Louise Michel on n’oublie rien !

Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede bipbip » 11 Mar 2017, 21:15

L’abécédaire de Louise Michel

L’institutrice et poétesse Louise Michel disparut en 1905, année de la séparation des Églises et de l’État et de la première phase de la révolution russe. Celle que la presse surnomma « la grande druidesse de l’anarchie » fut l’une des figures de la Commune de Paris et appuya, déportée en Nouvelle-Calédonie, la lutte des Kanak contre le régime colonial au nom des idéaux qui l’avaient justement poussée dans les rangs de la Commune. Elle fut libertaire et n’en était pas moins, pour reprendre les mots de l’un de ses biographes, « ouverte à toutes les tendances du socialisme révolutionnaire1 ». Elle fut féministe et insistait sur la nécessité de lier le combat pour l’égalité entre les sexes à celui du prolétariat tout entier. Elle fut ardente défenseuse des animaux et ne manquait pas de rappeler que leur exploitation, par les humains, était à l’origine de son implication révolutionnaire. Elle fut bien souvent minoritaire et continuait d’en appeler à « la vile multitude » : le peuple, la masse des déshérités, ceux qui font face à la « gueule des canons » et aux « appétits des parasites ». « Tout va ensemble », lançait-elle : on ne saurait mieux dire.

... http://www.revue-ballast.fr/labecedaire ... se-michel/
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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede bipbip » 07 Avr 2017, 17:56

Louise Michel

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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede Lila » 27 Aoû 2017, 21:00

MÉMOIRES DE LOUISE MICHEL ÉCRITS PAR ELLE-MÊME

à lire en pdf : http://www.bibebook.com/files/ebook/lib ... e-meme.pdf
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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede bipbip » 16 Sep 2017, 12:55

Paris samedi 16 septembre 2017

Théâtre « Louise Michel, la louve »

Image

Louve ou vierge rouge ? Louise Michel partage ses passions et ses convictions dans une épopée qui nous entraîne de la Commune à la Nouvelle-Calédonie.

La représentation sera suivie d'un exposé de Mme Françoise Delorme, de l'Association Histoire et Vie du 10e et d'un échange avec le public.

Compagnie : Gexis
Mise en scène : Emmanuel Desgrées du Loû
Avec : Clémentine Stépanoff

Entrée libre, sur réservation au : 01 53 24 69 70

à 16h, Médiathèque Françoise Sagan
8 Rue Léon Schwartzenberg, Paris 10e

http://www.commune1871.org/?Samedi-16-s ... l-la-louve
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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede bipbip » 27 Oct 2017, 01:21

Chez Louise Michel. Interview dans le Gaulois 1881

Hier matin, le Citoyen publiait la lettre suivante :

Paris, 22 janvier 1881.

Citoyen rédacteur,

Puisque le froid et la faim se chargent d’amnistier à leur manière les citoyens qui reviennent de la déportation ou du bagne, ayant souffert dix ans pour la République.
Puisque les vieillards et les jeunes filles ne trouvent d’autre refuge contre la misère que la mort.
N’y aurait-il pas moyen, pour toutes ces misères, d’organiser d’immenses conférences publiques dans des salles de spectacle offertes, pour quelques heures, dans les journées du dimanche, par des directeurs bienveillants (puisque, vous le savez, la location des salles absorbe le prix de l’entrée).
La première pour les amnistiés.
Louise Michel
P. S. Je tiens à la disposition des journaux de la réaction (toujours au bénéfice des
amnistiés) :

1° Quelques feuilles de vers bondieusards, écrits dans mon jeune âge;

2° Une demi-heure d’interrogatoire chez moi (à condition toutefois que ledit interrogatoire sera écrit, devant moi, en double, -ils sont trop habiles pour nous) :
La feuille, 20 francs
L’interrogatoire, 20 francs.
De quoi me diffamer pondant huit jours. Qu’importe ! Rira bien qui rira le dernier.
L. M.

Immédiatement, nous avons détaché auprès de Mlle Michel le jeune Mermeix, muni d’une jolie pièce de soixante francs et des instructions suivantes :
– Obtenir de Mlle Michel DEUX demi-heures, dans le cas où la première ne suffirait pas, et une simple feuille de vers bondieusards.
Mermeix est allé, a déposé son offrande et est revenu avec la conversation et les vers qu’on va lire.

Voici le reçu que lui a délivré son interlocutrice :
24 janvier 1881.
Reçu de monsieur Mermeix, rédacteur du Gaulois, la somme de soixante francs, prix d’une conversation, et d’une pièce de vers, au bénéfice des amnistiés.
Louise Michel.

Nous ne regrettons pas nos soixante francs. D’abord, il nous plaît de penser que nous serons utiles à quelques-uns de ces pauvres diables d’amnistiés, dont leurs amis ne s’occupent plus guère, maintenant qu’ils ne peuvent plus servir de prétexte à manifestation.
Ensuite, Mlle Michel nous séduit. Elle se démène avec une vraie énergie. C’est un mâle.
Et, parbleu du moment où tant d’hommes sont des femmes, quand, par hasard, on trouve une femme qui est un homme, cela fait plaisir.
J-C

C’est à La Chapelle, tout en haut du faubourg Poissonnière, rue du Polonceau, quartier de la Goutte-d’Or.
Louise Michel occupe un petit logement au quatrième. Elle habite avec sa mère.

La pièce où nous entrons est une salle à manger grande comme la main, garnie de meubles simples, proprement entretenus. Un poêle en faïence, un buffet et une table en noyer, des chaises quelconques. Près de la fenêtre, la mère de Louise Michel, une vigoureuse paysanne, raccommode des bas, courbée sur son ouvrage, les pieds sur une chaufferette. Louise est assise près de la table. Devant elle, une écritoire est ouvert. Beaucoup de papiers épars.
L’entretien commence.

Citoyenne, j’ai vu dans un journal l’offre que vous faites à la presse de quelques pièces de vers et d’interrogatoires à 20 francs la pièce, au bénéfice de la caisse des amnisties. Je m’empresse de profiter de votre invitation collective, qui me procure le plaisir de vous voir et la satisfaction de concourir à une œuvre philanthropique.
La citoyenne nous explique qu’elle a a imaginé ce moyen de vendre des conversations, parce qu’elle ne peut plus faire de conférences. Sa mère est malade et ne veut plus rester seule le soir.
Louise Michel nous fait ensuite des conditions. Elle-même écrira ses réponses et nous livrera un texte que nous n’aurons pas le droit de modifier. Accepté.
Ce qui suit est du Louise Michel, pur de tout alliage. Nous avons mis seulement un peu d’ordre dans le dialogue et, de quelques passages, complété le texte avec nos propres souvenirs.

Depuis quand faites-vous de la politique ?
J’ai commencé à faire de la politique, c’est-à-dire de la révolution, quand, en apprenant à lire dans l’histoire des Gracques, j’ai vu, en tête d’un livre fait pour les enfants, l’image de Tibérius assassiné à la tribune.

Mais, depuis ce jour jusqu’à votre entrée dans les combats de la politique, il s’est passé beaucoup d’années. Vous avez été institutrice, heureuse, dans une vie calme n’en avez-vous pas quelque regret?
Je n’ai jamais de regret d’aucune chose du passé, parce que l’horizon change à chaque progrès que fait l’intelligence, et, plus celle-ci s’agrandit, plus l’idéal est grand.

Passons à des objets plus actuels. Approuvez -vous ou désapprouvez-vous la campagne menée contre les hommes les plus dévoués et les plus éminents de l’intransigeance, par la Révolution sociale, votre journal ?
Je signe mes articles dans tous les journaux où j’écris, et laisse aux autres à expliquer les leurs. Pour moi personnellement, je dis à chacun ne que je pense de ses opinions.

Et sur le fond des doctrines de la Révolution sociale, que pensez-vous ?
Je suis anarchiste. Et je conseille aujourd’hui l’abstention. A mon avis, le vote n’a plus d’autre utilité que de faire naître des groupements sociaux. Mais nos amis n’ont rien à faire au gouvernement tel qu’il existe. Ils n’y arriveraient en majorité que si la révolution était faite.

Comment croyez-vous qu’arrivera la révolution ?
Elle résultera d’un écroulement causé par quelque épouvantable crime comme Sedan. Je ne veux pas que nos amis empêchent cette catastrophe. Leurs voix isolées pourraient arrêter beaucoup de mal et retarder la chute de la vieille société.

Vous êtes donc systématiquement anarchiste ?
Les querelles des écoles ne sont rien pour moi. Chacune de ces écoles me parait fournir une des étapes par lesquelles va passer la société socialisme, communisme, anarchie. Le socialisme, auquel nous touchons réalisera et humanisera la justice. Le communisme perfectionnera cet état nouveau qui aura son expression dernière dans l’anarchie.
Dans l’anarchie, chaque être aura atteint son développement complet. Peut-être des sens nouveaux seront-ils trouvés.
L’homme ayant atteint sa plénitude, n’ayant plus ni faim, ni froid, ni aucune des misères présentes, sera bon. Alors plus de code, plus de gendarmes. Plus de gouvernement l’anarchie. Tout ce que nous voyons de cette ère est poésie, sublime rayonnement de justice.

Ce sera l’idéal réalisé ?
Non, car de ces sommets on en apercevra d’autres. Les forces de l’humanité se tourneront vers les sciences, et renverseront les obstacles qui s’opposent à la conquête de la nature.

Nous vous avons souvent entendu prêcher l’émeute et la révolution sanglante.
Point. J’ai dit seulement qu’il ne fallait pas craindre de tuer un homme pour en conserver cent.

Vous approuvez la théorie du régicide de Félix Pyat ?
Absolument. C’est le système que les nihilistes emploient.

On vous a prêté un aphorisme déjà fameux, qui visait évidemment M. Gambetta : Quand les cochons sont gras, on les tue ?
Jamais je n’ai dit de semblables grossièretés. Les amis de M. Gambetta 1’insultent en le comparant à un animal. Je ne veux pas qu’on tue les porcs, et pour cela je ne les laisserai pas engraisser.

Causons philosophie. Vous êtes matérialiste et athée ?
Oui, parce que j’ai reconnu que de l’idée de Dieu et des récompenses éternelles dérivaient toutes les tyrannies.

Mais vous avez été catholique ?
Oui, car j’ai de la poésie. J’admirais les martyrs du cirque et les conspirateurs des Catacombes. A tel point qu’enfant j’eusse pris avec plaisir la cornette des sœurs de charité.

Ici, la mère de Louise intervint pour dire « Ah! pourquoi t’ai-je empêchée de le faire ? »
Notre interlocutrice continua.

Devenue matérialiste, mais toujours fanatique, car je suis une fanatique, je me suis dévouée à la cause des opprimés comme je l’eusse fait, en mon âge de foi, à Dieu. Aujourd’hui, je suis encore avec les martyrs du cirque.
Voyez, continua-t-elle, la révolution sociale et le matérialisme sont liées, comme l’est l’idée de Dieu avec les tyrannies de la vieille société. Un monde nouveau émerge. Il est encore à sa période héroïque. Il a ses poètes, ses bardes, ses martyrs. Ainsi il arrive à chaque rénovation de l’humanité.

Le mal et le bien n’ont donc pour vous aucune sanction ultérieure ?
Aucune autre que les austères jouissances de la conscience.

Louise Michel nous en avait bien dit pour quarante francs. Les dernières secondes de la seconde demi-heure battaient leur tic-toc. Nous nous en allâmes en pensant à la vieille mère de cette mystique, qui aurait voulu voir sa fille religieuse.

Le Gaulois 25 janvier 1881


https://anarchiv.wordpress.com/2017/10/ ... lois-1881/
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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede bipbip » 10 Déc 2017, 23:43

Louise Michel (1830-1905)

Femme de son époque, communarde et anarchiste, Louise Michel, par ses prises de position révolutionnaires, son sens de l’innovation et ses audaces en tous domaines, préfigure aussi l’avenir. Féministe intransigeante, éducatrice imaginative, amie des bêtes et avocate de la cause animale, militante sociale et politique d’une extraordinaire énergie, elle semble annoncer les courants écologiste, antiraciste et anticolonialiste, l’avènement du socialisme et de la révolution russe.


D’une générosité exceptionnelle, d’une bonté légendaire, Louise Michel donne tout ce qu’elle possède. Cependant, elle est capable d’actes de violence ; lors de l’insurrection de la Commune, elle ne se cantonne pas au rôle d’ambulancière, elle tire des coups de feu : “les balles faisaient le bruit de grêle des orages d’été […]. Certains gardes nationaux avouèrent depuis avoir tiré non sur ceux qui nous canardaient, mais sur les murs, où, en effet, fut marquée la trace de leurs balles. Je ne fus pas de ceux-là ; si on agissait ainsi, ce serait l’éternelle défaite avec ses entassements de morts et ses longues misères, et même la trahison”.

Son courage et son mépris de la mort se révèlent lors de la Commune, mais aussi par la suite, lors des procès, des années de prison et de déportation ; au cours d’un meeting, elle est blessée par une balle de révolver et se bat pour faire acquitter l’agresseur, un homme pauvre et mystique. Les conférences suscitent parfois des échauffourées qui la mettent en danger, il lui est arrivé de recevoir des projectiles ; elle n’a peur de rien, et affronte en combattante intrépide toutes les situations, aussi virulente en paroles, inébranlable dans ses convictions révolutionnaires, qu’intransigeante dans ses actes.

De fortes convictions politiques

Influencée par sa famille maternelle, Louise Michel fut d’abord sensible au catholicisme social avant de rejoindre l’anarchisme. Jeune institutrice hostile à l’Empire, elle fut résolument républicaine, puis Communarde emblématique et surtout, essentiellement, passionnément révolutionnaire. “J’appartiens tout entière à la révolution” a-t-elle dit. Claire Auzias la qualifie d’anarchiste hétérogène, car elle n’appartient à aucune organisation, même si elle cite Bakounine dans son dernier livre, et si elle est proche de Kropotkine. Louise Michel tire les leçons du carnage de la Commune : “au lieu de livrer à de nouvelles hécatombes cette foule bien-aimée, il vaut mieux ne risquer qu’une seule tête, les nihilistes ont raison”.

Elle ne croit plus en Dieu, “trop versaillais”, et ne se reconnaît aucun maître ; refusant le processus électoral, elle constate que le pouvoir corrompt les hommes les mieux intentionnés au départ, assertion maintes fois vérifiée. “Ayant vu à l’œuvre nos amis de la Commune si honnêtes qu’en craignant d’être terribles, ils ne furent énergiques que pour jeter leur vie, j’en vins rapidement à être convaincue que les honnêtes gens au pouvoir y seront aussi incapables que les malhonnêtes seront nuisibles, et qu’il est impossible que jamais la liberté s’allie avec un pouvoir quelconque.” Grave erreur, les Communards ne forcent pas les caisses de la Banque : épargner le “cœur du vampire capital” coûta cher à la Commune, reconnaît Louise ; instruits par cette expérience, soulignera plus tard Trotsky, les révolutionnaires russes, eux, surent frapper au bon endroit, en octobre 1917.

En attendant la révolution, Louise Michel apporte son soutien à ceux qui passent à l’acte, Ravachol, Émile Henri, Vaillant. Elle justifie la violence des attentats et qualifie leurs auteurs de “philanthropes, d’idéalistes. Le peuple n’a que trop saigné. Nous n’avons plus d’autre moyen pour en finir avec ce monde. Des hommes se révoltent. Ils tuent. Ceux qui les jugent criminels savent-ils ce qu’est la misère ?”

Claire Auzias souligne : “L’œuvre qu’elle nous laisse, de la construction d’une vie de lutte, fait d’elle le visage même des révolutions du XIXe siècle français, bien au-delà des seuls anarchistes”.

Un féminisme intransigeant

Les révolutionnaires n’ont pas toujours été féministes ; Louise Michel n’a de cesse de stigmatiser Proudhon qui considérait les femmes comme “ménagères ou courtisanes”. Sa vie durant, Louise Michel s’est battue pour la cause des femmes. Elle a eu la chance d’être élevée dans une famille ouverte et tolérante, et elle n’hésite pas à revendiquer fièrement sa naissance illégitime dans ses Mémoires . D’ailleurs la mémorialiste n’est pas tendre pour l’institution du mariage : “J’ai toujours regardé comme une prostitution toute union sans amour”, assène-t-elle. Avec quel humour ravageur ne ridiculise-t-elle pas ses premiers prétendants, particulièrement grotesques. Claire Auzias salue une “femme émancipée… individu libre de toute aliénation familiale, célibataire modèle de liberté”.

Cette femme au caractère bien trempé, intrépide, défendra toujours son sexe opprimé ; les filles sont maintenues dans l’ignorance, elle s’indigne du fait que les garçons aient droit à une instruction bien supérieure, et tente de promouvoir l’accès à la connaissance pour toutes. Ce sera son combat en tant qu’institutrice. Louise Michel s’engage passionnément dans son métier. Pour elle, aucun doute, l’émancipation passe par l’école : “Les écoles professionnelles […] avaient alors tout notre enthousiasme. Quelques poignées de jeunes filles, à peine, y étaient pourvues d’états ou de diplômes, suivant leurs aptitudes ; des artistes en sortirent et nous disions : – voici venir la république ; cette poignée ce sera toutes. Hélas !”.

On ne mendie pas un juste droit, on le conquiert. Aussi incite-t-elle ses sœurs à ne pas attendre que les hommes leur octroient l’égalité. Si elle n’a peur ni de l’incarcération, ni de l’exil, ni de la mort, Louise refuse de perdre sa dignité, et redoute un sort souvent réservé aux femmes qui pensent par elles-mêmes ou créent : l’enfermement psychiatrique. Suite à des campagnes de presse et à des réactions de l’appareil judiciaire, elle redoute de passer pour folle et d’être réduite au silence, et l’on ne peut s’empêcher de songer au sort d’une Camille Claudel ou d’une Séraphine de Senlis. Voilà ce qu’écrit Louise : “Il faut qu’une femme ait mille fois plus de calme que les hommes devant les plus horribles évènements. […]Car les amis, par la pitié qui les trompe ; les ennemis, par la pitié qui les pousse, lui ouvriraient bien vite quelque maison de santé, où elle serait ensevelie, pleine de raison, avec des folles, qui, peut-être, ne l’étaient pas en entrant. L’homme, quel qu’il soit, est le maître”.

Liant son sort à celui de ses semblables, ses sœurs, souvent côtoyées en prison, Louise Michel lance un vibrant plaidoyer contre la prostitution, elle dénonce la traite des femmes, les souteneurs qui considèrent leur proie comme du bétail humain. La misère empêche les femmes de nourrir leurs petits, et les pousse sur le trottoir. L’écrivaine évoque les méthodes de recrutement de filles parfois naïves, les dettes abusives, les corps qui tombent en lambeaux, le trafic international de chair humaine.

Elle fustige aussi les salaires de misère qui ôtent toute signification au travail féminin, le chômage, l’exploitation sous toutes ses formes. La seule issue, c’est de se battre, et Louise Michel souligne la puissance de la lutte des femmes, les comités de femmes très actifs auxquels elle a participé. Elle aime et estime la lignée dont elle est issue, mère et grand-mère dont elle trace d’émouvants portraits, et rend de bouleversants hommages à ses amies militantes, aux femmes combattantes et brancardières de la Commune, notamment à Marie Ferré, la fidèle compagne dont la mort rend Louise très malheureuse.

Il y a cependant un aspect du féminisme que l’anarchiste ne partage pas, c’est celui des suffragettes. Ces dernières réclament le droit de vote pour les femmes, et Louise Michel refuse de s’associer à cette revendication. Non qu’elle la condamne, mais la révolutionnaire ne croit nullement qu’un bulletin de vote puisse changer la société. Voici sa position : “Je ne puis m’élever contre les candidatures de femmes, comme affirmation de l’égalité de l’homme et de la femme. Mais… je dois faire partie militante de la grande armée révolutionnaire.

Nous sommes des combattants et non des candidats”.

Des engagements aux multiples visages

Louise Michel se bat contre toutes les formes d’oppression. Déportée en Nouvelle Calédonie, elle a soutenu la révolte des Canaques, si violente fût-elle, contre les colons. Contrairement à beaucoup d’autres déporté-e-s, elle s’est liée d’amitié avec ce peuple considéré comme sauvage, elle s’est efforcée d’apprendre sa langue, s’est intéressée à ses coutumes, à sa culture. Elle se sentait également proche des Arabes déportés pour s’être eux aussi révoltés contre l’oppression coloniale. L’institutrice cherche à instruire les autochtones, et discerne chez eux/elles d’étonnantes qualités. Pour créer un orchestre canaque, Louise Michel utilise les instruments à sa disposition, essentiellement les percussions offertes par la nature. Cependant son sens de l’innovation se heurte au traditionalisme de ses compagnons et compagnes, qui l’accusent de sauvagerie. Là aussi, Louise Michel est en avance sur son temps. Quoi qu’il en soit, théâtre, chœur et orchestre, de multiples activités artistiques sont proposées au peuple canaque, illustrant l’idée d’un partage universel de l’art et du savoir, souvent réitéré par cette femme révolutionnaire que je cite : “Les arts seront pour tous ; […] l’ignorance n’a-t-elle pas fait assez de mal […] ? Les arts font partie des revendications de la race humaine, il les faut à tous”.

À noter par ailleurs qu’elle aime profondément la nature, et qu’elle en prend soin. En Nouvelle Calédonie, Louise Michel tente d’appliquer aux papayers malades le traitement de la vaccination initiée par les recherches récentes de Pasteur. Mais s’il y a un domaine où cette écologiste avant la lettre apparaît comme une pionnière, c’est bien la défense de la cause animale. Elle s’insurge déjà contre les expériences de laboratoire, la vivisection, les souffrances infligées aux chevaux, et dénonce les tortures inutiles et cruelles dont les bêtes sont victimes. L’auteure des Mémoires aspire à un monde où il ne serait plus nécessaire de manger de la viande, où la science permettrait de se nourrir sans immoler des bêtes innocentes. Louise Michel s’émeut même du sort des animaux qui inspirent généralement de la peur et de la répulsion aux humains, loups, serpents ou souris. Son horreur de la peine de mort et de la guillotine remonte à la vision d’une oie décapitée dans sa petite enfance. Elle établit une analogie entre la douleur animale et la douleur humaine ; “Tout va ensemble, estime-t-elle, depuis l’oiseau dont on écrase la couvée jusqu’aux nids humains décimés par la guerre”.

Aujourd’hui, certaines illusions scientistes nourries par Louise Michel et ses contemporain-e-s se sont évanouies, et les espoirs placés dans la révolution qui s’annonçait en Russie ont certes été déçus. Mais la hardiesse de pensée et d’action de Louise Michel n’en garde pas moins toute son actualité. Ses combats contre le capitalisme, contre la pauvreté, l’ignorance, le chômage, l’oppression sous toutes ses formes, pour l’égalité, la liberté des peuples, le respect de la nature et des animaux, sont plus que jamais à l’ordre du jour.

Marie-Noëlle Hopital

Bibliographie :
Mémoires , Louise Michel, éditions Sulliver ;
Louise Michel, graine d’ananar , Claire Auzias, les éditions du Monde Libertaire.


http://www.emancipation.fr/spip.php?article1669
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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede Pïérô » 08 Jan 2018, 13:24

Marseille

Rassemblement communard en hommage à Louise Michel
Hommage en chansons
La chorale La Lutte enchantée

jeudi 11 janvier 2018
18h30, Hôtel Duc, 19 boulevard Dugommier, 13001 Marseille

Jeudi prochain 11 janvier, en l’honneur de Louise Michel et pour l’anniversaire de sa mort le 9 janvier, les fans de Louise Michel sont invité-e-s à rejoindre la chorale révolutionnaire La Lutte enchantée à 18H30 devant l’hôtel Duc à Marseille, cet hôtel où elle a vécu à son retour du bagne (une plaque l’atteste !).
On y chantera des chansons de la Commune de 1871, comme la "Danse des Bombes" dont les paroles sont de Louise Michel elle-même. Puis nous irons comme chaque année rebaptiser en chantant la place et la rue de l’infâme Monsieur Thiers, du nom de notre héroïne communarde.

https://lutteenchantee.wordpress.com
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Louise Michel on n’oublie rien !

Messagede bipbip » 01 Mar 2018, 18:52

Louise Michel
Mémoires

à lire en ligne https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... l-memoires

PRÉFACE DE L’ÉDITEUR

Il y a des noms si retentissants et d’une notoriété telle qu’il suffit de les mettre sur la couverture d’un livre sans qu’il soit nécessaire de présenter l’auteur au public.

Et pourtant je crois utile de faire précéder ces Mémoires d’une courte préface.

Tout le monde connaît, ou croit connaître l’ex-déportée de 1871, l’ex-pensionnaire de la maison centrale de Clermont, la prisonnière devant laquelle viennent enfin de s’ouvrir les portes de Saint-Lazare.

Mais il y a deux Louise Michel : celle de la légende et celle de la réalité, qui n’ont l’une avec l’autre aucun point de ressemblance.

Pour bien des gens, et — pourquoi ne pas l’avouer — pour la grande majorité du public, et surtout en province, Louise Michel est une sorte d’épouvantail, une impitoyable virago, une ogresse, un monstre à figure humaine, disposée à semer partout le fer, le feu, le pétrole et la dynamite… Au besoin on l’accuserait de manger tout crus les petits enfants…

Voilà la légende.

Combien différente est la réalité :

Ceux qui l’approchent pour la première fois sont tout stupéfaits de se trouver en face d’une femme à l’abord sympathique, à la voix douce, aux yeux pétillants d’intelligence et respirant la bonté. Dès qu’on a causé un quart d’heure avec elle, toutes les préventions s’effacent, tous les partis pris disparaissent : on se trouve subjugué, charmé, fasciné, conquis.

On peut repousser ses idées, blâmer ses actes ; on ne saurait s’empêcher de l’aimer et de respecter, même dans leurs écarts, les convictions ardentes et sincères qui l’animent.

Cette violente anarchiste est une séductrice. Les directeurs et les employés des nombreuses prisons traversées par elle sont tous devenus ses amis, les religieuses elles-mêmes de Saint-Lazare vivaient avec cette athée, avec cette farouche révolutionnaire, en parfaite intelligence.

C’est qu’il y a, en effet, chez elle — que Mlle Louise Michel me pardonne ! — quelque chose de la sœur de charité. Elle est l’abnégation et le dévouement incarnés. Sans s’en douter, sans s’en apercevoir, elle joue autour d’elle le rôle d’une providence. Oublieuse de ses propres besoins et de ses propres ennuis, elle ne se préoccupe que des chagrins ou des besoins des autres.

C’est pour les autres — parents, amis ou étrangers — qu’elle vit et qu’elle travaille. Et le parloir de Saint-Lazare, où elle recevait de nombreuses visites quotidiennes, était devenu une sorte de bureau de charité en même temps qu’un bureau de placement, car la prisonnière, du fond de sa cellule, s’ingéniait pour trouver des emplois à ceux qui étaient sans ouvrage et pour donner du pain à ceux qui avaient faim… Elle multipliait les correspondances, n’hésitait pas à importuner ses amis — qui ne s’en plaignaient jamais — à plaider pour ses protégés.

L’anecdote suivante donnera la mesure de sa bonté :

Il y trois ans, elle allait faire une série de conférences à Lyon et dans les autres villes de la région du Rhône. Partie avec une robe toute neuve, elle revint, quinze jours plus tard, au grand scandale de sa pauvre mère, avec un simple jupon ; la robe de cachemire noir avait disparu ! N’ayant plus d’argent elle l’avait donnée à Saint-Étienne à une malheureuse femme qui n’en avait pas, renouvelant ainsi la légende de saint Martin…

Encore l’évêque de Tours ne donnait-il que la moitié de son manteau ; Louise Michel offrait sa robe tout entière !

J’ai parlé de sa mère. Ah ! voilà encore un des côtés touchants de Mlle Michel. En lisant ses Mémoires, on verra à quel point est développé chez elle le sentiment de la piété filiale. C’était une véritable adoration. Cette femme, à quarante ans passés, était soumise comme une petite fille de dix ans devant l’autorité maternelle. Enfant terrible, parfois, il est vrai !… Ayant recours, pour épargner à sa digne mère une inquiétude et une angoisse au milieu de ses périlleuses aventures, à une foule d’innocents subterfuges et de petits mensonges !

Rien qu’en l’entendant dire : « Maman », on se sentait ému ; on ne se souvenait plus qu’elle était arrivée à la maturité. Elle a conservé une jeunesse de cœur et d’allures, une fraîcheur de sentiments qui lui donnent un charme incroyable : câline, tendre, affectueuse, se laissant gronder par ses amis, et les tourmentant, de son côté, avec une mutinerie de jeune fille.

Voilà pour la femme :

Quant à son rôle politique, il ne saurait me convenir de l’apprécier ici, en tête de ces pages où, avec sa franchise ordinaire, avec un décousu systématique qui ne lui messied pas et des négligences voulues de forme et de style qui donnent à tout ce qu’elle écrit une originalité particulière, elle raconte sa vie, ses impressions, ses pensées, ses actes, ses souffrances, ses doctrines.

En éditant ce livre, qui s’adresse à tout le monde, aux adversaires de l’auteur comme à ses amis, je n’ai ni à blâmer ni à approuver ; ni à endosser ni à décliner la responsabilité de ce qu’il contient. Les lecteurs jugeront, selon leurs tendances, selon leurs goûts, selon leurs idées, selon leurs hostilités ou leurs sympathies. C’est leur tâche et non la mienne.

Mais il est un point sur lequel on tombera d’accord, à quelque parti qu’on appartienne, et sur lequel il n’y a jamais, dans la presse, qu’une seule voix, dès qu’il s’agit de Louise Michel.

On aime, en France, et on admire la simplicité et la crânerie, même chez ceux dont on répudie les faits et gestes. On estime l’unité de vie et la bonne foi, même dans l’erreur.

Mlle Louise Michel, on lui a constamment rendu cette justice, n’a jamais varié, ni jamais reculé devant les conséquences de ses tentatives. Elle n’est pas de ceux qui fuient, et l’on se rappelle qu’après l’échauffourée de l’esplanade des Invalides, elle a résisté à toutes les instances de la famille amie chez laquelle elle était réfugiée, et a tenu à se constituer prisonnière… Ce n’est ni une lâcheuse ni une franc-fileuse…

Et quelle crânerie simple, digne, dépourvue de pose et de forfanterie, en présence de ses juges ! Avec quel calme elle a l’habitude d’accepter la situation qu’elle s’est librement faite, à tort ou à raison ; de ne s’abriter jamais derrière des faux-fuyants, des excuses ou des échappatoires !

Soit devant le conseil de guerre de Versailles, en 1871 ; soit devant la police correctionnelle, après la manifestation Blanqui, en 1882 ; soit dans son dernier procès, en 1883, devant la cour d’assises de la Seine : toujours on l’a trouvée levant fièrement la tête, répondant à tout, s’attachant à justifier ses coaccusés sans se justifier elle-même, et courant au devant de toutes les solidarités !

On trouvera dans l’appendice placé à la fin de ce premier volume le compte rendu emprunté à la Gazette des tribunaux, qui n’est pas suspecte de complaisance pour l’accusée, de ces trois jugements, et l’on se convaincra que la condamnée est vraiment un caractère.

Quant à la résignation, à la joie âcre avec lesquelles elle a supporté les diverses peines prononcées contre elle : la déportation, la prison, la maison centrale, il faut remonter aux premiers siècles de notre ère, pour trouver chez les martyres chrétiennes, quelque chose d’équivalent.

Née dix-neuf siècles plus tôt, elle eût été livrée aux bêtes de l’amphithéâtre ; à l’époque de l’inquisition elle eût été brûlée vive ; à la Réforme, elle se fût noblement livrée aux bourreaux catholiques. Elle semble née pour la souffrance et pour le martyre.

Il y a quelques jours à peine, et quand le décret de grâce rendu par monsieur le président de la République lui a été signifié, n’a-t-il pas fallu presque employer la force pour la mettre à la porte de Saint-Lazare ? Elle ne voulait point d’une clémence qui ne s’appliquait pas à tous ses amis. Sa libération a été une expulsion, et elle a protesté avec énergie.

Louise Michel n’est pas moins bien douée intellectuellement qu’au point de vue moral.

Fort instruite, bonne musicienne, dessinant fort bien, ayant une singulière facilité pour l’étude des langues étrangères ; connaissant à fond la botanique, l’histoire naturelle — et l’on trouvera dans ce volume de curieuses recherches sur la faune et la flore de la Nouvelle-Calédonie — elle a même eu l’intuition de quelques vérités scientifiques, récemment mises au jour. C’est ainsi qu’elle a devancé M. Pasteur dans ses applications nouvelles de la vaccine au choléra et à la rage.

Il y a quelques années déjà que la déportée de Nouméa — on le verra plus loin — avait eu l’idée de vacciner les plantes elles-mêmes !

Mais par-dessus tout, elle est poète, poète dans la véritable acception du mot, et les quelques fragments jetés çà et là dans ses Mémoires décèlent une nature rêveuse, méditative, assoiffée d’idéal. La plupart de ses vers sont irréprochables pour la forme aussi bien que pour le fond et pour la pensée.

Je m’arrête.

Maintenant que j’ai — au risque d’encourir les reproches de Mlle Louise Michel — présenté, sous son vrai jour, une des physionomies les plus curieuses de notre temps, je livre avec confiance ce livre au public, et je laisse la parole à l’auteur.

L’ÉDITEUR.
Paris, Février 1886.


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