Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise...

Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise...

Messagede Pti'Mat » 06 Jan 2012, 16:52

Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

http://redskins-limoges.over-blog.org/a ... 75653.html

Les Molly Maguires formaient une société secrète irlandaise composée d'ouvriers mineurs. Les « Mollies », étaient présents dans les mines de charbon de Pennsylvanie aux Etats-Unis depuis la période de la guerre de Sécession jusqu'à une série d'arrestations et des procès entre 1876 et 1878. Cette société secrète est née en Irlande, parmi les métayers luttant contre l’exploitation anglaise et les propriétaires térriens. La répression de tout syndicalisme par les propriétaires des mines provoqua une vague de sabotages et d’agressions contre l’encadrement capitaliste.


Regardons de plus prêt, à partir du chapitre consacré aux Molly Maguires dans le livre « Dynamite! 1830-1930, Un siècle de violence de classe en Amérique » de Louis Adamic, aux éditions Sao Maï.

Cet article reprend en grande partie ce qui est écrit dans le chapitre mais quelques précisions de contexte, d'état d'esprit et d'expression ont été rajoutées. Les références religieuses ont également été volontairement mises au second plan, mais il faut savoir que bien que les Molly Maguires avaient une certaine conscience de classe, leurs actions solidaires émises dans leur charte, (qui donnera plus tard la base des sociétés de secours mutuels, des Bourses du travail et autres bases du syndicalisme révolutionnaire qui marquera les IWW), sont aussi dictées par la mentalité religieuse catholique bien particulière du contexte irlandais. Il faut également préciser que cette délinquance ouvrière que formaient les Mollies n'avait pas de réelle conscience révolutionnaire anti-capitaliste, mais juste la volonté d'en découdre, de rendre coup pour coup. Les Molly Maguires ne surent pas donner une dimension réellement révolutionnaire pour pouvoir donner une dynamique d'expropriation et de réappropriation des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes, bien que le phénomène des Mollies soit clairement de classe. L'inefficacité des syndicats traditionnels d'époque face aux brutalités industrielles, l'indifférence criminelle des employeurs pour la sécurité des mineurs, le tempérament bouillant d'irlandais naturellement accoutumés à l'injustice et l'exploitation historique... formèrent le terreau à cette terreur ouvrière.


Les Molly Maguires.


Contrastant singulièrement avec les organisations ordinaires et impuissantes de l'époque, les Molly Maguires, société secrète de mineurs opérant en Pennsylvanie dans les années 1860-1870, avaient commencé, pour atteindre leurs buts, une méthode principale que l'on peut résumer en deux mots: terrorisme et assassinat.

Pour comprendre le phénomène américain des Molly Maguires, il faut remonter dans l'histoire de l'Irlande féodale jusque vers 1840. A cette époque vivait là une petite veuve énergique nommée Molly Maguire, fortement hostile au système de rente alors en vigueur dans sa contrée. Bravant ledit système, elle devint le guide spirituel d'un mouvement de résistance plus ou moins organisé. Barbare à sa façon et, à tout le moins pittoresque personnage que cette Molly, qui se noircissait de temps à autre la face, transportait sous ses jupes un pistolet lié à chacune de ses fortes cuisses et vouait une haine particulièrement tenace aux propriétaires terriens et à leurs agents, aux baillis, aux huissiers. Il semble que l'expression de cette haine ait, chez notre petite veuve, essentiellement consisté à molester ou assassiner ce genre de personnage, qu'elle procédât elle-même ou en chargeât « ses garçons », lesquels s'étaient eux-mêmes baptisés les Molly Maguires, ou Mollies.

Molly avait une dent contre le gouvernement, qui procédait aux collectes d'impôts pour le compte des gros propriétaires tyranniques. Elle était à la tête d'un groupe qu'on appelait le Parti de la Terre Libre et dont l'emblème n'était autre que son propre jupon rouge.

Tout propriétaire, tout agent assermenté expulsant un paysan du coin pour cause d'impayés, prenait le risque de signer du même coup son arrêt de mort. La chose se passait très simplement. Des Mollies, sinon Mme Maguire elle-même en entendait d'abord forcément parler, à un moment ou un autre. Puis on retrouvait le cadavre de l'indélicat, balancé dans un fossé quelconque, ou étendu sans façon sur le sol de chez lui. Cette politique de suppression systématique se révéla tellement efficace que, pour un temps, des régions entières de l'Irlande (notamment Tipperary, West-Meath, les comtés de King et de Queen) furent considérées comme inhabitables par qui que ce fût d'autre que les Mollies eux-mêmes. Les autorités résolurent finalement, sur l'injonction des propriétaires désespérés, de se mettre à persécuter sérieusement la veuve, et ses garçons, jusqu'à ce que ces derniers se décidassent à émigrer en masse vers l'Amérique des années 1850.


Une fois arrivés, beaucoup d'entre eux commencèrent à chercher du travail dans les mines de charbon de Pennsylvanie. L'existence des Molly Maguires comme ordre clandestin aux Etats-Unis est attesté dès le milieu de la décennie1850. Pour en devenir membre, il fallait d'abord être irlandais, ou justifier une ascendance irlandaise, être un bon catholique romain et de bonne réputation. Le but plus ou moins officiel de l'ordre (qui se dota en Pennsylvanie d'une charte et apparaissait parfois sous le nom de l'Ordre Ancien des Irlandais) était ainsi défini: « Promouvoir l'amitié, l'unité et la vraie charité chrétienne entre les membres et, de manière générale, concourir à tous actes et projets légitimement envisageables pour assurer les bonnes santé et gestion de l'association » (ces buts honorables, chaque membre comprenait qu'il fallait les atteindre « par des levées de fonds et de collectes, effectuées au profit des membres âgés, malades, aveugles, ou informes ».

Bien évidemment dans cette charte on retrouve également le côté religieux qui prétend que c'est via Dieu et la religion catholique que ces agissements de compassion existent chez les Mollies. Néanmoins il est bon de rappeler que les bourgeois et classes aristocratiques conservatrices étaient tout autant religieuses (bien qu'en majorité la différence se place dans le protestantisme). Ce qu'il faut préciser et analyser c'est que c'est bien la condition de classe qui détermine cette façon d'agir des Mollies d'aider son semblable, de semer la terreur chez les bourgeois, chez la classe d'encadrement capitaliste, de rendre coup pour coup contre ceux qui sèment la misère.

Et pendant que l'existence de l'Ordre se voyait ainsi pieusement fondée, dans les faits, les Molly Maguires se comportaient avec bien plus d'énergie encore aux USA que dans leur pays d'origine, non sans de très bonnes raisons. Au plus fort de leur influence (le début des années 1870), les attentats mortels se succédaient avec une grande régularité, jusqu'à transformer le simple syntagme « régions charbonnières de Pennsylvanie » en expression courante, et proverbiale, de la terreur à l'état pur. Les femmes de la bourgeoisie tremblaient à l'idée, seule, que leurs maris pussent annoncer un jour leur intention d'aller inspecter, vaille que vaille, les districts miniers du coin. Sur place, tout le monde refusait de mettre le nez dehors dès la nuit tombée. Même en plein jour, d'ailleurs, personne ne se fût aventuré à l'extérieur sans pistolet (et à dire vrai, celui-ci se révélait de peu d'utilité tant les assassins avaient tendance à faire mouche les premiers).

Un écrivain contemporain décrit de cette façon, pour un numéro de la Revue du Droit Américain daté de janvier 1877, les régions anthracifères de l'époque, lesquelles évoquent, pour lui, une sorte de « gigantesque Alsace »: « De ces tréfonds sombres et mystérieux, une litanie épouvantable parvenait jusqu'à nos oreilles d'histoires de meurtres, d'incendies, de crimes violents en tout genre. Aucun homme respectable ne pouvait certifier d'un jour à l'autre qu'il n'était pas promis à la disparition prochaine et brutale. Pour commencer à y voir clair dans son destin, il fallait exercer un certain métier: celui de superintendant, de « patron » des houillères. Ceux-là, du moins, étaient fixés: ils savaient à coup sûr que leur vie ne durerait plus longtemps. Attaqués partout, à tout moment battus, et abattus, sur les grands chemins ou à domicile, dans les lieux isolés ou au beau milieu d'une foule, sous les coups de leurs assassins, en d'effrayantes cohortes ».

Toutes ces choses étant dites, il ne fait aucun doute que le traitement particulier réservé aux travailleurs par les responsables des Houillères devait entrainer chez les premiers le ressentiment et le désir de vengeance qui les pousseraient à bout.

Chez les mineurs irlandais, le salaire était bas, c'est peu de le dire. On les payait au yard cube, au wagonnet ou à la tonne, et à la longueur des tunnels creusés. L'escroquerie patronale à la mesure et à la pesée était la règle. Les propriétaires consacraient spontanément une attention dérisoire à la sécurité des travailleurs. Les effondrements, fréquents, envoyaient au tombeau des centaines de victimes chaque année. En bref, les employeurs roulaient tout le monde dès que l'occasion se présentait. Mais ils rencontraient tout de même à la mine quelques difficultés.

Par exemple, était couramment distingués, dans le milieu, les « boulots pénibles » des « boulots tranquilles ». Un mineur, quel qu'il fût, préférait évidemment la seconde catégorie. Or, les irlandais se considérant alors plus méritants et supérieurs que les autres étrangers à débarquer, exigeaient que les boulots tranquilles leur fussent réservés. Et un Molly qu'on eu frustré de cette faveur s'en fût bien sûr trouvé fort faché, ce dépit pouvant trouver sa traduction immédiate en un tabassage sévère du patron concerné, voire pourquoi pas son assassinat. D'un autre côté, embaucher un Molly, c'était, pour le même patron, s'exposer au risque d'une dispute avec lui quant à la quantité ou la qualité du charbon quotidiennement extrait par le mineur. Et un désaccord avec lui signifierait également presque la mort assurée.

Pour un temps, donc, beaucoup de patrons refusèrent purement et simplement d'employer quelques irlandais que ce fût. Malheureusement pour eux, ces patrons là connurent tous une fin agitée. Un directeur décidait-il de voler audacieusement au secours de son chef, en bravant lui aussi un Molly, l'infortuné se trouvait automatiquement marqué du même sceau d'infamie et bientôt lui aussi battu ou supprimé.

Les employeurs, cependant, et leurs hommes de main, n'étaient pas les uniques ennemis des Mollies, lesquels vouaient un mépris tout irlandais aux pratiques pusillanimes et inefficaces des syndicats ordinaires (syndicats corporatifs bien souvent de mèche avec le patron). Cependant certains des Mollies de premier rang étaient aussi les leaders d'organisations de mineurs non secrètes. Un groupe d'entre eux contrôlaient par exemple l'Association de Bienfaisance des Mineurs et Travailleurs. C'est eux qu'on retrouve également derrière la longue grève salariale de 1874-1875 (finalement défaite) au cours de laquelle les mineurs souffrant le martyre, les Mollies leurs promirent la mort s'ils retournaient au travail (c'est à dire s'ils trahissaient la grève).
On procédait aux exécutions de manière dégagée, froide, presque impersonnelle.

Le Molly souhaitant voir son patron tué soumettait sa demande selon les règles en vigueur, auprès du comité local dont il dépendait. Si ce dernier donnait raison au plaignant (ce qui était le cas ordinairement) on sélectionnait au moins deux Mollies d'une localité différente (souvent d'un autre comté) pour expédier la besogne. Inconnus dans la région, ils seraient ainsi difficilement identifiables. Et s'il prenait à un Molly désigné pour tel ou tel meurtre de le refuser, c'est alors sa propre vie qui ne valait plus grand chose.

Les comités de doléances avaient l'habitude de se réunir dans l'arrière salle des salloons tenus par des camarades et d'y célébrer, après l'exécution, leur satisfaction joyeuse du travail bien fait, en compagnie des tueurs, dans la plus pure tradition irlandaise. La plupart étaient bien les dignes fils de leur mère spirituelle, la veuve Maguire: costauds, dynamiques, gros noceurs et buveurs, bagarreurs et braillards.

Comme ils étaient catholiques, les réunions lors desquelles se décidaient les meurtres s'ouvraient habituellement par des prières et chaque Mlly allait régulièrement à confesse quoique les tueries ne fussent pas considérées par leurs auteurs comme des péchés personnels, mais comme de simples incidents rythmant inévitablement la conduite d'une guerre de classe. Pour cette raison, nul ne les confessait, bien évidemment l'Eglise catholique romaine d'Amérique eut officiellement condamné l'organisation et ses énergiques pratiques terroristes.

A partir de 1865, et pendant dix ans, les tueries des Molly Maguires se firent plus fréquentes.

Peu d'arrestations, encore moins de procès, et toujours pas une seule condamnation pour assassinat. Les meurtriers, toujours inconnus du voisinage et souvent des hommes jeunes, pourvus de jambes solides, étaient déjà bien loin lorsqu'on s'avisait de leur donner la chasse. Si malgré tout on en prenait un, une douzaine de Mollies se manifestaient aussitôt, prêts à jurer Dieu et la saine vierge avoir passé avec l'accusé toute la soirée du meurtre. Quant aux jurés, l'Odre les sélectionnait soigneusement.

Le mouvement connut son apogée en 1873 et 1874. Les patrons de mines et autres gêneurs tombaient alors comme des mouches, semaine après semaine. Des trains entiers de charbon étaient régulièrement saccagés.

C'est alors que des détectives irlandais furent appelés pour infiltrer les rangs des Mollies. Beaucoup de ces derniers furent alors traduits en justice grâce alors au flagrant délit. Les Mollies disparurent rapidement.
"Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où la classe ouvrière ne se suffise pas"
Le pouvoir au syndicat, le contrôle aux travailleurs-euses !

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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede digger » 06 Jan 2012, 17:55

Ce qui fit aussi l'objet d'un film "Traitres sur commande"
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede Pïérô » 08 Sep 2013, 01:54

Les Molly Maguires, justiciers des mines
ARTICLE11 : http://www.article11.info/?Les-Molly-Ma ... ation_page
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede Nyark nyark » 08 Sep 2013, 13:40

Article XI évoque Valerio Evangelisti et son livre "Tortuga". Concernant les Molly, je conseille vivement "Anthracite" du même auteur, une vraie merveille.
http://www.polarnoir.fr/livre.php?livre=liv717
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede bipbip » 16 Déc 2013, 08:07

Lyon, 19 décembre : projection du film « the Molly Mc Guires »

L’association Table Rase vous propose de découvrir The Molly McGuires, film de Martin Ritt, d’après le roman de Arthur H. Lewis.

Le film raconte la lutte des mineurs qui s’orga­ni­saient dans les pre­miè­res socié­tés secrè­tes de tra­vailleurs pour com­bat­tre les pro­prié­tai­res des mines. Le film s’ins­pire de faits réels.

Pour en savoir plus sur les Molly Mc Guires , un arti­cle inté­res­sant a été publié par Article 11

Projection le jeudi 19 décem­bre à 18H00 sur les quais à l’uni­ver­sité Lyon 2

Université Lyon 2 (quais)
4 bis rue de l’uni­ver­sité
69007 Lyon
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede bipbip » 20 Mar 2014, 09:38

Lundi 24 mars à Toulouse

Projection de "The molly maguires" de Martin Ritt

à 20h30, Le KIOSK, 3, rue escoussiere, Arnaud Bernard, TOULOUSE

Projection "The molly maguires", un film de Martin Ritt, 1970,2h04mn. Un film tiré d'une histoire vraie.

1876 en Pennsylvanie… Il fait nuit encore, mais on devine que le jour se lève. Les hommes remontent de la mine, avancent vers nous, loupiotes au front, gueules noires, harassés, magnifiques… La musique prend de l'ampleur, les accompagne pour cette avancée vers l'air, la lumière, la vie… Derrière les travailleurs qui avancent, l'entrée de la mine s'éloigne peu à peu quand, brutalement, une explosion met le feu au ciel…Les mineurs sont exploités de façon éhontée pour les besoins de l'industrie du charbon en plein essor. Révoltés par les humiliations qu'ils subissent, des Irlandais créent une société secrète, « The Molly Maguires », qui mène des actions violentes contre les patrons. La police décide d'infiltrer cette organisation par l'intermédiaire du détective Mc Parlan, qui tente de se rapprocher de Kehoe, le chef des « Mollies ».

Entrée libre et gratuite

http://toulouse.demosphere.eu/rv/7672
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l’insurrection irlandaise

Messagede Pïérô » 28 Mai 2016, 01:34

l’insurrection irlandaise

Il y a cent ans : l’insurrection de Pâques 1916 à Dublin.
Au delà des mythes

Depuis cent ans, l’insurrection républicaine irlandaise donne lieu à diverses interprétations plus ou moins malveillantes : du sacrifice sanglant au putsch raté en passant par une escarmouche inutile. Or, ce soulèvement armé en pleine guerre mondiale, ne prend sa signification que si on l’englobe dans une période révolutionnaire en Irlande qui s’étend sur plus de dix ans, de 1912 à 1923, et que si l’on tient compte de l’environnement international d’alors. Bien peu de personnes à l’époque comprirent que les premiers coups de feu qui résonnèrent à Dublin le 24 avril 1916, sonnaient en fait le glas de l’empire britannique. La presse de l’époque ne note qu’une tentative de sédition ratée, qui plus est, fomentée par l’Allemagne. Or cet événement s’inscrit dans un contexte très ancien.

Un pays colonisé

Depuis plusieurs siècles, l’Irlande sauvagement conquise et colonisée par son voisin anglais tente de retrouver son indépendance. Soulèvements armés et luttes politiques alternent selon les époques, sans plus de succès l’un que l’autre. Si depuis 1798 (1) et tout au long du 19e siècle, le recours régulier à la lutte armée échoue, la lutte parlementaire des députés irlandais à Westminster aboutit à un projet d’autonomie interne dans le cadre du Royaume Uni : le Home Rule. En effet, l’obstruction systématique du parlement de Westminster par les députés irlandais, sous la direction de Charles Parnell, poussa le premier ministre libéral Gladstone à adhérer à ce vieux projet d’Isaac Butt. Celui-ci un conservateur protestant, s’était rallié à l’idée qu’un parlement irlandais était la meilleur solution pour régler au mieux les affaires domestiques irlandaises.(2) Ce projet fut violemment combattu par les Conservateurs et une partie du Parti libéral, qui en recevant le soutien de l’Ulster Loyalist Anti Repeal Union leur donna l’idée de jouer la carte orangiste, c’est à dire se servir du loyalisme nord irlandais pour contrer leur adversaires.
En effet, la conquête de l’Irlande avait conduit à un développement différencié dans la province d’Ulster.
Dans la plus grande partie de l’île, une fois la conquête finie, la plupart des terres furent acquises par des aventuriers qui n’en attendaient qu’un profit immédiat, pressurant la paysannerie autant que possible, et la laissant dans un état de misère noire tant de fois décrite par tous les voyageurs au XIXe siècle. L’Ulster fut la dernière partie de l’île à être (durement) conquise. Pour s’assurer de sa pacification définitive, la couronne anglaise eut recours à l’établissement de plantations. Sur les terres d’où avaient été expulsés les Irlandais, des fermiers anglais ou écossais s’établissaient en colonies de peuplement afin de consolider la conquête et éviter toute nouvelle insurrection dans cette région. Or les propriétaires terriens ne pouvaient soumettre cette nouvelle paysannerie à une exploitation identique à celles des indigènes du Sud sous peine de voir le projet colonial échouer. Des garanties et des avantages octroyés aux fermiers connus comme « la coutume d’Ulster » permit une relative prospérité et le développement d’activités annexes comme la culture et le tissage du lin. Cela servit de base, à la fin des guerres napoléoniennes, à l’industrie du lin qui connut une immense prospérité. Belfast avec ses dizaines d’immenses filatures, était connue comme la Linenopolis de l’Irlande. La ville connut aussi un essor industriel fantastique à partir de 1850 avec la création de chantiers navals et des industries annexes. Un développement unique en Irlande qui était le prolongement des grands centres industriels d’Angleterre et d’Ecosse, parfaitement intégré au marché britannique.
Dans le reste de l’Irlande les industries naissantes se trouvaient en concurrence avec celles de Grande Bretagne, et donc envisageaient l’autonomie dans le cadre de l’Empire (Home Rule) comme un moyen de se protéger par le biais de taxes diverses d’importation.

Une révolte conservatrice

Au delà des aspects économiques, la physionomie politique irlandaise était toujours tributaire de la colonisation, bien que cette dernière fût déjà ancienne. Dans le Nord-Est de l’île, les opposants au Home Rule surent profiter de l’existence d’un courant fondamentaliste protestant et conservateur dont l’Ordre d’Orange (3) était l’expression publique la plus achevée, pour mobiliser le « peuple protestant », ceux dont les ancêtres avaient colonisé la région. En comparant le Home Rule au Rome Rule c’est à dire en utilisant la peur de perdre les libertés religieuses dans un état catholique, en amalgamant l’appartenance religieuse au débat politique, ils réussirent à entretenir et développer le sectarisme religieux et communautaire. Bien qu’il ne manquât pas de voix dissonantes en son sein pour contester l’hégémonie unioniste, cette dernière réussit à créer un mouvement de masse qui ne cessa de grandir au fil des temps. Le premier projet de Home Rule datait de 1886, le second de 1893, et en 1912 le troisième projet, bien que repoussé par la chambre des Lords, était simplement retardé de deux ans, le veto de cette institution monarchique n’étant plus absolu. L’imminence du « danger » conduisit les tenants de l’Union à d’immenses rassemblements et à organiser de véritables milices armées pour s’opposer au Home Rule. L’Ulster Volunteers Force regroupa 100 000 hommes et femmes bénéficiant, à partir de 1914, d’un armement moderne en provenance d’Allemagne. Outre le soutien des Tories anglais, cette sédition reçue aussi celui de la caste des officiers britanniques en Irlande, qui menacèrent de démissionner en masse plutôt que de devoir marcher contre l’UVF si on le leur demandait.

Le réveil républicain

Ces évènements eurent forcément un retentissement dans le reste du pays. Les nationalistes formèrent en réponse au grand jour, en 1913, une autre milice : les Irish Volunteers. Créée au départ sur l’initiative de l’IRB (4), les constitutionalistes du Parti Irlandais adhérèrent en masse à cette organisation qu’ils contrôlèrent ensuite largement. Toutefois, contrairement à l’UVF, ils ne bénéficièrent pas de la mansuétude de certains militaires en juillet 1914, pour recevoir leur armement, lui aussi en provenance d’Allemagne.

A cela vint se joindre l’Irish Citizen Army du syndicaliste révolutionnaire James Connolly, formée depuis peu à partir des groupes d’auto-défense ouvrier qui avaient été créés lors de la grande grève de Dublin en 1913 pour faire face aux attaques policières et à celles des jaunes.
Cette grève de 6 mois (et le lock-out qui suivit) avait été soutenue par une partie de l’intelligentsia dublinoise : Patrick Pearse, chantre du renouveau celtique, la comtesse Markievicz, militante suffragette socialiste, fondatrice des Na Fianna Éireann (scouts nationalistes irlandais) ainsi que le poète Yeats. La question sociale, malgré la défaite de la grève, s’invitait aux cotés de la question nationale sur la scène politique. Cet épisode permit aussi de constater qu’une partie du mouvement nationaliste (le Sinn Fein d’Arthur Griffith en particulier) était hostile au mouvement ouvrier.

Dès 1913, les Unionistes proposèrent que la province d’Ulster soit tenue à l’écart du Home Rule : refus des nationalistes et du gouvernement britannique. En mai 1914, le gouvernement proposa que la province soit pour une durée de 6 ans, autorisée à rester en dehors : refus des unionistes. La situation semblait bloquée et la guerre civile imminente. Le 4 août la Grande Bretagne déclarait la guerre à l’Allemagne. Le 18 septembre le gouvernement instaurait le Home Rule en Irlande, mais suspendait son application à la fin des hostilités.

Première guerre mondiale

L’aile modérée des Irish Volunteers par la voix du député John Redmond se joignit à l’Union sacrée pour engager les Irlandais aux cotés du gouvernement anglais dans ce qui promettait d’être une guerre pour le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. A l’opposé la minorité des Volunteers influencée par l’I.R.B. refusa ce soutien et les partisans de l’I.C.A. posèrent cette bannière sur le bâtiment de la maison des syndicats : “Nous ne servons ni le Roi, ni le Kaiser mais l’Irlande”.

Tous espéraient alors que “les difficultés de l’Angleterre seraient l’opportunité de l’Irlande” et espéraient tirer avantage de cette situation pour faire avancer la cause nationale irlandaise. Ils avaient d’autant moins de scrupules que dès la déclaration de la guerre et la promesse de Home Rule reportée, la Grande Bretagne incorporait la milice “rebelle” UVF en bloc au sein de l’armée britannique dans la 36e division d’Ulster. (5) tandis qu’elle éparpillait les Irish Volunteers dans tous les régiments, et leur interdisait tout signe distinctif. Quant à Edward Carson qui avait pris la tête de la sédition unioniste, qui n’avait pas hésité à rechercher le soutien de l’Allemagne et poussé l’Irlande au bord de la guerre civile, il était nommé en 1915 Attorney général de l’Angleterre, avant de rejoindre le cabinet de guerre comme premier Lord de l’Amirauté.

Pour James Connolly, la partition prévisible de l’Irlande ne pouvait amener que deux régimes conservateurs dans chaque partie de l’île, et compromettre alors toute avancée sociale dans l’ensemble du pays. C’est autant en militant internationaliste que nationaliste qu’il envisagea alors une insurrection. L’agitation contre la conscription obligatoire rencontre un certain écho en Irlande dès 1915. Les même évènements secouèrent la région de Glasgow où son ami républicain socialiste écossais John MacLean militait contre la guerre et la conscription, où dès 1915, le Comité des Travailleurs de la Clyde mena une agitation sociale et politique, tout semblait alors indiquer qu’il était concevable, dans les conditions présentes, de transformer la guerre impérialiste en révolution nationale et socialiste. C’est bien dans cette optique qu’il mit en place des entrainements militaires conjoints entre l’ICA et les Irish Volunteers, qu’il prit contact avec le conseil militaire de l’IRB au sein duquel il fut coopté en janvier 1916 en vue du soulèvement prévu pour Pâques.

Vers l’insurrection

Parmi les préparatifs, la mission de Roger Casement, un irlandais protestant qui avait rejoint la cause républicaine, était d’importance. Bien qu’il n’eût pas réussit à créer une brigade irlandaise parmi ses compatriotes prisonniers dans les camps allemands, il avait réussi à obtenir un considérable chargement d’armes et de munitions pour la rébellion. Mais, alors qu’il rejoignait l’Irlande à bord d’un sous marin allemand il fut capturé le 21 avril. Le bateau convoyant l’armement ayant en vain attendu sa venue dans la baie de Tralee se saborda alors qu’il était encerclé par la marine britannique (en fait ce bateau, selon les ordres de l’IRB, n’aurait dû approcher des côtes irlandaises qu’après le début de l’insurrection). Le 22 avril un dirigeant des Irish Volunteers, Eoin MacNeill, opposé au soulèvement, annule par voix de presse toutes les manœuvres prévues pour Pâques semant alors la confusion dans les rangs républicains. La date du soulèvement fut néanmoins maintenue et le lundi 24 avril les volontaires et l’ICA réunis désormais au sein de l’Armée Républicaine Irlandaise (I.R.A.) prirent position en divers points de Dublin. La République fut proclamée devant la Grande Poste qui devint le quartier général du gouvernement provisoire tandis que divers détachements prirent position dans une dizaine d’autres points stratégiques.

Outre les contre ordres de Mac Neill qui privèrent les insurgés d’au moins 1000 combattants, certains échecs, comme celui qui entrava la prise de contrôle du « Château » (l’administration centrale britannique) ou le central téléphonique fragilisèrent dès le départ l’entreprise. Au delà de la capitale, hormis Galway, Ashbourne (comté de Meath) et Enniscorthy, il y eut peu de combats significatifs. Mais, un peu partout, les Volontaires se réunirent et se mirent en marche, sans se battre, y compris dans le Nord. La réaction britannique fut extrêmement violente : l’utilisation de l’artillerie en plein centre de Dublin réduit en champs de ruines visait autant à en finir rapidement qu’à terroriser la population. Le samedi 29 avril « afin d’arrêter le massacre d’une population sans défense » Patrick Pearse et le gouvernement provisoire se rendirent sans condition et ordonnaient de déposer les armes. En fait, à part le quartier général de la Grande Poste, tous les autres édifices restèrent aux mains de l’IRA. L’exemple des volontaires (tous très jeunes) regroupés au sein du Mendicity Institute et qui bloquèrent l’armée anglaise pendant plus de trois jours, occasionnant de lourds revers aux britanniques, sans pour autant subir de perte équivalente, est un des exemples qui démontre que l’affaire n’avait pas été envisagé à la légère et que l’insurrection avait de réelles capacités militaires. La « semaine sanglante » coûta la vie à 116 soldats britanniques, 16 policiers et 318 « rebelles » ou civils. Il y eut plus de 2000 blessés dans la population.

La répression fut immédiate. Plus de 3000 hommes et 79 femmes furent arrêtés, 1480 ensuite internés dans des camps en Angleterre et au Pays de Galles. 90 peines de mort furent prononcées, 15 seront exécutées dont les sept signataires de la proclamation d’indépendance. La légende se construisit aussitôt autour des dernières minutes des fusillés (Plunket qui se maria quelques heures avant son exécution, Connolly blessé et fusillé sur une chaise…) le poète Yeats exprimera si bien cet instant où tout bascule :
Je l’écris en faisant rimer
Les noms de
Mac Donagh et Mac bride
Et Connolly et Pearse
Maintenant et dans les jours à venir
Partout où le vert sera arboré
Tout est changé, totalement changé
Une terrible beauté est née (6)

Quelle analyse de l’insurrection ?

Au delà du retournement de l’opinion publique en faveur des insurgés, suite aux représailles, les questionnements ou les anathèmes fleurissent. Si les condamnations des sociaux démocrates englués dans l’Union sacrée ne furent pas une surprise il est intéressant de noter qu’un des commentaires les plus lucides fut écrit en Suisse par Lénine. Dans un texte célèbre, il note tout ce que la guerre a « révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées », il évoque les mutineries et les révoltes à Singapour, en Annam et au Cameroun qui démontrent « que des foyers d’insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l’impérialisme, se sont allumés à la fois dans les colonies et en Europe » Il replace donc, fort justement, Pâques 1916 dans le contexte international de « crise de l’impérialisme » dont le conflit mondial est l’illustration éclatante. Il fustige ceux qui (y compris à gauche) qualifient l’insurrection de « putsch petit bourgeois » comme faisant preuve d’un « doctrinarisme et d’un pédantisme monstrueux ». Après avoir rappelé « les siècles d’existence » et le caractère « de masse du mouvement national irlandais », il note qu’au coté de la petite bourgeoisie urbaine « une partie des ouvriers » avait participé au combat. « Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réactionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant. La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, "aggravera la crise révolutionnaire en Europe" infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force égale, le coup porté au pouvoir de la bourgeoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. » Et de conclure que « le malheur des irlandais est qu’ils se sont insurgés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre ». (7) Il ne s’agit pas de citer Lénine comme un oracle, mais de noter que dans son analyse, à chaud, il situe clairement la rébellion irlandaise comme une « lutte anti-impérialiste » du point de vue de la lutte des classes internationale et de la révolution mondiale. Il n’est pas inutile de rappeler, qu’à l’époque, il finit la rédaction de « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ».
C’est ce qui sera à nouveau souligné lors du second congrès de la 3e internationale en juillet/août 1920, où la question irlandaise fut discutée dans le cadre de la question coloniale et des mouvements d’émancipation des pays opprimés (en présence de deux irlandais dont Roddy Connolly le fils de James Connolly). (8)

En Irlande la mythologie mise en place autour de l’insurrection de Pâques 1916 gomma toute référence au contexte international. Les tenants du « sacrifice consenti pour réveiller la nation » (avec le message sous-jacent que ce n’était plus un exemple à suivre) n’entendaient courir le risque de se hasarder à réveiller la question sociale en parlant d’anti-impérialisme. Au lendemain de la défaite et alors que l’opinion publique prenait fait et cause pour les révolutionnaires exécutés, ce fut le parti Sinn Fein, qui n’avait eu aucune responsabilité dans le soulèvement, qui remporta les élections en 1918 et devient le symbole de la lutte pour l’indépendance. Le parti parlementaire irlandais, déconsidéré, ne joua plus de rôle important dans le nouveau processus politique qui s’amorçait. Toutefois sa capacité de nuisance se révéla redoutable, quelques années plus tard, quand plusieurs de ses membres rejoignirent les partisans de la partition du pays et appuyèrent leur démarche contre-révolutionnaire.
Il a été aussi beaucoup question de la mauvaise stratégie militaire des insurgés. Le fait de maintenir l’insurrection malgré les évènements contraires, reposait sur le fait que les autorités britanniques au courant des préparatifs auraient, de toute façon procédé, à une répression massive. Car initier une rébellion, en temps de guerre, avec le soutien et la coopération de l’ennemi ne laissait que peu de chances aux promoteurs du projet. La prise de différents points stratégiques dans la ville ainsi que des principales routes et les tenir se concevait dans le dessein d’attendre les colonnes d’insurgés censées converger vers Dublin. Il fallut l’envoi de 20 000 soldats pour mater la rébellion et la férocité des combats avec l’usage intensif de l’artillerie dans le centre très peuplé de la capitale indique à la fois un mépris colonial pour les indigènes en révolte et la volonté d’en finir au plus vite dans la crainte que la rébellion ne s’étende. Quoiqu’il en fût, certains historiens indiquent que « cette aventure » fut « la plus sérieuse brèche dans les remparts de l’empire britannique depuis la défaite de Yorktown en 1781 » face aux insurgés américains. (9)

Dominique Foulon

(1) En 1798 la création du mouvement des Irlandais Unis influencé par la Révolution française de 1789 tente un soulèvement armé avec l’appui (tardif) du gouvernement français. Créé, en particulier par des Presbytériens, ce mouvement est à la base du républicanisme irlandais.

(2) (2) Le parlement irlandais avait été aboli en 1800 et suivit de l’Acte d’Union (entre la Grande Bretagne et l’Irlande.)

(3) Confrérie politico-religieuse à caractère maçonnique dont la profession de foi se base sur la défense de la religion réformée, le souvenir de la Glorieuse Révolution de 1689 et le maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume Uni. Son nom est en référence au roi Guillaume d’Orange vainqueur du roi catholique Jacques II en1690.

(4) Irish Republican Brotherhood : Fraternité Irlandaise Républicaine, société secrète nationaliste et révolutionnaire, héritière du mouvement Fénian du 19e siècle

(5) La 36e division d’Ulster sera massacrée lors de la bataille de la Somme en juillet 1916

(6) Il existe plusieurs versions de la traduction du poème de Yeats « A terrible beauty »

(7) Le texte de Lénine publié en juillet 1916 se trouve sur le site www.marxists.org

(8) Les cahiers du Cermtri n° 127 Irlande : le mouvement national, le mouvement ouvrier et l’Internationale communiste 1913-1941

(9) P. Brandon cité par Kieran Allen : The 1916 rising : myth. And reality in Irish marxist review vol 4 number 17

Sources :
Irish marxist review vol 4 number 17, 2015 (téléchargeable en ligne)
James Connolly de Roger Faligot Édition Terre de Brume, 1997
Pour Dieu et l’Ulster : Histoire des Protestants d’Irlande du Nord
de Dominique Foulon Édition Terre de Brume 1997

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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 28 Juil 2016, 14:44

Podcast CNT : débat autour des 100 ans de la révolution irlandaise

Discussion autour des 100 ans de la révolution irlandaise et de son actualité autour de deux figures que sont James Connolly et Bobby Sands et de la question nationale et de l’internationalisme.

à écouter : http://www.cnt-f.org/podcast-cnt-debat- ... daise.html
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 03 Nov 2016, 18:34

Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923)

Des travailleurs expulsant les dirigeants de leurs usines, s’emparant de la gestion de domaines agraires, organisant des collectivités locales en faisant fi des autorités légales, hissant le drapeau rouge et s’érigeant en « soviets », sont des faits que l’on peine à associer à l’histoire de l’Irlande. Le concept même de « soviet » paraît tellement étranger aux problématiques consubstantielles au pays que l’historien Charles Townshend va jusqu’à les qualifier de « manifestations exotiques 1 ». Et pourtant, c’est bel et bien au sein de cette Irlande conservatrice, rurale et peu industrialisée, en proie aux conflits politiques et ethnico-confessionnels séculaires, qu’une centaine d’expériences autogestionnaires virent le jour, pratiquement toutes sous l’appellation de « soviet », entre 1918 et 1923 ‒ c’est-à-dire au cours d’une Révolution irlandaise de 1916-23, censée avoir soudé les différentes couches sociales de la communauté nationaliste en vue de bouter l’ennemi britannique hors du pays.

2 parties
. (1) http://www.autogestion.asso.fr/?p=6320
. (2) http://www.autogestion.asso.fr/?p=6324
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 02 Déc 2017, 21:52

En 1907, la ville de Belfast est marquée par quatre mois d’une grève qui unifie deux communautés, les protestants et les catholiques, qui jusque-là s’opposaient. D’avril à août, la classe ouvrière bat le rythme de la ville portuaire et industrielle du nord de l’Irlande. Retour sur une lutte unitaire.

1907 : La grève unifie les travailleurs et travailleuses de Belfast

En 1907, la ville de Belfast est marquée par quatre mois d’une grève qui unifie deux communautés, les protestants et les catholiques, qui jusque-là s’opposaient. D’avril à août, la classe ouvrière bat le rythme de la ville portuaire et industrielle du nord de l’Irlande. Retour sur une lutte unitaire.

De l’Irlande du Nord, on ne retient qu’un conflit entre deux communautés religieuses, d’un côté les « catholiques » et de l’autre les « protestants ». Il est bien évident qu’au travers de cet écran de fumée qui cache d’autres réalités, les mécanismes sont bien plus complexes et le colonisateur britannique ne cherche qu’une seule et unique chose : exacerber les tensions afin de diviser la classe ouvrière.

En 1907, l’Irlande est encore une colonie de l’Empire britannique, l’indépendance politique, et non l’indépendance économique, ne se fera qu’en 1921 suite au traité anglo-irlandais signé le 6 décembre de cette même année. L’Irlande du Nord, et plus particulièrement Belfast, est un centre industriel, on y retrouve une forte concentration de construction navale, d’usines de lin et de tabac importés et déchargés dans un important port.

La situation des travailleurs et travailleuses est plus qu’insoutenable, Belfast est une ville sombre, industrielle, où la pauvreté remplit les faubourgs. Entre 1845 et 1852, la Grande Famine, orchestrée par le Royaume-Uni, eu des conséquences démographiques catastrophiques : plus de 2 millions de personnes qui émigrèrent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et au Canada, une population en forte chute, au point qu’il fallut attendre 1911 pour retrouver son niveau de 1800 (4,4 millions).

Au début du XXe siècle, la classe ouvrière est divisée entre les communautés irlandaises et les communautés Scots-Irish, ces dernières issues de la colonisation forcée du XVIIe siècle. Une grève de plusieurs mois va les unir, faisant écho au soulèvement de la Society of the United Irishmen de 1798 mené par Wolfe Tone, unissant Irlandais et Scots afin de liberer l’Irlande de l’occupation britannique et d’instaurer une république.

Les docks s’organisent

Les docks de Belfast rassemblent à cette époque 3 000 travailleurs dont plus des deux tiers travaillent à la journée, les Scots et les Irlandais ne travaillent pas aux mêmes endroits, les premiers s’occupent des bateaux traversant la mer d’Irlande, les seconds les bateaux revenant ou partant pour des distances plus longues d’outre-Atlantique ou vers les colonies où les postes de travail se transmettent de père en fils et les semaines de 75 heures s’enchaînent. Malgré cette différence, les deux communautés vivent dans le même quartier attenant aux docks, Sailortown, partageant la même vie, les mêmes préoccupations quotidiennes où la tuberculose règne.

Ce détail n’échappera pas à Jim Larkin (voir ci-dessous), le secrétaire d’origine irlandaise du syndicat britannique National Union of Dock Labourers qui fait adhérer en quelques mois jusqu’à 2.000 travailleurs et travailleuses parmi les dockers, les charretiers ou les ouvriers de la construction navale, allant au contact des habitants et habitantes du quartier.

Les différences de salaires entre les ouvriers et ouvrières qualifié.es et non-qualifié.es sont importantes, les travailleurs et travailleuses revendiquent ainsi une mise à niveau des salaires avec la reconnaissance des syndicats dans les différentes compagnies qui règlent la vie des docks et des arsenaux.

Les événements s’enchaînent : les travailleurs et les travailleuses du Sirocco Engineering Works, Belfast Steamship Company, propriété du magnat du tabac Gallagher se mettent en grève, suivis par les charretiers de charbon. Il fait appel aux autorités et à la police afin de protéger les scabs, les « jaunes », qui vivent sur un bateau afin de ne pas se faire attaquer par les travailleuses et travailleurs en colère.

Fin mai, Larkin demande aux grévistes de retourner au travail afin de consolider les syndicats et reprendre la grève dans les semaines qui viennent. En retournant au travail, ils trouvent portes closes et leurs postes occupés par quelques scabs. Le patronat organise le lock-out de Belfast et les travailleurs et les travailleuses décident de continuer la grève.

Deux mois pour construire une grève générale

La grève s’étend et les grévistes descendent dans la rue. À leur passage les travailleurs et travailleuses des usines de tabac de Gallagher quittent leurs postes de travail et les rejoignent. Différents secteurs se sentent concernés par la grève : les marins, les pompiers, les chauffeurs et les fondeurs de métaux stoppent le travail. En juin, plus de 3 000 travailleurs des docks sont en grève avec les revendications d’un salaire minimum et de la semaine de 60 heures.

Les plus grosses compagnies des liaisons vers la Grande-Bretagne sont particulièrement touchées, celles-ci sont la propriété de groupes de chemins de fer britanniques qui s’inquiètent d’une extension de la grève. Des meetings quotidiens de grévistes afin de se tenir informés, se tiennent devant la maison des douanes du port rassemblant 10.000 personnes souvent brutalisées par la police et l’armée fortement présentes dans la ville. Le 1er juillet, une grande marche s’engage dans les rues de Belfast en direction de la mairie avec à sa tête Jim Larkin.

La presse parle « d’une marche en ordre militaire, sans un mot, où le bruit des talons résonne dans toute la ville », le cabinet du maire, sous la pression des marcheurs accepte de recevoir une délégation mais refuse d’engager des négociations. En quelques jours, les agents ferroviaires refusent de transporter les biens déchargés par les scabs et Larkin empresse le reste des charretiers non grévistes d’engager une grève de sympathie.

Courant juillet, aucun bien ne rentre ou ne sort du port de Belfast, les transports sont totalement bloqués, les ingénieurs et les chaudronniers des chantiers navals rejoignent la grève. Les grévistes s’attaquent aux camions en les brûlant et affrontent les troupes à coup de rivets et de boulons en même temps que les scabs, qui sont menés au large pour les protéger.

Solidarités exceptionnelles

Les policiers de la RIC, Royal Irish Constabulary, reçoivent l’ordre d’escorter les camions qui transportent de la marchandise mais font face à des attaques permanentes de la part des grévistes. L’un des policiers reçoit même une machine à télégraphier lancée d’une fenêtre. Persuadés de se mettre la population de Belfast à dos et sentant leur sécurité en danger, les agents de la RIC refusent d’obéir aux ordres de la hiérarchie. Le sentiment que leur rôle n’est plus que de protéger les intérêts des magnats de Belfast grandit chez eux et les policiers se mutinent : un meeting de 300 policiers se tient, appelant à rejoindre les dockers en grève.

Les autorités policières tentent d’arrêter les mutins, mais leurs collègues répondent en élargissant la grève, jusqu’à 70 % des agents. La situation devenant incontrôlable, le maire ordonne à l’armée d’imposer la loi martiale le 1er août dans les rues de Belfast. Neuf vaisseaux de guerre sont immédiatement déployés face au port. Le 2 août, 200 policiers sont mutés de force en dehors de Belfast, les sept leaders de la mutinerie sont mis à pied, une foule de 5 000 grévistes leur apporte un soutien.

Cette grève reste un événement marquant dans la solidarité entre « catholiques » et « protestants ». Depuis quelques siècles, au mois de juillet, les marches orangistes, les Twelth, en souvenir de Guillaume d’Orange, souverain d’Angleterre qui combattit les Irlandais au XVIIe siècle, et les marches irlandaises se tiennent, provoquant l’une et l’autre des communautés et se terminant la plupart du temps en émeutes. Le Twelth du 26 juillet 1907, revêt un caractère spécifique puisque les bannières et les fanfares des deux communautés se mélangent traversant le quartier historiquement « protestant » de Shankill Road.

Quelque 100 000 manifestants et manifestantes solidaires, oubliant leurs différences et se moquant de la division, se dirigent vers l’hôtel de ville afin de participer à un meeting qui rassemble à son tour 200 000 personnes. Le sectarisme laisse la place à la lutte des classes défiant les autorités unionistes qui refusent que les « protestants » rejoignent le rang des syndicalistes.

La grève prend fin le 28 août sur ordre du secrétaire général de la NUDL, James Sexton qui s’inquiète de la caisse de grève, qui selon lui mène le syndicat à la banqueroute. Il somme les grévistes de prendre part aux négociations entreprise par entreprise, isolant ainsi les travailleuses et travailleurs.

Les responsables de la NUDL et du TUC, Trade Union Congress, avaient préalablement discuté avec les patrons de Belfast, laissant de côté les grévistes ainsi que Larkin, négociant un salaire de 26 shillings, bien moins que la revendication de 27 shillings minimum, et en contrepartie les patrons gardent le privilège d’engager de la main-d’œuvre non syndiquée afin de se garantir un vivier de scabs en prévision de prochaines grèves. Les troupes envahissent les quartiers irlandais de Falls Road, multipliant harcèlement et répression et assassinent deux militants, relançant ainsi les tensions entre communautés, le piège se referme sur les travailleurs et travailleuses en lutte.

Les vieilles tensions balaient l’unité d’un revers de la main sous le regard satisfait des patrons capitalistes et de l’empire britannique. La grève de Belfast reste un moment important dans la construction du syndicalisme irlandais et dans la lutte contre l’occupation britannique qui va s’accélérer les années suivantes et où les grèves vont ponctuer la chronologie, de 1913 à Dublin et à Sligo jusqu’à l’insurrection de Pâques en 1916 à Dublin et le début de la guerre d’indépendance en 1919. Cette grève marque surtout, comme nous l’avons vu, l’unité de deux communautés que tout sépare sauf une chose : la solidarité de classe.

Martial (AL Saint Denis)


BIG JIM, UNE FIGURE DE L’INDÉPENDANTISME RÉVOLUTIONNAIRE

Jim Larkin a durablement marqué l’histoire de l’Irlande ouvrière. Né à Liverpool en 1876, issu de l’immigration irlandaise, il embrasse les idées socialistes à la fin du XIXe siècle avant de s’engager dans le syndicat des dockers, le National Union Dock Labourer. Il rejoint Glasgow où il organise les dockers, puis part pour Belfast.

Après la grève de 1907, il part pour Dublin, où, accusé de détournement après avoir redistribué une caisse de grève aux travailleuses etn travailleurs en grève, il est exclu du syndicat et fonde l’Irish Transport and General Workers’ Union. En 1913, il se lance dans les grèves de Dublin qui opposèrent durement les ouvriers et ouvrières au grand patronat irlandais. Il quitte l’Irlande pour les États-Unis, milite au côté

d’Eugene V. Debs au Socialist Party of America et surtout à l’Industrial Workers of the World. Au début des années 20, il devient un soutien de l’URSS avant de s’éloigner du stalinisme. Des jeux de pouvoirs au sein du syndicalisme irlandais le fait adhérer au Parti travailliste irlandais et devient député au parlement irlandais (Dáil Éireann) avant de s’éteindre en 1947.

Syndicaliste infatigable, véritable constructeur du mouvement ouvrier irlandais dans la première partie du XXe siècle malgré un parcours émaillé de digressions plus politiques, il reste un des artisans de l’aspect révolutionnaire de l’indépendance irlandaise face à l’Empire britannique. Proche de James Connolly, syndicaliste, il œuvra à la création de l’Irish Citizen Army qui prit activement part au soulèvement de la Pâques de 1916 à Dublin contre les forces d’occupation britanniques.


L’Irlande, un foyer révolutionnaire :
1919, LE SOVIET DE LIMERICK

1907, 1913, 1916, des dates qui ont marqué l’Irlande et où l’effervescence se fait sentir. La Révolution de 1917 à l’esprit, la population du comté de Limerick, sur la côte ouest de l’Irlande, se soulève contre le Defence of the Realm Act 1914 qui impose un contrôle social et une censure par l’armée britannique occupante et qui instaura une zone militarisée sur le comté en réaction à la guerre d’Indépendance qui débuta en janvier 1919. Le syndicaliste, et membre de l’IRA, Robert Byrne trouve la mort dans une prison de la ville.

Le 13 avril, la grève générale est déclarée, 14.000 travailleurs et travailleuses en grève sur une population de 38 000 habitantes et habitants.

Les administrations et les banques sont fermées. Un comité se met en place avec la population, il organise la distribution des denrées alimentaire et déclare, le 15 avril, le soviet de Limerick qui donne ses permis de circuler, alors que les troupes britanniques interdisaient la circulation entre les villes, et imprime sa propre monnaie. Les lois britanniques sont suspendues ainsi que le maintien de l’ordre, aucun pillage ni vol n’est déploré.

Cet élan autogestionnaire est stoppé net par le manque de soutien de certaines centrales syndicales mais surtout par l’union de la petite bourgeoisie, de l’Église locale mais aussi d’une branche du Sinn Fein allergique aux poussées révolutionnaires. Après douze jours de soviet, l’armée suprimera l’interdiction de circuler. La grève prend fin le 27 avril avec un goût amer de défaite.


http://www.alternativelibertaire.org/?1 ... de-Belfast
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 09 Jan 2018, 02:16

L’embuscade de la gare de Meenbanad (1918)

De vastes soulèvements anti-britanniques avaient été écrasés en Irlande au 18e siècle, et l’Irlande avait ensuite été dépeuplée par la famine (un million de mort) et par une émigration massive. En 1905, l’organisation Sinn Féin, indépendantiste, est fondé, tandis que James Connolly jette les bases théoriques et organisationnelles du mouvement socialiste de libération de l’Irlande.

Durant la guerre mondiale, en 1916, les Volontaires de l’Irish Republican Brotherhood (du Sinn Féin) et de l’Irish Citizen Army (de James Connolly) déclenchent l’insurrection de Pâques. Le soulèvement fut limité à Dublin, fit 400 morts et fut écrasé en moins d’une semaine. La férocité de la répression (exécution des meneurs de l’insurrection, des milliers d’arrestations) apporte au Sinn Féin une popularité accrue.

En janvier 1918, des Volontaires décidèrent de libérer deux prisonniers, James Duffy de Meenbanad et James Ward de Cloughlass. Ces derniers avaient déserté l’armée britannique mais été arrêté par la gendarmerie à Kincasslagh et ils enfermés dans la caserne locale. Le 4 janvier, quatre membres de la Royal Irish Constabulary (Gendarmerie royale irlandaise), un sergent et trois agents, étaient venu de Derry pour emmener les prisonniers dans le train de l’après-midi.

La gare de Meenbanad était noire d’une foule qui revenait de la foire de Dungloe. Soudainement, quatre volontaires montent à bord et se ruent sur les gendarmes, les boxent, arrachent au sergent son fusil et sa baïonnette et libèrent les prisonniers. Volontaires et prisonniers ont traversés la foule, et se sont engouffrés dans une voiture qui les attendait. Duffy, qui avait prit part à l’insurrection de Pâques en 1916, rejoignit l’armée de libération tandis que Ward émigra en Amérique où il fut tué dans un accident de circulation.

L’embuscade de la gare de Meenbanad est célébrée comme l’action inaugurale du soulèvement qui allait durer trois ans et déboucher sur les accords de Londres en 1921 qui consacrait la partition de l’Irlande en accordant l’indépendance aux comtés du Sud en laissant les six comtés du Nord sous la domination de la Grande-Bretagne.

photos https://secoursrouge.org/L-embuscade-de ... banad-1918
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