. Elle ne pousse pas si souvent de ces cris-là ». (Sourires.)
Revenant à ce propos à Louise Michel, M. l’avocat général regrette de ne pouvoir lui parler comme à une de ces femmes de la république romaine, dont on faisait l’éloge en disant simplement « Elle fila la laine et garda sa maison. »
« Que n’a-t-elle écouté l’avertissement que lui donnait le hasard quand on lui a remis sur l’esplanade, pour hampe de son drapeau, un manche à balai ! » (Hilarité générale.)
Le ministère public passe ensuite à l’expédition et à la distribution des brochures. Pouget est le principal accusé dans cette partie du procès. Les autres ne sont que ses complices. M. l’avocat général requiert énergiquement contre lui.
— MM. les jurés vont vous apprendre, dit-il à Pouget, qui sourit, qu’un sourire n’est pas une réponse aux crimes odieux qui vous sont reprochés.
Puis, après avoir lu les passages les plus saillants de la brochure, M. l’avocat général s’écrie .
« Ces gens-là, dont la mauvaise foi est digne de Loyola, prennent un nom pour faire croire qu’ils sont un parti ! Et quand on songe à leurs doctrines, on se croirait vraiment en face de Peaux-Rouges ivres de leur existence sauvage et qui se jetteraient sur la civilisation pour l’égorger, Ils ont cru que les soldats assassineraient leurs chefs! ils ont oublié qu’aujourd’hui qu’il n’y a malheureusement plus de frontières, l’armée, c’est la frontière vivante, et que dans les casernes on a l’œil fixé, non pas sur cette loque à réclame du 3 mars, mais sur le drapeau de la France ils ont oublié que nos soldats et nos officiers formaient une seule famille prête à se faire tuer demain, s’il le faut, pour la patrie, comme l’autre jour l’officier de marine et ses matelots. C’est là, je le répète, un crime anti-français, et vous ferez justice, une bonne fois, messieurs, de ces apôtres du parricide (Sensation prolongée).
M. l’avocat général examine ensuite isolément le rôle de chacun des autres accusés, et termine ainsi :
Je ne vous demande pas, messieurs, de prendre souci ni crainte des théories anarchistes. Dans notre pays, où le bon sens finit toujours pour avoir raison, ce sont choses naines et pygmées. Je vous dis seulement Jugez l’affaire comme je l’ai fait moi-même, dans la plénitude de votre sang froid, et si ma parole ne vous a pas suffi, descendez alors dans votre conscience, le juge des juges, qui ne trompe personne; elle vous dira, j’en suis sûr Voilà des gens très dangereux, qui ont voué à la société, c’est-à dire à nous tous, une haine à mort, et alors rien ne vous empêchera plus de condamner! (Longue sensation.)

La défense

Après une suspension d’audience, la parole est donnée à Me Balandreau, avocat d’office de Louise Michel.
« Messieurs les jurés, dit Me Balandreau, la volonté de Louise Michel est de se défendre elle-même elle a déclaré formellement qu’elle ne veut pas d’avocat. Mais pour obéir aux prescriptions de la loi, le président a dû lui désigner un défenseur d’office, et c’est moi qui ai été choisi. Je me suis mis à la disposition de Louise Michel mais devant sa volonté inébranlable j’ai dû céder. Peut-être, dans une autre cause, aurais-je passé outre. Ici, comme je pense, contrairement à l’opinion de M. l’avocat général, que le procès est surtout politique, j’ai cru qu’il était de mon devoir de m’abstenir, et je prie M. le président de donner la parole à Mlle Louise Michel, que le jury écoutera certainement avec cette bienveillance à laquelle a droit tout accnsé qui se défend lui-même ».

Plaidoirie de Louise Michel

M. le président. La parole est à l’accusée Louise Michel.
Louise Michel se lève aussitôt.
« Je demande pardon, dit-elle, à Me Balandreau d’avoir refusé son concours; j’ai dû refuser aussi celui de Me Laguerre, qui avait courageusement défendu plusieurs de nos amis de Lyon.
Mais il y a quelque chose de plus important, dans ce procès, que l’enlèvement de quelques morceaux de pain. II s’agit d’une idée qu’on poursuit il s’agit des théories anarchistes qu’on veut à tout prix condamner.
On insiste sur la fameuse brochure A l’Armée ! à laquelle le ministère public semble s’être appliqué à faire une publicité à laquelle on ne s’attendait guère.
On a agi autrement durement envers nous en 1871. J’ai vu les généraux fusilleurs; j’ai vu M. de Galliffet faire tuer, sans jugement, deux négociants de ̃Montmartre qui n’avaient jamais été partisans de la Commune; j’ai vu massacrer des prisonniers parce qu’ils osaient se plaindre.
On a tué les femmes et les enfants; on a traqué les, fédérés comme des bêtes fauves j’ai vu des coins de rue remplis de cadavres. Ne vous étonnez pas trop si vos poursuites nous émeuvent peu.
C’est une chose hardie, pour une femme, n’est-ce pas pour une femme de présenter elle-même sa défense, robe contre robe?
On refuse à la femme le droit de penser; on est habitué à la considérer, comme l’a dit Proudhon, comme ménagère ou comme courtisane.
Pourquoi avons-nous abrité la manifestation sons le drapeau noir. Parce que ce drapeau est le drapeau des grèves et qu’il indique que l’ouvrier n’a pas de pain.
Si notre manifestation n’avait pas dû être pacifique, c’est le drapeau rouge que nous aurions pris; il est maintenant cloué au Père Lachaise, au-dessus de la tombe de nos morts. Quand nous l’arborerons, nous saurons le défendre.
On parlait tout à l’heure de soldats tirant sur les chefs : Eh bien à Sedan, si les soldats avaient tiré sur les chefs, pensez-vous que c’eût été crime ? L’honneur au moins eût été sauf. Tandis qu’on a observé cette vieille discipline et on a laissé passer M. Bonaparte, qui allait livrer la France à l’étranger.
Mais je ne poursuis pas Bonaparte ou les d’Orléans, je ne poursuis que l’idée. J’aime mieux voir Gautier, Kropotkine et Bernard dans les prisons qu’au ministère. Ils servent l’idée socialiste, tandis que dans les grandeurs on est pris par le vertige et on oublie tout.
Quant à moi, ce qui me console, c’est que je vois au-dessus de vous, au-dessus des tribunaux, se lever l’aurore de la liberté et de l’égalité humaine.
Nous sommes aujourd’hui en pleine misère et nous sommes en République, mais ce n’est pas là la République.
La République que nous voulons, c’est celle où tout le monde travaille, mais aussi où tout le monde peut consommer ce qui est nécessaire à ses besoins; la République que nous voulons, c’est celle où l’on a les yeux fixés sur l’avenir, où l’on ne s’endort pas dans le présent, où l’on ne s’attarde pas dans le passé.
On parle de liberté: il y a la liberté de la tribune avec cinq ans de bagne au bout. Pour la liberté de réunion, c’est la même chose. En Angleterre, le meeting aurait eu lieu, en France, on n’a pas même fait les sommations de la loi pour faire retirer la foule, qui, serait partie sans résistance.
Le peuple meurt de faim, et il n’a pas même le droit de dire qu’il meurt de faim. Eh bien, moi, j’ai pris le drapeau noir et j’ai été dire que le peuple était sans travail et sans pain. Voilà mon crime : vous le jugerez comme vous voudrez.
Vous dites que nous voulons faire une révolution. Mais ce sont les choses qui font les révolutions c’est le désastre de Sedan qui a fait tomber l’empire, et quelque crime de notre gouvernement amènera aussi une révolution. Cela est certain. Et peut-être vous-mêmes, à votre tour, vous serez du côté des indignés, si votre intérêt est d’y être.
S’il y a tant d’anarchistes, c’est qu’il y a beaucoup de gens dégoûtés de la triste comédie que depuis tant d’années donnent les gouvernants.
Je suis ambitieuse pour l’humanité moi, je voudrais que tout le monde fût assez artiste ou assez poète pour que la vanité humaine disparût. Pour moi, je n’ai plus d’illusion. Et tenez, quand M. l’avocat général parle de ma vanité, eh bien j’ai trop d’orgueil même pour être un chef : il faut qu’un chef, à des moments donnés s’abaisse devant ses soldats et puis, tout chef devient un despote.
Je ne puis pourtant pas prendre l’accusation de pillage au sérieux. Ce n’est pas ce pain-là qui aurait apporté un soulagement à nos misères. Le but de la manifestation était d’avoir du travail. Parmi ces ouvriers, il s’est trouvé des jeunes gens qui avaient faim, et sans que nous nous en occupions, ils ont pris quelques, miettes. Voilà tout.
Donc, si vous voulez me punir, je commets tous les jours des délits de presse, de parole, etc. Eh bien, poursuivez-moi pour ces délits.
En somme, le peuple n’a ni pain ni travail, et nous n’avons en perspective que la guerre. Et nous, nous; voulons la paix de l’humanité par l’union des peuples.
Louise Michel termine en ces termes :
Voilà les crimes que nous avons commis.
Chacun cherche sa route nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux.
On dit que nous ne reconnaissons ni la patrie ni la famille. Nous reconnaissons la famille, mais nous l’agrandissons, et nous l’étendons à l’humanité tout entière. Advienne que pourra, pourvu que la liberté et la légalité se fassent ».
Après ce plaidoyer, qui a été débité avec une extraordinaire volubilité, l’audience a été levée à cinq heures.
Audience du 23

Plaidoirie de Pouget

L’audience est ouverte à onze heures et demie.
M. le président. — La parole est au défenseur de Pouget.
Me Pierre se lève et déclare qu’il aurait voulu démontrer que le procès actuel n’est qu’un procès de tendance, mais que devant la volonté formelle exprimée par son client, qui veut se défendre lui-même, il est obligé de s’incliner.
J’espère, dit-il, messieurs les jurés, que vous lui accorderez votre bienveillance, d’autant plus que Pouget est un garçon studieux qui a su se concilier les sympathies de tous ceux qui le connaissent. Vous rendrez d’ailleurs, j’en suis convaincu, un verdict absolument négatif qui démontrera que la France est encore un pays de liberté, le pays de la liberté de penser.
M. le président. – Accusé Pouget, vous avez la parole.
Pouget se lève aussitôt. On remarque un verre d’eau à côté de lui.
« Un des maîtres de notre langue, dit l’accusé, Boileau, a dit « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement ».
J’ai cependant mieux aimé écrire mon plaidoyer, afin de conserver toujours la modération dont j’ai résolu de ne pas me départir. Je vous prierai seulement de vous attacher moins à la forme qu’au fond de ma défense.
Pouget, lisant, commence par déclarer qu’il partage entièrement les idées de Louise Michel, pour laquelle il professe, dit-il, une admiration absolument justifiée.
Il ne renouvellera pas les éloquentes protestations qu’elle a fait entendre hier. Ce qu’il veut proclamer cependant et hautement, c’est que, quel que soit le résultat de ce procès, il « conservera inébranlables ses convictions » et n’aura jamais « qu’un seul désir, celui de faire triompher les idées anarchistes ».
Suit une véritable conférence sur le jury, dont il recherche l’origine et les tendances, et dans l’impartialité duquel il finit par dire qu’il ne peut guère avoir confiance.
Il y a, dit-il, deux sortes le justices : l’une basée sur les lois de la nature, l’autre d’essence exclusivement humaine et qui subit mille variations. La première seule est la bonne, et c’est celle dont les anarchistes veulent provoquer l’avènement. Cette justice n’a rien de commun avec celle qui est appelée à se prononcer aujourd’hui sur les poursuite exercées contre les accusés.
Pouget fait ici le procès aux procédés de l’instruction et rappelle l’incident relatif au testament saisi chez lui et qui a été ouvert lors de sa présence. Il se plaint que le président lui ai imposé un avocat d’office; il le remercie pourtant de lui avoir choisi un défenseur qui n’est pas réactionnaire. Arrivant à la manifestation du 9 mars, il affirme que c’était bien une manifestation pacifique des ouvriers sans travail, et exprime à ce propos « tout son dédain » aux journalistes qui ont essayé de faire sur ce point prendre le change à l’opinion.
Pouget fait le procès à la République actuelle, qui seule est responsable des misères du peuple. Ne s’est-elle pas « jouée de toutes ses revendications » ? N’a-t-elle pas poursuivi ceux qui s’en faisaient les généreux champions? Mais, malgré tout, malgré le procès de Lyon et une foule d’autres, les idées anarchistes progressent, parce que c’est te ce côté qu’est l’avenir. Tout a été jusqu’ici leurre pour le peuple. Que sont devenus les immortels principes proclamés dans la déclaration des droits de l’homme ?
La Révolution de 1789 a avorté.
L’accusé boit après la tirade dans laquelle il développe cet idée, et il continue ainsi:
Quels sont les profits que les classes populaires, les travailleurs, retirent de la République actuelle ? Les libertés, même les plus essentielles, sont méconnues, et l’on a « le triste spectacle d’une République prohibant ce qu’une monarchie autorise »
En Angleterre, le meeting du 9 mars n’eût pas été empêché. On prohibe les manifestations des travailleurs, mais on tolère d’autres manifestations. On a célébré librement l’anniversaire de Victor Hugo.
Le 9 mars, on ne commettait aucun délit, et cependant la manifestation a été brutalement dispersée
sans les sommations préalables exigées par la loi.
La réunion n’était pas séditieuse, à moins qu’on ne traite la misère de séditieuse. Le drapeau noir est le drapeau de la misère.
Si la manifestation n’eût pas été pacifique, serait-on allé sans armes à l’esplanade des Invalides ?
Quant aux faits de pillage, l’accusé déclare que, lui aussi, il y a été absolument étranger. Si l’on avait voulu piller, aurait-on respecté les boutiques des bijoutiers?
Cette accusation de pillage ne peut tenir debout. Quelques actes isolés ont pu être commis, mais il n’y avait nul plan concerté.
«Je ne veux pas, dit-il, rechercher quels en sont les auteurs, mais, si des malheureux affamés ont pris du pain, je les excuse. L’homme que la société laisse mourir de faim n’est pas criminel, même quand il revendique violemment son droit de vivre.
« Donc, qu’on ne parle plus de pillage ni d’instigation au pillage. »
Pouget, en terminant cette première partie de sa défense, exprime la conviction qu’il a démontré au jury l’inanité de l’accusation à cet égard. Il demande une suspension d’audience, qui lui est aussitôt accordée.
L’audience est suspendue à midi vingt.
Dix minutes après, Pouget reprend la parole.
J’aborde, dit-il, la seconde partie de l’accusation qui, à mon sens, eût dû être jugée à part. Nous ne faisons pas un procès de tendance, a-t-on dit souvent dans l’instruction comment donc se fait-il que des passages d’écrits non publiés aient été reproduits dans l’acte d’accusation et dans le réquisitoire? Peut-on condamner pour des intentions?
En ce qui touche les ingrédients chimiques trouvés chez lui, Pouget déclare qu’il a le goût des expériences scientifiques et que ce n’est pas là chose défendue.
Ces fioles, d’ailleurs, ne contiennent que ce qui est nécessaire pour faire de la physique amusante.
Il critique encore une fois le rapport et les déclarations de l’expert et affirme que les liquides
analysés ne pourraient nullement enflammer du bois.
En rattachant cette seconde accusation à la manifestation du 9 mars, alors qu’il n’y avait entre elles aucun lien, on voulait effrayer le jury.
Nous regarder comme des conspirateurs, s’écrie Pouget, mais c’est insensé ! Rien, en effet, de plus contraire aux doctrines anarchistes que les conspirations. Nous agissons au grand jour, nous ! Nous sommes, des révolutionnaires et non des conspirateurs !
Pbuget s’explique ensuite sur la brochure et proteste qu’elle était uniquement destinée à répondre aux complots monarchistes, aux d’Orléans et aux Bonaparte, qui pratiquaient, eux, l’embauchage dans l’armée.
A l’appui de cette protestation, il donne lecture de divers passages de la brochure A l’Armée ! auxquels il est, en effet, possible de donner une signification révolutionnaire générale, n’ayant nul rapport avec les idées anarchistes.
Les provocations que contiennent ces passages, poursuit-il, ne sont pas plus étranges que celles qui tombent chaque jour de la bouche des gouvernants.
Au point de vue légal, il n’y a pas provocation punissable, car la provocation n’est punissable que lorsqu’elle a trait à la désobéissance à l’ordre précis d’un chef donné pour l’exécution des lois. Or, tel n’est pas ici le cas. Au surplus, ces provocations sont aussi légitimes que celles que M. Grévy adressait en 1830 aux soldats de Charles X.
Pouget rappelle également l’exemple du major Labordère, « dont la courageuse désobéissance à l’ordre de ses supérieurs à été une des causes de l’avortement des entreprises réactionnaires de l’ordre moral ». Nul ne songe à poursuivre M. Grévy, dit-il; le major Labordère a été récompensé. Pourquoi nous punirait-on, nous qui avons voulu simplement défendre les droits populaires?
Le jury de Paris ne sera pas plus Implacable que le jury de l’Aveyron, qui acquitta les accusés de Narbonne en 1871, que le gouvernement espagnol, qui a acquitté les vaincus carlistes. Une seule chose l’inspirera, c’est la justice, mais cette justice qui ne plie jamais sous les événements ».

Me Lenoël-Zévort présente la défense de Mareuil.

Me Lenoël-Zevort reproche au parquet d’avoir négligé « les messieurs bien mis » qui la dépoition de M. Moricet en fait foi– allaient dans les boulangeries dire qu’il fallait « laisser faire ».
C’est de ce côté qu’il fallait chercher les véritables coupables.
Puis, après avoir mis en garde le jury contre les impressions de terreur sous l’empire desquelles l’avocat général a voulu le placer, il discute brièvement les charges relevées contre son client, dont il sollicite l’acquittement.
Mareuil est un ouvrier honnête, laborieux, a-t-il dit en terminant, M. le président l’a reconnu, M. l’avocat général l’a reconnu aussi. Celui-ci même s’est pour ainsi dire désintéressé de la poursuite à son égard.
Le jury ne peut donc rendre qu’un verdict négatif en faveur d’un accusé qu’on a eu le tort, les paroles mêmes du ministère public justifient cette appréciation, d’impliquer dans le procès et de détenir préventivement pendant quatre mois.
Me Pierre, en quelques mots, demande l’acquittement du prévenu Moreau.
Après lui, Me Laguerre prend la parole pour défendre la femme Bouillet, Enfroy et Martinet,
Après avoir déclaré qu’il veut avant tout exprimer à Louise Michel « l’hommage de sa sincère admiration et de son profond respect », Me Laguerre sa livre à des considérations générales au sujet du procès, puis examine la situation de chacun de ses clients, dont il réclame énergiquement, lui aussi, l’acquittement. « Sur trois, d’ailleurs, dit Me Laguerre, M. l’avocat général a abandonné l’accusation ‘à l’égard de deux; de la femme Bouillet, en déclarant que le jury déciderait en sa prudence, ce qu’il doit faire à son endroit de Martinet, en oubliant même d’en parler dans son réquisitoire (Sourires.)
Le jury rendra un verdict de liberté; il se souviendra qu’il est le représentant de la grande ville révolutionnaire dont chaque pavé a donné plus de libertés à la France qu’aucune autre. Est-ce à dire que ce sera l’approbation des doctrines ?
Le jury n a pas à se prononcer sur les doctrines, et M. l’avocat général le lui rappelait fort justement hier; ce sera l’appréciation exacte, juste des faits qui lui sont soumis.
L’audience est suspendue à 2 h. 20. A la reprise, M. l’avocat général répliquera brièvement.
A la reprise de l’audience, à deux heures trente-cinq, M. l’avocat général a la parole pour repliquer. Il maintient que le procès n’est nullement politique, qu’il s’agit uniquement dans la cause de crimes et délits de droit commun.
Le président demande ensuite aux accusés s ils ont encore quelque chose à dire pour leur défense.
Louise Michel se lève. M. l’avocat général, dit-elle, prétend que je suis la première accusée. Puisqu’il en est ainsi, c’est moi seule qui dois être retenue; les autres, il ne fallait pas les poursuivre; ils doivent être relâchés, du moment que je les ai fanatisés Oui. J’accepte le rôle de première accusée. Il y a longtemps que j’ai fait le sacrifice de ma personne.
Mais je répète que je suis une accusée politique. Le procès, quoi qu’en dise M. l’avocat général, est politique et rien que politique. C’est là ce que messieurs les jurés ne perdront pas de vue.
Qu’est-ce que je veux? La Révolution, car c’est elle qui fera disparaître la misère. La Révolution Mais vous voyez bien qu’elle est inévitable! Je l’appelle de tous mes vœux et puisse-t-elle venir bientôt !
Martinet, Enfroy et la femme Bouillet protestent que l’accusation n’est pas fondée à leur égard.
M le président donne lecture des questions auxquelles le jury aura à répondre, et celui-ci entre à deux heures quarante-cinq dans la salle de ses délibérations.

Le Temps 24 juin 1883 Gallica


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Re: L’anarchisme dans le collimateur, fin 19e jusqu'à 1914

Messagede bipbip » 04 Nov 2017, 12:22

Le procès de Louise Michel et consorts (5)

Nous avons, dès hier, fait connaître dans notre deuxième édition le résultat des longs débats auxquels cette grosse affaire a donné lieu.
Le jury, après une délibération qui n’avait pas duré moins d’une heure et demie, a rapporté à quatre heures vingt minutes un verdict affirmatif sur toutes les questions à l’égard de Louise Michel, Pouget et Moreau dit Garreau, mais avec admission de circonstances atténuantes ; négatif en faveur de Mareuil, Enfroy, Martinet et la femme Bouillet.
La cour a immédiatement prononcé l’acquittement de ces derniers. Puis, M. le président Ramé a demandé aux trois autres accusés s’ils avaient quelque observation à faire sur l’application de la peine. «Aucune!» ont répondu sèchement, l’un après l’autre, Louise Michel et Pouget.
Quant à Moreau, que les gardes avaient peine à maintenir sur son banc, il s’est écrié avec véhémence « J’ai à dire ceci Voilà six ans que je suis exploité par une bande d’exploiteurs, et j’y serai toujours !»
La cour s’est retirée dans la chambre du conseil pour délibérer. A cinq heures un quart, elle est rentrée en séance, et, statuant sans l’assistance du jury, elle a condamné Thiéry et Corget, défaillants, à deux ans de prison et trois cents francs d’amende.
Immédiatement après, elle a, vu la déclaration du jury, prononcé un autre arrêt condamnant Louise Michel à six ans de réclusion Pouget, à huit ans de la même peine, et Moreau, qui n’était, lui, comme Thiéry et Corget, inculpé que de distribution de brochures, à un an de prison.
Louise Michel et Pouget ont été en outre placés sous la surveillance de la haute police pendant dix années.
De violents murmures, partis du fond de la salle, littéralement bondée de curieux, ont accueilli ces condamnations, et c’est au milieu des cris de: « Vive Louise Michel » poussés par un groupe d’amis de «la grande citoyenne », que le président a prévenu les condamnés qu’ils avaient trois jours francs pour se pourvoir en cassation. «Jamais s’est écriée Louise Michel. Jamais! Vous avez trop bien mérité de l’empire !»
Le tumulte a redoublé, et les huissiers ont eu beaucoup de peine à faire évacuer la salle.
Dans les couloirs, quelques altercations se sont produites. C’est ainsi que le citoyen Lisbonne, ancien colonel des fédérés, directeur des Bouffes-du-Nord et « ex-forçat de la Commune », comme il s’intitule lui-même, a engagé avec un avocat, dont une réflexion à l’endroit de Louise Michel lui avait déplu, une discussion fort aigre qui aurait pu avoir des suites fâcheuses sans l’intervention conciliante de M. le commandant Lunel. Le citoyen Lisbonne faisait entendre des paroles plus que vives contre les avocats.
M. Lunel l’a doucement conduit hors du Palais, devant les grilles duquel stationnaient, place Dauphine, quelques groupes de curieux, et l’incident. a été clos.
Le verdict était naturellement l’objet des commentaires les plus variés.
La Bataille déclare ce matin qu’après la condamnation des accusés, au milieu des cris confus qui ont été poussés, une voix a crié : — Président Ramé, souviens-toi de Bonjean !
Disons, enfin, que le chef du jury avait reçu vendredi une lettre de menace.

Le Temps du 25 juin 1883 Gallica


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Messagede bipbip » 22 Déc 2017, 22:23

La rafle des anarchistes le 1er janvier 1894

Des perquisitions ont été ̃faites, hier matin, 1er janvier, chez un certain nombre d’anarchistes à Paris et dans les départements. Le ministère de l’intérieur a communiqué, hier soir, au sujet de ces opérations, la note suivante :
Des perquisitions ont été opérées dans un certain nombre de départements sur l’ordre du ministre de l’intérieur.
Ces perquisitions ont été faites partout ce matin, à là même heure.
Les résultats de ces perquisitions ne sont pas encore tous parvenus au ministère.
On signale toutefois qu’à Grenoble on a découvert un obus chargé.
Dans l’Allier, à Colombier et à Commentry, on a trouvé environ 450 cartouches, dont 63 de dynamite, 273 de grisoutine, 110 de poudre comprimée, 240 mètres de mèche et 99 détonateurs.
Dans la Seine-Inférieure, au Havre, on a trouvé chez anarchiste des titres volés représentant une valeur de 15,000 francs.
A Nice, des perquisitions ont eu lieu chez 17 individus dont 15 Italiens anarchistes militants, ayant tous un casier judiciaire. Les 15 étrangers ont été l’objet d’une expulsion immédiate.
Dans toutes les perquisitions on a saisi un grand nombre de journaux, brochures, documents et correspondances, dont on effectue le dépouillement en ce moment.
64 arrestations, dont la plupart semblent, à cette heure, devoir être maintenues, ont été effectuées.
Cinq autres individus sont encore recherchés.
A Lyon, notamment, le nombre des arrestations a été de 25.
Les anarchistes arrêtés ont été immédiatement déférés à l’autorité judiciaire, qui, suivant les cas, aura à examiner les suites à donner aux poursuites intentées.
A Paris et dans la banlieue, on a fait des perquisitions chez 57 individus.
Trois ou quatre arrestations semblent devoir être maintenues.
Ces mesures ont été exécutées sans donner lieu à aucun incident.

A PARIS

Le nombre des perquisitions faites à Paris et dans la banlieue au cours de la journée d’hier s’élève, suivant la note du ministère de l’intérieur, à cinquante-sept. Voici la liste qui en a été communiquée :

Antoine, dit N’Importe-Qui, rue de Fontarabie, 38.
Bastard père, rue du Canal, 23, à Saint-Denis.
Bastard fils, idem.
Henri Bertrand, rue de Vanves, 61.
Jean Bertrand, frère du précédent, rue de Vanves, 61.
Blay, rue de Clignancourt, 22.
Brunet, rue Louis-Blanc, 71.
Cabot, typographe, ancien éditeur, rue des Maronites.
Capponi, Italien, rue Rouelle, 46, à Grenelle.
Chabard, boulevard Montparnasse, 118.
Defosse, rue d’Aubervilliers, 30, à Saint-Denis, maintenu en état d’arrestation.
Derossy, rue Fauvet, 6. de Reuillv
Denéchère, rue de la Gare de Reuilly, 41.
Dodot, rue Valentin, à Levallois-Perret.
Duprat, restaurateur anarchiste, rue Ramey, 11.
Ètiévant, rue de Malte, 7.
Sébastien Faure, rue Ramey, 24. Sébastien. Faure, l’avocat des anarchistes, était absent au moment où on a perquisitionné chez lui. On le croit à Marseille.
Grave, éditeur du journal anarchiste la Révolte, rue Mouffetard. 40. Grave demeure rue Monge, 83, sous le nom de Benoit,
Guerlinger, rue du Fort-de-1’Est, 14, à Saint-Denis.
Hannedouche, à Boulogne-sur-Seine maintenu en état d’arrestation.
Hébert, rue du Bois, 71, à Levallois-Perret.
Heurteaux, rue du Canal, 23, à Saint-Denis.
Jacob, rue de la Boulangerie, à Saint-Denis.
Jamard, passage Stainville, 6.
Lassalas, rue Campan, 18 maintenu en état d’arrestation.
Lapointe, passage du Poteau, 19.
Lapie, gérant du Père Peinard, rue d’Orsel, 4 bis.
Léveillé, rue du Chemin-de-Fer, 54, à Nanterre.
Lothier, boulevard de Denain, 84; maintenu en état d’arrestation.
Margueraud, passage Corbeau, 5.
Marguerat, rue du Point-du-Jour, 24, à Boulogne-sur-Seine.
Constant Martin, limonadier, rue Joquelet.
Pol Mayeux, imprimeur de la Révolte et de la Revue socialiste, route stratégique, à Puteaux.
Métendorff, rue Vicq-d’Azyr, 11.
Méreau, rue du Ruisseau, à Bagnolet.
Morin, dit l’Aveugle, rue Richelieu, 14.
Paul Mouchereau, rue Charlemagne, 24.
Adrien Mouchereau, frère du précédent, boulevard Saint-Germain, 34.
Moreau-Montéléon, place de la Nation, à Colombes.
Pausader, ouvrier en papeterie, rue de Viarmes, 22, directeur du journal révolutionnaire l’Action; maintenu en état d’arrestation.
Gaston Perrot, rue Chaudron, 3 était absent au moment où on a perquisitionné chez lui.
Pouget, directeur du Père Peinard, rue d’Orsel, 4 bis; une perquisition a été faite en outre au domicile particulier de Pouget, rue Véron, 24.
Jules Perron, cours Ragot, 32, à Saint-Denis.
Ravenet dit Radis, rue Orfila. 46.
Riçois, rue Saint-Antoine, 204.
Elie Reclus, boulevard de Port-Royal, 72; on sait que M. Elie Reclus est le père de Paul Reclus, actuellement en fuite. M. Elie Reclus a été conduit à la préfecture de police et minutieusement interrogé; quelques heures plus tard il a été rendu à la liberté.
Elisée Reclus, rue du Chemin-de-Fer, à Bourg-la- Reine.
Segard père, rue d’Aubervilliers, 30, à Saint-Denis; maintenu en état d’arrestation.
Segard fils, même adresse; maintenu également en état d’arrestation.
Soulages, rue Pernelle, 12.
Jules Renaud, concierge, rue des Rosiers, 27.
Toulet dit Leclère, rue Servant, 34.
Tresse dit Essert, rue des Rosiers, 27.
Eugène Wagner, rue des Eglantiers, 4; maintenu en état d’arrestation.
Henri Wagner, frère du précédent, place du Marché-Sainte-Catherme.

LES ARRESTATIONS

Sur le nombre des individus chez qui l’on a perquisitionné, huit, ainsi qu’on l’a vu dans la liste ci-dessus, seulement ont été mis en état d’arrestation et envoyés au dépôt; ce sont les nommés Ségard, père et fils, de Saint-Denis; Defosse, que l’on a trouvé couché chez Ségard ; Pausader dit Jacques Prolo, Hannedouche, Lotier, Wagner et Lassalas.
L’examen sommaire des papiers trouvés chez ces personnes a déterminé les commissaires porteurs seulement d’un mandat de perquisition de les appréhender au corps. Au domicile de Ségard, on a découvert un tranchet fixé à un manche de plomb qui formait une arme très redoutable. Ces huit prévenus ont été déférés au parquet, qui va examiner leur situation. Il est probable que pour plusieurs d’entre eux cette détention ne sera que provisoire.

CHEZ LES PERQUISITIONNÉS

Donnons tout d’abord ce détail que les ordres de perquisition et les mandats d’amener ont été portés sous plis cachetés, vers quatre heure du matin, chez chacun des commissaires de police chargés d’une perquisition, par deux agents des brigades des recherches qui savaient seulement qu’ils devaient se mettre à la disposition des commissaires, mais ignoraient absolument la nature de l’opération à laquelle ils allaient prendre part. Les commissaires, de leur côté, n’ont appris qu’en recevant ces ordres, qu’ils avaient à faire des perquisitions. On voit que toutes les précautions ont été prises pour que le secret fût bien gardé.
Voici maintenant les résultats des visites que nous avons faites chez quelques-uns des principaux perquisitionnés.

Nous nous sommes rendu d’abord dans les bureaux du Père Peinard, où le commissaire de police s’est présenté hier matin vers six heures et quart.
Le journal anarchiste est rédigé au fond de la cour d’une maison neuve, rue d’Orsel, 4 bis, dans deux petites pièces du rez-de-chaussée. Comme meubles, deux tables et aux murs des planches, sans vitrines, pour mettre des livres et des papiers. Un poêle chauffe les deux pièces, qui sont largement éclairées par deux grandes portes vitrées. Des affiches recouvrent le papier des murs, une entre autres de Willette, sur laquelle le caricaturiste pose la candidature de Pierrot aux élections législatives de 1889. Nous tombons au milieu d’un désordre inouï dont un confrère d’un journal illustré prend le croquis. C’est un amoncellement de papiers, de brochures lacérées, déchiquetées, qui font sur le plancher un tapis de trente centimètres d’épaisseur.
Une dame nous reçoit et nous dit :
Ils sont entrés une dizaine ici, et il y avait encore deux gardiens à la porte. Quand ils ont frappé à la porte personne n’a pu leur répondre et leur ouvrir, puisque l’appartement reste vide la nuit. Ils ont alors enfoncé la porte et ont tout saccagé. Ils ont brisé les formes d’imprimerie, ont laissé les «bouillons » des derniers numéros, ce qui n’a aucune valeur, mais ils ont emporté dans deux fiacres qui en regorgeaient, des collections du Père Peinard des années précédentes, des brochures et des almanachs. Pour les almanachs,cela constitue une perte matérielle sérieuse pour nous, puisque nous en avions fait tirer dix-huit mille et qu’ils commençaient à être mis en vente. Mais, des documents précieux pour nos adversaires, ils n’en ont pas trouvé trace. Il n’y avait, en effet, rien ici.

M. Duprat, chez qui nous nous rendons ensuite, tient un cabaret au n° 11 de la rue Ramey. De petite taille, avec une barbe noire soignée et une calotte, il ressemble à un confiseur beaucoup plus qu’à un marchand de vin.
Veuillez excuser, monsieur, nous dit-il, ma tenue.
Vous venez me parler de la perquisition faite chez moi. C’est M. Archer, commissaire de police du quartier, qui, accompagné de nombreux agents, a opéré.
Il ne m’a rien pris, n’ayant rien trouvé. Il a ouvert le tiroir de ma caisse, compulsé mes registres et mes factures, puis a jeté un rapide coup d’œil dans tous les coins, et ça été tout. Il aurait peut-être pu, s’il avait bien cherché, découvrir quelque chose, un paquet par exemple, qu’aurait pu laisser un camarade, sans que, d’ailleurs, j’en sache rien. Mais au cours de la perquisition il est survenu un incident assez pittoresque. Nous étions enfermés ici avec le commissaire, lorsqu’on frappe à la porte. Moi, croyant que c’était un compagnon retardataire, je fais le sourd. On frappe plus fort.
Je vais à la porte et, sans ouvrir, je crie « Je ne peux pas ouvrir maintenant, tu repasseras. » On insiste. M. Archer, croyant que c’était un pigeon qui, de lui-même, venait se faire prendre au piège, m’ordonna alors d’ouvrir. Très ennuyé, je fais sauter le verrou et je me trouve en présence d’un second commissaire de police M. Labat. Vous voyez d’ici la tête des deux collègues ils n’ont pu se regarder sans rire. Ce qui avait motivé la venue inopinée de M. Labat, c’est qu’au domicile de Sébastien Faure, on lui avait dit que c’était moi qui avais été chargé par l’anarchiste d’aller prendre son courrier et de le lui faire parvenir. J’ai eu une seule fois l’occasion de lui expédier ainsi une dépêche à son adresse à Marseille, mais depuis j’ignore où il est.
Quelques journaux ayant prétendu qu’on avait pris chez moi plusieurs lettres d’anarchistes, j’envoie au directeur de l’un d’eux la protestation suivante :
« Votre journal, rendant compte de la perquisition opérée chez moi hier matin, commet une erreur qui pourrait être préjudiciable à ma réputation vis-à-vis de mes camarades. Il est faux que l’on ait trouvé huit lettres d’anarchistes. Si le fait était vrai, il prouverait mon imprudence et mon infidélité, car, ainsi, je ne les aurais pas transmises à leurs destinataires.
Il ne reste de ces perquisitions absurdes que le ridicule pour le gouvernement qui les ordonne et un surcroît de sympathie pour ceux qui en sont victimes et ce qui est beaucoup plus intéressant pour nous en faveur de l’idée. »
Brunet demeure rue Louis-Blanc, 71. C’était pour la quatrième fois que M. Mouquin, commissaire du Faubourg-Montmartre, était désigné, hier, afin de perquisitionner chez cet anarchiste.
M, Mouquin. accompagné de deux agents, frappa à la porte de Brunet. Celui-ci se leva aussitôt et demanda :
Qui est là ?
C’est moi, M. Mouquin, commissaire de police.
Ah très bien fit Brunet en ouvrant la porte.
Puis, lorsque M. Mouquin fut entré:
Bonjour, monsieur Mouquin, qu’y a-t-il pour votre service ?
Le commissaire lui déclara qu’il était porteur d’un mandat de perquisition. ·
C’est bien, dit Brunet, perquisitionnez à votre aise; vous connaissez la maison, n’est-ce pas? Marchez, ne vous gênez pas.
Pendant que M. Mouquin procédait à l’opération, Brunet s’habillait.
M. Mouquin ne trouva rien de suspect chez Brunet, si ce n’est quelques numéros de publications anarchistes.
Au moment où le commissaire allait se retirer,
Brunet le regarda et lui dit:
Comment, vous ne m’emmenez pas?
Mais non fit M. Mouquin.
Ah merci, ce sont de bien belles étrennes que vous me donnez là.
M. Blaye, qui demeure au cinquième étage d’une maison de la rue Clignancouit, est tailleur, de son métier et compte au nombre de ses clients Sébastien Faure. Nous le trouvons dans son atelier, le fer à repasser à la main.
Ils ont mis mon appartement à sac, nous dit-il aussitôt. J’étais au lit. C’est ma femme qui, en chemise, est allée voir qui frappait. Heureusement qu’un jupon était accroché derrière ta porte, car c’est si à peine si on lui à laissé le temps de le passer. Ils sont entrés neuf. Deux m’ont gardé dans mon lit où je n’avais nullement le désir de faire de la résistance et les sept autres ont déménagé mes pantalons, mes vestes, mes coupons. Ma femme leur a proposé de faire un choix. Ils m’ont emporté quelques numéros du Père Peinard, et de la Révolte, le Livre des Misères, de Louise Michel, que j’achetai dès qu’il parut, et les Paysans, de Benoit Malon.
Ils ont trouvé, en outre, une lettre de Sébastien Faure qui, il y a un mois, sortant de prison et n’étant pas nippé, m’écrivait pour me prier de passer chez lui à la hâte afin de lui faire un pantalon et une veste. Il n’y avait pas autre chose dans ce billet que quelques mots d’amitié.
Cette perquisition infructueuse et injustifiée, puisque je suis un simple socialiste, me cause des ennuis, ajoute M. Blaye, car le patron pour lequel je travaille peut me juger mal et me supprimer ma besogne. Si l’on me réduisait ainsi à la misère, viendrait-on à mon aide? J’en doute fort.
M. Bélouino, commissaire de police du quartier de la Sorbonne, ancien commissaire de la circonscription Sud de Saint-Denis, était chargé de perquisitionner chez les nommés Ségard père et fils, polisseurs, habitant cette ville. Il s’est rendu chez ces individus à six heures du matin, accompagné de deux agents des brigades des recherches qui lui avaient apporté l’ordre de perquisitionner. Les Segard ouvrirent la porte au magistrat et le laissèrent procéder à l’opération sans faire aucune résistance. M. Bélouino a saisi un drapeau noir portant cette inscription en lettres rouges L’anarchie est l’avenir de l’humanité, un tiers-point, des lettres et des papiers, des talons de mandats-poste, etc., établissant que les Segard sont en relations avec des anarchistes militants, et une grande quantité de brochures et de journaux anarchistes. Les Segard sont d’ailleurs connus depuis longtemps, à Saint-Denis, pour faire en toute occasion de la propagande en faveur des idées anarchistes, pour recevoir chez eux les compagnons, etc. Chez eux était couché un nommé Défosse, âgé de 25 ans, qui est également un anarchiste militant. M. Belouino, comme on l’a vu plus haut, a arrêté ces trois individus et les a envoyés au Dépôt.
M. André, commissaire de police du quartier Saint-Victor, s’est rendu chez un nommé Chabard,
commis architecte. âgé de vingt-sept ans, demeurant boulevard Montparnasse. M. Chabard, étant sur le point de déménager, n’avait chez lui qu’un lit, une chaise et une table. M. André n’a trouvé que quelques brochures. M. Chabard vit avec une sage-femme, Elisa Brugnière, qui est aussi mêlée au
mouvement anarchiste, fait des conférence en province, etc. Elle a passé en jugement, il y a quelque temps, devant les assises de la Seine, pour avoir affiché un placard anarchiste; elle a d’ailleurs, été acquittée. Elle n’était pas chez M. Chabard au moment de la visite du commissaire.
M. Lanet, commissaire de police du quartier du Val de-Grâce, s’est rendu chez M. Paul Mouchereau, âgé de trente ans, se disant professeur de théologie, demeurant 34, boulevard Saint-Germain. Il n’a fait aucune découverte intéressante.
M. Péchard, commissaire do police du quartier de la Monnaie, a perquisitionné, enfin, chez le nommé Jean Pausader. demeurant, 22, rue de Viarmes, employé à l’imprimerie Lasnier, rue Séguier. Il a saisi de nombreux écrits établissant les relations de Pausader avec d’autres anarchistes militants, des brochures et des journaux. M. Péchard l’a envoyé au Dépôt.

Le Temps 2 janvier 1894


https://anarchiv.wordpress.com/2017/12/ ... vier-1894/
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Re: L’anarchisme dans le collimateur, fin 19e jusqu'à 1914

Messagede Pïérô » 01 Avr 2018, 13:27

L'exécution de Ravachol en 1892

Les chapitres
1.L’arrestation et le procès de Ravachol
2.Ravachol : la figure de l’anarchisme français
3.La presse face aux attentats anarchistes

« Vive l’anarchie ! » : c’est par ces mots que Ravachol réagit à sa condamnation à mort en juin 1892. Il inaugure une vague d’attentats anarchistes en France dans les années 1892-1894. L’épisode Ravachol est abondamment médiatisé et suscite l’inquiétude parmi l’opinion publique. La république réprime durement les actes anarchistes dans un contexte de crise politique et de flambée de l’antiparlementarisme (crise boulangiste, scandale de Panama).

... https://www.retronews.fr/dossier/lex%C3 ... ol-en-1892
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Re: L’anarchisme dans le collimateur, fin 19e jusqu'à 1914

Messagede bipbip » 03 Aoû 2018, 16:05

Une exigence de solidarité : la Commission de répartition des secours aux condamnés politiques

La fin de l’année 1882 voit l’intensification de la répression de l’anarchisme à Lyon. Dejoux (25 mai 1882) puis Bonthoux et Crestin (16 août 1882) sont les premiers condamnés, mais les choses se précipitent à la suite d’un attentat commis à Saint-Vallier contre la maison d’un industriel dans la nuit du 12 au 13 octobre. À Lyon, Bordat et Bourdon sont arrêtés ; à Sauvignes, leur correspondant, Charles Voisin. Dix jours plus tard, le double attentat contre l’Assommoir et contre le bureau de recrutement militaire accentue encore la pression. Le 19 novembre 1882, 27 anarchistes lyonnais rejoignent la prison et les quelques camarades qui les y avaient précédés. Entre-temps, plusieurs ont préféré mettre la frontière entre eux et la Justice. Dès lors, pour ceux qui restent et qui ne sont pas inquiétés, la première des exigences est celle du devoir de solidarité.

Organisation

Il est difficile de savoir précisément quand est fondée la Commission de répartition des secours aux condamnés politiques. Les journaux anarchistes le Droit social et l’Étendard révolutionnaire ne la mentionnent pas dans leurs colonnes bien que les condamnations des 25 mai et 16 août 1882 soient abondamment commentées. Et lorsque la Lutte reprend le flambeau, après une période où aucune presse anarchiste ne paraît localement, la commission semble déjà fonctionner à plein régime [1]. C’est donc entre la fin de l’Étendard révolutionnaire (15 octobre 1882) et la parution de la Lutte (1er avril 1883) que se situe la fondation de la commission. La presse anarchiste ne nous étant d’aucun secours, nous n’avons plus que les sources policières pour nous permettre d’affiner le propos. À la date du 4 novembre, une note administrative nous apprend que Fanny Monnin « doit être réfugiée à Genève, car il résulte des indications recueillies qu’elle aurait écrit à Lyon pour demander des secours et que la commission de souscription ayant pour but de venir en aide aux victimes de la réaction bourgeoise et gouvernementale, dont le compagnon Courtois est trésorier, aurait décidé dans sa séance du 3 novembre courant de lui envoyer 10 francs [2] ». Une semaine plus tard, le commissaire spécial peut écrire que « la commission s’est réunie hier soir au bureau du journal. Elle a décidé que le compagnon Berlioz-Arthaud, employé au chemin de fer, qui en fait partie, partirait pour Genève le samedi 11 courant pour remettre des secours à ceux des compagnons qui s’y sont réfugiés pour se soustraire aux recherches de la Justice et qui se trouvent sans travail et sans ressources. Il emportera, pour être distribuée, une somme de 30 francs seulement [3] ». Il semble donc que l’objet premier de la commission soit l’aide aux fugitifs, soit une petite dizaine de militants, avant d’être réorientée vers l’assistance envers les emprisonnés et leurs familles.

Mais les arrestations massives de novembre 1882 obligent à une réorganisation. En effet, Courtois, dont on nous affirme qu’il est le trésorier de la commission, est arrêté le 19 du mois. Et il est probable que bien d’autres membres subissent la même déconvenue que Courtois et Berlioz-Arthaud. C’est ainsi qu’un mois plus tard le commissaire spécial peut rendre compte de la « formation d’une commission de répartition des secours aux familles des détenus politiques [animée par] Sauzet de Perrache ; Rondy, rue Magneval à la Croix-Rousse ; Rougeot, rue Saint-Jean ; Déamicis, rue Duguesclin et Andrillat de Villefranche [4] ». Personnel renouvelé, intitulé et objectif sensiblement différents, on est en droit de se demander s’il s’agit bien de la même commission et non pas d’un projet neuf porté par d’autres personnes. Du fait de la proximité dans le temps et dans la raison d’être, nous avons arbitrairement opté pour la première solution.

Mais cette fois-ci, ce n’est plus une dizaine de fugitifs qu’il s’agit d’aider, mais une bonne cinquantaine de compagnons de lutte pris sous les fourches caudines de la Justice. La réunion hebdomadaire ne suffit plus à faire face et dans les jours précédant l’ouverture du procès des 66, le 8 janvier 1883, on se réunit tous les deux jours : mardi 2 janvier, jeudi 4, samedi 6, dimanche 7. Lors de ces réunions privées de la commission, une dizaine de militants se déplace ; quelques-uns avec une grande régularité. En effet, lors des neuf réunions privées étalées entre le 23 décembre 1882 et le 20 janvier 1883, Sauzet, Lemoine et Rougeot sont remarqués à sept reprises. Le premier est secrétaire de la commission et Lemoine, trésorier, poste qu’occupera Rougeot beaucoup plus tard. Cette commission répond d’ailleurs assez bien à la définition qu’Émile Gautier donne des groupes anarchistes : ce sont de « simples rendez-vous où des amis se réunissent chaque semaine pour parler entre eux des choses qui les intéressent. La plupart du temps, même, on n’y voit guère que de nouvelles figures, à l’exception d’un petit noyau de quatre ou cinq fidèles [5] ». En effet, si l’on ajoute aux trois susnommés, la présence régulière de Carillon et de Collomb – signalés quatre fois chacun –, nous obtenons bien là le noyau dur du collectif.

Les arrestations de 1882, si elles mettent hors-jeu les militants anarchistes les plus actifs, permettent aussi l’émergence d’une nouvelle génération que l’on voit prendre des responsabilités au sein de la commission. En effet, lorsque Courtois est arrêté, il est remplacé par Lemoine dont les activités militantes semblent avoir été jusque-là réduites. Condamné, le 5 février 1884, à un an de prison, pour outrage par paroles et gestes envers un magistrat et des agents de la force publique, Lemoine quitte son poste de trésorier de la commission. Il est alors remplacé par Baudry dont l’activisme semble également s’être révélé à la suite du procès des 66. Ce dernier laisse ensuite sa place, pour une raison et à une date inconnues, à Claude Rougeot, un militant aguerri qui avait participé à l’insurrection de la Guillotière du 30 avril 1871. Quant au poste de secrétaire de la commission, il est occupé par Eugène Sauzet jusqu’à la réorganisation de février 1884. L’Hydre anarchiste du 24 février 1884 explique, en effet, que « par suite des arrestations et du départ de quelques compagnons faisant partie de la commission de répartition de secours aux familles des détenus politiques, celle-ci est reconstituée comme suit : trésorier : Baudry, secrétaire : Grillot, membres du contrôle : Rougeot, Dora, Cottenet [6] ». Par la suite, nous savons que Sauzet s’éloigne des anarchistes et qu’il se déclare partisan du vote le 27 décembre 1885 à l’occasion d’une réunion publique de l’Union électorale des travailleurs socialistes. Quant à Claude Grillot, c’est encore un de ces néophytes que révèle le procès des 66 [7]. Enfin, si Dora et Cottenet paraissent inconnus des services de police avant 1884, leurs noms disparaissent assez rapidement des rapports établis par la police sur les agissements des anarchistes : dès avril de la même année pour le second, tandis que la présence de l’anarchiste Dora est encore relevée lors d’une réunion de l’Union des travailleurs socialistes des 1er et 4e arrondissements le 20 juin 1885.

Activités

Nous l’avons déjà dit, la raison d’être de la commission paraît avoir changé avec les arrestations massives de novembre 1882. Jusqu’ici, il s’agit d’aider ceux qui ont fui la répression. Ainsi, la commission envoie 10 francs à Fanny Monnin et, une autre fois, 30 francs à remettre aux Lyonnais réfugiés à Genève. Puis, la mise sous les verrous de dizaines de militants met de nombreuses familles dans la gêne. Lors de la refondation, son nouvel intitulé exprime son objectif de répartition des secours « aux familles des détenus politiques ». En janvier 1883, la commission remet donc 5 francs à la concubine de l’Italien David de Gandenzi, écroué le 19 novembre précédent [8]. Jérôme Boriasse, le fils âgé de 16 ans du vieux militant qu’est Henry, reçoit lui aussi une aide [9]. Et lors de la réorganisation de février 1884, le but que se fixe la commission est encore clairement affirmé. On peut lire dans l’Hydre anarchiste du 24 février l’appel « à tous les révolutionnaires pour venir en aide aux détenus, ainsi qu’à leurs familles. La bourgeoisie fait chaque jour de nouvelles victimes parmi nos amis ; des femmes et des enfants se trouvent ainsi sans ressources, dans les angoisses d’une âpre misère ; c’est à nous qu’incombe le soin de parer, dans la mesure de nos forces, à cette triste situation. Pensons que des détenus politiques sont soumis au dur régime du droit commun. Eux, qui n’ont travaillé que pour l’émancipation des travailleurs, souffrent cruellement dans les cachots des nouvelles bastilles. Ils souffrent non pas pour eux-mêmes, ils l’ont assez montré, mais pour leurs femmes et leurs enfants, qu’ils laissent sans défense à toutes les turpitudes de cette bourgeoisie qui est prête à toutes les infamies pour assouvir sa haine. Comme ils attendront le regard moins attristé, le cœur plus ferme, sachant leurs familles secourues, le jour où de nouveau ils reprendront leur place de combat, pour le but commun : la révolution sociale ».
Cet objectif dit assez les besoins conséquents d’argent. Dans le premier numéro de la Lutte, paraît un intéressant compte rendu financier élaboré par le trésorier du groupe, Lemoine. Au 29 mars 1883, la commission de répartition avait collecté 5 838,35 francs sur lesquels 5 525,50 francs avaient été dépensés. Si l’on considère cinquante familles à soutenir depuis la refondation de Noël 1882, c’est à peine plus d’un franc qui est distribué par jour à chaque famille dans le besoin, ce qui ne peut que parer à l’urgence. Et encore avons-nous ici considéré que l’intégralité de l’argent récolté était redistribuée, ce qui n’est pas certain. En effet, il est possible que dans les dépenses figurent des frais de location de salle pour des réunions publiques. Ainsi, lorsque la commission organise une soirée de prestidigitation dans une salle de la Guillotière, le propriétaire de celle-ci confisque-t-il le matériel de l’artiste dans l’attente de voir réglé le paiement d’une taxe, le « droit des pauvres [10] ». Et la soirée n’ayant pas attiré les foules, une quête est menée pour rembourser les frais de salle.
Si cette soirée – malgré (à cause de ?) son originalité – a probablement fait perdre de l’argent à la commission, lorsque la tradition des réunions publiques est respectée les bénéfices sont généralement là. Ainsi le 6 février 1883, lorsque la commission invite le communard Gustave Lefrançais, une quête effectuée au sein de l’assistance rapporte 19,50 francs. À cela s’ajoute une entrée à 25 centimes payée par les 200 auditeurs, soit 50 francs, ce qui couvre probablement les frais de location de salle et d’impression d’affiches. À titre d’exemple, lorsqu’il veut retenir la salle Rivoire pour le banquet anniversaire du 18 mars, Baudry, le trésorier de la commission, verse 10 francs d’arrhes. La quête du jour produit 20,25 francs parmi 180 convives.
La commission de répartition des secours organise plusieurs réunions publiques ou semi-publiques. La première fois, le 10 janvier 1883, 150 personnes se rendent à la Guillotière, salle de l’Élysée, écouter Digeon remplaçant au pied levé G. Lefrançais, initialement prévu. Ce dernier intervient les 6 et 7 février, à l’Élysée et salle de la Perle, où 350 personnes viennent l’écouter sur les deux jours. Dans ces deux mêmes salles, Louise Michel attire 1 150 personnes les 4 et 6 mars suivant. Le 13, alors qu’elle est annoncée, mais recherchée depuis la manifestation des sans-travail, 1 200 auditeurs espèrent en vain la voir. Vient ensuite l’échec de la soirée de prestidigitation, 50 curieux seulement se déplacent le 1er avril. La commission prend aussi en charge les traditionnels banquets du 18 mars, anniversaire de la Commune de Paris. On ne s’y rend que muni de son carton d’invitation et fréquemment en famille. En 1883, une assistance de 120 convives compte une cinquantaine de femmes. On y chante la Carmagnole, la Commune, le Pain, etc. L’année suivante, 80 femmes représentent près de la moitié de 180 commensaux.
Lors des réunions qu’elle organise, la commission opère des quêtes parmi l’assistance. Les 6 et 7 février 1883, lors des conférences Lefrançais, 19,50 francs puis 7,70 francs sont ainsi offerts par respectivement 200 puis 150 auditeurs. Soit de 5 à 10 centimes en moyenne par personne présente. Les quêtes se faisant ordinairement en fin de réunion, une partie du public en profite pour s’esquiver discrètement. Les sommes sont proportionnellement semblables lorsque l’assistance n’est composée que d’anarchistes comme c’est le cas lors des banquets anniversaires du 18 mars en 1883 et 1884. Toutefois, comme l’habitude est de venir aux banquets en famille, on peut penser qu’il y a moins de versements faits (un par famille et non pas un par personne), mais qu’ils sont plus importants. Le 24 décembre 1882, lorsqu’une quinzaine d’anarchistes refondent la commission, ils cotisent plus que d’ordinaire et collectent 3,50 francs.
Lorsque les anarchistes lyonnais ont de nouveau un journal, celui-ci est évidemment mis à contribution. Une souscription est ouverte dès le second numéro de la Lutte « pour les détenus politiques ». Montrant l’exemple, le journal est le premier à alimenter la souscription avec un don de 10 francs. Durant ces quatre mois d’existence, la Lutte accumule environ 465 francs dont elle en reverse 170 à la commission, le reliquat étant vraisemblablement remis aux familles à la discrétion du journal. Son successeur, le Drapeau noir, en à peine moins de temps, collecte 376 francs sur lesquels 108 francs sont offerts à la commission. Par la suite, la publication de la souscription se fait plus aléatoire et la comptabilité semble être reprise de zéro. Un nouveau décompte cumulatif, pour les six mois de publication de l’Émeute, le Défi, l’Hydre anarchiste et l’Alarme, porte un total de 519 francs sans qu’aucune rétrocession en direction de la commission ne soit indiquée. Enfin, dans le Droit anarchiste, figurent deux listes chapeautées par la « commission de secours aux familles des détenus politiques », tandis que dans le même temps disparaît la « souscription ouverte dans les bureaux » des journaux successifs. Y a-t-il eu fusion entre la commission de répartition et une sous-commission interne au journal ayant le même objet ?
S’il est difficile de dater la fondation de la commission, sa cessation d’activité est encore plus problématique. Sa dernière mention retrouvée dans les archives est une lettre du commissaire spécial adressée au préfet en date du 8 février 1885. Il y relate la réunion préparatoire au banquet anniversaire du 18 mars, sous l’égide de la commission.
La commission ne fut pas la seule à organiser la solidarité, des initiatives multiples opérèrent en parallèle. Des collectes se font aussi en dehors de son chapeautage. Ainsi, lorsque les blanquistes organisent une réunion publique, salle de la Perle, le 26 février 1883, une quête est opérée parmi le public – nombreux, 1 000 personnes. Peut-être moins concernés par la répression frappant les anarchistes, ceux-ci ne donnent que 14 francs. Même chose le 3 juin suivant lors d’une réunion comprenant toutes les écoles du socialisme révolutionnaire : 450 auditeurs pour une quête rapportant moins de 11 francs. Des journaux ouvrent des souscriptions dans leurs colonnes dont les collectes ne passent pas nécessairement entre les mains de la commission. Dans la Lutte en date du 10 juin 1883 est annoncée la parution de la brochure Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et devant la cour d’appel, « au bénéfice des familles des détenus politiques ». Le prix d’achat est fixé à 1,25 franc et les demandes sont à adresser soit au bureau du journal, soit auprès de Chautant. Ce dernier ne semble pas être membre de la commission mais plutôt du groupe en charge du journal – il en prend d’ailleurs la gérance à partir du 8 juillet. La brochure semble s’être bien vendue puisque l’Émeute, en date du 13 janvier 1884, annonce sa réimpression. Cette fois-ci le prix n’est plus que de 1 franc et si les demandes sont toujours possibles auprès du journal, elles peuvent également être adressées au trésorier de la commission, Lemoine. La commission suscite aussi la création de « petites sœurs », à Paris et à Saint-Étienne. l’Hydre anarchiste du 2 mars 1884 annonce que la capitale vient de se doter d’une « Commission d’aide aux familles des détenus politiques ». Trois semaines plus tard, le correspondant parisien du journal concède que les anarchistes parisiens ont voulu « suivre l’exemple de Lyon ». Cette commission est formée de quinze membres, dont deux sont des militants lyonnais : Pinoy et Puillet, temporairement installés à Paris, au 5, rue Galande. Ce dernier occupe d’ailleurs la fonction de trésorier adjoint. Toutefois, le poste à responsabilité qu’est le secrétariat est tenu par un individu trouble. Druelle est en effet un plus que probable indicateur de police, dénoncé comme tel à la fin de l’année 1884. À Saint-Étienne, un « comité de secours pour les familles des détenus politiques de Saint-Étienne » est mentionné dans les colonnes de la Lutte. Rien au sujet de sa fondation, il s’agit simplement d’une liste de sommes reçues entre le 6 avril et le 8 mai 1883, soit près de 90 francs en un mois. En considérant, arbitrairement, que les rentrées d’argent sont régulières, le total atteint en mai de 412 francs pourrait placer une fondation hypothétique du comité durant la dernière semaine de 1882. Cette date coïnciderait assez bien avec les arrestations des militants ligériens Étienne Faure et Jean Ricard, les 21 et 22 novembre. Quoi qu’il en soit, le comité renouvelle « en présence des nouvelles condamnations qui viennent d’atteindre récemment encore les plus ardents défenseurs de la cause sociale [son appel] à la solidarité de tous les partisans du progrès humanitaire » à la mi-juillet 1883.


Ce texte est tiré de l’ouvrage publié en juillet 2016 par l’Atelier de création libertaire : Histoire du mouvement anarchiste à Lyon (1880-1894) suivi de Aspects de la vie quotidienne des anarchistes à Lyon à la fin du XIXe siècle de Marcel Massard et Laurent Gallet.

http://www.atelierdecreationlibertaire. ... ste-a.html
Notes

[1] . La Lutte, n° 1, 1er avril 1883.

[2] . A.D.R. 2U464, dossier Cyvoct-Assommoir, note sur l’anarchiste Monin, datée du 4 novembre 1882.

[3] . A.D.R. 4M307, lettre du commissaire spécial adressée au secrétaire général pour la police, datée du 10 novembre 1882.

[4] . A.D.R. 4M308, lettre du commissaire spécial adressée au préfet datée du 25 décembre 1882.

[5] . Défense de Gautier au procès des 66, audience du 27 mars 1883.

[6] . A.D.R. 4M318, l’Hydre anarchiste, n° 1, daté du dimanche 24 février 1884.

[7] . On pourrait encore mentionner le passementier Jean Marie Rondy qui, lors d’une réunion publique tenue le 6 septembre 1884, déclare qu’il n’était pas anarchiste avant le procès des 66. Quant à Claude Bordat, il intègre la commission au moment où son frère aîné, Toussaint, passe devant ses juges.

[8] . A.D.R. 4M321, lettre du commissaire spécial adressée au secrétaire général pour la police datée du 5 janvier 1883.

[9] . A.D.R. 4M308, lettre du commissaire spécial adressée au secrétaire général pour la police datée du 28 février 1883.

[10] . La Lutte n° 2, 8 avril 1883. Absolvant l’artiste, la Commission estime que s’il avait « des réclamations à faire [le plaignant] devait s’adresser au trésorier de la commission, qui l’eût satisfait ».


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