Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise...

Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise...

Messagede Pti'Mat » 06 Jan 2012, 16:52

Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

http://redskins-limoges.over-blog.org/a ... 75653.html

Les Molly Maguires formaient une société secrète irlandaise composée d'ouvriers mineurs. Les « Mollies », étaient présents dans les mines de charbon de Pennsylvanie aux Etats-Unis depuis la période de la guerre de Sécession jusqu'à une série d'arrestations et des procès entre 1876 et 1878. Cette société secrète est née en Irlande, parmi les métayers luttant contre l’exploitation anglaise et les propriétaires térriens. La répression de tout syndicalisme par les propriétaires des mines provoqua une vague de sabotages et d’agressions contre l’encadrement capitaliste.


Regardons de plus prêt, à partir du chapitre consacré aux Molly Maguires dans le livre « Dynamite! 1830-1930, Un siècle de violence de classe en Amérique » de Louis Adamic, aux éditions Sao Maï.

Cet article reprend en grande partie ce qui est écrit dans le chapitre mais quelques précisions de contexte, d'état d'esprit et d'expression ont été rajoutées. Les références religieuses ont également été volontairement mises au second plan, mais il faut savoir que bien que les Molly Maguires avaient une certaine conscience de classe, leurs actions solidaires émises dans leur charte, (qui donnera plus tard la base des sociétés de secours mutuels, des Bourses du travail et autres bases du syndicalisme révolutionnaire qui marquera les IWW), sont aussi dictées par la mentalité religieuse catholique bien particulière du contexte irlandais. Il faut également préciser que cette délinquance ouvrière que formaient les Mollies n'avait pas de réelle conscience révolutionnaire anti-capitaliste, mais juste la volonté d'en découdre, de rendre coup pour coup. Les Molly Maguires ne surent pas donner une dimension réellement révolutionnaire pour pouvoir donner une dynamique d'expropriation et de réappropriation des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes, bien que le phénomène des Mollies soit clairement de classe. L'inefficacité des syndicats traditionnels d'époque face aux brutalités industrielles, l'indifférence criminelle des employeurs pour la sécurité des mineurs, le tempérament bouillant d'irlandais naturellement accoutumés à l'injustice et l'exploitation historique... formèrent le terreau à cette terreur ouvrière.


Les Molly Maguires.


Contrastant singulièrement avec les organisations ordinaires et impuissantes de l'époque, les Molly Maguires, société secrète de mineurs opérant en Pennsylvanie dans les années 1860-1870, avaient commencé, pour atteindre leurs buts, une méthode principale que l'on peut résumer en deux mots: terrorisme et assassinat.

Pour comprendre le phénomène américain des Molly Maguires, il faut remonter dans l'histoire de l'Irlande féodale jusque vers 1840. A cette époque vivait là une petite veuve énergique nommée Molly Maguire, fortement hostile au système de rente alors en vigueur dans sa contrée. Bravant ledit système, elle devint le guide spirituel d'un mouvement de résistance plus ou moins organisé. Barbare à sa façon et, à tout le moins pittoresque personnage que cette Molly, qui se noircissait de temps à autre la face, transportait sous ses jupes un pistolet lié à chacune de ses fortes cuisses et vouait une haine particulièrement tenace aux propriétaires terriens et à leurs agents, aux baillis, aux huissiers. Il semble que l'expression de cette haine ait, chez notre petite veuve, essentiellement consisté à molester ou assassiner ce genre de personnage, qu'elle procédât elle-même ou en chargeât « ses garçons », lesquels s'étaient eux-mêmes baptisés les Molly Maguires, ou Mollies.

Molly avait une dent contre le gouvernement, qui procédait aux collectes d'impôts pour le compte des gros propriétaires tyranniques. Elle était à la tête d'un groupe qu'on appelait le Parti de la Terre Libre et dont l'emblème n'était autre que son propre jupon rouge.

Tout propriétaire, tout agent assermenté expulsant un paysan du coin pour cause d'impayés, prenait le risque de signer du même coup son arrêt de mort. La chose se passait très simplement. Des Mollies, sinon Mme Maguire elle-même en entendait d'abord forcément parler, à un moment ou un autre. Puis on retrouvait le cadavre de l'indélicat, balancé dans un fossé quelconque, ou étendu sans façon sur le sol de chez lui. Cette politique de suppression systématique se révéla tellement efficace que, pour un temps, des régions entières de l'Irlande (notamment Tipperary, West-Meath, les comtés de King et de Queen) furent considérées comme inhabitables par qui que ce fût d'autre que les Mollies eux-mêmes. Les autorités résolurent finalement, sur l'injonction des propriétaires désespérés, de se mettre à persécuter sérieusement la veuve, et ses garçons, jusqu'à ce que ces derniers se décidassent à émigrer en masse vers l'Amérique des années 1850.


Une fois arrivés, beaucoup d'entre eux commencèrent à chercher du travail dans les mines de charbon de Pennsylvanie. L'existence des Molly Maguires comme ordre clandestin aux Etats-Unis est attesté dès le milieu de la décennie1850. Pour en devenir membre, il fallait d'abord être irlandais, ou justifier une ascendance irlandaise, être un bon catholique romain et de bonne réputation. Le but plus ou moins officiel de l'ordre (qui se dota en Pennsylvanie d'une charte et apparaissait parfois sous le nom de l'Ordre Ancien des Irlandais) était ainsi défini: « Promouvoir l'amitié, l'unité et la vraie charité chrétienne entre les membres et, de manière générale, concourir à tous actes et projets légitimement envisageables pour assurer les bonnes santé et gestion de l'association » (ces buts honorables, chaque membre comprenait qu'il fallait les atteindre « par des levées de fonds et de collectes, effectuées au profit des membres âgés, malades, aveugles, ou informes ».

Bien évidemment dans cette charte on retrouve également le côté religieux qui prétend que c'est via Dieu et la religion catholique que ces agissements de compassion existent chez les Mollies. Néanmoins il est bon de rappeler que les bourgeois et classes aristocratiques conservatrices étaient tout autant religieuses (bien qu'en majorité la différence se place dans le protestantisme). Ce qu'il faut préciser et analyser c'est que c'est bien la condition de classe qui détermine cette façon d'agir des Mollies d'aider son semblable, de semer la terreur chez les bourgeois, chez la classe d'encadrement capitaliste, de rendre coup pour coup contre ceux qui sèment la misère.

Et pendant que l'existence de l'Ordre se voyait ainsi pieusement fondée, dans les faits, les Molly Maguires se comportaient avec bien plus d'énergie encore aux USA que dans leur pays d'origine, non sans de très bonnes raisons. Au plus fort de leur influence (le début des années 1870), les attentats mortels se succédaient avec une grande régularité, jusqu'à transformer le simple syntagme « régions charbonnières de Pennsylvanie » en expression courante, et proverbiale, de la terreur à l'état pur. Les femmes de la bourgeoisie tremblaient à l'idée, seule, que leurs maris pussent annoncer un jour leur intention d'aller inspecter, vaille que vaille, les districts miniers du coin. Sur place, tout le monde refusait de mettre le nez dehors dès la nuit tombée. Même en plein jour, d'ailleurs, personne ne se fût aventuré à l'extérieur sans pistolet (et à dire vrai, celui-ci se révélait de peu d'utilité tant les assassins avaient tendance à faire mouche les premiers).

Un écrivain contemporain décrit de cette façon, pour un numéro de la Revue du Droit Américain daté de janvier 1877, les régions anthracifères de l'époque, lesquelles évoquent, pour lui, une sorte de « gigantesque Alsace »: « De ces tréfonds sombres et mystérieux, une litanie épouvantable parvenait jusqu'à nos oreilles d'histoires de meurtres, d'incendies, de crimes violents en tout genre. Aucun homme respectable ne pouvait certifier d'un jour à l'autre qu'il n'était pas promis à la disparition prochaine et brutale. Pour commencer à y voir clair dans son destin, il fallait exercer un certain métier: celui de superintendant, de « patron » des houillères. Ceux-là, du moins, étaient fixés: ils savaient à coup sûr que leur vie ne durerait plus longtemps. Attaqués partout, à tout moment battus, et abattus, sur les grands chemins ou à domicile, dans les lieux isolés ou au beau milieu d'une foule, sous les coups de leurs assassins, en d'effrayantes cohortes ».

Toutes ces choses étant dites, il ne fait aucun doute que le traitement particulier réservé aux travailleurs par les responsables des Houillères devait entrainer chez les premiers le ressentiment et le désir de vengeance qui les pousseraient à bout.

Chez les mineurs irlandais, le salaire était bas, c'est peu de le dire. On les payait au yard cube, au wagonnet ou à la tonne, et à la longueur des tunnels creusés. L'escroquerie patronale à la mesure et à la pesée était la règle. Les propriétaires consacraient spontanément une attention dérisoire à la sécurité des travailleurs. Les effondrements, fréquents, envoyaient au tombeau des centaines de victimes chaque année. En bref, les employeurs roulaient tout le monde dès que l'occasion se présentait. Mais ils rencontraient tout de même à la mine quelques difficultés.

Par exemple, était couramment distingués, dans le milieu, les « boulots pénibles » des « boulots tranquilles ». Un mineur, quel qu'il fût, préférait évidemment la seconde catégorie. Or, les irlandais se considérant alors plus méritants et supérieurs que les autres étrangers à débarquer, exigeaient que les boulots tranquilles leur fussent réservés. Et un Molly qu'on eu frustré de cette faveur s'en fût bien sûr trouvé fort faché, ce dépit pouvant trouver sa traduction immédiate en un tabassage sévère du patron concerné, voire pourquoi pas son assassinat. D'un autre côté, embaucher un Molly, c'était, pour le même patron, s'exposer au risque d'une dispute avec lui quant à la quantité ou la qualité du charbon quotidiennement extrait par le mineur. Et un désaccord avec lui signifierait également presque la mort assurée.

Pour un temps, donc, beaucoup de patrons refusèrent purement et simplement d'employer quelques irlandais que ce fût. Malheureusement pour eux, ces patrons là connurent tous une fin agitée. Un directeur décidait-il de voler audacieusement au secours de son chef, en bravant lui aussi un Molly, l'infortuné se trouvait automatiquement marqué du même sceau d'infamie et bientôt lui aussi battu ou supprimé.

Les employeurs, cependant, et leurs hommes de main, n'étaient pas les uniques ennemis des Mollies, lesquels vouaient un mépris tout irlandais aux pratiques pusillanimes et inefficaces des syndicats ordinaires (syndicats corporatifs bien souvent de mèche avec le patron). Cependant certains des Mollies de premier rang étaient aussi les leaders d'organisations de mineurs non secrètes. Un groupe d'entre eux contrôlaient par exemple l'Association de Bienfaisance des Mineurs et Travailleurs. C'est eux qu'on retrouve également derrière la longue grève salariale de 1874-1875 (finalement défaite) au cours de laquelle les mineurs souffrant le martyre, les Mollies leurs promirent la mort s'ils retournaient au travail (c'est à dire s'ils trahissaient la grève).
On procédait aux exécutions de manière dégagée, froide, presque impersonnelle.

Le Molly souhaitant voir son patron tué soumettait sa demande selon les règles en vigueur, auprès du comité local dont il dépendait. Si ce dernier donnait raison au plaignant (ce qui était le cas ordinairement) on sélectionnait au moins deux Mollies d'une localité différente (souvent d'un autre comté) pour expédier la besogne. Inconnus dans la région, ils seraient ainsi difficilement identifiables. Et s'il prenait à un Molly désigné pour tel ou tel meurtre de le refuser, c'est alors sa propre vie qui ne valait plus grand chose.

Les comités de doléances avaient l'habitude de se réunir dans l'arrière salle des salloons tenus par des camarades et d'y célébrer, après l'exécution, leur satisfaction joyeuse du travail bien fait, en compagnie des tueurs, dans la plus pure tradition irlandaise. La plupart étaient bien les dignes fils de leur mère spirituelle, la veuve Maguire: costauds, dynamiques, gros noceurs et buveurs, bagarreurs et braillards.

Comme ils étaient catholiques, les réunions lors desquelles se décidaient les meurtres s'ouvraient habituellement par des prières et chaque Mlly allait régulièrement à confesse quoique les tueries ne fussent pas considérées par leurs auteurs comme des péchés personnels, mais comme de simples incidents rythmant inévitablement la conduite d'une guerre de classe. Pour cette raison, nul ne les confessait, bien évidemment l'Eglise catholique romaine d'Amérique eut officiellement condamné l'organisation et ses énergiques pratiques terroristes.

A partir de 1865, et pendant dix ans, les tueries des Molly Maguires se firent plus fréquentes.

Peu d'arrestations, encore moins de procès, et toujours pas une seule condamnation pour assassinat. Les meurtriers, toujours inconnus du voisinage et souvent des hommes jeunes, pourvus de jambes solides, étaient déjà bien loin lorsqu'on s'avisait de leur donner la chasse. Si malgré tout on en prenait un, une douzaine de Mollies se manifestaient aussitôt, prêts à jurer Dieu et la saine vierge avoir passé avec l'accusé toute la soirée du meurtre. Quant aux jurés, l'Odre les sélectionnait soigneusement.

Le mouvement connut son apogée en 1873 et 1874. Les patrons de mines et autres gêneurs tombaient alors comme des mouches, semaine après semaine. Des trains entiers de charbon étaient régulièrement saccagés.

C'est alors que des détectives irlandais furent appelés pour infiltrer les rangs des Mollies. Beaucoup de ces derniers furent alors traduits en justice grâce alors au flagrant délit. Les Mollies disparurent rapidement.
"Il n'y a pas un domaine de l'activité humaine où la classe ouvrière ne se suffise pas"
Le pouvoir au syndicat, le contrôle aux travailleurs-euses !

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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede digger » 06 Jan 2012, 17:55

Ce qui fit aussi l'objet d'un film "Traitres sur commande"
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede Pïérô » 08 Sep 2013, 01:54

Les Molly Maguires, justiciers des mines
ARTICLE11 : http://www.article11.info/?Les-Molly-Ma ... ation_page
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede Nyark nyark » 08 Sep 2013, 13:40

Article XI évoque Valerio Evangelisti et son livre "Tortuga". Concernant les Molly, je conseille vivement "Anthracite" du même auteur, une vraie merveille.
http://www.polarnoir.fr/livre.php?livre=liv717
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede bipbip » 16 Déc 2013, 08:07

Lyon, 19 décembre : projection du film « the Molly Mc Guires »

L’association Table Rase vous propose de découvrir The Molly McGuires, film de Martin Ritt, d’après le roman de Arthur H. Lewis.

Le film raconte la lutte des mineurs qui s’orga­ni­saient dans les pre­miè­res socié­tés secrè­tes de tra­vailleurs pour com­bat­tre les pro­prié­tai­res des mines. Le film s’ins­pire de faits réels.

Pour en savoir plus sur les Molly Mc Guires , un arti­cle inté­res­sant a été publié par Article 11

Projection le jeudi 19 décem­bre à 18H00 sur les quais à l’uni­ver­sité Lyon 2

Université Lyon 2 (quais)
4 bis rue de l’uni­ver­sité
69007 Lyon
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Re: Les Molly Maguires, histoire d'une terreur ouvrière

Messagede bipbip » 20 Mar 2014, 09:38

Lundi 24 mars à Toulouse

Projection de "The molly maguires" de Martin Ritt

à 20h30, Le KIOSK, 3, rue escoussiere, Arnaud Bernard, TOULOUSE

Projection "The molly maguires", un film de Martin Ritt, 1970,2h04mn. Un film tiré d'une histoire vraie.

1876 en Pennsylvanie… Il fait nuit encore, mais on devine que le jour se lève. Les hommes remontent de la mine, avancent vers nous, loupiotes au front, gueules noires, harassés, magnifiques… La musique prend de l'ampleur, les accompagne pour cette avancée vers l'air, la lumière, la vie… Derrière les travailleurs qui avancent, l'entrée de la mine s'éloigne peu à peu quand, brutalement, une explosion met le feu au ciel…Les mineurs sont exploités de façon éhontée pour les besoins de l'industrie du charbon en plein essor. Révoltés par les humiliations qu'ils subissent, des Irlandais créent une société secrète, « The Molly Maguires », qui mène des actions violentes contre les patrons. La police décide d'infiltrer cette organisation par l'intermédiaire du détective Mc Parlan, qui tente de se rapprocher de Kehoe, le chef des « Mollies ».

Entrée libre et gratuite

http://toulouse.demosphere.eu/rv/7672
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l’insurrection irlandaise

Messagede Pïérô » 28 Mai 2016, 01:34

l’insurrection irlandaise

Il y a cent ans : l’insurrection de Pâques 1916 à Dublin.
Au delà des mythes

Depuis cent ans, l’insurrection républicaine irlandaise donne lieu à diverses interprétations plus ou moins malveillantes : du sacrifice sanglant au putsch raté en passant par une escarmouche inutile. Or, ce soulèvement armé en pleine guerre mondiale, ne prend sa signification que si on l’englobe dans une période révolutionnaire en Irlande qui s’étend sur plus de dix ans, de 1912 à 1923, et que si l’on tient compte de l’environnement international d’alors. Bien peu de personnes à l’époque comprirent que les premiers coups de feu qui résonnèrent à Dublin le 24 avril 1916, sonnaient en fait le glas de l’empire britannique. La presse de l’époque ne note qu’une tentative de sédition ratée, qui plus est, fomentée par l’Allemagne. Or cet événement s’inscrit dans un contexte très ancien.

Un pays colonisé

Depuis plusieurs siècles, l’Irlande sauvagement conquise et colonisée par son voisin anglais tente de retrouver son indépendance. Soulèvements armés et luttes politiques alternent selon les époques, sans plus de succès l’un que l’autre. Si depuis 1798 (1) et tout au long du 19e siècle, le recours régulier à la lutte armée échoue, la lutte parlementaire des députés irlandais à Westminster aboutit à un projet d’autonomie interne dans le cadre du Royaume Uni : le Home Rule. En effet, l’obstruction systématique du parlement de Westminster par les députés irlandais, sous la direction de Charles Parnell, poussa le premier ministre libéral Gladstone à adhérer à ce vieux projet d’Isaac Butt. Celui-ci un conservateur protestant, s’était rallié à l’idée qu’un parlement irlandais était la meilleur solution pour régler au mieux les affaires domestiques irlandaises.(2) Ce projet fut violemment combattu par les Conservateurs et une partie du Parti libéral, qui en recevant le soutien de l’Ulster Loyalist Anti Repeal Union leur donna l’idée de jouer la carte orangiste, c’est à dire se servir du loyalisme nord irlandais pour contrer leur adversaires.
En effet, la conquête de l’Irlande avait conduit à un développement différencié dans la province d’Ulster.
Dans la plus grande partie de l’île, une fois la conquête finie, la plupart des terres furent acquises par des aventuriers qui n’en attendaient qu’un profit immédiat, pressurant la paysannerie autant que possible, et la laissant dans un état de misère noire tant de fois décrite par tous les voyageurs au XIXe siècle. L’Ulster fut la dernière partie de l’île à être (durement) conquise. Pour s’assurer de sa pacification définitive, la couronne anglaise eut recours à l’établissement de plantations. Sur les terres d’où avaient été expulsés les Irlandais, des fermiers anglais ou écossais s’établissaient en colonies de peuplement afin de consolider la conquête et éviter toute nouvelle insurrection dans cette région. Or les propriétaires terriens ne pouvaient soumettre cette nouvelle paysannerie à une exploitation identique à celles des indigènes du Sud sous peine de voir le projet colonial échouer. Des garanties et des avantages octroyés aux fermiers connus comme « la coutume d’Ulster » permit une relative prospérité et le développement d’activités annexes comme la culture et le tissage du lin. Cela servit de base, à la fin des guerres napoléoniennes, à l’industrie du lin qui connut une immense prospérité. Belfast avec ses dizaines d’immenses filatures, était connue comme la Linenopolis de l’Irlande. La ville connut aussi un essor industriel fantastique à partir de 1850 avec la création de chantiers navals et des industries annexes. Un développement unique en Irlande qui était le prolongement des grands centres industriels d’Angleterre et d’Ecosse, parfaitement intégré au marché britannique.
Dans le reste de l’Irlande les industries naissantes se trouvaient en concurrence avec celles de Grande Bretagne, et donc envisageaient l’autonomie dans le cadre de l’Empire (Home Rule) comme un moyen de se protéger par le biais de taxes diverses d’importation.

Une révolte conservatrice

Au delà des aspects économiques, la physionomie politique irlandaise était toujours tributaire de la colonisation, bien que cette dernière fût déjà ancienne. Dans le Nord-Est de l’île, les opposants au Home Rule surent profiter de l’existence d’un courant fondamentaliste protestant et conservateur dont l’Ordre d’Orange (3) était l’expression publique la plus achevée, pour mobiliser le « peuple protestant », ceux dont les ancêtres avaient colonisé la région. En comparant le Home Rule au Rome Rule c’est à dire en utilisant la peur de perdre les libertés religieuses dans un état catholique, en amalgamant l’appartenance religieuse au débat politique, ils réussirent à entretenir et développer le sectarisme religieux et communautaire. Bien qu’il ne manquât pas de voix dissonantes en son sein pour contester l’hégémonie unioniste, cette dernière réussit à créer un mouvement de masse qui ne cessa de grandir au fil des temps. Le premier projet de Home Rule datait de 1886, le second de 1893, et en 1912 le troisième projet, bien que repoussé par la chambre des Lords, était simplement retardé de deux ans, le veto de cette institution monarchique n’étant plus absolu. L’imminence du « danger » conduisit les tenants de l’Union à d’immenses rassemblements et à organiser de véritables milices armées pour s’opposer au Home Rule. L’Ulster Volunteers Force regroupa 100 000 hommes et femmes bénéficiant, à partir de 1914, d’un armement moderne en provenance d’Allemagne. Outre le soutien des Tories anglais, cette sédition reçue aussi celui de la caste des officiers britanniques en Irlande, qui menacèrent de démissionner en masse plutôt que de devoir marcher contre l’UVF si on le leur demandait.

Le réveil républicain

Ces évènements eurent forcément un retentissement dans le reste du pays. Les nationalistes formèrent en réponse au grand jour, en 1913, une autre milice : les Irish Volunteers. Créée au départ sur l’initiative de l’IRB (4), les constitutionalistes du Parti Irlandais adhérèrent en masse à cette organisation qu’ils contrôlèrent ensuite largement. Toutefois, contrairement à l’UVF, ils ne bénéficièrent pas de la mansuétude de certains militaires en juillet 1914, pour recevoir leur armement, lui aussi en provenance d’Allemagne.

A cela vint se joindre l’Irish Citizen Army du syndicaliste révolutionnaire James Connolly, formée depuis peu à partir des groupes d’auto-défense ouvrier qui avaient été créés lors de la grande grève de Dublin en 1913 pour faire face aux attaques policières et à celles des jaunes.
Cette grève de 6 mois (et le lock-out qui suivit) avait été soutenue par une partie de l’intelligentsia dublinoise : Patrick Pearse, chantre du renouveau celtique, la comtesse Markievicz, militante suffragette socialiste, fondatrice des Na Fianna Éireann (scouts nationalistes irlandais) ainsi que le poète Yeats. La question sociale, malgré la défaite de la grève, s’invitait aux cotés de la question nationale sur la scène politique. Cet épisode permit aussi de constater qu’une partie du mouvement nationaliste (le Sinn Fein d’Arthur Griffith en particulier) était hostile au mouvement ouvrier.

Dès 1913, les Unionistes proposèrent que la province d’Ulster soit tenue à l’écart du Home Rule : refus des nationalistes et du gouvernement britannique. En mai 1914, le gouvernement proposa que la province soit pour une durée de 6 ans, autorisée à rester en dehors : refus des unionistes. La situation semblait bloquée et la guerre civile imminente. Le 4 août la Grande Bretagne déclarait la guerre à l’Allemagne. Le 18 septembre le gouvernement instaurait le Home Rule en Irlande, mais suspendait son application à la fin des hostilités.

Première guerre mondiale

L’aile modérée des Irish Volunteers par la voix du député John Redmond se joignit à l’Union sacrée pour engager les Irlandais aux cotés du gouvernement anglais dans ce qui promettait d’être une guerre pour le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. A l’opposé la minorité des Volunteers influencée par l’I.R.B. refusa ce soutien et les partisans de l’I.C.A. posèrent cette bannière sur le bâtiment de la maison des syndicats : “Nous ne servons ni le Roi, ni le Kaiser mais l’Irlande”.

Tous espéraient alors que “les difficultés de l’Angleterre seraient l’opportunité de l’Irlande” et espéraient tirer avantage de cette situation pour faire avancer la cause nationale irlandaise. Ils avaient d’autant moins de scrupules que dès la déclaration de la guerre et la promesse de Home Rule reportée, la Grande Bretagne incorporait la milice “rebelle” UVF en bloc au sein de l’armée britannique dans la 36e division d’Ulster. (5) tandis qu’elle éparpillait les Irish Volunteers dans tous les régiments, et leur interdisait tout signe distinctif. Quant à Edward Carson qui avait pris la tête de la sédition unioniste, qui n’avait pas hésité à rechercher le soutien de l’Allemagne et poussé l’Irlande au bord de la guerre civile, il était nommé en 1915 Attorney général de l’Angleterre, avant de rejoindre le cabinet de guerre comme premier Lord de l’Amirauté.

Pour James Connolly, la partition prévisible de l’Irlande ne pouvait amener que deux régimes conservateurs dans chaque partie de l’île, et compromettre alors toute avancée sociale dans l’ensemble du pays. C’est autant en militant internationaliste que nationaliste qu’il envisagea alors une insurrection. L’agitation contre la conscription obligatoire rencontre un certain écho en Irlande dès 1915. Les même évènements secouèrent la région de Glasgow où son ami républicain socialiste écossais John MacLean militait contre la guerre et la conscription, où dès 1915, le Comité des Travailleurs de la Clyde mena une agitation sociale et politique, tout semblait alors indiquer qu’il était concevable, dans les conditions présentes, de transformer la guerre impérialiste en révolution nationale et socialiste. C’est bien dans cette optique qu’il mit en place des entrainements militaires conjoints entre l’ICA et les Irish Volunteers, qu’il prit contact avec le conseil militaire de l’IRB au sein duquel il fut coopté en janvier 1916 en vue du soulèvement prévu pour Pâques.

Vers l’insurrection

Parmi les préparatifs, la mission de Roger Casement, un irlandais protestant qui avait rejoint la cause républicaine, était d’importance. Bien qu’il n’eût pas réussit à créer une brigade irlandaise parmi ses compatriotes prisonniers dans les camps allemands, il avait réussi à obtenir un considérable chargement d’armes et de munitions pour la rébellion. Mais, alors qu’il rejoignait l’Irlande à bord d’un sous marin allemand il fut capturé le 21 avril. Le bateau convoyant l’armement ayant en vain attendu sa venue dans la baie de Tralee se saborda alors qu’il était encerclé par la marine britannique (en fait ce bateau, selon les ordres de l’IRB, n’aurait dû approcher des côtes irlandaises qu’après le début de l’insurrection). Le 22 avril un dirigeant des Irish Volunteers, Eoin MacNeill, opposé au soulèvement, annule par voix de presse toutes les manœuvres prévues pour Pâques semant alors la confusion dans les rangs républicains. La date du soulèvement fut néanmoins maintenue et le lundi 24 avril les volontaires et l’ICA réunis désormais au sein de l’Armée Républicaine Irlandaise (I.R.A.) prirent position en divers points de Dublin. La République fut proclamée devant la Grande Poste qui devint le quartier général du gouvernement provisoire tandis que divers détachements prirent position dans une dizaine d’autres points stratégiques.

Outre les contre ordres de Mac Neill qui privèrent les insurgés d’au moins 1000 combattants, certains échecs, comme celui qui entrava la prise de contrôle du « Château » (l’administration centrale britannique) ou le central téléphonique fragilisèrent dès le départ l’entreprise. Au delà de la capitale, hormis Galway, Ashbourne (comté de Meath) et Enniscorthy, il y eut peu de combats significatifs. Mais, un peu partout, les Volontaires se réunirent et se mirent en marche, sans se battre, y compris dans le Nord. La réaction britannique fut extrêmement violente : l’utilisation de l’artillerie en plein centre de Dublin réduit en champs de ruines visait autant à en finir rapidement qu’à terroriser la population. Le samedi 29 avril « afin d’arrêter le massacre d’une population sans défense » Patrick Pearse et le gouvernement provisoire se rendirent sans condition et ordonnaient de déposer les armes. En fait, à part le quartier général de la Grande Poste, tous les autres édifices restèrent aux mains de l’IRA. L’exemple des volontaires (tous très jeunes) regroupés au sein du Mendicity Institute et qui bloquèrent l’armée anglaise pendant plus de trois jours, occasionnant de lourds revers aux britanniques, sans pour autant subir de perte équivalente, est un des exemples qui démontre que l’affaire n’avait pas été envisagé à la légère et que l’insurrection avait de réelles capacités militaires. La « semaine sanglante » coûta la vie à 116 soldats britanniques, 16 policiers et 318 « rebelles » ou civils. Il y eut plus de 2000 blessés dans la population.

La répression fut immédiate. Plus de 3000 hommes et 79 femmes furent arrêtés, 1480 ensuite internés dans des camps en Angleterre et au Pays de Galles. 90 peines de mort furent prononcées, 15 seront exécutées dont les sept signataires de la proclamation d’indépendance. La légende se construisit aussitôt autour des dernières minutes des fusillés (Plunket qui se maria quelques heures avant son exécution, Connolly blessé et fusillé sur une chaise…) le poète Yeats exprimera si bien cet instant où tout bascule :
Je l’écris en faisant rimer
Les noms de
Mac Donagh et Mac bride
Et Connolly et Pearse
Maintenant et dans les jours à venir
Partout où le vert sera arboré
Tout est changé, totalement changé
Une terrible beauté est née (6)

Quelle analyse de l’insurrection ?

Au delà du retournement de l’opinion publique en faveur des insurgés, suite aux représailles, les questionnements ou les anathèmes fleurissent. Si les condamnations des sociaux démocrates englués dans l’Union sacrée ne furent pas une surprise il est intéressant de noter qu’un des commentaires les plus lucides fut écrit en Suisse par Lénine. Dans un texte célèbre, il note tout ce que la guerre a « révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées », il évoque les mutineries et les révoltes à Singapour, en Annam et au Cameroun qui démontrent « que des foyers d’insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l’impérialisme, se sont allumés à la fois dans les colonies et en Europe » Il replace donc, fort justement, Pâques 1916 dans le contexte international de « crise de l’impérialisme » dont le conflit mondial est l’illustration éclatante. Il fustige ceux qui (y compris à gauche) qualifient l’insurrection de « putsch petit bourgeois » comme faisant preuve d’un « doctrinarisme et d’un pédantisme monstrueux ». Après avoir rappelé « les siècles d’existence » et le caractère « de masse du mouvement national irlandais », il note qu’au coté de la petite bourgeoisie urbaine « une partie des ouvriers » avait participé au combat. « Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réactionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant. La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, "aggravera la crise révolutionnaire en Europe" infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force égale, le coup porté au pouvoir de la bourgeoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. » Et de conclure que « le malheur des irlandais est qu’ils se sont insurgés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre ». (7) Il ne s’agit pas de citer Lénine comme un oracle, mais de noter que dans son analyse, à chaud, il situe clairement la rébellion irlandaise comme une « lutte anti-impérialiste » du point de vue de la lutte des classes internationale et de la révolution mondiale. Il n’est pas inutile de rappeler, qu’à l’époque, il finit la rédaction de « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ».
C’est ce qui sera à nouveau souligné lors du second congrès de la 3e internationale en juillet/août 1920, où la question irlandaise fut discutée dans le cadre de la question coloniale et des mouvements d’émancipation des pays opprimés (en présence de deux irlandais dont Roddy Connolly le fils de James Connolly). (8)

En Irlande la mythologie mise en place autour de l’insurrection de Pâques 1916 gomma toute référence au contexte international. Les tenants du « sacrifice consenti pour réveiller la nation » (avec le message sous-jacent que ce n’était plus un exemple à suivre) n’entendaient courir le risque de se hasarder à réveiller la question sociale en parlant d’anti-impérialisme. Au lendemain de la défaite et alors que l’opinion publique prenait fait et cause pour les révolutionnaires exécutés, ce fut le parti Sinn Fein, qui n’avait eu aucune responsabilité dans le soulèvement, qui remporta les élections en 1918 et devient le symbole de la lutte pour l’indépendance. Le parti parlementaire irlandais, déconsidéré, ne joua plus de rôle important dans le nouveau processus politique qui s’amorçait. Toutefois sa capacité de nuisance se révéla redoutable, quelques années plus tard, quand plusieurs de ses membres rejoignirent les partisans de la partition du pays et appuyèrent leur démarche contre-révolutionnaire.
Il a été aussi beaucoup question de la mauvaise stratégie militaire des insurgés. Le fait de maintenir l’insurrection malgré les évènements contraires, reposait sur le fait que les autorités britanniques au courant des préparatifs auraient, de toute façon procédé, à une répression massive. Car initier une rébellion, en temps de guerre, avec le soutien et la coopération de l’ennemi ne laissait que peu de chances aux promoteurs du projet. La prise de différents points stratégiques dans la ville ainsi que des principales routes et les tenir se concevait dans le dessein d’attendre les colonnes d’insurgés censées converger vers Dublin. Il fallut l’envoi de 20 000 soldats pour mater la rébellion et la férocité des combats avec l’usage intensif de l’artillerie dans le centre très peuplé de la capitale indique à la fois un mépris colonial pour les indigènes en révolte et la volonté d’en finir au plus vite dans la crainte que la rébellion ne s’étende. Quoiqu’il en fût, certains historiens indiquent que « cette aventure » fut « la plus sérieuse brèche dans les remparts de l’empire britannique depuis la défaite de Yorktown en 1781 » face aux insurgés américains. (9)

Dominique Foulon

(1) En 1798 la création du mouvement des Irlandais Unis influencé par la Révolution française de 1789 tente un soulèvement armé avec l’appui (tardif) du gouvernement français. Créé, en particulier par des Presbytériens, ce mouvement est à la base du républicanisme irlandais.

(2) (2) Le parlement irlandais avait été aboli en 1800 et suivit de l’Acte d’Union (entre la Grande Bretagne et l’Irlande.)

(3) Confrérie politico-religieuse à caractère maçonnique dont la profession de foi se base sur la défense de la religion réformée, le souvenir de la Glorieuse Révolution de 1689 et le maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume Uni. Son nom est en référence au roi Guillaume d’Orange vainqueur du roi catholique Jacques II en1690.

(4) Irish Republican Brotherhood : Fraternité Irlandaise Républicaine, société secrète nationaliste et révolutionnaire, héritière du mouvement Fénian du 19e siècle

(5) La 36e division d’Ulster sera massacrée lors de la bataille de la Somme en juillet 1916

(6) Il existe plusieurs versions de la traduction du poème de Yeats « A terrible beauty »

(7) Le texte de Lénine publié en juillet 1916 se trouve sur le site www.marxists.org

(8) Les cahiers du Cermtri n° 127 Irlande : le mouvement national, le mouvement ouvrier et l’Internationale communiste 1913-1941

(9) P. Brandon cité par Kieran Allen : The 1916 rising : myth. And reality in Irish marxist review vol 4 number 17

Sources :
Irish marxist review vol 4 number 17, 2015 (téléchargeable en ligne)
James Connolly de Roger Faligot Édition Terre de Brume, 1997
Pour Dieu et l’Ulster : Histoire des Protestants d’Irlande du Nord
de Dominique Foulon Édition Terre de Brume 1997

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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 28 Juil 2016, 14:44

Podcast CNT : débat autour des 100 ans de la révolution irlandaise

Discussion autour des 100 ans de la révolution irlandaise et de son actualité autour de deux figures que sont James Connolly et Bobby Sands et de la question nationale et de l’internationalisme.

à écouter : http://www.cnt-f.org/podcast-cnt-debat- ... daise.html
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 03 Nov 2016, 18:34

Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923)

Des travailleurs expulsant les dirigeants de leurs usines, s’emparant de la gestion de domaines agraires, organisant des collectivités locales en faisant fi des autorités légales, hissant le drapeau rouge et s’érigeant en « soviets », sont des faits que l’on peine à associer à l’histoire de l’Irlande. Le concept même de « soviet » paraît tellement étranger aux problématiques consubstantielles au pays que l’historien Charles Townshend va jusqu’à les qualifier de « manifestations exotiques 1 ». Et pourtant, c’est bel et bien au sein de cette Irlande conservatrice, rurale et peu industrialisée, en proie aux conflits politiques et ethnico-confessionnels séculaires, qu’une centaine d’expériences autogestionnaires virent le jour, pratiquement toutes sous l’appellation de « soviet », entre 1918 et 1923 ‒ c’est-à-dire au cours d’une Révolution irlandaise de 1916-23, censée avoir soudé les différentes couches sociales de la communauté nationaliste en vue de bouter l’ennemi britannique hors du pays.

2 parties
. (1) http://www.autogestion.asso.fr/?p=6320
. (2) http://www.autogestion.asso.fr/?p=6324
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 02 Déc 2017, 21:52

En 1907, la ville de Belfast est marquée par quatre mois d’une grève qui unifie deux communautés, les protestants et les catholiques, qui jusque-là s’opposaient. D’avril à août, la classe ouvrière bat le rythme de la ville portuaire et industrielle du nord de l’Irlande. Retour sur une lutte unitaire.

1907 : La grève unifie les travailleurs et travailleuses de Belfast

En 1907, la ville de Belfast est marquée par quatre mois d’une grève qui unifie deux communautés, les protestants et les catholiques, qui jusque-là s’opposaient. D’avril à août, la classe ouvrière bat le rythme de la ville portuaire et industrielle du nord de l’Irlande. Retour sur une lutte unitaire.

De l’Irlande du Nord, on ne retient qu’un conflit entre deux communautés religieuses, d’un côté les « catholiques » et de l’autre les « protestants ». Il est bien évident qu’au travers de cet écran de fumée qui cache d’autres réalités, les mécanismes sont bien plus complexes et le colonisateur britannique ne cherche qu’une seule et unique chose : exacerber les tensions afin de diviser la classe ouvrière.

En 1907, l’Irlande est encore une colonie de l’Empire britannique, l’indépendance politique, et non l’indépendance économique, ne se fera qu’en 1921 suite au traité anglo-irlandais signé le 6 décembre de cette même année. L’Irlande du Nord, et plus particulièrement Belfast, est un centre industriel, on y retrouve une forte concentration de construction navale, d’usines de lin et de tabac importés et déchargés dans un important port.

La situation des travailleurs et travailleuses est plus qu’insoutenable, Belfast est une ville sombre, industrielle, où la pauvreté remplit les faubourgs. Entre 1845 et 1852, la Grande Famine, orchestrée par le Royaume-Uni, eu des conséquences démographiques catastrophiques : plus de 2 millions de personnes qui émigrèrent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et au Canada, une population en forte chute, au point qu’il fallut attendre 1911 pour retrouver son niveau de 1800 (4,4 millions).

Au début du XXe siècle, la classe ouvrière est divisée entre les communautés irlandaises et les communautés Scots-Irish, ces dernières issues de la colonisation forcée du XVIIe siècle. Une grève de plusieurs mois va les unir, faisant écho au soulèvement de la Society of the United Irishmen de 1798 mené par Wolfe Tone, unissant Irlandais et Scots afin de liberer l’Irlande de l’occupation britannique et d’instaurer une république.

Les docks s’organisent

Les docks de Belfast rassemblent à cette époque 3 000 travailleurs dont plus des deux tiers travaillent à la journée, les Scots et les Irlandais ne travaillent pas aux mêmes endroits, les premiers s’occupent des bateaux traversant la mer d’Irlande, les seconds les bateaux revenant ou partant pour des distances plus longues d’outre-Atlantique ou vers les colonies où les postes de travail se transmettent de père en fils et les semaines de 75 heures s’enchaînent. Malgré cette différence, les deux communautés vivent dans le même quartier attenant aux docks, Sailortown, partageant la même vie, les mêmes préoccupations quotidiennes où la tuberculose règne.

Ce détail n’échappera pas à Jim Larkin (voir ci-dessous), le secrétaire d’origine irlandaise du syndicat britannique National Union of Dock Labourers qui fait adhérer en quelques mois jusqu’à 2.000 travailleurs et travailleuses parmi les dockers, les charretiers ou les ouvriers de la construction navale, allant au contact des habitants et habitantes du quartier.

Les différences de salaires entre les ouvriers et ouvrières qualifié.es et non-qualifié.es sont importantes, les travailleurs et travailleuses revendiquent ainsi une mise à niveau des salaires avec la reconnaissance des syndicats dans les différentes compagnies qui règlent la vie des docks et des arsenaux.

Les événements s’enchaînent : les travailleurs et les travailleuses du Sirocco Engineering Works, Belfast Steamship Company, propriété du magnat du tabac Gallagher se mettent en grève, suivis par les charretiers de charbon. Il fait appel aux autorités et à la police afin de protéger les scabs, les « jaunes », qui vivent sur un bateau afin de ne pas se faire attaquer par les travailleuses et travailleurs en colère.

Fin mai, Larkin demande aux grévistes de retourner au travail afin de consolider les syndicats et reprendre la grève dans les semaines qui viennent. En retournant au travail, ils trouvent portes closes et leurs postes occupés par quelques scabs. Le patronat organise le lock-out de Belfast et les travailleurs et les travailleuses décident de continuer la grève.

Deux mois pour construire une grève générale

La grève s’étend et les grévistes descendent dans la rue. À leur passage les travailleurs et travailleuses des usines de tabac de Gallagher quittent leurs postes de travail et les rejoignent. Différents secteurs se sentent concernés par la grève : les marins, les pompiers, les chauffeurs et les fondeurs de métaux stoppent le travail. En juin, plus de 3 000 travailleurs des docks sont en grève avec les revendications d’un salaire minimum et de la semaine de 60 heures.

Les plus grosses compagnies des liaisons vers la Grande-Bretagne sont particulièrement touchées, celles-ci sont la propriété de groupes de chemins de fer britanniques qui s’inquiètent d’une extension de la grève. Des meetings quotidiens de grévistes afin de se tenir informés, se tiennent devant la maison des douanes du port rassemblant 10.000 personnes souvent brutalisées par la police et l’armée fortement présentes dans la ville. Le 1er juillet, une grande marche s’engage dans les rues de Belfast en direction de la mairie avec à sa tête Jim Larkin.

La presse parle « d’une marche en ordre militaire, sans un mot, où le bruit des talons résonne dans toute la ville », le cabinet du maire, sous la pression des marcheurs accepte de recevoir une délégation mais refuse d’engager des négociations. En quelques jours, les agents ferroviaires refusent de transporter les biens déchargés par les scabs et Larkin empresse le reste des charretiers non grévistes d’engager une grève de sympathie.

Courant juillet, aucun bien ne rentre ou ne sort du port de Belfast, les transports sont totalement bloqués, les ingénieurs et les chaudronniers des chantiers navals rejoignent la grève. Les grévistes s’attaquent aux camions en les brûlant et affrontent les troupes à coup de rivets et de boulons en même temps que les scabs, qui sont menés au large pour les protéger.

Solidarités exceptionnelles

Les policiers de la RIC, Royal Irish Constabulary, reçoivent l’ordre d’escorter les camions qui transportent de la marchandise mais font face à des attaques permanentes de la part des grévistes. L’un des policiers reçoit même une machine à télégraphier lancée d’une fenêtre. Persuadés de se mettre la population de Belfast à dos et sentant leur sécurité en danger, les agents de la RIC refusent d’obéir aux ordres de la hiérarchie. Le sentiment que leur rôle n’est plus que de protéger les intérêts des magnats de Belfast grandit chez eux et les policiers se mutinent : un meeting de 300 policiers se tient, appelant à rejoindre les dockers en grève.

Les autorités policières tentent d’arrêter les mutins, mais leurs collègues répondent en élargissant la grève, jusqu’à 70 % des agents. La situation devenant incontrôlable, le maire ordonne à l’armée d’imposer la loi martiale le 1er août dans les rues de Belfast. Neuf vaisseaux de guerre sont immédiatement déployés face au port. Le 2 août, 200 policiers sont mutés de force en dehors de Belfast, les sept leaders de la mutinerie sont mis à pied, une foule de 5 000 grévistes leur apporte un soutien.

Cette grève reste un événement marquant dans la solidarité entre « catholiques » et « protestants ». Depuis quelques siècles, au mois de juillet, les marches orangistes, les Twelth, en souvenir de Guillaume d’Orange, souverain d’Angleterre qui combattit les Irlandais au XVIIe siècle, et les marches irlandaises se tiennent, provoquant l’une et l’autre des communautés et se terminant la plupart du temps en émeutes. Le Twelth du 26 juillet 1907, revêt un caractère spécifique puisque les bannières et les fanfares des deux communautés se mélangent traversant le quartier historiquement « protestant » de Shankill Road.

Quelque 100 000 manifestants et manifestantes solidaires, oubliant leurs différences et se moquant de la division, se dirigent vers l’hôtel de ville afin de participer à un meeting qui rassemble à son tour 200 000 personnes. Le sectarisme laisse la place à la lutte des classes défiant les autorités unionistes qui refusent que les « protestants » rejoignent le rang des syndicalistes.

La grève prend fin le 28 août sur ordre du secrétaire général de la NUDL, James Sexton qui s’inquiète de la caisse de grève, qui selon lui mène le syndicat à la banqueroute. Il somme les grévistes de prendre part aux négociations entreprise par entreprise, isolant ainsi les travailleuses et travailleurs.

Les responsables de la NUDL et du TUC, Trade Union Congress, avaient préalablement discuté avec les patrons de Belfast, laissant de côté les grévistes ainsi que Larkin, négociant un salaire de 26 shillings, bien moins que la revendication de 27 shillings minimum, et en contrepartie les patrons gardent le privilège d’engager de la main-d’œuvre non syndiquée afin de se garantir un vivier de scabs en prévision de prochaines grèves. Les troupes envahissent les quartiers irlandais de Falls Road, multipliant harcèlement et répression et assassinent deux militants, relançant ainsi les tensions entre communautés, le piège se referme sur les travailleurs et travailleuses en lutte.

Les vieilles tensions balaient l’unité d’un revers de la main sous le regard satisfait des patrons capitalistes et de l’empire britannique. La grève de Belfast reste un moment important dans la construction du syndicalisme irlandais et dans la lutte contre l’occupation britannique qui va s’accélérer les années suivantes et où les grèves vont ponctuer la chronologie, de 1913 à Dublin et à Sligo jusqu’à l’insurrection de Pâques en 1916 à Dublin et le début de la guerre d’indépendance en 1919. Cette grève marque surtout, comme nous l’avons vu, l’unité de deux communautés que tout sépare sauf une chose : la solidarité de classe.

Martial (AL Saint Denis)


BIG JIM, UNE FIGURE DE L’INDÉPENDANTISME RÉVOLUTIONNAIRE

Jim Larkin a durablement marqué l’histoire de l’Irlande ouvrière. Né à Liverpool en 1876, issu de l’immigration irlandaise, il embrasse les idées socialistes à la fin du XIXe siècle avant de s’engager dans le syndicat des dockers, le National Union Dock Labourer. Il rejoint Glasgow où il organise les dockers, puis part pour Belfast.

Après la grève de 1907, il part pour Dublin, où, accusé de détournement après avoir redistribué une caisse de grève aux travailleuses etn travailleurs en grève, il est exclu du syndicat et fonde l’Irish Transport and General Workers’ Union. En 1913, il se lance dans les grèves de Dublin qui opposèrent durement les ouvriers et ouvrières au grand patronat irlandais. Il quitte l’Irlande pour les États-Unis, milite au côté

d’Eugene V. Debs au Socialist Party of America et surtout à l’Industrial Workers of the World. Au début des années 20, il devient un soutien de l’URSS avant de s’éloigner du stalinisme. Des jeux de pouvoirs au sein du syndicalisme irlandais le fait adhérer au Parti travailliste irlandais et devient député au parlement irlandais (Dáil Éireann) avant de s’éteindre en 1947.

Syndicaliste infatigable, véritable constructeur du mouvement ouvrier irlandais dans la première partie du XXe siècle malgré un parcours émaillé de digressions plus politiques, il reste un des artisans de l’aspect révolutionnaire de l’indépendance irlandaise face à l’Empire britannique. Proche de James Connolly, syndicaliste, il œuvra à la création de l’Irish Citizen Army qui prit activement part au soulèvement de la Pâques de 1916 à Dublin contre les forces d’occupation britanniques.


L’Irlande, un foyer révolutionnaire :
1919, LE SOVIET DE LIMERICK

1907, 1913, 1916, des dates qui ont marqué l’Irlande et où l’effervescence se fait sentir. La Révolution de 1917 à l’esprit, la population du comté de Limerick, sur la côte ouest de l’Irlande, se soulève contre le Defence of the Realm Act 1914 qui impose un contrôle social et une censure par l’armée britannique occupante et qui instaura une zone militarisée sur le comté en réaction à la guerre d’Indépendance qui débuta en janvier 1919. Le syndicaliste, et membre de l’IRA, Robert Byrne trouve la mort dans une prison de la ville.

Le 13 avril, la grève générale est déclarée, 14.000 travailleurs et travailleuses en grève sur une population de 38 000 habitantes et habitants.

Les administrations et les banques sont fermées. Un comité se met en place avec la population, il organise la distribution des denrées alimentaire et déclare, le 15 avril, le soviet de Limerick qui donne ses permis de circuler, alors que les troupes britanniques interdisaient la circulation entre les villes, et imprime sa propre monnaie. Les lois britanniques sont suspendues ainsi que le maintien de l’ordre, aucun pillage ni vol n’est déploré.

Cet élan autogestionnaire est stoppé net par le manque de soutien de certaines centrales syndicales mais surtout par l’union de la petite bourgeoisie, de l’Église locale mais aussi d’une branche du Sinn Fein allergique aux poussées révolutionnaires. Après douze jours de soviet, l’armée suprimera l’interdiction de circuler. La grève prend fin le 27 avril avec un goût amer de défaite.


http://www.alternativelibertaire.org/?1 ... de-Belfast
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 09 Jan 2018, 02:16

L’embuscade de la gare de Meenbanad (1918)

De vastes soulèvements anti-britanniques avaient été écrasés en Irlande au 18e siècle, et l’Irlande avait ensuite été dépeuplée par la famine (un million de mort) et par une émigration massive. En 1905, l’organisation Sinn Féin, indépendantiste, est fondé, tandis que James Connolly jette les bases théoriques et organisationnelles du mouvement socialiste de libération de l’Irlande.

Durant la guerre mondiale, en 1916, les Volontaires de l’Irish Republican Brotherhood (du Sinn Féin) et de l’Irish Citizen Army (de James Connolly) déclenchent l’insurrection de Pâques. Le soulèvement fut limité à Dublin, fit 400 morts et fut écrasé en moins d’une semaine. La férocité de la répression (exécution des meneurs de l’insurrection, des milliers d’arrestations) apporte au Sinn Féin une popularité accrue.

En janvier 1918, des Volontaires décidèrent de libérer deux prisonniers, James Duffy de Meenbanad et James Ward de Cloughlass. Ces derniers avaient déserté l’armée britannique mais été arrêté par la gendarmerie à Kincasslagh et ils enfermés dans la caserne locale. Le 4 janvier, quatre membres de la Royal Irish Constabulary (Gendarmerie royale irlandaise), un sergent et trois agents, étaient venu de Derry pour emmener les prisonniers dans le train de l’après-midi.

La gare de Meenbanad était noire d’une foule qui revenait de la foire de Dungloe. Soudainement, quatre volontaires montent à bord et se ruent sur les gendarmes, les boxent, arrachent au sergent son fusil et sa baïonnette et libèrent les prisonniers. Volontaires et prisonniers ont traversés la foule, et se sont engouffrés dans une voiture qui les attendait. Duffy, qui avait prit part à l’insurrection de Pâques en 1916, rejoignit l’armée de libération tandis que Ward émigra en Amérique où il fut tué dans un accident de circulation.

L’embuscade de la gare de Meenbanad est célébrée comme l’action inaugurale du soulèvement qui allait durer trois ans et déboucher sur les accords de Londres en 1921 qui consacrait la partition de l’Irlande en accordant l’indépendance aux comtés du Sud en laissant les six comtés du Nord sous la domination de la Grande-Bretagne.

photos https://secoursrouge.org/L-embuscade-de ... banad-1918
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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 02 Sep 2018, 19:59

Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923) (1/2)

Des travailleurs expulsant les dirigeants de leurs usines, s’emparant de la gestion de domaines agraires, organisant des collectivités locales en faisant fi des autorités légales, hissant le drapeau rouge et s’érigeant en « soviets », sont des faits que l’on peine à associer à l’histoire de l’Irlande. Le concept même de « soviet » paraît tellement étranger aux problématiques consubstantielles au pays que l’historien Charles Townshend va jusqu’à les qualifier de « manifestations exotiques 1 ». Et pourtant, c’est bel et bien au sein de cette Irlande conservatrice, rurale et peu industrialisée, en proie aux conflits politiques et ethnico-confessionnels séculaires, qu’une centaine d’expériences autogestionnaires virent le jour, pratiquement toutes sous l’appellation de « soviet », entre 1918 et 1923 ‒ c’est-à-dire au cours d’une Révolution irlandaise de 1916-23, censée avoir soudé les différentes couches sociales de la communauté nationaliste en vue de bouter l’ennemi britannique hors du pays.

Première partie sur 2.

L’histoire iconoclaste des soviets irlandais, cet article se propose donc de la relater, au travers notamment des questions suivantes : comment un pays d’essence conservatrice a-t-il pu voir éclore, en l’espace de cinq ans, une centaine d’expériences socialement subversives dans leur mode de fonctionnement autogéré, voire dans leurs desseins ? Dans quels secteurs en particulier se sont-elles développées? Quelles étaient les véritables motivations de leurs protagonistes? Pourquoi ont-elles échoué et n’ont-elles pas ouvert la voie, au sein des deux entités de l’île, à des forces politiques ou socio-économiques idéologiquement progressistes, susceptibles de contraindre quelque peu l’exercice de pouvoirs, établis sur une dialectique autre que socio-économique 2 ? Mais avant d’y répondre, il conviendra d’abord de replacer les soviets irlandais dans leur contexte historique, tant national qu’international.

Troubles politiques et sociaux en Irlande et en Europe dans les années d’après-guerre

L’organisation en soviets d’un certain nombre de travailleurs irlandais eut lieu au cours de la période historique connue comme la Révolution irlandaise de 1916-1923, laquelle fut l’aboutissement d’une longue histoire de domination coloniale (de l’Angleterre puis de la Grande-Bretagne sur l’Irlande), de dépossession terrienne (au profit des colons anglais et écossais de confession protestante), de conflits ethnico-confessionnels (entre protestants de culture anglo-saxonne et catholiques d’origine celtique ou anglo-normande) et de rébellions politiques (pour l’autonomie ou l’indépendance de l’Irlande, conduites d’abord par les nationalistes « coloniaux » majoritairement protestants puis par les nationalistes « autochtones » majoritairement catholiques), qui débuta dès le 12e siècle.

En règle générale, les historiens s’accordent pour faire remonter le point de départ de la Révolution irlandaise à l’insurrection avortée de Pâques 1916, laquelle avait été essentiellement l’œuvre de certains dirigeants de l’Irish Republican Brotherhood (Fraternité républicaine irlandaise) ou IRB, 3 à la tête de la frange la plus radicale des Irish Volunteers (Volontaires irlandais) 4, alliés au bataillon ouvrier du socialiste et syndicaliste James Connolly, l’Irish Citizen Army (Armée des citoyens irlandais) 5. Une insurrection qui, à défaut d’avoir détruit l’édifice impérial, devait néanmoins ouvrir la voie à la Guerre d’indépendance de 1919-1921, orchestrée à nouveau par les Irish Volunteers – baptisés Irish Republican Army (Armée républicaine irlandaise) ou IRA, à partir de 1919 – et sa vitrine politique, le Sinn Féin (Nous seuls), grand vainqueur en Irlande des élections législatives de décembre 1918 et porteur d’une stratégie de « désobéissance civile 6 » fondée sur la mise en place d’institutions « autochtones » – telle l’assemblée nationale d’Irlande (la Dail Eireann) – destinées à rendre caduque toute ingérence britannique dans les affaires irlandaises. Avec pour dénouement, la signature en décembre 1921 du traité anglo-irlandais à l’origine d’une guerre civile au sein des forces indépendantistes, de 1922 à 1923, qui aboutit à la victoire des partisans d’un accord de paix impliquant notamment la partition de l’île en deux entités distinctes, à savoir : d’un côté l’État libre d’Irlande, formé des 26 comtés du Sud à dominante nationaliste et catholique, et membre d’un Commonwealth qu’il allait quitter en 1949 pour devenir la République d’Irlande ; et d’un autre, l’Irlande du Nord, constituée des six comtés de l’Ulster à majorité protestante et unioniste, maintenus dans le Royaume-Uni.

Cependant, bien que les nationalistes révolutionnaires ne s’étaient assignés pour but exclusif que l’indépendance politique de l’Irlande – autour de laquelle ils comptaient fédérer les différentes catégories sociales, conformément à leur traditionnelle conception interclassiste de la libération nationale –, un nombre considérable de troubles sociaux, qu’ils fussent industriels ou agraires, balaya le pays progressivement à partir de 1917. La forte croissance de la demande mondiale en denrées alimentaires et en matières premières, engendrée par l’effort de guerre, avait apporté une certaine prospérité intérieure dont ne bénéficièrent guère les travailleurs industriels et agricoles, contrairement à nombre de dirigeants industriels, de commerçants et de gros exploitants agricoles. Le boom économique de l’après-guerre constitua donc l’occasion pour les différentes couches salariales d’en revendiquer radicalement leur juste part. Et ils le firent via une vague de grèves sans précédent qui coïncida avec une recrudescence du militantisme syndical 7.

A l’époque, le mouvement ouvrier irlandais était incarné par l’Irish Trade Union Congress (Congrès des syndicats irlandais) – créé en 1894 afin de fédérer à l’échelle nationale des syndicats irlandais jusque-là affiliés au British Trade Union Congress (Congrès des syndicats britanniques) –, dont le nombre d’adhérents monta jusqu’à près de 300 000 en 1921 8. Cette hausse spectaculaire de ses effectifs, la confédération irlandaise la devait principalement à la campagne d’adhésions menée par son syndicat le plus puissant et le plus radical, l’Irish Transport and General Workers’ Union (Syndicat des transporteurs et des travailleurs irlandais). Fondé en 1908 par James Larkin, au lendemain de la grève générale de Belfast en 1907 – et fer de lance en Irlande du principe du « One Big Union » visant à organiser tous les travailleurs au sein d’une grande centrale, en vue de contrôler l’ensemble des moyens de productions –, le Syndicat des transporteurs compta dans ses rangs autour de 130 000 membres en 1920, dont 40 000 dans le secteur agricole 9. Ce qui signifie qu’en sus du secteur industriel, le syndicat des transporteurs s’était aussi activement impliqué dans des luttes agraires en regain constant depuis 1917, organisant ainsi quelques dizaines de milliers d’ouvriers agricoles et un millier de petits exploitants propriétaires et non propriétaires, en moins de quatre ans. Toutefois, pendant la période révolutionnaire, les modes d’action et les desseins de la paysannerie différèrent selon les réalités socio-géographiques du pays. Pour résumer : à l’est, les grèves organisées dans les grands domaines par des ouvriers agricoles syndiqués, avec l’appui de certains petits fermiers, reposaient sur des revendications essentiellement salariales ; à l’ouest, les méthodes comme le boycott, le cattle driving 10 et l’occupation de propriétés agricoles auxquelles eurent recours des petits exploitants – non bénéficiaires des lois agraires de 1903 et 1909 11 –, avec l’appui de certains ouvriers agricoles, visaient la redistribution équitable des grands pâturages.

En fait, tous ces conflits sociaux se produisirent dans un contexte de troubles généralisés à l’échelle européenne. Grèves générales, manifestations monstres, occupations d’usines et de domaines agricoles, etc. émaillèrent le continent en cette période tourmentée et de transition. Le souvenir des massacres de masse et de l’enfer des tranchées que laissaient quatre années de guerre mondiale avait fait naître l’espoir de meilleures conditions de vie (augmentation des salaires, journée de huit heures, réforme agraire …), voire d’une société nouvelle à jamais purifiée des scories de l’ancien monde. Dans le sillage de la Révolution russe, certains mouvements prirent ainsi une orientation des plus subversives, notamment via l’établissement de républiques des conseils, ou soviétiques, en Bavière (avril-mai 1919), en Hongrie (avril-août 1919) et dans le sud-est de la Slovaquie (juin-juillet 1919) ; de communes agricoles d’inspiration communiste libertaire dans certaines régions de l’Ukraine (1918-1921) ; ou encore de conseils d’usine dans le nord de l’Italie au cours des « Biennio Rosso » (« Les deux années rouges ») de 1919-1920 12… Pareil phénomène n’épargna pas l’Irlande, où une centaine d’organisations de type « soviétique » virent le jour à partir de novembre 1918. Loin d’avoir subverti politiquement tout un pays ou des régions entières, c’est donc avec leurs pendants italiens qu’elles présentèrent le plus de similitudes. En premier lieu parce qu’aucun des deux mouvements ne dépassa le stade de l’expérimentation en l’absence de structures fédératives, que l’indécision et l’attentisme des directions syndicales et socialistes des deux pays empêchèrent pour partie d’établir. Deux aspects les différenciaient néanmoins : d’une part, les occupations autogérées italiennes n’adoptèrent jamais le nom de « soviets » ; et d’autre part, les desseins révolutionnaires des travailleurs transalpins ne souffraient d’aucune ambiguïté, au rebours de ceux de leurs homologues irlandais qui usèrent de ce mode de lutte des plus radicaux.

Un mode d’action subversif : le soviet autogéré

Parallèlement aux formes traditionnelles de lutte évoquées plus haut, se propagea en Irlande un modèle organisationnel alternatif, nommé « soviet », auquel recoururent un certain nombre de travailleurs lorsque cessations du travail, négociations ou autres procédés propres au monde agricole s’avérèrent insuffisants pour obtenir pleine satisfaction des revendications. Inspiré du nom russe désignant les divers conseils qui avaient surgi dans le cadre de la Révolution de 1917, ce mode d’action s’appuyait sur la poursuite ou la relance de la gestion et / ou de la production de telle ou telle structure, sous la conduite exclusive de travailleurs en lutte contre une hiérarchie officielle préalablement mise au rebut. Il relevait ainsi de l’autogestion 13 telle que la définissent notamment Henri Lefebvre : « Quand un groupe, au sens large, c’est-à-dire les travailleurs d’une entreprise, mais aussi les gens d’un quartier ou d’une ville, quand ces gens n’acceptent plus passivement les conditions d’existence, quand ils ne restent plus passifs devant ces conditions qu’on leur impose ; lorsqu’ils tentent de les dominer, de les maîtriser, il y a tentative d’autogestion. Et il y a une marche dans et vers l’autogestion 14 », ou encore Cornélius Castoriadis : « Est-ce que l’autogestion, est-ce que le fonctionnement et l’existence d’un système social autogéré est compatible avec le maintien de la hiérarchie ? Autant se demander si la suppression du système pénitencier actuel est compatible avec le maintien de gardiens de prisons, de gardiens-chefs et de directeurs de prisons. Mais comme on sait, ce qui va sans dire va encore mieux étant dit. D’autant plus que, depuis des millénaires, on fait pénétrer dans l’esprit des gens depuis leur plus tendre enfance qu’il est “naturel” que les uns commandent et les autres obéissent, que les uns aient trop de superflu et les autres pas assez de nécessaire 15. » Ces pratiques autogestionnaires au sein des soviets irlandais en faisaient donc d’authentiques expériences subversives, comparables aux comités d’usine russes à travers lesquels des ouvriers avaient pris en main la gestion de la production sur leur lieu de travail – ce qui les distinguait des soviets stricto sensu, plus soucieux de questions politiques 16.

Or, contrairement aux comités d’usine russes, justement, les soviets irlandais apparurent aussi dans des domaines autres qu’industriels et à des fins autres qu’économiques et sociales. Ainsi en fut-il du secteur agricole et de divers services (hospitalier, transports et portuaire), auxquels s’ajoutèrent certaines collectivités urbaines où les travailleurs organisés en soviets poursuivirent des visées non plus socio-économiques mais socio-politiques. Ceux qui s’inscrivirent dans cette dernière démarche servirent, en quelque sorte, d’auxiliaires au mouvement indépendantiste, représenté par l’IRA et le Sinn Féin. 17 Cela advint par deux fois lors de la Guerre d’indépendance. Ainsi, pendant deux jours, en avril 1920, lorsque maintes villes du pays (Cork, Galway, Tralee, Mitchelstown, Ennis, Nenagh, Charleville…) passèrent sous le contrôle exclusif de travailleurs syndiqués, protestant contre les conditions de détention de prisonniers nationalistes, en grève de la faim dans la prison de Mountjoy à Dublin. Résultat : 87 détenus politiques, membres du Sinn Féin, furent libérés et hospitalisés, suite à cette mobilisation massive qui vit les syndicats former des comités ou conseils ad hoc chargés de gérer les affaires communales, en lieu et place des autorités officielles 18. Un an auparavant, la ville de Limerick avait connu un destin plus ou moins similaire, resté depuis dans l’histoire, de par la couverture médiatique internationale dont il avait fait l’objet à l’époque.

Tout débuta le 6 avril 1919. Incarcéré à Limerick depuis plus deux mois, Robert Byrne, syndicaliste membre de l’IRA, réussit à échapper à la vigilance de ses geôliers, non sans l’aide de nationalistes révolutionnaires locaux. L’évasion prit toutefois une mauvaise tournure : Byrne et un policier furent blessés à mort. En conséquence de quoi, les autorités britanniques déclarèrent la ville « zone militaire spéciale ». Chaque citoyen devait désormais détenir un permis pour pouvoir y accéder et en sortir. Face à ce qui fut considéré comme une atteinte à la liberté de circulation, plusieurs voix s’élevèrent et en particulier celle du conseil des syndicats de Limerick qui, le 14 avril, déclencha une grève générale en signe de protestation. Celle-ci, malgré ses visées politiques, n’en était pas moins imprégnée d’une forte saveur sociale, entièrement organisée qu’elle fut par des représentants de la classe ouvrière, avec néanmoins l’appui de la plupart des commerçants et des artisans, des conseillers municipaux majoritaires du Sinn Féin et du clergé catholique local. Le conseil des syndicats nomma ainsi un comité de grève, rapidement désigné comme le « soviet », en charge de la gestion communale, par le biais de sous-comités responsables de la propagande, de l’alimentation, de la sûreté et des finances (pour pallier la pénurie de ressources financières, le soviet en vint même à émettre sa propre monnaie). Tous ces efforts finirent par porter leurs fruits : la hiérarchie militaire leva la loi martiale le 6 mai, soit près d’une semaine après la dissolution du « soviet de Limerick 19 ».

Toutefois, ce furent davantage des questions socio-économiques qui motivèrent l’instauration de soviets, que ce fût lors de conflits industriels, agraires ou dans les services où naquit l’un des premiers soviets, une semaine à peine après le déclenchement de la Guerre d’indépendance, le 21 janvier 1919. Deux jours plus tard, donc, le personnel soignant et encadrant de l’asile d’aliénés de Monaghan débrayait pour obtenir une hausse des salaires et de meilleurs conditions de travail. A la tête du mouvement figurait Peadar O’Donnell, responsable local du Syndicat des transporteurs et futur officier de l’IRA. Le 28 janvier, les rumeurs d’une intervention policière ou militaire pour faire évacuer l’établissement occupé incitèrent la centaine de grévistes à s’en emparer et le faire fonctionner indépendamment de la direction. Les employés barricadèrent ainsi les entrées, hissèrent le drapeau rouge, formèrent un comité « soviétique » et élurent O’Donnell directeur de l’asile. Malgré son caractère radical et subversif, le mouvement reçut le soutien non seulement des internés et de la population locale, mais aussi des clergés, toutes confessions confondues, du Sinn Féin et des unionistes, et même des policiers massivement déployés autour du bâtiment. Au bout de sept jours, la crainte que cet élan de grande sympathie ne se transformât en grève générale amena les dirigeants officiels à céder à toutes les revendications, mettant par là-même un terme à l’expérience « soviétique » de l’asile de Monaghan 20.

D’autres services firent également l’objet d’une expérience « soviétique » autogestionnaire : les transports ferroviaires du comté de Cork, du 10 au 16 février 1922, quand plusieurs centaines de cheminots – en grève depuis le 26 janvier pour protester contre la baisse de leurs salaires – prirent possession de quatre gares et relancèrent eux-mêmes l’exploitation des lignes de chemin de fer jusqu’à la signature d’un compromis 21; les services portuaires de Cork et de Cohb (non loin de Cork) qui, le 6 septembre 1921, de 10h30 à 16h30, passèrent sous le contrôle exclusif d’une centaine d’employés et ouvriers grévistes, avant la conclusion d’un accord garantissant le règlement du conflit salarial par voie d’arbitrage 22. Si ces derniers soviets apparaissent comme les plus éphémères d’entre tous (seulement six heures !), c’est dans le secteur agricole que des organisations autogérées devaient battre des records de longévité (près de dix mois) – à commencer par le soviet de Broadford.

Outre sa durée, donc, ce soviet agraire présentait la particularité d’avoir vu le jour dans une localité rurale de l’ouest du pays – le village de Broadford et ses environs (comté de Clare) – peu réputée pour sa tradition d’action syndicale. Ainsi, en février 1922, un groupe d’agriculteurs non propriétaires et affiliés au Syndicat des transporteurs prit à son compte la gestion du domaine agricole de James Dennison Going, aux dépens des employés qui en avaient eu jusque-là la charge. À cette fin, ils créèrent le « Comité des agriculteurs, des fermiers, des ouvriers et des travailleurs du Syndicat des transporteurs de la propriété Going » (« Committee of Farmers, Tenants, Workers and Transport Union Workers on the Going Estates »), élisant l’un d’entre eux à sa tête. Le nouveau « soviet » se fixait pourtant des objectifs a priori bien modestes : la réduction des loyers et la redistribution des prairies au profit des petits fermiers. Or, face au refus obstiné de l’agent du propriétaire, seule une prise de contrôle effective du domaine pouvait leur permettre d’obtenir satisfaction, via la mise en œuvre de leurs revendications par leurs propres soins. En clair, il s’agissait pour eux non pas d’exproprier le propriétaire à proprement parler, mais entre autres, d’honorer leurs loyers à leurs propres conditions, c’est-à-dire bien en-dessous du montant officiellement requis. Ce qu’ils firent jusqu’en novembre 1922, date à laquelle ils restituèrent le domaine non sans faire l’objet de poursuites judiciaires, qui se prolongèrent au moins jusqu’en avril 1926. Par ailleurs, ils convertirent une partie des terres en pâturages communs, louèrent des parcelles à des paysans « sans terre » de Broadford, nommèrent des responsables chargés de la surveillance des troupeaux et de l’entretien des clôtures et expulsèrent les employés refusant de se plier aux exigences du soviet 23.

A cette expérience en milieu rural s’ajoutèrent d’autres plus ou moins similaires, tels les soviets de Toovahera, de Kilfenora, de Ballyvaughan et celui intégrant plusieurs localités des environs de Crab Island (tous également situés dans le comté de Clare), probablement d’avril 1922 à février 1923 ; ou encore, bien avant cela, la ferme collective de plusieurs milliers d’hectares implantée dans le comté de Galway, au printemps 1920, après expropriation des propriétaires. Là aussi, chaque cas fut l’œuvre de laissés-pour-compte des lois agraires de 1903 et 1909, aspirant notamment à une plus juste répartition des terres et une baisse drastique des loyers, qu’ils imposèrent en s’appropriant la direction des domaines, en lieu et place des propriétaires terriens et de leurs agents 24. Cependant, comme le soulignait déjà en 2005 l’historien Fergus Campbell, 25 l’agitation agraire qui ravagea l’ouest du pays à l’époque révolutionnaire n’a pas encore donné lieu à un examen approfondi susceptible de faire davantage ressortir son caractère socialement subversif – examen approfondi dont ont, en revanche, bénéficié les conflits industriels 26.

Le principe d’autogestion connut ainsi, dans le secteur industriel, un nombre de mises en œuvre tel qu’il serait trop long de toutes les présenter ici, même succinctement. Certaines méritent néanmoins quelque attention. A commencer par le soviet que les mineurs d’Arigna (comté de Leitrim) instituèrent en mai 1921, en vue de relancer la production de l’un des puits fermés par la direction de l’entreprise minière, suite à leur refus d’accepter des réductions de salaire. Les mineurs finirent par restituer le site une fois le conflit résolu, deux mois plus tard. 27 Puis, en septembre de la même année, ce fut le tour d’environ 40 ingénieurs de la fonderie de Drogheda (comté de Louth), également en lutte contre la baisse des salaires – que les salariés durent accepter début novembre, après trois mois de grève –, de s’ériger en soviet sur leur lieu de travail, avant d’en être délogé par la police au bout d’une journée seulement 28. Un sort assez proche attendit les travailleurs de la pêcherie de Castleconnell (comté de Limerick) en novembre : organisés en soviet afin d’obtenir la rémunération de leurs heures supplémentaires, ils eurent finalement gain de cause après avoir été contraints de négocier, sous la menace des armes de l’IRA 29. Les ouvriers des minoteries de Quaterstown (comté de Cork) eurent moins de chance : en grève depuis le 13 janvier 1922 – là aussi pour la défense des salaires –, ils décidèrent d’investir les usines et firent repartir la machine productive jusqu’à leur départ forcé, une semaine plus tard, sur injonction de l’IRA, provoquant par là-même l’échec du mouvement 30. Autre soviet encore qui vit l’intervention des forces de l’ordre (en l’occurrence l’armée nationale de l’État libre d’Irlande) : celui de l’usine à gaz de la ville de Tipperary, établi sur fond de conflit salarial, de mars à août 1922 31. Mais le vent de la révolte autogestionnaire souffla surtout sur une industrie laitière et boulangère du sud-ouest du pays, contrôlée par l’entreprise Cleeve.

Cleeve est le nom d’une riche famille protestante qui, à l’époque de la Révolution irlandaise, se trouvait à la tête d’un réseau de plus de cent laiteries, minoteries et usines dédiées à la fabrication de lait condensé et de pain, situées dans les comtés de Limerick, Tipperary et Cork de la province de Munster. Cet empire industriel et commercial employait près de 3 000 personnes et se faisait fournir par environ 5 000 céréaliers et producteurs laitiers. A partir de 1918, l’entreprise Cleeve, comme bien d’autres à travers le pays, fut le théâtre de conflits sociaux portant sur les salaires et les conditions de travail – impliquant principalement le Syndicat des transporteurs –, dont un certain nombre devait tourner à l’expérience « soviétique » autogestionnaire : d’abord, du 15 au 21 mai 1920, dans la laiterie de Knocklong (comté de Limerick) et ses douze branches installées dans des localités voisines, toutes restituées après satisfaction des revendications ; puis, du 15 août au 3 septembre 1921, dans la minoterie et l’usine de fabrication de pain de Bruree (comté de Limerick), rendue à ses propriétaires non sans l’intercession de l’IRA ; et enfin, de mai à juillet-août 1922, dans 39 laiteries et usines de fabrication de lait condensé et de pain des comtés de Limerick, Tipperary et Cork, graduellement mises en échec par le jeu combiné du boycott des céréaliers et des producteurs laitiers, et de l’ingérence de l’armée nationale de l’État libre d’Irlande. Par ailleurs, outre l’emploi du terme « soviet » pour les désigner, les expériences autogestionnaires de Cleeve se caractérisèrent par d’autres symboles subversifs, tel le drapeau rouge hissé sur le toit des établissements ou encore sous la forme de slogans ouvertement anticapitalistes, comme le fameux « Nous faisons du pain pas de profit » (« We make bread not profits ») inscrit sur la façade de l’usine de Bruree 32.

Reste à savoir, à présent, si les protagonistes des soviets irlandais, toutes catégories confondues, entendaient dépasser le stade de la symbolique subversive et de la simple amélioration des conditions existantes.


Notes:

1 Charles Townshend, « Historiography: Telling the Irish Revolution », dans Joost Augusteijn (dir.), The Irish Revolution, 1913-1923, Basingstoke, Palgrave, 2002, p. 6. Précisons ici que toutes les citations issues d’ouvrages ou d’articles en langue anglaise sont traduites en français par l’auteur du présent chapitre. ↩
2 Depuis la partition de 1922, les deux entités constitutives de l’île d’Irlande se sont distinguées des autres démocraties d’Europe occidentale, via l’absence en leur sein de clivages idéologico-politiques reposant essentiellement sur des questions socio-économiques avec, pour schématiser, un camp progressiste (situé à « gauche » de l’échiquier politique) et un camp conservateur (situé à « droite »de l’échiquier politique). Ainsi en est-il de l’Irlande du Nord où chacune des deux principales forces antagoniques fonde sa raison d’être sur la défense d’un ordre défini en termes à la fois politique et ethnico-confessionnel. En clair, à chaque communauté ethnico-confessionnelle correspond une étiquette politique particulière : nationaliste pour des catholiques minoritaires, favorables au rattachement du territoire au reste de l’île ; unioniste pour des protestants majoritaires, favorables au maintien du territoire à l’intérieur du Royaume-Uni. Toutefois, cet antagonisme s’est quelque peu estompé depuis le milieu des années 1990 après avoir pourtant atteint son acmé pendant environ trente ans, sous la forme d’un conflit qui aura marqué les esprits par son cortège de violences a priori inextinguibles. Quant à l’État sud-irlandais ‒ connu comme la République d’Irlande depuis 1949 ‒, jusqu’au boom économique des années 1990-2000, il était apparu sous les traits d’un pays idéologiquement conservateur que symbolisaient certes une Église catholique quasi-omnipotente ‒ dont l’affaiblissement, qui accompagna la prospérité évoquée ci-dessus, se traduisit par de profonds changements d’ordre sociétal ‒, mais aussi un système politique bipartisan constitué de deux organisations, le Fianna Fail et le Fine Gael, qui ne pouvaient guère passer pour progressistes. Né au lendemain de la Guerre d’indépendance de 1919-21, ce système se forgea sur fond d’antagonismes à caractère essentiellement constitutionnel (entre partisans et adversaires du traité anglo-irlandais de 1921 qui prévoyait la partition de l’île et la création d’un État semi-indépendant dans sa partie méridionale) et macro-économique (entre partisans du libre-échange et ceux du protectionnisme). Bien que la nature de ces oppositions évolua au fil du temps, la loyauté électorale dont bénéficièrent depuis les deux principaux partis du pays ne devait un tant soit peu se démentir qu’aux élections législatives de 2011. Lesquelles virent la gauche incarnée par un parti travailliste des plus modérés obtenir un score historique en se plaçant en deuxième position avec 19,4 % des voix.
3 L’Irish Republican Brotherhood est une société secrète, de type maçonnique, fondée en 1858 par des vétérans de la rébellion avortée de 1848. Elle se fixait pour objectif d’établir en Irlande une république indépendante, par voie insurrectionnelle, via la stratégie dite de la « force physique ». Elle échoua une première fois en 1867. Malgré le déclin qui s’ensuivit – au profit du mouvement pour le Home Rule (visant l’autonomie de l’Irlande au sein de l’ensemble britannique), plus modéré et légaliste –, l’organisation devait renaître de ses cendres au début des années 1910.
4 Les Irish Volunteers est une milice nationaliste créée en 1913, en réplique à la fondation par les unionistes d’une Ulster Volunteer Force (Armée des volontaires d’Ulster), destinée à faire obstacle à l’application du Home Rule (autonomie pour l’Irlande adoptée au parlement de Londres en 1912), les armes à la main si nécessaire.
5 Créée lors de la grève générale de Dublin en 1913, afin d’assurer la protection des travailleurs contre les violences policières, l’Irish Citizen Army allait par la suite se transformer progressivement en une force offensive et subversive, sous l’impulsion de James Connolly.
6 On doit l’expression de « désobéissance civile » au philosophe radical américain, Henry David Thoreau (1817-1862). Celle-ci incarne, en règle générale, tout acte de résistance non-violente à des autorités, des lois ou des politiques considérées comme injustes ou pernicieuses pour le bien-être de l’humanité. Elle peut être aussi un moyen de pression en faveur de réformes destinées à faire respecter, notamment, la démocratie, la justice sociale ou les droits de l’homme. Outre Thoreau, Léon Tolstoï (1828-1910), Gandhi (1869-1948) et Martin Luther King (1929-1968) devaient compter parmi les plus grands adeptes de la désobéissance civile.
7 A titre indicatif : de 1918 à 1921, on comptabilisa 782 grèves – couronnées de succès pour la plupart – rien que dans le secteur industriel. Chiffres donnés par Public Record Office London, strikes and lockouts, 1914-21, Lab 34/14-20, Lab 34/32-39. Cité dans Emmet O’Connor, Syndicalism in Ireland, 1917-23, Cork, Cork University Press, 1988, p.25.
8 A titre indicatif : ce chiffre correspond à environ 49 % de l’ensemble des ouvriers du pays, eux-mêmes représentant environ un tiers de la population active, pour une population de 4 390 219 habitants, selon le recensement de 1911. Chiffres donnés par Conor Kostick, Revolution in Ireland: Popular Militancy, 1917-23, Londres, Pluto Press, 1996, p.139 ; W. E. Vaughan, A. J. Fitzpatrick (eds), Irish Historical Statistics, Dublin, Royal Irish Academy, 1978, p.3 ; Census of Ireland, 1911, General report, Occupations of the people, 1912-13, Cd.6663, CXVIII, 1, p.xxviii-xxx.
9 Chiffres donnés par le journal syndical The Watchword of Labour, 26 juin 1920, p.1 ; Desmond Greaves, The Irish Transport and General Workers’ Union: The Formative Years, 1909-1923, Dublin, Gill and Macmillan, 1982, p.259, p.276.
10 Le cattle driving consistait à faire subrepticement sortir de son enclos le bétail des éleveurs pour ensuite le placer sur la terre d’un fermier du voisinage ou – la plupart du temps – le disperser sur les routes.
11 La politique d’implantation coloniale menée en Irlande au 17e siècle atteignit un degré de réussite tel qu’en 1703, les catholiques, malgré leur écrasante supériorité numérique, ne possédaient plus que 14 % des terres, contre 90 % cent ans plus tôt ! Ce n’est que suite à la « guerre agraire » de la fin des années 1870 que la paysannerie catholique allait graduellement reprendre possession des terres, principalement en dehors de l’Ulster, via toute une série de réformes agraires, culminant avec les lois Wyndham (1903) et Birrell (1909) qui leur permettaient d’acheter leurs exploitations notamment par voie de prêts remboursables à l’État.
12 Sur tous ces mouvements, voir notamment Donny Gluckstein, The Western Soviets: Workers’ Councils Versus Parliament, 1915-20, Londres, Bookmarks, 1985 ; Alexandre Skirda, Anarchy’s Cossack: the Struggle for Free Soviets in the Ukraine, 1917-21, Londres, AKPress, 2004 ; Eric Aunoble, Le Communisme, tout de suite ! Le mouvement des Communes en Ukraine soviétique (1919-1920), Paris, Les Nuits rouges, 2008 ; Andrew Janos, William Slottman (dir.), Revolution in Perspective: Essays on the Hungarian Soviet Republic of 1919, Los Angeles, University of California Press, 1971.
13 Il importe ici de préciser que le terme d’« autogestion » est relativement récent, ses premiers usages ne datant que des années 1950. Ce qui signifie que des expériences autogestionnaires – du moins reconnues comme telles rétrospectivement – eurent lieu avant même la création du concept d’autogestion.
14 Entretien donné en 1979 à la revue Nouvelle critique. Cité dans Ouvrage collectif, De l’autogestion : théories et pratiques, Paris, Editions CNT-RP, 2013, p.40.
15 Cornélius Castoriadis, « Autogestion et hiérarchie », Paris, Le Grain de sable, 2012, p.2. Extrait de Le Contenu du socialisme, paru en 1979 aux éditions 10/18. Edition en ligne : https://autogestion.asso.fr/?p=1995 (consulté le 14 août 2016).
16 Sur les soviets et comités d’usine russes, voir Marc Ferro, Des Soviets au communisme bureaucratique, Paris, Gallimard, 1980 ; Oskar Anweiler, The Soviets: The Russian Workers, Peasants, and Soldiers Councils, 1905-1921, New York, Panthéon Books, 1974 (version française : Les Soviets en Russie, 1905-1921, Paris, Gallimard, 1972).
17 Précisons ici que si les syndicats irlandais ne s’impliquèrent pas officiellement dans la lutte pour l’indépendance, ils ne vécurent pas pour autant entièrement en marge de la Révolution. Ils apportèrent ainsi sporadiquement leur appui à la cause nationale par des actions destinées notamment à entraver l’effort de guerre britannique – à l’instar de celles que menèrent les dockers et les cheminots irlandais, avec l’aval de leurs directions syndicales, de mai à décembre 1920 : les uns refusèrent de décharger les navires transportant du matériel de guerre, les autres d’acheminer les troupes britanniques vers les zones de combat.
18 Voir les différents compte-rendus de la presse nationale de l’époque, The Freeman’s Journal, 14 avril 1920, p.4 ; The Irish Independent, 14 avril 1920, p.6 ; The Irish Times, 14 et 15 avril 1920, p.6 ; The Irish Examiner, 14 et 15 Avril 1920 p.5.
19 Sur le Soviet de Limerick, voir Liam Cahill, Forgotten Revolution: Limerick Soviet, 1919, A Threat to British Power in Ireland, Dublin, O’Brien Press, 1990. Édition en ligne, 2003: www.limericksoviet.com/Book.html (consulté le 6 février 2013) ; D. R. O’Connor Lysaght, The Story of The Limerick Soviet, April 1919, Limerick Soviet Commemoration Committee, 3rd edition, 2003 (orig. 1979), http://homepage.eircom.net/~paddytheass ... ysaght.htm (consulté le 6 février 2013).
20 Voir The Freeman’s Journal, 30 janvier 1919, p. 4, 1er février, p.6, 3 février, p.4, 21 février 1919, p.4 ; The Irish Examiner, 30 janvier 1919, p.4-5, 31 janvier 1919, p.5, 1er février 1919, p.9, 3 février 1919, p.6, 4 février 1919, p.5 ; The Irish Independent, 30 janvier1919, p.2-3, 31 janvier 1919, p.2, 1er février 1919, p.5, 3 février 1919, p.3 ; The Irish Times, 8 février 1919, p.1, 15 février 1919, p.6 ; The Anglo-Celt, 1er février 1919, p.6-7, 8 février 1919, p.3.
21 Voir notamment The Cork Examiner, 27 janvier 1922, p.5, 28 janvier 1922, p.7, 30 janvier 1922, p.4-5, 1er février 1922, p.4-5, 3 février 1922, p.5, 6 février 1922, p.4-6, 7 février 1922, p.5, 9 février 1922, p.4-6, 11 février 1922, p.5-6, 13 février 1922, p.6, 15 février 1922, p.4-5, 16 février 1922, p.4-7, 17 février 1922, p.4, 18 février 1922, p.8 ; et l’organe du Parti communiste irlandais The Workers’ Republic, 11 et 18 février 1922, p.3.
22 Voir notamment The Cork Examiner, 3 septembre 1921, p.8, 7 septembre 1921, p.5, p.8, 8 septembre 1921, p.8, 15 octobre 1921, p.7, 20 octobre 1921, p.3.
23 Sur le Soviet de Broadford, voir Michael McCarthy, « The Broadford Soviet », The Old Limerick Journal, n° 4, 1980, p. 37-40. Version en ligne : www.limerickcity.ie/media/Media,3937,en.pdf (consulté le 8 février 2013).
24 Sur ces expériences en milieu rural, voir The Freeman’s Journal, 9 mai 1923, p.5, 17 mai 1923, p.6, 25 mai 1923, p.6 ; Kevin O’Shiel, « The Dail land courts », The Irish Times, 14 novembre 1966, p.10.
25 Fergus Campbell, Land and Revolution, 1890-1921, Oxford, Oxford University Press, 2005, p.226-285.
26 Voir notamment Emmet O’Connor, Syndicalism in Ireland, 1917-23, op. cit. ; Conor Kostick, Revolution in Ireland: Popular Militancy, 1917-23, op. cit.
27 Voir The Freeman’s Journal, 28 mai 1921, p.5 ; The Irish Independent, 30 mai 1912, p.6.
28 Voir The Freeman’s Journal, 15 septembre 1921, p.3, 16 septembre 1921, p.6, 17 septembre 1921, p.5, 3 novembre 1921, p.5 ; The Irish Times, 16 septembre 1921, p.5, 3 novembre 1921, p.6.
29 Voir l’organe officiel du syndicats des transporteurs The Voice of Labour, 10 décembre 1921, p.4.
30 Voir The Freeman’s Journal, 16 janvier 1922, p.5, 27 janvier 1922, p.5, 2 février 1922, p.7, 8 février 1922, p.5, 9 février 1922, p.4, 10 février 1922, p.6 ; The Irish Examiner, 27 janvier 1922, p.6, 28 janvier 1922, p.3, 9 février 1922, p.6, 10 février 1922, p.2, 11 février 1922, p.6.
31 Voir The Voice of Labour, 10 mars 1922, p.2 ; The Freeman’s Journal, 6 mars 1922, p.5, 13 mars 1922, p.5, 22 mars 1922, p.6, 5 août 1922, p.4 ; The Irish Independent, 29 juillet 1922, p.5.
32 Sur les soviets de l’entreprise Cleeve, voir David Lee, « The Munster Soviets and the fall of the House of Cleeve », dans David Lee, Debbie Jacobs (dir.), Made in Limerick, vol.1, History of Industries, trade and commerce, Limerick Civic Trust, 2003, p.287-306. Version en ligne : www.limerickcity.ie/media/limerick%20soviet%2015.pdf (consulté le 8 février 2013) ; D.R. O’Connor Lysaght, « The Munster Soviet creameries », Irish History Workshop, vol.1, 1981, p.36-49.


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Re: Irlande, Les Molly Maguires, L’insurrection irlandaise..

Messagede bipbip » 02 Sep 2018, 20:03

Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923) (2/2)

Des travailleurs expulsant les dirigeants de leurs usines, s’emparant de la gestion de domaines agraires, organisant des collectivités locales en faisant fi des autorités légales, hissant le drapeau rouge et s’érigeant en « soviets », sont des faits que l’on peine à associer à l’histoire de l’Irlande. Le concept même de « soviet » paraît tellement étranger aux problématiques consubstantielles au pays que l’historien Charles Townshend va jusqu’à les qualifier de « manifestations exotiques 1 ». Et pourtant, c’est bel et bien au sein de cette Irlande conservatrice, rurale et peu industrialisée, en proie aux conflits politiques et ethnico-confessionnels séculaires, qu’une centaine d’expériences autogestionnaires virent le jour, pratiquement toutes sous l’appellation de « soviet », entre 1918 et 1923 ‒ c’est-à-dire au cours d’une Révolution irlandaise de 1916-23, censée avoir soudé les différentes couches sociales de la communauté nationaliste en vue de bouter l’ennemi britannique hors du pays.

L’autogestion des soviets irlandais : moyen subversif pour une finalité réformiste ou révolutionnaire ?

En l’absence de témoignages écrits de la plupart des travailleurs organisés en soviets, il apparaît difficile de déterminer avec précision leurs véritables motivations. L’étude des expériences les plus emblématiques que sont le soviet de Limerick et ceux de l’entreprise Cleeve permet néanmoins de s’en faire une idée générale, en lien avec certaines définitions du concept d’autogestion, dont celle de Henri Lefebvre, datant de 1966, selon laquelle « l’autogestion est à la fois un moyen de luttes frayant un chemin et un moyen de réorganisation de la société. Elle est également une culture irriguant la conscience collective 2 » ou encore celle des théoriciens marxistes Yvon Bourdet et Alain Guillerm pour qui, « l’autogestion doit être comprise dans un sens généralisé et elle ne peut se réaliser que dans et par une révolution radicale, qui transforme complètement la société sur tous les plans, dialectiquement liés, de l’économie, de la politique et de la vie sociale 3 ». Définitions qui invitent ainsi à se demander dans quelle mesure le concept d’autogestion, qui sous-tendait les soviets irlandais, se voulait « la voie et l’issue 4 » subversives devant se généraliser à l’ensemble de la société.

Pour les historiens Liam Cahill et John O’Callaghan, la réponse ne fait aucun doute en ce qui concerne le soviet de Limerick : celui-ci était principalement motivé par des considérations strictement politiques et locales, malgré une indubitable dimension sociale néanmoins dénuée de toute intention subversive 5. De leur côté, Niamh Hehir et Joe Morrissey vont jusqu’à affirmer que « cela relèverait de la falsification des faits historiques que de faire du soviet de Limerick la preuve que les travailleurs irlandais avaient soif de révolution socialiste, en 1919. La grève reposait essentiellement sur la défense des libertés civiles, de sorte que dès que l’on trouva une solution de compromis concernant les permis délivrés par l’armée, le Soviet cessa toute activité 6 ».

Pour respectables qu’ils soient, ces arguments n’en demeurent pas moins discutables. Ainsi, si leur grève « reposait essentiellement sur la défense des libertés civiles », pourquoi alors les responsables du Soviet envisagèrent-ils d’élargir leur mouvement au reste du pays, même après que les grévistes (au nombre de 14 000 sur une population de 38 000 habitants) eurent partiellement obtenu satisfaction de leur revendications initiales – et ce sans l’appui d’une grève générale à l’échelle nationale ? D’autre part, pourquoi tous les acteurs du Soviet de Limerick se sentirent-ils trahis par l’exécutif du Congrès des syndicats irlandais, lorsque celui-ci exclut tout recours à une grève nationale ? Comment expliquer que certain d’entre eux en éprouvèrent un dégoût tel qu’ils menacèrent d’établir un autre soviet ? Est-ce parce qu’ils attendaient de leurs dirigeants nationaux qu’ils « fissent de Limerick le quartier général de la révolution nationale et sociale », comme le soutient l’historien marxiste D. R. O’Connor Lysaght 7? Autre explication possible : l’ordre venu d’en haut de reprendre le travail généra chez eux un sentiment de frustration d’autant plus fort qu’ils avaient fait la démonstration de leur capacité à gérer efficacement les affaires communales de Limerick, de façon autonome – autonome vis-à-vis des dirigeants syndicaux nationaux, de la majorité municipale Sinn Féin, de l’IRA, du patronat local et du clergé catholique. On est donc en droit de penser que ce degré de confiance nouvellement acquis les amena tout naturellement à assigner une dimension subversive à leurs desseins originaux : d’une réponse spontanée et pragmatique à une mesure coercitive portant atteinte à leurs conditions de travail, ils aspiraient désormais à étendre leur mode organisationnel autogestionnaire au niveau national, dans le cadre d’une grève générale.

Par ailleurs, toujours à propos du Soviet de Limerick, l’historien marxiste Conor Kostick soulève avec justesse le problème suivant : « Le Soviet différait de ses homologues russes sur un point important : sa création par le conseil des syndicats [de Limerick] impliquait que ses représentants élus le fussent uniquement par des travailleurs syndiqués lors de rares réunions de branche. Ils n’étaient donc pas facilement révocables et remplaçables, et la mise en place d’une instance ouvrière concurrente du conseil des syndicats n’était pas non plus sérieusement envisagée […]. En cette période de grève générale, les seules réunions ouvrières qui eurent lieu se tinrent dans les rues de Limerick. Ces forums permettaient certes aux travailleurs d’exprimer leurs opinions, mais ne pouvaient en aucun cas se substituer au conseil des syndicats 8. » Est-ce à dire, du coup, que le soviet de Limerick ne respecta pas l’un des fondements majeurs de l’autogestion telle que définie par Cornélius Castoriadis, selon lequel « toutes les décisions sont prises par la collectivité qui est, chaque fois, concernée par l’objet de ces décisions. C’est-à-dire un système où ceux qui accomplissent une activité décident collectivement ce qu’ils ont à faire et comment faire […]. Ainsi, des décisions qui concernent les travailleurs d’un atelier doivent être prises par les travailleurs de cet atelier […] ; celles qui concernent toute l’entreprise, par tout le personnel de l’entreprise ; celles concernant un quartier, par les habitants du quartier ; et celles qui concernent toute la société, par la totalité des femmes et des hommes qui y vivent 9 » ? En guise de réponse, il importe de rappeler que d’une part, seul le grand patronat local, à l’instar de la famille Cleeve, refusa de collaborer activement avec le comité de grève et ses sous-comités, constitutifs du Soviet de Limerick, à l’inverse des autres catégories socio-professionnelles – et notamment des commerçants et des artisans ; d’autre part, le soviet ne dura que quatorze jours, au cours desquels la majorité des grévistes furent soit pleinement satisfaits de la direction du mouvement ou n’eurent tout simplement pas le temps de s’en plaindre au point de fomenter une rébellion à ses dépens. Enfin, malgré l’état de profonde crise politique dans laquelle se trouvait Limerick, les libertés d’expression, de la presse et d’association y furent néanmoins maintenues. Tout laisse donc à penser qu’en cas de prolongement du conflit, le mouvement aurait probablement emprunté la voie non pas de la dictature du conseil des syndicats (un peu sur le modèle des soviets russes et hongrois qui tournèrent à la dictature du parti unique), mais plutôt celle de la pluralité des opinions et de la forme collective qui « non seulement élit [ses représentants] mais aussi peut les révoquer à chaque fois qu’elle le juge nécessaire », dixit Castoriadis 10.

Pour ce qui est des soviets instaurés à des fins socio-économiques, d’aucuns expliquent pareil phénomène en reprenant l’argument de la « grève tactique » (« strike tactic ») telle que l’avait déjà avancé, dès 1921, l’organe officiel du Syndicat des transporteurs The Voice of Labour (La Voix des travailleurs) 11. Ainsi en est-il notamment de l’historien Donal Ó Drisceoil qui, se référant au soviet de l’asile d’aliénés de Monaghan, précise : « Ce fut essentiellement une grève tactique – bien que teintée d’une indéniable coloration politique – telle qu’appliquée dans tous les “soviets” établis jusqu’en 1921, où la propriété des employeurs fut restituée une fois les revendications satisfaites. 12 » A propos justement du fait que « la propriété des employeurs fut restituée une fois les revendications satisfaites », il convient de rappeler que, dans certains cas, cela advint suite à des négociations engagées sous la menace du gouvernement « autochtone » du Sinn Féin, à l’instar du soviet de Bruree où Constance Markievicz, alors ministre du travail, menaça de dépêcher des troupes de l’IRA pour forcer les travailleurs en lutte à quitter la minoterie et la fabrique de pain de l’entreprise Cleeve – conformément à la traditionnelle stratégie interclassiste du mouvement indépendantiste, mentionnée plus haut –, où ils avaient pourtant laissé poindre des intentions subversives de diverses manières. A commencer par leur fameux slogan placardé sur la façade de l’usine, « Soviet des ouvriers des minoteries de Bruree. Nous faisons du pain pas de profit » (« Bruree Workers Soviet Mills. We made Bread not Profits »), faisant écho à celui du soviet de Knocklong, « Soviet de la laiterie de Knocklong. Nous faisons du beurre pas de profit » (« Knocklong Soviet Creamery. We make butter not profits »), proclamé un an auparavant. Ou, de façon plus explicite encore, via le texte affiché à l’entrée de l’usine, informant la population de conditions nouvelles de fonctionnement soucieuses de son bien-être : « La minoterie et la fabrique de pain de Bruree sont à présent la propriété des ouvriers. La minoterie et la boutique sont ouvertes pour la vente de pain et de farine. Nous espérons réduire les prix et en finir avec les profits, en moins d’un jour. Par ordre des ouvriers 13.» La réussite commerciale fut ainsi au rendez-vous à la faveur de deux facteurs : la communauté locale, et plus particulièrement les couches les plus modestes, eut accès aux produits mises en vente à des tarifs très abordables ; la plupart des céréaliers continuèrent à fournir la minoterie, malgré son passage sous contrôle ouvrier. Néanmoins, l’expérience tourna court (à peine dix jours), les dirigeants du soviet ayant été contraints, comme nous l’avons vu, de négocier la fin du conflit.

Mais si, de 1918 à 1921, la grande majorité des travailleurs organisés en soviets finirent par atteindre leurs objectifs initiaux (augmentation de salaire, réduction du temps de travail, réintégration de salariés abusivement licenciés…), le mouvement devait prendre une toute autre ampleur lorsqu’il fallut lutter contre les baisses de salaires que maints employeurs irlandais cherchèrent à imposer au cours de la crise économique de 1921-1923. Le vent tournait à présent en faveur de ces derniers au point que, d’après l’historien Emmet O’Connor, « les travailleurs en étaient presque venus à concéder tout ce qu’ils avaient gagné depuis 1914 14 ». Pareilles circonstances encouragèrent la résurgence de soviets autogérés qui, d’instruments tactiques destinés à arracher des gains au patronat et aux propriétaires terriens, étaient désormais davantage perçus comme un modèle organisationnel véritablement alternatif aux droits de propriété traditionnels. Les cas les plus emblématiques de cette tendance furent sans conteste les 39 usines de l’entreprise Cleeve, passées sous contrôle ouvrier en réponse à la menace de grève patronale, émise consécutivement à un conflit non résolu portant sur la réduction et des salaires et des effectifs. Cette décision des travailleurs de poursuivre la production se justifiait par le fait que la fermeture des établissements « mett[rait] en péril les moyens de subsistance de 5 000 fermiers, risqu[erait] de détruire la production nationale à hauteur de plusieurs milliers de livres par semaine, et condamn[erait] 3 000 ouvriers sans travail et leur famille à mendier et à mourir de faim ». C’était donc « dans l’intérêt de la communauté et afin de préserver cette industrie pour la nation » que les ouvriers reçurent pour consigne de continuer le travail comme si de rien n’était. Le caractère indubitablement révolutionnaire de leurs desseins se manifesta ainsi dans cette volonté de développer leur mode de production autogestionnaire, au nom non seulement de la sauvegarde d’une industrie des plus importantes à l’échelle nationale, mais aussi de la souveraineté populaire incarnée dans leur devise : « Longue vie au peuple souverain » (« Long Live the Sovereign People ») 15. Sans oublier le cœur à l’ouvrage qu’ils mirent, semble-t-il, à produire de façon autonome, ainsi que le rapporta le journal syndical The Voice of Labour à propos de l’une des usines occupées : « Ces hommes faisaient du mieux qu’ils pouvaient pour garantir la perfection des produits qu’ils fabriquaient ; […] il paraissait impossible de dénigrer les ouvriers de l’usine [dans laquelle] aucun détail n’échappait à la vigilance attentive du [nouveau] directeur [lui-même simple ouvrier] et dont la ferveur, l’enthousiasme et l’amour pour son travail suscitaient continuellement une grande émulation parmi les hommes et les femmes 16. » Pourtant, l’expérience ne se perpétua guère au delà de trois mois 17. L’intervention de l’armée nationale de l’État libre d’Irlande, doublée du refus des céréaliers et des producteurs laitiers d’approvisionner les usines sous contrôle ouvrier – ce que Emmet O’Connor nomme la « réponse conservatrice » aux désordres sociaux 18 – eut ainsi graduellement raison des soviets de Cleeve. Sans parler des dirigeants syndicaux et travaillistes nationaux, dont le réformisme doctrinaire les amena tout naturellement à désavouer les soviets affichant la moindre velléité de subversion sociale, à l’instar justement de ceux de l’entreprise Cleeve de 1921 à 1922 (dirigés, il est vrai, par des officiels du Syndicat des transporteurs, membres du Parti communiste irlandais créé en novembre 1921), mais aussi de celui de Limerick dont les représentants avaient envisagé d’élargir leur mouvement à l’ensemble du pays.

****

Plus que tout autre chose, l’étude de ce mouvement au potentiel socialement révolutionnaire indéniable rappelle que l’histoire n’est nullement un processus linéaire, un modèle d’interprétation téléologique faisant du présent le résultat inéluctable d’une construction réfléchie et préméditée ; quand celui-ci apparaît plutôt comme l’aboutissement d’une longue série d’accidents advenus en des circonstances largement imprévisibles et inexorables.

Ainsi en fut-il des soviets irlandais, dont les protagonistes s’inspirèrent du contexte politique et social européen de l’époque et profitèrent des troubles et de l’instabilité régnant dans le pays pour mettre en œuvre, de façon spontanée, un modèle organisationnel alternatif fondé sur l’autogestion. Et pourtant, la partie de l’île où eurent lieu pratiquement toutes ces expériences n’était-elle pas censée rejeter viscéralement toute forme de socialisme, de par son caractère fondamentalement rural, catholique et nationaliste 19 ? Probablement, en effet ! Sauf que la Révolution irlandaise apparut aussi comme une période de transition, au cours de laquelle les forces progressistes incarnées dans le mouvement syndical s’affirmèrent et se développèrent très rapidement en vue d’assurer aux travailleurs la pleine reconnaissance de leurs droits dans la perspective d’une Irlande indépendante. La société conservatrice dans laquelle l’Irlande du Sud devait évoluer au lendemain de la mise en place de l’État libre n’existait pas encore véritablement. Loin d’être prédéterminé – bien que contenu en germe depuis quelques décennies –, l’avènement des paradigmes dominants du nouvel État résulta donc plutôt de l’esprit conservateur qui avait fini par imprégner l’ensemble du mouvement indépendantiste orthodoxe, aux dépens de principes progressistes que défendaient pourtant les nombreux travailleurs syndiqués de l’époque – ayant, pour beaucoup, également la fibre nationaliste –, dont les luttes débouchèrent néanmoins quasiment toutes sur des défaites au cours des deux dernières années de la Révolution irlandaise. S’ensuivit dès lors une longue période de désillusions qui se traduisit notamment par une baisse drastique des effectifs des syndicats – et notamment celui des transporteurs qui ne comptait plus qu’environ 51 000 membres en 1925, contre 130 000 cinq ans plus tôt 20 –, le tout sur fond de division interne entre réformistes et partisans de James Larkin (fondateur du Syndicat des transporteurs et exilé aux États-Unis de 1914 à 1923) soutenus par le Komintern. Laquelle division eut, sans nul doute, un impact sur la faiblesse électorale du Parti travailliste qui, depuis, ne s’est jamais vraiment démentie.

Cependant, s’il est une leçon à tirer de l’histoire iconoclaste des soviets irlandais, c’est bien la suivante : quelles que soient les caractéristiques d’un territoire déterminé (pays, région, ville…), selon les circonstances du moment, « quand un groupe, au sens large, c’est-à-dire les travailleurs d’une entreprise, mais aussi les gens d’un quartier ou d’une ville, quand ces gens n’acceptent plus passivement les conditions d’existence, quand ils ne restent plus passifs devant ces conditions qu’on leur impose ; lorsqu’ils tentent de les dominer, de les maîtriser, il y a tentative d’autogestion. Et il y a une marche dans et vers l’autogestion », pour citer à nouveau Henri Lefebvre 21.


Notes:

1 Charles Townshend, « Historiography: Telling the Irish Revolution », dans Joost Augusteijn (dir.), The Irish Revolution, 1913-1923, Basingstoke, Palgrave, 2002, p. 6. Précisons ici que toutes les citations issues d’ouvrages ou d’articles en langue anglaise sont traduites en français par l’auteur du présent chapitre.
2 Henri Lefebvre, « Problèmes théoriques de l’autogestion », Autogestion, n°1, décembre 1966. Cité dans l’ouvrage collectif, De l’autogestion, op. cit., p.39.
3 Alain Guillerm, Yvon Bourdet, Clefs pour l’autogestion, Paris, Seghers, 1975. Cité dans l’ouvrage collectif, De l’autogestion, ibid., p.41.
4 Henry Lefebvre, op. cit., p.39.
5 Liam Cahill, Forgotten Revolution; Limerick Soviet 1919, op. cit. ; John O’Callaghan, Revolutionary Limerick: The Republican Campaign for Indepence in Limerick, 1913-21, Dublin, Irish Academic Press, 2010.
6 Niamh Hehir, Joe Morrissey, « Revolt of the bottom dogs: History of the Trade Union Movement, Limerick City and County 1916-1921 », Labour History Research Group, sd, part. 1, p. 11.
7 D. R. O’Connor Lysaght, The Story of The Limerick Soviet, op. cit.
8 Conor Kostick, op.cit., p.80.
9 Cornélius Castoriadis, « Autogestion et hiérarchie », op.cit., p.2.
10 Ibid, p.3.
11 The Voice of Labour, 10 décembre 1921, p.4.
12 Donal Ó Drisceoil, Peadar O’Donnell, Cork, Cork University Press, 2001, p.13.
13 Cité dans The Freeman’s Journal, 31 août 1921, p.5 ; The Irish Examiner, 31 août 1921, p.4 ; The Irish Independent, 31 août 1921, p.4.
14 Emmet O’Connor, op. cit., p.106.
15 Cité dans The Irish Times, 15 mai 1922, p.5.
16 The Voice of Labour, 27 mai 1922, p.8.
17 Les usines de Mallow et Clonmel furent néanmoins restituées bien plus tard : en février 1923 pour la première et en mars 1923 pour la seconde.
18 Emmet O’Connor, op. cit., p.154.
19 Il n’y aurait eu qu’une seule expérience de type « soviétique » (du moins désigné comme telle par certains journalistes) dans la partie de l’île constituant aujourd’hui l’Irlande du Nord, lors de la grève générale de Belfast en janvier-février 1919.
20 Chiffres donnés par Desmond Greaves, The Irish Transport and General Workers’ Union, op.cit., p.259, p.321.
21 Voir note 14.


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