Origines du drapeau rouge et noir & L'histoire du A cerclé

Origines du drapeau rouge et noir & L'histoire du A cerclé

Messagede Pïérô » 08 Déc 2009, 00:18

un article paru dans le mensuel Alternative Libertaire de février 2007, intéressant, et livré brut et non "Quoté" pour une meilleure lisibilité à mon gout (j'ai juste rajouté les images) :


. Image . . Histoire : sur les origines du drapeau rouge et noir


D’où vient le drapeau rouge et noir, emblème du communisme libertaire et de l’anarcho-syndicalisme ? Il semble que les sources soient multiples puisqu’on en relève les premières utilisations, à des époques différentes, en Italie, en France et en Espagne, sans qu’un lien puisse être établi entre ces différentes apparitions. Comme si, en plusieurs occasions, une association instinctive avait été réalisée entre le rouge du mouvement ouvrier, et le noir de l’anarchisme.

Depuis la publication de l’Histoire du drapeau rouge de Maurice Dommanget [1], on n’ignore à peu près rien de l’histoire d’un emblème qui, apparu longtemps avant la naissance du mouvement ouvrier, en devint le signe de ralliement par excellence, y compris au sein des groupes issus du courant anti-autoritaire de la Première Internationale, qui l’arborent même bien après l’apparition du drapeau noir [2], au début des années 1880. Pour ce dernier, on sait qu’il doit sa popularisation comme emblème du mouvement anarchiste à Louise Michel – la même, pourtant, qui “avait combattu si vaillamment sous les plis de l’étendard communaliste” [3] –, bien que le mérite de son introduction en revienne aux libertaires de Lyon qui, avant la “bonne Louise”, revendiquèrent le drapeau des canuts de 1831.

Quant au drapeau rouge et noir, il paraît lié à tel point à l’histoire de la CNT qu’on croit tout naturellement que c’est elle qui, la première, eut l’idée de joindre les deux couleurs sur le même étendard et qu’elle le fit, de surcroît, dès le premier jour de son existence. Cette seconde croyance, fort répandue, est tout à fait fausse. La première est loin d’être vraie.

Première apparition du drapeau rouge et noir

En vérité, la première apparition du drapeau rouge et noir eut lieu en Italie où, dès avant 1880, les membres – bakouninistes – de la section italienne de l’Internationale adjoignirent du noir au rouge adopté en mémoire de la Commune de Paris. Au cours d’une tentative insurrectionnelle menée en avril 1877, les internationalistes italiens [4] déployèrent un grand drapeau rosso e nero sur la place principale de la ville de Letino. Après leur arrestation, on trouva parmi leur matériel des drapeaux et des cocardes à ces deux couleurs. Un peu plus tard, en mars 1880, les libertaires de Rimini célèbrent l’anniversaire de la Commune de Paris en hissant sur l’Arc de triomphe de la ville ce que Andrea Costa appellera, dans une lettre datée de la même année, “le drapeau rouge et noir de l’Internationale”.

Il ne reste plus trace, semble-t-il, de ces premiers drapeaux mais une indication tirée d’un poème de Pietro Gori laisse entendre qu’il devait s’agir, en réalité, d’un drapeau rouge bordé de noir [5]. Quant au sens donné à cette dernière couleur, la date très précoce de son introduction montre qu’elle n’a pas été choisie comme signe d’identité anarchiste mais pour la connotation qui s’y attache habituellement dans les civilisations européennes [6]. Une constatation qui oblige à nuancer les affirmations des historiens italiens quant à la naissance du drapeau rouge et noir : bien qu’identiques, les couleurs du drapeau des internationalistes italiens n’ont pas le même sens que celles du drapeau adopté bien plus tard par la CNT. Du reste, une fois constitué le mouvement anarchiste proprement dit, le rosso e nero cède la place au noir, bien que celui-ci apparaisse souvent, en Italie, frangé de rouge et orné d’inscriptions imprimées dans cette même couleur.

Le 1er mai 1931 à Barcelone

En ce qui concerne l’adoption du drapeau rojinegro par la CNT, le témoignage de Juan García Oliver [7] la situe non pas à la naissance, en 1910, du syndicat révolutionnaire espagnol ni même au moment de sa “mutation” anarcho-syndicaliste – que García Oliver date du début de 1923, avec la fusion des deux fédérations révolutionnaires de Barcelone, Bandera Roja et Bandera Negra [8] – mais à la date du 1er mai 1931, soit plus de 20 ans après la fondation de la CNT.

Ce jour-là, pour célébrer la fête du travail et l’avènement du régime républicain, les syndicalistes de la CNT de Barcelone ont prévu de tenir un meeting au Palacio de Bellas Artes, là où eut lieu le congrès constitutif de la CNT. D’autres militants, groupés autour de García Oliver, décident d’organiser leur propre meeting, le même jour et à la même heure, à 200 mètres du premier, afin de réaffirmer la vocation révolutionnaire du syndicalisme contre les “compromissions” des “vieux” dirigeants cénétistes, Ángel Pestaña ou Joan Peiró, avec les chefs républicains. Pour ce faire, ces jeunes militants catalans peuvent compter sur l’appui de quelques “organes d’agitation” – commission des locataires ou des femmes du service domestique – et du syndicat du Bâtiment de Barcelone, animé par des groupes d’affinité adhérents à la FAI.

Afin de marquer les esprits, García Oliver fait confectionner, à l’aide de trente mètres de toile rouge et trente de toile noire, cinq énormes drapeaux rouge et noir dont les hampes ont été commandées à un atelier de charpenterie. Le jour dit, les cinq drapeaux rojinegros – flanqués d’un drapeau totalement noir – sont montés sur un camion garé sur le Paseo del Arco del Triunfo. Les sigles de la CNT et de la FAI y figurent côte à côte, avec les mots suivants : “Premier Mai. Fête internationale de gymnastique révolutionnaire”. Attirée par l’apparition du nouvel emblème, qui symbolise la renaissance foudroyante de la CNT après les années de dictature de Primo de Rivera, la foule qui avaient répondu à l’appel de la CNT “officielle” va assurer le succès de l’autre meeting, au cours duquel García Oliver “glose la signification du concept de gymnastique révolutionnaire” et explique “le sens symbolique du rouge et noir du drapeau qui, écrit-il, apparaissait pour la première fois en public” [9].

Une fois les discours terminés, la foule, précédée des drapeaux rojinegros, se dirige vers le siège de la Generalitat afin de porter les “conclusions du meeting” à son président, le séparatiste catalan Francesc Macià. Arrivés là, les manifestants se heurtent aux forces de sécurité. S’ensuit un échange de coups de feu entre celles-ci et une centaine de compañeros qui, “à tout hasard”, sont venus au meeting le pistolet passé sous la ceinture. Malgré l’opposition de la police, la commission du meeting parvient à entrer de force dans le bâtiment. Depuis le balcon, García Oliver constate que les compañeritos se sont rendus maîtres de tous les coins de rue qui donnent sur la place. Il leur fait comprendre cependant que, le document ayant été remis à un représentant des autorités, il faut cesser les hostilités. “La commotion fut énorme. […] Les commentaires des journaux et des revues de Barcelone, d’Espagne et du monde entier rendirent compte de l’impression produite par l’apparition de cette nouvelle force appelée “la FAI” par les uns et par d’autres “les anarcho-syndicalistes des drapeaux rouge et noir” ” [10]

Succès incontestable, s’il en fut, cette journée du 1er mai 1931 à Barcelone mérite d’être regardée comme un événement historique [11]. Et elle le mérite non seulement parce qu’elle marque la première apparition publique de ce qui deviendra la bannière inséparable de l’anarcho-syndicalisme espagnol mais, plus profondément, à cause de tout ce que suppose l’adoption de cet emblème : l’irruption dans l’arène sociale d’une nouvelle génération qui, sous le sigle de la CNT-FAI [12], va marquer de son empreinte non seulement le mouvement ouvrier espagnol mais, bien au-delà, l’histoire même de la Seconde République.

Miguel Chueca



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En France, l’hypothèse narbonnaise

Après l’épisode italien de 1877, avant l’épisode barcelonais de 1931, et sans lien apparent avec eux, il y eut une apparition parisienne du drapeau rouge et noir, en 1919. Le “premier Parti communiste”, fondé par le cégétiste libertaire Raymond Péricat en mai 1919, a arboré cet emblème alors inédit en France, si l’on en croit un article de son périodique Le Communiste, daté du 8 août 1920. Dans son ouvrage A History of French Anarchist Movement, l’historien David Berry explique cette innovation par la volonté, qui animait cet éphémère “PC”, d’une synthèse du marxisme et de l’anarchisme dans une nouvelle doctrine, le “soviétisme”, inspirée par la Révolution russe. L’usage du drapeau rouge et noir disparaîtra dans un premier temps avec ce “PC” qui s’éteint dès mars 1921.

D’après Georges Fontenis, rapportant un témoignage de Louis Estève – ayant lui-même appartenu, adolescent, au PC de Péricat –, le drapeau rouge et noir serait réapparu en France dès les années 1930, par le biais de la fédération du Languedoc de l’Union anarchiste.

L’UA arborait le classique drapeau noir, mais comptait en son sein une remuante tendance “plate-formiste” qui, inspirée par la Révolution russe, souhaitait rompre avec l’anarchisme traditionnel et certains de ses symboles. Or un des bastions du plate-formisme au sein de l’UA était cette fédération du Languedoc, animée principalement depuis la région de Narbonne – depuis la petite ville de Coursan, dans l’Aude, pour être exact – par des gens comme André Daunis et Louis Estève. D’octobre 1931 à juillet 1933, la fédération du Languedoc fut même exclue de l’UA pour son positionnement “déviant”. L’important groupe anarchiste de Coursan était composé en majeure partie d’ouvriers agricoles, dont un certain nombre d’Espagnols. L’hypothèse la plus plausible est que c’est sous leur influence, et durant la période où elle a été autonome, que la fédération du Languedoc a commencé à arborer le drapeau rouge et noir.

Après 1945, la Fédération anarchiste utilisait indifféremment le drapeau noir et le drapeau rouge et noir lors de ses apparitions publiques. Mais il est évident que l’adoption de ce dernier a été facilitée par le prestige de la Révolution espagnole et de la CNT en exil. Ainsi dans Le Libertaire du 20 novembre 1947, qui rend compte de son congrès d’Angers, on peut lire : “Une grande banderole rouge et noir : “IIIe congrès de la Fédération anarchiste” barre l’imposant édifice du Grand Cercle” où se tiennent les séances. Quant à la CNT française, constituée en décembre 1946 sur le modèle ibérique, elle en prend également l’emblème.

Lors du congrès de mai 1953, où elle fit siennes les thèses plate-formistes, la FA adoptera pour unique emblème le drapeau rouge et noir (titre 5 de sa déclaration de principes). Elle le conservera lorsqu’elle se rebaptisera Fédération communiste libertaire quelques mois plus tard. La FA reconstituée la même année sur des bases synthésistes réaffirmera, en toute logique, le drapeau noir.

Guillaume Davranche

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[1] M. Dommanget, Histoire du drapeau rouge, Le Mot et le Reste, Marseille, 2006 (réédition)

[2] Un exemple, parmi d’autres : dans son extraordinaire étude consacrée à La Patagonia rebelde, Osvaldo Bayer note à plusieurs reprises que les ouvriers qui, sous la conduite de militants anarchistes, mènent les grandes grèves de 1921 – qui conduiront au massacre de quelque 1 500 travailleurs – portent à la fois le drapeau rouge et le drapeau noir au cours de leurs manifestations. Un an avant et en un autre lieu, le gouverneur du Chaco avait dénoncé dans un rapport adressé au ministère de l’Intérieur “la lâche attaque menée par des anarchistes contre la procession civique du 25 mai”. D’après lui, “au passage des dames”, les anarchistes avaient crié “Vive le drapeau rouge ! À bas le drapeau argentin !”. Cité in La Patagonia rebelde, vol. I., Los bandoleros, Booket, Buenos Aires, 2004 (réédition), p. 267.

[3] Histoire du drapeau rouge, op. cit., p. 206.

[4] La section italienne de l’Internationale – à laquelle appartenaient Errico Malatesta et Carlo Cafiero – est connue sous le nom de “banda del Matese” (le Matese est une région de la province de Caserte).

[5] Dans le poème “Sogno”, rédigé en prison l’année 1890, P. Gori évoque le vieil étendard des internationalistes italiens en parlant de la “bandiera – rossa tra lembi neri [drapeau – rouge entre des bords noirs]”. Toutes les indications concernant l’histoire du drapeau rouge et noir en Italie sont tirées du livre Un’altra Italia nelle bandiere dei lavoratori [Une autre Italie dans les drapeaux des travailleurs], publié par le Centro Studi Piero Gobetti en 1980, un ouvrage qui m’a été signalé par Gianni Carrozza, de la BDIC, que je remercie ici.

[6] Pour les internationalistes italiens, le rouge et noir signifie : “Mort aux tyrans et paix aux oppresseurs !” C’est encore ce sens que Louise Michel a en vue quand, à l’occasion d’un banquet tenu le 18 mars 1882 pour fêter anniversaire de la Commune, elle dit ceci : “Plus de drapeau rouge mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir portant le deuil de nos morts et de nos illusions.” (Cité in M. Dommanget, Histoire du drapeau rouge, op. cit., p. 207.)

[7] El eco de los pasos, Ruedo ibérico, Paris, 1978. Ce témoignage, qui est le seul dont on dispose sur le sujet, ne fut démenti ni au moment de sa parution ni après. Sur cette grande figure de l’anarcho-syndicalisme espagnol, on lira le n° 17 du bulletin de critique bibliographique A Contretemps (http://acontretemps.org).

[8] La première était d’inspiration syndicaliste révolutionnaire, la seconde rassemblait les groupes anarchistes de Barcelone. Ces deux fédérations décident de faire taire leurs désaccords devant la répression qui s’abat sur les militants de la CNT, y compris les plus prestigieux comme Salvador Seguí, assassiné en mars 1923. “Nous ne sommes plus des anarchistes et des syndicalistes qui empruntent des voies opposées, écrit García Oliver. De ahora en adelante, anarcosindicalismo [littéralement : “Désormais, anarcho-syndicalisme”].” (El eco de los pasos, p. 75) Il est probable que, sans l’instauration, en septembre 1923, de la dictature de Primo de Rivera, la fusion des deux fédérations rivales “Drapeau rouge” et “Drapeau noir” aurait abouti à l’apparition rapide du drapeau rojinegro comme emblème commun aux militants révolutionnaires de Barcelone, syndicalistes et anarchistes.

[9] El eco de los pasos, op. cit., p. 116. On notera que García Oliver se réfère à la première apparition publique de l’emblème rojinegro, ce qui sous-entend qu’il pourrait avoir eu une histoire souterraine avant mai 1931.

[10] El eco de los pasos, op. cit., p. 117.

[11] Elle est cependant oubliée dans l’Histoire du Premier Mai de M. Dommanget, également rééditée en 2006 par Le Mot et le Reste, avec une introduction de Charles Jacquier.

[12] Sur la FAI, on lira le texte de Felipe Orero paru dans le n° 25 de A Contretemps sous le titre “Mythe et réalités de la FAI”.



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L'histoire véridique d'un symbole anarchiste, le A cerclé

Messagede Nico37 » 28 Jan 2010, 22:43

L'histoire véridique d'un symbole anarchiste, le A cerclé
Par Louis Mesplé | Rue89 | 08/01/2010 | 12H58

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Grâce à un petit livre très illustré paru il y a quelques semaines, on connaît enfin l'origine de ce symbole, sceau de l'insoumission, de la rébellion, de l'anarchisme : le A cerclé, ou A dans l'O.
A force de le voir graffité sur des murs à la craie, à la bombe (de peinture), sur des T-shirts et des drapeaux, on pensait qu'il était là depuis toujours.

Certains pensaient que ce A dans l'O était des lettres d'évangile ou encore le A et l'O extraits du nom de Ravachol, le militant anarchiste. D'autres ont cru qu'il synthétisait, au XIXe siècle, l'idée de l'anarchie dans l'ordre prônée par Pierre-Joseph Proudhon. La plupart (espagnols…) ont semblé le voir, pendant la guerre d'Espagne, arboré quelque part dans la colonne Durruti.

Mais selon les auteurs de l'ouvrage « A cerclé, histoire véridique d'un symbole », tout cela n'est que légendes colportées par Wikipédia.

En fait, ce signe est une création iconographique plus récente. Etudes et preuves à l'appui -certifiées par le Centre d'études libertaires Pinelli de Milan et le Centre international de recherches sur l'anarchisme de Lausanne-, on sait désormais que le premier A cerclé remonterait à 1964.

En avril précisément, il apparaît dans le Bulletin des Jeunes Libertaires comme projet de signe de ralliement proposé « à l'ensemble du mouvement anarchiste ». D'après le texte accompagnant cette idée, il s'agissait :

« De trouver un moyen plus pratique et rapide de réduire au minimum le temps et la longueur de signature sous les textes et slogans. »

Un symbole manipulable
On se perd en conjectures sur les sources d'inspirations (le symbole antinucléaire déjà connu ? ) mais on connaît les noms des concepteurs : Tomas Ibanez et René Darras. On ne peut pas dire que ce premier A dans l'O soit porté par les foules. Assez confidentiel par son annonce, on imagine sans peine qu'il est aussi plombé par les débats à pas d'heure des groupes anars sur son fond et sa forme.

Mais voilà qu'en 1966, en Italie, un économiste de formation, spécialiste des questions agricoles, Amedeo Bertolo, reprend ce sigle pour la signalétique de la Gioventù libertaria de Milan, proche des libertaires parisiens. Et ce même si des esprits contrariants (mais néanmoins lucides) sont contre ce dessin trop simple, falsifiable, au service de n'importe qui pour n'importe quoi. Pourtant -et peut-être même pour toutes ces raisons-, le A dans l'O commence à fleurir un peu partout.

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En 1968, il reste encore discret. En 1969, il est manipulé par l'extrême droite italienne qui signe ses attentats meurtriers du A dans l'O. Redessiné élégamment (A avec empattement, en négatif sur fond circulaire noir) en 1971 par le frère d'Amedeo Bertolo, Gianni, pour être le titre d'un officiel mensuel anarchiste, il retrouve sa place dans son camp.

Il est repris par les Autonomes allemands, les Provos hollandais, les pacifistes, tous les insoumis, la « punkitude »… et par la mode.

Pour Amedeo Bertolo, le « père adoptif » du A cerclé, à qui on demande si après 40 ans, le A dans l'O a bien vieilli, sa réponse est claire :

« Il me semble encore très efficace, tant comme symbole de révolte anti-autoritaire que comme “ signature ” des multiples anarchismes contemporains. »

Ni Dieu ! Ni Maître ! Mais pas no logo.

Photos : pages du livre (DR)

► « A cerclé, histoire véridique d'un symbole » - Editions alternatives, 128 pages en quadri 19x19 cm, 22 euros - Textes d'écrivains, musiciens, sémiologues, historiens, plus une recette de pâtisserie…
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Re: Origines du drapeau rouge et noir & L'histoire du A cerc

Messagede bipbip » 19 Aoû 2017, 20:03

12 août 1883 : sortie du "Drapeau noir" à Lyon

« C’est sur les hauteurs de la ville de la Croix-Rousse et à Vaise que les travailleurs, poussés par la faim, arborèrent, pour la première fois ce signe de deuil et de vengeance, et en firent ainsi l’emblème des revendications sociales. »

« Les événements, les faits de tous les jours, nous ont montré clairement que le drapeau rouge, si glorieux vaincu, pourrait bien, vainqueur, couvrir de ses plis flamboyants, les rêves ambitieux de quelques intrigants de bas étages. Puisqu’il a déjà abrité un gouvernement et servi d’étendard à une autorité constituée. C’est alors que nous avons compris qu’il ne pouvait plus être pour nous, les indisciplinés de tous les jours et les révoltés de toutes les heures, qu’un embarras ou qu’un leurre. »

Extraits du n°1 du journal “Le Drapeau noir” paru à Lyon le 12 août 1883

À Lyon, ville qui avait vu les Canuts brandir cet emblème lors de leurs révoltes de 1831 et de 1834, le premier numéro d’un journal portant le titre "Le Drapeau noir" sort dans cette ville le 12 août 1883. Cette même année, le 9 mars 1883, lors d’une manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, un drapeau noir fait une apparition très remarquée : il s’agit d’un vieux jupon noir que Louise Michel a fixé sur un manche à balai. Le journal "Le Drapeau noir" écrit que, pour la fête du 14 Juillet 1883, les anarchistes ont bien fait d’inviter la population à manifester "un drapeau noir à la main", car « seul celui-ci peut convenir pour représenter le combat anarchiste, la guerre de partisans et le combat des tirailleurs dispersés ».

- Louise Michel a tenu à inscrire le symbole du drapeau noir dans une continuité historique : celle de la Révolte des Canuts, mouvement révolutionnaire "autonome", "spontané" au sens où il n’a pas été conduit par un chef, un parti, une organisation…

- Louise Michel a combattu avec la drapeau rouge de la Commune aux côtés des socialistes, des socialistes révolutionnaires, des communistes autoritaires… parce qu’elle était aux côtés des ouvrier(e)s, des prolétaires. Au lendemain de l’échec de la Commune (autoritaire), échec terrible pour les communard(e)s au prix du sang, des larmes, des souffrances, des morts, pour elle il était important de marquer la "différence" de l’anarchisme, par rapport aux différents courants socialistes, réformistes, blanquistes, marxistes, guesdistes…

- Le noir est un signe manifeste de deuil par ici et Louise Michel tenait bien à arborer le deuil des communard(e)s massacré(e)s par les Versaillais.

- Le terme de "drapeau" n’est-il abusif ? Ne doit-on pas plutôt parler d’un… chiffon noir, ou d’une patte noire, comme on dit à Lyon, et non d’un "drapeau" à proprement parler puisque, en fait, le "drapeau" noir est un "anti-drapeau" qui annonce la disparition de TOUS les drapeaux. En effet dans la mesure où l’anarchiste est pour l’abolition des États, des frontières, des nationalités, il s’oppose au nationalisme, à l’internationalisme et à leurs symboles : les drapeaux.

Mais c’est vrai que le drapeau ce n’est pas qu’une bannière représentant une nation, c’est aussi le carré de tissu de coton qu’on utilise pour emmailloter les fesses des bébés (si leurs parents refusent les couches cellulosiques ou synthétiques). Du coup ce drapeau (teint en noir), brandi par les hommes aussi bien que les femmes, clame en plus qu’il n’y a pas de tâches réservées aux femmes et inversement.

Le journal anarchiste LE DRAPEAU NOIR paraît le dimanche à partir du 12 Août 1883. Il sera très vite victime de la répression et cessera sa parution à son dix-septième numéro, le 2 Décembre 1883. Le local de rédaction est situé à Lyon au 26 rue Vauban. Il est tiré par l’Imprimerie Nouvelle située au 52 rue Ferrandière. Le co-gérant est J L Pagent.

Un des rédacteurs du "Drapeau noir" fut Léon Domergue, qui, venant de Montpellier, s’installa à Lyon en janvier 1883. Dès son arrivée il participa aux activités du groupe anarchiste “La Lutte” et était l’un des rédacteurs du journal du même nom, qui avait fait suite au “Droit Social” et à “L’Etendard Révolutionnaire” (51 rue Molière à Lyon, gérant : Crestin, puis Cyvoct). Il y eu 19 numéros de “La Lutte”, dont les gérants furent tour à tour Lemoine, Morel et Louis Chautant. Après la participation à la rédaction du "Drapeau noir", qui avait pris la suite de “La Lutte” étant donné les poursuites contre ses gérants, Léon Domergue assuma les fonctions de secrétaire de rédaction du journal “l’Émeute” (jusqu’à 9000 exemplaires, 7 numéros du 9 décembre 1883 au 20 janvier 1884, rédigé par des groupes anarchistes de Lyon, Roanne, Saint Etienne, Dijon, Amiens, La Voulte - qui toujours pour les mêmes raisons avait pris la suite du "Drapeau noir"). P. Labille, gérant de “l’Émeute” fut arrêté et remplacé par P. Parich qui fut condamné à deux ans de prison. Ce journal connaitra le même sort et sera remplacé par un nouveau titre “Le Défi” (3 numéros en février 1884, gérant : Frenéa, puis C. Robert).

Léon Domergue était un grafre, un péju qui dut déménager à maintes reprises dans la région lyonnaise, selon comment les affaires fonctionnaient dans la cordonnerie, mais probablement aussi pour sa protection : ce regrolleur a habité au 50 grand’rue de la Guillotière, puis Chaponost, ensuite Villeurbanne, il est allé à Montluel, pour de nouveau revenir à Lyon. Le 7 septembre 1896, il reçut à son domicile l’anarchiste parisien Émile Pouget et fut de ce fait pendant des années étroitement surveillé par la police.


P.-S.
Louise Michel et le drapeau noir
Source : Encyclopédie marxiste CDRM
135, Avenue Lacassagne 69003 LYON


https://rebellyon.info/12-aout-1883-sortie-du-Drapeau
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Re: Origines du drapeau rouge et noir & L'histoire du A cerc

Messagede bipbip » 10 Mar 2018, 17:22

Louise Michel et le drapeau noir

Le drapeau noir des canuts révoltés fait une apparition « remarquée » dans la manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, le 9 mars 1883, lors d’un meeting organisé par le syndicat des menuisiers. Louise Michel y arbore, pour la première fois, un drapeau improvisé, à partir d’un vieux jupon noir fixé sur un manche à balai.

Voici la défense du drapeau noir qu’elle fit lors de son procès le 22 juin 1883 :

« Il y a quelque chose de plus important, dans ce procès, que l’enlèvement de quelques morceaux de pain. II s’agit d’une idée qu’on poursuit, il s’agit des théories anarchistes qu’on veut à tout prix condamner.

On insiste sur la fameuse brochure : « A l’armée ! » à laquelle le ministère public semble s’être appliqué à faire une publicité à laquelle on ne s’attendait guère.
On a agi autrement durement envers nous en 1871.
J’ai vu les généraux fusilleurs ; j’ai vu M. de Gallifet faire tuer, sans jugement, deux négociants de Montmartre qui n’avaient jamais été partisans de la Commune ; j’ai vu massacrer des prisonniers, parce qu’ils osaient se
plaindre. On a tué les femmes et les enfants ; on a traqué les fédérés comme des bêtes fauves ; j’ai vu des coins de rue remplis de cadavres. Ne vous étonnez pas si vos poursuites nous émeuvent peu.

Ah, certes, monsieur l’avocat général, vous trouvez étrange qu’une femme ose prendre la défense du drapeau noir. Pourquoi avons-nous abrité la manifestation sous le drapeau noir ? Parce que ce drapeau est le drapeau des grèves et qu’il indique que l’ouvrier n’a pas de pain.

Si notre manifestation n’avait pas dû être pacifique, nous aurions pris le drapeau rouge ; il est maintenant cloué au Père-Lachaise, au-dessus de la tombe de nos morts. Quand nous l’arborerons nous saurons nous défendre.
Nous n’avons pas fait appel à l’Internationale morte parce qu’on n’a pu en réunir les tronçons et parce que l’Internationale est un pouvoir occulte et qu’il est temps que le peuple se montre au grand jour.

On parlait tout à l’heure de soldats tirant sur les chefs : Eh bien ! à Sedan, si les soldats avaient tiré sur les chefs, pensez-vous que c’eût été un crime ? L’honneur au moins eût été sauf. Tandis qu’on a observé cette
vieille discipline militaire, et on a laissé passer M. Bonaparte, qui allait livrer la France à l’étranger.
Mais je ne poursuis pas Bonaparte ou les Orléans ; je ne poursuis que l’idée.
J’aime mieux voir Gautier, Kropotkine et Bernard dans les prisons qu’au ministère. Là ils servent l’idée socialiste, tandis que dans les grandeurs on est pris par le vertige et on oublie tout.

Quant à moi, ce qui me console, c’est que je vois au-dessus de vous, au-dessus des tribunaux se lever l’aurore de la liberté et de l’égalité humaine.

Nous sommes aujourd’hui en pleine misère et nous sommes en République. Mais ce n’est pas là la République. La République que nous voulons, c’est celle où tout le monde travaille, mais aussi où tout le monde peut consommer ce
qui est nécessaire à ses besoins...

On nous parle de liberté : il y a la liberté de la tribune avec cinq ans de bagne au bout. Pour la liberté de réunion c’est la même chose En Angleterre le meeting aurait eu lieu ; en France, on n’a même pas fait les sommations de la loi pour faire retirer la foule qui serait partie sans résistance Le peuple meurt de faim, et il n’a pas même le droit de dire qu’il meurt de faim. Eh bien, moi, j’ai pris le drapeau noir et j’ai été dire que le peuple était sans travail et sans pain. Voilà mon crime ; vous le jugerez comme vous voudrez.

Vous dites que nous voulons faire une révolution. Mais ce sont les choses qui font les révolutions : c’est le désastre de Sedan qui a fait tomber l’empire, et quelque crime de notre gouvernement amènera aussi une révolution.
Cela est certain. Et peut-être vous-mêmes, à votre tour, vous serez du côté des indignés si votre intérêt est d’y être. Songez-y bien.

S’il y a tant d’anarchistes c’est qu’il y a beaucoup de gens dégoûtés de la triste comédie que depuis tant d’années nous donnent les gouvernements. Je suis ambitieuse pour l’humanité moi je voudrais que tout le monde fût assez
artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût. Pour moi, je n’ai plus d’illusion. Et tenez, quand M. l’avocat général parle de ma vanité. Et bien ! j’ai trop d’orgueil même pour être un chef : il faut qu’un chef à des
moments donnés, s’abaisse devant ses soldats, et puis, tout chef devient un despote.

Je ne veux pas discuter l’accusation de pillage que l’on me reproche, cela est trop ridicule. Mais, si vous voulez me punir, je commets tous les jours des délits de presse, de parole, etc. Eh bien ! Poursuivez-moi pour ces délits.

En somme, le peuple n’a ni pain ni travail, et nous n’aurons en perspective que la guerre. Et nous, nous voulons Ia vie en paix de l’humanité par l’union des peuples.
Voilà les crimes que nous avons commis.
Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux ».

Texte de la Défense de Louise Michel, prononcée le 22 juin 1883, devant la Cour d’Assise de la Seine ; in Ecrits sur l’Anarchisme - Ed Seghers, 1964.


C’est dès fin 1882 que les anarchistes se prononcent pour l’abandon du drapeau rouge au profit du noir, celui de la révolte.

Le 18 mars 1883, Louise Michel s’exclame salle Favié à Paris : « Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions » [1].
Louise Michel reprend le même discours à Lyon, devant une foule qui, lors de la révolte des Canuts, avait vu, pour la première fois l’apparition du drapeau noir. Elle était encore dans les mémoires.

Le numéro 1 du journal « Le drapeau noir » http://rebellyon.info/article4083.html paru à Lyon le 12 août 1883 s’exprime, en effet, sur ce choix : « Les événements, les faits de tous les jours, nous ont montré clairement que le
drapeau rouge, si glorieux vaincu, pourrait bien, vainqueur, couvrir de ses plis flamboyants, les rêves ambitieux de quelques intrigants de bas étages. Puisqu’il a déjà abrité un gouvernement et servi d’étendard à une autorité constituée. C’est alors que nous avons compris qu’il ne pouvait plus être pour nous, les indisciplinés de tous les jours et les révoltés de toutes les heures, qu’un embarras ou qu’un leurre. »


Notes

[1] Cité par Maurice Dommanget dans L’Histoire du drapeau rouge, des origines à la guerre de
1939


https://rebellyon.info/Louise-Michel-et-le-drapeau-noir
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