Histoire des Bourses du Travail et éducation populaire

Histoire des Bourses du Travail et éducation populaire

Messagede indignados » 09 Juin 2012, 18:09

FERNAND PELLOUTIER et les Bourses du Travail

Les rendez-vous du documentaire engagé
Politis et l'association Voir&Agir présentent

Mercredi 13 juin à 20 h

Centre Culturel/Cinéma de La Clef
21 rue de la Clef 75005 PARIS
M° Censier-Daubenton

FERNAND PELLOUTIER et les Bourses du Travail
Un film de Patrice SPADONI
2002, 59 mn

Fernand Pelloutier et les bourses du travail (début
http://www.dailymotion.com/video/x4di7e ... ses-d_news

Fernand Pelloutier - Wikipédia Fernand-Léonce Émile Pelloutier, né à Paris le 1er octobre 1867 et mort le 13 mars 1901 à Sèvres (Seine-et-Oise), est une des grandes figures du syndicalisme et de l'anarchisme français au XIXe siècle

Individu singulier, syndicaliste, poète et libertaire, Fernand Pelloutier fut l’un des principaux artisans d’une expérience hors du commun, celle des Bourses du Travail. Celles-ci furent à la fois des espaces de contre-pouvoir "préfigurant une autre société", des bureaux de placement, des foyers d’action culturelle et de formation professionnelle, et des lieux de solidarité concrète entre les salariés et les chômeurs.
Le film plonge le spectateur dans un XIXe siècle finissant, où le monde du travail invente de nouvelles utopies qui n'ont pas fini d'inspirer les débats d’aujourd’hui...

La projection sera suivie d’un débat animé par Antoine GIRARD avec Patrice SPADONI, réalisateur du film, et Boris MELLOW, militant syndicaliste et ancien chercheur sur l'histoire du syndicalisme français.

http://www.voiretagir.org/FERNAND-PELLO ... s,148.html

Libre participation aux frais.

N'hésitez pas à faire circuler !


Histoire du syndicalisme d'action directe - 1sur5
http://www.dailymotion.com/video/x7u06j ... ion-d_news

Combien de personnes savent que la C

Et pourtant, ils existent : Histoire du syndicalisme d’action directe
http://www.lacausedupeuple.com/luttes/2 ... on-directe
GT, quand elle s’est constituée, était différente des syndicats dits représentatifs actuels.
Entre 1895 et 1914, le syndicalisme révolutionnaire mise sur l’efficacité de la grève générale pour renverser d’un seul coup la démocratie bourgeoise et le régime capitaliste.
En 1906, la Charte d’Amiens est largement influencée par les partisans de l’action directe. Cette influence vient de la 1ere Internationale, de la Commune, de la Fédération des bourses du Travail lancée par Fernand Pelloutier et traversée par le courant anarcho-syndicaliste.
Cet héritage sera revendiqué par la CGT-SR de 1926 à 1939 et la CNT depuis 1946...

La Cause du Peuple - Vidéo 64mn 32


Histoire du syndicalisme d'action directe - 4sur5

El Cabrero Fragments du documentaire "vivir la utopia"
http://www.dailymotion.com/video/xda8d5 ... tai_music#

Manifestation d'y hier à aujourd'hui, révoution a aujourd'hui
http://www.dailymotion.com/video/x96c8c ... d-hu_news#


Hors contrôle - N'oublie pas
http://www.dailymotion.com/video/xcnzfq ... pas_music#
indignados
 
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Re: FERNAND PELLOUTIER et les Bourses du Travail

Messagede Flo » 10 Juin 2012, 16:02

Extrait du documentaire :

"La société à venir n'a pas d'autre choix que de reprendre et de développer les projets d'autogestion qui ont fondé sur l'autonomie des individus une quête d'harmonie où le bonheur de tous serait solidaire du bonheur de chacun". R. Vaneigem
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede bipbip » 23 Aoû 2013, 01:20

Histoire des Bourses du travail
Histoire des Bourses du travail

David. - (Lyon) 1997

Le syndicalisme français a gagné sa spécificité de structure et d’action avant 1914 au travers des Bourses du travail. Si les structures verticales telle les fédérations de métiers et d’industries, basées sur la solidarité ouvrière dans une même branche impulsent une lutte professionnelle à l’échelle du pays, les Bourses du travail ont apporté une double dimension au syndicalisme français par la constitution d’organismes horizontaux et territoriaux. Ces organismes sont alors porteurs d’un autre type de solidarité, dépassant les diversités de professions et de corporations, pour s’inscrire dans une solidarité de proximité géographique, "de classe" ou même d’aspiration à la transformation sociale. C’est bien à travers la solidarité interprofessionnelle que la conscience révolutionnaire est la plus apte à s’affirmer.

De plus, la finalité du projet des bourses était, en assurant la formation d’une classe ouvrière autonome, objectif contenu aussi dans les services qu’elles proposaient, d’être à la fois un outil d’émancipation intégrale des travailleurs et un instrument d’organisation de la société future. A travers les Bourses du travail et le modèle de syndicalisme qui y était développé, on peut apercevoir un modèle révolutionnaire complet basé sur un fondement socioprofessionnel et non idéologique, une tactique : l’action directe, une stratégie : la grève générale et des moyens d’action et d’organisation de la société à venir : la C.G.T. et la Fédération des bourses.

C.G.T. et Fédération des bourses du travail qui avaient d’ailleurs fusionné en 1902 lors du congrès de Montpellier, constituant ainsi une seule organisation centrale composée de deux sections, celle des fédérations de métiers et celle des Bourses du travail. N’oublions pas que, pour Fernand Pelloutier, secrétaire de la fédération de 1895 à sa mort en 1901 et l’un des principaux initiateurs de leur éclosion, les Bourses du travail apparaissent comme la synthèse du mouvement syndical, un instrument total de lutte, de l’organisation à la révolution en passant par l’éducation ouvrière.

Naissance, évolution et fonction des Bourses du travail Trois éléments semblent déterminer le phénomène national d’éclosion des bourses. Tout en étant un projet déjà ancien, avec la loi de 1884 autorisant les syndicats, un double processus va apparaître. D’une part cette décision s’inscrit dans les objectifs des gouvernements républicains de l’époque d’essayer d’attacher la classe ouvrière au régime par un certain nombre de lois à caractère social. D’autre part, c’est une réponse aux nombreuses pressions, au plan local, des travailleurs pour voir apparaître dans leur ville une telle institution afin d’obtenir des locaux pour se réunir, élaborer leurs revendications et organiser leurs actions. Enfin, syndicalistes comme élus républicains voient dans les Bourses du travail un remède au problème criant des bureaux de placement privés. La première Bourse du travail ouvre ses portes à Paris le 3 février 1887, suite à une décision du Conseil municipal. Rapidement celles-ci vont se développer sur tout le territoire et dix des quatorze bourses existantes en 1892 vont fonder à Saint-Étienne une fédération. Cette Fédération des bourses du travail accroît rapidement son influence sur le mouvement ouvrier aux dépends de la Fédération nationale des syndicats, seule autre organisation nationale, alors inféodée au parti guesdiste. L’entrée des anarchistes dans les syndicats, largement favorisée par des militants comme Fernand Pelloutier et Émile Pouget, trouve alors tout son écho au sein des structures locales et interprofessionnelles que sont les Bourses du travail.De la naissance de la Fédération des bourses du travail en 1892 jusqu’en 1906, le syndicalisme sera marqué d’une empreinte profonde par les anarchistes au travers d’un type d’action et d’une idéologie. Si le rôle premier d’une Bourse du travail, et sa justification au niveau des institutions, est son rôle dans l’organisation du placement des travailleurs par l’intermédiaire de ses bureaux de placement pour hommes et femmes, de nombreux autres services sont mis en place. Ces services peuvent varier d’une bourse à l’autre mais ils s’inscrivent tous dans la même démarche : répondre aux besoins de la population ouvrière tout en assurant son éducation primaire, professionnelle, sociale mais aussi socialiste.

Les Bourses du travail ont mis en place des services aussi riches et variés que le secours de route (versement d’une allocation appelée viaticum) pour les ouvriers de passage en quête d’ouvrage, des bibliothèques, parfois d’une impressionnante composition pour l’époque, comme celle de Paris qui contenait 2 700 ouvrages au tournant du siècle, destinées à l’élévation des connaissances ouvrières dans tous les domaines, mais aussi à la distraction. Les services des bourses furent marqués par des réalisations considérables, comme les cours d’enseignement professionnel et d’enseignement général, les dispensaires médicaux chargés de lutter lors d’accidents du travail contre les compagnies d’assurances trop complaisantes avec le patronat, et encore les services de renseignements juridiques afin de renseigner les travailleurs sur les nouvelles lois à caractère social florissant sous la IIIe République.

Action et éducation

A côté de ses fonctions "institutionnelles" de bureau de placement et de locaux de réunions pour les syndicats, les Bourses du travail avaient aussi la volonté d’être des centres d’éducation sociale et des foyers d’agitation constante. L’action syndicale menée par les bourses se définit par son rôle solidaire envers les grèves locales, voire nationales, mais aussi par son implication dans une dynamique syndicale globale au travers de son action lors des journées du premier mai ou la diffusion des idées-force du syndicalisme de l’époque comme la revendication de la journée de huit heures, la grève générale ou encore l’antimilitarisme. Si, dans le cadre de grèves, la bourse n’avait pas vocation à en être l’actrice première, l’instrument de lutte directe étant alors le syndicat groupant les travailleurs concernés, elle jouait bien souvent un rôle déterminant en raison de l’expérience et des conseils qu’elle pouvait donner, de la capacité d’intervention et d’organisation de ses militants ou encore de la solidarité financière mais aussi morale qu’elle entraînait par la popularisation du mouvement par voie d’affiches, de meetings et de fêtes de solidarité. En étant une structure d’entente, de regroupement et de coordination au niveau local, le but principal des bourses en cas de mouvements de grève était, tout en assurant une aide logistique, de diffuser l’information et d’organiser la solidarité à tous les niveaux, auprès de toutes les corporations de la ville.

L’organisation d’une caisse de grève afin de pouvoir soutenir financièrement toutes les corporations engagées dans une lutte et l’envoi de militants sur les lieux du conflit afin de servir de conseillers et d’orateurs étaient aussi des pratiques permanentes des bourses du travail. Bien souvent l’intervention des militants expérimentés des bourses dans un conflit du travail fut déterminante pour la réussite de celui-ci. Enfin, il est bon de signaler que c’est aussi au sein des Bourses du travail que se sont mis en place les sous-comités locaux à la grève générale. A côté de cette action syndicale, du travail de terrain, de propagande et d’agitation, les Bourses du travail ont aussi toujours gardé en tête la fameuse formule de Fernand Pelloutier "éduquer pour révolter". Les militants des bourses de cette époque étaient convaincus que pour pouvoir arriver à l’émancipation du prolétariat, il fallait lui donner les moyens de s’émanciper, de pouvoir porter et assumer un projet de transformation sociale. Si la pratique de l’action directe au cours des mouvements de grève pouvait apparaître comme émancipatrice, soit en aboutissant à des réformes partielles soit parce qu’elle faisait office de gymnastique révolutionnaire" dans la perspective de la révolution, il apparaissait aussi nécessaire de donner aux ouvriers "la science de leur malheur", pour reprendre une autre expression de Pelloutier.

Cette volonté de donner aux ouvriers, et en premier lieu aux syndicalistes, les moyens de comprendre et de maîtriser le monde qui les entoure, tout comme les moyens de dresser une autre société sans être dépendant de ceux qui détiennent le savoir, était présente dans toute l’œuvre des bourses et marquait profondément les objectifs des cours professionnels et de la bibliothèque. Pour compléter cette œuvre éducative en touchant un public encore plus large, les bourses mirent en place des rendez-vous à la fois pratiques, éducatifs et conviviaux qui passaient par des conférences d’éducation populaire, des fêtes et des représentations théâtrales. C’est au cours de ces fêtes ou conférences que des "causeries" étaient organisées sur des thèmes nombreux comme l’espéranto, le néo-malthusianisme, l’émancipation féminine, l’antimilitarisme.... Rendre le "socialisme" plus attrayant était donc l’un des objectifs des fêtes et conférences organisées dans les bourses. Mais, au même titre que certains des services proposés, elles avaient aussi une fonction d’éducation et de conscientisation de la population ouvrière. Elles s’inscrivaient dans la recherche d’un équilibre constant entre l’action revendicative et l’éducation des travailleurs. Cet équilibre avait pour vocation de globaliser l’action syndicale particulière dans un mouvement d’ensemble, dans la recherche d’une émancipation intégrale par la pratique et "l’éducationnisme".

"L’enseignement " des bourses du travail

Le premier élément d’importance à noter est la dualité de nature d’une Bourse du travail. Dans une période où il n’existait ni système étatique de placement, ni formation professionnelle réglementée, ni système d’assurance sociale, les Bourses du travail ont alors joué un rôle fondamental en mettant en place des services à caractères "sociaux" et en répondant de cette manière à des besoins essentiels de la population ouvrière. C’est d’ailleurs à ce titre qu’elles recevaient des subventions de la part de l’État et de municipalités alors dominées par un personnel républicain soucieux de "paix sociale", d’intégration et d’attachement au régime des ouvriers.

Par ailleurs, la seconde nature de la bourse est celle d’un centre de résistance, de revendications et d’actions ouvrières. Un centre de regroupement qui, particulièrement sous la période où le syndicalisme révolutionnaire était dominant, n’était point une institution, ni une contre-institution mais un ferment de désagrégation révolutionnaire de la société établie, de l’ordre social en place. La dualité de nature des bourses s’exprime alors à la fois par cette vocation à proposer des services répondant à un besoin précis dans le cadre de la société de l’époque et à être un lieu d’action et d’élaboration de la société future. On peut aussi s’interroger sur le caractère subventionné des Bourses du travail sur les moyens de contrôle dont disposaient les institutions sur celles-ci par le biais du financement. En grande partie, les municipalités pouvaient, par des "ennuis" financiers, freiner l’activité, les actions et donc le rayonnement des bourses tout en usant les militants qui composaient leur administration. On peut envisager que lorsque la municipalité jugeait que l’agitation menée par une bourse, ou même les idées et les pratiques qu’elle développait, pouvaient mettre en péril "la paix sociale" en remettant en cause l’ordre établi, elle avait les moyens de casser son action par une pratique plus sournoise que la répression, en lui diminuant ou même en lui supprimant les moyens de financement. Ce phénomène est à l’origine de la fermeture, de 1905 à 1907, de 16 Bourses du travail dans un contexte où la propagande menée par la C.G.T. autour du premier mai 1906, la revendication pour la journée de huit heures et la grève générale comme moyen d’y parvenir, plaçait la confédération dans une incontestable dynamique révolutionnaire. Il n’est pas étonnant que de nombreuses municipalités ainsi que plus globalement le gouvernement républicain aient voulu saper les bases du syndicalisme révolutionnaire en fermant les bourses par suppression de leur subvention et expulsion des bâtiments municipaux qu’elles occupaient. à aucun moment les militants des bourses n’ont pu se doter d’une autonomie financière qui leur aurait permis, tout en œuvrant à la même édification d’une structure de services et d’éducation ouvrière, de se garantir une totale liberté d’action au niveau revendicatif et révolutionnaire.

Cette "répression financière" exercée par les institutions municipales et étatiques peut bien apparaître comme une volonté planifiée du personnel républicain de l’époque de saper les bases organisationnelles et militantes du syndicalisme révolutionnaire. La fermeture de nombreuses bourses du travail développant les idées d’autonomie ouvrière puis leur réouverture sous la direction de militants socialistes, avec la complicité bien souvent des municipalités dominées par le même personnel socialiste, a certainement joué un rôle important dans la perte d’influence du syndicalisme d’action directe au sein du mouvement syndical français. C’est un élément qui fut trop souvent oublié dans les raisons qui expliquent ce déclin. Par ailleurs de tels services que ceux mis en place par les bourses auraient-ils pu apparaître ou connaître un pareil développement s’ils avaient été portés uniquement par les capacités d’auto-organisation et d’auto-financement du mouvement syndical ?

En janvier 1914, il en sera fini de la structuration adoptée par la C.G.T. lors de son congrès de "refondation" de 1902 et de la particularité de sa double dimension. à partir de cette date, le secrétaire de l’Union départementale devient le seul représentant de la C.G.T. Il en est alors fini de la section des Bourses du travail au sein de la C.G.T. et de leur autonomie. Des Bourses du travail, il reste seulement un immeuble et le nom, abritant le siège des syndicats. Il n’est peut-être pas étonnant qu’à la veille de la première guerre mondiale, les modérés, proche du parti socialiste venant de réaliser son unité en 1905, et qui avaient petit à petit, depuis 1906, pris le dessus sur le parti du travail, comme le nommait Émile Pouget, aient supprimé la section des bourses et son autonomie. En supprimant celle-ci, ils ont supprimé le moyen pour le syndicalisme de porter un projet global en se passant des structures d’État et de sa représentation parlementaire. Si les bourses étaient le lieu de formation d’une classe ouvrière autonome, elle l’étaient par rapport à toute représentation politique, socialiste en premier lieu. De plus, la tourmente de feu et d’acier qui suivit balaya presque totalement le mouvement ouvrier, notamment en raison de son incapacité à s’opposer à la guerre, ainsi que toute une génération de militants syndicaux. Lorsque le mouvement syndicaliste et ouvrier se reconstitue après la guerre, le processus ne peut se faire sans tenir compte "de la grande lueur qui s’est levée à l’Est". Beaucoup de militants se laisseront illusionner par la révolution russe et son écho amena de nouvelles orientations, malheureusement bien loin de l’idée d’autonomie ouvrière.

Alors que l’histoire du syndicalisme en France de 1917 à nos jours est complètement liée à un modèle de représentation politique, communiste ou socialiste, le limitant dans une action revendicative, bien souvent corporative, et attribuant au parti le rôle d’offrir des perspectives globales notamment par l’action parlementaire, il serait peut-être bon de redécouvrir ce qui a pu être "l’autre socialisme".

Un socialisme non plus basé sur l’action syndicale professionnelle revendicative ou même corporatiste complétée par une action politique parlementaire globale, mais sur une action syndicale autonome contenant une double dimension professionnelle et interprofessionnelle porteuse de pratiques, d’une tactique, d’une stratégie et d’une finalité.

*Dolléans Édouard, Histoire du mouvement ouvrier (1871-1920), tome II, A.Colin, cinquième édition, 1957, Paris, 366 pages.

Voir à ce propos "l’appel aux anarchistes : leur place est dans les syndicats" de Pelloutier, parut dans Les Temps nouveaux du 2 novembre 1895. Pelloutier Fernand, Histoire des Bourses du Travail, édition Gordon & Breach, Paris, 1971 (1902), 338 pages.

Voir à ce propos la préface de Jacques Toublet "L’anarchosyndicalisme, l’autre socialisme" à la réédition de deux brochures d’Émile Pouget La confédération générale du travail et Le parti du travail aux Éditions C.N.T./R.P., 1997.

Pour en savoir plus sur les Bourses du Travail : Julliard Jacques, Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action directe, seuil, Paris, 1971, 294 pages. Delesalle Paul, Les Bourses du Travail et la C.G.T., Bibliothèque du mouvement prolétarien, 64 pages, Rivière, 1912.



Benoît Broutchoux 1879/1944

PARLEZ de Benoît Broutchoux à un vieux mineur du Pas-de-Calais, cela éveillera sûrement quelque chose en lui : "Ah ! oui, Broutchoux ! Un drôle de syndicaliste qui grimpait aux réverbères pour haranguer le populo, et pis les flics le tiraient par les pieds... Ha ! ha ! un sacré numéro ch’tilà, un peu anarchiste, hein ?" Non, je l’ai pas connu, c’était plutôt l’époque de mon père, mais on m’a raconté... Un sacré personnage, Benoît Broutchoux. Un anarcho-syndicaliste, militant de la C.G.T. d’avant 1914. Mais ni la C.G.T., ni les anarchistes ne se souviennent très bien de lui. Broutchoux fait pourtant partie de ces individus qui marquent leur époque par une action directe concrète, par leur vitalité aussi, leur personnalité.

Broutchoux (1879-1944) incarnait un personnage populaire et sympathique, une vedette du pays minier, un moment de l’histoire syndicale des mineurs. "Ah ! dis donc y viennent encore emmerder l’Benoît" grondait le populo des corons de Lens, quand les cognes venaient alpaguer Benoît Broutchoux. Et la foule s’attroupait devant le domicile de Benoît pour l’acclamer et insulter les pandores. Oui, au début de ce siècle, Benoît Broutchoux était un véritable héros populaire dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Anarchosyndicaliste, il se bagarra sans trêves contre l’ordre des compagnies minières et la mollesse des militants socialistes.

Militant original et gouailleur, Benoît dirigea, en 1906, la grande grève qui suivit la catastrophe de Courrière (1 100 victimes). Mais c’est Monatte, syndicaliste révolutionnaire de la C.G.T. d’avant 1914, puis trotskyste de l’entre-deux-guerres, qui a le mieux défini l’esprit de Benoît Broutchoux : "Son anarchisme n’était pas doctrinaire. Il était fait de syndicalisme, d’antiparlementarisme, de Libre pensée, d’amour libre, de néo-malthusianisme et de beaucoup de gouaille.

Pour tous, amis et adversaires, il était Benoît, Benoît tout court". Broutchoux se montra toujours tolérant, ouvert, non sectaire. Dans son journal, L’action syndicale, il laissait s’exprimer tous les courants du syndicalisme et de l’anarchisme.

A force d’éviter les chapelles, de refuser tout sectarisme, Benoît se retrouva le cul entre deux chaises : d’un côté les pontes de la C.G.T., de l’autre les partisans de l’individualisme libertaire. Benoît durcit alors sa position. Il se proclama communiste révolutionnaire (pas au sens marxiste, plutôt dans l’esprit de Bakounine). Après la Révolution russe, faisant toujours preuve d’optimisme et d’ouverture, Broutchoux voulut concilier libertaires et bolchéviques. La déception fut rude.

Il rejoignit l’Union anarchiste et participa, au côté de Sébastien Faure et de Louis Lecoin, à la tentative du Libertaire quotidien. Au moral, Broutchoux était un curieux mélange de rigorisme révolutionnaire et de gouaille populaire. S’il ne cultivait pas l’austérité constipée de certains militants de la C.G.T., Benoît était quand même empreint d’un certain moralisme.

Autodidacte, il croyait aux vertus révolutionnaires de l’éducation pour le peuple : Anti-alcoolique, il ne buvait que du lait, du thé et un peu de bière. Néo-malthusien, il se bagarrait pour la limitation des naissances. Cela ne l’empêchait pas de conserver son côté "folklo" et brouillon, de composer son. canard à la dernière minute, de louper tous ses trains, d’écrire des poèmes un peu fleur bleue et de signer ses papiers de pseudonymes croquignolets, tels : "A. Serbe" ; "Adultérine" ; ou "C. Lexion". "Accueillant et généreux".

Son logement, rue Emile-Zola à Lens, était chichement meublé de caisses recouvertes de cretonne et de planches où s’entassaient une vaisselle hétéroclite et des monceaux de bouquins. On y entrait comme dans un moulin. Benoît, toujours accueillant et généreux, tenait table ouverte pour les camarades de passage. C’est donc cette espèce de "pied-nickelé" au service de la Sociale que le Monde libertaire vous présente cette semaine, et ceci d’après la bande dessinée réalisée en 1980 par Phil et Cal’ens (ouvrage aujourd’hui malheureusement épuisé).

Benoît Broutchoux, comme beaucoup de militants anarchistes, a été amené à prendre position sur la nature et les objectifs du syndicalisme.

Voici ce qu’il écrivit en 1909 dans Terre libre :

"Dans tous les degrés et sur tous les tons de l’arc-en-ciel confédéral, on nous a rabâché pendant trop longtemps que le parti syndicaliste est un groupement d’intérêts et que les partis politiques sont des groupements d’opinions. Comme beaucoup de copains, j’ai cru à cette foutaise, mais maintenant je n’y crois plus.

Le syndicalisme, qui est le produit de l’industrialisation, s’il veut vivre pour accomplir sa tâche, doit évoluer tout comme notre pauvre humanité et même faire avancer cette dernière. S’il veut supprimer le salariat et le patronat, comme c’est indiqué au premier psaume de la Bible confédéraliste -pour laquelle j’ai la plus grande foi- il doit faire une guerre acharnée, impitoyable contre le patronat et les soutiens de ce dernier, non pas seulement pour obtenir des augmentations de salaire, des diminutions d’heures de travail, de moins mauvaises conditions de servage, mais pour diminuer l’exploitation capitaliste, la supprimer.

Un groupement d’opinion Le syndicalisme n’est pas et ne peut pas être seulement un groupement d’intérêts corporatifs, il est aussi un groupement d’opinions, quoi qu’en disent les plus autorisés de nos oncles cégétistes. (...)

Les prolos qui adhérent aux syndicats rouges le font dans le but d’adoucir et de supprimer leur enfer, spécial à chaque métier et préparer le paradis terrestre pour tous. En général, ces syndiqués-là ne croient plus en la prêtaille, détestent la gradaille, la gouvernance et toute la haute saloperie. (...)

La plupart des militants syndicalistes regardent la question sociale à un point de vue particulièrement faux. C’est ce qu’on appelle le "dédoublement" ou le mystère de la dualité d’un individu en deux personnes : le syndiqué et le citoyen. Il y a des camarades qui prétendent sans rire qu’au syndicat on doit être syndicaliste, et qu’en dehors du syndicat on peut être déiste ou athée, patriote ou internationaliste, votard ou antivotard. (...)

La "neutralité syndicale" L’esprit religieux (soumission des ouvriers) doit être combattu énergiquement par l’esprit syndicaliste (révolte des ouvriers). Le syndicat doit aussi lutter contre les abrutisseurs de l’école laïque qui, entre autres bourdes, enseignent le respect aux lois votées par nos respectables Quinze Mille, et aussi le respect de la propriété, c’est-à-dire les rapines commises à notre détriment par nos ennemis de classe.

Ces explications peuvent paraître saugrenues aux partisans de la "neutralité syndicale" le leur demanderai si le patron et le parasite sont neutres, eux ? Ne s’appuient-ils pas sur les abrutisseurs religieux ou laïques pour conserver ou augmenter leur omnipotence ? A mon avis, les ouvriers seraient niais s’ils s’attaquaient seulement à l’effet sans combattre les causes."

Benoît Broutchoux (Terre libre, 1909)


http://www.fondation-besnard.org/articl ... rticle=190
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede bipbip » 14 Nov 2013, 01:20

jeudi 14 novembre, Lyon
à 20h au local de la CNT, 44 rue Burdeau (Lyon 1) sur les pentes de la Croix Rousse.

Conférence sur les bourses du Travail au début du 20è siècle

Le livre « La Bourse du tra­­vail de Lyon, une struc­­ture ouvrière entre ser­­vi­­ces sociaux et révo­­lu­­tion sociale » (ACL) est un livre utile. Loin des dis­­cours abs­­traits et théo­­ri­­ques sur les Bourses du tra­­vail, il ras­­sem­­ble un impor­­tant tra­­vail de docu­­men­­ta­­tion sur ce qui s’y pas­­sait vrai­­ment. Il permet de tordre le cou à des affir­­ma­­tions infon­­dées deve­­nues des véri­­tés au fil des temps et de l’his­­toire écrite par les cou­­rant marxis­­tes-léni­­nis­­tes et notam­­ment sur la réa­­lité de l’impli­­ca­­tion des syn­­di­­cats dans les Bourses.

http://rebellyon.info/?Conference-sur-les-bourses-du
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede Pïérô » 27 Nov 2014, 16:05

Les Bourses du travail, une expression de l’autonomie ouvrière

On peut considérer que les Bourses du travail sont la première marque de maturité du syndicalisme révolutionnaire naissant en France en 1892. C’est la spécificité du mouvement ouvrier et syndical français qui se réorganise suite au massacre de la Commune de Paris achevée par la semaine sanglante (du 22 au 28 mai 1871).

C’est en parallèle la réaction au syndicalisme corporatiste (contraire de interprofessionnel) de la Fédération Nationale des Syndicats, contrôlée par le Parti Ouvrier Français de Jules Guesde, premier propagandiste du marxisme dans l’hexagone en y apportant néanmoins une vision social-démocrate et avant-gardiste : contrôle du syndicat par le parti politique formé en élite. La Bourse du travail, apparu en 1887 à Paris, était en premier lieu une structure ancêtre à ce que l’on pourrait nommer aujourd’hui Pôle Emploi. C’était un bureau de placement pour les ouvriers et également un lieu qui permettait d’informer et relayer les demandes d’emplois et les formations professionnelles selon une zone géographique donnée. Comme ces bâtiment, étaient fréquentés et gérés que par des ouvriers, les Bourses du travail devinrent vite des lieux d’échanges, de communications puis de coordination avec petit à petit une conscience de classe qui émergea et qui transforma la Bourse du Travail en lieu de contre-pouvoir.

Devant ce nouvel outil et son efficacité populaire, d’autres Bourses du Travail voient le jour sur le territoire jusqu’à la création en 1892 d’une Fédération des Bourses du travail.


Image

Le syndicalisme révolutionnaire apparaît en corollaire avec l’entrée massive dans ces structures de militants ouvriers anarchistes qui abandonnent à cette période leur stratégie « illégaliste » de la « propagande par le fait » (attentats, braquages) en proie à une terrible répression et des militants ouvriers blanquistes et allemanistes (socialistes révolutionnaires) abandonnant leur stratégie « insurrectionaliste » (insurrections spontanée et continues), les Bourses du Travail se transforment en véritable arme prolétarienne de contre-culture, formation, contre-pouvoir et sociabilité ouvrière.

Avec cette dynamique de fusion de ces trois courants révolutionnaires prolétariens, elles portent alors une solidarité dépassant les diversités de professions et de corporations pour s’inscrire dans une solidarité de proximité géographique, d’aspiration à la transformation sociale, car les militants ouvriers l’ont compris, c’est bien à travers la solidarité interprofessionnelle que l’éveil révolutionnaire vers le socialisme est le plus apte à s’affirmer et se développer. En effet, la finalité du projet des Bourses du Travail était d’être à la fois un outil d’émancipation intégrale des travailleurs-euses et un instrument d’organisation de la société future, en assurant la formation d’une classe ouvrière autonome grâce aux multiples services qu’elles proposaient. L’efficacité est telle qu’en 1896 on dénombre 46 Bourses du travail qui ont fédérés 862 syndicats.On estime à 48% le nombre de syndiqués en 1900 rattachés à une Bourse du Travail via l’adhésion de leur syndicat.

La Bourse du Travail ne se limitait pas à une lutte de classe quotidienne, les militants ouvriers révolutionnaires et syndicalistes ont formé la structure pour qu’elle soit en capacité de se substituer aux institutions bourgeoises. Concrètement, dans le processus révolutionnaire la Bourse du travail devait prendre le pouvoir sur la municipalité, le conseil général ou le département, mais aussi et surtout réorganiser la production, la circulation et la répartition des services locaux et des produits matériels. Elle apparaît alors comme étant la seule structure capable d’assurer une socialisation réelle sur l’échelon local/départemental/régional.

En 1902, la Fédération des Bourses du travail fusionne avec la Confédération Général du Travail crée en 1895 sur les cendres de l’ancienne fédération corporative des syndicats en perte de vitesse. Cela va permettre d’incorporer les Bourses du Travail dans ce qu’on appelle les Unions Locales ou Union Départementale de la Confédération et ainsi donner une vision nationale voir internationale de la révolution sociale car l’Union Locale, la Bourse du travail, pouvait alors assurer le lien sur de plus grosses échelles via la structure confédérale.

Bref, les Bourses du travail, après le premier rôle institutionnel d’en faire des bureaux de placement et des locaux de réunions, deviennent très vite des centres d’éducation populaire – comme disait Fernand Pelloutier : « Éduquer pour révolter » – et des foyers d’agitation constante d’autonomie ouvrière où les militants ouvriers se forgent leur propre expérience. L’action syndicale que les Bourses mènent se définit par le rôle solidaire envers les grèves locales, voire nationales, même si elle n’avait pas vocation à être actrices premières, l’instrument de lutte étant alors le syndicat groupant les travailleurs-euses concerné-es. La Bourse jouait bien souvent un rôle déterminant en raison de l’expérience et des conseils qu’elle pouvait donner, de la capacité d’intervention et d’organisation de ses militants ou encore de la solidarité financière et morale qu’elle entraînait. Mais elle se définit aussi dans une implication dynamique lors de journées comme le 1er mai, par la diffusion et la formation des idées, par des revendications du syndicalisme d’époque comme la journée de huit heures, par la grève générale ou encore l’antimilitarisme et anti-guerre à la veille du premier conflit mondial.

En étant une structure d’entente, de regroupement et de coordination au niveau local, le but principal des Bourses en cas de mouvement de grève était la solidarité à tous les niveaux, auprès de toutes les corporations de la ville, de la localité : par exemple, l’organisation d’une caisse de grève afin de pouvoir soutenir financièrement toutes les corporations engagées dans un conflit social, et l’envoi de militants sur les lieux afin de servir de conseillers et d’orateurs. Bien souvent, l’intervention de militants expérimentés des Bourses dans un conflit fut déterminante pour la réussite de celui-ci.

Les militants syndicalistes des Bourses du Travail de cette époque étaient convaincus que pour arriver à l’émancipation du prolétariat, il fallait lui donner les moyens de s’émanciper, de pouvoir porter et assumer un projet de transformation sociale dont les bases sont posées dans le monde capitaliste par les organisations de classe et d’autonomie ouvrière : les syndicats d’industries, les Unions Locales et les Bourses du Travail.

L’objectif des Bourses du travail était donc de rendre le socialisme plus attrayant en privilégiant cette autonomie, en organisant des fêtes, des conférences et soirées musicales ou théâtrales qui débouchaient sur des causeries, des débats autour de thèmes politiques, culturels et du travail, tout en gardant une pratique de classe, c’est-à-dire que, contrairement aux partis et organisations politiques, tout était organisé par la classe et pour la classe suivant la devise de la Première Internationale (association de travailleurs créée en 1864 par des militants révolutionnaires essentiellement français et anglais) : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

tiré du site cahier d’histoire http://chrhc.revues.org/2360

http://paris-luttes.info/les-bourses-du ... l-une-1898
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede bipbip » 01 Sep 2015, 03:00

Les Bourses du travail, berceau de l’identité ouvrière - CASH, journal des chômeurs et des précaires, 1986

On le vérifiera avec l’article qui suit, il est des moments où la politique instituée et ses représentants sont contraints de prendre en compte les besoins matériels et subjectifs du grand nombre, et de les prendre en compte autrement qu’à la baillonette et au bâillon, au flash-ball [1] et au bulldozer, à la matraque et à l’intox, ne serait-ce que pour en tenter l’instrumentalisation, ne serait ce que pour prendre le temps de résorber l’intolérable que tout écart d’avec les nécessités du business constitue. Pour l’heure, les tenants de l’ordre social , semblent farouchement décidés à vouer les précaires en tout genre à survivre sans feux ni lieux, décidés à interdire toute possibilité d’organisation à ce qui menace leur pouvoir [2].

Cet article est paru dans CASH, journal des chômeurs et des précaires, n°2, en mars 1986.
Il a été publié ici lorsqu’une [Maison de la grève [3] venait d’être créée à Rennes, à un moment où la coordination des intermittents et précaires (idf) était, une fois de plus, expulsable [4]. Depuis, la maison de la grève rennaise a du pour persister... louer un local et la coordination des intermittents et précaires (idf) a occupé divers bâtiments afin d’aider la Ville à... tenir ses engagements de relogement, jusqu’alors sans succès. La cip-idf n’est plus ce quelle a été. On y croise des qui n’ont pas vécu le conflit de 2003, et elle est devenue nomade, passant d’une occupation à un hébergement solidaire…

Le besoin de lieux d’agrégation, d’expérimentation politique, d’auto organisation ne connait pas de pause ?

PDF : http://www.cip-idf.org/IMG/pdf/Les_bour ... h_1986.pdf
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede bipbip » 03 Sep 2015, 01:01

Quatrième congrès de la Fédération Nationale des Bourses du Travail, Nîmes, le 11 juin 1895

Camarades,

Avant d’entrer dans le débat soulevé par la proposition de révision de l’article 5 des statuts, votre Comité fédéral, à qui une expérience de plusieurs années permet d’exposer les avantages de sa résidence à Paris et que les renseignements connus de vous tous ont éclairé sur les difficultés que soulève, pour d’autres organisations leur fixation en province et surtout leur déplacement annuel, votre Comité fédéral, disons-nous, croit nécessaire de déclarer que sa composition même met à l’abri de toute suspicion la sincérité des arguments qu’il se propose de présenter contre la proposition. Des vingt-trois délégués chargés de l’administrer, deux seulement exercent leur mandat depuis le Congrès de Saint-Etienne. Ce sont les représentants des Bourses du Travail de Montpellier et de Saint-Girons. Et la confiance qui leur est témoignée démontre irréfutablement qu’ils ont toujours rempli leur mission à la satisfaction de leurs commettants. Des autres membres du Comité fédéral, deux sont délégués depuis plus d’un an, l’un par la Bourse du Travail de Lyon ; l’autre, par celle de Saint-Nazaire ; les dix-neuf derniers ont des mandats récents, dont le plus ancien n’excède pas six mois.

... rapport_du_comite_federal.doc pdf : http://monde-nouveau.net/IMG/doc/rappor ... ederal.doc
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede Pïérô » 17 Nov 2015, 03:03

Paris, Vendredi 20 novembre 2015

Conférence et débat

Les Bourses du Travail, un outil de transformation sociale

Attaques en tous genres contre les salariés : prud’hommes au rabais, droit du travail raboté, souffrances dans les entreprises, management autoritaire, salaires stagnants, chômage en hausse constante et la liste n’est pas complète…

Pourtant les salariés ont des armes : celles de la coopération et de la solidarité.

Pourtant les salariés ont des lieux où faire vivre en pratique ces idées : les bourses du travail.

Menacées par certaines municipalités, délaissées quelquefois par les salariés, la CNT 94 se propose d’y réfléchir dans une conférence débat où on en évoquera les sources avec la personnalité de Fernand Pelloutier, promoteur des Bourses du travail.

Mais bien sûr, l’actualité s’invitera…

Vendredi 20 novembre
à partir de 19h30
bourse de travail de Choisy-le-Roi

http://www.cnt-f.org/les-bourses-du-tra ... ciale.html

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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede bipbip » 09 Fév 2016, 01:13

8 février 1891 : première ouverture de la Bourse du Travail de Lyon

Dans une période où il n’existait ni système étatique de placement, ni formation professionnelle réglementée, ni système d’assurance sociale, les Bourses du travail ont alors joué un rôle fondamental en mettant en place des services à caractères « sociaux » et en répondant de cette manière à des besoins essentiels de la population ouvrière en terme d’emploi, de formation professionnelle, de santé mais aussi d’éducation et de culture. Les Bourses du travail, regroupant au niveau local les syndicats sur une base interprofessionnelle, sont aussi un centre de résistance, de revendications et d’actions ouvrières qui, particulièrement sous la période où le syndicalisme révolutionnaire était influent, avait vocation à être un foyer d’agitation révolutionnaire notamment par la préparation de la grève générale. Par le rôle qu’elles ont joué au sein du mouvement ouvrier et plus largement de la population ouvrière en terme d’agitation mais aussi de services et d’éducation, ces structures sont porteuses d’un autre futur mais aussi d’un « autre socialisme ».

A Lyon, c’est le 8 février 1891 qu’une Bourse du travail ouvre pour la première fois ses portes, dans des locaux situés sur le cours Morand dans le 6ème arrondissement, avant de devoir fermer à peine un an plus tard pour redémarrer en s’inscrivant dans la durée, le 4 décembre 1892.

Le contexte social et politique d’une émergence

A la fin du 19ème siècle, les conditions de naissance des Bourses du travail semblent être marquées par un triple phénomène.

Il y a tout d’abord la tentative d’intégration du monde ouvrier à la jeune IIIème République. Une tentative marquée d’une part par une prise de conscience de ce que l’on a nommé avec du recul la « question sociale » et d’autre part, en raison du caractère récent du suffrage universel masculin, par l’expérience d’une gestion socialiste de certaines municipalités. Ces deux conditions poussent de nombreux élus à tenter de satisfaire les revendications ouvrières dont la création de Bourses du travail.

Le second facteur est, dans ce contexte d’intérêt porté au fait social, mais aussi sous les mutations du système économique, l’affirmation d’une question nouvelle qui est celle des « sans-emploi ». Se pose alors aux législateurs la question de savoir comment répondre à ce problème. Une question qui leur est d’ailleurs rappelée par l’existence de bureaux de placement privés dont l’inefficacité et leurs abus sont souvent violemment dénoncés par la population ouvrière.

Le vieux projet des Bourses du travail peut alors apparaître comme une possibilité de régulation du marché du travail tout comme le commerce et l’industrie possèdent leurs Bourses. Avec l’obtention d’une Bourse du travail les syndicats fournissent une alternative au bureau privé par une aide au placement organisée gratuitement par les travailleurs. Enfin, le dernier facteur est celui de l’irruption des ouvriers sur la scène politique et sociale d’une part par leur accès au suffrage démocratique, néanmoins limité aux hommes, mais surtout par leur organisation, leur action et leurs revendications sur le plan économique par l’intermédiaire de syndicats et de grèves. Le combat des syndicats pour l’obtention d’une Bourse du travail correspond au besoin de pouvoir posséder un lieu sûr pour se réunir, élaborer et coordonner leur activité. Partout il semble bien que ce soit avant tout les pressions du mouvement syndical naissant qui ont abouti à l’ouverture de Bourses du travail.

Naissance d’un projet

Un premier projet de Bourse du travail avait été élaboré par la Fédération lyonnaise des syndicats en juillet 1884.

Mais l’idée d’une Bourse du travail et le questionnement sur son éventuelle nécessité au sein de la ville de Lyon sont apparus seulement lors du conseil municipal du 7 novembre 1887, portés par sept conseillers, tirant les enseignements de l’ouverture de la Bourse du travail de Paris, le 3 février 1887, et de son activité récente.

Si l’adoption du rapport Mesureur au conseil municipal de Paris le 5 novembre 1886 a permis l’ouverture en 1887, rue Jean-Jacques Rousseau, de la première Bourse du travail de France, les conseillers municipaux lyonnais ne peuvent pas ignorer cette expérience ni être étrangers au contexte social et politique général. Dans leur interpellation du conseil, les partisans de l’élaboration d’une Bourse du travail à Lyon mettent en relief les trois éléments semblant déterminer le phénomène national d’éclosion des Bourses : ils sont d’une part interpellés par « les avantages obtenus par la Bourse du travail de Paris », rappellent, d’autre part, les pressions locales des travailleurs pour voir apparaître à Lyon la même institution et enfin, ils y voient un remède au problème des bureaux de placement privés.

En juin 1888, le conseil local lyonnais, organisation régionale de la Fédération nationale des syndicats, créée à Lyon en octobre 1886, dépose une nouvelle demande de Bourse du travail et nomme une commission chargée d’élaborer un projet de statuts. Cinq des sept conseillers municipaux qui avaient déposé un premier projet n’ayant pas abouti, fin 1887, en profitent pour le présenter de nouveau, soutenus cette fois-ci par vingt autres conseillers. Dans cette nouvelle présentation au conseil, les partisans de l’instauration d’une Bourse insistent sur le fait que donner aux travailleurs un moyen de se réunir, de discuter et d’élaborer leurs revendications, devient un gage de sécurité pour le maintien de l’ordre public. C’est aussi, pour eux, un facteur d’amélioration de l’économie et de la production. Le capital et les entrepreneurs ayant déjà leurs Bourses, la main d’oeuvre doit elle aussi avoir la sienne.

C’est finalement ce projet qui aboutit en décembre 1889. Le conseil valide un devis d’installation, présenté par l’architecte Jules Giroud pour l’ouverture d’une Bourse du travail sur le cours Morand dans les locaux de l’ancien théâtre des variétés attribués par le maire de Lyon, Gailleton.

D’un « faux départ »…

Après la négociation d’un règlement unique de fonctionnement de la Bourse entre le maire et le conseil local lyonnais, l’inauguration a lieu le 8 février 1891 devant 2 500 personnes.

Ce succès n’est finalement que passager. Rapidement, de vives tensions apparaissent entre la mairie et l’administration de la Bourse. Dix jours seulement après l’inauguration, le secrétaire général de la Bourse, Benjamin Péronin, refuse de faire toute déclaration à la préfecture, comme cela lui est demandé. Le Premier mai est alors une période de vive tension entre les autorités et la Bourse. Lors de la préparation de cette journée, il est refusé d’envoyer une délégation auprès des pouvoirs publics et il est décidé « l’application des doctrines révolutionnaires ». De nombreux troubles se déroulent durant cette journée, la Bourse du travail est militairement occupée et son secrétaire général arrêté.

La tension continue d’augmenter lorsque la commission administrative de la Bourse refuse, en juin 1891, que la municipalité vérifie son budget. Enfin c’est la question des réunions politiques qui amène la crise finale entre les deux parties. Alors que la mairie annonce qu’elle ne veut plus de réunions politiques dans la grande salle de la Bourse, en partie parce que Gailleton et Augagneur ne peuvent tolérer que le POF (Parti Ouvrier Français de Jules Guesde) se serve de la Bourse comme tremplin pour les élections, la commission administrative revendique ce droit et en use.

L’administration municipale annonce finalement, début 1892, la fin de toute subvention à la Bourse du travail. Devant cette situation, il est décidé dans une réunion plénière des syndicats, tenue le 24 janvier, l’évacuation de la Bourse. A peine un an après son ouverture, et sans qu’elle ait pu accomplir une quelconque oeuvre, la Bourse du travail ferme ses portes, marquant ainsi un « faux départ » pour cette institution qui animera pourtant le mouvement ouvrier lyonnais dans les décennies à venir.

…à la réouverture

Le 12 septembre 1892, 45 chambres syndicales, réunies au café Marcellin au 105 de l’avenue de Saxe, mettent en place une commission d’initiative pour la réouverture de la Bourse du travail. A cette réunion est invité M.Bressières, président de la commission municipale chargée des relations avec la Bourse, afin de discuter des conditions d’une éventuelle réouverture. Celui-ci indique que le maire de Lyon ne veut à aucun prix de réunions publiques à caractère politique à la Bourse mais qu’il est prêt à tolérer des réunions publiques de types syndicales ou purement corporatives. Cette solution apparaissant comme une concession réciproque, les syndicats chargent
M.Bressières de demander la réouverture de la Bourse auprès du maire. Ce dernier fait un bon accueil à cette proposition et fait voter dans la séance du conseil municipal du 27 septembre un budget pour la réouverture de la Bourse avant d’envoyer une lettre à la commission d’initiative pour l’informer de la réouverture officielle pour le dimanche 4 décembre.

Fin octobre, 44 délégués, représentant chacun un syndicat, se réunissent dans les locaux de la Bourse du cours Morand afin de désigner une commission exécutive de 15 membres, chargée de préparer sa remise en activité. Les membres de cette commission sont aussi désignés pour assurer le service d’ordre pour la réunion publique d’ouverture du 4 décembre. Trois cents affiches sont d’ailleurs collées pour annoncer cet événement et des lettres d’invitations sont envoyées aux membres des corps élus ainsi qu’aux autres Bourses du travail dont il faudra aller chercher les délégués à la gare.

Le 4 décembre 1892, c’est plus de 800 personnes, dont 150 femmes, qui viennent assister à cette réunion publique de réouverture. Seuls des délégués des Bourses du travail de Dijon, Roanne et Saint-Étienne ont fait le déplacement. Les Bourses de Béziers, St-Nazaire, Marseille, Nîmes, Paris, Toulouse, Alger, Montpellier et Nantes ont quant à elles envoyé des lettres d’excuses et de félicitations. Toutes ces lettres sont lues et celle du secrétaire général de la Bourse d’Alger, Rapelat, attire particulièrement l’attention de l’assistance en se terminant par une déclaration révolutionnaire, préconisant l’emploi de moyens violents pour l’émancipation des travailleurs et acceptant, dans leur principe les doctrines anarchistes.

Après différents discours sur le rôle de la Bourse du travail dans l’émancipation du prolétariat, le rapport avec les institutions (ce qui déclenche une courte polémique entre certains conseillers municipaux présents), les félicitations auprès de ceux qui ont réactivé la Bourse, la séance est levée par le président aux cris de « vive l’émancipation sociale ! », répétés par l’assemblée auxquels elle ajoute « vive la Révolution ! » et « vive la Commune ! ».

David Rappe


P.-S.
Pour en savoir plus, lire ce livre :
David RAPPE, "La Bourse du travail de Lyon. Une structure ouvrière entre services sociaux et révolution sociale." (Lyon, Editions ACL, 226 p., 2004 http://www.atelierdecreationlibertaire. ... rticle=351).

http://rebellyon.info/8-fevrier-1891-premiere-ouverture
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede Pïérô » 24 Mar 2016, 21:34

Choisy-le-Roi (94), vendredi 25 mars 2016

Réunion publique

« Fernand Pelloutier, promoteur des Bourses du Travail »

à 19h, Bourse du travail de Choisy-le-Roi, 27, boulevard des alliés, Choisy-le-Roi (94)

« Réussir la révolution ce n'est pas faire table rase du passé mais avoir su préparer de longue main les structures mentales et les institutions nouvelles »
Fernand Pelloutier, au début du XX e siècle.

Depuis cent ans et plus, les institutions parlementaires, les partis politiques vendent leurs programmes aux citoyens.

Depuis plus de cent ans, nous « confions » notre « destin » à des patrons de droit divin, à des présidents de la république plus monarques que les rois.

Et si nous changions de registre !

Et si nous parlions de ces institutions nouvelles que proposait Fernand Pelloutier et bien d'autres,

Pour savoir où nous allons, il faut savoir d'où nous venons !

La CNT vous propose de participer à une réunion publique le vendredi 25 mars 2016, à partir de 19 h (une collation est prévue) consacrée à Fernand Pelloutier promoteur des Bourses du Travail

http://www.cnt-f.org/etpics94/


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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede Pïérô » 31 Mai 2016, 00:59

Et si on s’organisait ? Il était une fois la Bourse du travail de Tours (1891-1906)

Devant l’autoritarisme toujours plus prégnant de l’Ordre bourgeois, les ouvriers tourangeaux ne sont pas restés là sans rien faire. Dès 1891, on peut les voir s’organiser autour d’une Bourse du Travail. Voici son histoire.

... http://larotative.info/pour-etre-forts- ... -1572.html
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Re: Histoire des Bourses du Travail

Messagede Pïérô » 27 Juin 2016, 01:21

Et si on s’organisait ? Il était une fois la Bourse du travail de Tours (1906-1950)

Devant l’autoritarisme toujours plus prégnant de l’Ordre bourgeois, les ouvriers tourangeaux ne sont pas restés sans rien faire. Dès 1891, on peut les voir s’organiser autour d’une Bourse du Travail. Voici la suite de notre précédent article.

... http://larotative.info/et-si-on-s-organ ... -1589.html
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Re: Histoire des Bourses du Travail et universités populaire

Messagede Pïérô » 30 Déc 2016, 22:37

Pour l’émancipation : une histoire des Universités Populaires à Tours

Parallèlement à la Bourse du Travail qui, pour reprendre les mots de Pelloutier [1], devait enseigner à la classe ouvrière la science de son malheur pour susciter la révolte, se développe à Tours une éducation populaire dont les Universités Populaires constituent un exemple édifiant.

... http://larotative.info/pour-l-emancipat ... -1564.html
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Re: Histoire des Bourses du Travail et universités populaire

Messagede bipbip » 02 Fév 2017, 18:45

Vendredi 3 février 2017 à Paris

Aux 130 ans de la Bourse du Travail

Invitation de la Commission Administrative de la Bourse du Travail de Paris et des Unions Départementales Parisiennes

Aux 130 ans de la Bourse du Travail

À 12h, Dans la salle Ambroise CROIZAT

La cérémonie sera suivie d'un apéritif salle André Tollet

Merci de confirmer votre participation à la CA de la Bourse du Travail
http://www.boursedutravail-paris.fr/contact

http://cgtparis.fr/spip.php?article2963
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Re: Histoire des Bourses du Travail et éducation populaire

Messagede bipbip » 18 Fév 2017, 17:32

L'Ajisme et son histoire

Une histoire de l"ajisme et des auberges de jeunesse par ceux qui les ont fait vivre.

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