Mouvement ouvrier

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Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 16:19

50 ans de CFDT : de l’autogestion à la collaboration de classes

« C’est par la lutte de classes et de masse que se réalisera
la transformation démocratique et socialiste de la société. »
37e congrès de la CFDT à Annecy (1976)...

2014 : certains vont commémorer le centenaire du début du premier conflit mondial, d’autres le bicentenaire de la naissance de Bakounine ; la Confédération française démocratique du travail (CFDT) s’apprête, elle, à fêter ses cinquante ans d’existence. Le raout aura lieu lors de son prochain congrès, en juin, à Marseille. On sait déjà que le poste de secrétaire général restera aux mains de Laurent Berger (élu en 2012), par contre la commission exécutive sera, elle, remaniée. Sans doute aussi l’occasion pour la CFDT de retoucher sa déclaration de principes. Rappelons que le texte fondateur entérinait la « déconfessionnalisation » de cette organisation issue de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). La rupture fut donc consommée en novembre 1964, une partie des minoritaires choisissant de rester à la CFTC, les majoritaires abandonnant la référence chrétienne et la remplaçant par la « démocratique » (mais conservant toutefois des références à « l’humanisme chrétien »), et fondant, donc, la CFDT.

L’euphorie post-soixante-huitarde

Quatre ans plus tard, dans la foulée de mai 1968, la donne syndicaliste allait changer : la CGT, principale organisation syndicale – et de loin – à l’époque, se montrait très claire et ferme, par le truchement de sa direction confédérale avec à sa tête l’ineffable Georges Séguy : pas d’union avec les étudiants en grève (surtout avec le rouquin à moitié allemand et complètement juif…), et pas de casse dans les entreprises occupées (on occupe, on entretient le matériel, on tape le carton, mais surtout on n’exproprie pas les patrons et on ne produit pas pour la classe ouvrière : « Pas de provocations camarades… »). Cette attitude réactionnaire, contre-révolutionnaire de la CGT lui vaudra une véritable hémorragie dans ses effectifs.

Force ouvrière (FO), dirigée par André Bergeron, continuait de ronronner et de développer sa « stratégie de concertation » avec le patronat, méritant haut la main le « stylo d’or » de la signature d’accords qu’ils étaient les seuls à accepter.

Ces deux centrales – surtout la CGT – étaient de plus en plus critiquées pour leur comportement pendant le mouvement des occupations. Une opportunité s’offrait donc à la toute jeune CFDT de gonfler ses effectifs aux dépens, notamment, de la CGT, en ratissant très large parmi la jeunesse révoltée. Pour cela, elle basa sa stratégie sur un concept « nouveau », qui était la tarte à la crème de toute la gauche (excepté le PCF) et de l’extrême-gauche : l’autogestion. Évidemment, des sociaux-démocrates, des léninistes ou des marxistes-léninistes autogestionnaires, ça relevait du plus haut comique pour nous libertaires qui avions à l’esprit l’exemple des collectivisations pendant la révolution espagnole. Quant à une CFDT autogestionnaire, on ne se faisait aucune illusion là-dessus, mais nous avons été un grand nombre à y adhérer pour la simple raison qu’il nous était facile de tenir un discours vantant l’autogestion dans nos entreprises, et d’expliquer ce que nous entendions, nous, par socialisme autogestionnaire. Edmond Maire, alors secrétaire de la CFDT, dans un grand numéro de démagogie, allait même jusqu’à affirmer dans Le Monde du 19 octobre 1972 : « Il y a eu deux grands courants socialistes, celui qui est jacobin, centralisateur, autoritaire comme dans les pays de l’Est. L’autre, le socialisme libertaire, anarcho-syndicaliste, autogestionnaire, c’est celui que nous représentons. »

Évidemment, rien de sincère dans cette affirmation, mais bien une manœuvre pour se développer aux dépens de la CGT autoritaire et inféodée au PCF (c’est le moins qu’on puisse dire). L’année suivante, la grève de LIP cristallisera tout ce que le pays comptait de partisans de l’autogestion : « C’est possible, on fabrique, on vend, on se paie. »

Le soufflé retombe

Mais la reprise en mains à la CFDT n’allait pas tarder ; après le ratissage, vint l’écrémage. La direction cédédiste commençait à trouver tous ces « gauchistes » un peu trop remuants, à commencer par les libertaires qui étaient alors assez nombreux – toutes organisations confondues – dans les structures confédérales de base. Tout en continuant d’affirmer son indépendance par rapport à tous les partis, les instances dirigeantes de la CFDT laissaient deviner leur préférence pour le Parti socialiste, lui donnaient son soutien, sans le donner, tout en le donnant ; ça s’appelait « l’autonomie engagée » et malheur à ceux qui étaient contre, à commencer par les libertaires. Tout commença, en 1976-1977, par la dissolution de l’union locale des VIIIe-IXe arrondissements parisiens, alors animée principalement par de (très) nombreux camarades de l’Alliance syndicaliste révolutionnaire anarcho-syndicaliste (1) et un de la Fédération anarchiste (ma pomme), regroupant des salariés des assurances, des banques et des grands magasins…

Motif de la dissolution de notre union local : les affrontements idéologiques dans les réunions avec l’union départementale. Prétexte trouvé : notre collage, dans tout le IXe arrondissement, d’une affiche qui nous avait été inspirée par le comportement de la direction confédérale. Affiche tirée en sérigraphie avec un dessin (2) représentant un travailleur (salopette et casquette) portant sur son dos un capitaliste (cigare et chapeau haut de forme) et avec comme slogan : « Travailleur, comme ton patron, adhère au PS. » Le tout signé CFDT. Ça n’a évidemment pas fait rire les instances dirigeantes, qui se sont empressées de dissoudre l’UL et de récupérer notre local. Puis la chasse aux sorcières a continué : l’UD 33 dissoute en 1977, la section syndicale d’Usinor-Dunkerque (à l’époque la plus importante de la CFDT) dissoute en 1979, etc. En même temps se profilait la « modernisation » de la sidérurgie, qui allait supprimer 120 000 emplois de 1981 à 1984 (merci la gauche) et qui succédait aux fermetures d’usines à Longwy et dans tout le bassin lorrain en 1979 (merci la droite). Fermetures qui avaient provoqué grèves et manifestations extrêmement violentes, notamment à Paris où une dizaine de militants de la Fédération anarchiste furent interpellés, jugés et, pour certains, condamnés à des peines de prison (3).

« La chasse aux coucous »

À la CFDT, pour Edmond Maire, l’heure n’était plus à l’autogestion ni au socialisme libertaire, mais à la chasse aux « coucous », comme il dénommait toute l’extrême-gauche qui « venait pondre ses œufs dans le nid de la CFDT ». Les exclusions de structures animées par des libertaires se succédèrent dans le silence assourdissant observé par nos « chers » camarades de la Ligue communiste révolutionnaire. Mal leur en prit, ils firent partie de la deuxième charrette, sauf ceux qui avaient choisi d’occuper les douillets postes de permanents syndicaux.

À partir des années 1980-1990, on assista aux départs, volontaires ou non, de nombreux adhérents qui fondèrent SUD (principalement dans la santé, les PTT et la SNCF), laissant la CFDT glisser vers un syndicalisme, non plus de combat, mais de plus en plus réformiste, consistant le plus souvent à signer des accords reflétant les positions patronales ou gouvernementales (réforme des retraites, ANI…).

Quel futur ?

Reste à savoir ce qui va être « relooké » dans six mois au congrès de Marseille : « l’humanisme chrétien », le « contrôle démocratique du pouvoir économique et politique » (qui contrôle ? qui dirige ?), la « construction d’une société démocratique » (sous l’égide du syndicat ?). Cinquante ans pour se déconfessionnaliser, puis tremper un pied dans la vague révolutionnaire de 1968, et revenir bien vite vers un réformisme inodore et sans saveur, en n’oubliant pas de recaser confortablement ses anciens dirigeants après qu’ils ont quitté leur fonction de secrétaire général. Ainsi Nicole Notat après avoir abandonné la direction de la CFDT, reprit l’agence de notation sociale en France, puis devint membre du conseil d’administration de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur ; avant elle, Jacques Chérèque s’était rendu célèbre avec sa formule (pas très lutte des classes) : « Il faut retirer les hauts-fourneaux de la tête des sidérurgistes lorrains. » Sûr que ces sidérurgistes n’ont pas eu le loisir d’être, comme lui, bombardé préfet, puis carrément ministre délégué à l’Aménagement du territoire. Quant à son fils François, plus modestement, il est devenu inspecteur général des affaires sociales, puis président de l’Agence du service civique, ce qui devrait lui permettre de couler des jours pas trop angoissants… Comme on peut en juger, la boucle est bouclée et le syndicalisme révolutionnaire n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Ramón Pino
Groupe anarchiste Salvador-Seguí



1. Plus connue sous le nom d’Alliance syndicaliste. Organisation regroupant, dans les années 1970, des anarcho-syndicalistes adhérents à la CGT, à FO, mais surtout à la CFDT. Pour plus de détails, on peut consulter À propos de l’Alliance syndicaliste sur le site Monde-nouveau. net

2. Dessin dû au grand talent de René B., militant à l’époque à l’Alliance syndicaliste et aujourd’hui à la Fédération anarchiste.

3. C’est ainsi que notre camarade Patricio S. passa un mois à la prison de la Santé aux frais de l’État (pour une fois qu’on lui offrait quelque chose…).


https://salvador-segui.org/2014/01/24/c ... aboraiton/
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Messagede bipbip » 16 Mar 2018, 17:34

Le socialisme sauvage - Charles Reeve [Radio]

Dans cette émission radio de « Vive la sociale » - FPP 106.3 – nous écouterons la présentation du livre « Le socialisme sauvage » de Charles Reeve ainsi qu’une discussion avec l’auteur permettant une mise en perspective de son point de vue.

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Le socialisme sauvage
Quel est le sens que donne Charles Reeve au terme de « socialisme sauvage » qui sert de titre à son livre ? Remonter le fil du temps depuis la Révolution française jusqu’à la révolution portugaise de 1974 en passant par la Commune, les soviets russes de 1905, les conseils ouvriers allemands de 1918 et les collectivités espagnoles de 1936 permet à l’auteur de montrer ce qui lie ces événements historiques avec les idées qui ont animé les mouvements des places de ces dernières années, depuis le 15-M en Espagne, les Occupy aux États-Unis, jusqu’à Nuit debout en France.
La première partie de l’émission est consacrée à la présentation du contenu du livre, la deuxième à une discussion avec l’auteur permettant une mise en perspective de son point de vue.

à écouter : https://paris-luttes.info/radio-le-soci ... uvage-9682
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Messagede bipbip » 18 Mar 2018, 20:29

Une histoire de l’autonomie des luttes

L'histoire des révoltes sociales comprend un aspect réformiste et autoritaire. Mais il existe aussi une dimension autonome et auto-organisée, sans dirigeants ni hiérarchies.

L’histoire des luttes est traversée par une dynamique autonome et sauvage. L’auto-organisation contre la délégation du pouvoir reste un aspect important de nombreuses révoltes. Il semble important de se pencher sur les dimensions autonomes des mouvements du passé pour les faire revivre dans les luttes actuelles. De la Révolution française aux mouvements Occupy, des aspects sauvages et autonomes traversent les luttes. Charles Reeve propose une réflexion sur cette dynamique dans Le socialisme sauvage.

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Débuts du socialisme sauvage

La Révolution française est déclenchée par un mouvement de révolte spontanée. Des sections et des comités populaires s’organisent. Mais l’Etat et les jacobins de Robespierre soumettent ces comités à un Etat centralisé. Face à la « dangerosité » d’un peuple imprévisible, la bourgeoisie défend le système représentatif. Seule une classe dirigeante est censée défendre les intérêts du peuple dans le cadre du respect de l’intérêt de la nation. L’interdiction des clubs de femmes illustre ce tournant autoritaire.

Karl Marx considère la Commune comme la forme qui permet l’abolition de la domination de classe. Il insiste sur la destruction de l’Etat. Mais il évoque également la dimension fédérative et anti-centraliste de la Commune. La forme de la Commune est contestée par les partisans d’un Etat autoritaire, mais ouvre la voie de l’émancipation. « Une forme capable de mener à l’instauration d’une société sans classes ni Etat, à la fin du pouvoir politique spécialisé, séparé, et à la construction d’une association émancipatrice », observe Charles Reeve.

Le débat entre Marx et Bakounine traverse l’Association internationale des travailleurs (AIT). Bakounine critique l’Etat pour son contenu de classe, mais aussi pour sa dimension autoritaire et oppressive. Il refuse également la soumission des travailleurs à une organisation politique. Il s’oppose au socialisme des chefs et des appareils. Néanmoins, Bakounine privilégie les sociétés secrètes et les petits groupes. La propagande et l’insurrection priment sur un mouvement d’auto-émancipation collectif.

La social-démocratie encadre le mouvement ouvrier dans les pays du Nord de l’Europe. La discipline, la centralisation et la bureaucratie empêchent la spontanéité tout comme l’autodétermination intellectuelle et pratique. En France, la CGT comprend un courant réformiste qui accepte de cogérer. Mais il existe également un puissant courant syndicaliste révolutionnaire qui valorise la grève et l’action directe.

Avec la guerre mondiale, le syndicalisme se normalise et s’intègre dans la société capitaliste. Mais, avec les grèves insurrectionnelles et la Révolution russe, des comités de lutte émergent à la base. Anton Pannekoek et Rosa Luxemburg défendent l’action spontanée et l’indépendance vis-à-vis des partis.

... http://www.zones-subversives.com/2018/0 ... uttes.html
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Messagede bipbip » 25 Mar 2018, 18:00

Brève histoire du temps de travail : première partie

Avec l’arrivée de la loi El Khomri, les 12 heures de travail par jour et la semaine de 46 heures risquent d’être mises en place si la mobilisation sociale n’est pas à la hauteur de l’attaque que nous subissons. Mais pour se rendre compte de l’ampleur de ce recul social, il faut parfois regarder un peu derrière nous. Ce sont les différentes grandes mobilisations et grèves qui ont permis des améliorations du temps de travail et il nous semblait intéressant de revenir très brièvement sur ces évolutions.

1831 : Les premières grandes luttes de travailleurs commencent en France et notamment à Lyon à travers la révolte des Canuts. Ces ouvriers de la soierie lyonnaise ne veulent plus être payés à la pièce. Ils travaillent alors en moyennes 12 à 16 heures par jour. Les patrons français commencent à avoir peur de la capacité de révolte des travailleurs. Suite à cette lutte, ils commencent à être payés à l’heure de travail et non plus à la pièce produite.

1847 : En Angleterre, la journée de travail est limitée à 10h pour les femmes et les enfants.

1848 : La crise économique pousse des milliers de prolos dans la rue et provoque la chute du roi. Cette révolution est récupérée par la bourgeoisie qui met en place la seconde république. Par crainte des travailleurs qui ont fait la révolution et sont encore armés, le gouvernement provisoire fait passer en mars un décret limitant le temps de travail à 10h par jour à Paris et 11h en province, mais ce dernier n’aura jamais le temps d’être appliqué.

En effet, pour baisser le chômage et la misère qui a poussé les travailleurs à faire la révolution, le gouvernement provisoire met en place des « ateliers nationaux » ayant pour but d’occuper les ouvriers à un travail payé par l’État. Les travaux effectués y sont souvent fastidieux et inutiles, mais ces ateliers nationaux vont devenir de véritables ateliers pour l’émeute. Lorsqu’ils sont supprimés en juin, des milliers de prolétaires (travaillant ou non) prennent la rue et dressent des barricades. La répression de l’État bourgeois est sanglante puisque l’armée assassine 5 000 insurgés durant les affrontements et en exécute 1 500 autres sans jugement. Ensuite, l’État arrête plus de 25 000 personnes et en déporte pas moins de 11 000 vers l’Algérie. Après cette répression sanglante, l’État peut revenir sur les avancées sociales que la crainte d’une révolte ouvrière l’avait poussé à accepter. Le temps de travail est ramené à 12 heures par jour en septembre et cette limite n’est même pas appliquée dans tous les secteurs.

1866 : La première Association Internationale des Travailleurs (AIT) reprend le slogan popularisé dès le début du XIXème par Robert Owen « 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de sommeil ».

1886 : Le 1er Mai aux États-Unis, une grande grève générale mobilise plus de 340 000 grévistes pour obtenir la journée de 8h de travail. La lutte continue jusqu’au 4 mai où elle est réprimée dans le sang lors du massacre d’Haymarket Square à Chicago. Lors d’une manifestation, les flics tirent dans la foule et condamnent huit militants à la pendaison. La réaction du mouvement ouvrier est mondiale et des manifestations de soutien aux « huit de Chicago » sont organisées dans la plupart des villes européennes. Les habitants de Livourne se retournant même contre les bateaux américains présents dans le port, puis attaquèrent le siège de la police de la ville ou le consul étatsunien était réfugié.

1889 : En hommage à la grève générale aux USA et aux huit de Chicago, le 1er Mai devient le jour international pour la journée de 8h. Tous les ans, les travailleurs du monde entier se mettront en grève générale pour obtenir la réduction du temps de travail à 8h par jour. Dès l’année suivante, cette journée de grève est pratiquée dans la plupart des pays industrialisés et devient la journée internationale des travailleurs.

1891 : Les flics tirent sur la foule lors du 1er Mai à Fourmies dans le nord et tuent 10 personnes, dont deux enfants. Le premier mai deviens alors un événement mondial et se met en place la tradition de porter une fleur : l’églantine rouge pour commémorer cette tuerie. Chaque année le mouvement prend de l’ampleur.

1892 : La durée maximum de travail pour les enfants est ramenée à 10h par jour. En permettant le travail 10h par jour pour les apprentis, la loi El Khomri nous fait à peu près remonter à cette époque, voir en 1847 si on se base sur les lois anglaises.

1900 : En réaction à l’organisation progressive des travailleurs et à la multiplication des grèves et de luttes sociales, le gouvernement vote la loi Millerand fait passer la journée de travail en France à 11h puis à 10 heures.

1905 : La journée de travail est limitée à 8h dans les mines.

1909 : Loi instaurant le versement du salaire régulièrement : tous les 15 jours pour les ouvriers et tous les mois pour les employés. Le projet de loi travail revient aussi là-dessus puisqu’elle permet aux patrons de ne pas payer les heures supplémentaires travaillées pendant … 3 ans en vous donnant des jours de congé beaucoup plus tard.

1919 : La situation est alors explosive un peu partout en Europe. La révolution bolchévique d’octobre 1917 fait craindre la contagion communiste aux patrons de l’ensemble des autres pays européens. Les conseils ouvriers se multiplient en Allemagne et les grèves continuent malgré l’écrasement par le Parti Socialiste Allemand de la révolution spartakiste.

En France, de gigantesques grèves se multiplient et le gouvernement et les patrons craignent la grève générale et la possible contagion révolutionnaire. Cela les contraint à adopter la journée de 8h, la semaine de 48h maximum et de rendre obligatoire les conventions collectives par branches. Mais cela n’empêche pas le développement de grandes grèves au mois de juin, qui revendiquent entre autres la semaine de 44h comme en Angleterre.

1936 : La crise économique de 1929 a atteint la France depuis plus de 5 ans et le taux de chômage est au plus haut pour l’époque. En juin, deux millions de travailleurs font grève et occupent leurs lieux de travail contre l’avis de leurs syndicats (CGT en tête) et du PCF, paralysant ainsi toute l’économie du pays. On est alors au bord d’une révolution et les syndicats tentent de calmer la situation en condamnant les séquestrations de patrons ou les tentatives de récupérer l’outil de travail. Ces gigantesques grèves de juin 1936 poussent le Front populaire au pouvoir à tenter de négocier un accord pour mettre terme à la lutte. Ce furent les accords de Matignon qui, entre autres, limitèrent la semaine de travail à 40h, augmentèrent les salaires de 15% et créèrent deux semaines de congés payés par an. Mais l’ampleur du mouvement social était telle que ces mesures ne pouvaient plus suffire à arrêter la grève. Faisant appel au « patriotisme » [1] et à la haine des étrangers [2], le Parti Communiste fit alors tout pour arrêter la lutte en menaçant les grévistes et militants révolutionnaires et en lançant la fameuse phrase par l’intermédiaire de son secrétaire général Maurice Thorez : « il faut savoir arrêter une grève ». Le mouvement social est alors coupé en deux, les militants de la CGT sont utilisés par le gouvernement pour faire cesser les occupations et les grèves. Ensuite pour les plus récalcitrants, l’armée est envoyée.

Le pire c’est que lorsque l’on parle du début du XXème siècle on s’imagine toujours des usines enfumée et des prolétaires qui crèvent dans les mines en se tuant à la tâche. C’était le cas, mais les boulots, quoique très durs, étaient effectués à des cadences bien moindres qu’aujourd’hui. La productivité par travailleur a littéralement explosé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’évolution technologique et la mécanisation de la production en ont été largement responsables, mais la machine, construite pour produire, a mis l’humain à son rythme. Au début du siècle, on passait 10 heures par jour au travail, aujourd’hui l’on passe 10 heures par jour à travailler, même si pour certains c’est en restant assis derrière un ordinateur.

Avant de continuer cette brève histoire du temps de travail jusqu’à nos jours, dans un très prochain article, rappelons que la loi travail tente d’imposer, entre autres, la journée de 12h et la semaine de 46 heures de travail ce qui nous ramène dans le temps à peu près aux alentours des années 1920.


http://www.19h17.info/2016/03/02/breve- ... re-partie/
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Messagede bipbip » 25 Mar 2018, 18:05

Les grèves de 1936… et les résistances au travail ensuite.

Au printemps 1936, une coalition baptisé Front Populaire et rassemblant le Parti Communiste, la SFIO (PS) et le parti radical (centre gauche) remporte les élections. Après plusieurs années de baisse, la participation aux grèves et manifs du 1er mai 1936 montre l’enthousiasme de nombreux secteurs du prolétariat. Ainsi à Paris, la moitié des 250 000 ouvriers et ouvrières de la métallurgie se mettent en grèvent, dont plus des ¾ chez Renault.
Le licenciement d’ouvriers en grève le 1er mai entraîne quelques jours plus tard une première série d’occupations d’usines, notamment dans l’aviation, à Toulouse (Latécoère) et au Havre. C’est le début d’une vague de grève avec occupation qui va gagner toute la France.
On a souvent qualifiés ces occupations de « grèves joyeuses» , car elles permirent de transformer l’usine de lieu de trime en lieu de fête, libéré du travail pour un temps.
Face à ce mouvement spontanée, les patrons sentent le danger et filent à la table des négociations. Ce sera les accords de Matignon. Citons en particulier la semaine de 40 heures ( contre 48 précédemment) soit un jour de plus gagné par semaine et les congés payés ( 2 semaines par an). Mais aussi , d’un point de vue syndical, la création de délégués d’usines, la garantie des droits syndicaux et des négociations collectives : c’est la reconnaissance de la représentation syndicale qui est accordée à ce moment, dans l’objectif aussi d’avoir des interlocuteurs plus contrôlables.
Sans compter des accords encore plus favorable dans le cadre de conventions collectives dans plusieurs secteurs. La CGT réunifiée frôle les 5 millions de syndiqués : le chiffre est énorme.

Et les résistances au travail ensuite.

En un mot comme en cent, suite à 1936, les ouvriers ont pris la confiance. Ils et elles sont fortes, les grèves ont fait plier les patrons ; le gouvernement est (leur-semblent) il de leur côté : les contremaitres n’ont qu’a la fermer et la direction ne doit pas la ramener non plus.
C’est le cas chez Renault. Dans cette grande entreprise, les grèves ont été très suivie, et le rapport de force est particulièrement favorable. Citons quelques anecdotes trouvées dans les archives de Renault et rapportée dans l’excellent livre de Michael Seidman « Ouvriers contre le travail » :
« [D]ans divers ateliers, les ouvriers ont modifié, de leur propre chef, leurs horaires de travail, arrivant une heure plus tôt ou plus tard et quittant en fonction de cela . Dans les ateliers de placage et de polissage de nickel et de chrome, les salariées (principalement des femmes) arrêtaient la production avec une facilité déconcertante et énonçaient leurs revendications seulement après le débrayage.
Les délégués syndicaux nouvellement élus profitaient souvent du nouveau climat de l’usine. Ils ignoraient obstinément une clause qui instituaient un maximum de dix heures par mois pour l’exercice de leurs fonctions ; nombre d’entre eux évitaient le travail dés que possible. »
(…)
« Lorsqu’un délégué retourna a son atelier et que son contremaître lui reprocha son « absence non autorisée » le délégué lui répliqua que la prochaine fois les ouvriers ne pendront pas les contremaîtres et les patrons sous la forme d’effigies, mais pour de bon. »
(…)
« Les coulages de cadences et les contestations contre le travail à la pièce étaient fréquentes durant le Front populaire. A la fin de l’été et au début de l’automne 1936, les salariés luttaient âprement contre les primes de production et contre les cadences jugées trop rapides.
Après juin 1936, à la fonderie aluminium de Renault, de nouvelles machines, qui devaient réduire les coûts de 20 % furent installées, mais les nouveaux équipements n’induisirent qu’une baisse de 4 %, parce qu’après une « longue discussion » les ouvriers refusèrent de travailler avec ce nouveau matériel. »

On retrouve cette résistance au travail dans d’autres entreprises, dont SIMCA, une filiale de FIAT, ou encore dans l’industrie aéronautique, nouvellement nationalisée.
Dans ces industries ou dans d’autres, l’un des enjeux principaux était la défense de la semaine de 40 heures nouvellement acquise, face aux heures supplémentaires que les patrons tentaient d’imposer. Ce sera une véritable guerre de guérilla qui durera jusqu’en 38. L’enjeu était de taille de part et d’autre. Pour les ouvriers, il s’agissait de défendre leur deux jours de repos consécutifs : un énorme bouleversement, pour une fois en bien, de leur vie.
Pour le patronat et l’état confronté à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, le recours aux heures supplémentaires et donc la fin effective des Week-ends était une nécessité pour la relance de la production , en particulier dans les secteurs soumis à l’effort de guerre.
On voit ici une contradiction fondamentale entre les intérêts des uns et des autres.

Jusqu’à la défaite de la grève générale de 1938

Le Front populaire tombe en 1938. Après la chute du gouvernement Blum, le radical Daladier est nommé premier ministre. Il ne proposa de portefeuilles ministériels ni au Parti socialiste ni au Parti communiste français (PCF.) A l’inverse, poussé par les pressions capitalistes, il nomme un gouvernement dans l’objectif avoué d’en finir avec une partie des réformes, dont la « semaine des deux dimanches ».
A ce titre, Paul Reynaud, un adversaire de longue date de la possibilité pour les ouvriers de se reposer le samedi, est nommé ministre des finances. Il rétablit la semaine de six jours, et va même jusqu’à interdire la semaine de 5 jours de 8 heures sans autorisation préalable du Ministère du Travail.
Une grève générale est appelée pour le 30 novembre 1938. Malgré une combativité assez forte, notamment dans l’automobile, la métallurgie et l’aéronautique, cette grève est un échec. Le gouvernement menace les grévistes de la fonction publique de la cour martiale. Il multiplie les menaces à la radio. Les patrons menacent et répriment à tout va.
C’est la fin de la semaine de 40 heures. Bientôt, avec la guerre, la durée du travail sera portée à 11 h par jour et 60 h semaine dans toutes les industries (septembre 1939).

Résumé et perspectives générales de cette première saison d’articles

Le capitalisme est né dans la violence et la contrainte. Il a supprimé la propriété de la plupart des gens, obligés dés lors de s’embaucher dans des conditions horribles dans les fabriques.
Pour les empêcher de s’enfuir, l’état a interdit et réprimé férocement le vagabondage. Seul restait la lutte, dans un premier temps illégale. Puis, au fur et à mesure de son développement, confronté aux pressions des luttes ouvrières, les capitalistes finirent par autoriser les syndicats, encadrer légalement les grèves. La lutte syndicale pouvait se résumer par un deal implicite : on veut être mieux payé et travailler moins longtemps… Mais ça signifie qu’on accepte le salariat et donc le capitalisme. Bien sûr, l’aspiration à une société sans classe est pourtant à la base de l’engagement syndical chez nombres de militants. Il s’effectue de plus en plus une coupure entre d’un côté, la pratique réelle, de l’autre, les aspirations idéologiques.
La situation est cependant différente en fonction des pays et de l’histoire de la lutte des classes. La première guerre mondiale est un brutal atterrissage : le syndicalisme, dans sa grande majorité, suit la bourgeoisie dans la guerre.
Ce que nous n’avons pas abordé dans cette première saison et pourquoi.
Nous n’avons pas traité de la place des femmes dans les luttes et de leurs intégration (ou non) dans les syndicats. Nous n’avons pas traité du rapport entre composition de la classe et syndicalisme : pour dire les choses plus simplement, le syndicalisme est il un mouvement des prolos les plus qualifiés et les mieux payés ?
Enfin, nous n’avons pas non plus parlé du rapport entre syndicalisme et colonisation. De la place des prolétaires issus des colonies, ou du syndicalisme dans les colonies.
Il aurait été possible, de parsemer ici et là cette série d’articles de quelques anecdotes sur le sujet. De parler des grèves féminines dans le secteur de l’armement en 1917, du rôle des femmes dans les grèves de 1936, notamment dans les usines textiles ou alimentaires. De citer les rapports entre le syndicalisme algérien et la CGTU, de faire référence au fameux appel « Ouvriers algériens organisez-vous ! » paru dans la tribune du prolétariat colonial en 1923.
Mais le sujet nous semble demander plus de place que cela pour être traité. Car il en va de la manière même dont on analyse le syndicalisme, mais aussi les tentatives de le dépasser : le rapport avec l’ensemble de la classe. Cela constituera donc l’un des thèmes principaux de notre prochaine saison de cette sérié de formation. L’autre thème étant le rapport entre syndicalisme, dépassement du cadre syndical et poussée révolutionnaire. Il est logique que ces deux thèmes viennent ensemble : ils sont intimement liés. Par ailleurs, une brochure compilant cette première saison d’articles sera bientôt disponible.


http://www.19h17.info/2018/03/22/greves ... l-ensuite/
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Messagede bipbip » 05 Avr 2018, 15:52

Les premiers pas du PCF

Le centenaire de la révolution d’octobre 1917 n’a pas débouché sur beaucoup de surprises. Un discours acritique entretenant une légende dorée sur le bolchevisme a pu exister. Ce qui domine de nos jours est plutôt une “légende noire” qui plus globalement veut exorciser le spectre de toute aspiration à une société égalitaire. Dans ce contexte, l’ouvrage de Julien Chuzeville donne un éclairage original sur une des conséquences de la révolution russe : la naissance de la Section Française de l’Internationale Communiste.

L’Émancipation : Bonjour Julien, et merci pour cet entretien. Quelles raisons t’ont poussé à rédiger cet ouvrage ?

Julien Chuzeville : La période 1914-1924 est une période historique majeure de l’histoire du mouvement ouvrier. Des questions fondamentales y sont posées de façon concrète, avec des réponses très différentes suivant les militant-e-s, suivant les courants. On peut citer notamment l’internationalisme et l’indépendance de classe, sujets qui restent pleinement d’actualité. Pour une partie des militant-e-s dont je parle dans le livre – comme Fernand Loriot, Pierre Monatte et Marthe Bigot par exemple – ces principes ne sont pas des mots, mais des réalités de leur engagement, qu’ils/elles mettent en pratique.

Les ouvrages existants sur cette période et sur la création du Parti communiste me semblaient passer à côté de l’essentiel, j’ai donc voulu étudier ça en détail, pour prendre le pouls de l’époque, comprendre les raisons qui poussaient les militant-e-s à agir comme ils/elles l’ont fait, à un moment tragique de l’histoire du monde et du mouvement ouvrier.

Revenir sur la création du PC, c’est aussi rappeler les luttes de celles/ceux qui voulaient l’auto-émancipation mondiale et la disparition des classes sociales, et non la tyrannie d’un parti unique gérant un capitalisme d’État – ce qui s’est finalement imposé en URSS.

L’Émancipation : L’opposition à la guerre est-elle l’unique facteur qui pousse les adhérent-e-s de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) à vouloir adhérer à une nouvelle Internationale ?

J.C. : Non, mais c’est un élément décisif. Surtout que la lutte contre la guerre mondiale débouche sur un espoir, qui selon de nombreux/ses militants-e-s à l’époque commence à se concrétiser : la révolution mondiale. La seconde est pensée comme “l’antidote” à la première. C’est ce qu’écrit dès 1915 Rosa Luxemburg : “socialisme ou barbarie”. Soit la révolution mondiale permettra d’arriver au socialisme, soit il arrivera une nouvelle guerre mondiale, un déchaînement de barbarie. L’opposition à la guerre et la volonté de participer à la création d’une nouvelle société sont donc liées.

L’Émancipation : On sait que les bolcheviques étaient opposé-e-s à l’indépendance des syndicats par rapport aux partis. Les partisan-e-s de l’Internationale communiste en France partageaient-ils/elles cette position ?

J.C. : Pas en 1920, en tout cas, même si l’unité d’action était préconisée – elle avait d’ailleurs été appliquée avant la guerre, pour lutter contre l’allongement du service militaire. Ce qui est curieux, c’est que l’avis de Karl Marx sur la question est à l’époque pour ainsi dire absent des débats. Pourtant, il avait clairement affirmé que “les syndicats ne doivent jamais être associés à un groupement politique ni dépendre de celui-ci”.

Beaucoup des fondateur-e-s les plus enthousiastes du PC étaient à la fois militant-e-s politiques et syndicalistes révolutionnaires. Mais leur attachement à la Charte d’Amiens n’a pas empêché cette orientation d’être rapidement balayée, dès les années 1920, notamment à cause de la bolchevisation puis de la stalinisation imposées depuis Moscou.

L’Émancipation : Tu sembles penser que les tout premier-e-s partisan-e-s de la Troisième Internationale (le Comité de la Troisième Internationale) partaient d’un malentendu, voire d’illusions sur la révolution russe et les orientations du bolchevisme.

J.C. : C’est évident avec le recul, mais dans le feu de l’action il était évidemment bien plus difficile d’y voir net. Le mot d’ordre “tout le pouvoir aux soviets” remplit d’enthousiasme ces militant-e-s : ce qu’ils/elles veulent, c’est la démocratie des conseils ouvriers. Or, au moment où l’adhésion à la Troisième Internationale est votée, les soviets ont été vidés de leur substance. La démocratie directe des travailleur-e-s n’existait pas dans la Russie de 1920, le malentendu était donc là d’emblée. Le parti bolchevik s’est aussi transformé progressivement, les fractions étant interdites en 1921, le débat et la possibilité d’une diversité d’opinions se réduisant au fur et à mesure. Cet appauvrissement n’a fait que rendre le malentendu initial encore plus criant.

L’Émancipation : Les bolcheviques ont rétrospectivement critiqué la Seconde Internationale, en montrant qu’il s’agissait plutôt d’une fédération lâche de sections nationales. Tu considères que l’Internationale Communiste ne fonctionne pas vraiment non plus comme une Internationale ?

J.C. : La Deuxième Internationale était un rassemblement de partis nationaux, où l’Internationale en tant que telle pesait en fait assez peu au quotidien. Donc, on comprend bien la critique. Le problème est que les bolcheviks instaurent un fonctionnement non-démocratique dans “leur” Internationale : un seul parti, le leur, y détient l’essentiel du pouvoir de décision. En plus, c’est un parti unique qui est au pouvoir, et qui a un fonctionnement très pyramidal. Il y a donc une poignée d’individus cooptés qui dirigent à la fois un pays, un parti et une “Internationale”. C’est d’emblée une situation impossible. L’Internationale communiste s’éloignait donc nettement de ce que devrait être une Internationale. D’où aussi l’apparition très rapide de mouvements communistes opposés à l’IC : l’Internationale communiste ouvrière, l’Opposition communiste internationale, etc.

L’Émancipation : Les toutes premières années du PCF semblent marquées par la possibilité et la volonté de travail commun entre différents courants (marxistes révolutionnaires, anarchistes, etc.) ?

J.C. : Là aussi, la guerre mondiale a joué un rôle majeur. Des désaccords fondamentaux ont éclaté entre socialistes, entre anarchistes, entre syndicalistes. Une nouvelle unité se crée sur l’opposition radicale à la guerre, entre des militant-e-s venu-e-s de courants différents. Ca se poursuit après la guerre avec la perspective de la participation à une révolution mondiale.

Le PC veut regrouper à ses débuts les révolutionnaires, d’où qu’ils/elles viennent. Il organise des meetings communs avec l’Union anarchiste, notamment. Mais cette possibilité s’efface ensuite avec le reflux des luttes sociales au cours des années 1920, et le tournant autoritaire au sein du PC à partir de 1924 – qui se traduit par l’exclusion ou la démission des principaux fondateur-e-s, comme Boris Souvarine, Fernand Loriot, Marthe Bigot, Pierre Monatte, Alfred Rosmer, Lucie Colliard, etc.

L’Émancipation : Le PCF des débuts semble aussi à l’avant-garde sur des questions comme le féminisme ou l’anticolonialisme ?

J.C. : Il y avait en fait avant la scission des socialistes qui étaient en pointe sur ces questions, mais on ne les entendait quasiment pas au niveau national. À ses débuts, le PC permet à ces militantes féministes révolutionnaires, à ces militants anticolonialistes, de s’exprimer au niveau national, et ce sont leurs orientations qui sont adoptées par les premiers congrès. Mais ceux/celles qui sont très actifs/ves sur ces luttes ne sont pas toujours entendu-e-s de l’ensemble du parti, et de fait comme beaucoup refuseront la stalinisation, ils/elles ne resteront pas longtemps au PC. Lequel adoptera ensuite une ligne bien plus modérée sur ces questions, voire conservatrice.

L’Émancipation : La “bolchevisation” (alignement total sur la direction du PC d’URSS) scelle-t-elle la concrétisation de la démarche des pionnier-e-s de l’adhésion à l’Internationale Communiste, ou leur échec ?

J.C. : Clairement, la bolchevisation c’est l’échec et l’élimination des principaux/ales fondateur-e-s du PC, des révolutionnaires internationalistes du Comité de la Troisième Internationale, qui étaient issu-e-s de la lutte contre la guerre, du mouvement de Zimmerwald. Le recul des luttes sociales les handicape lourdement, et ils/elles se retrouvent en porte-à-faux au sein de l’IC. Dès lors, ils/elles vont continuer à militer hors du PC, à l’extrême gauche, et seront parmi les précurseur-e-s de la lutte anti-stalinienne.

Entretien réalisé par Quentin Dauphiné
Julien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire , éditions Libertalia.

À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).


http://www.emancipation.fr/spip.php?article1759
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Re: Mouvement ouvrier

Messagede bipbip » 15 Avr 2018, 13:32

Discussion autour du livre Le socialisme sauvage avec l'auteur Charles Reeve

Bagnolet (93) mercredi 18 avril 2018
à 19h30, au Rémouleur, 106 Rue Victor Hugo

Avec cet "essai sur l'auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours", Charles Reeve fait bien plus que revenir sur l'histoire des mouvements émancipateurs et anti-autoritaires. Il met aussi un coup de pied dans la fourmilière de nos certitudes confortablement classées comme radicales. L'auteur qui nous avait déjà habitué à des oeuvres/textes déconstruisant l'autoritarisme de la pensée mao et du capitalisme chinois, du caractère putchiste de la révolution portugaise de 1974, de la révolution allemande de 1919 ou le mouvement Occupy Wall street, sera présent au Rémouleur pour une présentation de son livre et une discussion sur celui-ci.
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Re: Mouvement ouvrier

Messagede bipbip » 28 Avr 2018, 09:27

Le Socialisme sauvage : un livre de Charles Reeve en débat à la Gryffe, samedi 28 avril

Rencontre/débat à la Gryffe autour de « Le socialisme sauvage. Essai sur l’auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours » en présence de l’auteur Charles Reeve. Samedi 28 avril à 15 h.

La Gryffe, Librairie libertaire, 5 rue Sébastien Gryphe Lyon 7e.

Cet essai de plus de 300 pages de Charles Reeve n’est pas une histoire des luttes d’émancipation depuis la révolution française c’est surtout un bilan théorique de tous les surgissements de ce « socialisme sauvage » que l’auteur met en évidence dans différents épisodes révolutionnaires ou mouvements récents. Si les principes du socialisme sauvage sont la démocratie directe et une action de base indépendante des partis, il s’agit aussi de montrer comment pendant certains épisodes historiques l’auto-organisation a permis de poser les questions essentielles non seulement de la production mais aussi de la distribution et de la consommation sous le contrôle de la collectivité. Questions posées mais pas forcément résolues que l’on retrouve dans la révolution des soviets, la révolution des conseils en Allemagne et en Russie de 1905 à 1921, dans les collectivités d’Aragon pendant l’expérience révolutionnaire espagnole de 1936-1937 ainsi qu’en mai 1968 ou pendant l’épisode « apartidaire » du Portugal en 1974-1975. Chaque fois en s’appuyant sur les récits et les témoignages des participants et sur les textes théoriques qui les ont accompagnés ou suivis, Charles Reeve montre les richesses, les « possibles émancipateurs » et les limites de ces moments. En France en dehors de groupes assez restreints on connaît assez peu le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne de 1918 à 1921 qui a été caractérisé par des tentatives d’autogouvernement visant l’abolition des séparations, en particulier celle de la politique et de l’économique. Si en Russie et en Allemagne cet « esprit des conseils » s’est heurté au léninisme et à la social-démocratie, on le retrouve à l’œuvre dans le communisme libertaire espagnol. Il s’agit pour Reeve de montrer le fil invisible qui relie ces expériences avec les nouveaux mouvements tels celui de 2010 en Espagne, Indignados, Occupy aux USA ou Nuit Debout en 2016. Les courants anarchistes ont bien joué un rôle dans ces mouvements mais ceux-ci ne sont pas « anarchistes » car ils sont aussi empreints de contradictions et d’ambiguïtés.
En effet ces mouvements se nourrissent d’abord de la crise de la représentation, le système de délégation de pouvoir dans le capitalisme contemporain ne suscitant que des oppositions représentant des nuances morales ou conceptuelles d’un même projet libéral. Ils correspondent également à la dislocation de l’ancien mouvement ouvrier et à la prise de conscience de l’appauvrissement des classes moyennes.
Partant de ces constats Reeve questionne dans cet ouvrage la pertinence des nouvelles analyses politiques, qui se développent à partir des échecs ou des limites des théories marxistes ou en termes de « luttes de classes » depuis le Comité invisible, le Zapatisme ou « la production du commun ».
Par exemple sous l’appellation « production du commun » il y a une diversité de contenus qui comprennent des initiatives installées dans les interstices du capitalisme et cherchant à échapper à la barbarie de l’économie néolibérale mais surtout « un principe politique d’action collective, un terrain de luttes, entre autres contre les effets du libéralisme et de la privatisation de biens communs » comme l’air et l’eau. Il y a bien là une façon nouvelle de contester le capitalisme et même d’envisager son dépassement mais les auteurs (Dardot, Laval) qui défendent cette analyse sous estiment ou ignorent les expériences historiques d’auto-gouvernement et de démocratie directe, que Reeve a rassemblé sous le terme de « socialisme sauvage ».
Il y a dans cet essai de Charles Reeve la volonté de montrer les similitudes entre les mouvements libertaires et les différents courants du communisme ant-autoritaire qui demeurent après l’effondrement du communisme d’état les seules références d’un avenir possible. Pour lui il s’agit désormais de penser au présent « l’idée des conseils » sans fétichisme de la forme « conseil ».

https://rebellyon.info/Le-Socialisme-sa ... rles-19064
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Re: Mouvement ouvrier

Messagede bipbip » 21 Mai 2018, 17:03

Enregistrement du débat avec Charles Reeves pour son livre « Le socialisme sauvage »

Enregistrement du débat du 28 avril 2018 avec Charles Reeves pour son livre « Le socialisme sauvage » à la librairie libertaire La Gryffe : http://dl.free.fr/jwiEb3u0k

Le socialisme sauvage Essai sur l’auto organisation et la democratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours Débat avec Charles Reeve Le samedi 28 avril 2018 15 heures Désastre généralisé et crise de la représentation nous incitent à penser au présent le vieux principe de la démocratie directe, qui prit forme en 1789, traversa les époques révolutionnaires, pour se trouver à nouveau dans les mouvements de contestation. Le principe d’autogouvernement s’y est toujours heurté aux principes autoritaires de représentation permanente. Les soviets des révolutions russes et les conseils de la révolution allemande des années 1920 ont été deux expressions puissantes de cette promesse pour l’avenir, et se trouvent au coeur des réflexions développées dans ce livre. Car si le dénouement de la révolution russe a glacé pour un siècle le mouvement ouvrier, liant l’idée de socialisme à celle du totalitarisme de parti unique, l’expérience, courte mais riche, de la révolution allemande s’est révélée proche des mouvements contemporains, de Mai 68 au mouvement assembléiste du 15M en Espagne, en passant par Occupy aux États-Unis et par les Printemps arabes. Les courants spontanés, autonomes et émancipateurs des mouvements sociaux ont toujours été rejetés par les chefs du socialisme avantgardiste et qualifiés de « sauvages », car leur échappant. Même s’il n’est pas stricto sensu une histoire du mouvement socialiste, ce livre en revisite de grands moments. Il les étudie et les discute à travers le prisme de conceptions hérétiques et « sauvages », et garde à l’esprit la perspective de l’émancipation, encore et toujours. Fichier mp3 : http://dl.free.fr/getfile.pl?file=/wiEb3u0k

https://nantes.indymedia.org/articles/41372
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Re: Mouvement ouvrier

Messagede bipbip » 24 Mai 2018, 18:04

Le Socialisme sauvage. Essai sur l'auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours

Vannes (56) le jeudi 24 mai 2018
à 20h, Maison des associations, 31 rue Guillaume Le Bartz

Auray (56) le samedi 26 mai 2018
à 15h, Librairie Vent de soleil, 17 rue du Château

Image

"Le Socialisme sauvage. Essai sur l'auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours" présentation et discussion avec l'auteur, Charles REEVE

Soirée organisée par le groupe libertaire René Lochu et la liaison Vannes de la Fédération anarchiste

"Désastre généralisé et crise de la représentation nous incitent à penser au présent le vieux principe de la démocratie directe, qui prit forme en 1789, traversa les époques révolutionnaires, pour se trouver à nouveau dans les mouvements de contestation. Le principe d'autogouvernement s'y est toujours heurté aux principes autoritaires de représentation permanente.

Les soviets des révolutions russes et les conseils de la révolution allemande des années 1920 ont été deux expressions puissantes de cette promesse pour l'avenir, et se trouvent au coeur des réflexions développées dans ce livre. Car si le dénouement de la révolution russe a glacé pour un siècle le mouvement ouvrier, liant l'idée de socialisme à celle du totalitarisme de parti unique, l'expérience, courte mais riche, de la révolution allemande s'est révélée proche des mouvements contemporains, de Mai 68 au mouvement assembléiste du 15M en Espagne, en passant par Occupy aux États-Unis et par les Printemps arabes. Les courants spontanés, autonomes et émancipateurs des mouvements sociaux ont toujours été rejetés par les chefs du socialisme avantgardiste et qualifiés de « sauvages », car leur échappant.

Même s'il n'est pas stricto sensu une histoire du mouvement socialiste, ce livre en revisite de grands moments. Il les étudie et les discute à travers le prisme de conceptions hérétiques et « sauvages », et garde à l'esprit la perspective de l'émancipation, encore et toujours."

https://nantes.indymedia.org/events/41231
https://nantes.indymedia.org/events/41232
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Re: Mouvement ouvrier

Messagede bipbip » 27 Mai 2018, 17:12

Ciné-Archives : une mémoire ouvrière

Paris lundi 28 mai 2018
à 20h, Beaubourg / Centre Pompidou, Place Georges Pompidou

Paroles, gestes/ mémoires, présents
Ciné-Archives : une mémoire ouvrière

Au programme de la séance :

** 1er mai 1936
Réalisation anonyme - 1936, NB, 2 min
Manifestations dans Paris à l'occasion du 1er mai 1936 : manifestants sur la place de la Bastille et dans le bois de Vincennes ; le siège de la CGT.

** Grèves d'occupations
Réalisation : Collectif ciné-liberté - 1936, NB, 13 min
Manifestations et grèves de juin 1936 en région parisienne, principalement à Billancourt (usines Renault) et à Boulogne, Gennevilliers et Epinay-sur- Seine (studios et laboratoires de cinéma). Filmé en 1936, monté et commenté a posteriori, Grèves d'occupation fut un des films les plus diffusés dans les circuits militants du Front populaire.

** La Grande Lutte des mineurs
Réalisation collective - 1948, NB, 10 min
La longue et âpre grève des mineurs français de novembre et décembre 1948. Après une évocation de la dureté de la profession, ce film d'agitation décrit le déclenchement de la grève, son déroulement, et s'achève par un appel à la solidarité.

** Vivent les dockers
Réalisation Robert Menegoz - 1951, NB, 15 min
Tourné dans les principaux ports français (à l'exception notable du Havre), Vivent les dockers mêle des images dérobées (débarquement des cercueils des soldats français tués en Indochine, présence des C.R.S.) et des scènes reconstituées (accidents du travail et manifestations, harangue d'un travailleur algérien et fraternisation).

** Ma Jeannette et mes copains
Réalisation : Robert Menegoz - 1953, noir et blanc, 23 min
C'est le quotidien des mineurs du bassin cévenol raconté en voix off par l'un d'entre eux, René. Il y a le travail à la mine et puis les distractions comme la baignade ou l'apéritif au pastis. René aime Jeannette, la belle bergère du village, et ils se retrouvent dans les collines ou au bord de l'eau.

Séance présentée par
• Pauline Gallinari (historienne, enseignante-chercheuse),
• Maxime Grember et Marion Boulestreau (Ciné-Archives)

Films restaurés par le CNC Patrimoine

http://www.cinearchives.org/Agenda-Cart ... 1-0-0.html
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Re: Mouvement ouvrier

Messagede bipbip » 02 Juin 2018, 14:36

Projection débat du film : « L’Usine de rien »

Paris Samedi 2 juin 2018

Le groupe La Révolte vous invite à la projection du film "L’Usine de rien" le samedi 2 juin 2018 à 16h30 à la Librairie du Monde libertaire - Publico 145 rue Amelot Métro République, Oberkampf, ou Filles-du-Calvaire en présence de Charles Reeve auteur du livre : « Le socialisme sauvage : Essai sur l’auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours » aux éditions L’échappée

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« Au Portugal, les ouvriers d’une usine comprennent une nuit qu’elle va être démantelée. La patronne leur explique que c’est à cause de la crise économique et qu’il faut s’adapter. Les ouvriers refusent et décident d’occuper l’usine pour la transformer en autre chose… Construit collectivement comme un film-essai dans lequel on assiste à une succession de moments de vie et de lutte, entrecoupés de longues séquences où des universitaires débattent de la fin du capitalisme. Le mouvement général du film coïncide avec celui du processus de réappropriation de la parole par les ouvriers eux-mêmes. Le récit suit plusieurs étapes : la critique du discours dominant, la construction d’un discours alternatif et la critique à ce discours alternatif. Le film tisse aussi ces expériences concrètes de l’existence prolétaire dans le temps libre en famille et la culture populaire investie ici par les concerts de rock et les bars. L’Usine de rien apparaît révolutionnaire car il est porté par une énergie qui ébranle les structures sociales et cinématographiques, en y célébrant le quotidien comme la meilleure échappatoire à la coercition du monde du travail. »

Le groupe La Révolte vous invite à la projection du film "L’Usine de rien" le samedi 2 juin 2018 à 16h30 à la Librairie du Monde libertaire - Publico 145 rue Amelot Métro République, Oberkampf, ou Filles-du-Calvaire en présence de Charles Reeve auteur du livre : « Le socialisme sauvage : Essai sur l’auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours » aux éditions L’échappée

https://paris-luttes.info/projection-de ... sine-10393
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