17 octobre 1961, commémoration

Re: 17 octobre 1961, commémoration

Messagede bipbip » 19 Oct 2017, 18:14

Interview d’Adolfo et Leïla Kaminsky sur le 17 octobre 1961 par La Horde

Le 11 janvier 2014, nous avions organisé, au cinéma La Clef à Paris, une rencontre avec Adolfo Kaminsky, qui, en fabriquant des faux papiers, a sauvé de nombreux Juifs et résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui poursuivit après la guerre son travail en se mettant au service de luttes de libération nationale, dont celle pour l’indépendance de l’Algérie. Nous avions alors sympathisé, nous promettant de nous revoir pour prolonger la rencontre. À l’approche de la date anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, nous avons demandé à Adolfo et à sa femme Leïla de bien vouloir nous faire partager leur expérience et leur analyse de la mémoire de cette date. Parallèlement, nous avons demandé à Maurice Rajsfus, militant antifasciste de toujours et contemporain d’Adolfo, de faire de même : sa contribution sera publié d’ici deux ou trois jours, en prolongement de la commémoration de cet événement majeur.

... http://paris-luttes.info/interview-d-adolfo-et-leila
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Re: 17 octobre 1961, commémoration

Messagede bipbip » 20 Oct 2017, 17:08

Il y a 56 ans, les médias et le massacre du 17 octobre 1961

Le 17 octobre 1961 la fédération de France du Front de libération nationale (FLN) organise une manifestation à Paris. La répression policière est d’une extrême violence : outre l’internement de milliers de manifestants et l’expulsion de centaines d’entre eux, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’Algériens sont portés disparus – nombre d’entre eux ont été tués et jetés dans la Seine. Comment la presse a-t-elle rendu compte de ce massacre ? [1]

À notre connaissance, la meilleure étude publiée à ce jour sur le traitement médiatique du 17-Octobre est due à Mogniss H. Abdallah : dans un article paru dans la revue bimestrielle Hommes & migrations de novembre-décembre 2000, sous le titre « Le 17 octobre 1961 et les médias. De la couverture de l’histoire immédiate au “travail de mémoire” » [2]. Notre contribution doit être comprise comme une incitation à lire cet article de référence.

L’auteur examine ce traitement médiatique jusqu’en 2000. Mais qu’a-t-on pu lire dans la presse dans les quelques jours qui ont suivi ?

... http://www.acrimed.org/Il-y-a-56-ans-le ... acre-du-17
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Re: 17 octobre 1961, commémoration

Messagede Pïérô » 25 Oct 2017, 22:48

Ici on noie les Algériens - 17 octobre 1961

Alors qu’en France, on souligne ces jours-ci le massacre survenu il y a 56 ans, la République tarde encore à reconnaître la responsabilité d’État dans ces crimes d’une violence et d’une barbarie sans précédent dans l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale. Avec «Ici on noie les Algériens - 17 octobre 1961», Yasmina Adi revient sur cet épisode traumatique. Sur Tënk jusqu'au 9 décembre.

La mémoire refoulée – et délibérément occultée – d’un tel drame contribue à la fois à l’érection d’un roman national mensonger et exclusif et à la perpétuation d’un mépris colonial et d’un racisme sournois. Pour qu’un processus de réparation soit envisageable, une mise en lumière des événements est nécessaires, mais aussi une reconnaissance officielle et des actions concrètes. Suite à la reconnaissance proposée par François Hollande et adoptée par le Sénat en 2011, les demandes liées par exemple à la mise en place d’un lieu de mémoire sont restées lettre morte. D’ici à ce que de réels mécanismes de réparation soient orchestrés, la collecte des récits et des mémoires des victimes est plus que vitale pour dépasser l’impasse mémorielle, politique et sociale qui paralyse une France qui a tant de mal à faire face à son passé colonial. Car la construction d’un avenir est indissociable d’une connaissance et reconnaissance du passé, aussi douloureux soit-il.

Le documentaire Ici on noie les Algériens – 17 octobre 1961 3 participe à ce mouvement de mise en lumière des atrocités commises par les forces policières et étatiques pour mater la manifestation pacifiste organisée par le FLN pour dénoncer le couvre-feu raciste imposé aux Algériens. L'escalade de violence entre le FLN et la police qui ne cessait de croître - 22 policiers sont tués par des militants du FLN entre janvier et octobre 1961 - culmine dans cette soirée sombre et dans les jours qui ont suivi. La réalisatrice Yasmina Adi revient sur les événements en conviant au présent différents témoins, victimes ou acteurs de ces journées sombres de l’histoire française et faisant dialoguer leurs versions des faits à la version officielle diffusée dans les médias et à celle cachée des services d’ordre de cette fameuse nuit. Cette déconstruction et cette mise en lien des différents points de vue qui se heurtent ou s’additionnent offrent un regard complexe et kaléidoscopique sur les événements. L’histoire étant toujours une construction sociale, ce parti pris formel permet à la réalisatrice de présenter les visions plurielles de l’événement et de donner la juste mesure du décalage entre le discours officiel et celui de témoins directs, sans pour autant ériger UNE histoire, qui serait cette fois la bonne. Mais la violence des souvenirs est si prégnante que les témoignages continuent de hanter le spectateur longtemps après la fin du documentaire et forcent les questions autour du passé colonial : comment en parler, comment le dépasser, comment en panser les plaies ?

... https://blogs.mediapart.fr/tenk/blog/18 ... tobre-1961
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Re: 17 octobre 1961, commémoration

Messagede Pïérô » 03 Nov 2017, 12:42

Du nouveau sur le 17 octobre 1961

La répression des Algériens désarmés désobéissant au couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé est maintenant connue. On sait que le chiffre officiel de trois morts était mensonger et qu’elle a fait plus de 150 morts. Mais l’explication de l’événement progresse grâce aux notes laissées par le porte-parole du général de Gaulle, Louis Terrenoire, témoignage de première main qui montre l’hostilité du premier ministre, Michel Debré, à la paix avec le FLN et son rôle déclencheur dans ce drame.

Les historiens ont longtemps considéré comme une « énigme » la violence de la répression d’octobre 1961. Pierre Vidal-Naquet, en 2000, la plaçait « parmi les énigmes les plus étranges que pose à l’historien et à l’honnête homme la guerre d’Algérie ». Il pointait que c’est justement, après l’ouverture, le 20 mai 1961, des négociations d’Évian entre le gouvernement français et le FLN, quand chacun savait que la guerre allait se terminer par l’indépendance de l’Algérie, que cette guerre « atteint à Paris son pic de violence[1] ».

Les hypothèses exprimées à ce sujet par Jean-Luc Einaudi m’avaient déjà conduit en 2011, dans Le 17 octobre des Algériens. La triple occultation d’un massacre[2], à avancer que la solution de cette énigme résidait dans l’existence au sein même du gouvernement du désaccord du premier ministre, Michel Debré, avec la politique algérienne du général de Gaulle. Debré n’avait plus aucune prise sur le dossier algérien et conservait la responsabilité du maintien de l’ordre en France, et, quand, en août 1961, suite aux concessions du président sur la question du Sahara, un accord avec le FLN devenait rapidement possible, il s’est agi pour lui de lancer, a contrario de la politique de sortie du conflit choisie par le Général, une guerre à outrance contre la fédération de France du FLN. Un ensemble d’indices conduisaient à cette explication.

Mais, en 2017, les notes de Louis Terrenoire, l’un des ministres qui soutenaient totalement la politique du général de Gaulle pour la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie, publiées dans un ouvrage émouvant de sa fille, Marie-Odile Terrenoire, Voyage intime au milieu de mémoires à vif. Le 17 octobre 1961[3], confirment ces présomptions, et, on peut le dire, délivrent, pour de bon, la clé de cette énigme.

... https://blogs.mediapart.fr/gilles-mance ... tobre-1961
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Re: 17 octobre 1961, commémoration

Messagede bipbip » 27 Nov 2017, 16:22

Le mardi 17 octobre 1961, la manifestation des algériens de la région parisienne contre le couvre-feu qui leur est imposé, est violemment réprimée par la police. Jean-Luc Einaudi a enquêté sur cette journée et les suivantes qui firent certainement plus de 200 morts.

LA BATAILLE DE PARIS - 17 octobre 1961

Image

Il commence par revenir sur la guerre en Algérie qui dure depuis novembre 1954 sans dire son nom, l’offensive militaire du FLN sur le territoire métropolitain à partir d’août 1958, l’échec du coup d’État des généraux, l’OAS qui s’oppose à l’autodétermination à laquelle De Gaulle s’est convertie, au point d’organiser un attentat contre lui le 8 septembre 1961.
En 1961, Michel Debré est Premier Ministre. Il a déclaré en décembre 1957 que « l’abandon de la souveraineté française en Algérie est un acte illégitime ». Roger Frey qui avait parrainé la création du Service d’Action Civique (SAC) est ministre de l’Intérieur, Edmond Michelet, de la Justice.
Le préfet de police de Paris est Maurice Papon. Il fut secrétaire général de la préfecture de Bordeaux de 1942 à 1944, responsable de la déportation de centaines de juifs puis, Inspecteur général de l’administration en mission extraordinaire (IGAME) de l’est algérien à partir de mai 1956. En septembre 1957, il présente le bilan de ses opérations de maintien de l’ordre : 10 284 « rebelles » ont été tués en 1956 et 8 032 au cours de 8 derniers mois. Il est un adversaire résolu de toute négociation. Il s’en prend aux « supplications larmoyantes et aux examens de mauvaise conscience que pratiquent les charlatans de la négociation à tout prix, de la paix bêlante et des accusations morbides proférées à la charge de la France ». Il installe la torture à Paris avec la création de la Force de police auxiliaire.
Arrêtés au faciès, des algériens subissent des violences arbitraires pouvant entrainer la mort. Certains sont retrouvés noyés dans la Seine ou pendus. En représailles, le FLN exécute des policiers reconnus coupables d’exactions.
Le 5 octobre, le couvre-feu est décrété pour les Français musulmans d’Algérie, instituant le racisme. Le FLN appelle à une manifestation pacifique et obligatoire, au cœur de Paris, le 17 octobre.

Heure par heure, Jean-Luc Einaudi va retracer le déroulement de cette journée. Sur la base de centaines de témoignages et de documents d’archive, il rapporte toutes les brutalités, disparitions et morts dont il a pu retrouver trace. L’inventaire est éprouvant. En effet, les policiers vont multiplier les contrôles et les arrestations, déterminés à empêcher les rassemblements. Les autobus de la RATP sont réquisitionnés avec leurs machinistes pour transporter les Algériens vers les centres de détention. La dernière fois c’était les 16 et 17 juillet 1942 lors de la rafle du Vel’d’Hiv’.
En début de soirée, une fausse nouvelle circule sur les ondes radio de la police, sans jamais être démentie par l’état-major : des policiers auraient été tués. Dès lors, les violences se déchaînent.

11 500 personnes auraient été arrêtées, conduites au centre d’identification de Vincennes, à Coubertin ou au Palais des Sports. À leur descente des bus, toutes ont été systématiquement battues par des cordons de policiers. Elles resteront plusieurs jours sans eau, ni nourriture, ni soins pour la plupart, souffrant pourtant souvent de graves blessures.

Quelques protestations s’élèvent dans les milieux universitaires et intellectuels : « En restant passifs, les Français se feraient complices des fureur racistes dont Paris est désormais le théâtre et qui nous ramènent aux jours les plus noirs de l’occupation nazie ». Mais les journaux qui se risquent à publier des témoignages sont aussitôt saisis. Ainsi Les Temps modernes écrivait sous le titre « La Bataille de Paris » : « Le préfet de police, dans le but insensé de démanteler l’organisation du front pour la région parisienne, a importé les méthodes de Massu lors de la « bataille d’Alger ». Mais Massu, quand il installait la terreur, prétextait encore la recherche « à tout prix » du renseignement dans une ville en guerre. Avec Papon, nous n’avons plus que le visage nu de la haine raciste. Du ghetto au couvre-feu, des raids de harkis au lynchage organisé, une logique infernale l’a conduit à ce soir du 17 octobre. Alors, froidement, délibérément, il a donné le signal du pogrom, il a couvert la ratonnade : il a lâché ses chiens sur les algériens comme on lâche les chiens pour la curée. »
Daniel Mayer, président de la Ligue des droits de l’homme parle de « soirée rappelant la « nuit de cristal » berlinoise » : « Dès le lendemain, toute la classe ouvrière aurait du être dans la rue, clamant son horreur d’actes perpétrés en son nom, puisqu’au nom du « peuple français ». Il a bien fallu constater que, là où il y aurait dû y avoir une colère collective, il n’y a eu que témoignages individuels. […] À partir du moment où on accepte que, devant soi, sans que l’on proteste, il soit dit « raton » ou « bicot » pour Arabe, on accepte Auschwitz et les fours crématoires. Car on ne fait pas sa part au racisme. Il a sa logique et son engrenage. »

Jean-Luc Einaudi raconte comment le silence a été organisé : commissions parlementaires empêchées, esprit de corps de la police sollicité, désinformations et démentis, films et ouvrages sur le sujet saisis. Et l’oubli recouvrira pour longtemps octobre 1961. Tandis que la répression au métro Charonne qui fera neuf morts, tous français, quelques mois plus tard, le 8 février 1962, entrera aussitôt dans la mémoire collective. 500 000 personnes se presseront aux obsèques des victimes.

Cette enquête, par sa rigueur et l’ampleur de sa reconstitution, libère les paroles et les souvenirs, reconstitue la vérité enfouie et participe à l’entreprise de mémoire collective.

LA BATAILLE DE PARIS
17 octobre 1961
Jean-Luc Einaudi
336 pages – 153 francs
Éditions du Seuil – Collection « Libre examen » – Paris – Octobre 1991
432 pages – 7,60 euros
Éditions du Seuil – Collection « Points Histoire » – Paris – Septembre 2007

https://bibliothequefahrenheit.blogspot ... .html#more
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Re: 17 octobre 1961, commémoration

Messagede bipbip » 11 Fév 2018, 17:28

Rencontre-débat

« Michel Debré et le 17 octobre 1961 »

Paris mercredi 14 février 2018
à 18h, Espace « La Colonie », 128 Rue la Fayette

Projection du petit film « 17 octobre 1961, cinquante ans après, je suis là » d'Ariane Tillenon (14').

Table ronde animée par François Gèze, éditions La Découverte,

avec
• Marie-Odile Terrenoire, auteur de Voyage intime au milieu de mémoires à vif. Le 17 octobre 1961 (éditions Recherches),
• Mohammed Harbi, historien,
• Françoise Vergès, politologue,
• Mohand Zeggagh, auteur de Prisonniers politiques FLN en France pendant la guerre d'Algérie 1954-1962 (éditions Publisud),
• Gilles Manceron, historien,

Organisée par :
le Collectif 17 octobre 1961, Vérité et Justice, l'Association histoire coloniale et postcoloniale (histoirecoloniale.net)
Sortir du colonialisme

https://paris.demosphere.eu/rv/59514
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