Divers sphère extrème droite et réaction

Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede Nico37 » 10 Mar 2011, 12:41

"Du stress sur la femelle humaine"
Du stress sur la femelle humaineML n°1623 (17-23 février 2011)

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Accrochez-vous. Vous pensiez tout savoir des atrocités nazies. Vous pensiez tout savoir de ce qu’un être humain peut infliger à un autre être humain. Les Einsatzgruppen qui abattaient à la mitrailleuse trois mille femmes, hommes et enfants nus dans l’hiver ukrainien, devant une tranchée déjà emplie de cadavres et d’agonisants. Les kapos qui battaient les déportés à mort, les chiens qui déchiquetaient les enfants.
Non. Notre connaissance du crime vient, récemment, d’augmenter encore. Un article d’Heather Pringle dans le numéro du 16 juillet de Science révèle la collaboration, étroite, entre anatomistes allemands et bourreaux nazis. Entre 1907 et 1932, l’Allemagne ne condamnait « que » 20 civils à mort par an, en moyenne. Mais entre 1933 et 1945, les prisons allemandes ont exécuté 16 000 civils, traîtres au Führer, au Reich, à la pureté raciale, etc. De quoi faire avancer la science. Chaque institut d’anatomie fut donc assigné à une salle d’exécution capitale. Et l’institut concerné était prévenu, en temps et en heure, de l’imminence des exécutions, afin qu’un assistant et un camion puissent récupérer le… comment dire ? Le matériel d’étude. Orden muss sein.
Le lien entre prison et université, entre bourreaux et médecins, était si étroit qu’à Vienne les autorités organisèrent la livraison de manière régulière, par tramway, entre la guillotine à la cour d’assises et la faculté de médecine. On surnomma la chose « le transport mortel ». L’efficacité étant la mère du succès, si la morgue de la faculté était pleine, on retardait les exécutions. Une étude de l’université de Vienne, en 1998, citée par Pringle donne le chiffre de 1 337 victimes des nazis disséquées par les carabins. Sabine Hildebrandt, anatomiste de l’université d’Ann Arbor dans le Michigan, estime que 10 instituts d’anatomie ont reçu 3 228 cadavres de victimes. Elle n’a pas encore calculé ce que reçurent les 21 instituts restants.
L’un des meilleurs livres d’anatomie à la disposition des médecins modernes est L’Anatomie topographique de l’homme de l’anatomiste viennois Eduard Pernkopf. Il y travailla à partir de 1933, jusque longtemps après la fin de la seconde guerre mondiale. La perfection formelle et la précision scientifique des peintures anatomiques deviennent nettement moins admirables lorsque l’on sait que Herr Doktor Pernkopf profita amplement de la générosité de la Gestapo et de la cour d’assises. Les anatomistes actuels en discutent encore : peut-on utiliser un travail si bien fait, mais si empoisonné ?
Le pire n’est pas là.
Hermann Stieve dirigea l’institut d’anatomie de Berlin de 1935 à 1952. Andreas Winkelmann, anatomiste au célèbre hôpital berlinois appelé « La Charité » et Udo Schlagen, historien au même hôpital, ont récemment révélé que Stieve s’intéressa aux effets du stress sur le système reproductif. Dans les années 1920, il disséqua des poulets. On stressait les poulets en les mettant en présence d’un renard. En cage le renard, on n’est pas des sauvages. Mais. Mais après la prise du pouvoir par les nazis, Stieve commença à vouloir comprendre les effets du stress sur l’ovulation. Humaine. En conséquence de quoi, il discuta avec les dirigeants de la prison de Plötzensee. Il semble n’avoir eu aucune difficulté à persuader les médecins de la prison d’aider ses assistants à prendre les histoires médicales des prisonnières condamnées à mort. Ce qui, toutefois, l’intéressait vraiment, c’était d’étudier ce qui se passait dès lors que ces femmes savaient quand elles seraient assassinées, pardon exécutées, une source scientifiquement indiscutable de stress. On se mit alors à recueillir les cycles menstruels exacts de ces intéressants cobayes, et à noter leurs réactions lorsque la date de leur mort leur était annoncée ! Il va sans dire que leurs cadavres étaient soigneusement recueillis par le dévoué Herr Stieve et plus soigneusement encore disséqués. Et comme il fallait bien remercier les autorités carcérales, Herr Stieve accepta de décharger la prison de l’ennuyeuse tâche d’incinérer les cadavres des condamnés à mort de la prison, même ceux dont l’institut ne se servait pas. Il faut un peu de bonne volonté, dans la vie.
Le dévouement à la science de Herr Stieve et de ses amis matons ne connut aucune limite : Winkelmann et Schlagen ont découvert que, lorsque les bombardements alliés de Berlin devinrent fréquents pendant le jour, Stieve intervint auprès de Plötzensee pour que les exécutions continuent à avoir lieu au petit matin, afin que « les échantillons de tissus puissent être analysés le jour même ». On ne peut que s’incliner devant tant de rigueur scientifique.

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Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede Nico37 » 18 Mar 2011, 20:45

Le pen, vulgaire plagiaire

Les Lecteurs Préfèreront Toujours L'original À La Copie !

Peu d'anars le savent mais Jean-Marie Le Pen a consacré son mémoire de DES de Sciences Politiques (Diplôme d'Etudes Supérieures) au mouvement anarchiste. "L'oeuvre", qui a en fait été écrite à deux, avec un certain Jean-Loup Vincent, et produite en 1971, s'intitule "Le Courant anarchiste en France depuis 1945". Un scan de mauvaise qualité de ce mémoire est disponible ici:
http://anarlivres.free.fr/pages/documen ... MLePen.pdf

Cet ouvrage, qui paraît au premier abord fort documenté et assez objectif connaissant l'un des personnages qui l'ont écrit, se révèle en fait n'être par endroits qu'une paraphrase voire un simple copié-collé d'ouvrages libertaires, laissant planer le doute sur le reste du mémoire.
« L'inspiration » principale semble être Maurice Joyeux, militant de la FA et notamment deux de ses ouvrages, L'anarchie et la révolte et la jeunesse et L'hydre de Lerne, paru récemment à cette époque (respectivement 1970 et 1967). Le mémoire s'apparente parfois à un copié-collé de chapitres entiers de L'hydre de Lerne. Concernant L'anarchie et la révolte..., le plagiat est moins flagrant, il s'agit plutôt de paraphrases (peut-être est-ce dû au fait que le livre est cité dans la bibliographie, contrairement à l'Hydre de Lerne qui n'a pas cette chance, le plagiat étant probablement trop évident).

Qui de Jean-Marie Le Pen ou Jean-Loup Vincent a commis le plagiat ? Un seul ? Les deux ? Il est difficilement concevable que, dans une écriture à quatre mains, l'un des co-auteurs, qui est censé avoir lu un minimum sur le sujet, ne se soit pas aperçu du plagiat de l'autre. On ne saura probablement jamais, mais le fait est là, cette « oeuvre » que Le Pen affiche fièrement dans son CV au côté de ses autres ouvrages, tels que Les Français d'abord ou La France est de retour, n'est en grande partie qu'un vulgaire copié-collé.

Les ouvrages utilisés pour la comparaison sont :
- L'hydre de Lerne, Maurice Joyeux, 1967, Editions du Monde libertaire
- L'anarchie et la révolte et la jeunesse, Maurice Joyeux, 1970 (n'ayant pas pu me procurer une version papier de l'édition de 1970, les références de pages citées correspondent en fait à une version revue et augmentée: L'anarchie dans la société contemporaine, paru en 1977)
L'anarchie et la révolte et la jeunesse est consultable ici: http://raforum.apinc.org/bibliolib/HTML ... ieRev.html
- Noir et Rouge, anthologie 1956-1970, Editions Spartacus

Afin de mettre en lumière l'oeuvre de plagiat de Jean-Ma et de son collègue, la suite de cet article ne sera qu'une série d'allers-retours entre les textes originaux et le Mémoire. Quand les extraits sont relativement longs, les passages originaux qui se retrouvent plus ou moins tels quels dans le mémoire sont soulignés.
Si des personnes débusquent d'autres passages volés dans d'autres livres ou revues, je les invite à le signaler afin mettre à jour l'ampleur réelle du crime.

Le travail de plagiat commence à la page 9 du Mémoire.
Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p29
« avant la Dernière Guerre mondiale, deux idéologies se partageaient le mouvement révolutionnaire en marge des grands partis politiques de gauche : l'idéologie trotskyste et l'idéologie anarchiste. »
Le Pen et Vincent, Mémoire, p9
« Entre les deux guerres mondiales, deux idéologies se partageaient le mouvement révolutionnaire en marge des grands partis politiques de gauche : l'idéologie trotskiste et l'idéologie anarchiste. »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p30-31
« Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le mouvement anarchiste avait eu son heure de gloire grâce surtout à ses militants syndicalistes occupant des responsabilités importantes. Ils avaient été l’élément décisif provoquant l’éclatement syndical et, sans d’ailleurs s’en rendre compte, ils tirèrent du feu des marrons que les communistes s’empresseront de s’approprier. Cela avait été rendu possible par de nombreuses défections produites dans leurs rangs, dues à l’attraction formidable de la Révolution russe sur le mouvement ouvrier international.
Entre les deux guerres, les anarchistes étaient éparpillés dans une poussière de groupes, chacun se spécialisant sur un thème humanitaire. Cette dispersion affaiblissait le noyau central constitué par l’Union anarchiste dont le journal était Le Libertaire. La guerre d’Espagne devait lui redonner de la vigueur, mais l’impossibilité de créer des structures d’encadrement solides, l’individualisme et le personnalisme, qui étaient ses maladies infantiles, ne lui permirent pas de tirer de cet événement providentiel pour sa propagande tout le parti que cela supposait. ? Accolée aux partis trotskystes et à la gauche révolutionnaire, l’Union anarchiste végétait dans un « Front révolutionnaire », frère rachitique du Front populaire. Ni les trotskystes de tout poil ni les anarchistes réunis dans des groupes syndicalistes « Lutte de classes », groupes d’opposition aux directions des grandes centrales ouvrières, n’avaient joué le rôle primordial au cours des journées exaltantes de juin 1936 ; ou plutôt, les anarchistes qui tiraient de leur personnalisme congénital quelques possibilités d’action n’y avaient joué qu’un rôle individuel, parfois important mais sans répercussion directe sur l’évolution de l’idéologie politique qu’ils étaient sensés représenter.
Et en fin de compte, le grand ramassage des militants ouvriers de 1939, prélude de la Seconde Guerre mondiale et conséquence directe du pacte germano-soviétique, s’il avait permis, sous le prétexte commode de l’anticommunisme, de démembrer le mouvement révolutionnaire d’extrême gauche, n’avait écrémé chez les anarchistes, comme chez les socialistes révolutionnaires de tout poil, que de minces effectifs. Ceux-ci devaient, pendant quatre ans, croupir à Montluc, à Vencia, à Lodève, à Mauzac, etc. »
Le Pen et Vincent, Mémoire, p 9-10
« Après la première guerre, les anarchistes avaient joué un rôle important grâce surtout à leurs militants syndicalistes. Ils avaient été les éléments décisifs de l'éclatement syndical, mais les marrons qu'ils tirèrent du feu le furent au profit des communistes, maîtres de la CGTU. Ils s'éparpillèrent alors dans une multitude groupes, chacun de ceux-ci ayant son thème particulier. Le courant anarchiste se partageant inégalement entre la Fédération anarchiste de langue française et l'Union anarchiste qui éditait "le Libertaire".
Ni le printemps syndical de 1936, ni la guerre d'Espagne, deux évènements capitaux, deux occasions exceptionnelles pour un mouvement révolutionnaire ne furent exploités par un groupement paralysé par l'individualisme et une aversion profonde pour toute forme d'organisation.
Alliés aux trotskystes et aux syndicalistes révolutionnaires, les anarchistes animaient un Front Révolutionnaire, pâle reflet du Front Populaire. Leurs militants, réunis dans les groupes d'opposition "lutte de classe", n'eurent qu'une influence limitée.
C'est dans le registre humanitaire que quelques individualités réussirent le mieux à soulever de puissantes vagues d'agitation lors des campagnes en faveur des anarchistes américains Sacco et Vanzetti et des anarchistes espagnols Ascaso, Durruti et Oliver.
En 1939, les campagnes pacifistes et notamment l'édition du tract "Paix immédiate" devaient faire subir les rigueurs de la loi à plusieurs militants. Ceux-ci croupirent pendant la guerre dans des forteresses comme Montluc ou des camps comme Vencia, Lodève ou Mauzac. Ils n'en sortiront qu'à la Libération, parfois même longtemps après. »


Maurice Joyeux, L'hydre de Lerne, p2
« Et, le 21 décembre 1944, Le Libertaire reparaissait. Il était l'organe du mouvement libertaire, qui était lui-même « l'émanation des deux courants libertaires qui existaient avant la guerre, la Fédération anarchiste et l'Union anarchiste », nous apprenait ce premier numéro, dont l'éditorial se terminait par cette belle phrase :
« Dans une ambiance fraternelle, grâce à la droiture et au dévouement de chacun, nous travaillerons tous, pour une même cause. » »
Le Pen et Vincent, Mémoire, p11
« A Paris, les militants clandestins se réunissent à la Bourse du Travail. Leurs travaux aboutirent, le 21 décembre 1944, à la parution du "Libertaire", nouvelle mouture de l'ancien titre fondé en 1895 par Louise Michel et Sébastien Faure. Il se proclamait "organe du Mouvement libertaire, émanation des deux courants libertaires qui existaient avant la guerre, la Fédération anarchiste et l'Union Anarchiste". L'éditorialiste concluait : "Dans une ambiance fraternelle, grâce à la droiture et au dévouement de chacun, nous travaillerons tous, pour une même cause." »


Joyeux, L'hydre de Lerne, p3-4
« C'est le 9 octobre 1945 que fut créée, à la salle des Sociétés savantes, la Fédération anarchiste.
L'accouchement fut difficile. Trois groupes devaient s'affronter avec passion. D'une part, les militants pacifistes ou individualistes, qui désiraient le retour aux facilités agréables et de bon ton de l'avant-guerre; d'autre part, les militants ouvriers, qui voulaient créer un instrument de combat qui soit le fer de lance du mouvement ouvrier révolutionnaire, et, entre ces deux factions qui s'opposaient ans aménité, les « sages », dont certains, comme Lapeyre, Laisant, Vincey, avaient été parmi les premiers à reconstituer le mouvement, et, tout en désirant le voir évoluer vers une organisation plus rationnelle que par le passé, tenaient compte de l'état d'esprit des militants et se refusaient à régler les problèmes à l'aide de motions de congrès. Ils préconisaient un organisme souple, susceptible de favoriser une évolution sagement digérée.
Au cours de cette conférence, le ton devait rapidement monter. Une partie de l'assistance quittait la salle, et nous fûmes à deux doigts de la rupture. C'est alors que quelques militants se réunirent pour rédiger une motion de conciliation (la première d'une longue lignée), et, le lendemain, en l'absence de la faction la plus dure, cette motion était votée à l'unanimité. La Fédération anarchiste était née.
Cette motion « chèvre-chou» dotait l'organisation de structures bizarres qui étaient pratiquement inappliquables. Elle créait un organisme national, le Mouvement libertaire, fédérant trois tendances représentées par trois journaux:
- Ce qu'il faut dire, qui rassemblait Louvet et ses amis;
- Le Combat syndicaliste, organe de la minorité anarcho-syndicaliste de la CGT, animé par Pierre Besnard ;
- Le Libertaire, organe de la Fédération anarchiste, créé par une autre motion du Congrès. »
Mémoire , p11-12
« C'est le 9 octobre 1945, dans une salle vouée aux mouvements plus riches d'espoir que d'effectifs, la Salle des Sociétés savantes, que naquit la Fédération anarchiste. quelques jours plus tard, Voline mourait.
L'accouchement avait été délicat. Trois tendances s'y étaient affrontées: les militants pacifistes et individualistes, hostiles à toute contrainte ou discipline, et qui ne voyaient dans la Fédération qu'un lieu de rencontre, les militants ouvriers, qui espéraient créer le fer de lance du mouvement ouvrier révolutionnaire, et, entre ces deux factions qui ne se ménageaient pas,un groupe composé surtout des premiers fondateurs. Ceux-ci désiraient, certes, évoluer vers une organisation plus rationnelle et plus efficace que par le passé, mais, tenant compte de l'état d'esprit des militants, ils se refusèrent à régler le problème de façon autoritaire et préconisèrent un organisme souple. On se mit d'accord sur une motion de "synthèse". La Fédération anarchiste était née.
Le Mouvement Libertaire fédérait trois tendances représentées par trois journaux: "Ce qu'il faut dire", de Louvet, "Le Combat syndicaliste", organe de la minorité anarcho-syndicaliste de la CGT animé par Pierre Besnard, et enfin "Le Libertaire", organe de la nouvelle Fédération anarchiste. »


Le travail de moine copiste de Le Pen et de son acolyte oblige à reproduire entièrement le chapitre intitulé « La première Fédération anarchiste » de L'hydre de Lerne de Joyeux (p5 à 8). Les parties soulignées, afin de montrer l'ampleur du plagiat à cet endroit, sont les morceaux recopiés tels quels ou quasiment tels quels dans le mémoire.
« Née à la fin de 1946, la Fédération anarchiste va se développer pour atteindre son point de saturation vers 1950. Son journal, devenu hebdomadaire, tire alors à 35 000 exemplaires et son bouillonnement est réduit; nous comptons plus de 2 000 abonnés, et certains numéros spéciaux, en particulier celui de la grève de Renault en 1947, atteignent 100 000 exemplaires. La souscription a de quoi faire rêver tout administrateur. Dans toutes les Communes de la Seine, de Seine-et-Oise, des groupes se montent. Dans toutes les grandes villes de France, des camarades se rassemblent. Cependant, lorsqu'on examine cette poussée, il faut faire trois constatations. D'abord, nous bénéficions du renouveau politique apporté par la Libération. Ensuite, ces groupes vont rassembler des curieux autour de vieux militants souvent fatigués, et l'euphorie nous fera baptiser groupes des rassemblements éphémères qui n'auront aucune vie militante réelle.
De cette période il est resté ce type de militants que nous connaissons encore aujourd'hui. C'est généralement un camarade estimable, connu de la population de son bourg, sa qualité d'anarchiste le singularise. Enfant du pays, il est accepté de tous comme un élément du folklore. On le voit à la Libre-Pensée, à la Ligue des Droits de l'Homme, dans l'une des unions locales de syndicat. Il s'occupe de la jeunesse, parfois des organisations culturelles. Il est partout et nulle part; il ne joue aucun rôle réel dans le domaine de la pensée anarchiste. En général, au congrès, lorsqu'il y vient, il est sévère, pur, intransigeant sur les grands principes ; dans sa localité, il vote à gauche, traficote, en tout bien, tout honneur d'ailleurs, avec les cocos ou les socialistes. Souvent usé jusqu'à la corde, il est incapable de rassembler autour de lui les partisans d'un combat révolutionnaire. Il trouve son auditoire à travers tout ce bla-bla humanitaire et moral qui est le lot des communistes et des socialistes de la province et qui crée entre eux et nous une unité factice qui vole en éclats dès que tout ce bavardage doit se traduire en actes qui engagent.
C'est là que va se créer cette équivoque qui nous fit tant de mal, et qui est en train de faire crever notre mouvement.
Bien sûr, le problème qui se posait alors, comme celui qui se pose aujourd'hui, était le problème de l'assignation de ces néoanarchistes, et ce problème conditionnait tout l'avenir. C'est pour permettre cette assignation que des organismes furent créés. Ils furent au nombre de trois.
Le premier fut un comité national, le deuxième un comité de presse, pour faire le journal, le troisième une organisation de jeunesse destinée à infuser aux nouveaux adhérents les rudiments de la doctrine anarchiste. Enfin, le vote majoritaire fut introduit dans toutes les assises de notre Fédération.
Quels étaient alors les courants de pensée dans notre mouvement?
D'abord un courant individualiste, qui n'avait rien à voir avec les théories de Bontemps, qui ne joua aucun rôle et appartenait ce groupe, volontairement écarté à la Libération.
Cette tendance était représentée par Vincey et, avec des nuances par Arru. C'était une pensée qui se réclamait de l'individualisme anarchiste américain, qui admet le choix collectif mais qui propose l'action et la responsabilité individuelle pour accomplir l'acte déterminé collectivement. C'est par excellence l'anarchisme de forte personnalité, et Vincey, à Paris, dans sa spécialité, l'économie, Arru, à Marseille, devaient jouer un rôle important dans le développement de ces idées. C'est d'ailleurs parfois plus un état d'âme qu'une théorie, et nombreux sont ceux de nos camarades qui s'en sont rendu compte.
Il y avait un fort courant communiste-libertaire. Mais expliquons-nous sur ce courant. Accoler à notre proclamation d'anarchiste le mot communiste remonte au siècle dernier, Proudhon nous avait mis en garde contre le « communisme intégral» et avait inventé, pour définir son socialisme dans la diversité, le terme d'«équivalence», qui mériterait une étude. C'est, je crois, de tous les syndicalistes qui à cette époque puisaient leurs enseignements chez Proudhon, Eugène Varlin qui, le premier, employa le terme communiste en y ajoutant le qualificatif de libre. Bakounine l'emploiera puis le réfutera tour à tour. Il l'utilisera pour l'arracher des mains de Marx, mais il le réfutera dans une page célèbre lorsqu'il comprendra l'équivoque. Il sera repris par Sébastien Faure, mais le contenu que lui donnera celui-ci sera bien différent de celui qu'on lui donne aujourd'hui, et ce sens sera généralement celui qu'on acceptera jusqu'au lendemain de la guerre de 1914-1918.
Pourtant, dès l'amnistie, un événement considérable, la Révolution russe, va peser sur notre mouvement libertaire, et pour certains le communisme libertaire ne va plus être une addition de pensées à travers Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Grave, Faure et Besnard, qui aboutit à une espèce de fusion des théories sociales des anarchistes, mais, au nom de l'efficacité symbolisée par la réussite de la révolution russe, un compromis entre le marxisme et l'anarchisme. Et ce sera la deuxième tête de l'hydre que nous couperons et qui repoussera chaque fois.
C'est en jouant de cette équivoque que ce fort courant, que j'ai signalé plus haut, dans la Fédération anarchiste des années qui ont suivi la fin de la dernière guerre, s'emparera du mouvement et présidera (déjà) à sa dissolution. Mais on peut dire que, de 1920 à nos jours, les tentatives de désagrégation de notre mouvement ont été menées sous le prétexte d'efficacité, sur l'ambiguïté voulue par certains du terme « communisme libertaire », ce qui explique que plusieurs d'entre nous qui sommes réellement communistes libertaires dans le sens où l'entendaient Varlin, Bakounine, Kropotkine, Faure et quelques autres en ont été réduits à se proclamer « socialistes libertaires », ce qui entretenait une autre confusion, également peu ragoûtante, ou plutôt "collectivistes libertaires", ce qui nous rapprochait de l'anarcho-syndicalisme.
Enfin, une troisième tendance agitait notre Fédération anarchiste. C'était la tendance anarcho-syndicaliste. La pensée anarcho-syndicaliste est née avec le mouvement anarchiste. Nous lui devons depuis Proudhon et la Première Internationale les pages les plus glorieuses de notre histoire.
En France, elle fut extrêmement vivace (mais non pas dominante, comme on le dit complaisamment) dans la CGT d'avant-guerre. C'est Pierre Besnard qui devait au congrès de Lille en 1921 lui donner une doctrine à travers le magnifique discours qu'il prononça à cette occasion.
Mais on avait déjà vu se dessiner ses contours pendant la fameuse controverse qui, en 1907, avait opposé Malatesta à Monatte. Après la scission, Besnard fut le premier secrétaire anarchiste de la CGTU communiste. Plus tard il va fonder la CGTSR, organisation anarcho-syndicaliste, et alors deux mouvements vont se dessiner. D'une part, coupée des masses restées soit à la CGT réformiste, soit à la CGTU communiste, la CGTSR va dépérir.En 1936, elle n'a aucune influence sur le mouvement d'occupation d'usines. Par ailleurs elle va entrer en conflit latent avec l'Union anarchiste qui la concurrence de par son caractère social et dont de nombreux militants sont restés dans les organisation syndicales dites réformistes. »
Le Pen et Vincent, peu inspirés, recopient. A noter, tout de même, une tentative d'originalité: le paragraphe sur le communisme libertaire est déplacé à la fin de la partie au lieu d'être au milieu. Anticommunisme primaire, quand tu nous tiens... Pages 12 à 15 du Mémoire.
« La Fédération va se développer alors jusqu'en 1950 où elle atteindra son maximum. Déjà, en 47, au congrès d'Angers on annonce que les effectifs ont triplé en un an. Le journal, devenu hebdomadaire, tire à 35 000 exemplaires, dont 2 000 sont abonnés. Certains numéros spéciaux comme celui consacré en 1947 à la grève de Renault, dépassent 100 000 exemplaires.
Dans toute la région parisienne et les grandes villes, des groupes se créent, portant très souvent les noms des grands doctrinaires ou des personnages célèbres de l'anarchie: Proudhon, Bakounine, Elisée Reclus, Sacco-Vanzetti, Henry.
En vérité, ces groupes seront souvent des rassemblements éphémères.
Seuls sont durables ceux qu'animent des militants de qualité. Souvent en effet, la valeur du militant "anarchiste" est médiocre. L'anarchiste est souvent un personnage parfaitement honorable, mais fier de son singularisme. Il est accepté de tous comme un élément du folklore. C'est "l'anar". Il fréquente la Libre-Pensée, la Ligue des Droits de l'Homme, la LICA, l'union locale du syndicat. Au congrès, il est pur et dur, intransigeant sur les grands principes ; sur le plan local, il est plus souple, se complaisant dans les thèmes "de gauche" qui créent avec communistes et socialistes une unité apparente qui vole en éclats dès qu'on quitte le terrain du bavardage ou des bonnes intentions pour passer aux actes. Il s'agit moins d'un militant révolutionnaire que d'un sympathisant assez inefficace.
Après la guerre, de nombreux jeunes chez qui les contraintes de l'occupation avaient créé un violent désir de libération individuelle firent dans ces groupes des passages turbulents mais de courte durée. L'assimilation de ces néo-anarchistes posait à la Fédération des problèmes difficiles. Pour tenter de les résoudre, on créa trois organismes : un Comité National, un comité de Presse, une organisation de jeunesse. Le vote majoritaire fut introduit dans toutes les assises de la Fédération pour tenter de dégager une direction qui soit la résultante des tendances divergentes du mouvement.
Quels étaient donc les courants de pensée qui constituaient l'anarchisme d'après-guerre?
D'abord un courant individualiste, représenté par des hommes comme Vincey et Arru. Leur pensée se réclamait de l'individualisme anarchiste américain qui admet le choix collectif mais qui propose l'action et la responsabilité individuelle pour accomplir l'acte déterminé collectivement. C'est par excellence l'anarchisme des fortes personnalités. Vincey, à Paris, dans sa spécialité, l'économie, Arru, à Marseille, devaient l'un et l'autre jouer un rôle important dans la diffusion de ces idées. L'individualisme était par ailleurs, pour beaucoup de ceux qui se croyaient anarchistes, plus un état d'âme qu'une théorie. Incapables de la moindre cohésion pourtant recommandée par Stirner, les individualistes se retireront sur la pointe des pieds pour former des groupes autonomes qui ne seront pas sans influence sur l'avenir. Les idées d'Emile Armand, en particuliers sur la libération sexuelle, feront le chemin que l'on sait.
Un autre courant fut celui de l'anarcho-syndicalisme. La pensée anarcho-syndicaliste est née avec l'anarchisme, qui lui doit depuis Proudhon et la première Internationale les plus belles pages de son histoire. Sans avoir l'importance qu'elle eut en Espagne, où l'anarchisme l'emporte sur le communisme chez les masses populaires, la pensée anarchiste fut en France extrêmement vivace, bien qu'elle ne fut jamais dominante, contrairement à ce qui est parfois soutenu, dans la CGT d'avant 14. Elle fut exprimée au congrès de Lille en 1921 par Pierre Besnard, mais elle avait déjà été plus qu'esquissée dans la farouche controverse qui oppose en 1907 Malatesta à Monatte. après la scission de la CGT, Besnard fut le premier secrétaire de la CGTU. Battu l'année suivante, il fonda la CGT-SR dont l'influence ne cessera de décroitre jusqu'en 36 et qui entrera en conflit même avec l'Union anarchiste.
Après 45, les anarcho-syndicalistes se désintéresseront très vite de la Fédération et porteront leurs efforts sur la création de la Confédération Nationale du Travail.
Le communiste libertaire constitue le troisième courant. Le mot communisme ne doit point ici tromper. Il contient, en effet, une source importante d'équivoque. Pour certains, le mot lui-même appartient au vocabulaire de l'Anarchie. Il fut couramment utilisé par les anarchistes et représentait pour eux en quelque sorte la somme de leurs théories sociales. Pour d'autres, éblouis par l'efficacité des techniques révolutionnaires qui avaient déclenché et conduit la Révolution russe, il était un compromis nécessaire entre marxisme et anarchisme.
Cette équivoque sera à l'origine de violents conflits à l'intérieur de la Fédération et la conduira à sa désagrégation quand Fontenis l'emportera en 1951.
Ce qui devait causer la disparition de la Fédération née après la deuxième guerre mondiale, ce fut moins la lutte des tendances que le système majoritaire introduit dans les Congrès pour régler les litiges. Rappelons que la Fédération s'était constituée dans l'ambition de faire du nouveau, d'échapper à l'impuissance et à la stérilité bavarde qui l'avait caractérisé avant la guerre. Cette réaction contre la pagaille permettra à certains, comme Fontenis, d'affirmer leur volonté d'organisation et d'efficacité et les amèneront à prendre les leviers de commande en 1951, lors du congrès de Bordeaux. »


Joyeux,L'hydre de Lerne, p9
« J'ai expliqué plus haut les structures de l'organisation née de de la guerre. Ce qui devait causer sa perte fut moins les luttes de tendances à l'intérieur de l'organisation que le système majoritaire introduit dans les congrès pour régler les litiges. La démocratie, la loi du nombre qu'imprudemment nous avions laissé introduire chez nous au nom de l'efficacité, devait permettre aux « communistes libertaires» nouvelle manière de s'emparer du journal et du mouvement, de jeter dehors tous ceux qui s'opposaient à eux et, en fin de compte, de vider la Fédération anarchiste de sa substance. »
Le Pen et Vincent, Mémoire, p16
« Ce qui devait causer la disparition de la Fédération née après la deuxième guerre mondiale, ce fut moins la lutte des tendance que le système majoritaire introduit dans les congrès pour régler les litiges. Rappelons que la Fédération s'était constituée dans l'ambition de faire du nouveau, d'échapper à l'impuissance qui l'avait caractérisé avant la guerre. »


Maurice Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p59
« … Enfin, après avoir travaillé dans le détail, on s’attaqua au gros qui, avec cette passivité propre aux militants dans les périodes de creux, avait laissé faire et, en un tournemain, la Fédération anarchiste se trouva transformée en une Fédération communiste libertaire dont les moyens déclarés étaient électoraux et dont le modèle révolutionnaire s’indexait sur la rébellion nationaliste algérienne. Même si, à cette époque, on ne posa pas à font le problème théorique, ce fut la première tentative de l’hérésie marxiste qui avait gagné l’économie capitaliste et qui s’attaquait à la pensée libertaire. »
p 66 « ...les politiciens qui avaient investi la Fédération anarchiste emboîtèrent le pas et, après avoir récupéré André Marty exclu du parti communiste, ils essaieront d’identifier la lutte des partisans de Messali Hadj, alors en perte de vitesse, à l’anarchisme particulier qu’ils proposaient aux jeunes... »
Le Pen, p16
« La Fédération anarchiste devenait en décembre 1953 la Fédération Communiste Libertaire dont les moyens politiques seront électoraux et dont le modèle révolutionnaire s’indexait sur la rébellion nationaliste algérienne. Même si, à cette époque, on ne posa pas à font le problème théorique, ce fut la première tentative de l’hérésie marxiste qui avait gagné l’économie capitaliste et qui s’attaquait à la pensée libertaire. La Fédération Communiste Libertaire récupéra Marty exclu du Parti Communiste( Durruti dut se retourner dans sa tombe!) et pris position pour le vieux Massali Hadj, leader du MTLD. »


Plus largement, pour toute la partie auberges de jeunesses-grève Renault de 1947, voir les parties du même nom dans L'anarchie dans la société contemporaine.
Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p 49
« ...C’est alors que les militants révolutionnaires firent la faute que justement il ne fallait pas commettre : ils se retireront pour former le M.I.A.J., conservant toutes les valeurs qui présidèrent à la naissance des Auberges à la Libération, mais qui, coupé de la grande masse des jeunes, n’aura qu’une vie végétative. »
Mémoire, p19
« C'est pourtant un autre groupe, celui des gestionnaires qui finira par l'emporter comme le juge sur les plaideurs. Les militants révolutionnaires quitteront -mot illisible- le MLAJ pour former le MIAJ. Coupé de la grande masse des jeunes, ce dernier végétera tandis que, vidé de sa substance militante et politique, le premier glissera vers l'organisation des loisirs. »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine , p51
« A la Libération, la C.G.T., rapidement reconstituée dans cette euphorie qui ignore naïvement les problèmes essentiels, avait fait de la Régie un bastion. »
p53« A la Régie Renault, il existait une minorité syndicaliste révolutionnaire composée de jeunes ouvriers. »
Mémoire, p19
« A la Libération, Renault, devenu régie nationale, avait été transformé en bastion par la CGT. Mais il existait aussi une minorité révolutionnaire composée de jeunes ouvriers. »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p55
« Le Libertaire mettra les travailleurs en garde : « Les métallos de chez Renault sont en grève contre les directions syndicales traîtres. Le comité de grève sorti spontanément de la lutte ne doit pas avoir peur de s’affirmer face aux autorités... il faut que les grévistes passent à une action énergique, qu’ils s’imposent. Non seulement ils doivent occuper l’usine, mais ils doivent la remettre en marche pour leur propre compte sous leur propre gestion. » Le problème de la grève gestionnaire est posé.. »
Mémoire, p20
« Le Libertaire titre : « Les métallos de chez Renault sont en grève contre les directions syndicales traîtres. Il lance le slogan de la grève gestionnaire. » »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine p 61
« Nous sommes loin du compte. Le trust intellectuel qui entoure Garry Davis pense exactement le contraire et celui-ci, tel le Christ, continue son périple et répand la bonne parole jusque chez Ferrodo, une usine de Saint-Ouen. Le sommet de cette campagne pour la citoyenneté du monde sera le meeting du Vel’ d’Hiv’, où quinze mille personnes rassemblées écoutent le prophète et que les militants de la Fédération anarchiste transformeront en une vaste kermesse libertaire. Il suffira qu’au milieu des formules creuses relevant d’un pacifisme bêlant, un vieux savant, le professeur Girard, s’écrie que « la misère était la cause des guerres et que la situation de l’humanité était dans les mains des hommes, qu’il fallait faire la révolution », pour que l’assemblée s’évade du cirque pour retrouver la virilité révolutionnaire.
Après quelques succès prometteurs, le mouvement « Les Citoyens du monde » » stagne. Seule la jeunesse en marge, les étudiants et quelques intellectuels se sont laissés convaincre. »
Mémoire, p20
« Garry Davis, le "citoyen du monde", fut au centre, en 1950, d'un mouvement de curiosité et d'adhésion. Les anarchistes furent nombreux à suivre ses meetings. Cette campagne culminera au Vel’ d’Hiv’, réunion monstre que les anarchistes transformèrent en kermesse libertaire. Puis le mouvement stagna. »


Joyeux, L'hydre de Lerne, p17
« La volonté de mettre fin aux perpétuels déchirements qui secouaient notre mouvement. fruit des efforts incessants des politiciens acharnés à sa marxisation dans le but d'en tirer des avantages particuliers, communs aux partis intégrés dans le système, se concrétisa dans la création d'un organisme qui aujourd'hui fait couler beaucoup d'encre, l'Association pour l'étude et la diffusion des philosophes rationalistes.
D'abord, et nous le disons tout de suite, cette association fut créée, à l'unanimité, par le congrès de fondation de la deuxième Fédération anarchiste. Ses structures revêtirent exactement le caractère d'un " contrat ", suivant en cela la proposition fédérative émise par Proudhon: les hommes s'associaient, à la suite d'un accord librement consenti, pour une certaine tâche. Pour accomplir cette oeuvre, ils s'en donneraient les moyens. Mais ces moyens - la Fédération, son journal et son siège - devaient respecter l'accord passé au congrès de la fondation, que l'Association garantissait. Faute de quoi l'entreprise serait dissoute, et chacun reprendrait sa liberté. Enfin, toutes les décisions touchant le remaniement des structures devaient être prises à l'unanimité des fondateurs de la Fédération.
Quels étaient ses fondateurs? Au congrès de la Maison Verte, dans le XVIIIe arrondissement, assistaient les représentants des trois familles spirituelles composant notre mouvement anarchiste. Les individualistes, qui, nombreux, nous avaient rejoints au moment le plus chaud de la lutte contre la marxisation, les anarchosyndicalistes, les communistes libertaires, les vrais, ceux qui s'étaient refusés de confondre communistes libertaires avec marxistes. Ensemble, ils vont dessiner les grandes lignes de ce que sera l'organisation anarchiste, et l'Association ne fera que reprendre dans ses textes les décisions du congrès de formation.
La première des décisions qui furent prises fut la création d'une Fédération anarchiste constituée par tous les individualistes, par tous les syndicalistes, tous les collectivistes qui voulaient y adhérer, et cela sur un pied de parfaite égalité. Cette première décision, qui commandera toutes les autres, sera également l'article principal des statuts de l'Association. On peut donc dire que ceux qui ne souscrivent pas à cette déclaration n'ont rien à faire à la Fédération anarchiste.[...] »
Mémoire, mémoire p21 (il manque la p22, nous ne connaîtrons pas la fin de l'histoire...)
« La volonté de mettre fin aux perpétuelles querelles qui déchiraient le mouvement aboutit à la création de l'Association pour l'étude et la diffusion des philosophes rationalistes.
Cette association fut crée à l'unanimité par le Congrès de fondation de la Maison Verte dans le 18ème arrondissement. Ses structures revêtirent le caractère d'un contrat suivant la proposition fédérative émise par Proudhon. c'est à dire que les hommes s'associaient à la suite d'un accord librement consenti pour une certaine tâche. Pour l'accomplir, ils créeraient les moyens, mais ceux-ci, la Fédération, son journal, son siège, devraient respecter l'accord passé au Congrès de fondation que l'association garantissait. Faute de quoi l'entreprise serait dissoute, et chacun reprendrait sa liberté. Enfin, toutes les décisions touchant le remaniement des structures devaient être prises à l'unanimité des fondateurs de la Fédération réuni en Congrès. L'affaire Fontenis avait servi de leçon!
La première décision créait une Fédération anarchiste constituée par tous les individualistes, [page manquante] »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p66
«Et, solidement arc-boutée contre la démagogie de caractère marxiste, la Fédération refusera de se laisser engager derrière des personnages comme Ben Bella, Castroet quelques autres. La situation actuelle des populations « libérées du colonialisme » et qui sont exploitées par leur bourgeoisie locale fortifiée pour des décennies par « leur victoire », est la démonstration la plus évidente de son désir de clarté. « Pendant des siècles, disait Le Libertaire, les hommes se sont fait tuer pour du vent, pour des mots, pour la satisfaction de changer de maître. Sous le fallacieux prétexte que tout n’était pas possible, les révolutionnaires sont devenus des oppresseurs. Il faut en finir avec l’équivoque. Toute révolution qui n’a pas, en première page de son programme, l’égalité économique, est un mensonge destiné à substituer une classe à une autre, mais à maintenir les classes. » . »
Mémoire, p23
« la Fédération refusera toujours de se laisser engager derrière des hommes comme Ben Bella, Castro.
« Pendant des siècles, ajoutait Le Libertaire, les hommes se sont fait tuer pour du vent, pour des mots, pour la satisfaction de changer de maître. Sous le fallacieux prétexte que tout n’était pas possible, les révolutionnaires sont devenus des oppresseurs. Il faut en finir avec l’équivoque. Toute révolution qui n’a pas, en première page de son programme, l’égalité économique, est un mensonge destiné à substituer une classe à une autre, mais à maintenir les classes. » . »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p67
« C’est elle qui sera à l’origine, en 1958, des comités de défense révolutionnaires qui réuniront les trotskystes, les syndicalistes révolutionnaires, les surréalistes, contre le coup d’État gaulliste. Elle participera à la maigre manifestation, à la République, au sein du groupe compact de tous les gauchistes d’alors à la tête duquel, entouré d’intellectuels, il y avait André Breton. En 1962, au cours de la nuit tragique où Paris attendait l’arrivée des parachutistes venus d’Algérie pour remettre de l’ordre dans le pays, elle répond à l’appel de la Fédération de l’Éducation nationale et participera à l’organisation de la résistance, en liaison avec les organisations révolutionnaires d’extrême gauche et avec le syndicalisme libre. »
Mémoire, p24
« Elle sera à l’origine des Comités de Défense Révolutionnaires (CDR) qui réuniront trotskystes, syndicalistes révolutionnaires et surréalistes, contre le coup d’État gaulliste en 1958. Elle participera à la maigre manifestation gauchiste de la République menée par André Breton. Elle répondra aussi à l’appel de la Fédération Nationale lors du putsh des généraux, ainsi qu'à des réunions contre l'OAS. »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine p110
« La revue situationniste fut un mélange d’un marxisme doctrinal qui allait rechercher ses références jusque dans les œuvres de jeunesse de Marx, et des penseurs libertaires.. »
p111 « On peut arrêter que ce qu’ils nous proposent, même si ce qu’ils nous proposent est transcrit dans un langage pour initiés, peut nous servir de point de départ. Ça peut donner ceci : « La fonction de l’Internationale situationniste est une fonction axiale : être partout comme un axe que l’agitation populaire fait tourner et qui propage à son tour, en le multipliant, le mouvement initialement reçu » Ou bien encore ceci : « Les situationnistes reconnaîtront les leurs sur le critère de la cohérence révolutionnaire, dans un contexte économique, social, humain. » »
p112 « Pour Alain Buhler, « l’Internationale situationniste est à la fois marxiste et anarchiste ». »
p114 « Les situationnistes proposent un catalogue dans lequel chacun peut reconnaître les siens et ce sera une des raisons parmi d’autres de leur succès auprès des têtes folles de l’université. Les marxistes y retrouveront, entre autres choses, le matérialisme historique, les trotskystes, la nécessité de la révolution permanente, les anarchistes, la spontanéité des masses, les surréalistes, la théorie du spectacle, les staliniens, le culte de leur propre élite, les nihilistes, le paroxysme, les politiciens de tout poil, le goût des tactiques subtiles grosses comme des cordages. »
p116 « Cependant cette agitation frénétique politico-littéraire enflamma une jeunesse universitaire qui était saturée des contraintes que nécessite l’organisation, ... »
Le Pen, p 26-27 (intégralité du chapitre sur le situationnisme)
« Les situationnistes s'étaient fait connaître du grand public en 67 par la publication d'une brochure intitulée : "De la misère en milieu étudiant", et par la conquête de l'Association Générale des Etudiants de Strasbourg.'internationale situation était un mélange de marxisme doctrinal allant chercher ses références dans les œuvres de jeunesse de Marx et des penseurs libertaires. Que voulaient les situationnistes?
« La fonction de l’Internationale situationniste, déclare une de leurs propositions est une fonction axiale : être partout comme un axe que l’agitation populaire fait tourner et qui propage à son tour, en le multipliant, le mouvement initialement reçu ». Les situationnistes reconnaîtront les leurs sur le critère de la cohérence révolutionnaire dans un contexte économique, social, humain. Pour Alain Buhler, « l’Internationale situationniste est à la fois marxiste et anarchiste ».
Les états-majors des partis révolutionnaires classiques, et en particulier la fédération Anarchiste, ne vit pas d'un très bon oeil cette agitation dont il faut reconnaître qu'elle eut une influence certaine sur la jeunesse des écoles. Canulars de jeunesses dorées, gromelèrent les anars traditionnels. A la vérité, le succès du situationnisme tenait au fait que n'était qu'une auberge espagnole, chacun y trouvait ce qui lui plaisait : les marxistes, le matérialisme historique, les trotskystes, la révolution permanente, les anarchistes, la spontanéité des masses, les surréalistes, la théorie du spectacle, les communistes, le culte de leur propre élite, les nihilistes, le paroxysme. Tel qu'il était présenté, ce cocktail chatoyant monta à la tête de l'université.
Cette agitation politico-littéraire prenait des proportions exagérées par le vide politique du moment. Leur mise en cause globale de la société, le refus de discuter avec les organes de transmission étatiques qu'ils voulaient ignorer, la volonté d'établir un contact direct, sans intermédiaire, avec le peuple, tout cela était très anarchiste et même très proudhonien. Leur influence sera très forte et très directe sur le mouvement de Mai 68 et sur le groupe du 22 mars qui en fut le détonateur. »


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p121
« Les qualités incontestables des jeunes de Nanterre les avaient conduits à des responsabilités dans Le Monde libertaire et à une certaine influence dans le milieu anarchiste. »
P122 « On peut supposer, à des nuances près, que les problèmes des étudiants de Nanterre envers la Fédération anarchiste étaient ceux des autres groupuscules qui, auprès des étudiants, se disputaient le marché révolutionnaire. La rupture avec les organisations adultes, l’effacement des oppositions doctrinales qui séparent les différents courants d’opinion qui se réclament du socialisme, l’espèce d’unité esthétique que leur procurait leur qualité de jeunes, d’intellectuels en puissance et peut-être, pour beaucoup de ceux qui furent des animateurs, le caractère de leurs études sociologiques, philosophiques, littéraires, leur laissaient le champ libre. »
Mémoire, p28-29 (passage peu lisible, fautes possibles)
"Plusieurs des membres du groupe de Nanterre militaient à la Fédération ou occupaient des postes au "Monde libertaire" où leur dynamisme leurs valait d'ailleurs une influence certaine."
"Il faut noter d'ailleurs que cette incompatibilité d'humeur entre les marxistes et leur jeunesse n'était pas propre aux anarchistes, les communistes avaient connu les mêmes avatars avec l'affaire du journal "Clarté". Pour ces jeunes qui trouvaient dans leur âge commun un lien puissant, chez qui les oppositions idéologiques et historiques étaient moins fortes que chez les adultes, à qui leur niveau d'instruction donnait un certain complexe de supériorité, les responsables des organisations d'extrême-gauche apparaissaient comme des -mot illisible (caciques?)- aussi dépassés que leurs parents ou leurs professeurs.


Joyeux, L'anarchie dans la société contemporaine, p125
« Depuis des années, la liaison entre les mouvements anarchistes internationaux était assurée par un bureau de relations qui se bornait à transmettre aux sections nationales des informations du monde entier. Ce système très souple, trop lâche, était un héritage de cette méfiance des anarchistes envers toute centralisation créatrice d’appareils qui, rapidement, devient dictatoriale. »
Mémoire, p31
« ...On s'était borné à créer un simple organe de liaison chargé de transmettre aux sections nationales des informations du monde entier.
Ce système très souple, très lâche, était un héritage de cette méfiance envers toute centralisation à vocation autoritaire. »


Au-delà du travail de moine copiste strictement dit, le mémoire reprend souvent, dans leur structure-même, les livres pillés.
Exemple d'enchainement de chapitres dans le Mémoire :
les auberges de jeunesse - la grève Renault en 47 - Garry Devis
Les chapitres de Joyeux (L'anarchie et la révolte et la jeunesse), eux, s'intitulaient et se suivaient comme suit: les Auberges à l'assaut de la société - la grève de la Régie Renault - la tentation politique des anarchistes - Garry Devis et l'illusion pacifiste
Plus loin, le Mémoire s'articule comme suit: les situationnistes - le groupe de Nanterre - l'Internationale anarchiste: Carrare
Quant à L'anarchie et la révolte et la jeunesse , il s'articule comme suit :
Le situationnisme. - Les jeunesses des partis de gauche : jeunesse du parti socialiste, jeunesse du P.S.U., le groupement communiste « Clarté » - Le Groupe du 22 mars et le pâté d’alouettes. - Carrare.

Plus largement, au-delà de Maurice Joyeux, qui est la cible privilégiée du plagiat, il est probable que Le Pen et Vincent aient recopié des textes fraichement publiés à l'époque, ne s'embarrassant pas de recherches historiques, comme l'illustre un article de Noir et Rouge publié en 1970 : Sur le néo-anarchisme, paru en Juin 1970 et qui semble avoir fortement inspiré nos deux étudiants. Voici quelques passages significatifs, parmi d'autres.

Revue Noir et rouge, Sur le néo-anarchisme, Juin 1970 (Anthologie, p47)
« Le premier numéro de « Noir et Rouges » est sorti à 50 exemplaires ronéotypés en mars 1956 ; nous terminerons au n°46 en juin 1970 à 3000 exemplaires, 3500 même au n°45. »
Mémoire, p47
« "Noir et Rouge" était né en mars 1956 sous la forme d'un bulletin ronéotypée à 50 exemplaires. Sa parution trimestrielle cesse après 14 ans, au numéro 46, en juin 1970. La revue se présente alors sous la forme d'une brochure d'une cinquantaine de pages imprimée s tirant à 3.000 exemplaires, sous le sous-titre "Cahiers d'études anarchistes". »


Revue Noir et rouge, Sur le néo-anarchisme, Juin 1970 (Anthologie, p48)
« En 1955, divers groupes et camarades, la plupart après une décevante expérience et leur départ d'une Fédération anarchiste transformée en décembre 1953 en Fédération Communiste Libertaire (FCL) aboutissant à une sorte de parti plus trotskyste que libertaire qui devait se suicider politiquement après le summum de la participation aux élections législatives de 1956 (cf. NR N°9 « La FCL et les élections du 2 janvier 1956 »), décidaient de se regrouper et créaient les GAAR en novembre 1955. »
Le Pen et Vincent, Mémoire, p44
« Un -mot illisible- nombre de militants avaient quitté la Fédération Communiste Libertaire quand celle-ci, devenue une sorte de parti plus trotskyste qu'anarchiste, avait décidé de se lancer dans la bataille électorale en novembre 1955. ils décidèrent de se regrouper et fondèrent en novembre 1955 les GAAR (Groupes Anarchistes D'action Révolutionnaire). ils créèrent une revue "Noir et Rouge" et un bulletin intérieur "Liaisons". »


Revue Noir et rouge, sur le néo-anarchisme, Juin 1970 (Anthologie, p53)
Et puisque nous parlons de brochure, rappelons que ces années nous virent également, en plus des cahiers, diffuser des brochures ronéotypées consacrées à un problème particulier ; citons entre autres : Espagne 62, Anarchisme, Kropotkine fédéraliste, Espagne noire et rouge (brochure imprimée parl 'UGAC, conférence faite par notre groupe au cours d'un cycle de causeries communes fin 1963, dont la brochure « l'Organisation » éditée par NR était une autre illustration), Collectivistes en Espagne révolutionnaire, La plate-forme d'Archinoir, etc. Sans oublier une brochure imprimée à fort tirage « L'autogestion, l'Etat et la révolution »début d'une série tentée à l'été 1968 avec ICO. »
Mémoire, p48
« Rédigée par des militants qui seront de moins en moins nombreux, la revue a abordé toute une série de sujets auxquels étaient consacré un ou plusieurs numéros. Bornons-nous à en énumérer quelques-uns: la Fanc-Maçonnerie, Parlement et élections, Nationalisme, gauche et révolution, Dossier espagnol, Action violente, action minoritaire et action de masse, La guerre d'Algérie, La révolution cubaine, Espagne 62, Anarchisme, Kropotkine fédéraliste, Espagne noire et rouge, L'organisation, Collectivistes en Espagne révolutionnaire, La plate-forme d'Archinoir, L'autogestion, l'Etat et la révolution, L'autogestion en Algérie, Cohn-Benditistes ?, au-delà du gauchisme, etc... »
Notons au passage l'erreur de Le Pen et Vincent, qui ont confondu Archinoir (revue libertaire de l'époque) et Archinov... Belle performance pour des personnes censées écrire un mémoire sur l'anarchisme!


Pour conclure cette étude comparative, terminons sur une touche humoristique en citant un extrait de l'avant-propos du Mémoire ( p5), dont on peut aujourd'hui mesurer l'ironie :
« Disons tout de suite les difficultés innombrables auxquelles on se heurte dans une telle recherche. Etudiant le quart de siècle qui nous sépare de la deuxième guerre mondiale, on s'aperçoit qu'au manque de recul s'ajoute une absence presque totale sur le sujet. »

Samuel Préjean
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héritage de l'état français

Messagede ivo » 23 Oct 2012, 09:23

Maréchal, nous y revoilà
http://www.liberation.fr/societe/2012/1 ... picks=true
Image
Philippe Pétain, en civil autour de 1930. (Photo Harris & Ewing Collection, Library of Congress)

De la carte d’identité à l’ordre des médecins en passant par les tickets-repas ou le rugby à XV, Cécile Desprairies dresse dans «l’Héritage de Vichy» l’inventaire des mesures pétainistes toujours en vigueur.

Par ANNETTE LÉVY-WILLARD

Français, vous ne le savez pas, mais vous vivez encore à l’heure allemande. Au propre et au figuré. L’heure d’été ? Les Allemands arrivent le 10 juin 1940 à Paris et, le 10 juin au soir, les pendules sont à l’heure de Berlin. Avec l’heure d’été et l’heure d’hiver. Supprimées à la Libération, elles seront rétablies avec difficulté par Giscard d’Estaing en 1976, pour lutter contre la crise du pétrole. Ces mesures et beaucoup d’autres imposées par les occupants ont «inspiré» le gouvernement de Vichy qui a produit quelque 16 000 nouvelles lois sous le règne du maréchal Pétain. D’autant plus facilement qu’il n’y avait plus de Parlement…

La plupart de ces lois ont été effacées à la Libération, mais notre société contemporaine a gardé de Vichy, sans revendiquer cette paternité historique, l’ordre des médecins, l’ordre des architectes, le comité d’entreprise, la médecine du travail, le code de la route, des stations de sport d’hiver appelées Courchevel, Val-d’Isère, Serre-Chevalier, la fête des mères, les tickets-repas, la police nationale, le rugby à XV… et la carte d’identité.

On a longtemps cru, avec les gaullistes, que «Vichy n’était pas la France». Qu’à la Libération, on repartait à zéro. Qu’on oubliait ces années noires de l’Etat français. Mais en 1945 la France continue, et l’administration, à quelques têtes près, est bien la même, celle qui a fait fonctionner avec zèle l’Etat français au service des nazis. Réalistes, les hommes de l’après-guerre récupèrent ce qui leur semble utile de l’héritage de Vichy. La France se modernise sans savoir, encore aujourd’hui, qu’elle doit nombre de ces innovations à la collaboration. Cécile Desprairies, philosophe, germaniste, auteure de plusieurs livres sur l’occupation (1), s’est plongée dans les archives des journaux officiels français et allemands, elle a mis à jour cet héritage oublié, refoulé, pour en finir avec le déni de l’histoire.

Du code de la route à la carte d’identité en passant par les tickets-repas, les CRS, la police nationale, toutes ces mesures viennent du gouvernement collabo de Vichy…

La France d’après-guerre s’est construite sur une phrase très ambiguë de De Gaulle : «La France a besoin de TOUS les Français.» Alors que le Général n’a jamais ouvertement condamné ce qui s’était passé, il n’a jamais parlé de la déportation des Juifs. La France d’après 1945 était en fait restée très vichyste. En principe, en novembre 1944, tout est abrogé. La légalité républicaine est rétablie. Certes les lois discriminatoires ont disparu, mais certaines lois reviennent vite, on change un mot, un verbe, un adverbe. C’est le visage d’une certaine France, un certain esprit de Vichy qui perdure et on ne veut pas le voir.

Le plus symbolique : Vichy institue la carte d’identité obligatoire pour surveiller et contrôler la population et, surtout, exclure les «étrangers». Avec un numéro national qui est toujours celui de la Sécurité sociale aujourd’hui. A la Libération, certains pays ont supprimé cette carte. La France l’a gardée.

Il fallait prouver qu’on était français pour avoir cette carte d’identité, et le numéro national mis au point en 1940 est toujours celui de la Sécurité sociale aujourd’hui avec le fameux 99 : si vous avez 99 dans votre numéro de Sécurité sociale, cela veut dire que vous êtes né à l’étranger.

A l’époque, c’était mortel…

C’était en tout cas mauvais signe. C’était une carte d’exclusion. A peine Vichy l’a-t-il créée qu’il a fallu y mettre le tampon «juif» si on était juif. Pierre Laval, chef du gouvernement de Pétain, a rendu la carte d’identité obligatoire. Avant guerre, on avait essayé d’en instaurer une pour le département de la Seine, mais cela n’avait pas marché. A la Libération, la carte d’identité servait encore à contrôler, et plus tard, elle permettra de distinguer les Français pendant la guerre d’Algérie.

En 1940 aussi, Vichy installe l’ordre des médecins, qui commence par recenser les médecins juifs, les jette dehors, les dénonce, aide au pillage de leurs cabinets. Et l’ordre est toujours là. Dans les revues médicales, on signalait les cabinets vacants des «médecins étrangers», on revendait leur matériel… L’image horrible d’une certaine France.

L’ordre des médecins n’a pas été abrogé, le président qui avait appliqué les lois antisémites n’a pas été inquiété, il a continué à présider l’ordre pendant quinze ans après la fin de la guerre, sans aucun problème. Il a simplement dit qu’il avait fait «ce qu’il pouvait pour sauver des Juifs»…

Et l’ordre des architectes ?

Pareil, l’ordre des architectes, puis celui des experts comptables. Vichy est une révolution qui supprime les syndicats, les partis politiques, et met à la place des instances représentatives des professions et des métiers, les corporations. Le premier président de l’ordre des architectes est le célèbre Auguste Perret, l’architecte qui a construit le Théâtre des Champs-Elysées et le palais d’Iéna. En 1941, un décret limite à 2% le nombre des architectes juifs, l’ordre des architectes participe à la spoliation des Juifs. Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives, siège d’ailleurs à son conseil d’administration. Pour adhérer à tous ces ordres, il faut d’abord affirmer sous serment qu’on n’est pas juif.

A la Libération, ces gens ne sont pas inquiétés. Les Juifs sont bien sûr réintégrés et les ordres continuent, sur un mode un peu plus soft : aujourd’hui, on peut se plaindre auprès de l’ordre des médecins si quelqu’un ne fait pas son boulot…

Vichy décerne la médaille du «meilleur ouvrier de France» (MOF), remise encore aujourd’hui par le président de la République…

C’est la révolution nationale de Vichy qui met le IIIe Reich à la sauce française, avec un peu de christianisme, d’archevêques. Le concours du meilleur ouvrier de France est créé en 1941 à l’exemple du Reichsberufswettkampf (concours professionnel du Reich). Le meilleur ouvrier de France honoris causa, c’est Pétain. D’ailleurs, dans son bureau, il y avait son grand diplôme «MOF». Dans la France de 2012, le président de la République est toujours «meilleur ouvrier de France d’honneur».

Les syndicalistes connaissent-ils les origines du comité d’entreprise (CE), de l’inspection du travail, des tickets-repas ? Ou pensent-ils que c’est un héritage du Front populaire ?

La révolution nationale de Pétain remplace la lutte des classes par des commissions sociales. Vichy a créé les CE avec l’argent prélevé sur la masse salariale qui permettra de développer les villages de vacances, les loisirs en famille et toutes sortes de mesures sociales. Vichy invente les cantines - avant les ouvriers venaient avec leur gamelle - et les tickets-repas qui fonctionnent comme les tickets de rationnement. La création du menu à prix fixe est également liée aux restrictions alimentaires pendant la guerre. Beaucoup de mesures sociales ont été attribuées, à tort, au Front populaire. Plus tard le général de Gaulle confiera dans ses Mémoires, que «les doctrines sociales de la révolution nationale, organisation corporative, charte du travail, privilèges de la famille, comportaient des idées qui n’étaient pas sans intérêt».

Au chapitre répression, la France a hérité de la police nationale et des milices para-étatiques qui deviennent les CRS…

René Bousquet, le chef de la police de Vichy, celui des rafles du Vél d’Hiv, intègre dans ses forces les groupements mobiles de réserve ou gardes mobiles de réserve (GMR). Jeunes hommes de moins de 30 ans, peu formés, ils doivent «être en parfaite condition physique, actifs et vigoureux». Ces milices de l’Etat chassent les maquisards dans les montagnes, encadrent les rafles et aident à la déportation des Juifs. Les GMR sont dissous en novembre 1944 pour renaître très vite, à l’identique, avec le même uniforme. Ils intègrent des éléments des FFI (Forces françaises de l’intérieur), changent de nom et s’appellent désormais compagnies républicaines de sécurité ou CRS. Cette police des foules s’illustre ensuite dans la répression des grandes grèves ouvrières, des manifestations de la guerre d’Algérie, et devient célèbre en Mai 68 quand les manifestants hurlent «CRS-SS» : un retour de l’histoire…

Quant à la police nationale créée par Vichy, même le chef de cabinet de Pétain trouvait que son uniforme ressemblait trop à celui des SS. Cette nouvelle police nationale fera seule, sans les Allemands, la grande rafle du Vél d’Hiv.

C’est Pétain qui impose les vaccinations, installe la médecine scolaire, la médecine du travail. Une exigence des Allemands ?

Les nazis sont obsédés par les maladies. Ils trouvent les Français très sales. Selon eux, ils ne se lavent pas et transmettent des maladies mortelles contagieuses - la syphilis, à l’époque, n’est pas curable. Donc les Allemands font pression sur Vichy pour instaurer le contrôle de la population : carnet de vaccination, vaccinations obligatoires, la médecine scolaire, la médecine du travail. Le certificat prénuptial obligatoire avant le mariage, supprimé il y a quelques années, est copié sur le certificat d’aptitude au mariage allemand. Il visait à repérer la syphilis ; plus tard, il servira pour le sida.

Le Front populaire, sous l’influence du courant hygiéniste d’avant-guerre, avait déjà mis en place la prévention de la tuberculose dans les dispensaires, c’est donc un héritage aussi du Front populaire, mais Vichy ne s’en réclame pas.

Autre obsession nazie, le culte du corps et du sport : on découvre que le rugby à XV, le handball, le judo, les stations de Courchevel, Chamrousse, Val-d’Isère, sont un legs de l’occupation.

Handball, c’est un mot allemand, pas anglais. Le rugby devient à XV parce que le rugby à XIII est trop anglais, et Vichy cherche à se débarrasser de tout élément anglophone. Le gouvernement de Pétain se rattache aux forces de l’Axe, on introduit alors le judo, un sport du Japon, pays allié du Reich.

Les Allemands sont aussi fous de montagne. A ce sujet, le ministre des Sports de Vichy, Jean Borotra, va expliquer qu’il faut «que chacun d’entre nous s’astreigne à pratiquer un de ces sports où on apprend à affronter les chocs, les coups, les risques…» On inaugure à Val-d’Isère en 1943 le téléphérique le plus rapide du monde, et Vichy crée la profession de guide de haute montagne.

On ignore aussi que notre code de la route a été copié sur celui de l’Allemagne.

La France n’avait que trois ou quatre panneaux, et les bornes Michelin qui indiquaient le kilométrage. Le panneau sens interdit était écrit en français et les Allemands ne pouvaient pas le comprendre. Alors ils instaurent des panneaux avec la barre blanche pour sens interdit, des signes pour l’obligation de tourner à droite, etc.

Et notre paysage urbain façonné par la collaboration de Vichy et de l’Allemagne : les régions, les autoroutes, le périphérique…

Les provinces françaises ont été redécoupées à partir de la carte d’un géographe nazi qui fait la théorie des nœuds centraux : il faut une ville de taille moyenne au milieu de chaque région. Le périphérique est aussi un projet allemand. Il s’agit toujours d’isoler l’élément sain des «éléments malades», les communistes, les réfractaires, les gaullistes des banlieues rouges, en construisant une ceinture protectrice autour de Paris. Comme pour le reste, les Allemands décident, font le plan, et ensuite les services de Vichy exécutent. En 1943, l’inspecteur général René Mestais justifie ainsi ce projet : «Il importe d’éviter à tout prix que Paris ne coule dans une banlieue qui l’enliserait pour un siècle… Voici Paris, sans le confondre avec Levallois, Aubervilliers, Pantin, Vitry ou Malakoff. Ce sera le rôle dévolu au boulevard périphérique.» L’idée d’un boulevard périphérique est née en 1943 et non, comme on le croit, dans les années 70. Et les autoroutes sont dessinées afin de relier Paris à Berlin. Pour Vichy, l’allié, c’est l’Allemagne, et l’ennemi, les Anglo-Saxons.

On ne connaît pas non plus l’héritage culturel des années noires. Par exemple, l’Idhec, la première école de cinéma en France (qui devient la Fémis en 1986), les fouilles archéologiques, la Réunion des musées nationaux…

Il n’y avait pas d’école qui forme des techniciens et des réalisateurs de cinéma. Et les Allemands avaient de l’avance grâce à leur film en couleur Agfa. L’Institut des hautes études cinématographiques ouvre en janvier 1944 sous la présidence de Marcel L’Herbier. Henri Langlois y fait des conférences, le réalisateur Claude Autant-Lara est au jury. Alain Resnais est de la première promotion de l’Idhec.

Et Mozart arrive pour la première fois en France avec l’armée allemande.

C’est très étonnant. Mozart, avant la guerre, était rarement joué en France. On jouait un peu de Wagner, du bel canto, pas Mozart. Arrivent les Allemands, qui créent au printemps 1941 la semaine Mozart. Ils font venir un jeune chef d’orchestre, Herbert von Karajan, et pour la première fois Mozart est joué à l’Opéra de Paris et dans les jardins du Palais Royal. Les Noces de Figaro est donné en l’honneur des commandos supérieurs de la Wehrmacht au Théâtre des Champs-Elysées, avec un livret de Lorenzo Da Ponte, juif dont le nom va disparaître de l’affiche. A la Libération, Mozart n’est plus joué, il ne revient qu’en 1948 quand la ville d’Aix-en-Provence organise un festival Mozart. C’est du refoulé collectif, tout le monde pense que Mozart a toujours fait partie de notre vie.

Enfin, très paradoxal, l’évolution des femmes. D’un côté, on en fait des mères pondeuses avec la fête des mères ; de l’autre, on les encourage à travailler, à avoir un carnet de chèques.

La fête des mères est une invention pour répondre à la baisse de la natalité. Il faut remonter la courbe, alors on développe le culte des mères, le culte de la famille, et la fête des mères bien évidemment. Vichy valorise la femme au foyer, la mère de famille nombreuse, Pétain annonce qu’il sera le parrain de tout enfant qui est le seizième s’il y en a quinze vivants…

Mais plus d’un million d’hommes sont partis, sont prisonniers, et les femmes sont mises au travail. Pétain les encourage à devenir secrétaires, dactylos. La secrétaire est une image de Vichy. En même temps, c’est une étape. Le gouvernement Laval les autorise à avoir leur propre chéquier. Mais cette autorisation est supprimée à la Libération. Incompréhensible…

Les femmes entrent aussi pour la première fois dans la société civile, on voit des reportages allemands sur la première femme au conseil municipal qui célèbre un mariage.

L’histoire a préféré oublier ces vestiges de Vichy et de la collaboration dans la société française ?

Les historiens sont mal à l’aise. Prudents et critiques, par exemple sur le travail des femmes. De même avec les lois importantes sur les enfants délinquants. Vichy a un grand souci de l’enfant, qui n’est plus vu comme un adulte en miniature mais comme un être avec des droits propres, qui doit être sauvegardé, protégé, rééduqué. Les nouvelles lois vont donc limiter sa responsabilité pénale, l’enfant délinquant n’est plus envoyé dans des bagnes, mais dans des maisons de redressement. Tout le monde croit que ces lois datent de 1945, de la Libération, alors que la protection de l’enfant délinquant, c’est Pétain. On refoule l’héritage parce que ce serait reconnaître que le régime de Vichy était complexe, que Vichy, c’est aussi la France.

(1) «Ville lumière, années noires : les lieux du Paris de la collaboration», préface de Pierre Assouline, éd. Denoël, 2008. «Paris dans la collaboration», préface de Serge Klarsfeld, éd. Seuil, 2009. «Sous l’œil de l’occupant : la France vue par l’Allemagne», éd. Armand Colin, 2010.

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Hommage à François Michelin

Messagede mimosa rouge » 03 Juin 2015, 18:21

François Michelin est décédé le 29 avril 2015. Les politiques de droite ou gauche ont unanimement salué le capitaine d’industrie. Manuel Valls, qui aime l’entreprise, a rappelé que cet homme avait porté haut les valeurs de l’industrie française dans le monde. Jean-Pierre Serezat, militant syndical et ouvrier chez Michelin pendant 37 ans, rappelle que l’industriel était aussi le bailleur de fond de la Cagoule et de l’Opus Dei.

http://larotative.info/hommage-a-franco ... -1024.html
mimosa rouge
 
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1944 : La chute des mouvements collaborationnistes bretons

Messagede bipbip » 24 Sep 2015, 13:45

1944 : La chute des mouvements collaborationnistes bretons

Breiz Atao mad da Lazo ! « Breiz Atao, bon à tuer ! », était le mot d’ordre des résistants bretons lors de la libération de la Bretagne en août 1944, en référence au journal nationaliste breton Breiz Atao (Bretagne toujours). Pendant l’occupation allemande en effet, une grande partie du mouvement politique indépendantiste breton a sombré dans le soutien actif au nazisme.

On peut tracer les racines du mouvement breton contemporain (le terme emsav, qui signifie « mouvement » breton, n’apparaît qu’après la Seconde Guerre mondiale) avec la création, en septembre 1918, de ­l’Union régionaliste bretonne, plutôt de droite, qui publie une revue intitulée Breiz Atao (Bretagne toujours). Le drapeau breton, le « Gwenn-ha-du » (blanc et noir), créé en 1925, va devenir le principal symbole du mouvement breton.

Dans les années 1930, le mouvement connaît une scission entre les fédéralistes de gauche anticléricaux, organisés à la Ligue fédéraliste de Bretagne, et les nationalistes du Parti national breton. Le PNB est déjà marqué dès ses débuts par l’antidémocratisme et l’idolâtrie du chef comme dans la plupart des organisations d’extrême droite, mais également et surtout par l’antisémitisme, ce qui influencera grandement sa trajectoire misérable. Ce parti relance alors la revue Breiz Atao.

La dérive fasciste

Ces deux mouvements enregistrent de nouvelles adhésions après la destruction à la bombe, à Rennes en 1932, de la statue agenouillée d’Anne de Bretagne devant le roi de France, coup d’éclat de Célestin Lainé, le leader autonomiste fasciste du groupuscule Gwenn-ha-Du, qui est déjà en lien avec le parti nazi, mais aussi avec l’Armée républicaine irlandaise.

Alors que la Ligue fédéraliste se dissout au milieu des années 1930, le PNB, quant à lui, à l’image des différents mouvements des minorités nationales de France, succombe aux sirènes du fascisme, dont les succès impressionnent le petit milieu militant breton. Sous l’impulsion d’Olier Mordrel, le PNB affirme dès 1936 son soutien au Reich allemand. Cette année-là, lui et ses amis publient la revue doctrinale Stur (gouvernail), qui, au fil des numéros, ne cache plus son soutien aux thèses nazies, avec la participation active de Lainé.

Lors du congrès du Parti en 1937, la branche plus modérée qui refuse le virage nazi du PNB, autour de Raymond Delaporte, est exclue. Mordrel et Lainé ont donc le champ libre pour transformer le PNB en parti ouvertement fasciste. Des slogans ­antisémites signés PNB apparaissent sur les murs, ce pour quoi Lainé sera condamné à quelques mois de prison en juin 1938. Le parti soutient l’invasion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. À l’approche de la guerre, la censure est rétablie en France et bon nombre de militants du PNB sont arrêtés tandis que Mordrel, avec François Debeauvais, fuient précipitamment en Allemagne en 1939. La même année, le PNB s’autodissout.

Malgré son tirage limité, Breiz Atao était lu par une trentaine de correspondants allemands répartis dans le Reich, intéressés par la « race » celte et sensibles aux thèses nationalistes développées par la revue, si bien que Mordrel et Debeauvais trouvent l’appui des dignitaires du Reich.

En 1940, dans une France en déroute, les deux dirigeants bretons parviennent à ouvrir un camp d’internement spécial pour les prisonniers de guerre nationalistes bretons. On assiste ainsi à des conversions spontanées au nationalisme chez les prisonniers bretons, motivées par une possibilité de rapatriement. Environ 600 prisonniers sont ainsi libérés des camps allemands de juillet à décembre 1940 et, à leur retour, subissent des pressions pour militer pour le PNB. En réalité, une partie seulement des hommes libérés se mettent sous les ordres de Célestin Lainé (alors dirigeant du mouvement visant à la création d’une armée bretonne, Lu Brezhon), les autres s’empressent de regagner leur foyer et de se faire oublier.

Les séparatistes bretons se regroupent dans un château à Pontivy en 1940, suscitant d’ailleurs l’hostilité de la population locale (ils en seront finalement chassés le 24 juillet 1940), et lancent les premières bases de leur organisation, qu’ils nomment Conseil national breton, visant à l’établissement d’un gouvernement breton, avec un programme en 18 points. Ils décident également de la création d’un hebdomadaire, L’Heure bretonne, dont le tirage, jusqu’à la fin de l’Occupation, atteindra environ les 30.000 exemplaires.

Le passage à la collaboration

Trois mois après son lancement, le CNB ne parvient toujours pas à recruter massivement dans la population. En octobre 1940, Mordrel décide de relancer le PNB dont il prend la direction. Le CNB se transforme en une sorte de « Sénat du parti ». Le choix de la collaboration avec les nazis semble faire consensus dans les rangs du parti mais Mordrel et Debeauvais s’opposent sur la question d’un accord avec Vichy. Mordrel le refuse et durcit l’orientation politique du parti dans un sens encore plus nazi, séparatiste et germanophile.

Alors qu’en octobre 1940, avec l’entrevue de Montoire, est scellée l’entente entre l’État français et le Reich, Olier Mordrel, plus nazi que les nazis eux-mêmes, critique ouvertement cette politique de collaboration, en mettant en garde les Allemands sur la sincérité de la France. En dérangeant son aile modérée, il ne fait plus l’unanimité au sein du parti et est contraint à la démission. C’est le moins remuant Delaporte qui revient pour le remplacer, jusqu’à la fin de la guerre.

Mordrel, est informé d’une possible arrestation par la police française, qui espère le faire disparaître. Il fuit à Paris et rentre dans la clandestinité. Pour le PNB, l’heure n’est plus au séparatisme résolument antifrançais, mais bien à la politique de main tendue vers Vichy. Les nazis, de leur côté, même après la politique d’alliance avec la France de Pétain, restent bienveillants avec les mouvements autonomistes, susceptibles d’affaiblir le nationalisme français et l’unité nationale.

En septembre 1941, grâce à la protection nazie, Mordrel peut rentrer en Bretagne. Après le retour de Mordrel en Bretagne et tout au long de son histoire Le PNB est donc à nouveau toujours tiraillé entre les tendances du catholique Delaporte et des fascistes Mordrel et Lainé.

Les effectifs du PNB sont estimés à 3.000 adhérents — le chiffre réel est inconnu, ses archives ayant été brûlées avant la Libération. De nombreuses adhésions sont en réalité motivées par l’espoir de faire libérer un parent ou un proche prisonnier en Allemagne. On peut néanmoins tabler sur un noyau dur réellement actif de 300 à 400 militants, guère plus, soit un petit nombre facilement identifiable, ce qui facilite le travail pour la Résistance qui cherche à exécuter ses animateurs locaux. Comme souvent à l’extrême droite, la composition sociologique de l’organisation est familiale, avec de larges familles dont l’ensemble des membres adhèrent au parti.

Le militantisme consiste essentiellement dans la vente du journal L’Heure bretonne, qui est alors un des rares journaux en vente libre (les articles consistent en une reproduction fidèle des informations pronazies sur le déroulement de la guerre), parfois des distributions de tracts, et dans le recrutement de nouveaux adhérents. Alors que beaucoup de partis politiques sont interdits, le PNB a pignon sur rue. Il est souvent considéré avec méfiance par la population ou même avec une grande hostilité notamment à Carhaix, Guingamp ou Morlaix, traditionnellement rouges — les défilés du PNB, sont parfois tout simplement attaqués.

Le choix des armes

De nombreux militants servent d’indicateurs aux forces nazies et des cas avérés de délations pullulent, particulièrement dans la tendance pronazie. Par exemple, la section de Fougères envoie aux nazis une liste des francs-maçons et des Juifs de la ville. Un service de renseignements existe au sein du parti, chargé de débusquer les résistants ou les auditeurs de la radio anglaise. Le parti compte aussi une milice, créée en 1941 : les Bagadou Stourm (« troupes de combat »), en grande partie pour encadrer la jeunesse du parti et contrer les tentatives de débauchage de Célestin Lainé, qui dispose de son propre service spécial.

Progressivement, cette organisation de jeunesse prend l’apparence d’une formation paramilitaire, avec des miliciens armés de barres de fer. Elle organise des manifestations où peuvent défiler une centaine d’hommes, obéissant aux ordres donnés en breton par leur chef, sous des drapeaux à croix noire, avec un triskell [1]. Mais la présence allemande devenant de plus en plus dure, ces parades collaborationnistes insupportent la population : à Landivisiau, le 7 août 1943, des pavés et des cailloux s’abattent sur les Bagadou Stourm.

Der Bretonische Waffenverband der SS

À partir de 1943, le vent commence à tourner. Les groupes de résistance s’engaillardissent et les maquisards multiplient les actions contre le PNB, répandant l’inquiétude dans les rangs collaborationnistes. De nombreux militants de l’aile extrémiste, parmi les plus actifs, sont abattus. Le 12 décembre 1943, c’est au tour de l’abbé Perrot, personnage très connu du nationalisme breton, d’être tué une balle dans la tête. Les démissions se multiplient. C’est dans ce contexte d’attentats et de début de guerre ouverte entre le PNB et la Résistance que s’inscrit la création de la Formation Perrot, fin décembre 1943.

Intégralement sous les ordres de Lainé, la Formation Perrot (Bezen Perrot), qui compte environ 80 miliciens, rémunérés, disposant d’uniformes de la Waffen SS, est armée de revolvers par les nazis. Elle est intégrée au service de sécurité SS sous le nom de Bretonische Waffenverband. Delaporte, leader du PNB, interdit tardivement la double appartenance au Bagadou Stourm et à la Formation Perrot. Les militants jusqu’au-boutistes, principalement jeunes, qui souhaitent en découdre frontalement avec la Résistance, quittent les Bagadou pour rejoindre Lainé, qui a entretemps relancé la revue Breiz Atao, cette fois-ci totalement pronazie (seuls quelques numéros de cette nouvelle version paraissent).

Totalement soumise aux forces d’occupation, la tâche de la Formation Perrot consiste essentiellement en gardes et surveillances de locaux nazis. Au fur et à mesure, la Formation Perrot évolue vers des missions de représailles dirigées contre les maquis, et après le débarquement allié, vers des assassinats de dizaines de résistants.

Les miliciens de la Formation Perrot, en plus de bien connaître le terrain, peuvent s’appuyer sur le vaste réseau offert par le PNB. La Formation Perrot, qui commet également de nombreux actes de torture, a laissé derrière elle une des pages les plus atroces de l’histoire de Bretagne.

Alors que la défaite allemande ne fait plus aucun doute, la Formation Perrot, minée par les désertions, ne compte plus guère qu’une trentaine de membres et opte pour une retraite pitoyable vers l’Allemagne, en assassinant sommairement sur son chemin les prisonniers politiques qui lui tombent sous la main. Célestin Lainé déserte à son tour, trahissant tous ses compagnons. Il s’exilera en Irlande, comme d’autres nationalistes bretons condamnés à mort en France. Mordrel, l’autre leader de la tendance antisémite pronazie, s’exilera au Brésil, et reviendra en Bretagne en 1971 à la faveur d’une mesure de grâce.

Breiz Atao, boulet de la Bretagne

Le PNB était très loin d’être un parti de masse. Malheureusement, de l’autre côté de la barricade, le camp antifasciste également était minoritaire. Beaucoup de résistants étaient organisés au Parti communiste et, a priori, laissaient de côté l’héritage culturel breton. L’espace politique bretonnant semblait alors intégralement occupé par le PNB.

Cela a contribué, comme bien sûr les actions ignobles de la Formation Perrot, à décrédibiliser et à jeter l’opprobre sur l’ensemble du mouvement breton pendant les années d’après-guerre, facilitant le travail de ­l’État français dans sa destruction de la langue bretonne, un défenseur de la langue bretonne étant perçu comme un traître, un « Breiz Atao ». Cela a heureusement évolué et nombreuses sont maintenant les organisations de gauche actives au sein de l’Emsav, du mouvement breton [2].

On peut noter aujourd’hui la réapparition du terme Breiz Atao, terme qui aurait dû rester définitivement dans les oubliettes de l’histoire, pour désigner un site internet d’ultradroite (« quotidien de l’État national breton ») créé en 2000, dans la droite ligne idéologique du Breiz Atao nazi. Le créateur de ce site, Boris Le Lay, a été condamné plusieurs fois en France pour incitation à la haine raciale et a fui... au Japon, et non en Allemagne comme ses misérables prédécesseurs.

François (ami d’AL)



[1] Une croix issue de l’art celtique préhistorique qui a l’avantage de ressembler vaguement à une croix gammée

[2] L’actuel syndicat de gauche libertaire SLB allie, dans le même combat, internationalisme prolétarien et défense de la langue et de la culture bretonnes

http://alternativelibertaire.org/?En-19 ... mouvements
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Re: Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede bipbip » 03 Aoû 2016, 01:25

Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

L'idéologie des combattants volontaires des légions nazies contre le «judéo-bolchevisme» a alimenté les idées de l’extrême droite radicale d’après-guerre et lui a donné la capacité de se réorganiser.

En faisant du 8 mai un jour férié, le Président François Mitterrand a voulu souligner comment la victoire contre le nazisme était celle de l’ensemble des Français. Il prolongeait ainsi le récit gaullo-communiste, opposant une France de la Résistance à un gouvernement de Vichy qui n’eût été que trahison de quelques élites. A dire vrai, la défaite de l’Axe fut aussi celle de certains Français.

En effet, sur ses 900.000 membres en 1944, la Waffen-SS était composée pour moitié de non-Allemands. Ce que l’extrême droite radicale nomme «la grande armée européenne» avait attiré son lot de Français, acquis à l’édification du «Nouvel ordre européen» promis par la propagande nazie. Quelles étaient ces unités françaises? Quels hommes y trouvait-on?

Avec l'ouverture du front de l’Est le 22 juin 1941, la propagande du IIIe Reich abandonne le nationalisme grand-allemand et affirme prendre la tête d'une croisade pour la sauvegarde de l'Europe. Pour la propagande pro-germanique, l'Alliance des Anglais, des Américains et des Soviétiques implique bientôt de désigner l'unité européenne comme prise entre les mâchoires d'un ennemi unique.

Capitalisme et communisme seraient les deux éléments matérialistes désagrégeant les nations et les âmes des peuples au profit de l'instauration d'une ploutocratie juive planétaire. Le discours sur «l’anéantissement» du «judéo-bolchevisme» désigne dorénavant un monstre judéo-américano-soviétique dont «l’impérialisme» agresserait l’Europe.

En France, dès l'ouverture du front oriental, les principaux groupements collaborationnistes lancent ensemble la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) qui constitue le 638e régiment de la 7e division de la Wehrmacht (6.000 hommes). Un des cadres de l'Institut des Questions Juives envisage de donner pour symbole à la nouvelle troupe… une croix gammée bleu-blanc-rouge… Le cardinal Baudrillart apporte sa bénédiction à la LVF en considérant que «cette légion constitue une chevalerie nouvelle. Ces légionnaires sont les croisés du XXe siècle». Les volontaires prêtent serment à Hitler le 12 octobre 1941.

Les Croisés contre le bolchevisme

Deux des chefs politiques collaborationnistes font le pas de l’engagement: Jacques Doriot et Pierre Clémenti. Le premier est issu du communisme et est le leader du Parti Populaire Français, un parti adepte d’un conservatisme de choc habillé d’un style fasciste.

L’engagement européen mène à une radicalisation de Doriot et du PPF, qui en 1943 n’hésitent plus à se revendiquer «totalitaire» et «européen». L’engagement de Doriot lui permet d’accroitre son aura auprès des plus ardents collaborationnistes, mais attire force antipathie au PPF. Pour guider le parti durant ses absences, il le confie à Victor Barthélémy (futur secrétaire-général du Front national). Il est abattu en Allemagne en 1945.

Le second leader à prendre l’uniforme de la LVF est Pierre Clémenti. Son Parti Français National-Collectiviste (il s’appelait national-communiste mais l’Occupant lui a demandé de changer de nom) est bien plus modeste et, malgré son nom, relève d’une extrême droite assez classique. Quoique condamné à mort à la Libération, il sera ensuite de tous les coups de l’extrême droite radicale européenne, en particulier au sein d’une Internationale, le Nouveau ordre européen, fondée en 1951 par l’ex-trotskyste, ex-stalinien et ex Waffen-SS René Binet.

L’anticommunisme est bien le ciment de cet engagement. Il s’agit d’un thème populaire, apte à entraîner le soutien de masses et à susciter des vocations. En 1942, sous l'impulsion des services de propagande allemands, le Comité d'Action Antibolchevique produit une exposition «Le Bolchevisme contre l'Europe», parrainée par les pays européens de l'Axe. Elle reçoit 370.000 visiteurs à Paris, 160.000 à Lille, et encore près de 30.000 à Toulouse où elle se trouve entre le 6 mai et 8 juin 1944.

... http://www.slate.fr/culture/86829/waffe ... -radicales
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Re: Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede bipbip » 18 Mar 2017, 19:43

6 février 1934 : Nuit d’émeute à Paris - Twhistoire par Mathilde Larrère

1) L’émeute, préparée par les ligues d’extrême droite visait moins un coup d’état fasciste que le renversement du gouvernement d’Union de la gauche

2) Depuis 1932 une majorité parlementaire parti Radical +SFIO soutenait un gouv radical.

3) L’émeute s’inscrit dans un contexte de profond antiparlementarisme et de crise économique (depuis 1929)

4) Ainsi que dans un contexte international de prise de pouvoir du fascisme (en Italie comme en Allemagne)

5) L’antiparlementarisme, latent depuis les débuts de la IIIe, était particulièrement alimenté par les associations d’anciens combattants de la grande guerre

6) Voir le livre d’Antoine Prost

7) Qui plus est, l’antiparlementarisme avait été réactivé par des scandales politico financiers

8) L’un deux, l’affaire du crédit municipal de Bayonne mouillait un escroc proche de la gauche (enfin des radicaux) : Stavisky

9) La droite et l’extrême droite s’en emparent d’autant plus goulument que les autres affaires visaient plutôt leur camp

10) La mort suspecte de Stavisky (8 janv) met le feu aux poudres : l’Action fr lance une attaque en règle contre la majorité radical-SFIO

11) Et comme Stavisky est juif, d’origine étrangère vous imaginez la xénophobie…

12) Les manifestations aux cris d’ « A bas les voleurs ! A bas les assassins ! » se succèdent tout le mois de janvier.

13) Elles poussent à la démission du gouvernement Chautemps. Un nouveau gouv radical est formé derrière Daladier

14) Il faut comprendre que ces manifestations d’extrême droite à Paris étaient plutôt tolérées par le préfet de Police Chiappe, proche de ces milieux

15) Or le 3 février, Chiappe est muté au Maroc. Fureur de l’extrême droite !

16) Des appels à manifester le 6 fev sont placardés dans tout Paris

17) La manifestation se prépare en ordre dispersé. Chaque ligue, chaque assoc d’anciens combattants a son point de ralliement, son trajet

18) L’ARAC, association communistes d’ancien combattant appelle aussi à manifester mais sur des mots d’ordres qui lui sont propres

19) Les différentes ligues devaient converger sur la Concorde et faire une démonstration de force.

20) Dans la fin d’après midi, la situation est déjà tendue sur la place : projectiles, affrontements avec les forces de l’ordre

21) Vers 20 h, les cortèges d’anciens combattants arrivent sur la place. Leur défilé ramène le calme sur la place

22) Mais à peine sont-ils partis que l’émeute reprend de plus belle ! Le service d’ordre tire à plusieurs reprises.

23) Pendant ce temps, les Croix de feu du colonel La Roque font, étonnamment, le choix de refuser l’épreuve de force

24) Après avoir défilé à part, rive gauche, il se disperse sur ordre du Colonel. Certains rejoignent individuellement l’émeute

25) Le plan était d’imposer à l’assemblée un gouvernement provisoire de députés de droite qui attendaient à l’HdeV

26) en fin de soirée, ces députés et conseillers municipx se dirigent, ceints de leurs écharpes tricolores, à l’assemblée

27) Une délégation est reçue. Pendant ce temps dans l’hémicycle la droite essaie aussi d’exploiter l’événement.

28) La droite crie « Démission ! Gouvernement d’assassins », les communistes « Vive les soviets » ! des députés en viennent aux mains !

29) Pourtant a séance se clôt sur un vote de confiance qui donne une nouvelle majorité à Daladier ! à priori, le gouv s’en tirait

30) Pb, Daladier ne trouve pas d’appui dans l’appareil d’état. Le procureur général freine les mesures de répression réclamée

31) Les commissaires envoyées arrêter les leaders des ligues ne font pas preuve de zèle… et les qq arrêtés sont relâchés.

32) Au matin du 7 on relève 14 morts et 657 blessés, mais 2 d’entre eux décèderont plusieurs mois plus tard des suites de leurs blessures.

33) Dans ce contexte, certains ministres veulent démissionner, et le parti radical lâche Daladier

34) Les présidents des deux assemblées poussent le président du conseil à démissionner.

35) Seul Blum l’assure du soutien de la SFIO, la CGT lui fera parvenir aussi son soutien mais trop tard car…

36) Daladier se sentant laché de partout et n’arrivant pas à s’imposer à la justice/police capitule… et démissionne

37) Qq jours plus tard les radicaux acceptent de former avec la droite (sans la SFIO) un gouv d’Union nationale…

38) A noter que Pétain était dans le nouveau gouvernement ainsi formé

39) Les ligues auront donc surtout été le bras armé de la droite parlementaire qui a pu prendre le pouv en pleine mandature !

40) d’ailleurs la droite au pouvoir, les ligues se calment étonnamment…

41) Mais le choc du 6 février suscite des réactions à gauche. D’abord de la part du PCF qui organise une manifestation le 9. Laquelle est réprimée.

42) En réaction à cette répression c’est toute la gauche qui appelle à se mobiliser le 12 : grève et manifestation, syndicale et partisane.

43) D’abord en ordre dispersé. la gauche était alors très divisée entre communistes et socialistes, ce qui se retrouvait au niveau syndical

44) deux cortèges s’élancent : SFIO et CGT d’un coté, PCF et CGTU de l’autre. Le mot d’ordre est « antifascisme »

45) La suite on la connaît, les deux cortèges socialistes et communistes fusionnent spontanément place de la Nation au cri d’Unité !

46) Une des premières pierres du front populaire était posée…

47) Aragon sur les 6, 9 et 12 février



et images : https://twitter.com/LarrereMathilde/sta ... 7604374529
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Re: Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede bipbip » 30 Avr 2018, 16:26

Mai 68, lorsque le groupuscule d’extrême droite Occident voulait en découdre avec les « bolchos »

Sous les pavés, la droite 1/3. Cinquante ans après, « Le Monde » revient dans une série d’articles sur la manière dont le camp conservateur a vécu les « événements ».

Les voici qui approchent de la Sorbonne. Combien sont-ils ? Deux cents, deux cent cinquante ? Venant de la faculté d’Assas, où ils s’étaient donné rendez-vous en début d’après-midi, ils ont traversé le jardin du Luxembourg, et dévalent maintenant le boulevard Saint-Michel aux cris de « Communistes, assassins ! », « Occident vaincra ! ». La plupart d’entre eux sont armés : barres de fer, manches de pioche, poings américains. Nombreux sont ceux qui ont revêtu la tenue de combat à la mode « para » ou des blousons de cuir noir, la fermeture Eclair remontée jusqu’au cou. Quelques-uns portent un casque de moto.

A leur tête Alain Madelin et Alain Robert. Agés de 22 ans, ils étudient le droit à Assas et comptent parmi les fondateurs, en 1964, du groupuscule d’extrême droite Occident. En ce vendredi 3 mai 1968, ils veulent en découdre avec ceux qu’ils appellent les « bolchos » en référence aux ancêtres des communistes soviétiques. « Nous y sommes allés comme on y allait à l’époque », se souvient Alain Robert, 72 ans. « Petit Robert », ainsi que les autres le surnomment, a le charisme d’un chef de bande. Il aime la bagarre, les coups ne l’effraient pas.

... http://www.lemonde.fr/decryptages/artic ... RZTTMAw.99
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Messagede bipbip » 11 Mai 2018, 00:24

1998-2018 : vingt ans d’impunité fasciste à la faculté de droit de Montpellier

Le jeudi 15 janvier 1998, un commando armé de « barres de fer » expulsait violemment une quarantaine d’étudiants de l’université Montpellier 1 (UM1) occupant les bureaux de la présidence. Les étudiants manifestaient leur opposition à la décision du président de l’université, Yves Loubatières, d’attribuer la gestion des cafétérias des facultés de droit et de Richter, jusqu’alors cogérées par des associations étudiantes, à des entreprises privées. Vingt ans plus tard, le jeudi 22 mars 2018, un commando cagoulé, armé « de planches de palettes avec des clous […] et d’un taser » expulse violemment une soixantaine d’étudiants occupant pour la nuit l’amphithéâtre A de la faculté de droit et de science politique de l’université de Montpellier (fusion de l’UM1 et de l’UM2). Ils protestent contre la loi ORE, qui renforce la sélection à l’entrée des études supérieures. Ces deux opérations commandos impliquent directement des membres de l’institution universitaire. Derrière l’image d’une institution d’excellence, la faculté de droit de Montpellier renferme des vieux relents fascistes.

... http://www.lepoing.net/1998-2018-vingt- ... ntpellier/
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Messagede bipbip » 21 Mai 2018, 16:08

L’antisémitisme, Maurras, Vichy et les autres

Le gouvernement entendait commémorer les 150 ans de la naissance de Charles Maurras. Devant la montée des protestations, il a du faire marche arrière, ce qui a entrainé la démission en bloc de dix membres sur douze du Haut Comité des commémorations nationales. En attendant, le cent cinquantenaire de sa naissance verra la publication d’un recueil de texte intitulé « L’Avenir de l’Intelligence » dans la collection Bouquins aux éditions Robert Laffont. Cet ouvrage est publié sous la direction de Jean-Christophe Buisson, ancien responsable des jeunes de l’Action française à la fin des années 80, journaliste au Figaro-Magazine et animateur de l’émission « Historiquement Show » sur la chaîne « Histoire » dirigée par son homonyme Patrick Buisson, ancienne plume de Nicolas Sarkozy.

Charles Maurras, monarchiste, fondateur de l’ Action française, contre-révolutionnaire, grand pourfendeur du « poison démocratique » et de la République « la Gueuse » ou « la Femme sanstête », xénophobe, antisémite, fidèle du Maréchal Pétain, partisan d’un « antisémitisme d’ Etat » et des statuts des juifs promulgués par Vichy, fut condamné à la Libération pour « intelligence avec l’ennemi ». Condamnation qu’il qualifie de « revanche de Dreyfus ».

Le nationalisme de Maurras a fourni le premier support à son antisémitisme, la xénophobie en a constitué le complément naturel ainsi le « protestant » ou le « juif » symbolisent-ils l’étranger, donc l’ennemi de la France, au même titre que le « métèque », c’est-à-dire « l’Anti France ». Le nationalisme intégral de Maurras se nourrit de l’antisémitisme. C’est cette « xénophobie intégrale » qui permettait à Xavier Vallat, premier commissaire aux questions juives d’écrire « je suis antijuif parce que xénophobe »1. L’Action française, née des retombées de l’affaire Dreyfus, a su exploiter et développer l’antisémitisme, une des pièces maîtresse du « système maurrassien, comme fonds de commerce, une « divine providence ». Dans l’Action française du 28mars 1911, Maurras écrivait que « tout paraît impossible ou affreusement difficile sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle, tout s’arrange, tout s’aplanit, se simplifie. Si l’on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l’opportunité ». Cet antisémitisme apparaît comme un élément fédérateur de toutes les forces du « sursaut national » contre la société révolutionnaire. En témoignent – par exemple – les attaques d’Edouard Drumont à l’encontre de Marat : « la folie de Marat c’est la névrose juive », et de la Constituante qui en 1790-91 avait proclamé l’émancipation des Juifs. Chez Maurras, le rejet du parlementarisme trouve ses justifications dans l’idée qu’un tel système est le fruit d’une conjuration, celle des « Quatre Etats Confédérés » (protestants, juifs, francs-maçons, métèques) qui auraient méthodiquement conçu, depuis la Révolution, « l’occupation » et « l’appropriation » du pays. En 1909, un des chants de l’Action française proclamait que la France était aux mains du « juif immonde, coureur de grand chemin ». Charles Maurras développe une vision manichéenne du monde qui se diviserait entre les défenseurs de « l’ordre national, fédéral et royal » et d’autre part « les fanatiques de la destruction et les sectaires de la mort ». Cet antisémitisme, qui considère que « le judaïsme est le mal ultime » est le prolongement conforme, pour Maurras et ses disciples, des traditions de l’Europe chrétienne, et se nourrit, en fait, de fantasmes anciens, comme l’a montré Victor N’ Guyen2. Il tient au « Martyre de la France » fille aînée de l’Eglise. Xavier Vallat entretenait l’idée d’une doctrine antijuive de l’Eglise, s’appuyant notamment sur Saint Paul : « les Juifs ne sont pas agréables à Dieu et sont les ennemis des autres hommes »3 et sur Saint Thomas. Ainsi, écrivait-il : « le pouvoir civil a le droit d’empêcher (le juif) d’obtenir une influence trop grande sur la société… d’où le droit pour les pouvoirs publics d’interdire aux juifs l’exercice des fonctions publiques, le droit de réglementer leur entrées dans les professions libérales ou dans les universités »4. Pour les propagandistes de ce courant, il était donc nécessaire de se protéger des juifs « responsables d’horreurs anciennes et qui préparent les horreurs à venir ». Ainsi Maurice Pujot – un des fondateurs de l’Action française – écrivait-il dans l’Action française en 1936, à propos de la Guerre d’Espagne : « cette guerre de religion est chère à notre prophète juif (L. Blum) » ou encore, Léon Daudet, en 1938, « les juifs avaient voulu faire la guerre pour le premier venu, en l’occurrence pour les Tchèques ». D’où le slogan de Maurras « Ni Hitler, ni les juifs ». La volonté de se garder des Juifs « comme les ennemis du dehors » et « de réduire leur influence » apparaissait clairement à travers certains courants de la vie politique, littéraire, journalistique dans la France des années 30 et chaque crise voyait resurgir avec violence la désignation des juifs comme boucs émissaires. A plusieurs reprises, à l’Assemblée nationale, Xavier Vallat au moment du Front populaire, s’était posé la question de savoir si « le Talmud inspirait désormais le gouvernement français ? ». Lors de la formation du gouvernement de Léon Blum, dans l’Action française du 5 juin 1936, Maurras écrivait « le cabinet juif est fait ». Blum était qualifié de « juif allemand naturalisé, détritus humain à traiter comme tel » et pour Léon Daudet, son nom (Blum) est semblable au « bruit que font douze balles dans la peau d’un traître ». Pour Maurras, le sort de Blum était réglé : « à fusiller dans le dos, à tuer avec un couteau de cuisine ». Darquier de Pellepoix, conseiller municipal de Paris, avait entamé, après la victoire de Front populaire, une campagne antisémite. Avec d’anciens collaborateurs ou amis du journal de Drumont, La Libre Parole, il avait fondé un brûlot antisémite : La France enchaînée dans lequel, on pouvait lire : « les Juifs ont conquis la France, morceau par morceau, lambeau par lambeau ; ils étaient mille, ils sont un million… Ils ont ruiné les habitants, les vrais. Ils ont tout pillé, tout pourri, tout détruit »5. Dans le journal Je suis partout, Robert Brasillach réclamait un statut et une révision des naturalisations des Juifs. Deux numéros spéciaux furent consacrés aux Juifs : « Les Juifs »et « Les Juifs en France », réimprimés en 1938 et 1939 à la suite du succès remporté auprès des lecteurs.

L’entre-deux-Guerres vit fleurir une littérature spécifique où il était courant de dénoncer « l’invasion juive » (Rebatet, Drieu Le Rochelle, Céline). En réalité, dans la France des années 30, l’antisémitisme jouissait d’un statut respectable. Il faisait partie des « passions locales »6. La débâcle de 1940 a entrainé un examen de conscience général et par voie de conséquence, une recherche des responsabilités. Il fallait trouver des coupables pour expliquer la catastrophe. Nombre d’antisémites sont prêts à saisir l’occasion de débarrasser les milieux politiques et économiques français des Juifs en les désignant à la vindicte populaire. La propagande aidant, le bruit se répandit que si le pays avait été battu, c’était parce qu’il n’était plus aux mains des Français mais dans celles des Juifs qui avaient voulu la guerre et qui l’avaient perdue : « une guerre pour la joie des Juifs »7. Un complot juif avait amené la guerre et la défaite.

Charles Maurras se défendait de vouloir « persécuter les Juifs »mais sa problématique était de savoir comment « se garantir contre eux », ce qui l’a amené à expliquer la notion « d’Antisémitisme d’Etat » et, logiquement, à soutenir le Statut des Juifs promulgué par Vichy le 3 octobre 1940, rédigé par Raphaël Alibert (ancien de l’Action française ), qui institutionnalisait cet antisémitisme d’Etat. Maurras considérait que « le statut n’est pas une lésion aux droits sacrés de la personne humaine… Nous avons le droit de faire nos conditions aux nomades que nous recevons sous nos toits ». Ce statut répondait à une vieille revendication qui avait pris naissance pendant l’affaire Dreyfus et qui permettait à Maurras d’opérer une distinction entre « à bas les Juifs » et « mort aux Juifs ». Le premier synthétisait à ses yeux l’expression d’un antisémitisme d’Etat permettant de se garantir contre l’influence « d’une sangsue de la Mer Morte », alors que le second traduisait, selon lui, l’antisémitisme de peau appliqué par les nazis. L’action française salua la nomination de Xavier Vallat au poste de Commissaire aux Questions juives en ces termes « il faut que les Juifs comprennent qu’ils ont fini d’abuser » et considéra la création du Commissariat aux Questions juives comme « unmonument consacré à la défaite de l’ennemi intérieur ». Maurras souhaitait, comme le rappela PierrePujo dans l’hebdomadaire Aspects de la France en juin 1967, « que l’on remit ces Juifs à leur place de minorité étrangère »8 et donc, en leur retirant la nationalité française, de les transformer en étrangers mis à l’écart de la nation française catholique. Cependant, Maurras critiqua rapidement les « limites » du premier statut des Juifs. Dans l’Action française du 19 octobre 1940, il estimait quele texte ne visait pas « les causes, c’est-à-dire « l’Etat juif dans l’Etat français » : écartés des fonctions militaires, administratives, universitaires, les Juifs (risquaient) de tout récupérer par l’argent ». L’Action française réclamait donc un durcissement du statut et, dans les faits, la confiscation des biens appartenant aux Juifs. Cet antisémitisme qui prétendait n’avoir pas pour objectif la « persécution des Juifs » mais la protection des « Français de souche » n’a certes pas empêché l’Action française de désigner certains Juifs à l’attention de la police. Lors de son procès, le 24 janvier 1945, Maurras déclarait au président de la Cour « Quant à dire, comme vous le faites, qu’en février1944 désigner un Juif à l’attention publique c’était le désigner, lui ou sa famille, aux représailles de l’occupant, à la spoliation et aux camps de concentration, peut-être à la torture et à la mort, non seulement j’ignorais ces belles choses, mais je savais le contraire ; qu’il y avait une foule de pays dans lesquels les colonies juives étaient florissantes ». De telles positions ne pouvaient avoircomme conséquence que la persécution et l’élimination des Juifs. Les imprécations de Maurras « avaient conduit beaucoup de Français à rester indifférents au Martyre juif pendant l’Occupation » constate Michel Déon, collaborateur à l’Action française de fin 1942à1944 sous le pseudonyme d’E Michel9. Ces « Français de naissance, antisémites de raison d’Etat » rappelait Pierre Boutang, en fidèle disciple de Maurras, en 1954 dans Aspects de la France. Cet antisémitisme d’Etat appelé de ses vœux par Maurras et institutionnalisé par Vichy, a bel et bien été partie prenante de la « Solution finale ». Pour reprendre l’expression de Denis Peschansky : entre l’Allemagne nazie et Vichy, il y eut « cogestion de la solution finale ». La postérité du maurrassisme reste notable dans certaines fractions du mouvement national-populiste et dans le courant national-catholique : dénonciation du « lobby cosmopolite » et de « l’internationale juive », thèmes récurrents dans les colonnes de l’hebdomadaire Rivarol.

Jean-Paul Gautier, Historien


1 Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre, préface de Charles Maurras, éditions Les quatre fils Aymon, 1957.

2 Victor N’Guyen, Aux origines de l’Action Française,Fayard,1991.

3 Saint Paul, Première Epître aux Thessalonites

4 François Xavier Vallat et la question juive. Mes derniers cahiers, 6è série, 1997.

5 La France Enchaînéen° 28, mai 1939.

6 Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Seuil, 1997.

7 Céline, L’Ecole des cadavres, Denoël, 1938.

8 Jean-Paul Gautier, La Restauration nationale, un mouvement royaliste sous la 5è République, Syllepse, 2002.

9 Michel Déon, Parlons en, Gallimard, 1993


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Messagede bipbip » 18 Aoû 2018, 16:23

L’attentat de Bologne (1980) et le terrorisme noir

L’attentat de Bologne, le 2 août 1980, et une période funeste pour l’Italie : les années de plomb.

En 1968, comme ailleurs, comme en France, une vague de contestations sociales déferle sur la péninsule italienne. Mais bien vite, c’en est fini des manifestations étudiantes et des blocages d’usines. Le pays entre dans une spirale meurtrière, encore traumatique aujourd’hui. Enlèvements, attentats et assassinats : ce sont les terribles années de plomb. En tout, près de 12 000 attentats frappent le pays entre 1969 et 1987, provoquant la mort de 362 personnes et 4 500 blessés. Les responsables, des activistes d’extrême-gauche, mais surtout, et on le sait moins, des militants néofascistes.

Parmi les massacres perpétrés par l’extrême-droite, l’attentat de Bologne du 2 août 1980, le plus violent de tous. Un attentat fasciste, mais aussi, dit-on, « una strage di Stato », un massacre d’Etat. Car une partie du monde politique, mais aussi de l'armée et de la police, est mise en cause dans les attentats commis par l'extrême droite.

Néofascisme et services secrets, attentats terroristes et guerre froide : retour sur l’attentat de Bologne et les connivences clandestines des années de plomb, une période encore brûlante, ambiguë, brumeuse.
Invité Grégoire Le Quang

Grégoire Le Quang est historien spécialiste des années de plomb en Italie, enseignant d'histoire contemporaine à l'Université de Lyon-2.

https://www.franceinter.fr/emissions/af ... -mars-2018
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Re: Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede bipbip » 01 Sep 2018, 19:53

"L'ORCHESTRE NOIR" de Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent, réalisation Jean-Michel Meurice (1997)

Film documentaire de Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent réalisé par Jean-Michel Meurice -- 1997. Le pouvoir d'état n'est-il pas le premier instigateur du terrorisme qu'il est censé combattre ? C'est la question que pose ce classique du cinéma d'investigation. Sans jamais verser dans la théorie du complot, « L'orchestre noir » mène patiemment son enquête sur les attentats qui ont frappé l'Italie à la fin des années 60 et plus particulièrement sur le massacre de Piazza Fontana, provoqué par l'explosion d'une bombe au siège de la banque de l'agriculture à Milan, qui tue 17 personnes et en blesse 88. A cette époque, la contestation sociale est à son apogée et l'attentat de Piazza Fontana marque un tournant : en choquant l'opinion publique, il inaugure les « années de plomb » et substitue à la perspective du changement social, la crainte de la violence politique aveugle. L'enquête de police, manipulée par les services secrets italiens, s'oriente rapidement et à tort sur une piste « anarchiste ». Pourtant, dès le début, les services de renseignements savent que des activistes d'extrême droite sont impliqués dans l'attentat. Et pour cause, depuis plusieurs années déjà, les américains, via la CIA et l'OTAN, s'appuient sur les fascistes italiens pour prévenir la montée du communisme. Ils entretiennent de multiples réseaux occultes, dont le plus célèbre est le réseau paramilitaire « Gladio » qui regroupe des militaires italiens, des politiciens, des membres des services secrets, de la loge P2, de l'OTAN, et du groupe fasciste Ordine Nuovo. Ces réseaux, qui nouent des relations étroites avec les anciens officiers français de l'OAS, infiltrent les groupes gauchistes, mènent des actions violentes et sont tentés par un coup d'état militaire qui porterait à la tête de l'Italie une dictature semblable à celle instaurée avec l'assentiment des Etats-Unis par les colonels grecs en 1967. Cette tentation se révèle notamment en 1970 dans le coup d'état avorté du « prince noir », Valerio Borghèse, fondateur du « Fronte nazionale ». Mais ces manœuvres secrètes sont compliquées par le trouble jeu de la démocratie chrétienne italienne, qui dans le cadre de la « stratégie de la tension », instrumentalise dangereusement les groupes d'extrême droite pour raffermir son pouvoir, discréditer la gauche et apparaître comme la seule force capable de rétablir l'ordre. La partition de cet abominable orchestre n'est pas encore totalement déchiffrée, mais son thème principal est aisé à identifier : tuer des innocents pour distiller la peur et anéantir la lutte contre l'exploitation. http://www.esprit68.org/orchestre.html

Ce film tourné en 1997 représente une somme d'investigations sur vingt ans (entre 1974 et 1977, puis entre 1992 et 1996) sur les attentats qui eurent lieu en Italie à la fin des années 60, et plus particulièrement sur celui du 12 décembre 1969, Piazza Fontana, à Milan. C'est l'époque où, en Italie, un changement social paraît possible. Les manifestations sont quotidiennes, 1968 ne semble pas s'être arrêté. Cet attentat à Milan, qui fait de très nombreuses victimes, choque l'opinion publique. L'enquête de la police s'oriente presque immédiatement vers les anarchistes, selon les directives des services secrets italiens. C'est l'histoire d'une machination incroyable qu'un scénariste de fiction n'aurait jamais pu imaginer, qui a été patiemment et méticuleusement reconstitué. En fait, des agents de la CIA, ceux-là mêmes qui recrutèrent Klaus Barbie en Amérique du Sud, ont créé en Italie un réseau occulte paramilitaire, Gladio, pour prévenir la montée du communisme et assurer la sécurité du monde « libre »... Ce réseau est constitué de hauts gradés militaires italiens formés à l'époque de Mussolini, de politiciens de droite, de membres des services secrets, de la loge P2, de l'OTAN, du groupe fasciste Ordine Nuovo ; ils collaborent avec des anciens officiers français de l'OAS et sont conseillés par les colonels grecs inspirés par le coup d'État de 1967.Un documentaire plus que salutaire qui démontre que ceux-là même qui dénonçaient l'insécurité et étaient chargés de la protection de la population commettaient des attentats et organisaient des massacres...
https://www.youtube.com/redirect?v=c9LF ... 95567.html

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Re: Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede bipbip » 23 Sep 2018, 15:00

L'extrême droite en France (de Boulanger à Le Pen)

Documentaire historique diffusé sur France 5 avec la participation des historiens M. Winoch, JP Azéma, P. Milza, B. Stora et du politologue P. Perrineau

Un documentaire qui raconte l'histoire de l'extrême droite, tout en tentant de remettre en perspective ce mouvement politique dans son époque et ses influences successives (royalistes, anticommunistes, fascistes, contre la décolonisation, anti-immigrés...) et ses figures historiques (Boulanger, Maurras, Pétain, Poujade, Le Pen).

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Re: Divers sphère extrème droite et réaction

Messagede bipbip » 29 Sep 2018, 19:53

L'Orchestre noir

Image

L'Orchestre noir enquête sur les attentats qui frappèrent l’Italie de la fin des années soixante aux années quatre-vingt, plus particulièrement sur celui de Piazza Fontana à Milan en 1969.
La contestation sociale est alors à son apogée. Cet acte terroriste, qui tue 17 personnes et en blesse 88, marque un tournant. Il est un choc pour le pays et inaugure les « années de plomb», substituant à la perspective d’un changement social, la crainte de la violence politique aveugle. Entre 1969 et 1980, la Péninsule connaît plus de 4000 attentats, qui feront 360 morts et 4500 blessés.
Cette violence meurtrière est très majoritairement le fait de l’extrême droite. Mais, manipulées par les services secrets italiens, les premières enquêtes policières s’orientent vers l’extrémisme de gauche et plus particulièrement les anarchistes.
Pourtant des magistrats courageux sauront remonter vers les vrais auteurs : des néo-fascistes italiens d’Ordine Nuovo manœuvrés par la C.I.A. et les organisations clandestines de l’OTAN, obsédées par la montée du communisme. Ces réseaux, où se retrouvaient tout à la fois politiciens et militaires, membres des services secrets et adhérents de la Loge P2, portaient le nom de « Gladio ». Ils projetaient d’abattre la démocratie italienne et d’instaurer un pouvoir fort s’appuyant sur l’armée, à l’instar du coup d’État des colonels grecs en 1967.
Pour plonger leur pays dans le chaos, les putschistes comptaient, en matière de subversion, sur le savoir-faire d’anciens officiers français de l’O.A.S., spécialistes de la « guerre psychologique » et de l’infiltration dans les groupes gauchistes.

Remarquablement précis et documenté, cet ouvrage constitue une véritable anatomie des réseaux néo-fascistes, des lendemains de la Seconde Guerre mondiale à la fin de la guerre froide.
Nouvelle édition augmentée d’une postface de l’auteur.
« Cette enquête est remarquable. Rien n’y manque, du scrupule et de la minutie dans la recherche de l’information au suspense savamment ménagé. » (Libération, à propos du documentaire éponyme de Frédéric Laurent et Fabrizio Calvi)

Éditeur Nouveau Monde éditions
Support Livre broché
Nb de pages CD - p.
ISBN-10 2-36583-849-9
ISBN-13 978-2-36583-849-8
GTIN13 (EAN13) 9782365838498

http://www.nouveau-monde.net/livre/?GCO ... escription
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