Petites histoires de grêves et manifestations du passé

Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 27 Juin 2016, 01:18

1906 : Clemenceau et l’interdiction des manifestations

Manuel Valls le reconnaît volontiers, son modèle politique est Georges Clemenceau. De fait, les événements actuels montrent que le premier ministre de l’état d’urgence permanent s’inspire volontiers des pratiques de celui qui se surnomma « premier flic de France » entre 1906 et 1909. Y compris lorsque celles-ci sont extrêmement violentes et antidémocratiques.

« La révolution qui vient ». En ce 27 avril 1906, le titre barre la une du quotidien L’Echo de Paris, que cette perspective n’enchante guère. Échaudées par deux mois de propagande du ministre de l’Intérieur, les forces conservatrices du pays s’inquiètent du déroulement de la manifestation du 1er mai. L’ennemi numéro un s’appelle, déjà, la CGT :

« Sera-ce une journée rouge ? Les chefs de la Confédération joueront-ils leur va-tout ? […] N’est-il pas préférable de prévenir l’émeute plutôt que d’avoir à la réprimer ? […] Quelle que soit l’intensité du mouvement révolutionnaire, l’ordre sera maintenu à Paris. Mais cet ordre aurait-il jamais dû être à ce point menacé ? La question, à la veille des élections, devra être posée à ceux qui, depuis dix ans, ont laissé faire – quand ils ne les ont pas encouragés – les partis révolutionnaires. On a permis à des syndicats de se constituer comme un Etat dans l’Etat, d’organiser la révolte. »

... http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=5843
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 21 Juil 2016, 21:41

Révolte ouvrière à Saint-Nazaire en 1955

En 1955, la classe ouvrière montre toute sa puissance politique au cours de la grève de Saint-Nazaire. Des pratiques de lutte spontanées se développent.

C’est la classe ouvrière qui se trouve au cœur des luttes sociales au XXe siècle. Les prolétaires disposent d’une longue histoire de grèves et de révoltes. Louis Oury propose son témoignage sur les luttes ouvrières dans son livre Les Prolos. Il évoque notamment le puissant mouvement de grève qui éclate à Saint-Nazaire en 1955. Il retrace cet évènement à travers son regard de jeune ouvrier pas encore politisé.

... http://www.zones-subversives.com/2016/0 ... -1955.html
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 01 Aoû 2016, 04:09

Les transbordeuses d’oranges de Cerbère (1906)

De l’année 1906, nombreux sont ceux qui ont en mémoire la catastrophe de Courrières, la réhabilitation de Dreyfus ou encore la Querelle des inventaires. Bien plus rare sont malheureusement ceux qui ont connaissance du conflit qui opposa pendant plusieurs mois, les transbordeuses d’oranges de Cerbère (Pyrénées-Orientales) aux transitaires qui les exploitaient. Et pourtant, il s’agit là du premier grand mouvement de grève exclusivement féminin en France. Chargées d’embarquer chaque jour plusieurs tonnes d’oranges dans des wagons, près de 200 ouvrières se mobilisent fin février pour réclamer une augmentation de salaire. Après une première victoire, elles décident de s’organiser afin de peser davantage dans les futurs rapports de force et fondent l’un des premiers syndicats féminins au sein de la classe ouvrière (1). Un véritable bras de fer se déclenche alors avec un patronat revanchard et provocateur qui tente de briser le mouvement dans l’œuf.

... https://matthieulepine.wordpress.com/20 ... bere-1906/
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 04 Aoû 2016, 18:48

1912 : Entr’aide et Défense sociale : résister à la répression

Entre violence économique et violences policières, le climat de la Ve république ne cesse de se durcir. Le mouvement social peut-il se protéger de façon plus efficace et plus solidaire ? Le Comité de défense sociale et la caisse L’Entr’aide, sous la IIIe République, constituent une expérience à méditer.

Août 1908 : le gouvernement Clemenceau espère briser les reins de la CGT. Suite à une vaste grève d’ouvriers carriers, la répression se déchaîne contre une manifestation syndicale à Villeneuve-Saint-Georges.
Bilan : 4 morts, 200 blessés, l’ensemble des responsables confédéraux mis sous les verrous ou en fuite à l’étranger [1].

Le secours aux détenus et aux familles des victimes va être en bonne partie coordonné par une structure unitaire : le Comité de défense sociale (CDS).

Fondé en 1903 [2] par un groupe d’anarchistes, le CDS a eu une activité sporadique pendant cinq ans, mais la tuerie de Villeneuve-Saint-Georges a marqué un tournant. En septembre 1908, le comité est refondé par une équipe dynamique et pluraliste [3], dont le moteur va être l’anarchiste René de Marmande. Même si l’élément libertaire domine, diverses sensibilités s’y côtoient désormais : syndicalistes, socialistes, anarchistes, artistes engagés, intellectuels sympathisants de la cause…

... https://paris-luttes.info/1912-entr-aid ... ciale-5846
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 06 Aoû 2016, 16:30

Août 1935 – Émeutes à Brest : Pourquoi en parler ?

Il y a 80 ans Brest était le théâtre de plusieurs journées d’émeutes contre un ensemble de mesures que l’on qualifierait aujourd’hui « d’austérité » ; l’occasion de revenir sur un épisode méconnu de l’histoire de notre ville. Une série d’articles sera donc publiée, revenant sur le contexte de ces émeutes, faisant une description de ces journées et tentant d’expliquer ce qui s’est déroulé à ce moment.

6 parties : http://brest.mediaslibres.org/spip.php?article100
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 07 Sep 2016, 03:29

Ils voulaient lever sur Marseille le drapeau bleu, rouge et noir...

En 1841, un groupe d’artisans et d’ouvriers marseillais tente de lancer une insurrection.

À la mémoire des insurgés du 23 mars 1841 à Marseille, dont l’insurrection fut étouffée dans l’oeuf, et totalement passée sous silence jusqu’à aujourd’hui, sinon dans une terrible chanson de Victor Gelu. chanson qui m’a amené à faire cette recherche [1].

Marseille. mardi 23 mars 1841, place des Hommes, à l’est des vieux quartiers. La nuit est tombée. Le drapeau bleu, rouge et noir, c’est celui que porte, encore roulé, François Bourdisson, le savetier, 54 ans, né sujet piémontais. Bleu et rouge, comme le drapeau de la République, celle de 1793. Le drapeau qu’a usurpé Orléans, en juillet 1830, qui remplaça le drapeau blanc des Bourbons par le tricolore. Mais noir, à la place du blanc de la royauté. Noir, comme le drapeau des Canuts insurgés en 1834. Noir, pour dire l’espoir de la République démocratique et sociale. La « Bôna ».

« Changer la forme du gouvernement, proclamer la République, c’était le prétexte, ce n’était pas le but véritable des conjurés, ils l’ont dit déjà mille fois eux-mêmes dans leurs conciliabules et dans leurs pratiques d’embauchage : c’était la guerre du pauvre contre le riche, c’était le partage ou plutôt c’était le pillage des biens. Il ne s’agit donc pas ici d’une affaire politique mais d’un complot et d’un attentat contre l’ordre social. C’est une de ces folles, mais terribles entreprises qui se concevrait plus aisément dans un pays où l’extrême opulence touche à l’extrême pauvreté, mais qui ne devrait pas être tentée, et qui ne pouvait pas réussir en France. C’est encore par l’organisation des sociétés secrètes que ce mouvement insurrectionnel a été préparé [...] Dans ces dernières années, les sociétés secrètes, en s’adressant plus particulièrement aux classes ouvrières, en leur parlant de communauté des biens, plus que de politique. en signalant à leur haine les oisifs et les riches, ont pris un caractère plus odieux, plus menaçant encore. C’est le trait distinctif des associations sur les-quelles se fondait l’attentat du mois de mars ». (Acte d’accusation du 15 septembre 1841 [2]).

Ils sont une vingtaine, réunis à l’appel de leur chef de section, Courbiet le tailleur de pierres. L’autre frère Courbiet, le maçon, réunit sa section un peu plus loin. Comme sur d’autres places, Suzini le chapelier, et bien sûr Deschamps le peintre en bâtiment, le chef des montagnards de Marseille, et d’autres encore... Le fusil, le sabre ou le pistolet sont glissés le long du pantalon. Les cartouches ont été réparties. Ils vont monter à travers le vieux quartier, passer la barrière, pour rejoindre la guinguette du Polonais, dans la proche campagne d’Arenc. Ils pensent se trouver dans les trois cents, plus le renfort des ouvriers du canal, qui descendront du nord. Pagès dit Francœur. du Puy et Bonnet le Niçois. deux mineurs qui travaillent au canal ont recruté un fort groupe d’hommes décidés. Un groupe d’ouvriers viendra aussi des Pennes, plus au nord. Ensuite Deschamps, le chef des montagnards de Marseille. donnera les consignes pour neutraliser les postes de garde et s’emparer des bâtiments publics.

Car ils veulent prendre Marseille cette nuit. Folie ? Les frères étaient trop impatients pour attendre encore un signal de Paris. Cette fois c’est Marseille qui lancera l’insurrection. « Les patriotes du Midi semblent se dégoûter de suivre l’impulsion parisienne, ils proposent de faire corps avec Lyon en s’isolant de Paris [3]. Tel était, en effet. le terrain que s’était donné l’insurrection marseillaise. Le mouvement devait s’effec-tuer entre Marseille et Lyon ».

L’insurrection doit éclater

La décision a été prise, irrévocablement. dimanche 21. à la guinguette du Polonais, l’insurrection doit éclater dans la nuit du 23. Aussitôt les frères de Vaucluse suivront. Tous sont prêts. à Avignon. Cavaillon. Orange. Et sans doute au-delà, à Nîmes. Montpellier... Joseph Courbiet a d’abord fait la tournée en Vaucluse puis, le 8 mars, Deschamps, les Courbiet et Suzini ont rencontré les délégués des frères de Vaucluse, ceux de la Société des montagnards et ceux des Carbonari réformés, à Lambesc, aux confins des deux départements. On ne sait trop ce que Lyon fera : le messager d’Orange qui apportait les lettres codées des frères de Lyon les avait cachées dans ses souliers, et un orage les a noyées. Ici, à Marseille, les montagnards ne comptent pratiquement que des prolétaires et de tout petits artisans, ceux dont les échoppes sont lieux de propagande, cordonniers, tailleurs au premier chef... Tous sont marseillais, mais bien peu sont natifs de Marseille. Ils sont venus de tout le grand Sud-Est, et même au-delà, travailler dans la capitale méridionale. Les beaux parleurs, les petits-bourgeois républicains se sont défilés devant cette entreprise. Benet, le professeur de dessin du collège d’Orange, qui devait faire le lien avec Lyon, a passé la main. Même Sénés l’imprimeur, l’ancien imprimeur du Peuple souverain tué par les procès en 1835, s’est un peu fait tirer l’oreille. Trop connu à Marseille. trop surveillé... Mais qui n’est pas surveillé ? Deschamps a déjà été poursuivi pour complot en 39, comme Millet le cordonnier. La police sait bien que Ravel le journalier et Thierry l’ouvrier tailleur sont membres de la société républicaine dite de Saint Just, Thierry en est même le président... Et le pouvoir a ses oreilles dans toutes ces guinguettes où le petit peuple de Marseille passe ses dimanches.

Mais baste, les frères veulent agir. « Ce sont les simples chefs de sections, plus rapprochés des masses, plus accessibles à leurs plaintes, moins capables de combiner et d’apprécier les chances de succès, qui se sont mis à la tête du mouvement. Les subalternes sont devenus chefs. Il y avait en effet une telle impatience. un tel aveuglement dans cette masse ignorante, qu’une petite commune de Vaucluse osait dire, que si on ne voulait pas agir, Pernes donnerait la république. C’est ainsi que Marseille s’est précipitée sans attendre Lyon, et qu’Avignon même n’a pu retenir les communes de Vaucluse ».

Le 25, les bons bourgeois de Marseille apprendront par leur journal quasi officiel, Le Sémaphore, que 300 anarchistes, réunis dans une guinguette de la Villette, ont été cernés par la police, la gendarmerie, prévenues par dénonciation, et par la troupe. Après un échange de coups de feu qui a blessé un gendarme, la plupart des conjurés ont pu s’enfuir dans la campagne. Un certain nombre ont été arrêtés. La colonne des ouvriers du canal et des ouvriers des Pennes rencontrera un groupe de fugitifs et rebroussera donc chemin. L’instruction montre la solidité de ces conspirateurs. Sur la quarantaine d’arrêtés, seuls quatre feront quelques aveux. La répression va ensuite s’abattre massivement sur les groupes Carbonari de Vaucluse. Ainsi s’explique peut-être l’absence presque totale de mouvements protestataires en Provence lors de « l’été rouge » de 1841, qui vit la plupart des régions du Midi secouées par des révoltes interclassistes contre le recensement des portes et fenêtres.

« L’affaire de Marseille » témoignait en tout cas dans la grande cité d’une première et violente concrétisation des aspirations ouvrières à une République sociale, et d’une organisation autonome par rapport aux jeunes militants républicains petits-bourgeois, dont beaucoup deviendront des cadres de la République naissante, en mars 1848. Alors que les derniers condamnés du complot de Marseille venaient d’achever leurs années de détention... L’affaire témoigne aussi d’une constante trop sou-vent ignorée : l’autonomie politique des « rouges » du Midi, et leur désir de se regrouper dans le triangle du grand Sud-Est, désir qui se concrétisera en 1850 dans l’affaire du complot dit de Lyon, touchant 15 départements méridionaux entre Lyon et Marseille, comme dans la constitution de la Ligue du Midi, en 1870. Autonomie d’initiative politique qui ne visait pas l’éclatement de la France, mais l’avènement de la République, que beaucoup souhaitaient communaliste, voire fédérative.


P.-S.
Cet article est tiré de l’excellente revue d’histoire populaire "Gavroche" dont 166 numéros sont parus entre 1981 et 2011.
Vous pouvez en télécharger l’intégralité sur le site du collectif Archives Autonomies http://archivesautonomies.org/spip.php?article299



Notes

[1] Cf. René Merle — • Victor Gelu : la chanson Loa Tremblement (Le Tremblement) et la tentative insurrectionnelle marseillaise de mars 1841 On verra dans cet article comment Gela a fait glisser la composition sociale des insurgés vers le monde naissant de l’industrie. On y trouvera aussi le texte de la chanson et sa traduction. httly/hevurene.mcrlesom1 anicle.php3 ?id_aniele=372

[2] Archives Nationales. BB 18 1390. Affaires cri-minelles. pièces relatives à l’attentat de Marseille Toutes les citations en italique proviennent du même acte d’accusation. Tous les renseignements contenus dans cet article proviennent également du mime dossier.

[3] Citation d’une lettre du septembre 1840 saisie à Lyon et lue au procès de membres des sociétés secrètes lyonnaises.

https://mars-infos.org/ils-voulaient-le ... eille-1523
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 04 Oct 2016, 00:55

Grève de la métallurgie au Havre

Pendant la guerre 1914-1918, le grand Patronat Français, Comité des Forges en tête, fut obligé de par l’action des Ouvriers de la métallurgie et aussi par les nécessités de l’armement d’accorder, et ce, à son grand regret, des avantages substantiels à ce personnel.
Ce patronat rétrograde qui guettait l’occasion de reprendre la direction des opérations pour de nouveau imposer une direction dictatoriale avec ses volontés ; cette occasion se présenta avec la scission confédérale d’après-guerre, et dès ce moment, il ne manoeuvra que pour arriver à ses fins ; volontairement le chômage fut imposé à une grande partie de travailleurs, avec l’espoir que ce régime amènerait les autres parties à un degré de soumission facilement exploitable.
En effet, en juin 1922, le Comité des Forges décidait de réduire de 10% les salaires de tous les ouvriers dépendant de leurs industries. Le Havre fut choisie comme ville cobaye où la tentative de réduction de salaires devait être tentée, et des circulaires furent affichées dans tous les ateliers annonçant l’application de cette mesure pour le 20 dudit mois ; dire le sentiment de révolte qu’elle suscita est difficile à décrire, surtout qu’en cette même période, le coût de la vie ne cessait de croître, ainsi que le prix des loyers ; c’était aussi méconnaître la combativité des ouvriers havrais, et le débrayage des usines débuta par les ouvriers des Chantiers de la Gironde, lesquels tinrent leur première réunion, le 20 juin, à la Salle des Fêtes de Graville; ce premier débrayage fit tache d’huile et le 22 au soir, la grève était totale.
C’est à partir de cette date que des tentatives de conciliation furent faites, mais hélas sans résultat.
Le Comité des Forges ayant donné au Syndicat patronal l’ordre formel de ne point discuter et de rester intraitable ; il comptait probablement sur la veulerie de la classe ouvrière, et pour ce faire, il fit venir des Chantiers de Normandie de Quevilly, un groupe d’ouvriers pour travailler à la réparation des navires de la Compagnie Générale Transatlantique, mais la vigilance des grévistes déjoua cette manoeuvre et les Rouennais qui avaient été dupés, assistèrent à la réunion quotidienne des grévistes et reprirent le train pour retourner chez eux.
La grève total continuait donc sans pourparlers, ce qui amena le comité de grève à envisager l’exode des enfants vers des lieux hospitaliers, où ils étaient réclamés par les camarades des ouvriers des départements voisins et de la région parisienne.
C’est au cours du départ d’un convoi d’enfants, le 26 juillet, à 16 heures, qu’un incident se produisit…

PDF : http://le-libertaire.net/wp-content/upl ... s-Serie-Grève-1922-1.pdf

http://le-libertaire.net/greve-metallurgie-au-havre/
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 27 Oct 2016, 22:22

Paris, vendredi 28 octobre

Projection du film : « Nous, ouvriers » de Claire Feinstein et Gilles Perez

à 19h30, Publico, librairie du Monde libertaire, 145 rue Amelot, Paris 11e

Episodes 1 « Nos mains ont reconstruit la France » (1945-1963) et 2 « …nos rêves ont façonné la société » (1963-1983)

Projection de l’épisode 3 le 4 novembre.

Ils sont là et pourtant invisibles. Car ces hommes et ces femmes ont disparu de notre champ visuel. Il faut des fermetures d’usines et des vies qui s’écroulent pour que l’on redécouvre, étonnés, leur existence.
Au sortir de la Seconde guerre mondiale, ces travailleurs étaient pourtant acclamés comme des héros.
« Gueules noires » et métallos étaient alors les figures incontournables de la reconstruction et les fers de lance des plus grandes avancées sociales.
Comment une telle mutation a t-elle pu avoir lieu ?

Entrée libre.

Organisé par le groupe Salvator Segui de la Fédération anarchiste
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 10 Nov 2016, 22:06

1917-1918 : les ouvrières tourangelles en grève

Pendant la Première guerre mondiale, c’est moins par patriotisme que par nécessité que les femmes sont entrées dans les ateliers et ont lutté pour leurs conditions de travail. Retour sur les grèves des ouvrières tourangelles, en particulier celles de l’habillement en 1917-1918.

... http://larotative.info/1917-1918-les-ou ... -1886.html
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede Pïérô » 16 Nov 2016, 01:25

Le libertaire Hors série spécial « Grande grève de la Métallurgie au Havre »

Nous mettons à la disposition de nos lecteurs un numéro Hors série de notre journal « le libertaire » consacré à la grande grève de la métallurgie au Havre en 1922. De superbes phots…Et l’armée française, cette ennemie des travailleurs, qui occupe la Bourse du Travail, le Cercle Franklin au Havre.

Lib Hors-Serie Grève 1922 (1) : http://le-libertaire.net/wp-content/upl ... s-Serie-Grève-1922-1.pdf
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 13 Déc 2016, 17:52

Décembre 1986 : Les coordinations de grévistes ouvrent une ère nouvelle

Après l’anesthésie générale de 1981, le mouvement social se réveille. La droite, revenue aux affaires en mars, a lancé des attaques libérales tous azimuts. Quatre puissants mouvements vont la faire reculer : la jeunesse à l’automne 1986, les cheminots en décembre 1986, les instits au printemps 1987, les infirmières à l’automne 1988. Un nouveau cycle de luttes s’annonce, marqué par l’avènement de pratiques novatrices d’auto-organisation. C’est le temps des « coordinations ».

... http://www.alternativelibertaire.org/?D ... nations-de
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 18 Déc 2016, 16:56

21 novembre 1831 : début de la révolte des canuts

Les ouvriers en soierie de Lyon se soulèvent en novembre 1831 en prenant pour devise "Vivre en travaillant ou mourir en combattant". La révolte des canuts est devenue légendaire dans le monde entier, un des premiers mouvements de la classe ouvrière, une référence pour Marx, Jean Jaurès... même s’il y eut de nombreuses rebeynes ou révoltes avant elle à Lyon. Et quelques unes après, dont celle que nous avons vécu avec les jeunes des quartiers en novembre 2005, ou même en octobre 2010...

Ce nouvel épisode, jour par jour, de "l’Almanach de Myrelingue" peut nous aider à prendre de la graine ; même si chaque fois, la situation est différente, il n’est jamais inutile de connaître ce qui s’est passé.

... https://rebellyon.info/21-novembre-1831 ... evolte-des




Quand les canuts faisaient reculer la troupe...

Vendredi 25 novembre 1831, Lyon, les Canuts, de l’imprimerie de Charvin, rue Chalamon, n°1, près de la rue des Souffletiers
La Glaneuse, journal des salons et des théâtres, première année, n°47

« Il est minuit, le silence le plus effrayant règne dans toute la ville. Ce silence est interrompu par quelques coups de fusils, et chaque explosion nous annonce peut-être la mort d’un de nos frères. Le jour paraît, le nombre des ouvriers armés s’est considérablement accru ; la lutte vient de recommencer en plusieurs points ; un grand nombre d’ouvriers et de jeunes gens se sont joints aux ouvriers en soie. Ils ont juré de vaincre ou de mourir. Ils tiendront leur serment.

Les gardes nationaux ont enfin compris le rôle honteux que l’autorité leur faisait jouer dans ce drame terrible. Ils ont presque tous cessé de faire feu sur le peuple. Ils ont caché leurs habits : qu’ils se hâtent de les brûler, ils sont souillés ... de sang ...

Vers 2 h du matin une vive fusillade s’engage, les troupes abandonnent la ville, la cause du peuple a triomphé ! Sa vengeance sera terrible, sans doute, le pillage, l’incendie, les massacres....Silence, trembleurs du juste milieu ! Silence, aristocrates égoistes, ne calomniez pas le peuple, il vous tenait hier dans sa main, il n’avait qu’à la fermer pour vous écraser tous, et cette main généreuse, il l’a ouverte .... Ne tremblez plus.... »

... https://rebellyon.info/Quand-les-canuts ... nt-reculer




C’est nous les Canuts encore tout nus, mais révoltés et toujours solidaires !

Ce n’était pas encore Grenelle, ce n’était que l’Ancienne Préfecture à Lyon, rue Confort. Et nous étions le 23 novembre 1831. Le préfet Bouvier Dumolart, homme matois et expérimenté, conscient que désormais, il incarne à lui seul l’autorité gouvernementale et ne peut demeurer inactif, réfléchit. "Les ouvriers compagnons, écrira-t-il dans ses mémoires, avaient seuls pris les armes ; mais les chefs d’ateliers n’avaient point participé à l’insurrection. C’est en eux que je cherchais ma force. Et c’est en eux seuls que je pouvais la trouver, dans l’état de démoralisation et de réprobation où se trouvait la garde nationale aux yeux de la partie agissante de l population. Je me hâtai de les convoquer. Et je fis en même temps publier la proclamation suivante : OUVRIERS ! Vos présidents de sections vont se rendre auprès de moi pour rechercher, de concert avec vos magistrats, les moyens de soulager vos malheureux états de souffrances ; ce sont de bons citoyens. Placez en eux toute confiance, écoutez-les quand ils vous diront que votre premier besoin, comme le nôtre, est le maintien de l’ordre et le rétablissement de la tranquillité publique."

... https://rebellyon.info/C-est-nous-les-C ... t-nus-6484
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 22 Déc 2016, 19:35

Décembre 1986-Janvier 1987 : La plus longue grève du rail

La grève de novembre-décembre 1995 demeure un exemple, parfois mythifié, de mouvement social dans lequel les cheminots et les cheminotes ont tenu une place prépondérante. Mais celle de décembre-janvier 1986/87 fut sans doute plus importante, par le renouveau qu’elle apportait et par ses conséquences dans les pratiques syndicales.

Si la grève de 1995 a existé, c’est parce que le mouvement de 1986/87 l’a préparé, à travers tout ce qu’il a porté et s’est retrouvé au cœur du mouvement social durant la décennie qui suit. « Fruit d’années de construction par des équipes militantes CFDT et parfois CGT, la grève de décembre 1986-janvier 1987 marque un tournant important en termes de démocratie dans la lutte, de démocratie syndicale, par la place conquise par les assemblées générales. C’est aussi une rupture avec la litanie des grèves carrées sans perspective, un retour à l’action directe par l’occupation des voies et des locaux de travail, l’instauration d’un contrôle de la base sur les négociations, la naissance des coordinations, etc. » [1].

Le mouvement qui a paralysé la SNCF durant près d’un mois s’inscrit dans la suite directe de la grève et des manifestations contre le projet de loi Devaquet. Nombre d’équipes syndicales ont relayé les informations sur ce mouvement et participé aux manifestations ; une partie non négligeable de la population cheminote s’y retrouvait d’autant plus qu’elle avait un point commun avec les étudiants et les étudiantes : la jeunesse. La période 1973/83 avait vu un très fort renouvellement du personnel SNCF.

La grève avant la grève

La longue grève inter-catégorielle se situe dans la suite directe d’un mouvement entamée deux semaines auparavant, par les vendeurs et vendeuses SNCF. Sur l’initiative des agents des gares de Paris-Saint-Lazare et Paris-Lyon, où les équipes syndicales CFDT [2] sont particulièrement actives, ils et elles ont construit un mouvement fort, reconductible et original : la grève des réservations, en réaction à la décision patronale de leur supprimer une indemnité. La réservation, devenue obligatoire pour les TGV mais encore facultative pour les autres trains, était une prestation différente du « billet de train » lui-même. Ce n’est que pour celle-ci que les agents commerciaux utilisaient le système informatique, auquel était liée cette indemnité. D’où l’idée : « puisque la direction veut nous supprimer l’indemnité de saisie, nous ne faisons plus de réservation » ; action illégale mais dont le caractère massif permis de repousser les menaces de sanction et … de gagner le maintien de l’indemnité de saisie pour (au moins) 30 années supplémentaires. Durant deux semaines, les agents commerciaux se réunissent chaque jour lors d’une assemblée générale tenue sur une heure de grève, décident des actions complémentaires à leur « grève des résas », choisissent et mandatent les délégations qui rencontrent la direction, se coordonnent directement de gare à gare : ils et elles exercent la démocratie syndicale et ouvrière au quotidien. Dans plusieurs régions, le mouvement s’élargira à quelques autres services, également concernés par l’indemnité de saisie [3]. A compter du 17 décembre, la CGT appelle à cesser la grève dans plusieurs gares, position confirmée par un tract fédéral le l8 ; au contraire, dans la même période, des A.G. de vendeurs et vendeuses soutenues par les syndicats CFDT locaux, décident de passer de la grève des réservations à la grève totale. Car l’histoire se construit aussi du côté des agents de conduite de Paris Nord…

Le syndicat est l’outil des travailleurs et des travailleuses…

Début décembre, un groupe d’agents de conduite de Paris-Nord a lancé une pétition, reprenant un cahier revendicatif ancré dans la réalité et mettant en avant la volonté de partir en grève pour le faire aboutir. Proposition est faite à toutes les fédérations syndicales de venir discuter de cette initiative lors d’une assemblée générale. Seule la fédération CFDT sera présente. Michel Desmars [4] prend l’engagement, non seulement d’appuyer la démarche régionale mais de l’amplifier en la relayant auprès de toutes les collectifs locaux CFDT, en incitant à l’organisation d’Assemblées Générales dans tous les dépôts dès que la grève aura démarré à Paris-Nord. Les revendications [5] n’ont rien de révolutionnaires, ce qui l’est plus est leur adéquation avec ce que pense la très grande majorité des cheminots et des cheminotes d’une part, l’utilisation dynamique qu’en fait la CFDT Cheminots d’autre part.

Le 18 décembre la grève démarre à Paris Nord, l’action s’étend le jour même sur l’ensemble du réseau Nord. Le 19, les dépôts de Paris Sud Est, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse se mettent en grève. Le 20 au matin, 70 dépôts sur 94 sont en grève ; le soir, 93. L’extension à d’autres secteurs commence et se généralise à compter du lundi 22. La direction joue la division, multiplie les réunions pour se concilier l’appui de quelques fédérations (CFTC, FO, FMC, CGC), sans répondre aux revendications des grévistes dont les A.G. repoussent ces provocations. Le 29 décembre marque le point le plus fort de la grève ; à partir de là, le mouvement se renforcera dans les établissements où il n’était pas encore majoritaire mais ne touchera pas les quelques services qui n’étaient pas vraiment entrés dans l’action. Durant trois semaines, la direction SNCF fera appel à de très nombreuses reprises aux forces dites de l’ordre, pour faire évacuer les voies, disperser des piquets de grèves, mettre un terme aux occupations de locaux de travail.

A la base, une pratique démocratique et unitaire

Tout au long du mouvement, la CFDT est à l’initiative, tout en promouvant la démocratie et le rôle des assemblées générales. La fédération fait circuler l’information en temps réel, tant sur la réalité de la grève que sur les négociations, les équipes locales défendent la primauté des assemblées générales, souvent contre la CGT, parfois contre des groupes politiques qui prétendent dicter aux grévistes la marche à suivre. Ce n’est pas un long fleuve dans tranquille dans la CFDT : les tiraillements sont forts avec la Fédération Générale des Transports et de l’Equipement qui défend une ligne plus modérée et tentera de l’imposer, via la presse, par-dessus la Branche fédérale cheminote ; quand à la confédération, début janvier, elle dénoncera publiquement la poursuite de la grève. Le rôle de la CFDT Cheminots, dans laquelle se retrouve nombre de militants et militantes révolutionnaires, a été très important. Il prend sa source dans l’activité menée depuis des années, en animant de nombreuses luttes locales, des structures syndicales locales, régionales et nationales, des regroupements intersyndicaux ou encore l’opposition au sein de la CFDT. Mais la grève de 1986/87 résulte aussi de dynamiques unitaires à la base. En témoigne Jaques Hais, alors un des animateurs du syndicat CFDT de la région rouennaise : Une tradition unitaire existait depuis longtemps sur l’agglomération rouennaise, des rencontres, des bulletins de boites, des actions étaient régulièrement réalisés par des cheminots syndiqués à la CGT, à la CFDT ou non syndiqués. Cette génération ne se reconnaissait pas dans le syndicalisme tel qu’il était, elle refusait la division syndicale ainsi que les divisions catégorielles.

En 1975 une trentaine de cheminots créent un modeste bulletin de 4 pages « La Basse Tonne » ; peu après, le Comité Unitaire de Mobilisation des Cheminots (CUMC) est créé ; il préconise la lutte autrement que par des grèves de 24 heures à répétition et affirme la nécessité de l’unité syndicale large ; le CUMC s’exprime par tracts et pétitions, son audience est d’environ 500 personnes sur l’agglomération rouennaise. La 3ème tentative de regroupement unitaire à la base se fera autour du journal « Rail Bol ». Vendu à 500 exemplaires, il sera édité de mai 1985 jusqu’à mi-1986. Les mêmes personnes impulsent des actions de soutien au niveau international : soutien à Solidarnosc, soutien au Nicaragua, soutien aux mineurs anglais, etc. »

La CGT combat la grève puis son auto-organisation

La fédération CGT s’oppose à la grève reconductible ; pour éviter la jonction, elle a appelé les agents commerciaux à cesser le mouvement juste avant le démarrage de la grève des agents de conduite. Surtout, durant les premières jours, elle organise des piquets antigrève dans plusieurs dépôts et freinent toute extension à d’autres catégories. Dépassée par la dynamique lancée, elle doit finalement soutenir le mouvement, mais multiplie les avertissements sur « les dangers de cette grève au moment des fêtes de fin d’année ». Lorsque se créent des coordinations, au lieu de mener le débat, de pointer les insuffisances, les contradictions voire les manipulations, la fédération CGT se contente de les dénoncer par principe. Dans de très nombreux sites, les militants et militantes CGT sont désarçonnés par la pratique des assemblées générales quotidiennes : alors que c’est un lieu vivant, interactif, créatif, ils et elles se contentent d’y lire le communiqué fédéral du jour et s’arc-boutent sur des positions parfois totalement étrangères aux participants et participantes aux assemblées générales. La CGT fera ultérieurement le bilan de cette grève, en tirera des enseignements, mais cet épisode important est un des éléments qui expliquent pourquoi le choix de cette organisation était impossible pour les milliers de cheminots et cheminotes quittant la CFDT quelques années plus tard, en janvier 1996.

Les coordinations

Pour la majorité des grévistes, ce sont les assemblées générales qui décidaient et il revenait aux fédérations syndicales de coordonner la lutte. En Normandie, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Auvergne, les comités de grèves locaux s’organisent à l’échelle régionale. Mais deux coordinations nationales sont mises une place : une concernant les agents de conduite, dans la suite de l’appel des grévistes de Paris-Nord ; l’autre, inter-catégorielle, basée sur la région Paris-Sud-Ouest. La CGT dénonce les deux. Au sein de la CFDT, la coordination inter-catégorielle est un sujet polémique : le choix de ses animateurs, responsables CFDT de Paris-Sud-Ouest, de dénoncer « les syndicats » y est pour beaucoup, ainsi que l’attitude de militants et militantes de Lutte Ouvrière qui investissent cette coordination nationale sans le moindre mandat de leur assemblée générale. La division sur ce sujet affectera aussi le mouvement libertaire : les militants UTCL, fortement impliqués dans la fédération CFDT, sont dénoncés par ceux de l’OCL et la FA. Si elles ont été médiatisées et étaient indéniablement une des facettes de la recherche d’auto-organisation du mouvement, les coordinations n’ont pas été l’élément décisif : ce sont les assemblées générales, quotidiennes et organisées par collectifs de travail, qui ont joué ce rôle. Il n’en reste pas moins que le phénomène marquera de nombreuses luttes des années qui suivent : dans l’éducation, dans la santé, jusqu’à la coordination des « camions jaunes » de la poste qui aboutira à la création de Sud PTT.

Fin de la grève

Le 31 décembre au soir, la bataille contre le projet de nouvelle grille salariale est gagnée ; les autres revendications ne sont pas satisfaites. La grève est reconduite. De nouveaux acquis, insuffisants, sont engrangés le 8 janvier. La grève se poursuit, mais la fatigue, les divisions, les faiblesses interprofessionnelles finiront par l’emporter. La reprise décidée au dépôt de Chambéry le 9, marque le début du reflux ; mais ce n’est que le 14 que la grève nationale prend réellement fin [6]. Le projet patronal de grille salariale a été retiré ; celle alors en vigueur l’est restée jusqu’à la négociation d’une nouvelle, applicable au 1er janvier 1992 (toujours en fonction aujourd’hui). L’indemnité de saisie est maintenue, son application est élargie, une nouvelle indemnité est crée pour les vendeurs et vendeuses ne travaillant pas sur informatique. De nombreux articles de la réglementation du travail sont améliorés.

20 ans plus tard, Jean-Michel Dauvel qui en 1986 travaillait au dépôt de Sotteville et était animateur du syndicat CFDT et de la coordination nationale des agents de conduite, résumait ainsi : « Ce qui restera dans l’imaginaire cheminot, plus que l’idée de victoire, c’est la conviction d’une fierté retrouvée : nous avons, dans la durée, égalé et dépassé nos aïeux de la grande grève de 1920. Nous avons su, contre le gouvernement et la direction, malgré certaines fédérations syndicales, construire un outil de lutte géré de bas en haut. Ce modèle sera repris lors des luttes des instituteurs et institutrices en 1987, puis des infirmières et des infirmiers en 1988. Vingt ans après, les syndicats ont (un peu) évolué, les assemblées générales sont devenues incontournables. Pour autant les syndicalistes révolutionnaires ont encore à se battre pour le maximum d’autonomie et d’initiative à la base. Ils ont encore à promouvoir la nécessité d’une organisation permanente (ça s’appelle un syndicat) gérée de bas en haut. Ils ont encore à lutter pour l’autogestion des luttes, « gymnastique » préalable à la reprise en main de l’outil de travail, prélude à l’autogestion de toute la société ! ». 10 ans de plus ont passé, le constat et les espoirs demeurent.

Christian (AL Banlieue Sud-est)


[1] « Grève des cheminots et cheminotes de 1986 et 2016 ; et si on parlait de grève reconductible ? » ; Ce dossier, avec des contributions de Mathieu Borie, Jacques Hais, Christian Mahieux, Frédéric Michel et Julien Troccaz, figure dans le numéro 3 de la revue Les utopiques, paru en octobre 2016 (Cahiers de réflexions de l’Union syndicale Solidaires : www.editions-lesutopiques.org )

[2] En janvier 1996, le syndicat CFDT de la Région de la Gare de Lyon sera le premier à fonder SUD-Rail, en votant sa désaffiliation par 94% des mandats de ses 700 membres ; celui de Paris-Saint-Lazare suivra majoritairement quelques jours plus tard.

[3] Les Centres Information Triage et Centres Information Séjour, chargés du suivi des wagons et voitures SNCF sur l’ensemble du réseau national.

[4] Michel Desmars est alors l’un des secrétaires de la fédération des cheminots CFDT, où il est notamment chargé du Groupe Technique National Agents de Conduite. L’équipe fédérale CFDT avait été largement renouvelée lors du congrès tenu deux mois plus tôt. Plusieurs des membres, particulièrement présents dans le mouvement de 1986/87, feront partie des fondateurs de SUD-Rail en janvier 1996.

[5] Elles portent sur le refus du projet patronal de grille des salaires qui diminue considérablement la part d’avancement à l’ancienneté, sur l’amélioration du déroulement de carrière, des primes et des conditions de travail, et sur la dénonciation de la médecine répressive.

[6] Dans quelques sites, ce sera le 15. A partir de là, des situations locales amènent aussi des militants et militantes à se trouver en « absence irrégulière » … contrairement à toute la période précédente, comptée en « grève » alors qu’il n’y avait aucun préavis rendant légalement valide cette grève ! Comme quoi, le rapport de forces…

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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 26 Déc 2016, 14:09

Baroud d’honneur à Longwy et Denain ! (11 décembre 1978)

Au mois de décembre 78, le groupe Usinor veut supprimer 21.750 emplois dans les bassins de Longwy et Denain. Dans le Nord et en Lorraine, où l’on est sidérurgiste de père en fils, le gouvernement présente cette décision comme le « plan de sauvetage de l’acier ».

En réaction la population se mobilise pour rester « vivre et travailler au pays ».

Pour les ouvriers, cette terrible décision de fermeture, annoncée le 11 décembre 1978 pour l’usine de la Chiers à Longwy, quoique redoutée en raison de la contraction sévère du marché de l’acier, est en même temps incompréhensible dans la mesure où divers experts parient alors sur une relance de l’activité. Refusée par une population dont les références identitaires sont bousculées, elle donne lieu à une intense mobilisation pendant un semestre au cours duquel des formes de violences conjuguées à la création de radios syndicales dessinent un répertoire d’actions partiellement inédit. Par-delà son échec, cette lutte présente l’intérêt de participer à la reconfiguration du champ politique et syndical caractéristique des années de crise.

Quelques témoignages sur la lutte à Longwy, Les Flammes de l’espoir :
https://rebellyon.info/home/chroot_ml/m ... longwy.pdf

Les ouvriers de denain et de longwy face aux licenciements :
https://rebellyon.info/home/chroot_ml/m ... ements.pdf

https://rebellyon.info/Baroud-d-honneur ... -Denain-11
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Re: Petites histoires des grandes grêves du passé

Messagede bipbip » 07 Jan 2017, 18:18

De Firminy à Saint Étienne : la grande route de l’émeute (1910-1911)

En mars 1910, Le Chambon-Feugerolles, une localité de 12000 habitants, proche de Saint-Étienne, est en état de siège. Le mois précédent, les boulonniers, puis les fabricants de limes et enfin les ouvriers métallurgistes, soit près de 4000 ouvriers et ouvrières, sont entrés en grève pour soutenir les salariés de l’usine Besson, qui ont cessé le travail depuis le 22 décembre 1909. Il s’agissait au départ d’obtenir la réintégration d’un ouvrier arbitrairement licencié. Interpellés par la combative section CGT des métallos du Chambon, les frères Besson ont accepté de revenir sur leur décision mais refusent de le notifier par écrit à la Chambre syndicale. Dès lors, c’est la reconnaissance du syndicat qui devient l’enjeu de la lutte.

... http://lenumerozero.lautre.net/De-Firmi ... -1910-1911
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