Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 10 Mar 2018, 15:02

De Lumumba à Mobutu :
La fabrication d'une dictature néocoloniale

Paris dimanche 11 mars 2018
à 12h30, La Bellevilloise, 19-21 rue Boyer

Conférence de Ludo de Witte à propos de son ouvrage
De Lumumba à Mobutu : La fabrication d'une dictature néocoloniale

Mai 1960. Patrice Lumumba remporte haut la main les premières élections du Congo indépendant. Il devient premier ministre. Pour le pays le plus riche du monde en matières premières, l'espoir se lève d'une société plus juste et d'un bien-être pour tous.

Novembre 1965. Le général Joseph-Désiré Mobutu s'empare du pouvoir absolu. Trente-deux années de dictature vont lui procurer une fortune personnelle considérable contrastant avec la misère de son peuple.

Entre ces deux dates, que s'est-il passé ? Quelles forces secrètes ont amené Mobutu au pouvoir ? Comment a-t-on étouffé les mouvements populaires que Che Guevara était venu soutenir ?

Dans L'Assassinat de Lumumba (1999), Ludo De Witte révéla les manoeuvres criminelles du roi Baudouin, du gouvernement belge et de la CIA. Forçant la Belgique à créer une commission d'enquête parlementaire et à présenter au Congo des excuses officielles. Depuis lors, De Witte a poursuivi son enquête. Dix années d'entretiens inédits et d'investigations dans les archives belges, britanniques, US et congolaises lui permettent de dévoiler une vérité indésirable mais implacable. L'ascension de Mobutu est le livre indispensable pour comprendre le drame du Congo et les conditions de sa libération.

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Messagede Pïérô » 20 Mar 2018, 15:26

Mayotte, une longue histoire entre coups d’Etat, révoltes et grèves

La domination française sur les Comores ne s’est pas imposée sans engendrer de nombreuses révoltes. A Mayotte, il y a eu en 1856 un soulèvement des travailleurs des plantations, et des mouvements de résistance spectaculaires ont traversé les trois autres îles, notamment à Anjouan en 1891, avec une véritable révolution des paysans pauvres et des esclaves.

En 1968, la France concédait aux Comores une autonomie interne, tout en réveillant les rivalités entre les îles. Puis Paris poussa un riche d’Anjouan, Ahmed Abdallah, à diriger le pays. Mais à Mayotte, une partie de la population féminine d’origine malgache, moins islamisée et avec des traditions matriarcales, craignait de voir ses droits réduits. Les « mamies chatouilleuses » s’élevèrent alors contre une indépendance qu’elles craignaient anjouane et islamique.

Lors du référendum de 1974 sur l’indépendance, les Comoriens se prononcèrent à 95 % pour l’indépendance, mais les Mahorais votèrent contre à 63 %. En 1975, les Nation unies et l’Organisation de l’unité africaine réaffirmèrent « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores». Mais la France exigea que la nouvelle constitution soit approuvée île par île. Elle fut rejeté à Mayotte, cependant qu’Ahmed Abdallah proclamait l’indépendance. Moins d’un mois plus tard, il était renversé par un mercenaire français, Bob Denard. Puis le nouveau gouvernement fut à nouveau renversé en 1978 par le même Denard (parfois soutenu par la France et parfois non, qui récidivera encore en 1995). Les Comores, baptisées « République islamique », se trouvaient de fait sous le contrôle des mercenaires français. En 1976, ne voulant pas retrouver le chaos comorien, les Mahorais exprimèrent à nouveau par référendum, à 99 %, leur volonté de rester français.

En 1996, Mohéli et Anjouan se séparaient de la Grande Comore, demandaient leur rattachement à la France – qui refusait – et proclamaient alors leur indépendance propre en 1997. L’Union africaine, rejetant toute modification des frontières coloniales, organisa un blocus d’Anjouan dont de nombreux habitants fuirent alors vers Mayotte. Après bien des péripéties, en 2001, la Grande Comore, Mohéli et Anjouan se réunirent dans une République fédérale, non sans coups de force fréquents et même l’invasion d’Anjouan, en 2008, par des troupes africaines venues renverser un gouverneur qui avait proclamé l’indépendance. Soit 23 coups d’Etat en tout depuis 1975, le dernier en 2013, avec encore des émeutes en avril 2016 à Anjouan.

Le 31 mars 2011, Mayotte est devenue un département français d’outre-mer après que les Mahorais aient voté pour cette solution à une écrasante majorité dans le référendum de 2009.

En 1946, La Réunion, la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique étaient devenues juridiquement des départements français. Cependant les protections sociales y restaient inexistantes ; les maladies, la malnutrition, la misère y régnaient. A partir de la grande grève de 1953, chaque avancée vers « l’égalité réelle » fut gagnée par des luttes, souvent sanglantes, avant d’atteindre une presque égalité – malgré encore bien des séquelles tenaces du colonialisme. Un processus de même type s’est enclenché à Mayotte à partir de 1993.

Après la grève des lycéens de 1984 pour de meilleures conditions d’éducation, ce fut la grève générale de 1993 pour une hausse du salaire minimum ; puis un mois de grève en 2003 contre la réforme des retraites, mais aussi pour l’avenir de l’école ; en 2007, une grève de quatre mois des instituteurs pour ne pas restés bloqués dans une fonction publique au rabais ; en 2008, une grève illimitée dans la santé pour l’intégration dans la fonction publique ; en 2009, des manifestations contre la hausse du coût de la vie à Petite-Terre (la plus petite île de Mayotte) ; en 2011, quatre semaines de grève générale contre la vie chère. A chaque fois, avec de violents affrontements. Enfin, en octobre-novembre 2015 a débuté une nouvelle lutte pour « l’égalité réelle et la justice », pour l’application immédiate et intégrale à Mayotte du Code du travail et des conventions collectives de la métropole, l’alignement immédiat des pensions et prestations sociales au niveau de la métropole.

Un moment interrompu, le mouvement a redémarré les 30 et 31 mars 2016, en même temps qu’en France ou à la Réunion contre la loi El Khomri, toujours pour « l’égalité réelle » mais aussi contre la loi travail. Le 16 avril, dans un climat d’affrontements entre jeunes et gendarmes et de grosse pression médiatique contre les « violences », le mouvement a été suspendu par l’intersyndicale, malgré l’opposition de la base ; les avantages des fonctionnaires expatriés sont maintenus mais pour les autres, il n’y a que des promesses et un agenda de négociations : « rien », disait la majorité des grévistes.

Comme rien n’est réglé et au vu des luttes passées, on peut être sûr que le 16 avril 2016 n’est pas la fin d’une lutte mais seulement une étape dans un mouvement qui se cherche une direction – dans les deux sens du terme –, entre une mobilisation commune pour « l’égalité réelle » restant dirigée par les notables et un combat de classe où « l’égalité réelle » serait définie par les plus pauvres et la lutte dirigée par ces derniers.


Jacques Chastaing

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Une tumultueuse terre de culture et d’histoire

Située dans l’archipel des Comores qui comporte quatre îles principales (Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande Comore), entre l’Afrique et Madagascar, Mayotte est elle-même constituée de deux îles. Sa population est officiellement d’un peu plus de 220 000 habitants. Vieille terre de culture et d’histoire, c’est un carrefour de civilisations, au croisement des cultures malayo-polynésienne d’Indonésie, africaine – bantoue et swahili –, malgache, arabe et française.

La majorité de la population parle une langue d’origine africaine, le shimaoré ; un tiers ou plus parle un ou des dialectes malgaches, dont le shibouski. A côté d’une écriture comorienne réservée aux textes religieux ou littéraires, l’arabe a été longtemps la seule langue écrite pour l’administration ; le shimaoré comporte ainsi une syntaxe et de nombreux mots arabes. Enfin, le français, qui demeure une langue d’importation, est aujourd’hui utilisé à l’école et dans l’administration, sans qu’il existe une langue créole.

Jusqu’aux années 1990, la population a toujours eu l’habitude de se déplacer sans restrictions d’une île à l’autre dans des Comores qui ont une forte unité linguistique, culturelle et historique. Aujourd’hui, bien des familles se retrouvent divisées entre les différentes îles.

La majorité des habitants est musulmane sunnite, shaféite et confrérique : un islam très tolérant. Une partie de la population est animiste et de tradition matriarcale polyandre ou polygame. Il n’y a pas de femmes voilées à Mayotte. Le droit islamique, en perdition, est du ressort de 22 « cadis » salariés par le conseil général. L’école coranique encore présente s’efface peu à peu. La polygamie est en voie de disparition chez les nouvelles générations nées après 1985, où elle est interdite.

Les Comores ont longtemps été un des pivots du trafic négrier. Les sultans comoriens allaient chercher des esclaves sur la côte africaine, avant de les revendre à des européens ou des arabes, à destination surtout du Proche-Orient. Le sultan qui régnait sur Mayotte, vassal de son voisin d’Anjouan (les Comores étaient en voie d’unification sous l’autorité de l’Etat d’Anjouan) mais en conflit avec lui, appela la France à son secours en 1841 et lui vendit l’île.

L’archipel devint protectorat français en 1887, sauf Mayotte qui resta colonie. L’esclavage y fut aboli en 1848 alors qu’il ne l’était pas dans les sultanats des Comores sous protectorat. Mayotte fut plus imprégnée par la présence française que les trois autres îles, avec une administration d’expatriés et des colons venus de La Réunion, sans qu’apparaisse pour autant une société créole. Après la fin du trafic négrier, les Comores surpeuplées, sans ressources, éloignées des grandes routes maritimes, n’intéressèrent plus guère l’administration coloniale française.

La production agricole ou aquacole est aujourd’hui vivrière à 60 % ; les exportations, vanille, parfum dérivé de l’ylang-ylang, sont faibles ; l’économie, de type colonial, vit de la commande publique et de la consommation privée autour du BTP et du commerce.

Mais tout pourrait changer avec l’exploitation pétrolière sur la zone des « îles éparses ». C’est ce qu’espèrent les notables qui poussent pour cela à la transformation de l’île en zone franche, sans taxes pour les patrons et sans droits pour les travailleurs, avec peut-être, à partir de là, l’idée de l’indépendance.

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Luttes sociales et question migratoire

En 1993, une importante grève générale pour l’augmentation du salaire minimum fit peur aux leaders politiques mahorais qui agitèrent alors le chiffon rouge de l’immigration, devenue l’explication de tous les maux. Ils réclamèrent la mise en place d’un visa entre Mayotte et les autres îles. En 1995, Balladur l’instaura pour tout Comorien souhaitant se rendre à Mayotte. Un trajet devenu depuis très difficile, même si la progression – même relative – du niveau de vie à Mayotte et la crise sécessionniste de 1997 à Mohéli et surtout Anjouan ont conduit à une multiplication des départs. Selon les autorités comoriennes, on compte 20 000 morts de 1995 à 2015 pour la traversée maritime du « canal de la mort ».

La population de Mayotte est passée de 40 000 habitants en 1975 à officiellement 220 000 en 2016 – mais probablement 350 000, si ce n’est 500 000. Les migrants clandestins, qui selon la législation internationale sont à Mayotte dans leur pays, représentent désormais presque la moitié de la population. En 2005 Sarkozy, en pleine période « kärcher », a déclenché une chasse aux sans-papiers à Mayotte, avec 13 253 expulsions en 2006. Le chiffre n’a fait qu’augmenter depuis. De plus, beaucoup de migrants arrivés avant 1995 n’ont jamais demandé de titre de séjour puisqu’il n’y en avait pas besoin et sont donc aujourd’hui « sans papiers ». Tout le monde héberge des clandestins qui travaillent, cultivent les terres, etc.

Les plus grands bidonvilles de l’Etat français ont alors surgi, sans eau ni électricité, avec le règne des maladies et de la malnutrition, des bandes d’enfants abandonnés, d’autant que l’Etat français se met à chasser les Mahorais des bandes côtières où ils habitent majoritairement, sous prétexte de protection du littoral.

Mayotte est ainsi devenue une des pires sociétés coloniales. La moitié des Mahorais vit avec moins de 348 euros par mois, 82 % de la population se trouve sous le seuil officiel de pauvreté, avec le coût de la vie le plus élevé de tous les territoires français. Le taux de chômage est de 20 % (46,5 % pour les jeunes), sans compter les clandestins ; le taux d’illettrisme bat des records ; les services publics sont insuffisants et dégradés – tout cela, sur un territoire où 50 % de la population a moins de 20 ans.

Face à cette situation explosive, les autorités et les partis qui ont suscité à partir de 1993 la peur du migrant, la cultivent en mettant en avant la délinquance, comme dérivatif social et pour séparer blancs et noirs. Aussi voit-on souvent des Mahorais qui réclament le renvoi des sans-papiers. Mais bien des manifestants hébergent eux-mêmes des clandestins. Ainsi se créent des milices (de mamans) de protection des villages, dont la lutte contre l’insécurité évolue souvent vers une mobilisation pour plus d’écoles, d’hôpitaux, de MJC, de restaurants populaires pour les enfants pauvres, etc.

J.C.


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Messagede bipbip » 23 Mar 2018, 21:50

Projection débat « Bengal Shadows »

Les Ombres du Bengale

Documentaire sur la famine de 1943 au Bengale

Paris dimanche 25 mars 2018
à 19h, Le Saint Sauveur, 11 rue des Panoyeaux

Projection publique & Rencontre-débat avec Joy Banerjee et Mogniss H. Abdallah

animé par Mouloud Weber (Tout au fond près du radiateur, émission sur Radio FPP)

plus de 3 millions de morts - et sur la responsabilité du pouvoir colonial britannique, alors dirigé par un Winston Churchill aux relents racistes, en particulier à l'égard des Indiens.

En 1943, au Bengale, va se dérouler l'un des épisodes les plus sombres, mais méconnu, du front oriental de la seconde guerre mondiale : à Calcutta, capitale jusqu'en 1911 de l'Inde (colonisée depuis le milieu du XVIIIème siècle par les Britanniques), des dizaines de milliers de paysans vont mourir de faim sur les trottoirs de la ville. Dans les campagnes, sévit une terrible famine. Au total cette année -là, au Bengale occidental et dans l'actuel Bangladesh, entre 3 et 5 millions de personnes ont été emportées par une famine qui d'après de nombreux historiens anglais et indiens aurait pu être évitée.

Ce drame va naître d'un enchainement d'événements suite au déclenchement de la seconde guerre mondiale. Les Anglais recrutent massivement des soldats indiens. 200 000 avant la guerre, ils seront bientôt deux millions et demi, envoyés sur différents fronts, dans le nord de l'Inde, au Moyen-Orient et jusqu'en Europe. Avec les millions de soldats indiens et britanniques à nourrir et l'effort de guerre à soutenir, la pression sur les ressources de la colonie devient très forte et la situation alimentaire commence à se dégrader...

Après l'attaque surprise de Pearl-Harbour, l'armée japonaise cumule les victoires militaires (Philippines, Malaisie, Singapour…) et se rapproche des frontières de l'Inde, tandis que le mouvement « Quit India », lancé par Gandhi et le parti du Congrès réclame l'indépendance immédiate. Un autre leader nationaliste, plus radical que Gandhi et des membres du Congrès, va prendre les armes et menacer directement les Anglais : Netaji Subhas Chandra Bose.

Ce Bengali décide de partir en exil pour combattre les Anglais et, pour cela, va même aller chercher du soutien auprès des Allemands et leurs alliés japonais.

Depuis leur cabinet de guerre, le premier ministre Winston Churchill et plusieurs de ses conseillers ordonnent de mettre en œuvre une politique de la terre brûlée au Bengale qui va jouer un rôle important dans le déclenchement de la famine. Cette politique va toucher tout le Bengale rural. La région de Midnapur, située à une centaine de kilomètres de Calcutta, a été particulièrement visée, car la révolte contre les Anglais y était forte et parce qu'elle est située au bord de l'océan indien et donc vulnérable en cas de débarquement japonais. Des bateaux indiens sont confisqués ou détruits, l'infrastructure des transports démantelée : deux tiers des 66000 bateaux enregistrés au Bengale ont été rendus inutilisables. A cela, il faut ajouter les conséquences du cyclone d'octobre 1942, qui a tué plus de 40 000 personnes, détruit les récoltes et le bétail des régions côtières, et a laissé des centaines de milliers de personnes sans abri et sans nourriture…

Devant l'ampleur de la catastrophe qui commence à s'ébruiter à travers le monde, une aide internationale arrive petit à petit vers la fin de l'année 1943. Très tard et de façon trop insuffisante, d'autant que les Britanniques réquisitionnent d'abord navires et cargaisons pour approvisionner en priorité l'Angleterre et ses alliés. « Britannia rules the waves » s'enorgueillit l'hymne impérial. Derrière la figure héroïque du « lion » indomptable, Winston Churchill apparaît ainsi sous un jour moins glorieux dans sa conduite envers les Indiens, ces « 300 millions de primitifs » qui « se reproduisent comme des lapins », sous-entendant qu'ils seraient ainsi eux-mêmes responsables de la famine.

Le cynisme de Churchill, ses propos racistes, retiendront l'attention d'historiens, anglais ou indiens. Dans son livre « Churchill's Empire » (Macmillan 2010), Richard Toye, de l'université d'Exeter en Angleterre, rappelle la propension de Churchill à animaliser les populations indigènes tout au long de sa gouvernance coloniale : « Je hais les Indiens. Ils constituent un peuple bestial avec une religion bestiale », a-t-il ainsi déclaré. Irlandais, Kurdes, Soudanais, Mau-Mau au Kenya, mais aussi résistants communistes grecs, ont également été confrontés à sa brutalité impériale.

En 2010, la chercheuse Madhusree Mukerjee publie « Churchill's Secret War. The British Empire and the Ravaging of India during World War II », un livre de référence sur cette famine de 1943 au Bengale, qui sortira en français sous le titre « Le Crime du Bengale - La part d'ombre de Winston Churchill ( Ed. Les Nuits rouges, 2015). Son expertise constitue un des fils conducteurs du documentaire Bengal Shadows / Les Ombres du Bengale. D'autres historiens indiens, tels que Rudranshu Mukerjee, Shusnata Das ou Subhir Sinha (SOAS - Londres), apportent leur éclairage sur la politique coloniale de Churchill, qui s'est malheureusement aussi appuyé sur quelques négociants véreux et collabos bengalis qui ont réalisé des profits pendant la famine.

Les réalisateurs Joy Banerjee et Partho Bhattacharya - vivant en France - ont aussi recueilli sur place des témoignages exclusifs, poignants, de personnages aujourd'hui âgés qui ont vécu ces événements dramatiques. 70 ans après l'indépendance de l'Inde, la mémoire de Jhorna Bhattacharya, militante communiste, de Chitta kumar Samonta, ancien combattant, ne s'est pas dissipée. Elle reste intacte, précise.

Des œuvres d'artistes, tels les dessins de Chittoprosad Bhattacharya, les peintures de Zainul Abedeen, ou encore « Distant Thunder (Tonnerre Lointain) », film de Satyajit Ray avec l'acteur Soumitra Chatterjee qui témoigne dans le documentaire, ou encore des chansons telles que « Dhakar Daak », contribuent à leur manière au renouveau d'une mémoire collective qui s'inspire encore de la famine du Bengale en 1943.

Aujourd'hui, des universitaires, des militants ou des hommes politiques indiens comme Shashi Tahroor, auteur du livre « Inglorious Empire - What the British did to India » (Hurst & Co - 2017), réclament réparation. Leurs recherches sur une « man-made » famine, littéralement « fabriquée par l'homme », peuvent aussi alerter sur ce qui se passe ailleurs dans le monde aujourd'hui-même, comme par exemple au Yémen où des millions de personnes subissent actuellement maladies et famine, conséquences directes du blocus militaire et de la guerre menée par le pouvoir saoudien avec le consentement des anciennes puissances coloniales.

Bande-annonce de « Les Ombres du Bengale » en VF :
https://www.facebook.com/BengalShadows/ ... 937021830/

Version courte de « Bengal Shadows » en version anglaise, avec une introduction de Tariq Ali, dans le cadre de l'émission « The World today with Tariq Ali » :
https://www.youtube.com/watch?v=K-h7jW6 ... e=youtu.be

Page Facebook pour « Les Ombres du Bengale » :
https://www.facebook.com/BengalShadows/

Entretien avec le réalisateur Joy Banerjee, diffusé le 9 mars 2018 sur Radio FPP, dans l'émission Frontline, et disponible en ligne :
http://www.bboykonsian.com/Emission-Fro ... a3932.html

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Messagede bipbip » 08 Avr 2018, 01:35

Dulcie September, l’enquête inaboutie

Apartheid. La représentante de l’ANC en France a été assassinée à Paris le 29 mars 1988. Son combat et ses investigations sur les ventes d’armes au régime d’apartheid ont scellé son destin.

Mardi 29 mars 1988. Comme chaque matin, la représentante du Congrès national africain (ANC) en France, Dulcie September, quitte son domicile d’Arcueil, dans le Val-de-Marne. Elle se rend à son bureau, rue des Petites-Écuries, sis dans le 10e arrondissement parisien. Alors qu’elle se trouve dans le couloir de l’immeuble, avant même d’avoir eu le temps d’ouvrir la porte, elle est abattue à bout portant, dans le dos, de cinq balles de revolvers calibre .22, munis de silencieux. Qui a tiré ? Si l’on en croit les révélations d’Eugène De Kock – le sinistre chef de la Vlakplaas, les escadrons de la mort sud-africains – faites en avril 1998 devant la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), les tueurs étaient des membres de la garde présidentielle des Comores, et l’un d’entre eux se nommerait Jean-Paul Guerrier. Ce dernier a été arrêté et inculpé en France, en 1996, en même temps que le Français Bob Denard – l’homme des réseaux mercenaires en Afrique et des coups d’État – pour l’assassinat du président Abdallah aux Comores. De son côté, l’ancien chef des services de renseignements militaires sud-africains, Christoffel Nel, a redit devant la TRC, qu’il n’avait « aucun doute » sur le fait que l’assassinat de Dulcie September relevait d’une opération de l’armée sud-africaine, tout en notant qu’il serait « aberrant » que les tireurs aient été sud-africains, estimant que, si le dossier était révélé, on trouverait plutôt « un membre de la Légion étrangère ou quelque chose de cet ordre ». Jusqu’à aujourd’hui, aucun procès n’a eu lieu.

Inquiète des accointances du pouvoir français avec celui d’Afrique du Sud

Née à Athlone, une banlieue du Cap, en 1935, Dulcie September est d’abord enseignante mais rejoint très vite les mouvements de lutte (1). Elle est arrêtée en 1963 et ne sortira de prison qu’en 1969. Elle décide alors de s’exiler. À Londres, elle rejoint l’ANC. Jusqu’à sa nomination, en 1983, comme représentante de l’ANC pour la France, la Suisse et le Luxembourg, poste qu’elle occupera à plein temps à Paris, à partir de 1986. L’année est importante. C’est celle de la première cohabitation entre François Mitterrand, président socialiste, et le premier ministre, de droite, Jacques Chirac, qui durera jusqu’en mai 1988. Entre ces deux dates, Dulcie September va poursuivre son travail opiniâtre de militante anti-apartheid qu’elle a toujours été, notamment pour faire respecter les sanctions (pétrole et vente d’armes, entre autres) décrétées par l’ONU et allègrement contournées par de nombreux pays.

Ce travail, elle va le poursuivre dans plusieurs directions. D’abord en parcourant la France, répondant aux multiples invitations d’associations – l’Afaspa, les Rencontres nationales contre l’apartheid, le Mouvement anti-apartheid mais aussi le Parti communiste français (PCF), dont les élus et les structures militantes, dont l’Humanité à cette époque, se mettent à la disposition de Dulcie September et de la lutte pour la chute du régime raciste. Parallèlement, elle s’inquiète des accointances du pouvoir français avec celui d’Afrique du Sud. Notamment à travers les agissements de l’Armscor, organisme sud-africain chargé des programmes d’armement, dont l’adresse à Paris n’était autre que celle de l’ambassade d’Afrique du Sud. Une présence non officielle, mais qui pourrait penser que les services de renseignements français n’étaient pas au courant ? « Dulcie September s’intéressait de trop près au commerce des armes, entre Paris et Pretoria », expliquait, en 1997, Peter Hermes, directeur de l’Institut néerlandais pour l’Afrique australe. Il affirme par ailleurs que « les services secrets français n’ont pas participé directement à l’assassinat de Dulcie September, mais ils étaient au courant de sa préparation ». On sait maintenant que des réunions ont eu lieu entre les renseignements militaires sud-africains et la DGSE, qu’on y a parlé vente de Mirage, de missiles, d’hélicoptères. Et que ces conversations ont abouti à des contrats secrets. L’Élysée comme Matignon ne pouvaient pas ne pas être au courant. Il semble évident que, parmi les intermédiaires, ils avaient, l’un et l’autre, leurs affidés politiques, intermédiaires financiers avec les entreprises d’armement.

Il semble par exemple – selon la journaliste néerlandaise Evelyn Groenink (2) – qu’elle se soit également inquiétée de l’attitude de certains hauts cadres de l’ANC qui, déjà, mettaient leurs mains dans ce juteux commerce des armes, en préparant les lendemains de l’apartheid. Thales est ainsi impliqué dans des affaires de pots-de-vin qui auraient été versés à Jacob Zuma. Notre consœur cite des faits et des déclarations troublants, et relie ces affaires d’armement y compris à l’assassinat, en 1993, de Chris Hani, secrétaire général du PC et chef de la branche armée de l’ANC, en lutte contre la corruption.

Dulcie September dérangeait. Elle le savait comme elle se savait menacée, sans recevoir de protection de la France. Portes fracturées, locaux de la rue des Petites-Écuries visités, inconnus qui la prennent en photo en se dissimulant… À sa mort, la police française a saisi tous les documents. Elle les a rendus depuis. Tous, sauf le carnet dans lequel Dulcie September inscrivait ses notes et ses rendez-vous. Un crime politique de plus non élucidé.

Pierre Barbancey

(1) Lire Dulcie September, de Jacqueline Derens, éditions Non Lieu. (2) Incorruptible. The Story of the Murders of Dulcie September, Anton Lubowski and Chris Hani.


https://www.humanite.fr/dulcie-septembe ... tie-652845
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede Pïérô » 19 Avr 2018, 18:35

Lancement de la campagne « Faidherbe doit tomber ! »

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Pourquoi s’attaquer aujourd’hui à Louis Faidherbe ? Pour une raison simple : parce que les monuments, les bâtiments et les rues qui lui rendent hommage, célèbrent – sans toujours le dire ouvertement – le projet colonial auquel il a consacré sa vie. Si l’homme Faidherbe appartient indéniablement au passé, ses idéaux polluent encore notre présent. La célébration perpétuelle que nous imposent ces statues et ces rues prouve que l’idéologie coloniale reste bien vivace.

Faidherbe n’était pas un agent parmi d’autres du colonialisme français. Il en fut un précurseur, un théoricien et un propagandiste. Il a même fini par en devenir un symbole.

Deux cents ans après la naissance de Faidherbe, qui vit le jour à Lille en 1818, et quarante ans après le « jumelage » entre les municipalités de Lille et de Saint-Louis du Sénégal, scellé en 1978, il est temps de connaître les autres facettes de ce douteux personnage, que certains décrivent comme le « père de l’impérialisme français [1]

C’est la raison d’être de cette campagne « Faidherbe doit tomber ! » lancée mardi 10 avril à Lille à l’initiative de Survie, via son groupe local Survie Nord, en partenariat avec :
• l’Atelier d’histoire critique,
• le Collectif Afrique (à Lille),
• le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP),
• le Collectif sénégalais contre la célébration de Faidherbe.

Retrouvez plus d’infos sur faidherbedoittomber.org et, sur Twitter, suivez @ABasFaidherbe

[1] C’est le cas par exemple du général Maurice Faivre dans un texte publié en janvier 2011 sur le site « Études coloniales ».

Dossier de présentation de la campagne « Faidherbe doit tomber ! » :
https://survie.org/IMG/pdf/dossier_faid ... l_2018.pdf

https://survie.org/l-association/mob/ar ... oit-tomber
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 30 Avr 2018, 17:01

Cameroun 1948 : l’indépendantisme de l’UPC écrasé par la Françafrique

Thomas Deltombe (journaliste) : Cameroun 1948 : l’indépendantisme de l’UPC écrasé par la Françafrique

Le 10 avril 1948, dans un bar de Douala, la plus grande ville du Cameroun, douze militants fondent l’Union des populations du Cameroun (UPC) qui devient rapidement la principale force d’opposition au pouvoir colonial français. La répression se transforme en guerre secrète et fait émerger un modèle néocolonial analysé par Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa dans La Guerre du Cameroun. L’invention de la Françafrique (La Découverte, 2016).

Alternative libertaire : Qu’est-ce que l’Union des populations du Cameroun ?

Thomas Deltombe : L’UPC est un mouvement politique fondé en 1948 qui réclamait l’indépendance du Cameroun, l’unification des Cameroun français et britannique, l’« élévation des standards de vie ». Ces trois mots d’ordre n’étaient rien d’autres que la reformulation des promesses faites à la fin de la Seconde Guerre mondiale par des puissances qui administraient l’ancien « Kamerun » allemand : la France et la Grande-Bretagne.

En effet, depuis 1919, le Cameroun n’était plus une colonie allemande mais un territoire international, sous tutelle de la SDN puis de l’ONU (comme le Togo ou le Rwanda par exemple). Territoire retiré aux Allemands après la Première Guerre mondiale, l’ancien Kamerun a été coupé en deux et confié à l’administration française (4/5e du territoire) et britannique (1/5e). Cette particularité juridique est fondamentale pour comprendre la suite.

Les UPCistes – qui viennent presque tous du syndicalisme – demandaient finalement ce qui avait été promis aux Camerounais dans les « accords de tutelle » signés en 1946 par Paris et Londres en échange de la prolongation de leur « mission » tutélaire sur le pays. Dans ces accords, figuraient la notion d’« autogouvernement ou indépendance » à laquelle les puissances tutélaires promettaient d’amener leurs administrés camerounais. La notion d’« élévation des standards de vie » provenait quant à elle d’une promesse faite par De Gaulle à la conférence de Brazzaville (1944). Bref, l’UPC demandait simplement l’application des promesses.

En 1948, l’UPC est de taille modeste. Mais ses mots d’ordre, son organisation, le charisme de ses dirigeants lui permettent de devenir rapidement très populaire. En quelques années, l’UPC devient le premier mouvement politique sur le territoire du Cameroun français. Il est implanté dans la plupart des régions, à la différence des autres mouvements qui sont souvent régionaux, pour ne pas dire ethniques. Les foules sont de plus en plus nombreuses à venir écouter les leaders UPCistes.

Les archives montrent que l’administration française s’inquiète rapidement de la montée en puissance de l’UPC. Et cela d’autant plus que ce mouvement a des connections internationales : il est au départ la branche camerounaise du Rassemblement démocratique africain (RDA), le parti « interterritorial » de Félix Houphouët-Boigny, et entretient des relations avec différents mouvements anticolonialistes dans le monde.

Est-ce que l’UPC a des liens avec le bloc soviétique ou les partis communistes ?

Thomas Deltombe : Il y a eu beaucoup de débats sur ce point. Dès sa naissance, l’UPC, créée par des syndicalistes, entretient des relations avec la CGT française, qui a activement cherché à s’implanter dans les territoires colonisés. Si cette genèse a servi de prétexte à l’administration pour accuser l’UPC de « communisme », la direction de l’UPC a très clairement affirmée que le mouvement était « nationaliste » et rien d’autre – donc « ni communiste ni anticommuniste ». Et cela est exact, dans un premier temps, l’UPC accueillant des gens d’horizons sociopolitiques très variés : chrétiens, musulmans, staliniens, paysans, anciens combattants, chefs traditionnels, etc.

Les affiliations idéologiques vont évoluer par la suite, la répression française provoquant des scissions internes au sein de l’UPC et incitant certains de ses dirigeants à chercher des appuis extérieurs : dans le bloc communiste (soviétiques, chinois) parfois, mais surtout dans les pays africains indépendants (Égypte, Ghana, Guinée, Algérie, etc.). En pleine guerre froide, les Français clameront partout que l’UPC est une organisation « communiste » pilotée par Moscou ou Pékin pour tenter de la discréditer aux yeux de ses alliés occidentaux et de justifier son action répressive.

La France réagit en mettant en place une stratégie de guerre secrète intense assez inédite.

Thomas Deltombe : L’intensité de la répression monte par paliers au cours des années 1950. Au départ, elle est plutôt sournoise : les Français mutent les petits fonctionnaires de l’UPC pour disperser les forces militantes, interdit aux dirigeants de faire des meetings, confisque leurs tracts, les traîne en justice sur des motifs bidons... Il s’agit en d’autres termes de la répression administrative habituelle d’une dictature coloniale.

Entre 1955 et 1957, les choses basculent : on entre dans une véritable guerre, en partie inédite, mais pas totalement. Les techniques sont celles de la « guerre contre-révolutionnaire » appliquées au même moment en Algérie et qui utilisent différents stratagèmes : assassinat ciblés des leaders nationalistes, torture systématique des « suspects », quadrillage territorial, regroupement de populations, action psychologique intensive, etc.

Comme Gabriel Périès, Matthieu Rigouste et quelques autres, nous nous sommes donc plongés dans ces techniques de guerre très spéciales qui s’attaquent directement au peuple et visent le contrôle total des individus (territorial, corporel, psychologique, etc.). Ce faisant nous avons découvert qu’elles avaient non seulement été utilisées contre les UPCistes passés à la résistance armée mais qu’elles avaient mutée en techniques de gouvernement au moment où le Cameroun devenait officiellement « indépendant », en 1960...

Quelle est la nature de cette « indépendance » octroyée au Cameroun le 1er janvier 1960 ?

Thomas Deltombe : Pour les Français, la guerre contre l’UPC et ses partisans doit permettre de rester souverain « en toute hypothèse de souveraineté ». L’idée, énoncée dès le milieu des années 1950, est la suivante : puisque nous avons promis l’« indépendance » en 1946, nous allons honorer cette promesse… mais en vidant ce terme de son contenu !

Pour prendre de court l’UPC, qui consolide sa guérilla, qui tisse des liens internationaux, qui est invitée à la tribune de l’ONU, les Français promettent donc l’« indépendance » au Cameroun et la confie autoritairement à des Camerounais qui ne l’ont jamais demandée. La phrase que Pierre Messmer, haut commissaire de la France au Cameroun entre 1956 et 1958, utilise dans ses Mémoires est assez claire : « La France accordera l’indépendance à ceux qui la réclamaient le moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui l’a réclamaient avec le plus d’intransigeance. » La guerre du Cameroun est l’histoire de cette « liquidation ».

Et c’est dans cette guerre que sont forgés les armes et les rouages de la mécanique néocoloniale. Tout le processus, de 1955 à 1964, consiste à créer une façade d’indépendance : on installe un président, Ahmadou Ahidjo, qui dispose sur le papier des instruments de la souveraineté nationale. Mais cette dernière est minée en coulisse par la France qui, grâce à une série d’accords bilatéraux, pour certains secrets, conserve la haute main sur la diplomatie, le commerce, la politique monétaire et, bien sûr, sur tous les instruments de répression (police, armée, services secrets, etc.) qui ont été créés au cours de la guerre « contre-subversive » contre l’UPC et ses « soutiens potentiels » (c’est-à-dire une grande partie de la population !). La guerre, devenue permanente et généralisée, mute progressivement en dictature : la France a fait de l’État camerounais une machine de guerre contre-subversive dont le but était – et est toujours – d’écraser tous les potentiels opposants à l’ordre néocolonial.

Et le maintien de cette dictature actuellement explique-t-elle le silence sur cette période ?

Thomas Deltombe : Le pouvoir installé au Cameroun au début des années 1960, et dont le régime actuel est l’héritier, sait qu’il est illégitime. Dès les années 1960, et avec le soutien actif de la France, les dirigeants camerounais ont donc interdit tout ce qui pouvait rappeler au peuple cette illégitimité. Cela explique pourquoi la guerre a revêtu un très fort caractère « psychologique ». À mesure que les UPCistes perdaient du terrain, au cours des années 1960, en raison de la répression, le concept de « subversion » s’est élargi : toute personne qui ne clamait pas avec assez de conviction sa totale allégeance au régime d’Ahidjo, érigé en « père de la nation » et appuyé à partir de 1966 sur un parti unique, devenait « subversif ». En vingt ans, le pays à qui l’on promettait en 1946 l’« indépendance » est ainsi devenu une implacable dictature pro-française.

Mais il y a plus. Du fait de son statut juridique particulier et du « succès » de la répression, le Cameroun devient à la même période, du point de vue des dirigeants parisiens, un « modèle à suivre » que les Français dupliqueront dans les autres colonies devenues « indépendantes ». Le Cameroun, premier pays dont l’« indépendance » a permis de prolonger la mainmise de la France, fait alors figure de laboratoire de ce qu’on appellera plus tard la Françafrique.

Les choses ont certes évolué depuis les années 1960. Mais le régime de Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982 et héritier direct d’Ahidjo, est toujours là. Si le régime à parti unique a été supprimé dans les années 1990, le même parti reste toujours au pouvoir et une répression multiforme s’abat quotidiennement sur le peuple camerounais. Sous le regard faussement gêné mais vraiment complaisant des autorités françaises.

Propos recueillis par Renaud (AL Strasbourg)

• Thomas Deltombe, La Guerre du Cameroun. L’invention de la Françafrique, La Découverte, 2016.


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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 02 Mai 2018, 14:06

Présentation de
« L'encyclopédie de la colonisation française »

Paris jeudi 3 mai 2018
à 18h30, Centre culturel algérien, 171 rue de la Croix Nivert

Rencontre avec l'historien Alain Ruscio autour de "Encyclopédie de la Colonisation française (Ed: Les Indes Savantes)
Avec la participation de Patrice Morlat, historien, spécialiste de l'Indochine à l'époque coloniale

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Le projet Encyclopédie de la Colonisation française est vaste, avec plus de 2.000 entrées à ce jour, de Abandon à Zouave(s). Il n'a - évidemment et heureusement - pas la prétention de se substituer à la riche bibliographie qui existe, mais plutôt de mettre en perspective cette immense somme. Il s'agit de la rédaction, par une équipe de chercheurs, d'un ouvrage de très grandes dimensions, par entrées thématiques. À ce jour, plus d'une centaine d'auteurs ont rédigé des notices. Ils sont issus de la France hexagonale, mais aussi des territoires d'outre-mer, des anciennes colonies, des États-Unis, du Royaume-Uni, de Belgique, du Canada, etc. Ce sont des chercheurs confirmés, professeurs d'université, auteurs d'études faisant autorité, mais aussi de jeunes docteurs ou doctorants, traitant des thèmes ayant fait l'objet de leurs travaux récents. (Par Alain Ruscio)

https://paris.demosphere.eu/rv/61966


Colloque
Massacres coloniaux : Indochine, Algérie, Palestine, Antilles

Nanterre (92) jeudi 3 mai 2018
à 19h, L'Agora, 20 rue de Stalingrad

Connaître l'histoire pour comprendre l'enjeu d'aujourd'hui

Avec :
• Alain Ruscio - Historien (sous réserve)
• Alima Thiery Boumediene - Avocate, Ancienne Parlementaire
• Olivier Le Cour Grandmaison - Historien
• François-Xavier Guillerm - Journaliste France Antilles

Entrée libre

https://paris.demosphere.eu/rv/61406

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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 06 Mai 2018, 17:24

Assassinat d'Henri Curiel: la famille demande la réouverture de l'enquête

La famille d'Henri Curiel, assassiné en 1978 en plein Paris, a déposé plainte pour demander la réouverture de l'enquête sur cet assassinat non élucidé.

"Nous avons déposé plainte avec constitution de partie civile vendredi", a indiqué l'avocat de la famille, Me Bourdon. "Il est difficile d'imaginer que de nouvelles investigations ne soient pas entreprises après les révélations du livre "Le roman vrai d'un fasciste français", a-t-il ajouté.

Dans cet ouvrage, paru en mai, René Resciniti de Says, membre de l'Action française décédé en 2012, revendique l'assassinat du militant d'extrême gauche Pierre Goldman et celui d'Henri Curiel. Selon ce témoignage posthume, recueilli par le journaliste Christian Rol, René Resciniti de Says aurait agi sur ordre de Pierre Debizet, patron du SAC, le service d'ordre du parti gaulliste. "Ce témoignage déterminant rend indispensable la réouverture de l'enquête", a souligné Me Bourdon. "Il y a des personnes qui sont encore vivantes dans l'entourage de celui qui s'auto-désigne comme l'assassin", a-t-il relevé.

Le 4 mai 1978, Henri Curiel est assassiné à la sortie de son domicile par deux hommes armés. L'assassinat est revendiqué par un mystérieux groupe d'extrême-droite "Delta", mais les auteurs ne seront jamais identifiés. Conclue par un non-lieu en 1992, puis rouverte dans les années 2000 sur la base de nouveaux témoignages, l'enquête a été une nouvelle fois classée sans suite en 2009.

Né en 1914 au Caire, Henri Curiel a soutenu le FLN pendant la guerre d'Algérie en rejoignant le réseau fondé par Francis Jeanson, "Les porteurs de valise". Arrêté en 1960, puis libéré après la signature des accords d'Évian, il fut l'une des chevilles ouvrières des mouvements de libération des années 1960 et 1970 en Afrique, Asie et Amérique latine.


https://www.humanite.fr/assassinat-dhen ... ete-587847


Colonialisme. Moi, Henri Curiel, juif et communiste, tué le 4 mai 1978
Le militant anticolonial a été assassiné en plein Paris. Un meurtre jamais élucidé. Le dossier est rouvert à la suite des révélations d’un fasciste français quant à son implication.
Paris, 4 mai 1978, il est 14 heures. Tout est calme, c’est le jeudi de l’Ascension. Dans l’immeuble du 4, rue Rollin, dans le 5e arrondissement, le bruit mécanique d’un ascenseur en mouvement brise le silence. Il descend. À l’intérieur, Henri Curiel, communiste, militant de la cause internationaliste et anticoloniale.
... https://www.humanite.fr/colonialisme-mo ... 978-654858
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 27 Mai 2018, 19:00

Ciné-rencontre CONG BINH, LA LONGUE NUIT INDOCHINOISE

Angers jeudi 31 mai 2018
à 20h, Cinéma les 400 coups, 12 rue Claveau

Documentaire de Lam Lê
FRANCE - 2012 - 1h56

En présence de Béatrice Nguyen Van, fille de travailleurs indochinois

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, 20 000 Vietnamiens étaient recrutés de force dans l'Indochine française pour venir suppléer dans les usines d'armement les ouvriers français partis sur le front allemand. Pris à tort pour des soldats, bloqués en France après la défaite de 1940, livrés à la merci des occupants allemands et des patrons collabos, ces ouvriers civils appelés Cong Binh menaient une vie de parias sous l'Occupation. Ils étaient les pionniers de la culture du riz en Camargue. Considérés injustement comme des traîtres au Viet Nam, ils étaient pourtant tous derrière Ho Chi Minh pour l'Indépendance du pays en 1945.
Le film a retrouvé une vingtaine de survivants au Viet Nam et en France. Cinq sont décédés pendant le montage du film. Ils racontent aujourd'hui le colonialisme vécu au quotidien et témoignent de opprobre qui a touché même leurs enfants. Une page de l'histoire entre la France et le Viet Nam honteusement occultée de la mémoire collective.

http://www.les400coups.org/evenements.php?soiree=1690
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