Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale ...

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 06 Jan 2018, 20:26

Algérie, octobre 2017. Rencontres autour du roman national, de la doxa et des dissidences.

Dans le dossier de janvier, en kiosque à partir de vendredi 5 janvier, CQFD s’aventure sur le terrain miné de « l’histoire comme champ de bataille », où se pose la résistance d’une « histoire par le bas » face aux tentatives de nous faire avaler tout cru du récit national.

Voici un article exclusif de ce dossier pour la version numérique de CQFD !

À l’occasion d’un voyage en Algérie, l’historien Nedjib Sidi Moussa [1] nous renvoie les échos des débats à fleur de peau sur l’histoire et les mémoires algériennes postcoloniales.

... http://cqfd-journal.org/Algerie-octobre-2017-Rencontres
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 11 Jan 2018, 23:28

Quand le peuple algérien se soulevait contre le colonialisme

Après la « bataille d’Alger » en 1957, la France prétendait avoir anéanti toute opposition en Algérie. Mais le dimanche 11 décembre 1960 et les jours suivants, de vastes manifestations populaires sont organisées par les Algériens pour arracher leur indépendance. Cet épisode historique capital reste méconnu. Entièrement repris d’un article en ligne écrit par Mathieu Rigouste.

Décembre 1960. Quand le peuple algérien se soulevait contre le colonialisme

Le 11 décembre 1960, trois ans après la bataille d’Alger, de gigantesques manifestations du peuple algérien ont débordé la répression militaire française et changé le cours de la révolution algérienne. Alors que l’armée a largement démantelé le Front de libération nationale (FLN) dans les villes et les maquis de l’Armée de libération nationale (ALN), c’est une multitude de colonisés anonymes qui submerge l’ordre colonial. Avec souvent des anciens, et en première ligne des femmes et des enfants venus par milliers des bidonvilles et des quartiers ségrégués, le peuple algérien surgit au cœur des centres-villes coloniaux ; drapeaux, banderoles et corps en avant. La répression est comme d’habitude terrible, elle n’a cependant pas réussi à soumettre.

De Gaulle et le Front de l’Algérie française

Le général de Gaulle avait prévu un séjour en Algérie du 9 au 12 décembre 1960 pour promouvoir son projet néocolonial de « troisième voie », nommé « Algérie algérienne ». Calqué sur les modèles imposés dans les anciennes colonies françaises, il consistait à placer au pouvoir une classe dirigeante inféodée à l’État français et chargée de mettre en œuvre une nouvelle forme de vassalisation économique. Le chef de l’État voulait également sonder les troupes et les « pieds-noirs ». Mais son projet déchaîne la colère des colons « ultras ». Organisés dans un Front de l’Algérie française (FAF), ils ont l’appui de plusieurs régiments, mais également des réseaux dans la police, l’administration et l’industrie, jusqu’au sommet de l’État. Le FAF cherche à répéter le putsch militaire qui a installé de Gaulle en mai 1958 et fondé la Ve République, mais il veut désormais le faire chuter pour imposer « l’Algérie française ».

Le 1er décembre 1960, l’État français dispose de 467 200 militaires en Algérie, plus 94 387 supplétifs. Le 8 décembre, de Gaulle annonce qu’un référendum sur l’autodétermination sera organisé le 8 janvier 1961. Le FAF diffuse des tracts appelant à la grève et à l’action. Toutes les forces en présence savent que les prochaines batailles détermineront soit le contenu et la forme de l’indépendance, soit celui de l’apartheid. Et si tout le monde s’attend au coup de force des Européens, personne n’a vu venir l’insurrection algérienne.

Un imposant dispositif de gendarmerie mobile et de policiers des compagnies républicaines de sécurité (CRS) est mis en place à Alger dès le 8 décembre. Les autorités civiles et militaires diffusent des appels au calme. Le lendemain, de Gaulle atterrit près de Tlemcen, accompagné de Louis Joxe et de Pierre Messmer ainsi que des généraux Paul Ély et Jean Olié. Il se rend à Aïn-Temouchent et veut éviter les grandes villes où les ultras sont nombreux et organisés. À Oran, Alger et dans plusieurs autres agglomérations, des commandos de jeunes Européens réussissent à bloquer les grandes artères, attaquent les forces de police et ciblent les lieux de pouvoir politique. Ils provoquent, humilient et attaquent aussi les colonisés dans la rue, souvent aux frontières des quartiers musulmans, des quartiers mixtes et des quartiers européens.

Contre les exactions des « ultras »

C’est donc rue de Stora (devenue rue des frères Chemloul) à Oran ou rue de Lyon (Belouizdad) à Alger, qu’éclatent, le 10 décembre, les premières révoltes et c’est là aussi que se forment les premiers cortèges de colonisés insurgés. Les soulèvements naissent ainsi sur les frontières urbaines de la ségrégation coloniale. Mostepha Hadj, un résistant oranais présent, raconte :

« Dès que l’alarme a été donnée, tous les habitants du quartier de M’dina J’dida se sont mis en autodéfense en scandant « Allahou Akbar », encouragés par les femmes et leurs youyous assourdissants. Elles s’étaient installées sur les terrasses et balcons en amassant toutes sortes de projectiles : bouteilles, gourdins, pierres, tuiles... prêtes à toute éventualité. (…) C’est avec une spontanéité extraordinaire que les Algériens des autres quartiers ont répondu à l’appel ».

L’armée et la police utilisent des haut-parleurs pour exiger des colonisés qu’ils rentrent dans leurs quartiers, tandis que les ultras sillonnent les rues et klaxonnent inlassablement le rythme ponctuant les cinq syllabes « Al-gé-rie-fran-çaise ». En réponse, et en dépit des barrages militaires et policiers qui bouclent plusieurs quartiers, les femmes accompagnent de leurs youyous les déplacements des colonisés, dont les cortèges affluent de partout.

À Alger, les premières révoltes à Belcourt sont suivies par celles des habitants du bidonville de Nador puis des autres zones misérables autoconstruites depuis les années 1930. Depuis 1954, des migrants issus des montagnes et des campagnes dévastées par la guerre s’y sont également installés. Ils constituent une part importante des manifestants. Des cortèges de femmes prennent la tête des manifestations et enfoncent des barrages militaires, raconte Lounès Aït Aoudia, un manifestant qui habite toujours la Casbah. Les soldats mitraillent nombre d’entre elles. Leurs haïks (NDLR. Long voile blanc.) rouges de sang et leur courage bouleversent les témoins.

En un après-midi, cette « flamme de Belcourt » s’étend aux quartiers populaires de la périphérie d’Alger puis, dans les jours qui suivent, elle gagne Constantine, Annaba, Sidi Bel Abbès, Chlef, Bône, Blida, Béjaïa, Tipasa, Tlemcen... Pendant près d’une semaine, des soulèvements, auto-organisés dans la spontanéité, se confrontent à des méthodes de répression impitoyables de la part de l’État et des ultras.

Fin de la « troisième voie » gaullienne

Les manifestations de décembre forcent le général de Gaulle à abandonner son projet de « troisième voie » et renvoient les ultras à leurs conspirations. Pour se légitimer, certains héritiers du FAF affirment que ces rassemblements dérivent de tentatives de manipulation par les structures d’action psychologique (sections administratives urbaines, SAU), qui auraient mal tourné et se seraient transformées en flambée de « racisme anti-européen ». Des sources militaires, le FLN et des témoins civils confirment que quelques membres des sections administratives spécialisées (SAS) ont autorisé la formation des manifestations spontanées en croyant pouvoir leur imposer des slogans gaullistes comme « Pour l’Algérie algérienne et contre les ultras ». Les colonisés s’en sont parfois saisis pour contourner le dispositif, passer ses barrages et manifester contre le projet néocolonial et pour l’indépendance réelle comme dans la majorité des villes, où aucune SAU n’est intervenue.

D’autre part, selon certains héritiers du FLN de l’époque, ce serait le parti, à travers la nouvelle zone autonome d’Alger (ZAA) qui aurait lancé les manifestations et trompé les SAU. Une partie de l’extrême droite française soutient d’ailleurs cette pseudo-thèse pour construire son mythe d’une alliance entre le FLN et l’État gaulliste.

Des réseaux plus ou moins formels de quelques dizaines de militants FLN avaient bien commencé à se reformer dans les grandes villes. Et selon l’historien algérien Daho Djerbal, jamais le FLN n’a « abandonné le principe de maintien d’une organisation du peuple ». Les réseaux de militants ne constituaient toutefois rien d’équivalent à cette organisation structurée et hiérarchisée qu’était la ZAA. On observe plutôt la participation de militants de base à des formes collectives et autonomes d’organisation populaire. Tandis que quelques « militants d’appareils », beaucoup moins nombreux, tenteront d’encadrer des manifestations, notamment en orientant les slogans pour que les cortèges refusent le mot d’ordre « Algérie algérienne » — qui pouvait passer pour un soutien au projet néocolonial gaulliste — et pour qu’apparaissent des banderoles, des écritures et des slogans pour « l’Algérie musulmane ».

Espoir d’indépendance

Dans de nombreuses villes fleurissent des slogans exigeant des « négociations avec le FLN », « Abbas au pouvoir » ou « Vive le GPRA » qui ont fortement marqué les observateurs internationaux jusqu’aux débats à l’ONU. Bahiya M., qui n’avait alors que 10 ans, a participé aux manifestations. Fille de collecteur de fonds pour le FLN, habitant à Belcourt, elle raconte :

« À un moment, on a compris qu’on avançait vers l’indépendance. Ma sœur s’est mise à confectionner des drapeaux à la maison. Elle cousait bien puisqu’elle avait eu une formation [de couture]. Ma mère avait une machine à coudre, il suffisait d’acheter du tissu blanc, vert et du rouge pour le croissant. Elle a fait beaucoup de drapeaux. Et bien sûr, on les avait ce jour-là.

Malgré les récits de certains héritiers FLN, Bahiya M. assure que nombre de femmes cousaient des drapeaux bien avant décembre 1960 et que personne ne les encadrait pour le faire ni ne leur avait donné de consignes au soir du 10 décembre.

« J’imagine que la plupart des femmes avaient œuvré, incognito, pour la révolution. En abritant des combattants, en donnant des sous... parce qu’elles voulaient voir leurs enfants vivre librement. Il y avait beaucoup d’enfants [dans les manifestations]. Et elles aussi, elles voulaient vivre librement. (…).

Les Algériennes ont été en première ligne des manifestations, elles ont aussi porté toute une part invisible de l’auto-organisation des soulèvements. Les enterrements des martyrs, qui permettaient de faire partir de nouvelles manifestations après les mises en terre, étaient aussi organisés principalement par des femmes. Dans le même temps, des centres de soins étaient installés dans des appartements ou des mosquées, avec des médecins et des infirmières algériens. Des cantines de rue permettaient à tous de manger dans les quartiers bouclés. Les journalistes français et étrangers, nombreux ces jours-là, étaient approchés par des adolescents, voire par des enfants, puis emmenés dans ce qu’ils ont décrit comme des « QG du FLN » où on livrait un point de vue indépendantiste sur les manifestations en cours.

Dans toutes ces expériences, on retrouve l’implication déterminée des femmes, des enfants et des anciens, et en général des civils jusque-là considérés comme la « population à conquérir » par les états-majors politiques et militaires français et par certaines fractions du FLN/ALN.

La libération arrachée par le peuple

Les fractions dominantes de l’armée française maintiennent que l’État s’est fait submerger parce qu’il n’aurait pas laissé l’armée s’engager dans la contre-insurrection. Or presque partout, les troupes ont été déployées et avec l’accord des autorités politiques, elles ont tiré et tué. Elles ont raflé et torturé. Les méthodes de guerre policière n’ont pas été empêchées par l’État gaulliste, mais débordées par le peuple algérien. Les autorités françaises reconnaissent alors officiellement 120 morts, dont 112 Algériens et des centaines de blessés, indique l’historien Gilbert Meynier. Des dizaines de colonisés, dont des adolescents ont été arrêtés, « interrogés » et pour certains ont « disparu » dans les jours et les semaines qui ont suivi.

Cette séquence a fortement influencé le schéma répressif mis en œuvre le 17 octobre 1961 à Paris par le préfet de police Maurice Papon, ancien « inspecteur général de l’administration en mission extraordinaire en Algérie ». Des milliers d’Algériens de tous âges, venus des bidonvilles et des quartiers populaires pour manifester contre le colonialisme et le racisme seront raflés, tabassés, internés et plusieurs dizaines tués ce soir-là par la police en plein Paris. Décembre 1960 est aussi la scène historique qui irrigue la pensée de Frantz Fanon lorsqu’il commence à concevoir Les damnés de la terre, le mois suivant, comme nous l’a confirmé Marie-Jeanne Manuellan, une assistante sociale communiste et anticolonialiste avec qui il a travaillé et à qui il a dicté ses derniers livres.

Après les soulèvements, l’étau militaire est desserré dans les montagnes, Charles de Gaulle ordonne l’arrêt des exécutions, abandonne le projet de « troisième voie » et doit se résoudre à négocier avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de Ferhat Abbas et Krim Belkacem. Le 19 décembre, l’Assemblée générale des Nations unies vote la résolution 1573 (XV) reconnaissant au peuple algérien son droit « à la libre détermination et à l’indépendance ».

Après plus de 130 années d’écrasement et cinq années d’une guerre impitoyable, le peuple algérien a réussi à prendre sa révolution en main. Depuis, de nouvelles classes dominantes ont rétabli une forme d’asservissement, tout en collaborant au néocolonialisme. Mais une histoire populaire des soulèvements de décembre 1960 — qui reste à approfondir — montre comment un peuple opprimé s’est organisé et a œuvré pour arracher sa propre libération.


P.-S.
Entièrement repris d’un article en ligne écrit par Mathieu Rigouste.
Chercheur indépendant en sciences sociales. Auteur notamment de L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine (La Découverte, 2009​). Projet en cours autour du 11 décembre 1960 en Algérie : « Un seul héros le peuple ».


https://lepressoir-info.org/spip.php?article1099
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 15 Jan 2018, 23:34

Algérie 1954-1965, un combat anticolonialiste

l’opportune réédition d’un livre de Daniel Guérin

Les Éditions Spartacus ont eu la bonne idée de rééditer, dans une version augmentée, le recueil de textes sur ses engagements aux côtés des nationalistes algériens que le grand militant anticolonialiste et historien Daniel Guérin (1904-1988) avait écrits à l’époque et qu’il avait réunis en 1979 sous le titre "Quand l’Algérie s’insurgeait, 1954-1962". Il s’agit là du témoignage majeur d’un « anticolonialiste indocile », exclusivement animé par les exigences de solidarité et de vérité.

Présentation de l’éditeur.

Aujourd’hui, seules une minorité de la population française et une minorité bien plus faible encore de la population algérienne ont vécu les années de guerre qui ont abouti en 1962 à l’indépendance de l’Algérie. Pourtant, cette période et les souffrances qu’elle a causées suscitent encore de fortes émotions des deux côtés de la Méditerranée. L’Algérie en France, la France en Algérie restent des plaies ouvertes.
Il n’est donc pas inutile de revenir sur les conséquences qu’a eues la lutte des Algériens pour leur indépendance sur l’évolution politique des deux pays. Les conflits internes du côté algérien, la paralysie politique du côté français ont influencé de façon durable l’exercice du pouvoir dans les deux pays.
Militant anticolonialiste dès les années 1930, Daniel Guérin a soutenu avec lucidité pendant plus de trente ans le combat pour l’indépendance de l’Algérie. Il en a rendu compte sur le moment, ainsi que des positions de ses partisans ou adversaires français, dans des articles de journaux. Ceux qui sont rassemblés dans ce livre donnent sous une forme ramassée et extrêmement vivante une large vue des événements qui ont abouti d’abord au retour de Charles de Gaulle au pouvoir en 1958, puis à l’indépendance de l’Algérie en 1962 et enfin au coup d’État de Houari Boumediene en 1965.

Daniel Guérin (1904-1988), militant révolutionnaire et anticolonialiste, fut aussi un militant de la cause homosexuelle. Son parcours politique l’amena sans sectarisme dans les rangs du syndicalisme révolutionnaire, de la gauche socialiste, des groupes trotskystes puis des organisations libertaires. Homme de lettres, historien, son œuvre continue à susciter un intérêt dont témoignent les rééditions récentes de ses livres.

Daniel Guérin, "Algérie 1954-1965, un combat anticolonialiste", avant-propos de Mohammed Harbi, préface de Daniel Guerrier, Spartacus, novembre 2017, 250 p., 14 €.


Avant-propos par Mohammed Harbi

J’ai connu Daniel Guérin lors d’une conférence sur la culture algérienne que j’ai donnée au Cercle Lénine, au cours de l’année 1952. Cette rencontre me vaut le privilège de présenter en avant-propos la réédition de ses textes sur l’Algérie. Mon adhésion à la cause prolétarienne facilita nos rapports. Je militais alors dans un parti d’essence plébéienne, le Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Mon engagement était alors le fruit d’une décision éthique et non l’expression d’une théorie. Mon initiation à sa justification scientifique, commencée au lycée Dominique-Luciani de Skikda (Philippeville) au contact de mon professeur d’histoire Pierre Souyri [1], s’est prolongée avec Daniel Guérin, qui mit entre mes mains les ouvrages rares sur les internationales ouvrières et la Révolution russe. Je lui dois à certains égards d’avoir échappé aux simplifications de la doctrine de Marx par les hommes qui se considéraient comme ses héritiers, mais aussi à l’enlisement dans les marécages du nationalisme au nom de la grandeur nationale ou de l’honneur.
Daniel Guérin entreprit avec fermeté et rigueur le procès de la colonisation et mena ce combat contre la gangrène des esprits dans le mouvement ouvrier et en dehors. Il ne se méprenait pas sur les limites de l’anticolonialisme et du tiers-mondisme et s’en justifia en ces termes : « Aussi longtemps que les troupes françaises […] fouleront la terre algérienne, tous les torts seront de notre côté ; et quelque attitude que les Algériens adoptent à notre égard, ou quoi qu’ils entreprennent et fassent contre nous, c’est eux qui auront raison […]. Qu’y pouvons-nous si le programme des démocrates algériens les plus extrémistes est, de notre point de vue social, réactionnaire et qu’il tende à faire triompher les aspirations antipopulaires de […] la bourgeoisie ? C’est à leurs paysans, non à nous, de s’en expliquer avec eux. Et que sommes-nous donc pour nous croire le droit de blâmer ce que le programme algérien a d’étroit ? »
Sur bien des points, en particulier la guerre civile entre le FLN (Front de libération national) et le MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj, cet ouvrage est un remède efficace contre la désinformation et la propagande, relayées à certaines occasions par la presse de gauche. Dans cet ouvrage, Daniel Guérin complète ici, rectifie là certaines données de l’histoire algérienne avec un seul souci, celui de la vérité. Sans nous départir de la saine révolte qu’il a éprouvée devant l’absurdité des luttes civiles qui ont déchiré l’Algérie pendant la guerre d’Indépendance et qui se sont poursuivies après 1962, disons que dans la mesure où la colonisation n’a pas transformé radicalement l’Algérie et assuré sa sédimentation politique, et où le nationalisme n’a pas pu ou su dépasser ses divisions ethniques, sociales, culturelles et politiques pour construire la nation, il est permis de penser que les luttes civiles devenaient inévitables.
Après l’Indépendance, Daniel Guérin reprend contact avec l’Algérie. Il fut l’un des observateurs les plus avisés de l’Algérie de Ben Bella et du sort que celui-ci a réservé à ses propres engagements. Les critiques qui lui ont été faites sur ses appréciations du commandement militaire et sur son appui à Ben Bella manquent d’une connaissance concrète du monde ouvrier et du champ politique. Ses travaux sur l’« Algérie qui se cherche » et la caporalisation du pays resteront pour les chercheurs et les historiens des documents difficiles à occulter. Son expérience a le sens que Georges Bataille, cité par Martin Breaugh, a noté : « J’appelle expérience un voyage au bout du possible de l’homme. Chacun peut faire ce voyage, mais, s’il le fait, cela suppose nier les autorités, les valeurs existantes que limite le possible. [2] »
Est-il meilleure définition du libertaire ?

Préface. Un anticolonialiste indocile, par Daniel Guerrier

Encore un livre sur la guerre d’Algérie, et qui plus est une réédition, certes augmentée ! Des centaines de livres existent aujourd’hui, issus de tous les camps, et même de toutes les tendances tant dans les camps français, celui des « nostalgériques » de l’Algérie française comme celui des anticolonialistes, que dans les camps algériens. Et toute une pléiade d’historiens indépendants se sont attelés à exhumer les zones d’ombre de cette histoire tragique. Et pourtant certaines archives seraient encore « explosives », comme le disait il y a quelque temps Mohammed Harbi en ce qui concerne celles de l’Armée de libération nationale. Certes, la possibilité d’accès aux informations disponibles aujourd’hui est radicalement différente que l’on habite le territoire de l’ancienne puissance coloniale de ce côté de la Méditerranée ou dans l’Algérie algérienne où règne encore une histoire officielle très sourcilleuse de toute incursion non contrôlée dans le passé. En témoigne la censure du Monde diplomatique d’août 2017 par le gouvernement algérien à cause d’un article de Pierre Daum intitulé « Mémoire interdite en Algérie » mettant en cause la version manichéenne officielle imposée de l’histoire de la « décennie noire » des années 1990. Certes, cette attitude vient de loin puisque que le peuple algérien n’apprendra qu’en octobre 1963, plus d’un an après l’Indépendance, par le président Ben Bella lors d’un meeting public, que le dirigeant du FLN Abane Ramdane n’était pas « mort au champ d’honneur » dans une embuscade de l’armée française en se rendant à une réunion clandestine au Maroc en 1957, mais qu’il avait été exécuté par d’autres dirigeants nationalistes alors qu’en France, dès 1962, le livre de Jacques C. Duchemin sur l’histoire du FLN signalait sa liquidation, liquidation dont Ben Bella se gardera bien de dévoiler qu’il y avait donné son aval. Et, en 1978, Ferhat Abbas dédiera son Autopsie d’une guerre, l’aurore « à la mémoire de Ramdane Abane, et à celle de tous les Algériens exécutés injustement, par leurs propres frères ».
Que peut nous apporter Daniel Guérin dans un tel contexte ? Ni historien de formation universitaire, ni dirigeant d’une organisation politique engagée dans la solidarité avec les grandes luttes de libération nationale de l’époque, ni auxiliaire de la révolution mondiale et encore moins obscur « porteur de valises » de l’un des multiples réseaux, son témoignage est pourtant exemplaire à plus d’un titre.
Dès 1927, à l’occasion d’un long séjour professionnel au Liban et en Syrie, où il fera la connaissance de l’émir Khaled, petit-fils d’Abd-el-Kader, il est indigné par les horreurs du système colonial. Celui-ci, ancien officier de l’armée française décoré de la guerre de 1914-1918 avait fondé le mouvement des Jeunes Algériens dès 1920, ce qui lui valut l’exil. Conforté dans son rejet viscéral du colonialisme lors d’un voyage en Indochine en 1930 où il put voir la répression coloniale à l’œuvre, Daniel Guérin noue dès 1931 des relations d’amitié et de solidarité avec des militants des peuples colonisés par la France soucieux de leur émancipation. C’est ce qui lui fera rencontrer dès 1934 Messali Hadj, dirigeant de l’Étoile nord-africaine (qui s’est émancipée du PCF en 1928), quand celui-ci vient mettre son organisation au service de la gauche française après les émeutes fascistes de février 1934.
Mais il est décontenancé par le peu d’intérêt pour l’émancipation des peuples colonisés qu’il rencontre dans le mouvement ouvrier traditionnel, socialiste ou communiste (malgré, pour celui-ci, la 8e condition imposée par la IIIe Internationale concernant la libération des peuples opprimés) ; son combat n’est partagé que par le noyau syndicaliste-révolutionnaire rassemblé autour de La Révolution prolétarienne et ses anticolonialistes confirmés que sont Robert Louzon, Jean-Pierre Finidori et J. Pera (pseudonyme de Louis Bercher, médecin de la marine marchande), des trotskistes et des libertaires dont il est proche. Daniel Guérin n’aura alors de cesse que de secouer les consciences sur ce sujet, par sa participation à la création et au suivi de multiples comités de défense et de soutien (dès 1931 pour l’amnistie et la défense des Indochinois, avec André Malraux, Marius Moutet ˗ futur ministre des Colonies du Front populaire ˗ entre autres), puis par sa participation à la « commission coloniale » de la SFIO durant le Front populaire comme représentant de la tendance « Gauche révolutionnaire ». Malheureusement, le Front populaire ne sera pas qu’une « révolution manquée » ; il ratera aussi le rendez-vous de l’Histoire avec l’émancipation des colonies françaises, alors que la plupart de ceux qui, plus tard, prendront la tête des luttes de libération nationale sont déjà présents et cherchent à faire entendre les revendications de leurs peuples. Sa désillusion sera à son comble lorsque Léon Blum dissoudra l’Étoile nord-africaine, pourtant partie prenante officielle du Front populaire.
La Seconde Guerre mondiale imposera bien sûr un temps d’arrêt à tous ces combats ; seule une infime minorité d’activistes nationalistes répondront aux appels du pied du régime nazi qui voyait là un moyen parmi d’autres d’affaiblir ses ennemis. En revanche, l’expérience de la guerre et du monde occidental, tout comme l’avait déjà été l’expérience des troupes « indigènes » lors de la Première Guerre mondiale, va dessiller les yeux de nombre de combattants des troupes coloniales, volontaires ou « levés » de force ; ce qui ne sera pas sans conséquence, comme en témoignera l’ossature militaire des maquis FLN d’anciens sous-officiers démobilisés tel que l’adjudant Ben Bella qui fût décoré par de Gaulle en personne en 1944 et de déserteurs de l’armée française (les « DAF »), pour certains ayant fait en outre en Indochine l’expérience de la guerre révolutionnaire.
Après un séjour aux États-Unis de 1946 à 1949, où il s’est mis au service des mouvements pour les droits civiques ainsi que des organisations afro-américaines, Daniel Guérin, fortement marqué par les massacres de Sétif et Guelma de mai 1945, se joint au Comité France-Maghreb dès sa création en juin 1953. Présidé par François Mauriac, qui est un de ses amis intimes, ce Comité rassemble un étonnant aréopage de spécialistes du monde arabo-musulman, de militaires, des socialistes, des catholiques et des personnalités telles que François Mitterrand, que Guérin qualifiera plus tard d’« impérialistes intelligents cherchant à sauver les meubles ». Comme à son habitude, Daniel Guérin y sera le mouton noir, empêcheur de penser en rond, en général toujours plus « à gauche » que le plus gauchiste, une attitude largement spontanée qui sera toujours la sienne dans ses différents engagements, extériorisation de sa personnalité intime d’éternel révolté ; il lui arrivera néanmoins parfois de se résoudre intellectuellement à prendre le parti du « moins pire », comme en 1969, quand il apportera son soutien à Poher contre Pompidou.
À la suite du démantèlement par la police en 1950 de l’Organisation spéciale, structure paramilitaire du Parti du peuple algérien (PPA), fondé en 1937 à la suite de la dissolution de l’Étoile nord-africaine, et du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD, vitrine légale du PPA maintenu clandestinement, fondée en octobre 1946), le mouvement nationaliste se réorganise. Messali Hadj fait une tournée triomphale dans toute l’Algérie au printemps 1952 qui aboutit à son arrestation à la suite d’une provocation policière et à sa déportation à Niort en mai. Il met à profit son assignation à résidence forcée en métropole pour renouer tous les liens avec la gauche révolutionnaire et créer avec Emmanuel Morniche, instituteur membre de l’École émancipée, un Cercle Zimmerwald à Niort, pendant local du Cercle éponyme parisien fondé en 1951, dans la suite des Groupes de liaison internationale initiés par Albert Camus et ses amis de La Révolution prolétarienne en 1948. Daniel Guérin rend alors visite à Messali, son ami depuis les années 1930, ce qui sera le début du long chemin commun pour l’émancipation de l’Algérie par-delà toutes les divisions. En effet, et c’est la particularité essentielle du soutien anticolonialiste de Daniel Guérin, celui-ci n’acceptera jamais de se ranger dans l’un des camps des nationalistes, celui du Mouvement national algérien autour de Messali Hadj ou celui du Front de libération nationale apparu lors des attentats du 1er novembre 1954, la « Toussaint rouge » déclenchée prématurément sur les conseils des services secrets égyptiens.

En dépit des énormes pressions de part et d’autre, Daniel Guérin, sans jamais mesurer son soutien à la lutte de libération, n’acceptera jamais de se rallier sans condition au FLN, comme celui-ci le réclame haut et fort, affirmant son hégémonie sur fond d’assassinats fratricides croisés ente FLN et MNA. Daniel Guérin, ainsi qu’André Breton, Laurent Schwartz, Edgar Morin et quelques autres intellectuels. dénoncera la liquidation des dirigeants syndicalistes de l’Union syndicale des travailleurs algériens (USTA), messaliste, par le FLN en métropole, tout comme ses amis de La Révolution prolétarienne, avec Albert Camus, pourtant ami de longue date des dirigeants du FLN Amar Ouzegane et Mohamed Lebjaoui, qui écrira dans le numéro de novembre 1957 de la revue : « Allons-nous laisser assassiner les meilleurs militants syndicalistes algériens par une organisation qui semble vouloir conquérir, au moyen de l’assassinat, la direction totalitaire du mouvement algérien ? » Il assistera en décembre 1957 à l’enterrement de Filali Abdallah, dirigeant de l’USTA abattu par le FLN, l’une des figures marquantes du nationalisme algérien depuis 1933.
Cependant, en septembre 1960, il n’hésite pas à signer le Manifeste des 121 au moment où commence le procès du Réseau Jeanson dit des « porteurs de valises » alors que ce réseau, proche des initiateurs du Manifeste, soutenait « fanatiquement » le FLN, comme le dira Georges Fontenis, de la Fédération communiste libertaire, alors interdite. En revanche, Edgar Morin, de son côté, refusera de signer le dit Manifeste du fait de la « liquidation » du MNA par le FLN.
Daniel Guérin n’hésitera pas à se mettre au service du gouvernement Ben Bella à l’Indépendance, aux côtés de ses amis internationalistes, Michel Raptis et Mohammed Harbi tout en ayant dénoncé la « guerre impitoyable et dramatique entre fractions du FLN vainqueur au cours de l’été 1962 ». En effet, une guerre civile impitoyable et dramatique entre fractions du FLN vainqueur déchira, au cours de l’été 1962, la toute jeune République algérienne. Cette lutte pour le pouvoir entre le Gouvernement provisoire de la République algérienne, représentant le pouvoir civil avec une forte composante laïque et kabyle, et l’État-major général de l’« armée des frontières », nouvellement dénommée Armée nationale populaire, dirigé par le colonel Houari Boumediene, rejoint par Ahmed Ben Bella et le « clan d’Oujda » (dont faisait déjà partie le jeune Abdelaziz Bouteflika), à forte composante arabo-musulmane, dura des semaines et fera un millier de morts. La victoire de ces derniers privera le peuple algérien d’élections libres et donc de sa propre victoire.
Toujours aussi indépendant et lucide, Daniel Guérin mettra en garde le président Ben Bella, de plus en plus isolé, contre les dérives du nouveau pouvoir et le sabotage des tentatives autogestionnaires, l’autogestion étant pourtant présentée comme la voie officielle vers un socialisme nouveau en Algérie. En 1965, il n’hésitera pas à dénoncer clairement le coup d’État du colonel Boumediene tout en tentant d’aider les oppositionnels arrêtés ou en fuite, mais sans jamais renier son combat solidaire pour l’émancipation du peuple arabo-berbère de l’Algérie dont l’Indépendance aura été « confisquée » malgré toutes les souffrances subies, comme Ferhat Abbas, lui-même devenu oppositionnel, intitulera l’un de ses ouvrages en 1978.
Daniel Guérin restera fidèle à Messali Hadj. Celui-ci décède le 3 juin 1974 à Gouvieux, sa dépouille est portée rituellement par Daniel Guérin et Mohammed Harbi – rentré en France l’année précédente après son évasion du territoire algérien à la suite de son emprisonnement en 1965 suivi de son assignation à résidence dans le Sud algérien – lors de la cérémonie familiale. Messali Hadj est inhumé à Tlemcen, sa ville de naissance le 7 juin lors d’obsèques « grandioses » au grand dam du pouvoir en place qui ne lui avait accordé un passeport algérien que deux ans auparavant, ce qui ne lui avait pas permis de fouler un jour le sol de l’Algérie indépendante pour laquelle il avait tant combattu et parmi les tous premiers.
En octobre 1980, à la libération de Ben Bella, prisonnier depuis juin 1965, Daniel Guérin, membre du Comité pour la défense d’Ahmed Ben Bella et des autres victimes de la répression en Algérie, créé après le coup d’État, lui écrira : « Je reste tout aussi fidèle à la mémoire de Messali, dont j’ai eu l’honneur d’être l’ami dans les années 1930 que je suis fidèle à vous-même. » Il lui rendra visite en compagnie d’Anne, sa fille, dans son exil en Suisse à partir de 1981, tous deux ne manquant pas de s’étonner de la religiosité grandissante entourant le président déchu.
En 1982, paraissent à Paris Les Mémoires de Messali Hadj, 1898-1938, que celui-ci, à l’instigation de sa fille, a commencé à rédiger en 1970, mais que la maladie ne lui a pas permis de terminer. Ils comportent une préface de Ben Bella, rendant un hommage rétrospectif à la mémoire de Messali, alors qu’il fut l’un de ceux qui l’avaient condamné, au sens fort du terme, après l’avoir vénéré. Une édition à Alger verra le jour en 2006 avec cette fois-ci une préface du président Bouteflika qui fut lui aussi l’un des ardents anti-messalistes en son temps. Viendra ensuite une réhabilitation officielle bien tardive avec l’inauguration de l’aéroport « Messali El Hadj », à Tlemcen le 16 avril 2011 par le président Bouteflika, en présence de Ben Bella rentré en Algérie depuis 1990, et la tenue d’un colloque international autour de sa mémoire en septembre 2011 avec des interventions de Djanina Messali-Benkelfat, sa fille – qui publiera Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père, à Paris, en 2013 – de Mohammed Harbi et de Benjamin Stora. Mais « Madame Messali », son épouse, née Émilie Busquant, libertaire française, reste à ce jour ignorée du panthéon officiel de la révolution algérienne, malgré le rôle actif qu’elle y eut, remplaçant souvent, y compris publiquement, Messali durant ses multiples emprisonnements.
Si Daniel Guérin nous a laissé une bonne leçon, c’est sa fidélité à un anticolonialisme intransigeant, en tant que citoyen de la puissance coloniale, sans jamais succomber au paternalisme à l’envers qui consiste à ne pas s’autoriser à critiquer les mouvements ou les hommes que l’on soutient au prétexte que leur juste lutte pour leurs droits et leur émancipation ne se discute pas ; ou pis, au prétexte qu’étant extérieur à leur combat, les anticolonialistes de l’intérieur de la puissance impérialiste n’auraient pas le droit de critique, tout comme s’il avait été interdit à celui qui n’était pas ouvrier de profession de critiquer l’horrible dérive du mouvement ouvrier que fut en son temps le stalinisme.
M’étant impliqué en politique dès 1961, à quinze ans, en diffusant des textes anticoloniaux dans mon lycée à Fontainebleau, une ville quasi militaire, dans le sillage de mon père, Paul Guerrier, instituteur proche de Pierre Vidal-Naquet et du journal clandestin Vérité-Liberté qui dénonçait la guerre et la torture en Algérie, j’ai découvert Daniel Guérin via son « best-seller », L’Anarchisme, paru en 1965. Et durant l’été 1965, lors de mon premier embarquement aux Messageries maritimes sur la ligne de l’océan Indien, j’allais être confronté, tout comme Daniel Guérin une trentaine d’années avant, aux réalités du colonialisme (à Djibouti, à La Réunion, au Mozambique) et du néocolonialisme (à Madagascar). Des embarquements suivants me feront découvrir les réalités de l’apartheid en Afrique du Sud. Et dès 1970, j’allais me retrouver l’un de ses compagnons de lutte, revoyant en même temps des amis de mes parents connus dès mon enfance tels que Georges Fontenis (de la FCL, première organisation française à avoir soutenu la lutte pour une Algérie libre dès novembre 1954), Robert Chéramy (de la Fédération de l’Éducation nationale qui, tout en soutenant la lutte pour l’indépendance algérienne dirigée par le FLN, maintint sa solidarité avec le MNA), l’avocat anticolonialiste Yves Dechezelles, tous acteurs importants de la solidarité avec la lutte du peuple algérien, ou Robert Jaussaud, ami de jeunesse et d’engagement d’Albert Camus – lequel fût chargé du rapprochement entre le Parti communiste algérien et le PPA à l’époque du Front populaire ; et nous cheminerons ensemble dans de multiples combats jusqu’à son décès en 1988.
Hermétique à tout sectarisme, mon père avait développé une véritable éducation libertaire dans notre famille, hors de tout prosélytisme, ce qui eut pour conséquence ma bonne entente avec le bonhomme Guérin, nous retrouvant parfois à envisager à adhérer en même temps à plusieurs organisations « sœurs » simplement pour nous moquer de tout esprit de boutique. Et nous serons encore, de conserve, solidaires de la lutte du peuple kanak après les « événements de novembre 1984 » au soir de sa vie. Je lui ferai rencontrer mon ami Jean-Marie Tjibaou, tout comme il m’avait demandé d’aller saluer de sa part lors de l’un de mes passages à Papeete le vieux militant indépendantiste polynésien, Pouva’ana, si longtemps déporté en métropole, ainsi que le dirigeant kanak Yann Céléné Uregeï à Nouméa.
Puisse ce livre donner au lecteur une vision d’ensemble de la lutte des Arabo-Berbères d’Algérie pour leur émancipation, sans sectarisme. Daniel Guérin, avec l’intransigeance de la lucidité, n’hésitait pas à appuyer par sa plume là où cela fait mal, y compris dans son propre camp, ce qui n’est pas si courant.

Céret, octobre 2017

[1] Résistant FTP, puis militant du Parti communiste français de 1942 à 1944, il adhère brièvement au PCI (trotskiste) puis au RDR (Rassemblement démocratique révolutionnaire). Professeur d’histoire en Algérie de 1949 à 1952, il entre à Socialisme ou Barbarie en 1952, où il signe ses articles sous le pseudonyme de Pierre Brune. Membre du groupe Pouvoir ouvrier dans les années 1960, il décède en 1979.

[2] Martin Breaugh, L’Expérience plébéienne, Payot, Paris, 2007.

http://histoirecoloniale.net/Algerie-19 ... liste.html
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 28 Jan 2018, 18:18

[Valence] Projection du film « Les balles du 14 juillet 1953 »

Projection du film « Les balles du 14 juillet 1953 » le jeudi 31 janvier à 19 h au Laboratoire anarchiste, 8 Place St Jean, Valence

Film de Daniel Kupferstein sur un carnage méconnu

Le 14 juillet 1953 à Paris, le MTDL (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) algérien organise à Paris une manifestation autorisée d’ouvriers algériens. Arrivés place de la Nation, les premiers heurts éclatent et les policiers tirent sur le foule.
Bilan : sept morts 6 dans les rangs du MTLD, un syndicaliste CGT et une quarantaine de blessés.

La projection sera suivi d’un débat : « les blessures mémorielles entre la France et l’Algérie seront longues à cicatriser ».

https://rebellyon.info/Projection-du-fi ... u-14-18626
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 03 Fév 2018, 14:00

Colonisation et guerre d’indépendance en Algérie - Récits de femmes en luttes

Saint-Martin-de-Crau (13) samedi 3 février 2018
à 18h, Mas de Granier Longo MaÏ

« Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans »
Colonisation et guerre d'indépendance en Algérie - Récits de femmes en luttes

Après «La langue de Zahra» et « Les gracieuses », deux films liés à l'immigration au féminin, ce troisième opus explore, de manière toujours très personnelle, le silence attaché à la guerre d'Algérie. Un silence pesant troublant puisque, plus de soixante ans après les faits, il se perpétue.

samedi 03 février au Mas de Granier
Cinéma en présence de la réalisatrice Fatima Sissani
17h : la salle ouvre ses portes
18h : le rideau tombe suivi par un débat avec la réalisatrice Fatima Sissani
21h : petit repas et musique
entrée libre, participation aux frais apprécié

Mas de Granier Longo MaÏ - 13310 St. Martin de Crau - 04 90 47 27 42 - lmcrau@wanadoo.fr

Image

https://gard.demosphere.eu/rv/4369
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 04 Fév 2018, 17:21

56ème commémoration

« Se souvenir de Charonne »

Hommage au neuf victimes de la répression sauvage du 8 février 1962 lors de la manifestation contre l' OAS et pour la paix en Algérie

Paris jeudi 8 février 2018
à 11h30, Métro Charonne

Le 8 février 1962.
9 travailleurs syndiqués de la CGT dont 8 étaient membres du Parti Communiste Français ont été sauvagement assassinés par les brigades spéciales de police sur l'ordre de Maurice Papon, alors Préfet de police de Paris et de Roger Frey, Ministre de l'intérieur du Gouvernement de l'époque.

Déroulé :
• 11h30 : Métro Charonne : dépôt de gerbe auprès des plaques dans le métro
• 13h00 : Cimetière du Père Lachaise : dépôt de gerbes.

Image

http://cgtparis.fr/spip.php?article3276
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 09 Fév 2018, 01:24

Charonne : la police asassine !

Le 8 février 1962 une manifestation parisienne contre la guerre d’Algérie était violemment réprimée par les forces de l’ordre, causant la mort de neuf personnes au métro Charonne. A l’occasion du 56ème anniversaire de cet événement, nous sommes allés à la rencontre d’Henri Cukierman, président du Comité Vérité et Justice pour Charonne.

... http://www.anti-k.org/2018/02/08/charon ... -asassine/
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Re: Algérie, lutte indépendance, solidarité internationale .

Messagede bipbip » 15 Fév 2018, 21:05

Mitterrand, ministre de la justice, envoyait le militant communiste anti-colonialiste Fernand Yveton à la guillotine

Le 11 février 1957, Mitterrand, ministre de la justice, envoyait le militant communiste anti-colonialiste Fernand Yveton à la guillotine: on n’oublie pas!

On oublie pas : Au petit matin du 11 février 1957, Fernand Iveton est guillotiné, exécuté à la prison Barberousse à Alger, en même temps que les deux autres patriotes algériens Mohamed Ounnouri et Ahmed Lakhnache.

« Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926. Il a un peu plus de trente ans quand il est guillotiné le 11 février 1957 à la prison de Barberousse d’Alger.

Le père, Pascal, enfant recueilli par l’Assistance Publique avait reçu le nom patronymique d’Iveton. Pascal vécut dans un quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania). Communiste et syndicaliste, Pascal Iveton fut révoqué sous le régime de Vichy de son emploi à Électricité et Gaz d’Algérie (EG.A.).

Fernand, son fils, suivit son exemple en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la section de la Redoute (un quartier proche du Clos Salembier) des jeunesses communistes. Il milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache au sein de cette section. Quand L’Union de la Jeunesse Communiste Algérienne est dissoute pour faire place à l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes, Fernand Iveton rejoindra le cercle de la redoute de l’UJDA. Il militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz du Hamma comme délégué syndical.

En 1953, il épouse Hélène Ksiazek, une Polonaise émigrée en France, qu’il connut lors de l’un de ses séjours en région Parisienne. Son épouse le rejoint et ils s’installeront au Clos Salembier.

En juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes.

Après l’Accord FLN-PCA les Combattants de la Libération sont intégrés dans l’ALN-FLN, il fera partie du commando du Grand Alger. Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz du Hamma. Elle est déposée le 14 novembre 1956. Mais tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. À ce propos Pierre Vidal-Naquet écrit dans sa préface à l’ouvrage de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » ce qui suit : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage. »

Dans son ouvrage « Des douars et des Prisons » Jacqueline Guerroudj qui lui a apporté la bombe fabriquée par Abderahmane Taleb et Daniel Timsit raconte qu’elle était chargée de lui donner deux bombes. Le 25 novembre 1956, onze jours seulement après son arrestation il est passé devant le tribunal. « Dans une atmosphère de pogrom » est-il écrit dans « La guerre d’Algérie » tome 2, page 364 (ouvrage sous la direction d’Henri Alleg).

Il est condamné à mort au cours d’une parodie de procès « dans un prétoire où montaient des cris de haine et de mort ».

Le ministre français de la Justice de l’époque, François Mitterrand, et le président de la République Française refuseront de le gracier après la demande introduite par ses avocats. Le 11 février 1957 au petit matin il sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice. Les 3 hommes s’embrassent et clament « Vive l’Algérie libre ! » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent, entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. »

Dans sa dernière lettre à son avocat Joe Nordmann, Iveton déclare : « Pour moi, seuls la lutte de notre peuple et l’appui désintéressé du peuple Français sont les gages de notre libération. » William Sportisse


http://www.anti-k.org/2018/02/13/mitter ... uillotine/
Avatar de l’utilisateur-trice
bipbip
 
Messages: 25229
Enregistré le: 10 Fév 2011, 09:05

Précédente

Retourner vers Histoire

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun-e utilisateur-trice enregistré-e et 1 invité