Histoire du mouvement libertaire français 1944-2004

Histoire du mouvement libertaire français 1944-2004

Messagede vroum » 30 Juil 2008, 23:08

Histoire du mouvement libertaire français 1944-2004
Note de l'adminisration : c'est en vrac après fusions de multiples topics, il faut s'y retrouver avec les titres des messages.


FA-FCL-OPB


Mémorandum du groupe Kronstadt

Trouvé sur wikipedia récemment, un extrait d'un document aujourd'hui introuvable et à ma connaissance jamais publié :

http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morandum_du_groupe_Kronstadt

Le Mémorandum du groupe Kronstadt est un document de 82 pages rédigé et publié en 1954 par le groupe anarchiste Kronstadt membre de la Fédération anarchiste, de l'Organisation Pensée Bataille puis de la Fédération communiste libertaire dont il sera exclu.

A la suite de cette exclusion, le groupe Kronstadt dénoncera dans ce Mémorandum les pratiques et les orientations anti-anarchistes de l'Organisation Pensée Bataille puis de la Fédération communiste libertaire.

Extraits du « Mémorandum du groupe Kronstadt »


L'O.P.B.

L'O.P.B. (Organisation « Pensée Bataille »), c'est le parti clandestin qui, actuellement dirige notre F.C.L.

Ce parti s'est constitué secrètement en janvier 1950 à l'intérieur de la Fédération anarchiste dans le but de transformer celle-ci en organisation de lutte de classe.

Composé d'un petit nombre de militants (dix-sept à l'origine), l'O.P.B. S'est révélée dès le départ, grâce à son caractère secret, un instrument de noyautage efficace pour conquérir les postes responsables locaux, régionaux et nationaux. 18 mois après sa création, au congrès de Lille (1951), l'O.P.B. S'assurait le contrôle absolu de la Région Parisienne.

Ces résultats ont été possibles pour deux raisons majeures :

1)le manque de vigilance de la part des groupes ;

2)l'organisation quasi-militaire de l'O.P.B.

Depuis 1945, l'histoire de la F.A.F. N'est qu'une suite de concessions faites, congrès après congrès par les anarchistes aux responsables nationaux qui, d'années en années, élargissaient les pouvoirs du Comité National (C.N.) au point d'en faire l'outil essentiel de l'Organisation, non seulement d'ordre administratif, mais encore d'ordre idéologique. A la naissance de l'O.P.B., les groupes usaient de leurs droits élémentaires d'examen des activités du C.N.

L'O.P.B., parti clandestin, a ses propres statuts et déclaration de principes. Elle dispose de militants qui, selon les statuts, avant d'être membre de la F.A. sont « avant tout aux ordres de l'O.P.B. ». Elle a à sa tête un bureau composé de trois membres. Les cotisations obligatoires sont de 500 à 2 000 francs par mois et par militant. Ces cotisations donnaient à l'O.P.B. Des moyens financiers solides, utilisés par exemple pour financer les déplacements des membres O.P.B. Les adhésions à l'O.P.B. Se font par cooptation après enquête sur le passé du futur militant et sur propositions de deux parrains.

Les assemblées plénières de l'O.P.B. ont lieu tous les 15 jours, parfois toutes les semaines. Ces réunions sont obligatoires pour tous, les décisions qui y sont prises sont exécutoires par tous, y compris ceux qui ont voté contre : le bureau de l'O.P.B. est d'ailleurs chargé de faire respecter par les militants ces décisions qui sont appliqués dans la F.A.F. (dans les groupes, au Comité de la Région Parisienne, et au Comité National).

Dans les groupes, les militants O.P.B. doivent s'assurer les secrétariats, inciter, en montrant l'exemple, au collage et à la criée, détecter les éléments suscptibles d'entrer à l'O.P.B. Dans les groupes encore, les militants O.P.B. font adopter des motions allant toutes dans le même sens en vue des congrès.

Dans les comités responsables, notamment au C.N. les militants O.P.B. s'efforcent de l'emporter sur les militants F.A.F. par des votes majoritaires jusqu'au moment où le C.N. sera totalement sous le contrôle du parti clandestin. Les groupes Paris 19ième, Paris-Est, Paris 14ième, Paris 18ième, Sacco et Vanzetti, Boulogne-Billancourt, Paris-Centre, Paris-Nord, F.A.4 (Marseille) et Narbonne sont noyautés par l'O.P.B. Et votent ensemble dans les congrès s'assurant facilement la majorité devant les autres groupes plus nombreux mais divisés.

Après le congrès de Bordeaux, la victoire de l'O.P.B. est totale. Ceux qui ne peuvent rester dans la F.A.F. se retirant et se groupant autour de l'Entente anarchiste.

Toutefois au cours des années 1950, 1951, 1952, 1953 et 1954, le parti clandestin connaît des crises internes. Sur les 17 militants réunis lors de la création de l'O.P.B., il n'en reste en 1954, que six dont trois sont aujourd'hui les 3 membres du bureau de l'O.P.B. Le parti clandestin a facilité les ambitions personnelles : peu à peu, le caractère collégial de l'O.P.B. a fait place à l'autorité d'un seul : le secrétaire de l'O.P.B.

lors de sa fondation, le parti clandestin avait comme but de propager « l'Anarchisme social », il n'était nullement question d'utiliser le matérialisme historique comme base idéologique ni de vider la F.A.F. de son contenu fédéraliste pour y substituer un centralisme bureaucratique tel que nous le connaissons actuellement dans la F.C.L.

Pourtant cette évolution s'est faite logiquement : l'orientation en était prise dans le moment où l'O.P.B. se constituait en dehors des principes et statuts de la F.A.F. pour entreprendre un travail de noyautage.

Les antécédents de l'O.P.B.

Il serait faux de penser que dans la F.A.F. le fédéralisme était respecté avant janvier 1950, date de la création de l'O.P.B. Avant janvier 1950, il existait déjà un organisme clandestin dont les membres cooptés étaient incontrôlés par la F.A.F. Cet organisme secret était cependant admis par l'ensemble du mouvement... il s'agit du groupe d'auto-défense. Le groupe d'auto-défense, placé théoriquement sous la responsabilité du Secrétaire général de la F.A.F. jouissait dans la pratique, de l'autonomie la plus complète et ne rendait de comptes à personne. Dans les congrès comme au comité national, le groupe d'auto-défense était un sujet tabou.

Quelles étaient les attributions de ce groupe ? Chargé soi-disant d'assurer la sécurité de la F.A.F. en temps de paix comme en temps de guerre, le groupe d'auto-défense, sorte de gendarmerie anarchiste, a surtout permis la réunion d'un groupe de militants qui, par la suite, au sein de l'O.P.B. se sont bien vite élevés au rang de policiers politiques.

On peut dire sans exagération que l'O.P.B. est fille de ce groupe d'auto-défense qui, dans la F.A.F., n'a jamais été combattu mais au contraire toléré par tous, malgré son caractère opposé aux principes généraux de la Fédération.

Conclusions sur l'O.P.B.

Il y a seulement deux façons d'analyser l'affaire O.P.B. avant que l'on considère les agissements fractionnels, secrets et autoritaires avec un préjugé favorable ou défavorable. En effet, on ne peut pas évoquer d'autres raisons ou d'autres critères quant au fond de l'affaire. Le fond simple et clair, c'est le fait même : quelques militants ont organisé une société secrète au sein d'une Fédération anarchiste avec un bureau directeur, répartition des tâches, gestion, discipline quasi-militaire, statuts et objectif, ainsi qu'un but final inavoué et inavouable. Il est difficile, en effet, de prouver péremptoirement que ce but final : la bolchévisation, la prise de direction de la Fédération se trouve à la base de l'O.P.B. pour certains, cela est suffisamment rassurant seulement, il se trouve que dans une question d'ordre idéologique et organisationnel, nous n'avons aucun droit de nous préoccuper des intentions peut-être sincères à l'origine mais qui n'étaient pas pour autant moins déviationnistes dès le départ. On ne peut pas introduire dans une analyse politique la notion sentimentale des « bonnes intentions » et surtout nous ne pouvons pas le faire en tant que militants conscients quand il est question tout simplement des agissements totalement opposés à la base même à la doctrine anarchiste. Croire ou faire semblant de croire qu'on arrivera à mettre sur pied une organisation libertaire et fédéraliste en agissant en cachette et derrière le dos des camarades, en passant par dessus la tête des groupes et assemblées contrairement à tous les principes fédéralistes, s'assurer le contrôle bureaucratique de l'appareil organisationnel, croire qu'en organisant la dictature, on se bat pour la liberté, ne peut avoir d'autre signification que la naïveté ou alors l'absence totale de formation politique anarchiste.

Devant l'absurdité complète de cette situation, nous ne pouvons que constater – et tous les camarades conscients le feront avec nous – que tous les membres de l'O.P.B. par le seul fait d'appartenance à cette clique cessaient d'être des militants anarchistes en vertu des statuts aussi bien anciens que présents en vertu de toutes les déclarations de principes depuis que le mouvement existe, y compris même la dernière. Nous réviserons nos positions envers ces camarades et nous les considérerons comme réintégrés au sein de la Fédération aux conditions nécessaires et suffisantes suivantes :

1)Reconnaître que l'appartenance à un groupement clandestin autoritaire, au sein du mouvement anarchiste est contraire à l'idéologie que nous défendons. Reconnaître que l'erreur provient du fait même de l'appartenance à un tel groupement et non de considérations de résultats ou de points de détail. Le principe de ces méthodes doit être condamné par une analyse idéologique sérieuse faîte ou acceptée par ces camarades.

2)Continuer à travailler au sein de la Fédération comme tout autre militant.

Nous sommes obligés de constater que S. Ninn et L. Blanchard, militants du groupe Kronstadt restent les seuls anciens membres de l'O.P.B. qui satisfont à ces conditions. Notons de plus que ces deux camarades ainsi que le Cde Léo, étaient exclus de l'O.P.B. depuis février 1953 à cause de leur attitude anti-autoritaire et à cause de leur position idéologique anarchiste.

Il serait logique d'arrêter là notre analyse et de citer pour finir une phrase de Malatesta, admirable par sa justesse et par son actualité : « Marcher vers l'anarchie ne peut pas signifier le reniement de l'anarchisme à travers la constitution d'un gouvernement de soi-disant anarchistes. Il faut tendre vers ce que l'on veut en faisant ce que l'on peut. » in Pensiero e volonta # 4, Rome, du 15 février 1924
vroum
 

Georges Fontenis sur l'OPB

Messagede Alayn » 21 Sep 2008, 19:07

Voici une lettre envoyée par Georges Fontenis à Alexandre Skirda que l'on peut trouver dans le livre d'Alexandre Skirda "Autonomie Individuelle et Force Collective", datée du 25 mars 1987.

"Lorsque naît l'OPB, en janvier 1950, elle n'est que l'aspiration, l'expression de la tendance "plateformiste" dans la FA. qui est un regroupement assez hétéroclite de multiples manières de concevoir l'anarchisme.
Les valeurs militantes qui fondent la nécessité de l'OPB au sein du "magma" libertaire, ce sont la nécessité d'une organisation très structurée, l'unité idéologique, l'unité tactique, la nature de classe de l'anarchisme.
Le caractère de fraction secrète au sein de la FA donne à l'OPB une grande efficacité dans la lutte sur le plan théorique (retour aux sources du bakouninisme, du courant du socialisme anti-autoritaire de la 1ere Internationale, utilisation d'un certain nombre d'apports de Marx et de la méthode matérialiste dialectique) et sur le plan des responsabilités à tous les niveaux.

Ainsi, en trois ans, est mis fin à la domination dans la FA des courants individualisants et "synthésistes" qui faisaient prévaloir un immobilisme et un confusionnisme qui exaspéraient les jeunes militants, les membres des groupes d'usines, les groupes traditionnellement plateformistes (Paris 18°, un groupe de Lyon, Narbonne, pour n'en citer que quelques-uns). Car il faut rétablir la vérité: l'OPB est une réaction à l'esprit de "déliquescence" (selon l'expression des camarades de Narbonne) des autres tendances qui, à leur manière, se sont organisés, fixent dans des "rencontres" leur stratégie pour empêcher les Congrès d'aboutir à quoi que ce soit de positif (1) et pour privilégier une vision "humaniste", en réalité interclassiste, non prolétarienne, de l'anarchisme.

Si l'OPB triomphe, à Bordeaux en 52, à Paris en 53, c'est tout simplement parce qu'elle représente la majorité des groupes et militants, parce qu'au sein de la guerre froide et devant l'hégémonie du parti communiste français dans la classe ouvrière, elle a fait triompher des options essentielles:

-le combat prolétarien (les adversaires de l'OPB étant surtout un rassemblement de petits commerçants et artisans, voire de petits patrons et d'intellectuels de style franc-maçon) en tentant de vaincre l'hégémonie du PCF.

-le 3ième Front contre à la fois Staline et Truman (alors que le mouvement dans son ensemble a choisi le camp américain).

-l'anticolonialisme qui, contre la guerre d'Indochine, puis la guerre d'Algérie coûtera fort cher à la FCL (la majorité plateformiste de la FA, après le départ des "nullistes" ou "vaseux" au Congrès de Paris en 1953, prend le nom de Fédération Communiste Libertaire).

Quand au caractère contraignant des règles de l'OPB, il est certain que, par réaction contre le refus d'une organisation solide, il y eut des exagérations qui mécontentèrent un certain nombre de ses membres. A cela, il faut ajouter les rivalités de personnes, les persécutions policières et judiciaires, la fatigue due à un combat ininterrompu de 50 à 56, et aussi un certain esprit de "fuite en avant" chez quelques-uns à partir de 54 (2).

Mais nous sommes loin des exagérations et des demi-vérités qui émaillent le "Memorandum" du groupe Kronstadt (malicieusement réédité en 68 par A. Lapeyre, ennemi juré de la Plate-forme).

Je ne puis en dire plus dans ce court communiqué mais je veux conclure en affirmant que, face à ceux qui condamnaient le mouvement anarchiste en France à une lente dégénérescence, à l'étiolement, la FCL, grâce à l'OPB, a sauvé l'honneur et a permis, à travers maintes vicissitudes historiques, que se constitue un courant communiste-libertaire dont la permanence est évidente aujourd'hui. (3)

(1)Et ce, dès le premier Congrès tenu à Paris les 6-7 octobre et 2 décembre 1945. Au Congrès de Dijon, en novembre 46, la rupture est évitée de justesse par ma nomination au poste de Secrétaire général. Je reviendrai sur ce point dans l'ouvrage détaillé que je prépare.

(2)Il est évident que dans l'ouvrage que j'annonce, je reviendrai sur tout cela avec précision et dans un esprit d'auto-critique.

(3)Lettre à l'auteur, le 25 mars 1987.
Alayn
 

L'effondrement de la première FA

Messagede Alayn » 22 Sep 2008, 00:59

Texte écrit par Maurice JOYEUX en 1967 dans sa brochure intitulée "L'Hydre de Lerne":

"J'ai expliqué plus haut les structures de l'organisation née de la guerre. Ce qui devait causer sa perte fut moins les luttes de tendances à l'intérieur de l'organisation que le système majoritaire introduit dans les congrès pour régler les litiges. La démocratie, la loi du nombre qu'imprudemment nous avions laissé introduire chez nous au nom de l'efficacité, devait permettre aux "communistes libertaires" nouvelle manière de s'emparer du journal et du mouvement, de jeter dehors tous ceux qui s'opposaient à eux et, en fin de compte, de vider la Fédération Anarchiste de sa substance.
L'opération fut montée (déjà) sous le signe du renouveau et de la jeunesse (sic). Ceux d'entre nous qui sentaient venir le danger avaient tenté de s'opposer à la politique de Fontenis au congrès de Bordeaux.

A la liste des responsables présentés par les politiciens et qui se composait d'une majorité de jeunes inconnus dans notre milieu, j'opposai alors une liste de militants chevronnés. Cette liste aurait dû l'emporter. Il n'en fut rien. Fontenis et ses amis furent élus de justesse à tous les postes d'administration du journal et du mouvement , et cela ne fut possible que par l'abstention des sages.

En effet, un certain nombre de camarades de province et de Paris, les frères Lapeyre, Laisant et Vincey, etc., avaient vu clairement où l'application de la loi du nombre pouvait nous entraîner pour peu que des gens sans scrupules, à grand renfort de démagogie, s'emploient à en faire une application systématique. Ces sages avaient raison sur le fond et tort dans cette circonstance particulière. Bien sûr, ils avaient raison lorsqu'ils nous reprochaient, et à moi en particulier, d'avoir favorisé l'introduction de la démocratie, c'est à dire la loi du nombre, dans nos congrès. Mais ils eurent tort dans cette circonstance, car leur abstention au congrès, lors du vote, devait mettre dans les mains de Fontenis les commandes qui lui permirent de liquider la Fédération et son journal en moins de deux ans. [...]

Après le congrès de Bordeaux, Fontenis devait mettre définitivement la main sur l'administration de notre mouvement. Les permanents étaient changés. Fontenis lui-même s'installait au quai Valmy. Une secrétaire prise en dehors du mouvement était entrée dans l'appareil ; une espèce d'abruti, ancien communiste et aujourd'hui de nouveau communiste, était introduit au local. Seul le journal conservait encore une certaine indépendance, grâce au comité de presse où je siégeais de droit en tant que secrétaire à la propagande. Un personnage falot, prêt à tout pour conserver sa gamelle, assurait la permanence de la rédaction du "Libertaire".

Deux évènements devaient alors précipiter le dénouement: j'entrais en possession (je l'ai encore) d'un document qui démontrait la présence irréfutable d'un indicateur parmi les permanents du quai Valmy. Cela déclencha des réactions rocambolesques que personne n'a oubliées. Le deuxième évènement, le plus curieux, fut une entrevue que me demanda Fontenis et qui eut lieu au jardin des Buttes-Chaumont. Elle devait poser un problème qui reviendra souvent par la suite et qui sera la quatrième tête de l'Hydre qui ronge notre mouvement libertaire.

Ce problème, c'est celui des intellectuels, plutôt de l'intellectualisme au sein d'une fédération de tradition ouvrière. Le lieu choisi (de tous temps, Fontenis fut hanté par le carbonarisme) autant que ses propos furent alors exemplaires de ce que seraient ceux des communistes libertaires, qu'ils se réclament ou non de lui.

Pour Fontenis, la Fédération Anarchiste était composée de deux éléments valables: les syndicalistes et les communistes. Les premiers relevaient des ouvriers, les seconds des intellectuels, et nous devions nous partager la tâche. Il me proposait de m'occuper exclusivement des ouvriers dans tout le mouvement syndical, lui se réservant avec son entourage la partie intellectuelle , donc le journal et la Fédération.

Je dois d'ailleurs convenir que Fontenis n'avait aucune arrière-pensée péjorative lorsqu'il me fit cette singulière proposition de partager le mouvement en deux zones d'influence, et c'est tout naturellement qu'il constatait que lui était un intellectuel et moi un ouvrier. Ne pas mélanger les torchons avec les serviettes lui paraissait relever de la logique et de la dialectique les plus élémentaires. Et, lorsque je lui fis remarquer que, dans nos milieux, im existait d'autres militants que lui et moi, c'est très nettement qu'il me proposa de les éliminer.[...]

Le congrès de Paris de 1952 devait voir le triomphe des entreprises de Fontenis. Sa thèse était présentée à ce congrès par une majorité de jeunes à peu près inconnus et qui, pour la plupart, ont regagné le giron politique. Mais il faut bien convenir que cela ne fut possible qu'à cause de la légèreté de militants aujourd'hui disparus de nos milieux qui jouissaient d'une influence hors de proportion de leur activité réelle.

On peut voir la cinquième tête de notre hydre. Ces militants bafouilleurs sans contenu idéologique certain, jamais critiqués pour ce qu'ils font, car ils ne font jamais rien, auréolés de ce qu'ils pourraient faire s'ils désiraient travailler, et qui sont une des plaies purulentes de notre mouvement anarchiste. Dans nos congrès, ces personnages flous, sans grande consistance, apparemment en dehors des querelles, ont pesé et pèseront peut-être encore d'un poids tragique dans nos décisions.[...]

On constate que tous les éléments étaient réunis pour la réussite des projets de Fontenis, et il ne la laissera pas s'échapper. Déjà, son organisation secrète est en place. Aussitôt après le congrès, il procèdera à l'exclusion du camarade Joyeux, puis du groupe Louise Michel. Les sages ne se sentiront que modestement concernés par le départ de ces "emmerdeurs". Et il faudra que, un à un à leur tour, ils soient boutés hors de la Fédération Anarchiste pour que nous les retrouvions dans les réunions de notre groupe où ils viendront nous conter leurs malheurs. [...]

Après le congrès de Paris, la Fédération Anarchiste éclata. En province, autour du groupe de Bordeaux, et à Paris autour du groupe Louise Michel, les militants anarchistes vont se regrouper. Leur souci majeur consistera à étudier sérieusement les raisons qui les ont conduits dans ce "merdier", et à prendre des mesures pour que nous ne soyons plus jamais victimes de ces agissements."
Alayn
 

La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede vroum » 22 Sep 2008, 08:41

Voici un long texte de Christian Lagant, ancien militant de Fédération anarchiste puis de la Fédération communiste libertaire, il créera les GAAR en 1955 et la revue Noir et Rouge en 1956 dont le texte ci-dessous est extrait. il dénonce ici la participation de la FCL aux élections législatives de 1956 et explique le cheminement qui a mené la FCL dans une dérive politicienne et léniniste :

Biographie de Christian Lagant :

http://militants-anarchistes.info/spip.php?article3811

La F.C.L. et les élections du 2 janvier 1956

Par Christian Lagant in Noir et rouge # 9 Hiver 1957-1958

L’article ci-contre n’est pas une « analyse » aux conclusions définitives, pas plus qu’une polémique destinée à rallumer de vieilles querelles. Depuis le premier numéro de « Noir & Rouge », nous avons toujours dit que les anarchistes devaient, pour se libérer d’un certain complexe « histoire de famille », résolument abandonner dans leurs écrits tout état d’esprit ou ton propres à prolonger indéfiniment des conflits au caractère personnel par trop marqué. Cela ne doit toutefois pas nous empêcher, comme nous l’avons également déclaré au début de notre travail, de revenir sans hésitation sur certains problèmes théoriques ou tactiques de l’anarchisme ayant parfois engendré des erreurs, des déviations et aussi, pourquoi ne pas le dire, des trahisons.

Nous avons pensé que le rappel de l’expérience d’une organisation s’étant réclamée, malgré tout, du communisme libertaire comme l’ex F.C.L. (l’ancienne Fédération anarchiste avait en effet changé son appellation en décembre 1953 pour celle de Fédération communiste libertaire) pourrait contribuer, par son aspect concret et relativement récent, à illustrer d’éloquente façon la pensée parfois contradictoire des anarchistes sur un problème toujours actuel.

Essayons d’y voir clair

Comment l’idée de présenter une liste de « candidats » aux élections législatives du 2 janvier 1956 a-t-elle pu être acceptée par une organisation dont l’organe s’appelait « Le Libertaire » et dont le but officiel, résultat logique de sa position théorique anti-étatique, était le triomphe du communisme, libertaire ? En réalité l’affaire n’est pas si simple, et une étude rapide des faits nous montrera que l’opération « participation » fut l’aboutissement d’un long processus que le congrès F.C.L. De 1955 marquera définitivement de son empreinte en adoptant les thèses « participationnistes-révolutionnaires » développées auparavant dans le bulletin intérieur de l’organisation, après une préparation psychologique des militants que nous suivrons dans ses différentes phases. Les thèses adoptées prévoyaient une participation « conditionnelle » dont les détails sont exposés au cours de cet article. N’importe, le principe était accepté, et de la théorie aux réalités il n’y ’avait qu’un pas, vite franchi avec la tenue des élections anticipées du Jour de l’An 56.

Pour bien comprendre, ou du moins essayer de comprendre les évènements passée, il est nécessaire d’écarter au maximum les éléments subjectifs de notre jugement sur les hommes responsables de l’aventure électorale de la F.C.L. Il n’importe pas en effet de savoir si tel ou tel militant avait certaines arrière-pensées en préconisant la participation, si tel ou tel « candidat » placé sur la liste F.C.L. obéissait plus à un réflexe d’orgueil personnel qu’à ce qu’il croyait être son devoir (tant pis pour l’expression) de militant révolutionnaire. Là-dessus, chacun de nous ne peut que supposer. De la pensée profonde des individus, aucune certitude. Aussi la simple objectivité oblige-t-elle à ne juger que sur pièces, c’est ce que nous tenterons de faire en présentant les arguments politiques avancés par les partisans de la participation. Un peu d’histoire, ou plutôt de petite histoire, auparavant, nous aidera toutefois à y voir un peu plus clair.

Cheminement de l’idée au sein de l’organisation

Depuis déjà plusieurs semaines, les discussions sur le problème circulaient de bouche à oreille, si l’on peut dire, au sein des groupes de la F.C.L. en ce début d’année 1955. À l’origine, le prétexte invoqué fut un rappel de notre [1] prise de position aux élections municipales du 26 avril 1953. À cette époque, la Fédération anarchiste déclarait sur une page affiche (« Lib » 23/4/53, n°357) :

« Ces élections sont une imposture (…) C’est vrai, travailleurs, comme vous le disent tous les partis, tous les partis ayant eu en main une municipalité ont réalisé quelque chose : terrain de sport, salle des fêtes, améliorations des cantines scolaires, etc (…) Mais le chômage, le fascisme, la guerre sont là (…) L’État poursuivant sa politique de guerre a détruit les possibilités réalisatrices des communes (… ) Nous ne marchons pas (…) Aux travailleurs qui malgré cela voudront voter en pensant choisir un moindre mal, nous rappelons que la droite c’est la réaction et la gauche, la trahison. Nous disons : « Votez donc, mais ce ne sera qu’une expérience de plus » (…) Abstention massive ! Non parce que nous nous désintéressons des questions communales, mais au contraire parce que tout le régime est en cause, et que ces élections ne seront qu’une imposture (…) etc. »

Et la F.A. appelait en conclusion à l’action révolutionnaire pour balayer le régime. Certains militants se rappelleront peut-être encore l’opposition acharnée des partis politiques (les staliniens entre autres) dans des secteurs aussi divers que Maisons-Alfort et Ménilmontant-Belleville, à notre campagne anti-électorale. Or, alors que les augures prévoyaient un abstentionnisme encore accru, le pourcentage des non-votants fut au contraire très faible ! Sur le moment, nous fumes assez surpris et certains camarades émirent l’idée qu’il serait bon de réviser notre tactique « anti », en fonction des derniers résultats. Les choses en restèrent toutefois là, sans changer la position officielle de la fédération sur le problème.

C’est en janvier-février 1955 que cette vieille question revient sur la sellette. Rappelant les élections 1953, des camarades disent qu’il serait peut-être préférable de supprimer carrément toute propagande abstentionniste à 100%, que là est la faiblesse des libertaires, qu’on peut nous le reprocher, etc. Et le dialogue s’amorce. Mais les discussions prennent un tour plus particulier très rapidement et certains expriment déjà le vœu que la F.C.L. adopte une position-tactique plus « souple » en participant à d’éventuelles élections sur le seul plan communal. On n’allait pas en rester là et en mars 1955 l’attaque était officiellement déclenchée dans le « Lien », bulletin intérieur de l’organisation, par une motion du groupe F.C.L. de Maisons-Alfortville (nous précisons, le groupe F.C.L., c’est qu’à cette époque existaient 2 groupes libertaires à Maisons-Alfort. Celui de la F.C.L. et celui de la nouvelle Fédération Anarchiste, reconstituée à Noël 1953). Voici l’intégralité de cette motion :

« Le groupe de M.A.A. demande s’il ne serait pas opportun, à l’occasion du prochain congrès national, d’ouvrir un débat sur les moyens d’amplifier la propagande communiste-libertaire. Nous constatons que nous sommes présents dans la rue, dans les syndicats, pourquoi n’envisagerions-nous pas de faire porter notre action sur le terrain politique proprement dit ? Dans l’éventualité d’une campagne électorale, qu’elle serait l’attitude de la fédération ? Devrons-nous nous contenter de nous réclamer du principe traditionnel et formel de l’abstentionnisme ? Ne conviendrait-il pas, au contraire, de reconsidérer cette notion d’abstentionnisme pour voir dans quelle mesure elle est susceptible de déterminer notre comportement sans nous mettre en contradiction avec les idées-forces qui sont à l’origine de la création de la F.C.L. : lutte de classe à outrance, action directe ? En nous abstenant systématiquement, ne risquerons nous pas de perdre notre influence parmi la classe ouvrière ? Au contraire, la bataille électorale étant devenue une forme de la lutte de classe, ne pourrions-nous pas envisager cette question comme une question de tactique liée aux circonstances et aux faits du combat social ? Dans la crainte de heurter des idées préconçues, devrons-nous nous en tenir à un révolutionnarisme de mauvais aloi qui équivaudrait à une démission pure et simple ? Faudra-t-il, par manque de cohésion, de directive, et par peur des mots, comme par le passé, compromettre la révolution communiste-libertaire ?

Motion votée à l’unanimité le 25/2/55 à M.A »

Nous avons tenu à publier cette motion entièrement, car elle est extrêmement significative sur l’état d’esprit de certains camarades à l’époque, en pleine confusion idéologique.

Dans le même « Lien », le comité national F.C.L. Soumettait une synthèse des propositions d’ordre du jour envoyées par quelques groupes pour le congrès de mai. À l’alinéa 4 de cette proposition de synthèse (orientation et tactique), le point « b » mentionnait : le problème de la participation électorale. D’où la preuve que cette question avait été soigneusement préparée et qu’elle était maintenant lancée en avant. En avril, le « Lien » publiait 1) L’ ordre du jour du congrès, définitif, avec l’adoption du point « B ». 2) Un très long article en 9 pages du camarade F [2], intitulé : « Pour le praticisme révolutionnaire ». Citer l’article en entier serait trop long et quelque peu fastidieux pour le lecteur, voyons-en seulement la conclusion en quatre points :

a) antiparlementarisme et praticisme révolutionnaire.
b) participation électorale lorsque existent des conditions réelles pour l’élection de représentants ouvriers révolutionnaires, donc détermination de notre position suivant chaque situation concrète.
c) contrôle sévère des élus par l’organisation.
d) la participation électorale ne peut être qu’une des formes d’agitation de l’organisation et ne doit en aucun cas prévaloir sur d’autres formes. 

Pour édification des camarades, précisons que par « praticisme révolutionnaire » le rédacteur de l’article entendait répondre à la question : en quoi la participation aux élections n’est-elle pas à confondre avec le parlementarisme, le réformisme ? Après une rapide explication justifiant la lutte des révolutionnaires en faveur des revendications sans que pour cela ceux-ci sombrassent dans le syndicalisme réformiste, il concluait :

« (…) De même, nous pouvons participer aux luttes électorales, avoir des représentants dans les municipalités ou les assemblées en considérant que nous occuperons alors non des postes de législateurs, mais d’agitateurs. Nous voyons là une forme d’agitation qu’on ne peut négliger. On peut dire qu’une telle position n’est nullement du réformisme, mais du praticisme révolutionnaire (…) ».

Enfin, dans ce même « Lien » d’avril, si quelques groupes affirmaient déjà leur accord à une éventuelle participation électorale de la F.C.L. « lorsque existent des conditions réelles » les futurs « oppositionnels », au congrès, manifestaient par contre leur vive hostilité à la motion d’Alfortville, ainsi le groupe de Lyon, celui de Mâcon qui déclarait notamment :

« (…) Le groupe tient à affirmer avec force que le texte M.A.A. (la bataille électorale étant devenue. une forme de la lutte de classes !) est à ses yeux une atteinte à la Déclaration de Principes de la F.C.L. qui déclare : “l’organisation spécifique communiste-libertaire est attachée aux luttes présentes des masses exploitées et opprimées, mais toujours dans le sens de l’action directe”. En conséquence, le groupe demande que le problème de la participation électorale soit retirée de l’ordre du jour du congrès. »

Et ainsi la discussion allait-elle se poursuivre croissant au sein de la F.C.L.. jusqu’au congrès national, sans que le « Lib » aie fait une quelconque publicité à la controverse intérieure au mouvement. Il convient toutefois de rappeler qu’en juin 1953, un article du « Lib » intitulé : « La défaite des démo-chrétiens est un signe de maturité du prolétariat italien. » avait causé quelque inquiétude et surprise aux lecteurs, renforcées les 10 et 24 septembre de la même année par deux articles sur le même thème — Votes ouvriers pour partis de gauche = maturité politique (« Lib » du 10 sept. 1953 — n°372 — article de A.V. correspondant des Groupes Anarchistes d’Action Prolétarienne (Italie) ; « la situation politique actuelle en. Italie » — « Lib » du 24 sep. 1953, n°375, « Halte au fascisme », de P.P.). Quand nous disions au début, qu’après les élections d’avril 1953 et certains reproches exprimés sur notre tactique les choses en étaient restées là au sein du mouvement, avions-nous ainsi négligé de mentionner ces quelques signes inquiétants, mea culpa ! Mais revenons à l’année 1955. Le « LIB » est donc discret sur la question électorale, à part peut-être un articulet (« Lib » du 28 avril 1955 — n°448 — « les élections cantonales » de R.J.) consacré aux élections cantonales et dont la conclusion semblera curieuse :

« (…) le fait qu’il y ait un glissement à gauche, au cours d’élections aussi stériles et après trahisons systématiques auxquelles se sont sont livrés tous les partis qui représentaient la gauche, montre une volonté accrue de lutte des travailleurs, un renouveau de combativité de la classe ouvrière. À nous de savoir permettre à cette volonté de lutte de s’affirmer et de se traduire dans les faits. »

Très curieux était en effet cette « volonté de lutte accrue » des travailleurs, parce que ceux-ci votaient ! Et qui plus est, pour des partis ayant systématiquement trahis !

Le congrès national accepte la participation

Les 28, 29, 30 mai 1955, le congrès F.C.L. se tenait à Paris. Au cours de celui-ci, les thèses de la participation « conditionnelle » (les conditions sont celles déjà mentionnées dans l’article « Praticisme révolutionnaire ») de notre organisation à de futures élections étaient adoptées à une assez forte majorité, malgré le « baroud d’honneur » des opposants à la nouvelle tactique électorale, soit les groupes de Lyon, Mâcon et quelques militants parisiens.

Certains efforts de conciliation avaient pourtant été tentés et nous étions prêts à abandonner la position abstentionniste à tout prix, certains d’entre-nous acceptant même à la rigueur la participation aux élections municipales, ce qui représentait une énorme concession déjà de notre part. L’affaire ayant été soigneusement « épluchée » dans les groupes, nous avions systématiquement amassé tous les arguments « pour » et « contre » et en faisions le décompte : rien à faire, la somme des « contre » était toujours la plus forte ! Le maximum de cas avait été également envisagé, et puisque nous étions sur le question électorale, autant y aller jusqu’au bout ! Pour commencer le principe même de l’antiparlementarisme était examiné : le Congrès fut d’accord dans son ensemble pour conserver celui-ci, encore qu’une certaine contradiction se révélât avec l’adoption des mesures qui allaient suivre. Un autre cas présenté fut la participation aux élections municipales : disons que cet argument était celui ayant le plus de force sur nous, ses partisans exposant le rôle utile aile pourraient avoir des élus F.C.L. sur le plan communal par exemple, l’avantage d’être plus étroitement en contact avec les électeurs qu’au cours d’élections législatives, la propagande pouvant résulter pour les idées communistes-libertaires d’une action énergiquement menée pour certaines réalisations. On nous montrait également la possibilité que nous aurions d’utiliser affiches et panneaux afin de faire mieux connaître nos idées et programmes, enfin et surtout le vieil appel, en définitive, à notre attachement libertaire à l’idée même de commune fut assez habilement utilisé, par des camarades se refusant précisément à tout « sentimentalisme ». Nous devons reconnaître que certains arguments invoqués ne manquaient pas de valeur mais nous ne pouvions nous empêcher de poser ces questions : même sur le plan strict de la commune ou de la municipalité, comment un élu (ou deux à la rigueur) se réclamant du principe anti-étatique aurait-il pu accomplir un travail utile sans être bientôt isolé au milieu de ses « collègues » politiciens, puis bientôt gêné et combattu, voire annihilé ? À cela les partisans répondaient que l’élu F.C.L. ainsi traité pourrait attaquer publiquement ses adversaires du Conseil municipal, en protestant contre leurs méthodes et le régime qui les favorise, et ainsi accroître notre. propagande au sein de la population. Il est toutefois permis de se demander si l’électeur, voyant la déconfiture de son élu « révolutionnaire » n’aurait pas tout bonnement pensé « N’avait qu’à pas y aller, puisqu’il savait ce qui l’attendait ! » d’où une propagande accrue pour l’électeur brutalement conscient d’’être le dindon de la farce (une fois de plus) ? Rien n’est moins sûr.

Un cas assez effarant fut également avancé : participation indirecte par soutien au parti « ouvrier » le plus proche des positions F.C.L. Nous pensons qu’il est inutile de trop s’étendre sur la question, ce que nous fîmes également à l’époque. En effet, demander quel parti « ouvrier » ? équivalait pour certains à répondre par « le plus à gauche » évidement, soit le P.C., le P.S., voire, les trotsystes, pourquoi pas ? Il est vrai que maintenant il y aurait l’Union de la Gauche Socialiste( !) mais encore une fois il s’agit de savoir si des militants anti-étatiques par principe sont prêts à s’engluer au milieu des rouages quelque peu crasseux de la machine d ’État afin de mieux démolit celle-ci de l’intérieur. Là est la seule question, et l’on peut après tout se suicider politiquement de plusieurs manières. Et puisque nous parlons suicide, la participation aux élections législatives proprement dites était enfin abordée. En clair, la possibilité pour un militant F.C.L. d’être présenté sur une liste patronnée par l’organisation, et s’il était d’aventure élu aller ainsi s’asseoir au Parlement au milieu des quelque 600 députés composant l’Assemblée nationale. On voit par là le chemin énorme déjà parcouru par certains camarades qui, quelques semaines auparavant prônaient la seule participation municipale !

Nous pensons qu’il est toutefois inutile de se récrier ou d’ironiser comme quelques anarchistes ont cru devoir le faire. Il est facile d’accuser des camarades qui se trompent de toutes les turpitudes (car cela existe aussi de se tromper) plus difficile déjà d’essayer de comprendre leurs mobiles. Il est permis de dire que beaucoup, parmi ces camarades, pensaient sincèrement (avec quelque peu de naïveté pour certains et un manque évident de formation politique pour d’autres, ce dont nous sommes tous responsables par ailleurs) qu’un ou des militants décidés et honnêtes pourraient sérieusement influer sur le destin des travailleurs en jouant au sein de l’Assemblée le rôle de « commandos de la révolution », ce mot qui allait être repris fréquemment par le « Libertaire » au cours de sa campagne électorale de fin d’année 1955. Ces camarades oubliaient tout simplement que le seul geste que puissent accomplir des révolutionnaires au sein de l’Assemblée, c’est d’y jeter des bombes, et que si l’on n’est pas, ou plus, partisan de cette vieille méthode par principe ou par peur, on n’a rien à y faire d’autre ! Et même en acceptant le côté purement « technique » de l’opération, qu’auraient pu faire quelques députés F.C.L. (et en disant quelques…) en se livrant à des scandales au Parlement ? Est-ce que l’agitation de Marty, avec sa ceinture de cuir, a pu changer quelque chose au sort des exploités, quand aux premières années de son mandat il se faisait « sortir » régulièrement par les huissiers de la Vénérable enceinte ? Et le risque de l’absorption du néodéputé par le système ? À cela on nous répondait que « l’organisation contrôlerait sévèrement ses élus ». De quelle manière ? et pour combien de temps ? Il n’est que de rappeler l’exemple, pénible pour nous tous anarchistes, des « camarades-ministres » pendant la révolution espagnole. Ceux-ci avaient pourtant derrière eux, théoriquement, une organisation autrement puissante que la F.C.L. pour les « contrôler » et on peut se poser cette question : quel a été le plus beau travail accompli à cette époque, celui de nos camarades de la « base » C.N.T.—F.A.I. ou celui des « camarades-ministres » ? On pourra nous répondre qu’il s’agit là d’un cas différent, qu’il y avait la guerre et qu’il est facile de critiquer après coup, c’est vrai. Mais cela ne nous a-t-il pas laissé à nous, libertaires, le même malaise ?

Pour en revenir au congrès, les avantages matériels furent également invoqués : remboursement des frais de propagande pendant la campagne, remboursement des cautionnements pour toute candidature recueillant plus de 5% des voix (c’est nous qui soulignons), indemnités perçues par les élus, etc. À ce dernier argument, l’expérience du 2 janvier 1956 allait répondre par des faits, justifiant les mises en garde les plus passionnées, voire les plus désespérées.

C’est ainsi que repoussant tout effort de conciliation, négligeant d’élémentaires appels à la prudence, le congrès de la F.C.L . acceptait le principe de la participation et courait à son destin.

La campagne électorale de la F.C.L.

C’est le 27 octobre 1955 que la position F.C.L. sur le problème électoral passa du stade intérieur au plan public, par l’entremise du Libertaire. Ce fut d’abord quelque chose d’anodin, bien sûr, un article qui se terminait ainsi :

« Un député ouvrier ne doit pas rentrer dans le jeu parlementariste de la classe bourgeoise. Il sait que ses interlocuteurs sont de mauvaise foi, qu’il n’y a pas de compromis parlementaires, qu’il doit s’appuyer sur l’action directe des travailleurs. » (« Lib » n°450, « Explications de vote et pantomime parlementaire. » M.H.) 
En plus d’une incontestable contradiction dans tous les termes de cet épilogue, l’idée du « député ouvrier » était donc avancée. Les « Lib » suivants allaient étoffer tout ça, pour commencer par une suite d’articles « La F.C.L. et le Front Populaire » (« Lib » n° 451, 452, 453 – G.F.) et surtout par les éditoriaux, beaucoup plus directs. Celui du 17 novembre devenait encore plus précis et la future participation électorale de la F.C.L. s’y devinait avec transparence. Après le numéro de 8 décembre où une convocation extraordinaire du Conseil national F.C.L. en raison « de la gravité des circonstances et de la proximité de la campagne électorale » était annoncée, c’était la confirmation officielle du 15 décembre où la « Lib » déclarait : « La F.C.L. entre dans la lutte. » avec présentation d’une liste de 10 candidats et ouverture d’une souscription spéciale pour la campagne qui s’ouvrait ainsi. À partir de ce moment il est évident qu’un processus irréversible allait s’accomplir et la F.C.L. se trouver prise dans le système classique, avec son « programme », ses « réunions », etc. Ajoutons que, par divers camarades, nous apprîmes que la participation à ces élections n’avait pas été décidée sans tiraillements, certains « pour » au congrès brutalement mis au pied du mur par les évènements et commençant à réaliser les difficultés de l’entreprise.

Cependant Le Libertaire, organisait sa campagne. Le 24 novembre Camillo Berneri était appelé en renfort idéologique, et la publication d’un morceau de son article sur la question électorale (Adunata dei Refrattari, 25/4/1936) tendait à justifier la participation. Le 22 décembre les travailleurs algériens du 1er secteur de la Seine étaient appelés à voter pour la liste du « Lib »… par le « Lib » bien entendu. Sur les panneaux électoraux du Boul’ Mich’ ou de la porte de Versailles, l’affiche jaune de la liste, « Le Libertaire » reproduisait, outre les photographies des candidats F.C.L. (dont l’un est présentement membre du Comité de direction de l’U.G.S.) le programme de celle-ci : Lutte pour le niveau de vie, lutte contre la guerre et le colonialisme, lutte pour l’école laïque et les jeunes, lutte pour la femme « pour sa liberté et sa dignité », lutte pour les vieux. Certes, ce programme électoral, comme bien d’autres, paraissait séduisant à première vue et certaines préoccupations étaient même d’excellente facture (entre autres, la préconisation de l’avortement libre dans le cadre médical ainsi que la liberté des moyens anticonceptionnels ne pouvaient qu’avoir la sympathie de tous les gens un peu évolués, sans qu’on soit même « révolutionnaire » pour cela) mais on ne pouvait toutefois s’empêcher d’y relever la démagogie, obligatoire dans ces cas-là. Bien entendu, le « Lib » s’étendait longuement sur le rôle des « élus » à l’assemblée, leur action de « commandos révolutionnaires » etc. Quant aux réunions publiques organisées par la F.C.L., le « Lib » écrit par exemple le 29 décembre :

« (…) Il suffit de voir les réactions de la salle, d’entendre les applaudissements (…) » mais parle assez peu du nombre des assistants ! Comment ces réunions se passent-elles donc, qu’elle ambiance y règne-il ? C’est ce que nous allons voir au cours de deux meetings tenus dans la même soirée du 30 décembre.
Il est 21 heures. Nous sommes dans une petite salle-préau de l’école 36 bis rue Violet (15e). Comptons : il y a exactement treize personnes, dont cinq militants F.C.L. que nous connaissons de vue (il est vrai que nous sommes dans un quartier semi-bourgeois et cela peut expliquer le quasi désert de la salle, et de plus il fait froid). Un orateur, le camarade F., finit de parler avant de foncer à la seconde réunion tenue, elle, 18 rue du Moulin-des-Prés, en plein secteur prolétarien du 13e arrondissement cette fois. Afin de mieux nous rendre compte de la différence, suivons l’orateur itinérant pour nous retrouver peu après lui et vers les 22 heures dans cette modeste salle de gymnastique où nous dénombrons cette fois quinze personnes, dont six militants au minimum. La salle est amorphe, malgré le ton « popu » employé par l’orateur (dans le 15e en effet, les arguments étaient plus subtils, l’expression plus raffinée) et c’est peut-être là que l’on mesure le comique triste d’une telle situation. Les discours terminée, les contradicteurs sont priés d’expliquer leur position. Une fois, deux fois : pas de contradiction. L’électrophone déverse alors une « vibrante » « Internationale » pendant que les auditeurs, suivant l’exemple impérieux des militants, se dressent sur leur siège. Pour réchauffer l’enthousiasme, on aura, au cours d’autres réunions diffusé des chants et marches de guerre soviétiques…

C’était le 30 décembre, dernier jour de la campagne électorale. Le 2 janvier : 1956 la F.C.L. recueillait dans le 1er secteur de la Seine (13e, 14e, 15e, 5e, 6e, 7e arrondissements) 960 voix selon le premier résultat (« France Soir »), 1200 suivant un autre, 1600, 1800 selon le journal. On ne saura jamais au juste combien exactement, et à quelques dizaines près, voire centaines de voix près cela n’a pas une telle importance. Le Libertaire du 5 janvier annonçait, lui, très imprécisément : « Des milliers de travailleurs du 1er secteur de Paris ont manifesté leur accord à notre politique (….) ». Il nous semble logique de remarquer que la F.C.L. aurait dû être la première, elle, à donner un chiffre précis. Pourquoi cette ambiguïté ? Comme il faut toutefois donner un chiffre, et que les lecteurs s’étonnent, le « Lib » du 12 janvier annonce « près de 3000 voix ». En bref, on peut évaluer le nombre des votants F.C.L. à environ 2000 personnes. « VOTEZ EN MASSE » avait dit le Libertaire.

La conclusion

La conclusion ? Elle est assez simple à établir. Des militants se réclamant du communisme libertaire ont tenté l’aventure électoraliste. Quelle propagande anti-étatiste a pu se faire jour au cours de ces quelques semaines ? Et comment l’électeur éberlués, avisant la liste du Libertaire (alors que pour lui, Le Libertaire, c’était des anarchistes, quoi qu’on y fasse !) a-t-il pû faire une quelconque différence avec ladite liste et celles présentées de temps à autres par de petits partis comme les trotskystes et autres, dont le premier soin est de recommander en cas de second tour à leurs électeurs de voter pour le P.C.F. ? Les avantages matériels ? Nous croyons savoir qu’un certains nombre de camarades imprudemment fourvoyés en cette aventure ont eu pendant longtemps à payer, sur leurs économies, les différents frais occasionnés. Ainsi le cautionnement (les 5% n’ayant pas été atteint, et de loin), l’affichage, les multiples dépenses inhérentes à l’organisation d’une telle entreprise (Le « Lib » du 19 janvier mentionnait : la F.C.L. doit plus d’un million pour les frais de la campagne électorale — article de B.D. : « Les élections et la démocratie bourgeoise ») Et qu’ont pu penser ces camarades dont l’enthousiasme et la bonne foi étaient le principal capital ?

Le Libertaire lui-même, devant les résultats disproportionnés aux efforts déployés confessait le 12 janvier :

« (…) Nous ne sommes pas un parti où le bluff est roi, et nous croyons qu’une des conditions essentielles du Progrès est de voir les faits en face, même s’ils ne sont pas toujours de nature à créer l’enthousiasme. Nous ne nous dissimulons pas que le résultat obtenu par la F.C.L. est modeste (…) »

Il est évidemment difficile de se dissimuler ce qui sauté aux yeux, encore que pour les résultat nominaux le « Lib » cherche par une savante dialectique à prouver que les 3000 (mettons !) votants représentent en réalité 20 à 30000 travailleurs de la Région Parisienne influencés par sa propagande ! (« Lib » 461, « les leçons de notre participation »). Aussi les électeurs F.C.L. sont-ils convoqués à une réunion de discussion pour le 25 janvier, afin d’envisager la situation au lendemain des élections. C’était évidemment le moment de voir qui étaient, ce que pensaient les électeurs. Malheureusement, le compte-rendu qui aurait du suivre logiquement une telle réunion ne parut jamais dans le Lib et c’est sur ce dernier signe peu encourageant pour d’éventuels néo-paticipationnistes que nous terminerons la relation d’une expérience dont les anarchistes devraient au moins tirer parti.

Christian Lagant

Notes
[1] Le signataire a appartenu à la F.C.L. Jusqu’au congrès de juin 1955, démissionnant de cette organisation après le vote approuvant la participation électorale. D’autres camarades isolés, ainsi que les groupes de Lyon et Mâcon démissionnaient également vers cette époque.
[2] Nous ne pensons pas que le nom, en entier, des camarades mentionnés ait une grande importance, seuls les faits ayant ici leur intérêt.

vroum
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede kuhing » 22 Sep 2008, 10:34

J’ai été particulièrement intéressé par cette période traversée par le mouvement anarchiste entre 1945 et les années 70 et j’ai d’ailleurs suivi à travers les livres de Joyeux de Fontenis et un recueil des textes du groupe « Noir et Rouge » les différentes tendances et versions qui s’en sont dégagées.
Je dois dire qu’aucune des trois n’a succité en moi un sentiment de rejet.
Je comprends la préoccupation d’un Fontenis devant une fédération anarchiste hétéroclite de l'époque s’éloignant par pans du mouvement ouvrier et de la lutte de classe. Je suis d’accord avec cette stratégie du « 3ème Front » rejetant l’impérialisme américain et le stalinisme de l’union soviétique dont il a été un des initiateurs.
Mais je comprends aussi l’attitude d’un Maurice Joyeux qui de peur de voir le frêle esquif anarchiste de l’époque se faire renverser par les cuirassiers du stalinisme dans une mer démontée, s’est opposé à l’OPB qui employait des méthodes empruntées au léninisme même si le projet ne l’était pas.
Enfin il y avait le petit groupe de Lagant qui se situait un peu entre les deux et tout en étant favorable au projet communiste libertaire refusait aussi les méthodes de Fontenis.

Je crois qu’il faut bien se remettre dans l’idée l’extraordinaire isolement idéologique de ces quelques anarchistes
Français isolés dans leur propre classe, subissant la pression extraordinaire du stalinisme triomphant d’un coté et de l'autre la pression « petite bourgeoise » interne de ceux qui au nom d’un individualisme poussé à outrance en arrivaient à rejeter la lutte de classes.

Et pourtant sur ces groupes ultra minoritaires en nombre, qui tâchaient tant bien que mal de préserver la petite flamme vacillante de la pensée anarchiste, put s’appuyer toute une génération qui allait remettre en cause le pouvoir de De Gaulle en 1968.
Cohn Bendit était du groupe « Noir et Rouge » en tout cas dans son premier cercle et, si il a été bien sur au devant de la scène comme Lagant a refusé de l’être, s’il a été récupéré par le système comme Lagant a refusé de l’être, il n’en reste pas moins qu’il est la preuve vivante que la pensée anarchiste et communiste libertaire contient en elle le germe des révolutions.

Christian Lagant s’est donc suicidé en 1978 comme je l’ignorais et viens de l’apprendre grâce au lien que Vroum nous indique.
C’est quelque part la preuve de la sincérité de sa pensée.
A la lectures de ses textes , j’avais d’ailleurs senti ce décalage entre notre idéal et cette triste réalité que nous vivons toujours aujourd’hui.
Ça rejoint également la discussion engagée ici même avec Pia sur son topic « Minoritaire …oui et après »
Nous sommes minoritaires en nombre certes mais c’est cette contradiction avec le fait que dans le fond notre pensée ne peut être que majoritaire qu’il est si difficile de porter et qui amène, rarement heureusement,les meilleurs d’entre nous , et Christian Lagant en était, de choisir parfois le seul issue définitive : celle de la mort.
Mais notre pensée mérite mieux.
Voilà pourquoi ,au delà des divergences « pointues » d’orientation et des frictions entre « égo » nous nous devons de nous serrer les coudes et tâcher d’avancer dans un débat fraternel.
kuhing
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede Alayn » 23 Sep 2008, 02:42

Bonsoir ! Purée, je sais pas ce qu'il te faut Kuhing: ils ont participés aux élections ! Déjà rien que çà...(tu disais "pas bien !" sur un autre topic...).

Cohn-Bandit ? Pfiou...Quand on voit comment il a tourné ensuite... et même comment il était réellement pendant (au-delà de l'image qu'on en a fait. Il y aurait plusieurs anecdotes à transcrire croustillantes à son sujet mais çà mériterait un topic spécifique)

Perso, je pense que s'il n'y avait pas eu cette OPB de Fontenis (qui n'a finalement rien apporté hormis une déconfiture évidente aux élections + les principes anars bafoués + division du mouvement + destruction de la FA +++) le mouvement anarchiste aurait pu tout aussi bien, voire mieux, continuer à se développer.
Il ne faut pas oublier qu'il était en pleine renaissance et quand même assez florissant après la guerre. Mon sentiment est vraiment que Fontenis, au nom de sa soif de pouvoir personnel, a tout détruit. Point-barre !

La grande majorité des témoignages concordent dans ce sens (même ceux des communistes libertaires !)

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede kuhing » 23 Sep 2008, 07:51

Alayn a écrit:Bonsoir ! Purée, je sais pas ce qu'il te faut Kuhing: ils ont participés aux élections ! Déjà rien que çà...(tu disais "pas bien !" sur un autre topic...).

Cohn-Bandit ? Pfiou...Quand on voit comment il a tourné ensuite... et même comment il était réellement pendant (au-delà de l'image qu'on en a fait. Il y aurait plusieurs anecdotes à transcrire croustillantes à son sujet mais çà mériterait un topic spécifique)

Perso, je pense que s'il n'y avait pas eu cette OPB de Fontenis (qui n'a finalement rien apporté hormis une déconfiture évidente aux élections + les principes anars bafoués + division du mouvement + destruction de la FA +++) le mouvement anarchiste aurait pu tout aussi bien, voire mieux, continuer à se développer.
Il ne faut pas oublier qu'il était en pleine renaissance et quand même assez florissant après la guerre. Mon sentiment est vraiment que Fontenis, au nom de sa soif de pouvoir personnel, a tout détruit. Point-barre !

La grande majorité des témoignages concordent dans ce sens (même ceux des communistes libertaires !)

Salutations Anarchistes !


Je ne dis pas que j'approuve la stratégie de Fontenis et encore moins que je soutiens Cohn Bendit.
Je dis juste que dans une situation extrêmement compliquée pour une poignée d'anarchistes minoritaires et isolés dans leur propre classe, certains on essayé de trouver des solutions, pas forcement les bonnes, certes, mais ça n'en fait pas des pourris.
Je parle de Fontenis et de Lagant, je considère que Cohn Bendit en est un .
kuhing
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede RickRoll » 23 Sep 2008, 15:57

L'anarchisme en plein développement dans les années 50 ? Tu confonds pas avec les maos et les stals ?
RickRoll
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede kuhing » 23 Sep 2008, 16:30

The Koala Avenger a écrit:L'anarchisme en plein développement dans les années 50 ? Tu confonds pas avec les maos et les stals ?


Pour aller tout de même dans le sens d'Alayn sur cette question, les anarchistes organisés étaient trés peu nombreux dans les années 50 ( je dirais environ 300 dans toute la France )mais ils avaient une audience certaine et "le libertaire" tirait à plus de 50.000 exemplaires si je me souviens bien.
Autour d'eux pas mal d'intellectuels et d'artistes comme Brassens et Ferré bien sur mais aussi André Breton qui venait aux meeting et galas , Albert Camus aussi et des acteurs connus à l'époque comme Jacques Grelo et d'autres.
Y'avait un potentiel certain c'est indéniable malgré le mastodonte stalinien et, l'influence libertaire dépassait sans doute celle des trotskistes de l'époque.
kuhing
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede RickRoll » 23 Sep 2008, 16:40

OK. Je me basais sur les chiffres d'adhérents aux orgas, pas sur l'influence.
RickRoll
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede Alayn » 23 Sep 2008, 17:53

Bonsoir ! Je n'ai pas dit dans les années 50: j'ai dit après la guerre, donc dans la période entre 45 et 50, juste avant que Fontenis foute sa zizanie.

Oui, Lagant parait honnête. Il a démissionné de la FCL juste avant les élections de 56. Fontenis ne trouve pas grâce à mes yeux, désoled !

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede RickRoll » 23 Sep 2008, 17:59

Ça j'ai bien compris. Je ne connais pas assez bien le sujet pour avoir vraiment un avis.
Par contre, sur la forme, il est dommage de multiplier les topics sur la question, ça donne l'impression d'un acharnement.
RickRoll
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede Alayn » 23 Sep 2008, 18:28

Salut ! Moi, je dirai plutôt que çà donne des éclaircissements ! J'ai fait d'ailleurs exprès de mettre les 2 points de vue différents: celui de Fontenis et celui de Maurice JOYEUX sur cette question.

Vroum a rajouté ce topic qui donne encore un autre éclairage (le témoignage de Lagant). Il y a aussi le Memorandum de Kronstadt.

Et on pourrait en trouver d'autres.

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede kuhing » 24 Sep 2008, 07:59

Alayn a écrit:Bonsoir ! Je n'ai pas dit dans les années 50: j'ai dit après la guerre, donc dans la période entre 45 et 50, juste avant que Fontenis foute sa zizanie.

Oui, Lagant parait honnête. Il a démissionné de la FCL juste avant les élections de 56. Fontenis ne trouve pas grâce à mes yeux, désoled !

Salutations Anarchistes !


Je te conseille, si ce n'est déjà fait, la lecture de son livre "l'autre communisme" je pense que ça te donnera une vision plus claire du parcours de Fontenis.
Une fripouille ne prend pas la peine d'écrire un document de ce genre.
kuhing
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede Alayn » 24 Sep 2008, 23:02

Salut ! Oui, peut-être...mais il peut raconter ce qu'il veut, la participation aux législatives de 56 et l'OPA sur la FA entre autres resteront, quoi qu'il en soit, inacceptable et indélébile ! Non pardonnable !

Il est relativement facile ensuite de se "justifier", voire de s'auto-amnistier dans un bouquin...

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

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