Divers militant-es révolutionnaires

Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede Lila » 12 Juil 2017, 21:01

Nathalie Lemel. Communarde et féministe

Ouvrière, féministe, révolutionnaire qui n’hésita pas à prendre les armes et monter sur les barricades, avant d’être arrêtée et condamnée au bagne en Nouvelle-Calédonie… La Brestoise Nathalie Lemel est l’une des principales actrices de la Commune de Paris en 1871, mais contrairement à sa consœur Louise Michel, elle n’est pas passée à la postérité.

Si Nathalie Lemel a aujourd’hui une place à son nom dans la capitale, il aura fallu attendre 2007 pour que cette héroïne de la Commune de Paris sorte enfin des limbes de l’Histoire. La Bretonne a pourtant joué les tout premiers rôles en 1871. Si cette fille de bistrotiers républicains brestois, née le 24août1826, a participé à cet événement insurrectionnel, avant d’en payer le prix, c’est qu’elle a été bercée dès sa plus tendre enfance par des idéaux égalitaires.

à lire : http://www.letelegramme.fr/histoire/nat ... 501221.php
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Messagede Pïérô » 13 Nov 2017, 12:37

Pourquoi ne trouve-t-on pas la sépulture de l’espérantiste Andrés (Andreu) Nin ?

Le meurtre d’Andrés Nin en 1937 concerne deux anniversaires : ième -Le 80 1939; anniversaire de la révolution espagnole pendant la guerre civile de 1936-

-La célébration du centenaire de la révolution russe spontanée des soviets libres en février 1917, pervertie par le marxisme léninisme. Andrés (Andreu, en catalan) Nin i Pérez est né en 1892 à El Vendrell, région viticole au sud de Barcelone. C’est là qu’il a appris l’espéranto avec enthousiasme et après le V congrès de l’espéranto de 1909 à Barcelone il écrivit en catalan « L’esperantisme té, a Catalunya, vida ufanosa i força indestructible. [L’espérantisme a, en Catalogne, une vie heureuse et une force indestructible] » 1 Andrés enseignant et comme journaliste pour la presse socialiste et syndicaliste libertaire. «

doc pdf : http://www.fondation-besnard.org/IMG/pd ... eu_nin.pdf

http://www.fondation-besnard.org/spip.php?article3006
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede Pïérô » 19 Nov 2017, 16:34

Rencontre autour d'Alexandra Kollontaï

Ivry-sur-Seine (94), mardi 21 novembre 2017
à 19h30, Librairie « Envie de lire », 16 rue Gabriel Péri

Rencontre avec Patricia Latour autour d'Alexandra Kollontaï

Pour célébrer comme il se doit le centenaire de la Révolution russe d'Octobre 1917, il nous a semblé bon d'organiser une causerie autour de l'une des grandes figures du féminisme marxiste de l'époque : Alexandra Kollontaï. Pratiquement introuvables aujourd'hui en français, ses pensées étaient pourtant redécouvertes dans les années 70, au moment de la pleine effervescence des mouvements de libération des femmes. Réflexions bouillonnantes autour de la prostitution comme « fléau pour la classe ouvrière », du polyamour ou « amour-camaraderie », les analyses de Kollontaï ont de quoi nourrir les débats actuels sur l'amour, la sexualité et la liberté. Et ce, sans oublier sa ferme volonté d'intégrer les femmes prolos à la révolution socialiste !

Venez en discuter avec Patricia, de la maison d'édition du Temps des Cerises, qui a patiemment et intelligemment sélectionné les textes de ce recueil !

Image

https://www.facebook.com/events/298599020547062/
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede bipbip » 16 Jan 2018, 01:52

Blanqui, l'insurgé

Alès jeudi 18 janvier 2018
à 18h30, Médiathèque Alphonse Daudet

Cette conférence-diaporama dresse le portrait d'Auguste Blanqui (1805-1881), inclassable et irréductible révolutionnaire qui passa plus de 33 ans en prison pour ses idées.

Avec le support d'un diaporama illustré d'une riche iconographie et de tableaux didactiques, Philippe Fréchet retracera d'abord la vie du révolutionnaire ; il donnera ensuite lecture de quelques portraits de
Blanqui (tracés par ses amis ou ses ennemis) ; enfin, un rapide panorama des idées sociopolitiques de l'époque tentera de situer l'insaisissable Blanqui (et ses émules, les « Blanquistes ») dans ce fouillis idéologique.

https://gard.demosphere.eu/rv/4351
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede bipbip » 18 Jan 2018, 23:44

Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg, la rose rouge du socialisme

Rosa la rouge, la juive, l’apatride. Le nom de Rosa Luxemburg restera gravé comme celui de l’une des figures les plus grandes et imminentes du socialisme international. Toute sa vie a été marquée par des événements révolutionnaires, depuis le début de son militantisme à l'âge de 15 ans à Varsovie jusqu'à son assassinat, au milieu de la révolution des Conseils en Allemagne, le 15 janvier 1919.

Franz Mehring disait de Rosa Luxemburg qu’elle était « l’une des plus grandes disciples de Karl Marx ». Théoricienne marxiste, grande polémiste, elle a aussi été une militante et agitatrice de masse auprès de milliers de travailleurs. Rosa Luxembourg, qui a vécu la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, a dû se battre toute sa vie contre les nombreux stéréotypes de l’époque, où il était particulièrement difficile pour une femme de s’émanciper et de faire de la politique.

Elle passe son enfance à Zamosc, un village polonais, avant que sa famille ne déménage à Varsovie alors qu’elle est encore très jeune. Rozalia souffre d’une maladie à la hanche qui lui laissera une légère boiterie à vie. Fille de commerçants, juive et polonaise née dans la Pologne sous contrôle russe, Rosa a très tôt conscience du poids des discriminations. Son activité militante commence à l’âge de 15 ans lorsqu’elle rejoint le mouvement socialiste. Selon son biographe P. Nettl [1], à cette même époque plusieurs dirigeants socialistes sont assassinés, ce qui marque profondément la jeune militante. Rosa, brillante étudiante, ne reçoit pas la médaille d’excellence qui devait lui être attribuée à la fin de ses études du fait de son activité politique.

Désormais connue en tant que militante politique, Rosa, surveillée par la police, doit s’enfuir clandestinement à Zurich. Elle y devient une dirigeante du mouvement socialiste polonais. Elle rencontre Léo Jodiches qui sera son amant, compagnon et camarade pendant de nombreuses années.

Après avoir obtenu un doctorat en sciences politiques - ce qui est relativement inhabituel pour une femme à l’époque - elle décide finalement de déménager en Allemagne pour rejoindre le SPD. Elle y rencontre Clara Zetkin, avec qui elle scelle une amitié durable.

La bataille pour les idées

La révolution russe de 1905, première grande explosion sociale en Europe après la défaite de la commune de Paris, est vécue par Rosa comme une grande bouffée d’air frais. Elle écrit des articles, organise des rassemblements en Allemagne, jusqu’à ce qu’elle parvienne à rejoindre Varsovie pour participer directement aux évènements. C’est « le moment où l’évolution se transforme en révolution. Nous regardons la révolution russe et nous serions des ânes si nous n’en tirions pas des leçons ».

La révolution de 1905 a ouvert d’importants débats qui ont divisé la social-démocratie. Rosa Luxemburg était d’accord avec Trotsky et Lénine, face aux mencheviks, soutenant que la classe ouvrière devait jouer un rôle prépondérant dans la future révolution russe face à la bourgeoisie libérale. Le débat sur la grève politique de masse a traversé la social-démocratie européenne dans les années qui ont suivi. L’aile la plus conservatrice des dirigeants syndicaux en Allemagne a nié la nécessité d’une grève générale, pendant que le « centre » du parti la considérait comme un outil purement défensif, valable pour défendre le droit au suffrage universel. Rosa Luxemburg s’interroge sur le conservatisme et le gradualisme de cette position dans sa brochure « Grève de masse, parti et syndicats », écrite en 1906 en Finlande. Ce débat réapparait vers 1910, lorsqu’elle se querelle ouvertement avec son ancien allié, Karl Kautsky.

Socialisme ou barbarie

L’agitation contre la première guerre mondiale est un moment crucial de sa vie, une lutte contre la capitulation historique de la social-démocratie allemande qui soutient sa propre bourgeoisie, contre les engagements pris par tous les congrès socialistes internationaux.

Dans sa biographie, Paul Frölich [2] raconte que lorsque Rosa apprend le vote du bloc de députés du SPD, elle sombre un temps dans le désespoir. Mais cela ne dure pas. Le même jour que les crédits de guerre sont votés, Mehring, Karski et d’autres militants se retrouvent chez elle. Clara Zetkin leur envoie son soutien et Liebcknecht se joint à eux. Ensemble, ils publient le magazine « l’internationale » et fondent le groupe Spartacus.

En 1916, Rosa Luxemburg publie « la brochure de Junius » écrite pendant son séjour dans l’une des nombreuses prisons où elle a séjourné. Dans ce travail, elle propose une critique implacable de la social-démocratie et formule la nécessité de fonder une nouvelle internationale. Se référant à une phrase célèbre d’Engels - « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. » - Rosa écrit « jetons un coup d’oeil autour de nous en ce moment même, et nous comprendrons ce que signifie une rechute de la société bourgeoise dans la barbarie. Le triomphe de l’impérialisme aboutit à l’anéantissement de la civilisation - sporadiquement pendant la durée d’une guerre moderne et définitivement si la période des guerres mondiales qui débute maintenant devait se poursuivre sans entraves jusque dans ses dernières conséquences. ».

En mai 1916, la ligue spartakiste organise un rassemblement le 1er mai contre la guerre. Liebknecht est arrêté. Sa peine de prison provoque des mobilisations massives.

1917 : oser la révolution

Rosa Luxemburg sera une ardente défenseuse de la révolution de 1917. Sans omettre de formuler ses divergences et ses critiques, sur le droit à l’autodétermination des peuples ou sur la relation entre l’assemblée constituante et les mécanismes de la démocratie ouvrière – sur ce dernier point, elle changera de position après sa sortie de prison en 1918 – Rosa écrit que « tout ce qu’un parti peut apporter, en un moment historique, en fait de courage, d’énergie, de compréhension révolutionnaire et de conséquence, les Lénine, Trotsky et leurs camarades l’ont réalisé pleinement. L’honneur et la capacité d’action révolutionnaire, qui ont fait à tel point défaut à la social-démocratie, c’est chez eux qu’on les a trouvés. En ce sens, leur insurrection d’Octobre n’a pas sauvé seulement la révolution russe, mais aussi l’honneur du socialisme international. » [3]

Lorsque le choc de la révolution russe touche directement l’Allemagne en 1918 avec l’émergence des conseils ouvriers, la chute du Kaiser et la proclamation de la république, Rosa attend avec impatience la possibilité de participer directement à ce grand moment de l’histoire.

Le gouvernement reste entre les mains des dirigeants de la sociale-démocratie la plus conservatrice, Noske et Ebert, leaders du SPD - le parti s’était scindé avec l’exclusion des sociaux-démocrates indépendants, l’USPD, opposés à la guerre -. En novembre de cette année-là, le gouvernement social-démocrate a conclu un pacte avec l’état-major militaire et les corps francs pour liquider le soulèvement des travailleurs et des organisations révolutionnaires. Rosa et ses camarades, fondateurs de la ligue spartakiste, membres du noyau initial du Parti communiste allemand depuis décembre 1918, ont été durement touchés.

Le 15 janvier, un groupe de soldats arrête Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg vers neuf heures du soir. Rosa « remplissait une petite valise et prenait des livres », pensant qu’elle allait retourné une fois de plus en prison. Après avoir appris leur arrestation, le gouvernement de Noske laisse Rosa et Karl entre les mains du « Kreikorps » - le corps paramilitaire d’anciens combattants de l’armée du Kaiser. A peine sortis de l’Hôtel Eden, les dirigeants spartakistes reçoivent des coups de crosse à la tête, sont traînés et abattus. Le corps de Rosa a été jetée dans la rivière depuis le pont de Landwehr. On ne retrouvera sa dépouille que cinq mois plus tard, son visage presque impossible à identifier.

Un an plus tôt, dans une lettre de prison à Sophie Liebknecht, à la veille du 24 décembre 1917, Rosa écrivait avec un profond optimisme sur la vie : « C’est mon troisième Noël en cabane, mais ne prenez pas ça au tragique. Moi, je suis calme et sereine comme toujours. (...) Et je suis là, seule, immobile, silencieuse, enveloppée, dans les épais draps noirs des ténèbres, de l’ennui, de la détention, de l’hiver et pourtant, mon cœur bat d’une joie intérieure inconnue, incompréhensible, comme si je marchais sur une prairie en fleurs, sous la lumière éclatante du soleil. Et dans le noir, je souris à la vie (…) Je crois que le secret de cette joie n’est autre que la vie elle-même ; si on sait bien la regarder, l’obscurité profonde de la nuit est belle et douce comme du velours ; et dans le crissement du sable humide, sous les pas lents et lourds de la sentinelle, chante aussi une petite chanson, la chanson de la vie – si seulement on sait l’entendre ».

Clara Zetkin, peut-être celle qui la connaissait le mieux, écrivit à propos de sa grande amie et camarade Rosa Luxemburg, partageant cet optimisme après sa mort : « Dans l’esprit de Rosa Luxemburg, l’idéal socialiste était une passion écrasante qui submergeait tout ; une passion à la fois du cerveau et du cœur, qui la dévorait et la forçait à créer. La seule grande et pure ambition de cette femme hors pair, l’œuvre de toute sa vie, était de préparer la révolution qui seule ouvrirait la voie au socialisme. Pouvoir vivre la révolution et prendre part à ses batailles était pour elle la joie suprême (...) Rosa mettait au service du socialisme tout ce qu’elle était, tout ce qu’elle valait, sa personne et sa vie. L’offrande de sa vie, à l’idée de la révolution socialiste, elle ne la fit pas seulement le jour de sa mort ; elle l’avait donné morceau par morceau, à chaque minute de sa vie, à chaque moment de lutte et de son oeuvre. Pour cette raison, elle pouvait légitimement exiger des autres qu’ils donnent tout, y compris leur vie, pour le bien du socialisme. Rosa Luxemburg symbolise l’épée et la flamme de la révolution, et son nom sera gravé au fil des siècles comme l’une des plus grandes et des plus éminentes figures du socialisme international. »

Trad. Cécile Manchette


http://www.revolutionpermanente.fr/Rosa ... socialisme
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede bipbip » 10 Mar 2018, 20:05

Portraits de militants révolutionnaires (Brochure) :

G. Munis, Josep Rebull, Albert Masó, Jaime Fernández Rodríguez
suivi de :
Le groupe franco-espagnol « Les Amis de Durruti »

Agustin Guillamón

Table des matières
G. Munis, un révolutionnaire méconnu.................................................................................................3
Un théoricien révolutionnaire : Josep Rebull........................................................................................13
Albert Masó March (1918-2001).........................................................................................................23
Jaime Fernández Rodriguez (1914-1998), ...........................................................................................24
Le groupe franco-espagnol « Les Amis de Durruti » ............................................................................29

PDF : https://bataillesocialiste.files.wordpr ... llamon.pdf

https://liberteouvriere.wordpress.com/2 ... guillamon/
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede bipbip » 28 Mar 2018, 04:18

Margarete Buber-Neumann — survivre au siècle des barbelés

Margarete Buber-Neumann traverse le XXe siècle avec un bien triste privilège : elle est la seule à avoir publiquement témoigné par écrit de sa double expérience des camps soviétiques et nazis. La jeune et fervente communiste, accusée de « déviationnisme » par le pouvoir stalinien, survit à trois ans de Goulag sibérien pour se retrouver déportée à Ravensbrück après le pacte germano-soviétique, pendant cinq ans. Elle survivra pour raconter, inlassablement, sans amertume et sans illusions, ce que le pouvoir fait de ceux qui le détiennent et à ceux qu’il détient.

... https://www.revue-ballast.fr/margarete- ... -barbeles/
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede bipbip » 25 Aoû 2018, 17:03

EUGÈNE POTTIER

COMMUNARD ET POÈTE MILITANT

« Même s’il n’avait pas écrit de chansons, Eugène Pottier aurait mérité qu’on le célébrât. Proche du peuple, attentif aux autres et surtout aux pauvres, révolté contre les oisifs et les nantis – en un mot, socialiste – Pottier a toute sa vie été un militant. Ses dons pour la poésie et la chanson lui ont permis une autre forme de militantisme, peut-être encore plus percutante. Pourtant, Pottier a beaucoup joué de malchance : atteint de graves maladies professionnelles, sans argent et menant – sauf pendant les quelques années qui précédent la Commune – une vie misérable, le pauvre Pottier prend alors une dimension humaine qui force la sympathie.

POTTIER, MILITANT ET SOCIALISTE

Né le 5 octobre 1816, au 60 de la rue Sainte-Anne à Paris, fils d’un artisan layetier, Eugène est envoyé chez les Frères, puis à l’école primaire jusqu’à l’âge de douze ans, âge auquel son père le reprend comme apprenti dans son atelier. Le jeune Pottier, qui n’éprouve aucun attrait pour le métier d’emballeur, quitte dès qu’il le peut la maison familiale. À seize ans, il devient « moniteur » dans une école mutualiste [1]. En 1838, il rencontre Édouard Laroche, dessinateur d’impression, émule d’Oberkampf, qui le prend dans son atelier en qualité d’employé et teneur de livres. Pottier ne tarde pas à devenir lui-même peintre d’impression sur étoffes. Le 17 octobre 1841, il épouse, tout en passant à la synagogue pour satisfaire sa fiancée, Élizabeth Worms, à la mairie du VIIe arrondissement.
Vers 1867, il quitte Laroche et s’établit à son compte. Il s’installe 25 rue de Cléry, puis 29 rue du Sentier, et emploie une vingtaine d’ouvriers [2]. « Pottier [sera] connu sous le Second Empire comme l’un des artistes ornementalistes les plus distingués de la capitale. Pottier s’imposait dans ce domaine à tel point que le Salon chaque année exposait l’une de ses œuvres » [3].

Bien que patron, il conforte les salariés en créant, le 30 mars 1870, la « Chambre syndicale des dessinateurs pour étoffes imprimées, tissus brochés, papiers peints, broderies et tapisseries à l’aiguille », forte de cinq cents membres, qui adhèrera à la Chambre fédérale des sociétés ouvrières. Au cours du siège, Pottier devient adjudant à la 4e compagnie du 181e bataillon de la Garde nationale et il combat à Champigny [4]. Il adhère au Comité central des vingt arrondissements et à l’Internationale.

Il est élu membre de la Commune en avril 1871, dans le IIe arrondissement. Sa présence à l’Hôtel de Ville est relativement discrète ; en revanche, il prend très à cœur ses responsabilités en tant que maire d’arrondissement. Il adhère à la Fédération des artistes et c’est lui qui en rédige le manifeste. Kristin Ross voit en Pottier plus qu’en Courbet le véritable fondateur de la Fédération : « En recadrant notre représentation de la Fédération des artistes de sorte que Courbet s’efface et que Pottier passe au premier plan, je crois qu’une idée plus juste du chronotope d’émancipation imaginé précisément par la Fédération, auquel Pottier donna le nom de “luxe communal”, pourra se faire jour » [5].
Pottier, en tout cas, fait beaucoup pour que l’art décoratif « nommé improprement art industriel » acquière ses lettres de noblesse au même titre que les autres formes d’art, et pour que ce soit l’artiste – et non le fabricant – qui soit reconnu comme le véritable créateur.

Après la Commune, caché un mois à Paris par sa sœur Joséphine, il finit par rejoindre l’Angleterre : il habite Milton, un petit port situé sur la rive droite de la Tamise, à trente-quatre kilomètres en aval de Londres. Sa maîtresse, Caroline Petit, vient l’y rejoindre et y accoucher d’une fille, Marguerite. Pottier ne semble pas fréquenter les autres proscrits de la Commune, ni l’entourage de Marx. Ayant vendu en 1873 ses biens en viager à son gendre, il perçoit une rente de 1500 francs qui l’aide à vivre chichement.

Après deux ans de séjour en Angleterre, il s’exile aux Etats-Unis, d’abord à Boston où il exerce la profession de dessinateur en 1874 et 1875, puis à New-York fin 1875. Il milite au Socialist Labour Party, à l’International Labour Union et est secrétaire-trésorier de la Société des réfugiés de la Commune. En 1876, il est vraisemblablement initié à la loge Les Égalitaires, fondée par des proscrits et dont le vénérable est Élie May : Pottier avait, en tant que membre de la Commune, reçu la délégation des Francs-Maçons qui, le 29 avril 1871, voulait négocier une conciliation avec les versaillais et s’était rendue, toutes bannières déployées, sur les fortifications ; il en avait gardé une forte impression et de l’admiration pour les Francs-Maçons.

Pottier revient en France, à bord du transatlantique L’Amérique, en septembre 1880. Mais il est gravement malade, vieilli au point d’être incapable de travailler, et pauvre. Cela ne l’empêche pas de militer en collaborant au Cri du Peuple de Vallès et à La Question Sociale d’Argyriadès, puis au Socialiste, organe central du Parti Ouvrier Français de Guesde : il y publie ses pièces de vers engagées et ses chants révolutionnaires.

POTTIER, POÈTE ET CHANSONNIER

Composer des poèmes est, pour Eugène et dès son plus jeune âge, une seconde nature :

Les vers partaient avec la peau,
Comme des éclats dans sa tête :
Voilà Popo, le vieux Popo,
Voilà Popo, le vieux poète ! [6]

Il n’a pas écrit que des œuvres politiques : les évocations bacchiques et les couplets grivois à la mode de son temps n’en sont pas absents et il parle souvent de lui-même dans ses chansons.
Il est cependant tellement proche des travailleurs, dont il a souvent partagé la vie tragique et la « misère sauvage », qu’il en incarne dans ses écrits les sanglots, la révolte et les espoirs.

À quinze ans, il publie un premier recueil, La Jeune Muse, qu’il dédie à Béranger. Le très populaire chansonnier daigne lui répondre, le 1er novembre 1831 : « Je vous remercie de la très jolie chanson que vous m’envoyez ; si vous n’avez que quinze ans, c’est une œuvre tout à fait remarquable, et je vous suis bien reconnaissant de m’avoir consacré vos prémices ».

Parallèlement à son travail, Eugène fréquente les goguettes et mène la vie de bohème, en compagnie d’Henri Murger de six ans son cadet.

Bien qu’ayant produit, tout au long de sa vie, des pièces admirables, « Pottier restait inconnu, hors d’un cercle très restreint de révolutionnaires et d’anciens bohèmes. […]
C’est une circonstance bien imprévue et que Gustave Nadaud qualifie de “providentielle” qui contribua fort heureusement à sortir Pottier de l’ombre. […] En 1883, la Lice chansonnière eut l’idée de faire un concours de chansons. Trois cents postulants environ entrèrent en lice, c’est le cas de le dire. Pottier était du nombre. Il obtint la médaille d’argent décernée au premier prix pour sa chanson Chacun vit de son métier » [7]. Les membres de la Lice le rencontrent peu après, vieux, paralysé, indigent. Ils décident de lui venir en aide et de publier ses œuvres. Le volume paraît, préfacé par Nadaud, sous le titre Quel est le fou ?, tiré de la chanson qui ouvre le volume et qui date de 1849.
Quelques années plus tard, par les soins de ses anciens collègues de la Commune, est édité un nouveau recueil intitulé Chants révolutionnaires, préfacé cette fois par Henri Rochefort.

Son chef d’œuvre est sans aucun doute L’Internationale, programme exhaustif, manifeste rassemblant toutes les tendances du socialisme. Pierre Brochon dénonce la légende selon laquelle il aurait été composé à Paris au lendemain de la Semaine sanglante : « En considérant le texte de L’Internationale comme un aboutissement d’idées diverses, réactualisées par la situation en Amérique, y a-t-il beaucoup de risques d’erreurs à situer sa rédaction vers 1878 ? Peut-être même les deux versions, peu de temps les séparant l’une de l’autre. Nous ne le pensons pas » [8].

Le succès de ce chant révolutionnaire tarde cependant à s’affirmer. Ce n’est que dans les toutes premières années du XXe siècle, après sa mise en musique en 1888 par Pierre Degeyter [9], qu’il sera chanté : au congrès de la salle Japy à Paris, en 1899, en février 1900 à Bourges, à Marseille en 1903. Toujours malchanceux, Pottier, mort douze ans plus tôt, n’a pas connu le succès de L’Internationale de son vivant !

POTTIER, PAUVRE ET MALCHANCEUX

Eugène Pottier n’a pas eu grand’ chance dans la vie. Dès son début dans le métier au cours des années 1840, il est victime de graves maladies professionnelles : saturnisme et intoxications diverses résultant de l’emploi mal maîtrisé à l’époque de substances chimiques très agressives utilisées pour l’impression sur étoffes.
Gastralgies, douleurs intestinales violentes, céphalées, éclipses cérébrales : on retrouve tous ces symptômes du saturnisme dans ses écrits. Pottier est aussi atteint à plusieurs reprises d’accidents cérébraux, liés ou non à ces intoxications, qui finissent par le laisser à demi-paralysé. Peu de temps avant sa mort, consécutive à un ultime AVC, le 6 novembre 1887, « le vieux Po-Po se ressentait toujours de son attaque de paralysie. Il ne sortait qu’avec sa fille et sa femme, laquelle écrivait pour lui. On avait l’impression d’être en face d’un “brave homme” vaincu par l’adversité » [10].

Après la maladie, c’est la Commune qui est la deuxième source des malheurs de Pottier. Condamné à mort par contumace en 1873, ses biens passent sous la tutelle de sa femme légitime qui le dépossède. Heureusement quelques semaines auparavant – comme on l’a vu – il avait pu vendre son établissement de bains en viager à son beau-frère. Privé de ressources financières décentes et amoindri physiquement, il ne parviendra jamais à refaire surface. Ses adresses successives dans Paris témoignent de cette inexorable décrépitude : elles correspondent à des loyers de plus en plus modestes et donc à des logements de plus en plus pauvres. Le dernier en date, 2 rue de Chartres à la Goutte d’or, est dans un état sordide.

C’est là que se rassemble, le 9 novembre 1887, une foule d’environ 10 000 personnes conviées pour ses obsèques par ses anciens collègues de la Commune. Des incidents s’y produisent : une bagarre éclate à propos d’un drapeau rouge dont les agents veulent s’emparer. La police charge sabre au clair. Le député socialiste Jules Joffrin est arrêté et conduit au poste. Vaillant, Longuet, Lavy et Clovis Hugues sont brutalement frappés pour avoir pris la défense de Joffrin.

Même à son enterrement, Pottier joue encore de malchance : la presse s’étend longuement sur les charges de la police et ne dit pas un mot du défunt, sinon que c’est un ancien membre de la Commune que les révolutionnaires qualifient de poète, mais dont les œuvres sont bien peu connues.

« Je n’ai pas ma gloire gagnée ! » disait, bien conscient, Pottier : il s’en est fallu de peu que son œuvre tombât à jamais dans l’oubli. »

GEORGES BEISSON


L’INTERNATIONALE

« Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

L’État comprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous saoûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours ! »


[1] L’enseignement dans les écoles mutualistes s’inspirait de la méthode universelle de Jean-Joseph Jacotot : Pottier en fut adepte.

[2] Tandis qu’Élizabeth et son frère Salvador – à moins que ce ne soit lui-même – deviennent « maîtres de bains », en acquérant un des établissements de bains les plus importants du deuxième arrondissement de Paris, les Bains Lemoine.

[3] Maurice Dommanget, Eugène Pottier, membre de la Commune et chantre de l’Internationale, E.D.I., Paris, 1971, p. 38.

[4] Pottier avait vraisemblablement déjà fait partie de la Garde nationale en 1848 ; il avait même failli être fusillé en juin.

[5] Kristin Ross, L’imaginaire de la Commune, La Fabrique éditions, Paris, 2015, p. 58.

[6] Eugène Pottier, Quel est le fou ?, Henry Oriol, Paris, 1884, p. 7-8.

[7] Maurice Dommanget, Op. cit., p. 63.

[8] Pierre Brochon, Eugène Pottier, naissance de l’Internationale, éd. Christian Pirot, St-Cyr-sur-Loire, 1997, p.209. Dans les Œuvres complètes d’Eugène Pottier réunies par Pierre Brochon lui-même, L’Internationale est datée toutefois de Paris, juin 1871 (p. 101).

[9] Il était initialement chanté sur le timbre de La Marseillaise.

[10] Maurice Dommanget, Op. cit., p. 76.


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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede bipbip » 28 Aoû 2018, 19:49

André Léo, révolutionnaire, féministe, socialiste (proche de l’anarchisme), né un 18 aout, en 1824

1) bon son vrai nom c’est Victoire Léodile Béra. Elle est donc née un 18 aout 1824 à Lusignan dans la Vienne en 1824

2) Sacré famille Son grand-père fut un révolutionnaire, un des fondateurs en 1791 de la Société des amis de la Constitution (soit les Jacobins)

3) Dès sa jeunesse, elle est proche des milieux socialistes, not autour de Pierre Leroux

4) des prises de positions socialistes qui l'obligent à se réfugier en suisse avec son époux,ss le second Empire Elle se lance dans l'écriture et adopte comme nom de plume André Léo (les prénoms de ses deux fils) (comme George Sand, pour écrire, elle choisit un nom plus masculin)

5) Son premier roman, "Une vieille fille", est une critique du mariage inégalitaire du 19e siècle. Dans son 2e, elle critique le refus des hommes de développer l’instruction pour les femmes « ambition de borgnes qui cherchent un royaume d’aveugles »

6) Dans la revue La Coopération, elle publie en 1867 des reportages sur le travail et plaide pour la création d'associations ouvrières (à noter cette place des femmes dans le mouvement associatif. En 1848 notamment, Eugénie Niboyet, Jeanne Deroin étaient très actives dans ce mouv)

7) Revenue à Paris, elle s’engage avec les républicains, tout en restant surtout proche des milieux socialiste (notamment de Louise Michel )
Elle adhère à l'Association Internationale des Travailleurs fondée à Londres en septembre 1864.

8) En 1866, elle crée l'« Association pour l'amélioration de l'enseignement des femmes » (les revendications des femmes en faveur de leur droit à l’instructions sont très importantes tout au long du 19e sc) et publie plusieurs textes défendant l'égalité des sexes

9) C'est chez elle, en 1869, qu'est créée la « Société (mixte) de revendication des droits de la femme ». La même année, elle publie « La femme et les mœurs » un très très grand texte féministe méconnu (injustement)

10) En 1870 (juste avant la Commune) elle crée avec Benoit Malon et Elisée Reclus un journal socialiste, internationaliste, « La république des travailleurs"

11) Pendant la guerre avec la Prusse, elle milite au sein du comité de vigilance de Montmartre et, le 18 septembre 1870, elle est arrêtée avec Louise Michel lors d'une manifestation réprimée par l'armée.

12) Elle s’engage dans la Commune de Paris. Et lance en avril un appel aux paysans

13) Elle crée avec Anne Jaclard le journal la Sociale, y publie un article intitulé "Toutes avec tous". Le 8 mai 1871 elle publie un article fracassant "La révolution sans les femmes " 1ère phrase « savez vous, comment s’est faite la révolution du 18 mars ? Par les femmes !"

14) Quand la Commune décide de supprimer les journaux d'opposition, elle demande le respect sans condition de la démocratie : « Si nous agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre eux et nous ? »

15) Exilée en Suisse après la Semaine Sanglante, elle prend la parole au 5e congrès de la Ligue de la paix et de la liberté à Lausanne en septembre 1871, où elle défend la Commune, et rappelle le rôle des femmes (reprenant son article de mai)
(ce discours a ensuite été publié sous le titre "La Guerre sociale", récemment ré-édité, et que je vous conseille vivement)

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16) Elle se rapproche de plus en plus des anarchistes, critique Marx, et adhère à L'Alliance internationale de la démocratie socialiste fondée par Bakounine.
Elle collabore au journal La Révolution Sociale

17) En 1899, "Coupons le câble" est sa dernière œuvre, elle y plaide la séparation entre l’Église et l’État, six ans avant la loi du 9 décembre 1905.

18) Elle ne cessa d’être la cible des conservateurs. Voici ce qu’écrivait par ex le Journal Le Français après sa prise de parole au congrès de Lausanne (notez l’attaque sur le physique en ouverture)

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19) Victoire Léodile Bera / André Léo meurt le 20 mai 1900 à Paris,

20) Elle lègue une petite rente à la première commune de France qui "voudra essayer le système collectiviste par l’achat d’un terrain communal travaillé en commun avec partage des fruits » ( phrase dans son testament)

21) Elle lègue surtout une œuvre considérable, injustement méconnue !

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je termine par cette citation

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et encore

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https://twitter.com/LarrereMathilde/sta ... 34/photo/1
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Re: Divers militant-es révolutionnaires

Messagede Lila » 02 Sep 2018, 22:50

André Léo

(1824-1900)

Léodile Béra passe sa jeunesse à Champagné St Hilaire, commune de la Vienne et berceau familial de son père. Cet officier dans la marine, y possédant une propriété, décide de s'y établir avec sa famille en 1828. Il devient juge de paix. Léodile reçoit une bonne éducation. Avec un père aux idées larges, des amis républicains et francs-maçons, elle part sur les sentiers des mouvements socialistes et révolutionnaires.

En 1848, elle rencontre Grégoire Champseix, un militant socialiste. En raison de ses activités politiques, il doit s'exiler en Suisse. Au mois de décembre 1851, elle le rejoint et ils se marrient. En 1853, elle donne naissance à 2 jumeaux, André et Léo. En 1860, une amnistie permet au couple de revenir en France. Les Champseix s'installent à Paris et tissent un réseau d'amitié avec des socialistes de diverses tendances. On peut citer la fratrie Noémie, Elie et Elisée Reclus, avec qui, Léodile va partager les conceptions et convictions.

3 ans plus tard, Grégoire meurt. Léodile reçoit du soutien de la part de ses amis socialistes. Son 1er roman, Le divorce, est paru en feuilleton dans un journal, Le siècle. Léodile décide de vivre de sa plume. Elle prend pour pseudonyme les prénoms de ses enfants et devient André Léo. Elle sort son second roman, Un mariage scandaleux, en livre. Il est bien accueilli par la critique. On la compare à Georges Sand. A travers ces 2 ouvrages, elle évoque la condition féminine.

A partir de 1867, ayant acquis une certaine notoriété, dans le monde socialiste, André Léo devient aussi journaliste. Elle va collaborer à de nombreux journaux : La Coopération (1867), Les Etats-Unis de l’Europe (1868), L’Opinion nationale (1868), La Démocratie (1869), L’Egalité (1869), Le Droit des Femmes (1869), Le Siècle (1869-1870). Ses premiers articles auraient été publiés dans La Revue Sociale de Pierre Leroux, ami de Grégoire Champseix, entre 1845 et 48.

En 1868, elle rencontre Benoît Malon, avec qui elle noue une relation d'amitié qui va se transformer en histoire d'amour. En juin, elle participe à la rédaction d'un manifeste féministe ainsi qu'aux premières réunions publiques sur le travail des femmes. Dans un un essai intitulé Communisme et Propriété, elle met en avant les dangers d'un communisme absolu et se prononce contre une abolition totale de la propriété privée, qui reviendrait à une négation de la liberté individuelle.

En janvier 1869, elle fonde avec d'autres femmes, (Louise Michel, Maria Deraismes, Noémie Reclus, etc ...), La ligue en faveur des Droits de la Femme. Un texte co-signé est publié dans Le Démocrate en avril. Elles y dénoncent les textes et les lois qui dénient le droit d'être aux femmes et appellent à se mobiliser en faveur de l'égalité des sexes. En juillet La ligue en faveur des Droits de la Femme devient La Société pour la revendication des Droits civils de la Femme.

En cette même année, elle fait scandale en s'unissant librement à Benoît Malon, qui a dix-sept ans de moins qu'elle. Elle publie également 2 ouvrages féministes. L'un, La Femme et les moeurs. Liberté ou monarchie., est un essai. Elle y réfute les propos sexistes de Proudhon et plaide pour une vraie démocratie, égalitaire et non autoritaire. Le second, Aline-Ali est un roman dans lequel, elle dénonce la société patriarcale. Elle fustige les soi-disant partisans de la liberté qui deviennent despotes en rentrant chez eux. Un Etat où la femme est opprimée ne peut être qu’autoritaire. Au fond, là est le coeur du combat d'André Léo, société patriarcale, capitaliste et/ou monarchiste etc..., une société qui se fonde sur de l'inégalité ne peut qu'être injuste et despotique. L'ordre qui en résulte, n'est en réalité qu'un désordre. Sa seule raison d'être est la conservation des privilèges de ses tenants qui ne peuvent les maintenir que par un système répressif.

André Léo s'affilie au courant libertaire du socialisme, mais demeure une libre penseuse. Elle se rapproche de l'A.I.T., mais critique l'autoritarisme de ses dirigeants et notamment de Marx. Elle collabore pendant 3 mois au journal suisse L'Egalité, dont Bakounine est l'un des instigateurs, mais se heurte à lui et à ses amis en prônant le chemin de la conciliation plutôt que celui de la violence. Elle met en garde, aussi, contre les dogmes qui naissent des divers courants socialistes et révolutionnaires.

- « Chacun de ses groupes, serré autour de sa conception particulière, jette aux groupes voisins des regards de défi, des paroles d’insulte, et les traite en ennemis.

Qu’ont fait ces criminels ?

Ils ne pensent pas tout à fait comme nous.

Est-ce une raison de soupçonner leur bonne foi et de les traiter avec mépris ? »

Jusqu'en août 1870, elle se consacre à la création d’une école primaire démocratique de filles. Ella a foi dans une éducation laïque pour l'émancipation de l'humanité. Elle veut proposer un enseignement qui rompt avec celui de l'orde établi, annonçant les méthodes actives.

En juillet, elle participe aux manifestations hostiles à la guerre contre la Prusse.

Le 04 septembre, elle est dans la rue, lorsque la République et proclamée. Elle s'occupe ensuite de l'aide aux déshérités, notamment envers les femmes. Pendant le siège de Paris, elle prend la parole dans les réunions publiques, défendant toujours la cause de la femme et de l'égalité sociale. Elle fonde, en février 1871, La République des travailleurs, un journal de propagande socialiste, avec Benoît Malon, Élie et Elisée Reclus.

La Junon de la Commune

André Léo est en province lorsqu'éclate l'insurrection parisienne du 18 mars. Elle revient à Paris début avril pour prendre part à la Commune. Elle se dresse contre ses dérives autoritaires. Elle se bat pour le respect de la liberté d'expression et s'oppose à la suppression des journaux conservateurs : - « si nous agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre eux et nous ? ». Elle va, d'autre part, jouer un rôle très important dans le journalisme. Elle collabore à La Commune et au Cri du peuple. Elle fonde avec Anna Jaclard le journal, La Sociale. Le 03 mai, elle y lance un appel : Aux travailleurs des champs : - « Frère, on te trompe. Nos intérêts sont les mêmes. Ce que je demande, tu le veux aussi, l'affranchissement que je réclame, c'est le tien. (...) La terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous. ». Elle continue aussi à se mobiliser sur le front de l'égalité des sexes et contre les préjugés, au sein même de la Commune. Elle dénonce le sexisme des officiers de la Garde nationale.

Article du 08 mai paru dans La Sociale : La révolution sans la Femme : - « Savez vous, Général Dombrowski, comment s'est faite la révolution du 18 mars ? Par les femmes... Beaucoup de républicains, je ne parle pas des vrais, ont détrôné l'Empereur et le bon Dieu que pour se mettre à sa place. Et naturellement dans cette intention, il leur faut des sujets, ou tout au moins des sujettes... Eh bien cette combinaison n'a pas de chances... La révolution... est la liberté et la responsabilité de toute créature humaine, sans autre limite que le droit commun, sans aucun privilège de race, ni de sexe (...) »

Dans un article du 15 mai, elle accuse le Comité central de s'être posé en rival du pouvoir élu et d'avoir semé le désordre dans les rangs de la Garde nationale.

Elle participe à l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins des blessés et fait partie de la Commission instituée pour organiser et surveiller l'enseignement dans les écoles de filles.

A la fin de la Commune, elle réussit à échapper aux Versaillais et retourne en Suisse pour se réfugier.

André Léo est invitée par la Ligue de la Paix et de la Liberté au Congrès pour la paix qui a lieu à Lausanne, en septembre 1871, pour y tenir un discours. Ce serait le premier témoignage sur la Commune, émis par un(e) de ses protagonistes. La seule parole autorisée a été, jusque là, celle du gouvernement Thiers et de ses amis conservateurs. Mensonges et calomnies ont pu être déversées sur la Commune sans aucun débat contradictoire. André Léo veut faire savoir comment, au contraire, c'est le gouvernement de Versailles qui s'est fourvoyé dans une répression effroyable pour abattre la Commune. Elle entend : - « dénoncer les horreurs commises et demander aux hommes qui se posaient en philosophes et législateurs, de mettre au ban de l’humanité, les immondes égorgeurs et calomniateurs de Versailles. ». Au delà, elle réclame au Congrès, une condamnation ferme et sans ambiguité de la guerre civile.

« II est une autre guerre, à laquelle vous n'aviez pas songé, et qui dépasse l'autre de beaucoup en ravages et en frénésie. Je parle de la guerre civile. »

Cette guerre n'est en réalité que l'ultime étape de La guerre sociale (titre de son discours), menée par les tenants d'un régime contre son peuple. L'unique dessein, n'est que de les maintenir au pouvoir et dans leurs privilèges. Elle énonce encore une fois que le principe de l'égalité ne peut être dissocier de celui de la liberté si l'on veut construire une véritable république, juste et démocratique.

Après une interruption, provoquée par une partie de l'assemblée, le silence revient. Elle reprend son discours, mais le président du Congrès l'interrompt et lui interdit définitivement de continuer.
André Léo :

Extraits de : La Guerre Sociale.

« Combien y a-t-il d'esprits indépendants qui se soient dit : Quand les vainqueurs ont seuls la parole, quand les vaincus ne peuvent rien alléguer, ni rien démentir, il est de justice et de sens commun de suspendre son jugement? »

« (...) il n'y a en réalité que deux partis en ce monde: celui de la lumière et de la paix par la liberté et l'égalité; celui du privilège par la guerre et par l'ignorance. Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de parti intermédiaire; j'entends de parti sérieux. »

« Ne voit-on pas que toute monarchie, ou toute aristocratie, autrement dit tout privilège, est par nature obligé de mentir, d'être fourbe, parce qu'il est en désaccord avec la justice ? »

« Le trône n’est autre chose qu’une barricade à l’usage des aristocraties. Il occupe l’ennemi, reçoit les coups, et quand au bout de quinze ou vingt ans, il est emporté, elles en sont quittes pour déclarer qu’il ne valait rien, faire des proclamations aux vainqueurs, et travailler immédiatement à en rebâtir un autre. »

« Et vous ajouterez à votre titre, cet autre dogme révolutionnaire, l’égalité, que vous négligez à tort; car la liberté ne peut exister sans elle, pas plus qu’elle ne peut exister sans la liberté. »

Pour André Léo, les gouvernements même si ils se prétendent républicains ne sont en fait « (...) que des joueurs à la bourse de l'imbécillité publique, qui haussent ou baissent avec elle; (...) » (La Guerre sociale).

Lors de son séjour en Suisse, elle continue à écrire et à collaborer à des journaux ( Le réveil interieur de Jules Guesdes et La révolution sociale). Elle rejoint à nouveau les bakouninistes et milite à la Fédération jurassienne. Si la pensée d'André Léo a évolué suite aux événements de la Commune, elle demeure toujours cet esprit libre et éclairé. Elle continue à combattre le dogmatisme au sein du socialisme et à prôner la conciliation entre les différents courants.

En 1873, elle fonde le Socialisme progressif.

En 1874, elle publie un conte, La Commune de Malenpis, qui n'est pas sans évoquer la Commune de Paris. Elle raconte le parcours d'une ville, qui d'abord libre et autonome, avec des citoyens égaux et gérée par la démocratie directe, abandonne sa souveraineté à celle d'un royaume. La population se retrouve bientôt spoliée puis réprimée. L'harmonie, qui régnait, disparait au détriment de maux que la cité ne connaissait pas. Elle finit par se révolter et retrouve son ancien statut, tirant des leçons de ce qui s'est passé.

De 1872 à 78, André Léo vit avec Benoit Malon. Elle le laisse ensuite s'envoler, restant fidèle à son idéal : - « l'amour vrai n'existe que dans la liberté. ». Il lui rend hommage, dans son ouvrage, Défaite du Prolétariat français (1871). Après l'amnistie, elle rentre à Paris et collabore avec des journaux d'extrême-gauche et continue à écrire des livres. Dans les années qui suivent, elle vit le drâme de la perte de ses enfants successivement à 8 ans d'intervalle. Léo meurt à 32 ans en 1885 et André à 40 en 1893.

A sa mort, elle lègue, par voie testamentaire, une petite somme pour que soit tentée une expérience collectiviste.

Elle laisse derrière elle une grande quantité d'écrits, des essais, une trentaine de romans et des contes, imprégnés de ses idéaux.


"Est-ce la liberté qui doit prévaloir, ou l’égalité ? Antagonisme apparent de deux principes qui, à l’heure qu’il est, partagent la démocratie et jettent la discorde dans ses assemblées, bien qu’ils composent au même titre sa devise, et que leur accord seul puisse donner au monde la justice." (Communisme et propriété 1868)

"Il s’agit à mes yeux, vous le voyez, de s’entendre bien plus que de se haïr, de s’éclairer bien plus que de se vaincre." (Lettre d'André Léo au Journal L'Egalité 1869)


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