hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Pïérô » 20 Nov 2010, 00:22

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Une page d'Histoire rapportée à la lutte d'aujourd'hui.


Une manif et un hommage au syndicaliste Jules Durand au Havre

La semaine prochaine s’annonce encore animée au Havre. Deux jours après la manif du 23 novembre, l’intersyndicale CGT-CFDT-FSU-Solidaires épaulée par le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France rendront hommage à Jules Durand dans le cadre du centenaire du verdict immonde qui avait condamné à mort le syndicaliste révolutionnaire en 1910.

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Le Havre de Grève n°19 daté du jeudi 18 novembre marque une nouvelle fois la différence qui se creuse entre l’intersyndicale de l’agglomération havraise et l’intersyndicale nationale. Manifester ou pas le 23 novembre ? La question peut légitimement être posée. Le risque d’afficher un essoufflement est grand. Mais ne rien faire serait aussi une preuve de faiblesse, pour ne pas dire de capitulation. Après un débat franc, la majorité des membres de l’assemblée générale relève finalement le défi d’une manif avec des appels à la grève. Un passage obligé pour maintenir les liens qui unissent à présent des militant-e-s syndiqué-e-s CGT-CFDT-FSU-Solidaires ou non-syndiqué-e-s.

On l’a compris, cette décision ne s’aligne pas du tout sur le discours totalement inaudible des directions confédérales. Têtu-e-s, après avoir été déclaré-e-s indésirables à la dernière réunion de l’intersyndicale nationale, les Havrais-es lancent une pétition pour préparer une grande manifestation à Paris. Un appel qui devrait être entendu dans toutes les régions où les mots défaite et résignation n’ont pas cours.

En plus de pas mal de manifs et de blocages (entrées du Havre, Auchan, zone industrielle), les Havrais-es ont à leur actif quelques coups originaux comme le murage du MEDEF, comme ce 11 novembre actif (pour ne pas oublier que ce sont toujours les mêmes qui servent de chair à canon et de chair à patrons), comme cette retraite aux flambeaux qui alimentait la flamme de la mobilisation… Et ce n’est pas terminé. Hasard du calendrier, le 25 novembre qui vient correspond au centenaire du verdict ignoble qui condamna Jules Durand (1880-1926), anarchiste et secrétaire du syndicat des charbonniers du Havre, à la peine capitale après un procès truqué.

Autres temps, mêmes combats… En 1910, les ouvriers charbonniers faisaient grève contre des salaires de misère et pour défendre leurs droits. En 2010, nous devons toujours nous battre contre l’injustice sociale et contre la répression qui menace celles et ceux qui refusent d’être enterré-e-s vivant-e-s. « On espère nous baillonner, étouffer nos cris de colère. C’en est assez ! Contre cet odieux régime, qui ne tend rien moins qu’à nous livrer pieds et poings liés à nos exploiteurs, nous devons réagir », écrivait le comité confédéral de la CGT le 14 décembre 1910 pour exiger la révision du procès Durand.

La vie était dure en 1910. Elle ne l’est pas moins en 2010. Les mêmes vampires sont aux commandes. Les mêmes vautours se nourrissent des richesses que nous leur livrons sur un plateau.

Rendez-vous havrais sur l’air de « On ne lâchera rien ! » :
- Mardi 23 novembre, à 10h30, départ d’une manifestation devant Franklin.
- Mardi 23 novembre, à 12h, rassemblement devant la Chambre de commerce et d’industrie (amenez vos rouleaux de PQ).
- Mardi 23 novembre, à 17h, assemblée générale à Franklin.
- Jeudi 25 novembre, à 9h30, cérémonie devant le monument Jules Durand dans le cimetière Sainte-Marie du Havre. En présence de Christiane Delpech, petite fille de Jules Durand, l’Union locale CGT, le Syndicat des avocats de France (SAF) et le Syndicat de la magistrature prendront la parole ainsi que le bâtonnier de l’ordre des avocats du Havre. La Ligue des droits de l’Homme, le collectif Jules-Durand et le Théâtre de l’Ephémère s’associent à l’initiative.

Plus d’infos sur le site du Havre de Grève : http://www.havredegreve.org

Pour écrire à l’assemblée générale du Havre : havredegreve@gmail.com


Le 25 novembre 1910, Jules Durand, un charbonnier militant syndicaliste et anarchiste havrais, était condamné à mort après une machination politique. Pour commémorer le centième anniversaire de ce que l’on nomma « L’affaire Dreyfus des pauvres », les éditions CNT-RP ont publié une brochure et un roman.

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Nous sommes en 1910. Le port du Havre est frappé depuis le 18 août par une grève des charbonniers qui réclament une augmentation de salaire et protestent contre l’arrivée d’un portique électrique capable de faire le travail de 150 ouvriers. Pour casser la grève, la Compagnie générale transatlantique embauche des « renards », des jaunes payés triple.

Dans ce contexte hyper tendu où jours de grève et peines de prison s’accumulent, une dispute d’ivrognes survient sur les quais le 9 septembre. Dongé, un chef d’équipe de la Compagnie générale transatlantique, une brute alcoolique non gréviste, décèdera le lendemain suite aux coups reçus dans la bagarre. Jules Durand, porteur des idées anarchistes de Louise Michel et d’Emile Pouget, responsable syndical, fut accusé d’être à l’origine de la rixe mortelle… On prétendait que le syndicaliste révolutionnaire avait fait voter la mort du jaune lors d’une réunion de grévistes ! La bourgeoisie havraise et la presse réactionnaire montèrent le fait-divers en épingle.

Jules Durand fut transféré à la mal nommée prison Bonne Nouvelle de Rouen le 16 novembre et condamné à la peine de mort par la cour d’assises de la Seine-Inférieure le 25 novembre 1910. Le 28 novembre 1910, les quatre mille travailleurs du port du Havre cessèrent le travail pour une grève générale de 24 heures. Idem chez les ouvriers du bâtiment. Idem dans les tramways, chez les employés, les gaziers, les boulangers… Des milliers de personnes se pressaient aux meetings de solidarité dans la salle Franklin et dans d’autres lieux.

D’innombrables grèves et meetings, en France et à l’étranger (Angleterre, Etats-Unis…), réclamèrent la libération de Durand et la révision de son procès. La Ligue des droits de l’Homme et plusieurs députés firent campagne également pour dénoncer une instruction bâclée et un procès honteux. Le comité confédéral de la CGT n’hésita pas à brandir des menaces non voilées : « En présence du cynique arrêt de la cour de cassation, le prolétariat doit déclarer qu’il est prêt à appliquer aux responsables la peine du talion si le crime gouvernemental était consommé, si Durand était exécuté… Ce qui a été possible pour le capitaine Dreyfus doit l’être pour l’ouvrier Durand. »

Défendu par René Coty, futur président de la République, l’innocent échappa à la peine de mort. La sentence fut commuée en sept années de réclusion. Ce qui restait inacceptable. Hélas, le mal était fait dans l’esprit de Durand. A l’énoncé du verdict, le condamné fit une crise de nerfs. La raison de l’homme intègre, buveur d’eau, s’était brisée devant tant d’injustice. Il décèdera à l’asile d’aliénés de Quatre-Mares, à Rouen, en 1926. Son innocence avait été reconnue le 18 juin 1918…

Dans sa brochure, Patrice Rannou a réuni divers textes historiques (une synthèse du secrétaire de l’Union des syndicats du Havre en 1910, des extraits du Havre Eclair, du Progrès et de La Guerre sociale, des pièces du procès, une lettre de Jules Durand à sa compagne, des poèmes, un extrait de la plaidoirie de René Coty, des informations sur le monument érigé à la mémoire de Durand dans le cimetière Sainte-Marie…).

Les éditions CNT-RP ont aussi publié récemment un roman noir inédit d’Emile Danoën (1920-1999), L’Affaire Quinot, qui retrace les principales étapes de la tragique affaire Durand. Emile Danoën (pseudonyme d’Emile Orvoën) a passé son enfance dans le port du Havre. Son père était gardien pour la Compagnie générale transatlantique. Réfugié à Marseille pendant la seconde guerre mondiale, Danoën fut l’un des collaborateurs des Cahiers du Sud. Il publia plusieurs romans chez Julliard et reçu le Prix Populiste en 1951. Tout comme Armand Salacrou dans son Boulevard Durand paru chez Gallimard en 1960, Danoën n’utilise que des noms d’emprunt. Durant des années, le drame est resté un sujet très sensible au Havre.

Le souvenir de Jules Durand n’est pas effacé au Havre où un grand boulevard porte son nom. En 2006, pour le 80ème anniversaire de la mort de Durant, la CGT et la CNT se sont rendus, séparément, dans le cimetière Sainte-Marie pour rendre hommage au martyr. Bizarrement, sans doute atteint de sarkozite aiguë (délire schizophrène qui avait conduit la droite dure à détrousser les cadavres de ses ennemis : Guy Môquet, Jean Jaurès, Léon Blum…), Antoine Rufenacht, ex-maire UMP du Havre, a cru malin de poser une plaque commémorative sur la maison de Jules Durand, quai de Saône. Sans commentaires…

En 2007, l’Union locale CGT, le collectif Durand et le Théâtre de l’Ephémère ont donné plusieurs représentations de la pièce Boulevard Durand, d’Armand Salacrou, dans des salles combles. Pour 2010, la CNT n’est pas la seule à s’être souvenue du centenaire du procès infâme. C’est dans cet esprit que la CGT et le Syndicat de la Magistrature ont demandé que la salle d’audience du conseil de Prud’hommes du Havre soit baptisée « salle Jules-Durand ». Pour le moment, le Parquet s’y oppose…

Ces jours-ci, pendant les assemblées générales unitaires interprofessionnelles qui se déroulent à Franklin dans le cadre de la lutte contre la réforme des retraites, les travailleurs portuaires ont rappelé ce que Jules Durand représente pour eux. Le portrait du courageux charbonnier orne toujours l’entrée de l’historique Maison des Syndicats. Vivant, nul doute que Jules Durand serait aujourd’hui en grève reconductible contre Sarkozy et présent sur tous les barrages de la zone industrielle et portuaire pour crier la colère ouvrière.


. Patrice Rannou, L’Affaire Durand, 1910-2010 le centenaire de la machination, 74 pages, éditions CNT-RP. 6€.
. Emile Danoën, L’Affaire Quinot - Un forfait judiciaire, 304 pages, éditions CNT-RP. 20€.

Retrouvez le catalogue des éditions CNT-RP sur le site http://www.editions-cnt.org
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Pïérô » 11 Fév 2011, 12:43

l’hommage se poursuit à Rouen le 16 février à l’occasion du centenaire de la libération de Jules Durand :

Sauvée de l’oubli grâce à diverses initiatives, la mémoire de Jules Durand reprend de la force. Les syndicalistes révolutionnaires ne s’en plaindront pas. Après plusieurs temps forts au Havre et à Paris, c’est maintenant à Rouen que l’ex-secrétaire du syndicat des charbonniers du Havre (qui fut condamné en 1910 à avoir la tête tranchée sur une place publique) va être honoré. Rendez-vous le 16 février devant le palais de justice.


En 2010, la terrible affaire Jules Durand, dite « affaire Dreyfus du pauvre » ou « affaire Dreyfus des ouvriers », a rebondit en plusieurs occasions. Les éditions de la CNT-RP ont d’abord publié deux ouvrages, une brochure historique de Patrice Rannou et un roman d’Émile Danoën inspiré du drame, L’Affaire Quinot. Le 25 novembre, jour anniversaire du centenaire de l’infâme verdict qui condamna à mort le syndicaliste révolutionnaire havrais, un hommage était organisé dans le cimetière Sainte-Marie du Havre. Une cérémonie sans précédent réunissait syndicalistes CGT et Solidaires, la Ligue des Droits de l’Homme, le Syndicat de la Magistrature (SM), Amnesty international (photo).

Quelques jours plus tard, le congrès national du Syndicat de la Magistrature adoptait une motion pour dénoncer le « fiasco judiciaire » de 1910. Une machination patronale qui avait pour but de briser un syndicat trop virulent. À l’unanimité, le SM rendit ainsi hommage à Jules Durand « victime d’une justice de classe » et salua « la justesse de son combat pour la dignité humaine, le respect du droit syndical et la défense de la classe ouvrière ». Par ailleurs, le SM et la CGT ont demandé que la salle d’audience du conseil de Prud’hommes du Havre prenne le nom de Jules Durand. Une démarche suivie par la CNT locale qui a édité des cartes postales destinées aux autorités judiciaires.

À présent, c’est à Rouen que l’hommage va se poursuivre à l’occasion du centenaire de la libération de Jules Durand. Rendu à la liberté le 16 février 1911 après une importante campagne de solidarité, le syndicaliste révolutionnaire fidèle aux idées anarchistes avait hélas perdu la raison du fait de l’injustice et des mauvais traitements subis. Interné à l’asile de Quatre-Mares à Sotteville-les-Rouen en avril 1911, il y décèdera le 20 février 1926. Son innocence avait été reconnue le 15 juin 1918 par la cour de cassation…

L’initiative rouennaise revient au Collectif pour la défense des libertés fondamentales (CDLF). Christiane Delpech, petite-fille de Jules Durand déjà présente au Havre et à Paris, accompagnera les rendez-vous prévus le mercredi 16 février. Le premier, à 17 heures, se tiendra sur la place du Palais de Justice de Rouen où une plaque symbolique sera posée. Un cortège se formera ensuite dans les rues piétonnes pour rejoindre la Halle aux Toiles où, à 18 heures, une conférence réunira Christiane Delpech, Yvon Miossec (CDLF), Patrice Rannou (CNT) et un représentant de l’union départementale CGT. Le CDLF interpelle par ailleurs les communes marquées par l’affaire (Rouen, Sotteville-les-Rouen, Saint-Etienne-du-Rouvray) pour qu’elles donnent le nom de Jules Durand à une rue, à une place, à un square, à une station de métro…

Pour joindre le Collectif pour la défense des libertés fondamentales (LDH, ATTAC, MRAP, UL CGT, SGEN-CFDT, FSU, Solidaires, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la Magistrature, PCF, NPA, Gauche unitaire, EE-les Verts, Alternative libertaire, Fédération anarchiste, CNT...), écrivez à la Maison des Associations et de la Solidarité 22, rue Dumont-d’Urville 76000 Rouen.

À lire également :

L’affaire Jules Durand, un forfait judiciaire au Havre : http://www.lepost.fr/article/2010/10/30 ... havre.html

Hommage à Jules Durand au Havre, un Dreyfus ouvrier : http://www.lepost.fr/article/2010/11/25 ... vrier.html

Des juges saluent la mémoire d’un ancien condamné à mort : http://www.lepost.fr/article/2010/11/29 ... -mort.html

PACO sur Le Post

http://www.lepost.fr/article/2011/02/10 ... rouen.html


Pour en savoir plus cet épisode de la guerre de classe, vous pouvez lire : L’Affaire Quinot, un forfait judiciaire d’Émile Danoën, publié aux éditions CNT RP.

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Pour écrire ce grand roman populaire qu’est l’Affaire Quinot, Émile Danoën s’est inspiré de la vie de Jules Durand, anarchiste et secrétaire du syndicat des charbonniers au Havre en juillet 1910. Danoën retrace dans ce roman les principales étapes d’une odieuse machination qui s’inscrit dans le contexte d’une farouche répression du mouvement syndical. Une simple rixe entre ivrognes se soldant par la mort d’un chef de bor- dée « jaune » se transforme en un « crime syndical » avec préméditation... L’auteur nous délivre le meilleur roman historique jamais écrit sur l’affaire Durand. Mais ce qui fait la grandeur de ce livre, outre la véracité des faits relatés, c’est le style de l’écrivain tout empreint de cette sève ouvrière aux accents des travailleurs portuaires. Il y a dans ce récit émouvant et authentique la faconde des dockers, la pugnacité des militants contre l’injustice mais aussi de la désillusion et de la révolte.

Émile Danoën (1920-1999), bien que né en Bretagne, est un enfant du Havre, et plus exactement un enfant du port, un « enfant des bassins » comme il intitulera l’un de ses derniers romans, encore inédit. Il a joué avec ses copains aux alentours des ateliers de la Compagnie générale transatlantique où son père – après un grave accident de bateau qui le rendit infirme durant la guerre de 14-18 – avait trouvé un emploi de gardien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugia à Marseille et devint l’un des collaborateurs des Cahiers du Sud. L’éditeur Jean Vignaud publia ses premiers récits (Cerfs-volants en 1942, Rue des enfants abandonnés en 1945 puis L’Aventure de Noël en 1946). Après l’Occupation, il s’installa à Paris où il devint critique littéraire à Ce soir tout en continuant à écrire et à publier chez Julliard, Flammarion puis Gallimard. Loin de sa ville (presque) natale, il ne l’oubliait pas. Il obtint en 1951 le Prix du roman populiste pour Une maison soufflée aux vents qu’il fit suivre en 1952 de Idylle dans un quartier muré, deux ouvrages qui mettent en scène le quartier Saint-François de sa jeunesse, à l’heure des bombes. Avec L’Affaire Quinot, il a remonté le temps au-delà de ses souvenirs, pour raconter l’histoire d’un autre enfant du peuple havrais.

Nombre de pages : 304 Format : 16 x 24 Prix : 20 euros Frais de port : 4,05 euros Genre : roman historique populaire ISBN 978-2-915731-25-X Parution : septembre 2010

Éditions CNT, 33, rue des Vignoles, 75020 Paris Courriel : edcnt@no-log.org http://www.editions-cnt.org
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede barcelone 36 » 14 Fév 2011, 19:54

http://www.cnt-f.org/cnt76/spip.php?article462
Oukaze de la CGT contre un militant libertaire
Dimanche 13 février 2011, par // Actualités

Interdit de parole par un oukaze de la CGT

Le Comité pour la Défense des Libertés Fondamentales (CDLF) de Rouen a eu l’excellente idée de prévoir un hommage à Jules Durand (1880-1926), le mercredi 16 février 2011, en organisant un rassemblement au Palais de Justice de Rouen et une conférence à la Halle aux Toiles.

Le 31 janvier, un camarade du CDLF avait sollicité un syndicaliste libertaire du Havre pour intervenir lors de l’initiative précitée. Le camarade en question a écrit une brochure aux Editions CNT-RP sur la machination dont a été victime Jules Durand et il a déjà effectué plusieurs interventions sur « L’Affaire Durand ». Ce militant est Président du Groupe d’Etudes Sociales au Havre et est syndiqué à la CNT.

Puis à Rouen, s’est tenue une réunion du CDLF, le 8 février 2011. Etaient présents à cette réunion : Alternative Libertaire, CGT-UD, CGT Précaires et privés d’emploi, CNT, Collectif des sans papiers (2), Emancipation, Europe Ecologie/les Verts, FASE, FSU, Gauche Unitaire, MJCF, NPA, Solidaires, Syndicat de la Justice Administrative, Syndicat de la Magistrature. Invités : RESF et un membre du Secours Catholique qui accompagne les sans papiers Excusés : CFDT-SGEN, CREAL, SUD-Education

Pour cette initiative du 16 février, le déroulement initialement prévu était le suivant : 17H : Rassemblement devant le Palais de Justice. Trois prises de parole Courtes voire quatre :
Pourquoi le CDLF a appelé à une initiative à Rouen, après celle du Havre.
Intervention d’un représentant de l’UD-CGT
Intervention d’un représentant de la CNT.
Une quatrième, si présence d’un descendant de Jules Durand.

Projets et initiatives :
Collages et accrochages d’affichettes (imitation plaque de rue, sur fond bleu) rebaptisant la place « Place Jules Durand ».
Cortège par les voies piétonnes pour se rendre à la salle de la Halle aux toiles.
18H-20H : conférence avec des intervenants syndicaux de Rouen et du Havre dont le camarade du Groupe d’Etudes Sociales du Havre.

A cette réunion, personne n’a soulevé la moindre objection pour la participation de qui que ce soit. Voilà pour planter le décor.

Jeudi 10 février, coup de théâtre, un article paru sur « Le Post » met le feu aux poudres. Ce journal (considéré comme libertaire par la CGT) retrace les diverses manifestations qui se sont déroulées notamment au Havre à propos de « L’Affaire Durand » et indique qu’il y aura une prise de parole d’un syndicaliste de la CNT du Havre. Aussitôt, la CGT intervient auprès du CDLF lui intimant l’ordre de ne pas donner la parole au camarade de la CNT du Havre sous couvert de fallacieux arguments.

Le responsable du CDLF, n’assumant pas le conflit avec la CGT, s’exécute et demande au camarade de la CNT du Havre de ne plus participer à l’hommage à Jules Durand. Il est vrai que la CGT a proposé de se retirer de l’initiative si le CDLF maintenait la sollicitation première du camarade anarcho-syndicaliste havrais ! Cela pourrait être risible s’il ne s’agissait d’un Comité de Défense des Libertés Fondamentales ! La liberté d’expression a ses limites… ! Nous n’entrerons pas dans le fonctionnement du CDLF mais il apparaît plus que curieux qu’une seule organisation puisse imposer son diktat aux autres qui se coucheraient sans rien dire au moindre grognement de chiens de garde du stalinisme.

Alors que les travailleurs subissent de plein fouet la crise économique et les régressions sociales, alors que les salariés plébiscitent l’unité la plus large possible des organisations syndicales, il apparaît que face aux attaques que subit le mouvement ouvrier, quelques sectaires sèment la désunion.

La CNT du Havre entend donc dénoncer les oukazes de la CGT étant entendu que nous faisons bien la part des choses entre les militants de base et la plupart des délégués syndicaux de cette organisation avec lesquels nous entretenons de bons rapports et le quarteron de néostaliniens qui prend des décisions qui ne lui font pas honneur mais qui engagent la réputation de toute l’organisation. Nous en profitons pour remercier l’UL CGT d’Harfleur qui avait signalé la parution de la brochure sur Durand aux Editions de la CNT dans son bulletin. Nous rappelons par ailleurs que Jules Durand était anarchiste dans une CGT qui était à l’époque syndicaliste révolutionnaire et où la plupart des dirigeants syndicaux au Havre étaient aussi des libertaires. Nous aurions pu comprendre que la CGT refuse une intervention d’un militant anarcho-syndicaliste sur un problème d’actualité comme les retraites, où Bernard Thibault, le secrétaire confédéral de la CGT, n’a jamais appelé au retrait du projet de loi sur les retraites…, ce qui aurait occasionné une polémique mais le centenaire de « L’Affaire Durand » !

Nous prenons acte de la force de la CGT qui impose sa volonté aux autres et sa censure mais aussi de sa faiblesse, car finalement, les dirigeants de cette organisation ont toujours peur du formidable vecteur d’émancipation que représente l’anarcho-syndicalisme dans le monde du travail et cela redonne du baume au coeur à tous ceux qui militent et croient à un autre futur !
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Nico37 » 05 Mar 2011, 23:04

Les stals ont la vie dure : à propos de la manif pour Jules Durand n°1625 (3-9 mars 2011) | Actualités anarchistes

C’est entendu, les syndicalistes de la CNT et les anarchistes ont été exclus de la manifestation du 16 février 2011 à Rouen pour l’initiative « Jules Durand ». L’ami Patrice n’a pas voulu engager la polémique et je le comprends.
À moi de démontrer la manœuvre qui a permis ces exclusions. Tout commence lorsque le Comité de défense des libertés fondamentales (CDLF) demande à la CNT, en tant que syndicat, et à Patrice, au nom du Groupe d’études sociales (GES) du Havre, de participer, à Rouen, à une manifestation et à une conférence sur l’affaire Durand 1. Là-dessus un journaliste faisant son travail d’information commet une bévue : il squeeze le GES et présente comme seul intervenant, côté libertaire, la CNT. À ce stade, le problème pouvait être réglé en quelques coups de téléphone. Mais… il y a un mais : un militant du NPA, inconscience ou calcul, déclare qu’il y a des tensions entre l’UL CGT et la CNT locale. Ni l’une ni l’autre n’ont jamais mis sur la place publique leurs divergences, estimant, du moins côté CNT, qu’il y a mieux à faire dans l’état actuel du mouvement ouvrier et de son émiettement que d’entretenir la polémique. Qu’une tierce partie se permette aujourd’hui de s’immiscer dans un débat qui n’existe pas pose en effet la question : inconscience ou calcul ? Nous ne pouvons pas exclure la deuxième hypothèse car assez curieusement, si la presse du NPA informe sur l’affaire Jules Durand et les diverses commémorations, elle oublie les interventions du GES et de rappeler l’appartenance de Jules Durand au mouvement libertaire. Nous connaissons la prétention de cette organisation politicienne à se présenter comme « libertaire », qualification que, bien sûr, nous lui dénions.
Toujours est-il qu’à partir de là, l’UD76, où règne un anarchophobe bien connu, décrète qu’il est hors de question que Patrice Rannou parle au nom de la CNT le 16 février. Position relayée illico par le secrétaire du CDLF. Là se pose une nouvelle question. Le CDLF est une structure fédérant diverses associations, plutôt qu’un oukase péremptoire, c’est une information qui aurait dû circuler pour que les divers participants prennent une décision. Je suis d’autant plus étonné de ce comportement qu’il est membre d’Alternative libertaire, structure dont les membres doivent pratiquer le fédéralisme en son sein.
À ce point, on pouvait encore espérer une réaction saine des composants du CDLF. C’est alors qu’un nouveau personnage entre en scène. Là, j’ai irrésistiblement pensé au Don Bazile du Barbier de Séville. En trois phrases, il nous montre le coupable par qui le scandale est arrivé : le militant syndicaliste de la CNT. Inutile de répondre à ce genre d’attaque, c’est s’empêtrer dans les rets du manipulateur.
À partir de là, la proposition faite à la CNT de fournir un autre intervenant ne pouvait que se heurter à une fin de non-recevoir de la part de cette dernière entendant rester maîtresse de sa représentation. Ce qui avec l’éviction du GES, donc du mouvement spécifiquement anarchiste, assurait les résidus du stalinisme de la totale mainmise sur la manifestation. Devant les manœuvres de gens qui semblent ne pas être au courant que cela fait plus de vingt ans que le mur de Berlin est tombé, je pense aussi irrésistiblement à un texte de Drumont (je sais, il sent le soufre !) : « Le cadavre social est naturellement plus récalcitrant et moins aisé à enterrer que le cadavre humain. Le cadavre humain va pourrir seul au ventre du cercueil, image régressive de la gestation ; le cadavre social continue de marcher sans qu’on s’aperçoive qu’il est cadavre, jusqu’au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du sang. L’union des hommes crée le mensonge et l’entretient : une société peut cacher longtemps ses lésions mortelles, masquer son agonie, faire croire qu’elle est vivante encore alors qu’elle est morte déjà et qu’il ne reste plus qu’à l’inhumer » (La Fin d’un monde, 1889).
Mais, pour moi, ce qui m’intéresse, ce sont les paragraphes suivants où j’ai souligné quelques phrases d’un adhérent du CDLF sur lesquelles je vais non pas répondre mais amener quelques précisions.
« Car sur le fond, Jules Durand était militant de la CGT. Dans la CGT en 1910, il y avait des anarchistes oui, mais aussi des socialistes réformistes, des socialistes révolutionnaires (ceux qui vont devenir les communistes ensuite), et des militants syndicalistes révolutionnaires. Ce sont ces derniers qui étaient majoritaires au plan national à ce moment. Durand était militant de la Ligue des droits de l’homme et militant d’une ligue anti-alcoolique, mais à ma connaissance pas formellement militant d’une organisation politique anarchiste. Vouloir régler les débats entre organisations syndicales actuelles, débats tout à fait légitimes et normaux, en “s’appropriant” Durand au nom du CDLF, sans nous en prévenir, ne me semble pas correct, et justifie de modifier l’organisation décidée en fonction d’informations incomplètes.
La question pour nous tous, membres du CDLF, n’est pas de défendre telle ou telle option politique vraie ou supposée de Durand, mais de défendre un militant syndical injustement et scandaleusement condamné à la suite d’une machination patronale parce qu’il était militant syndical en grève, et nous pensons que plus cet hommage est large et unitaire sur ce thème des libertés syndicales, mieux c’est ! »
Tout d’abord, s’il s’était un peu informé, il aurait évité un pléonasme : à l’époque, anarchistes et syndicalistes révolutionnaires étaient des synonymes. Des socialistes réformistes, au Havre, il y en eut très peu avant la Première Guerre mondiale. En revanche, il oublie les radicaux influents chez les inscrits maritimes par exemple. Quant à l’affirmation sur les socialistes révolutionnaires « qui vont devenir les communistes ensuite », cette affirmation me chatouille les zygomatiques ! Le POSR (Parti ouvrier socialiste révolutionnaire) fondé par Jean Allemane et qui participa à la fondation de la SFIO en tant que tendance, ancêtre des marxistes-léninistes ? J’en doute fort si l’on regarde le parcours de ses militants après sa dissolution. Au plan havrais, les socialistes les plus connus, Descheerder et François Louis, seront le premier étiqueté socialiste indépendant et l’autre fera corps avec l’USH autonome dans l’entre-deux-guerres. Un des plus imminents militants du POSR, le jeune Léon Blum, sera à Tours en 1920 l’opposant principal à l’adhésion à la 3e Internationale. Les allemanistes étaient par ailleurs antiguesdistes !
Mais où le sinueux et insinuant personnage fait vraiment fort, c’est quand il déclare « qu’il n’était pas formellement militant d’une organisation politique anarchiste ». C’est réduire le militantisme anarchiste au schéma étroit de sa propre vision des choses. De 1900 à 1910, il n’y a au Havre aucun groupe anarchiste structuré, sauf en 1908 où le groupe libertaire se confond avec les dirigeants des principales organisations syndicales ouvrières. Ce qui n’empêche pas la propagande spécifique anarchiste ; en 1905, il y a un débat, rue des Chantiers, animé par Geeroms et Fauny et qui réunit plus de 400 personnes. Dès les premiers numéros de Vérités, qui deviendra l’organe de la Bourse du travail, la présence anarchiste est visible.
Jules Durand n’était pas « carté » dans un « parti anarchiste », la belle affaire ! Pas plus que Fauny, Briollet et Geeroms qui tour à tour assumèrent des responsabilités à la Bourse du travail. Alors lorsqu’un douceâtre personnage nous susurre que « la question n’est pas de telle ou telle option politique vraie ou supposée » et qu’il proclame que « plus cet hommage est large et unitaire sur ce thème des libertés syndicales, mieux c’est », nous constatons que son comportement sectaire va au rebours de ses déclarations.

Jean-Pierre Jacquinot Docker retraité

1. Sur cette affaire, voir Le Monde libertaire, n°1615. (Ndlr.)

P.-S. Le signataire de ces lignes vient de se rappeler qu’il n’est pas « carté » dans un parti. Il ose espérer que personne ne remettra pas en doute sa qualité d’anarchiste.
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede bipbip » 14 Nov 2013, 00:24

Retour sur l’Affaire Durand : entretien avec Patrice Rannou
Patrice Rannou vient de publier L’affaire Durand aux éditions Noir et Rouge. Il nous présente en quelques mots son travail, lié à l’histoire militante de sa ville, Le Havre.

Autre Futur : Peux-tu nous dire ce qu’est "l’Affaire Durand", pour le lecteur qui ne la connaîtrait pas ?

Patrice Rannou : Jules Durand, secrétaire du syndicat des charbonniers au Havre, a été accusé en 1910 d’être le « responsable moral » de l’assassinat d’un chef d’équipe, décédé au cours d’une bagarre d’ivrognes. Quelques semaines plus tôt, une grève des charbonniers avait éclaté. Ils revendiquaient une augmentation de salaire et s’insurgeaient contre l’utilisation de la machine Clarke, un engin moderne qui supprimait de nombreux emplois. Le chef d’équipe , Dongé, était non gréviste. Durand, libertaire connu pour son abstinence dans son milieu où l’intempérance est presque un mode de vie, a été alors accusé d’avoir fomenté cette rixe mortelle, en tant que responsable syndical. Une véritable machination s’est mise en place : campagne de presse, faux témoignages...

Le 25 novembre 1910, Durand est condamné par la cour d’Assises de Rouen à la décapitation. C’est le début de « l’Affaire Durand ». Suite à une importante mobilisation, sa peine est commuée en 7 années de réclusion, mais il finira sa vie dans un asile psychiatrique à Rouen car ces événements l’avaient détruit.

AF : Comment as-tu découvert cette histoire et depuis quand travailles-tu vraiment sur ce sujet ? Je me souviens que tu avais déjà publié une brochure en 2010 (L’affaire Durand, éditions CNT-RP). Qu’apporte de plus ce nouveau livre aux éditions Noir et Rouge ? As-tu l’impression que ce travail de mémoire auquel tu contribues porte ses fruits, dans la région du Havre mais aussi au-delà ?

PR : Je travaille sur le sujet depuis 1993, soit une vingtaine d’années. L’Affaire Durand s’inscrit dans l’histoire du syndicalisme révolutionnaire au Havre et aussi de l’anarchisme.

Ce qui est nouveau dans le livre par rapport à la brochure que tu mentionnes, c’est la moisson de renseignements sur la presse réactionnaire (locale et nationale) que j’ai récoltée, les articles de l’Humanité et ce qui est souvent occulté : la presse syndicale havraise, notamment Vérités et les journaux anarchistes : le Libertaire, Les Temps Nouveaux... On y trouve aussi une iconographie originale et des informations sur les procédés de l’État et du patronat pour freiner la propagation des idées libertaires... J’y expose également les points de vue de Jaurès et d’Yvetot (syndicaliste révolutionnaire et libertaire), en particulier sur leur vision de la démocratie.

Le travail porte ses fruits : création d’une association des Amis de Jules Durand bien que je n’y sois pas adhérent, colloque au Havre les 13 et 14 novembre. Les plaidoiries des avocats sortiront bientôt grâce au Groupe d’Études Sociales du Havre....D’autres initiatives seront prises...surprises.

Propos recueillis par Fabien Delmotte

L’affaire Durand, éditions Noir et rouge, 2013.

Prix : 11 euros 50. Commandes possibles en écrivant à : julesdurand.lehavre@gmail.com, auprès des Éditions Noir et Rouge à Paris ou dans les librairies du Havre.


http://www.autrefutur.net/Retour-sur-l-Affaire-Durand
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Jules Durand syndicaliste révolutionnaire, Dreyfus ouvrier

Messagede berneri » 11 Mar 2014, 19:47

voir ici l'article et le lien vers l'émission de france culture.

http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1257
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede bipbip » 23 Mar 2014, 14:18



Sur Article XI
1910 : Jules Durand, charbonnier et martyr
http://www.article11.info/?1910-Jules-D ... bonnier-et

Blog Les Amis de Jules Durand : http://www.julesdurand.fr/
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede bipbip » 02 Jan 2016, 02:24

L’Affaire Durand : un forfait judiciaire.

Le libertaire Hors série sur l’Affaire Durand
. Lib HS Novembre 2015 : http://le-libertaire.net/wp-content/upl ... e-2015.pdf
. Lib HS Décembre 2015 : http://le-libertaire.net/jules-durand-t ... ire-serie/
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Pïérô » 27 Mar 2016, 12:12

Limay (78), mercredi 30 mars 2016

Jules Durand:
une affaire Dreyfus au Havre (1910-1918)


Éditions Syllepse

Rencontre avec l'auteur, Roger Colombier

à 20h, Librairie « La Nouvelle Réserve », 5 rue du Maréchal Foch, Limay (78)

L'affaire Jules Durand est largement ignorée aujourd'hui. Elle a pourtant grandement secoué la France ouvrière à l'orée du 20e siècle. Charbonnier sur le port du Havre de son état, Jules Durand était un homme intègre et dévoué à sa famille. Il aurait pu vivre tranquillement, s'il n'avait pas été un militant syndicaliste convaincu et passionnément épris de justice sociale. Injustement accusé d'un meurtre survenu au cours d'une grève, au mépris de témoignages et de preuves qui l'innocentent, il fait l'objet d'un procès inique. Juges, notables et patronat se déchaînent pour faire de lui l'incarnation du syndicaliste criminel. Quand il est condamné à mort, le 25 novembre 1910, l'indignation est à son comble dans la classe ouvrière havraise. La CGT, ainsi que la Ligue des droits de l'homme - qui vient d'être fondée à l'occasion de l'affaire Dreyfus - mènent alors une campagne acharnée pour la révision de son procès et sa libération. Jaurès et L'Humanité embrassent sa cause.

Le cas Jules Durand devient une affaire politique : l'affaire Jules Durand ! Il est reconnu innocent en 1918 par la Cour de Cassation - c'est le seul cas pour un condamné à mort au cours du 20e siècle -, mais il est trop tard : Jules Durand, rendu fou par l'injustice et les mauvais traitements, n'est sorti de prison que pour entrer à l'asile d'aliénés et y mourir quelques années plus tard. C'est cette affaire que retrace le livre. Il nous raconte le calvaire de cet homme et nous fait découvrir en même temps la condition ouvrière au Havre, la vie difficile, l'injustice sociale, les luttes syndicales, et enfin, l'immense solidarité qui s'est nouée autour de Jules Durand pour que justice soit faite.

http://paris.demosphere.eu/rv/45240
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Pïérô » 29 Juil 2016, 01:53

Les défenseurs de Jules Durand (1910-1911)

C’est en 1906, 12 ans après sa condamnation, qu’Alfred Dreyfus est officiellement réhabilité. Ce que beaucoup ignorent, c’est que quelques années plus tard, en 1910, un nouveau scandale judiciaire éclatait en France. Un ouvrier havrais, Jules Durand, était en effet condamné à mort sur de fausses preuves, en raison de son engagement syndical. Parfois nommée l’Affaire Dreyfus du monde ouvrier, l’Affaire Durand est aujourd’hui absente de notre mémoire collective. Il s’agit pourtant de l’une des plus grandes erreurs judiciaires du XXe siècle. A l’époque, elle fit la une de l’actualité pendant plusieurs mois et provoqua une importante campagne de protestation et de solidarité, dans laquelle des personnes comme Jean Jaurès s’engagèrent pleinement. Ce mouvement permettra notamment la grâce puis la remise en liberté de Durand. Cependant, l’ouvrier charbonnier ressortira de cette affaire brisé à jamais.

... https://matthieulepine.wordpress.com/20 ... 1910-1911/
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Pïérô » 17 Sep 2016, 16:57

Dimanche 18 septembre 2016

de 14h à 17h, une visite en bus sur les traces de Jules Durand est organisée par l’association des Amis de Jules Durand.

Réservation obligatoire à la Maison du patrimoine au 02 35 22 31 22. RV devant l’entrée du cimetière Sainte-Marie, rue du 329e RI, en face du n° 144, au Havre

http://www.normandie-actu.fr/journees-d ... ie_230214/
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede bipbip » 13 Oct 2016, 17:07

Paris jeudi 13 octobre 2016

Le Havre, novembre 1910, Jules Durand de la CGT condamné à mort

à 18h30, Le Maltais Rouge, 40 rue de Malte, Paris 11e

Le Havre 1910 : Jules Durand : un syndicaliste poursuivi, condamné pour son activité en faveur de la classe ouvrière et la dignité humaine.

Défendu par la CGT et la Ligue des droits de l'Homme. Cela se passait à l'orée du 20e siècle, et cent ans après toujours la même histoire.

Rendez-vous pour en débattre avec:
• l'auteur, Roger Colombier, un des animateurs de l'Institut CGT d'histoire sociale
• et l'historien Gilles Manceron, responsable de la commission « Mémoire » de la Ligue des droits de l'Homme

http://www.le-blog-de-roger-colombier.c ... n=politics

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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede bipbip » 22 Oct 2016, 16:30

"Les docks assassinés, l'affaire Jules Durand",
de Roger Martin, illustré par Mako.

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« Un polar illustré qui revient sur l’affaire Jules Durand, l’une des plus grandes erreurs judiciaires françaises du xxe siècle. Cette affaire retentissante qui plongea Jules Durand, leader du syndicat des charbonniers, dans la folie et le conduisit jusqu’à la mort, reste méconnue.

En cette fin d’été 1910, les docks du Havre sont bloqués par un conflit social qui oppose les ouvriers charbonniers à la toute-puissante Compagnie générale transatlantique. À distance ou infiltrés, le commissaire Albert-Eugène Henry et ses hommes collectent les informations, à l’affût de l’étincelle qui pourrait entraîner une flambée de violence. Jules Durand, fraîchement porté à la tête du syndicat des charbonniers, conduit la lutte.

Le 9 septembre, dans une rixe entre grévistes et non-grévistes, le "renard" (briseur de grève) Louis Dongé perd la vie. Le 11, Jules Durand est arrêté. Le conflit s’emballe, les événements s’enchaînent. Le commissaire Albert-Eugène Henry aura beau affirmer sa conviction de l’innocence de Durand, ce dernier sera inculpé pour complicité d’assassinat, guet-apens et crime avec préméditation. Petit à petit, il comprend qu’il n’est pas en charge d’une enquête de justice, mais bel et bien d’une enquête à charge conduite en sous-main par les tenants du pouvoir. La défense de René Coty, alors tout jeune avocat de 28 ans, n’y fera rien.

En nous immergeant dans l’ambiance des quais du port du Havre et en nous plaçant au cœur de l’enquête, Roger Martin et Mako nous font ressentir avec force la lutte vibrante de Jules Durand pour des conditions de travail dignes et contre un système de rémunération qui poussait les ouvriers dans les bars pour échanger au comptoir des jetons contre leur salaire… Grâce à la littérature, on prend toute la mesure de cette injustice d’hier, et l’on comprend la nécessité de l’engagement aujourd’hui. »

Editions de l'Atelier, 176 pages, 16 euros.

http://utoplib.blogspot.fr/2016/10/vien ... re_17.html
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede Pïérô » 16 Nov 2016, 00:15

Assez de révisions de l’Affaire Durand

L’Affaire Durand : quelques explications concernant le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme.

Depuis quelque temps, nous assistons au Havre, à une campagne de révision de l’Affaire Durand, certaines personnes remettant en doute l’anarcho-syndicalisme de l’Union des Syndicats du Havre (U.S.H.) en 1909, 1910 et 1911. Nous mettrons donc en PJ, les dossiers d’Adrien Briollet et Cornille Gééroms, tous deux secrétaires généraux de l’U.S.H. pour les périodes mentionnées dont celle durant laquelle se déroule la machination contre Jules Durand. Briollet et Géeroms sont de même, militants anarchistes. Dès novembre 1909, les rapports de police indiquent que les libertaires sont à la tête de l’USH.

Pour plus de précisions aussi, au plan national, il nous paraît utile de dire que Fernand Pelloutier, anarchiste notoire, fut secrétaire de la Fédération des Bourses du Travail de 1895 à 1901, 1901 étant la date du décès de ce dernier. Et que trois des quatre militants confédéraux dirigeant la CGT jusqu’en 1909 sont anarchistes : Pouget, Delesalle et Yvetot. Les anarchistes sont donc bien implantés à la C.G.T., tant au niveau confédéral que local, au Havre.

La police informe même que Cornille Gééroms possède de nombreux amis au sein de l’appareil confédéral, donc au moment où Jouhaux, de formation libertaire, est secrétaire confédéral en lieu et place de Griffuelhes.

Certains militants socialistes et trotskystes essaient, politique politicienne oblige, de valoriser le rôle de Jaurès pendant l’Affaire Durand. Si l’on peut reconnaître l’appui incontestable de Jaurès par l’intermédiaire de son journal L’Humanité, il ne faudrait pas sous-estimer l’engagement de Paul Meunier, radical socialiste et surtout la mobilisation des syndicalistes libertaires au Havre. D’ailleurs, il est intéressant de noter ce que disait Madeleine Rébérioux en octobre 1961, à propos de Jaurès et l’affaire Durand : « Mais, de même qu’en 1898 Jaurès avait vu dans l’affaire Dreyfus la possibilité de regrouper tous les adversaires du nationalisme pour faire faire un pas en avant à la démocratie politique, de même en 1910 l’affaire Durand lui est l’occasion, sans rien abjurer de ses critiques envers tel ou tel mode d’action de l’anarcho-syndicalisme, de consolider l’entente toujours fragile, sans cesse remise en question, du Parti socialiste et de la C.G.T. Le rôle qu’il vient de jouer dans la grève des cheminots, l’action de longue haleine qu’il entreprend pour la réintégration de ceux que Briand a révoqués, l’appel passionné « pour la justice» en faveur de Durand, autant d’épisodes à travers lesquels on aperçoit que l’unité de combat de la classe ouvrière est désormais, dans la vie politique française, une des préoccupations essentielles de Jean Jaurès. »

D’une part, nous constatons que Jaurès a bien une arrière-pensée sur le plan stratégique et Madeleine Rébérioux nous parle bien de tel ou tel mode d’action de l’anarcho-syndicalisme de l’époque. Si l’historienne ne les cite pas, nous pouvons éclairer le lecteur, il s’agit du sabotage dont la grève perlée n’est qu’une facette, la chasse aux renards, l’action directe, le boycottage…Cornille Gééroms écrit d’ailleurs un texte dans Vérités, le journal de l’USH, sur sa conception de la grève perlée, une « grève intelligente ». L’anarcho-syndicalisme est bien présent à l’esprit de cette historienne…même si nous devrions préciser que les syndicalistes libertaires de l’époque se qualifient de syndicalistes révolutionnaires et non d’anarcho-syndicalistes, terme péjoratif employé par les communistes contre les syndicalistes libertaires après la Première guerre mondiale.

Cornille Gééroms arrive au Havre avec ses trois enfants en 1905. Il vient de Lille où il a été exclu du syndicat de la métallurgie car il faisait l’apologie du syndicalisme révolutionnaire. Tant qu’à Briollet, il arrive au Havre avec sa compagne et un enfant dans le courant de l’année 1906. C’est un partisan des causeries populaires et a organisé une réunion de concert avec Reinert Charles et l’anarchiste Libertad lors d’une réunion en Mai 1906 à Vitry-le-François dans la Marne où il résidait antérieurement.

Le groupe libertaire, au moment de l’Affaire Durand, n’a plus d’activités en tant que tel car ses militants sont absorbés par les tâches syndicales.

(à suivre dans le libertaire de novembre 2016)


http://le-libertaire.net/assez-revision ... ire-durand
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Re: hommage au syndicaliste révolutionnaire Jules Durand

Messagede bipbip » 23 Nov 2016, 08:55

Rouen vendredi 25 novembre 2016

L'affaire du syndicaliste Jules Durand, docker-charbonnier havrais, condamné à mort

Mémoire d'un condamné - un film de Sylvestre Meinzer

à 21h, Cinéma Omnia, 28 Rue de la Republique, Rouen

https://rouen.demosphere.eu/rv/2446

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