Autour des luttes armées dans les 1970's

Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 16 Nov 2017, 23:10

« La mémoire est un terrain de guerre »

Entretien avec Barbara Balzerani, ancienne membre des Brigades Rouges et écrivaine

Les Éditions Cambourakis viennent de publier Camarade Lune, le premier livre traduit en français de Barbara Balzerani. Directrice stratégique des Brigades Rouges, elle a passé 26 ans en prison pour sa participation au groupe armé. Camarade lune est un livre intime qui, en croisant souvenirs biographiques et histoire des luttes italiennes de la seconde moitié du vingtième siècle, nous invite à remettre dans leur contexte les actions du groupe de guérilla. Elle appelle, dans cet entretien, à renouer avec une mémoire partisane et à reconstruire dans toute sa complexité un passé qui a été réduit à un seul événement : l’enlèvement d’Aldo Moro en 1978.

... https://lundi.am/La-memoire-est-un-terrain-de-guerre
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede Pïérô » 16 Jan 2018, 15:30

Cinébam

« Une jeunesse allemande »

Documentaire de Jean-Gabriel Périot, 2015

Malakoff (92), vendredi 19 janvier 2018
à 20h, Bibliothèque Associative de Malakoff, 14 Impasse Carnot

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Ulrike Meinhof (journaliste), Holger Meins (cinéaste), Horst Malher (avocat), Gudrun Ensslin et Andreas Baader (étudiants)… Nés autour de la seconde guerre mondiale, ces jeunes Allemands brillants qui vont se radicaliser sont le fruit de la démocratie ouest allemande. Engagés, ils testent tous les moyens à leur portée pour faire entendre leur différence : l'art, la création d'un journal, les meetings… L'effondrement du mouvement étudiant, fin 1968, va les pousser vers ce qu'ils appelleront une « guérilla urbaine ». En 1970 nait la RAF : Rote Armee Fraktion ou Fraction Armée Rouge… Si le groupe, entré dans la clandestinité, commence par braquer des banques pour se procurer des subsides, il n'en restera pas là… Bombes, enlèvements : s'engage une épopée sanglante qui bouleversera l'Allemagne… et toute l'Europe avec elle ! Leurs actions vont avoir des répercussions particulièrement fortes dans les pays limitrophes comme la France, qui suivra chaque étape de cette montée de violence avec effroi. C'est qu'au delà du cas allemand, le phénomène de la radicalisation interroge nos systèmes politiques et leurs limites. On peut étendre la réflexion du film à d'autres organisations qui connaîtront le même basculement. On se souvient facilement de l'IRA, de l'ETA, du FLN, des Blacks Panthers, un peu moins des Tigres de la libération de l'Îlam Tamoul… On a un peu plus oublié l'ASA (Armée Secrète Arménienne pour la libération de l'Arménie), le FLQ (Front de Libération du Québec)… Ce serait bien sûr simpliste et faux de les mettre tous dans le même sac. On ne peut se contenter d'analyses de comptoir alors qu'on pénètre sur un terrain miné, truffé de peurs, de morts et de souffrances. Les moteurs de ces mouvements, leurs idéologies, la nature de l'oppression qu'ils subissent ou pensent subir… tant de choses diffèrent. Mais dans tous les cas la ligne de démarcation semble parfois ténue entre ce qui distingue un justicier d'un criminel. Qu'est-ce qui légitime la prise des armes, les victimes qui en résultent ? En 1942, en France, Monseigneur Piguet, évêque de Clermont, ne qualifiait-il pas de terroristes les actes de ceux que l'on a par la suite décorés et appelés des résistants (certes on était en temps de guerre) ?

À bien les décortiquer, tous ces pans d'Histoire épineux nous offrent un éclairage fascinant sur notre époque contemporaine et nous en restituent toute la complexité. Ce n'est certes pas anodin si des cinéastes s'en emparent actuellement. Les hommes heureux n'ont pas d'histoires… Comblé, en sécurité, qui éprouverait le besoin de fuir son pays ou d'en contester violemment les fondements ?

Le travail de Jean-Gabriel Périot est rigoureux, impeccable : sans faire l'apologie du terrorisme, il le questionne et le documente, en montre toutes les facettes, ses conséquences sur le peuple, l'opinion, son traitement par les médias. C'est vraiment passionnant, très dense, et on est presque frustré quand ça s'arrête.

Si ce film documentaire impressionne et captive autant, c'est pour plusieurs raisons qui nous frappent immédiatement, pendant la vision, ou un peu plus tard, à la réflexion : sa construction qui le rend immédiatement prenant et extrêmement vivant, actuel ; son parti pris de ne travailler qu'à partir d'images d'archives, de ne pas surligner le propos de dates, de didactisme, un choix qui nous pousse donc à suivre les événements comme si on y était, en direct ; le choix pertinent de la musique révoltée et urgente de l'époque qui nous plonge dans son ambiance ; et surtout peut-être le fait qu'il nous immerge dans les réflexions des protagonistes, sans prononcer de jugement, sans prendre parti. Clairement, la plupart des questions qu'ils se posent, on les a tous plus ou moins partagées. Les analyses qu'ils font résonnent avec les nôtres. Comment se faire entendre d'un pouvoir qui oppresse, d'une société de consommation qui avilit, de médias qui abêtissent ? Quelle latitude cette société nous laisse-t-elle pour s'exprimer ? Quels sont les moyens efficaces pour résister, lutter ?

http://www.b-a-m.org/2017/12/1901-20h-cinebam/
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 13 Sep 2018, 22:08

Récit
Action directe : Jean-Marc Rouillan livre sa saga sanglante

Désormais libre de sa parole, l’ancien membre du groupe terroriste publie ce mercredi «Dix Ans d’Action directe», que «Libération» a pu lire en exclusivité. Il retrace le parcours de ses militants, depuis l’activisme antifranquiste jusqu’aux assassinats et au démantèlement de l’organisation, en 1987.

Toulouse, le 26 août en fin d’après-midi. Chemise blanche, jean, baskets, clope au bec : de prime abord, Jean-Marc Rouillan, 66 ans - vingt-huit ans de prison dont dix à l’isolement - a l’air d’un vieux marlou à la retraite. Difficile d’imaginer que ce sexagénaire au crâne rasé fut l’un des fondateurs d’Action directe (AD), ce groupe terroriste d’extrême gauche auteur de 80 attentats et des assassinats du général René Audran et de Georges Besse, le PDG de Renault. Interpellés le 21 février 1987 dans une ferme isolée de Vitry-aux-Loges (Loiret), Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani ont été condamnés à la perpétuité en 1989 à Paris. Une longue peine assortie de l’interdiction de s’exprimer sur les faits pour lesquels ils avaient été jugés. La fin de sa conditionnelle, le 18 mai 2018, autorise Jean-Marc Rouillan à livrer sa version de l’histoire. Une plongée dans les années de plombs d’AD intitulée Dix Ans d’Action directe (éditions Agone, 412 pages, 22 euros) dont Libération a eu l’exclusivité avant sa parution.

... http://www.liberation.fr/france/2018/09 ... te_1678034
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 15 Sep 2018, 14:24

Rencontre avec Jann-Marc Rouillan
« 10 ans d'Action directe »

Échange entre Jann-Marc Rouillan et Aurélien Dubuisson sur l'histoire d'Action directe à l'occasion de la parution de leurs livres respectifs, Dix ans d'Action directe. Un témoignage, 1977-1987 paru aux éditions Agone et Action directe, les premières années : genèse d'un groupe armé (1977-1982) paru aux éditions Libertalia.

Paris mardi 18 septembre 2018
À 19h, à la librairie Le Monte-en-l'air (2 rue de la Mare, 75020 Paris).


Paris vendredi 21 septembre 2018
à 18h, Librairie La Brèche, 27 rue Taine, Paris 12e

Rencontre avec Jann Marc Rouillan :
Dix ans d'Action directe

Présentation du livre Dix ans d'Action direct :
« Le nom "Action directe" a surgi lors d'une réunion dans un tout petit appart donnant sur le cimetière de Montmartre. Il avait été avancé par un camarade italien. Savait-il que la puissante organisation du syndicalisme révolutionnaire italien au début du XXe siècle était Azione Diretta ? Lorsque ce nom est apparu officiellement, nombreux furent les censeurs : ils n'y voyaient que référence au militarisme ou à l'anarchisme de la propagande par le fait. C'était oublier combien ce terme appartient au patrimoine de toute la classe prolétarienne, qu'on le retrouve dans les premiers congrès de la CGT et dans les luttes de libération nationale. »
Du choix de la lutte armée à l'emprisonnement de 1980 et l'amnistie de 1981, de l'investissement avec les sans-papiers du quartier de la Goutte d'or au retour à la clandestinité en 1982 puis à l'arrestation de 1987 avec Nathalie Ménigon , Joëlle Aubron et Georges Cipriani en passant par les liens avec la Fraction armée rouge et les Brigades rouges, Jann Marc Rouillan raconte pour la première fois l'histoire interne d'Action directe. Analyse critique par l'un de ses protagonistes, ce livre est une pièce indispensable d'un fragment de l'histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

https://paris.demosphere.eu/rv/64046

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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 23 Sep 2018, 14:55

Soirée Action directe
Rencontre avec Jann-Marc Rouillan et Aurélien Dubuisson

Marseille mercredi 26 septembre 2018
19h, Librairie L’Hydre aux mille têtes, 96 Rue Saint-Savournin

Rencontre avec Jann-Marc Rouillan et Aurélien Dubuisson à l’occasion de la sortie de leurs livres respectifs "Dix ans d’Action directe. Un témoignage, 1977-1987", paru aux éditions Agone et "Action directe, les premières années : genèse d’un groupe armé (1977-1982)", publié par les éditions Libertalia.

"On a dit que notre révolte était empreinte d’utopie et d’irréalisme. Mais cette révolte « absolue » était basée sur une « vision » : « Une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose » (Deleuze). L’irréalisme était de prétendre que l’intolérable était la seule vie possible, le « meilleur des mondes »."

Analyse critique par l’un de ses protagonistes, "Dix ans d’Action directe" est une pièce indispensable d’un fragment de l’histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

Dans "Action directe, les premières années", l’auteur explique le fonctionnement, insiste sur la diversité des trajectoires militantes et met en évidence la centralité de la question carcérale : autant de thèmes soulevés qui permettent de saisir les logiques politiques dans lesquelles s’insère le groupe et d’éviter les pièges tendus par une littérature militante, policière ou journalistique encensant ou réduisant trop souvent cette histoire.

http://www.millebabords.org/spip.php?article32039
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 25 Sep 2018, 06:46

Soirée Action directe
Rencontre avec Jann-Marc Rouillan et Aurélien Dubuisson

Marseille mercredi 26 septembre 2018
19h, Librairie L’Hydre aux mille têtes, 96 Rue Saint-Savournin

Rencontre avec Jann-Marc Rouillan et Aurélien Dubuisson à l’occasion de la sortie de leurs livres respectifs "Dix ans d’Action directe. Un témoignage, 1977-1987", paru aux éditions Agone et "Action directe, les premières années : genèse d’un groupe armé (1977-1982)", publié par les éditions Libertalia.

"On a dit que notre révolte était empreinte d’utopie et d’irréalisme. Mais cette révolte « absolue » était basée sur une « vision » : « Une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose » (Deleuze). L’irréalisme était de prétendre que l’intolérable était la seule vie possible, le « meilleur des mondes »."

Analyse critique par l’un de ses protagonistes, "Dix ans d’Action directe" est une pièce indispensable d’un fragment de l’histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

Dans "Action directe, les premières années", l’auteur explique le fonctionnement, insiste sur la diversité des trajectoires militantes et met en évidence la centralité de la question carcérale : autant de thèmes soulevés qui permettent de saisir les logiques politiques dans lesquelles s’insère le groupe et d’éviter les pièges tendus par une littérature militante, policière ou journalistique encensant ou réduisant trop souvent cette histoire.

http://www.millebabords.org/spip.php?article32039
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede abel chemoul » 25 Sep 2018, 08:28

absolument immonde. Dans 30 ans, on aura aussi droit à un livre en mémoire de Mohamed Merah?
"On a dit que notre révolte était empreinte d’utopie et d’irréalisme. Mais cette révolte « absolue » était basée sur une « vision » : « Une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose » (Deleuze). L’irréalisme était de prétendre que l’intolérable était la seule vie possible, le « meilleur des mondes »."

on a presque l'impression de parler de qqch de normal, c'est fou comme la vie de personnes exécutées par AD ne compte pas... l'extrême-droite qui tue Meric c'est pas bien, mais l'EG qui tue, là on peut en faire des soirées-mémoire-débat-discussion avec les assassins.
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 06 Oct 2018, 16:11

Quand France culture monte un tribunal d’exception contre Jean-Marc Rouillan

Nous publions ci-dessous, et sous forme de tribune [1], un article consacré à un montage d’archives assemblé à la va-vite sous le titre « Action directe, la politique et le terrorisme islamique selon Jean-Marc Rouillan » et mis en ligne sur le site de France culture le mercredi 12 septembre 2018, alors que paraît Dix ans d’Action directe de Jean-Marc Rouillan.

En ouverture, une photo de la « reconstitution du meurtre de deux policiers avenue Trudaine, à Paris ». Le public de la scène est surtout composé de reporters entourant le juge Bruguière – qui semble sourire ? Mais ni Jean-Marc Rouillan ni aucun de trois autres membres d’Action directe cités au-dessus du cliché n’ont jamais été présents le jour des faits sur les lieux.

Dans le second paragraphe du montage, il est affirmé que l’auteur est « libre de sa parole depuis le 18 mai 2018 précisément, au terme d’une ultime peine, prononcée par la justice qui a estimé Rouillan coupable d’apologie du terrorisme (…) le 27 février 2016 ». Ce qui est faux. La date du 18 mai 2018 est celle à laquelle Rouillan est sorti de sa conditionnelle, relative aux condamnations, entre 1988 et 1994, pour ses activités au sein d’Action directe. Et c’est la raison pour laquelle il est « libre de sa parole », ou, pour être précis, que ne pèse plus sur lui l’interdit de parler publiquement des faits pour lesquels il a été condamné – en l’occurrence ceux qu’il relate dans le livre qui vient de paraître.

Décidément très mal informée, la journaliste de France culture affirme que, « en rendant hommage [dans une radio marseillaise – Radio Grenouille – le 23 février 2016] aux terroristes islamistes, Rouillan a repoussé de deux ans ses entraves » [2].

Curieuse qualification que celle d’un « hommage » quand l’ancien militant d’Action directe déclarait ce jour-là à l’antenne qu’il était « absolument contre les idées réactionnaires » de Daech, mouvement qu’il qualifiait de « très proche du capitalisme », de « basé sur le mortifère, le sacrifice, la mort ». Certes, Rouillan a bien déclaré, à propos des attentats du 13 novembre 2015 : « Ils se sont battus courageusement dans les rues de Paris en sachant qu’il y avait près de 3 000 flics autour d’eux. […] On peut dire plein de choses contre eux […] mais pas que ces gamins sont des lâches. » Toutefois, les journalistes de la radio nationale, qui n’ont vraisemblablement pas pris le temps d’écouter l’émission sur la radio locale, se sont emparés de ces phrases pour instruire un procès à charge contre leur auteur avant même que la justice ne se soit prononcée définitivement [3].

Car si Rouillan a bien été condamné pour « apologie de terrorisme » à la suite de cet entretien radiophonique, il est faux de dire que cette condamnation a « repoussé de deux ans ses entraves ». Le jugement de février 2016 a été confirmé en appel six mois plus tard et attend de passer en cassation [4]. La journaliste de France culture confond cette affaire avec la rupture de conditionnelle prononcée en octobre 2008 par le juge d’application de peine à la suite d’un entretien de Rouillan paru dans L’Express, qui renvoya l’auteur en prison pendant deux ans [5].

Non seulement personne chez France culture ne semble avoir rien lu d’autre sur ce sujet, mais même une lecture précise de l’article paru dans Libération le 12 septembre dernier semble inaccessible à ces gens de radio : Dix ans d’Action directe n’est pas « en partie constitué de textes écrits derrière les barreaux » mais a été intégralement écrit en prison [6].

Pourquoi relier le quotidien Libération à Action directe en invoquant la revendication de deux attentats en 1982 ? Toute personne même peu informée sur la période n’ignore pas que c’est plutôt auprès de l’Agence France Presse (AFP) que le groupe revendiquait alors ses actions. Si l’on voulait associer AD au Libération de cette période, on pourrait, par exemple, signaler l’entretien que Rouillan donna au quotidien en août de cette année-là [7]. Et s’il fallait parler de la « longue histoire » reliant l’ancien quotidien maoïste au groupe armé, il aurait mieux valu évoquer, par exemple, le mois de mai 1976, quand Libération s’insurgeait contre la mort d’Ulrike Meinhof (RAF), qualifiée de « crime d’État », retrouvant ainsi (une dernière fois) le ton de La Cause du peuple : « L’ennemi, notre principal ennemi, c’est l’État. »

Coincée entre les maigres archives et l’étroite culture politique qui lui a servi de base (le fabuliste des leaders de Mai 68 Patrick Rotman et un journal télévisé d’Antenne 2 qui, en 1986, évoque encore l’ORTF des années De Gaulle), la fin de ce montage est centrée sur une émission de France culture à laquelle Rouillan avait été invité à parler de « radicalisation » [8].

Au moins pouvons-nous lire quelques déclarations de l’auteur. Sans doute inquiète que ses auditeurs puissent penser qu’elle valide les propos de Rouillan, la radio d’État le qualifie de « funambule » avant de constater qu’en effet, à propos de Daech, celui-ci n’exprime « aucun soutien ni hommage explicite mais plutôt par désaccord politique » mais dit déjà sur France culture ce qu’il dira quelques jours plus tard sur la radio marseillaise : « Je n’ai pas de sympathie politique avec leurs idées qui sont, pour moi, féodales. (…) Ce qui nous [militants révolutionnaires communistes] différencie fondamentalement de ces militants islamistes, du GIA à Daech, ce qui nous différencie nous, qui avons lutté jusqu’aux armes, c’est la joie de combattre. De vouloir se libérer d’un monde qui était mortifère. Qui est mortifère. Au contraire, tous les combattants islamistes sont tenus par l’idéologie mortifère que produit ce système [9]. »

Enfin, on trouve les analyses de Rouillan qui justifient le titre du montage de France culture : « J’ai essayé de comprendre pourquoi nous, la gauche radicale, la gauche “extrémiste” comme vous diriez, l’“ultragauche” [pour utiliser un terme journalistique], on a perdu les quartiers populaires. Ma question c’est : “Comment eux ont-ils réussi à se développer, et pas nous ?” Ils ne sont pas politisés [comme on entend souvent dire], mais quand même : quand il a fallu lâcher les Adidas pour aller se battre en Syrie, ils l’ont fait ! Ces jeunes des quartiers populaires sont politisés et on les méprise, ils sont totalement rejetés dans nos périphéries et on ne leur donne même pas l’analyse de dire qu’ils représentent une idée politique [10]. »

On aurait pu s’attendre, de la part d’une journaliste de France culture, à un peu de curiosité pour l’évolution récente de l’exercice de la justice et, en particulier, pour les conditions dans lesquelles Rouillan a été condamné pour « apologie du terrorisme ». On aurait alors appris les difficultés que pose cette accusation depuis qu’en novembre 2014 elle peut être jugée en comparution immédiate : parce qu’elle met en danger la liberté d’expression ; en plus des problèmes d’application qu’elle rencontre [11].

Sans non plus fouiller bien loin, France culture aurait aussi pu découvrir comment, début octobre 2016, quelque temps après la première condamnation de Rouillan pour « apologie du terrorisme », l’essayiste Éric Zemmour donnait au mensuel Causeur son appréciation des terroristes de l’État islamique, qu’il refusait de qualifier d’« esprits faibles » avant d’affirmer qu’il « respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient » et de préciser, à propos de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice : « Quand les gens agissent parce qu’ils pensent que leurs morts le leur demandent, il y a quelque chose de respectable. » Début janvier 2017, quelque temps après la confirmation en appel de la condamnation de Rouillan, le parquet de Paris classait sans suite l’enquête qu’il avait ouverte sur Zemmour pour « apologie du terrorisme », estimant que l’infraction était « insuffisamment caractérisée » [12]. Il est difficile de ne pas se réjouir de cette décision. Et en même temps de ne pas se demander, en comparant les propos et les jugements, si l’on n’a pas affaire à une illustration exemplaire du caractère vague de l’incrimination (qui est par principe à proscrire en matière pénale), sans parler du poids de l’identité, de l’histoire et des positions sociale et politique des accusés dans l’extensibilité des jugements et des problèmes que cela pose à l’exercice de la justice.

Alors que les tribunaux peinent à appliquer la justice, les médias ont-ils besoin d’ajouter ce lot d’injustice que recèle toute inexactitude ?

Thierry Discepolo

[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n’engagent pas collectivement l’association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas nécessairement toutes les positions.

[2] Souligné par nous. Sur le contexte de cette interview et du traitement par la justice, lire la préface à Je regrette https://agone.org/centmillesignes/jereg ... index.html

[3] On peut bien sûr penser que ces propos sont moralement condamnables. Toutefois, selon la Ligue des droits de l’homme, en poursuivant Rouillan pour ses déclarations « le parquet ne demande pas de sanctionner une apologie mais tente d’interdire une opinion dont il déforme sciemment le sens. Si l’on suit le parquet dans sa volonté de limiter la liberté d’expression aux seules opinions convenues, choquer ou critiquer deviendra bientôt un délit » (« La liberté d’expression est un droit fondamental », LDHfrance.org, 31 mai 2016). Et pour Fionnuala Ní Aoláin, « rapporteuse spéciale des Nations unies de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste », qui a remis au gouvernement français les « conclusions préliminaires » de son rapport, celle-ci « relève les risques d’atteintes aux droits de l’homme, à la liberté religieuse et à la liberté d’expression que comportent certaines mesures introduites dans le droit français au nom de la lutte contre le terrorisme » (cité par Jean-Baptiste Jacquin, « Antiterrorisme : l’ONU s’inquiète de l’accumulation des lois françaises », Le Monde, 24 mai 2018

[4] Lire la préface à Dix ans d’Action directe https://agone.org/memoiressociales/dixa ... index.html

[5] Lire un historique de cette affaire, en particulier la campagne médiatique qui la lance, dans « Retour sur les conditions de rupture d’une semi-liberté » http://blog.agone.org/post/2009/11/24/R ... mi-liberte ; et pour une analyse de la décision de justice, lire « Portrait de l’administration pénitentiaire en agent littéraire » http://blog.agone.org/post/2010/01/29/P ... litteraire.

[6] Lire le texte intégral de cette double page dans le dossier de presse sur le site de l’éditeur de Dix ans d’Action directe https://agone.org/memoiressociales/dixa ... b=articles. Il semble que la journaliste de France culture ait surtout été influencée par l’édito qui accompagnait cet article. Disponible à la même adresse, on peut en lire le démontage sur le blog des éditions Agone, « Joffrin tel quel » http://blog.agone.org/post/2018/09/17/Joffrin-tel-quel.

[7] Entretien cité, p. 196-198, dans Dix ans d’Action directe.

[8] « Jusqu’où pousser le concept de déradicalisation ? », Du Grain à moudre https://www.franceculture.fr/emissions/ ... lisation-0, France culture, 10 février 2016.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Selon Nadim Houry, directeur du programme « Terrorisme et lutte antiterroriste » de l’ONG Human Rights Watch, « les statistiques du ministère de l’Intérieur indiquent que la police est intervenue dans plus de 2 300 cas en 2015 et 1 850 en 2016. Bien que toutes ces interventions policières n’aient pas débouché sur des poursuites, les statistiques du ministère de la Justice mentionnent 306 condamnations pour apologie du terrorisme pour la seule année 2016, dont 232 avec des peines de prison ferme. Selon le ministère de l’Intérieur, 20 % des personnes ayant fait l’objet d’une enquête en vertu de cette disposition étaient mineures, et 6 % avaient entre 10 et 14 ans. Ces cas n’impliquent généralement pas d’incitation directe à la violence ; il s’agit plutôt d’altercations entre la police et des individus sous l’emprise d’alcool, ou de provocations – parfois odieuses – proférées dans des cours d’école ou sur les réseaux sociaux. La plupart de ces cas n’ont pas de visibilité nationale et sont traités par les tribunaux locaux en comparution immédiate » (Nadim Houry, « Atteintes à la liberté d’expression au nom de la lutte antiterroriste », Just Security, 30 mai 2018).

[12] « Terrorisme : les propos-chocs d’Éric Zemmour » et « Zemmour ne fait pas l’apologie du terrorisme, selon la justice », Le Point, 6 octobre 2016 et 17 janvier 2017.


https://www.acrimed.org/Quand-France-cu ... tribunal-d
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 09 Oct 2018, 17:00

Dix ans d’Action directe - Un témoignage, 1977-1987

Saint-Etienne
Dans le cadre du « LFP : 20 Years Festt », Jann Marc Rouillan viendra le jeudi 11 octobre 2018 à 18h à Ursa Minor présenter son dernier livre « Dix ans d’Action directe - Un témoignage, 1977-1987 » paru chez Agone.

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« Le nom “Action directe” a surgi lors d’une réunion dans un tout petit appart donnant sur le cimetière de Montmartre. Il avait été avancé par un camarade italien. Savait-il que la puissante organisation du syndicalisme révolutionnaire italien au début du XXe siècle était Azione Diretta ? Lorsque ce nom est apparu officiellement, nombreux furent les censeurs : ils n’y voyaient que référence au militarisme ou à l’anarchisme de la propagande par le fait. C’était oublier combien ce terme appartient au patrimoine de toute la classe prolétarienne, qu’on le retrouve dans les premiers congrès de la CGT et dans les luttes de libération nationale.»

Du choix de la lutte armée à l’emprisonnement de 1980 et l’amnistie de 1981, de l’investissement avec les sans-papiers du quartier de la Goutte d’or au retour à la clandestinité en 1982 puis à l’arrestation de 1987 avec Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani en passant par les liens avec la Fraction armée rouge et les Brigades rouges, Jann Marc Rouillan raconte pour la première fois l’histoire interne d’Action directe. Analyse critique par l’un de ses protagonistes, ce livre est une pièce indispensable d’un fragment de l’histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

http://lenumerozero.lautre.net/Dix-ans- ... -1977-1987
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 23 Oct 2018, 15:17

Entretien. À l’occasion de la sortie de « Dix ans d’Action directe » (publié chez Agone), écrit pendant les années 1990 mais jusqu’alors non publié car les membres d’Action directe étaient tenus au silence par la justice, nous avons rencontré Jean-Marc Rouillan.

« À la fin des années 1970, Paris avait pris une centralité dans la lutte armée européenne et internationale »

Le livre raconte une histoire méconnue, effacée, y compris dans le mouvement ouvrier. Un travail de mémoire : c’était cela la première motivation pour écrire, puis publier ce récit ?

C’est un livre qu’on a écrit, que j’ai écrit personnellement, mais toujours en discussion avec les autres « perpet’ », à un moment où on pensait que l’on ne sortirait pas vivants de la prison. On voulait donc raconter l’histoire la plus précise possible, en fonction bien sûr de ce qu’il était possible d’écrire. Il y a donc deux manques dans ce récit : ce que l’on ne raconte pas car l’État n’est pas au courant ; l’action politique internationale qui s’est passée à Paris à partir de la fin des années 1970, avec les Brigades rouges et la RAF [Fraction armée rouge]. Tout le reste est là, et constitue un document de sincérité. Il s’agit de regarder les gens dans les yeux et de leur dire : on a fait ça, on pensait ça, vous pouvez critiquer, juger, mais faites-le sur une autre base que celle de la contre-propagande qui nous a ensevelis en vitrifiant l’histoire.

Une histoire dont certains se souviennent quand même. À la Fête de l’Huma, j’ai rencontré des vieux prols, et des fils de vieux prols, qui se souviennent. Ils se souviennent de ce qu’était notre intention : faire payer les autres, ne pas être les zorros de la classe ouvrière mais leur avoir apporté, comme on dit à propos du football, au moins du plaisir. Un jour, je suis allé visiter les Sanofi avec Philippe [Poutou], et un vieux dirigeant de la CGT s’est penché vers moi et m’a dit : « Depuis que vous n’êtes plus là, ils font vachement plus les malins ».

Donc on a voulu tout raconter, y compris en ne lésinant pas sur certains détails. Quand j’en entends aujourd’hui dire « Bientôt on va passer à la lutte armée », moi je veux leur dire « Vous ne savez pas ce que c’est. C’est quelque chose d’extrêmement dur. Ce n’est pas la fleur au fusil ».

Tu écris dans l’avant-propos qu’il s’agit d’une histoire d’Action directe. Mais en réalité, quand on lit le livre, on se rend compte qu’il s’agit aussi d’une histoire de la France de l’époque. Tu racontes Action directe mais également un contexte général, qui a été lui aussi dissimulé, voire effacé.

Il y a toute une génération, c’est connu pour l’Allemagne et l’Italie, qui a fait à l’époque le choix des armes. En France, on était confronté à un État qui était expérimenté, qui avait fait face à une véritable guerre civile avec l’Algérie, qui avait connu la guerre en Indochine, et qui était roué à la contre-insurrection, la contre-propagande, à toutes les saloperies. Quand on a commencé, ils étaient impliqués directement dans la répression anti-subversive en Uruguay et en Argentine. Ils étaient en fait beaucoup plus forts qu’en Allemagne et en Italie.

Avant même Action directe, il y avait des actions armées en France. Le chef de la police de Montevideo a été tué ici, comme le général bolivien qui avait ordonné l’exécution de Che Guevara… Mais tout a été couvert par des amnisties : quand tu amnisties, officiellement tu te réconcilies, mais en fait tu effaces la mémoire. Et on a l’impression qu’en France il ne s’est rien passé jusqu’à ce que nous on refuse de se renier. Quand on est sortis de prison pour la première fois, ils sont venus nous voir pour nous dire qu’il fallait arrêter tout. Et tu sais, si on avait arrêté à ce moment-là, au moment de l’amnistie de Mitterrand [après l’élection de 1981], jamais on n’aurait entendu parler des actions que l’on avait menées à la fin des années 1970, jamais les gens n’auraient entendu parler d’Action directe et des autres groupes.

Ce qui avait été effacé aussi, jusqu’à présent, c’est la dimension internationale d’Action directe. Dans nos commandos il y avait des Palestiniens, des Libanais, des Turcs, des Arméniens… On n’a jamais été une organisation française. À la fin des années 1970, Paris avait pris une centralité dans la lutte armée européenne et internationale, il y avait une effervescence d’engagement. On nous montre comme un petit groupe, mais il faut savoir, et je ne le dis pas pour la gloriole, qu’énormément de gens ont été impliqués, à différents niveaux, plus ou moins longtemps, dans la lutte armée.

Pendant plusieurs années vous avez posé des bombes contre des bâtiments symboliques du pouvoir capitaliste et impérialiste, avant de vous en prendre physiquement à des personnes. Et dans le livre, cela semble aller de soi, cela ne fait pas l’objet d’une discussion particulière, comme s’il y avait un continuum entre les deux. Pour vous, finalement, c’était la même chose ?

Oui, c’est la même chose. On est une organisation qui a tué, mais extrêmement peu, par rapport à d’autres. Et ce n’est pas parce qu’on était moins violents dans notre tête, ou plus pacifiques que les autres. Tuer, c’est une décision grave, qui ne se prend pas à la légère, d’où les détails que je donne dans le livre. Il faut vraiment choisir les moments stratégiques où tu vas le faire. Nous, on s’est rendu compte, à un moment donné, que l’on ne pouvait pas faire des grandes opérations d’enlèvement, comme celles qui avaient été menées par la RAF ou les Brigades rouges…

Vous avez hésité, à propos de Besse, entre le tuer ou l’enlever…

Oui, on a envisagé les deux options. On aurait pu l’enlever, et essayer de mener une bataille politique, autour des prisonniers mais surtout des restructurations chez Renault et ­ailleurs. Mais on a pensé qu’on n’avait pas la force. Avec le recul, on se dit que ça nous aurait peut-être donné une respiration. Le tuer, ça a accéléré notre arrestation. Quand tu fais des erreurs tactiques, dans la guérilla, tu le paies cash. Ce n’est pas comme au NPA où tu peux te tromper de stratégie et, le lendemain des élections, tu te dis on a merdé, et on reprend de zéro. Dans la guérilla quand tu te trompes sur un truc tactique important, tu le paies cash. Et nous on l’a payé cash.

Tu écris dans le livre que l’exécution de Georges Besse « appartient au patrimoine de notre classe ». Que veux-tu dire par là ?

Quand tu fais une action qui parle autant aux gens, qui te dépasse, tu t’effaces. Tu as produit un truc, et tu te rends compte qu’il est repris par plein de gens. C’était fou les retours qu’on a eus des ateliers… C’était « On se sent plus forts en rentrant ce matin à l’usine ». Un peu comme après l’exécution de Tramoni1. Ça dépasse de très loin la poignée d’individus du commando, ça appartient à tout le monde. Quand une action comme ça entre en syntonie avec les idées de la classe, ou d’une partie de la classe, ce n’est pas toi, elle ne t’appartient pas.

Quel rôle, finalement, avait pour vous la violence révolutionnaire ? On vous a souvent taxés de substitutisme, au sens où vous auriez voulu faire « à la place des masses »…

Dans les années 1980, avec le développement du néolibéralisme, on est à un moment où tout semble s’effondrer, et où l’idée se répand que la lutte de classe, c’est fini. Nous on porte un discours qui affirme le contraire, et on essaie de penser les changements de la période, la mondialisation, le rôle des institutions internationales, la nécessité d’internationaliser le combat, de relancer un projet stratégique anti-impérialiste. Mais c’est un projet qui arrive trop tard, on s’en rend bien compte. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’on ne voulait pas remplacer le mouvement révolutionnaire, on n’était pas dans les conneries dont me parlait Romain Goupil sur France Inter l’autre jour, la volonté d’« accélérer » les choses. On voulait, comme d’autres, raviver la lutte des classes, mais sans croire qu’on y arriverait seuls et seulement par la lutte armée. On a toujours pensé que du tract au fusil c’est la même lutte, c’est le même mouvement. On n’est pas une avant-garde, on est une réalité de l’antagonisme de classe dans ce pays. Et quand les masses et leurs organisations ne se battent plus, c’est sûr que les guérilleros ne vont pas se battre à leur place.

Propos recueillis par Julien Salingue


https://npa2009.org/idees/politique/la- ... utte-armee
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 25 Oct 2018, 20:37

« Dix ans d’Action Directe » , Jann-Marc Rouillan en tournée en Bretagne

À l’occasion de la sortie de «  Dix ans d’Action directe  » (publié chez Agone), Jann-Marc Rouillan sillone la Bretagne pour présenter son ouvrage et discuter avec le public de son parcours de révolutionnaire.

. Samedi 27 octobre au DIBAR à Plougonver 16h, projection d’un film sur les GARI (Groupe d’Action Révolutionnaire Internationaliste) suivi d’un débat et de la vente du livre.
. Mardi 30 octobre à Rennes au Babazula 182 avenue général Georges Patton à 19h30 , vente, signature et discussion.
. Mercredi 31 octobre à Uhelgoat à l’« Autre Rive » à 20h vente, signature et discussion.
. Vendredi 2 novembre à Nantes à l’atelier B17 , 17 rue Paul Bellamy 20H
. Samedi 3 novembre sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes à 16h au Talus à la Rolandière

http://rennes-info.org/Dix-ans-d-Action ... -Jann-Marc
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 27 Oct 2018, 19:05

Action directe, les premières années

D'Aurélien Dubuisson. Éditions Libertalia, 282 pages, 10 euros.

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« Le 1er mai 1979, le sigle Action directe fait son apparition dans le paysage politique français avec le mitraillage du CNPF. L’opération marque le début d’une offensive qui va se prolonger jusqu’en 1987, date à laquelle les derniers membres de l’organisation sont arrêtés. Pour saisir l’émergence d’un tel groupe, il est nécessaire de s’intéresser au contexte dans lequel il prend forme. » Dès les premières lignes d’Action directe, les premières années, Aurélien Dubuisson précise son projet : il n’entend pas écrire une histoire d’Action directe mais se penche avant tout sur les conditions d’émergence du groupe et sur ses « premières années » (jusqu’en 1982).

D’après un mémoire universitaire

Rédigé d’après un mémoire universitaire, le texte d’Aurélien Dubuisson est particulièrement concis (les 2/3 de l’ouvrage sont composés d’entretiens et d’annexes), ce qui présente un avantage (une approche synthétique) et un défaut (des passages parfois trop allusifs). Sorti quelques semaines après le livre de Jean-Marc Rouillan (Dix ans d’Action directe, chez Agone, voir notre recension dans l’Anticapitaliste n°4431 et l’interview de Jean-Marc Rouillan dans le n°4442), le livre a le mérite de proposer une approche plus « historienne » et plus « extérieure », à laquelle ne pouvait bien sûr pas prétendre Rouillan.

Ce dernier fait évidemment partie des membres d’Action directe que Dubuisson a interviewéEs au cours de son travail : des interviews reproduites in extenso dans l’ouvrage, qui en composent pas loin de la moitié et qui, on doit le dire, forment probablement l’une des pièces maîtresses du livre. Elles racontent une histoire et une époque, mais aussi des histoires, des trajectoires individuelles et collectives, des désaccords et, parfois, des incertitudes et de la lassitude. Un livre bien éloigné des versions policières de l’histoire, qui permet d’alimenter la réflexion et les discussions sur le phénomène Action directe.

Julien Salingue

1. Lire la recension en ligne https://npa2009.org/idees/culture/dix-a ... on-directe.
2. Lire l'interview en ligne https://npa2009.org/idees/politique/la- ... utte-armee.


https://npa2009.org/idees/culture/actio ... res-annees
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 02 Nov 2018, 14:50

Action Directe 77-87, Jann Marc Rouillan présente son livre

Nantes, vendredi 2 novembre 2018 à 20h
B 17, au 1er étage, fond 2eme cour, 17 rue Paul Belamy

Jann-Marc Rouillan présentera son livre sorti cet automne chez Agone, autour des dix années d'intervention du groupe Action Directe de 1977 à 1987.

« Le nom “Action directe” a surgi lors d’une réunion dans un tout petit appart donnant sur le cimetière de Montmartre. Il avait été avancé par un camarade italien. Savait-il que la puissante organisation du syndicalisme révolutionnaire italien au début du XXe siècle était Azione Diretta ? Lorsque ce nom est apparu officiellement, nombreux furent les censeurs : ils n’y voyaient que référence au militarisme ou à l’anarchisme de la propagande par le fait. C’était oublier combien ce terme appartient au patrimoine de toute la classe prolétarienne, qu’on le retrouve dans les premiers congrès de la CGT et dans les luttes de libération nationale. »

Du choix de la lutte armée à l’emprisonnement de 1980 et l’amnistie de 1981, de l’investissement avec les sans-papiers du quartier de la Goutte d’or au retour à la clandestinité en 1982 puis à l’arrestation de 1987 avec Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani en passant par les liens avec la Fraction armée rouge et les Brigades rouges, Jann Marc Rouillan raconte pour la première fois l’histoire interne d’Action directe. Analyse critique par l’un de ses protagonistes, ce livre est une pièce indispensable d’un fragment de l’histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

https://nantes.indymedia.org/events/43360
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 11 Nov 2018, 15:57

Entretien autour du Mouvement du 2 Juin, groupe armé en RFA

"Nous avions les cheveux longs et aucune envie de travailler"

Un entretien avec Norbert Kröcher, dit Knofo, réalisé en décembre 2008 par Sergio Rossi à propos du Mouvement du 2 juin et de Berlin-Ouest lors de la période ’65-’75, traduit par nos soins (en collaboration avec Contra Info) depuis le blog de Salvatore Ricciardi Contromaelstrom.

(Norbert Kröcher était rédacteur avec Ronald Fritzsch et P.P. Zahl de la revue FIZZ, de la gauche radicale berlinoise, de tendance anarchiste. Tous trois ont ensuite conflué dans le « Mouvement du 2 Juin ».)

Sur le Mouvement du 2 Juin, il est important de commencer par dire que ceux qui y ont conflué venaient d’un milieu complètement différent de celui de la Fraction Armée Rouge (RAF). Nous étions une grande majorité de prolétaires, tandis que la RAF venait de la petite ou de la haute bourgeoisie. Leur monde était complètement séparé et, de plus, les « classifications » sociales étaient alors beaucoup plus marquées. Aujourd’hui, il n’y a que les riches et les pauvres, mais à l’époque il s’agissait de subdivisions en classes au sens marxiste du terme. La provenance, la condition sociale de laquelle on venait jouait un rôle important. Il y avait les travailleurs, les employés, les commerçants et les marchands, la petite et la haute bourgeoisie. Et puis nous : le prolétariat, la couche la plus basse de la société. Parmi nous, il y avait aussi quelques sous-prolétaires qui, quand nous nous sommes politisés et avons commencé comme Gammler, sont restés à glander.

Nous avions les cheveux longs et aucune envie de travailler. Nous ne le faisions que lorsque c’était absolument nécessaire. Généralement des boulots de merde à la limite de l’esclavage : décharger des sacs de farine des bateaux, transporter des marchandises en fourgonnette, porter des pierres, etc. Dans cet ambiance, il y avait des sous-prolétaires qui sont par la suite devenus alcooliques ou toxicos. Des gens qui, une fois que la structure politique leur a enlevé les Gammler, sont devenus de simples vagabonds et se sont mis à tomber vraiment bas.

Encore sur les classes : en 1970, il y a une dispute entre Marcuse et Hans Magnus Enzensberger sur comment était la société de classes en RFA, si les classes existaient encore et comment se structurait la société. A cette occasion, tous deux ont postulé une chose intéressante, à savoir que les traditionnels cols bleus s’étaient transformés en cols blancs. C’est-à-dire que si quelqu’un portait auparavant un bleu de travail sur les machines, cette même personne est aujourd’hui en chemise devant une fraise informatisée et programme la pièce qui doit en sortir. Ce qui a conduit à la disparition de l’ouvrier en bleu de travail.

... https://mars-infos.org/entretien-autour ... t-du-2-171
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Re: Autour des luttes armées dans les 1970's

Messagede bipbip » 11 Nov 2018, 20:43

Mario Moretti et les Brigades rouges

Dans les années 1968, l'Italie est secouée par une révolte ouvrière qui débouche vers la lutte armée. Les Brigades rouges restent le plus puissant groupe armé de l'Europe des années 1970. Il semble intéressant de revenir sur ses origines et sur ses limites.

Les Brigades rouges (BR) italiennes restent l’organisation de lutte armée la plus importante des années 1970. Les BR restent surtout connues pour l’enlèvement d’Aldo Moro, un politicien démocrate-chrétien. Mais les BR s’inscrivent avant tout dans le contexte de l’autonomie italienne. Elles proviennent de la contestation des usines et des quartiers populaires. Elles peuvent s’appuyer sur un important soutien populaire, contrairement à des groupuscules peu implantés dans les luttes sociales.

En 1994, le témoignage de Mario Moretti éclaire la trajectoire de ce groupe politique. Il revient également sur la période des « années de plomb ». Les livres de Cesare Battisti ou d’Erri de Luca ont permis de populariser ce contexte historique. Cette période nourrit des ouvrages universitaires ou littéraires, des romans policiers, des films documentaires ou de fiction. Mario Moretti propose son témoignage pour éclairer cette période et s’opposer aux diverses théories du complot. Il se confie à deux journalistes italiennes de gauche, Carla Mosca et Rossana Rossanda, dans le livre Brigate Rosse. Une histoire italienne.

... http://www.zones-subversives.com/-
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