Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 29 Jan 2018, 03:47

YVETOT Georges

Né et mort à Paris : 20 juillet 1868-11 mai 1942 ; typographe ; militant anarchiste et syndicaliste, il fut élu le 22 mars 1901 secrétaire général de la Fédération des Bourses ; secrétaire général adjoint de la CGT.

Yvetot naquit à la caserne des Minimes où son père, d’origine normande, était gendarme. Orphelin de mère, puis de père, il fut élevé par les Frères de la Doctrine chrétienne et par l’OEuvre des Orphelins-apprentis d’Auteuil. C’est là qu’il apprit le métier de typographe de 1880 à 1887. À la veille de sa mort, il affirmait sa vénération pour l’abbé Roussel, le directeur de cette oeuvre. Réformé pour tuberculose pulmonaire, il ne fut donc pas soldat et, de 1887 à 1894, travailla comme typographe à La Patrie. Il n’avait, à cette époque, aucune activité politique et, plus tard, reconnaîtra avoir « sarrasiné », c’est-à-dire travaillé pour un salaire inférieur à la normale. Représentant une coopérative de consommation au comité de la Verrerie ouvrière, il fit son apprentissage de militant. Il devint anarchiste sous l’influence de Pelloutier qu’il suivit fidèlement et qu’il aida comme typo dans la composition de L’Ouvrier des Deux Mondes. À la mort de Pelloutier — il travaillait alors au Petit Soir — il lui succéda au secrétariat de la Fédération des Bourses, avec l’appui des allemanistes et des broussistes ; P. Delesalle fut nommé secrétaire adjoint. Yvetot sera réélu à cette fonction, sous des appellations qui peuvent varier légèrement, par tous les congrès jusqu’à la guerre. À partir du congrès de Montpellier de septembre 1902, le secrétaire de la Section des Bourses fut, par sa fonction, secrétaire de la CGT. Yvetot fut donc en titre, jusqu’en 1918, le second dans la hiérarchie syndicale. Il a présenté le rapport moral de la Fédération ou de la Section des Bourses aux congrès de Nice (septembre 1901), Alger (septembre 1902), Bourges (septembre 1904), Amiens (octobre 1906), Toulouse (octobre 1910), et Le Havre (septembre 1912). Aux deux derniers congrès, il présenta en outre le rapport sur la Voix du Peuple. Au moment du congrès de Marseille, octobre 1908, il était emprisonné.

Yvetot a représenté le syndicalisme français dans le mouvement international. C’est ainsi qu’il fut délégué avec Griffuelhes à Dublin en 1903, mais ni l’un ni l’autre ne purent faire admettre leurs thèses. En août 1909, il représenta la CGT avec Jouhaux à la conférence internationale de Paris, au café du Globe, et il y polémiqua durement avec Legien, défendant la supériorité de l’action économique sur l’action politique, proposant, sans succès, avec Jouhaux, l’organisation de congrès internationaux périodiques. En 1911, à la conférence de Budapest, il entra en conflit avec le syndicalisme hongrois. En Allemagne, en 1911, il dirigea une délégation de syndicalistes français ; sa réponse au discours de bienvenue de Legien fut telle qu’il fut immédiatement recherché par la police allemande et dut regagner précipitamment la France.

Yvetot était un anarchiste proudhonien et l’était resté en devenant syndicaliste. Dès 1901, dans une circulaire, il faisait appel à « une action de minorité intelligente, consciente et hardie » et il se montra très réticent quant à l’entrée de la Fédération des Bourses dans la CGT réclamée par Niel au 9e congrès, Nice, septembre 1901.

Il a toujours farouchement défendu l’indépendance du syndicalisme à l’égard des partis. Il intervint notamment sur ce sujet au congrès de Bourges en 1904. Il demeura hostile à toute entente avec le Parti socialiste alors même qu’après 1910 Jouhaux avait commencé son évolution. Dans la doctrine et l’action du syndicalisme révolutionnaire Yvetot a peu apporté. Sa part, sa spécialisation pourrait-on dire, fut l’antipatriotisme.

En décembre 1902, il avait fondé, avec d’autres anarchistes, la Ligue antimilitariste, qui devint après le congrès d’Amsterdam, juin 1904, une section de l’Association internationale antimilitariste. Il fut alors l’un des secrétaires, l’autre étant Almereyda. Au congrès d’Amiens, s’il contribua à l’adoption de la célèbre « charte » d’indépendance du syndicalisme, il réussit surtout, malgré les réticences des propres chefs de sa fraction, à faire voter une motion violemment antipatriotique. À l’impulsivité de ses idées Yvetot ajoutait la vivacité de son caractère. Il était comme Griffuelhes extrêmement autoritaire et il fut fréquemment en conflit personnel avec lui. Son agressivité, autant que son apparence physique, l’avait fait surnommer le « bouledogue ». Orateur puissant, mais ne sachant pas se limiter, Yvetot allait en tous lieux développer sa propagande antipolitique et antimilitariste. Cela lui valut de très nombreuses arrestations et condamnations. Dès septembre 1903, il fut condamné à Nantes à un mois de prison et 100 f d’amende. L’action pour le « Sou du soldat » et, plus tard, la diffusion du Manuel du soldat lui attirèrent de nombreuses poursuites, parfois suivies de non-lieu. Mais il fut condamné à Rouen en février 1904 à deux ans de prison, puis dans cette même année à trois mois et 100 f d’amende en juillet, à deux mois et 50 f d’amende en novembre. Il fut condamné à trois ans de prison et 100 f d’amende le 30 décembre 1905 pour « l’Affiche rouge » de l’AIA, un appel aux jeunes soldats. Arrêté préventivement avant le 1er Mai 1907 ainsi que Charles Marck, puis d’autres dirigeants, il fut condamné à quatre ans de prison en juin, et libéré en avril 1908. Il fut de nouveau arrêté et poursuivi le 1er août 1908 avec tout le bureau confédéral et d’autres militants après le massacre de Villeneuve-Saint-Georges, mais bénéficia d’un non-lieu, ainsi que les autres, le 30 octobre 1908. Dans ces périodes, l’intérim du secrétariat fut exercé par Delesalle, de juin 1907 à avril 1908, et par Garnery, du 1er août au 31 octobre 1908. Il mena de nouveau une action très vive pour la paix et contre la loi des trois ans. Il écrivit dans la Bataille syndicaliste en 1912 un article intitulé « Désertez ! » Barthou le fit arrêter en juillet 1913, mais, au début de 1914, Doumergue fit libérer les militants emprisonnés par son prédécesseur. Ils furent acquittés le 26 mars, sauf Yvetot condamné à un an de prison.

Yvetot s’opposait à tout réformisme. Il combattit, notamment en octobre 1910 dans la Voix du Peuple et au congrès de Toulouse, contre l’arbitrage obligatoire, pour la liberté de la grève, contre toute loi d’inspiration réformiste. Cependant Yvetot, malgré des positions extrêmes dans la CGT syndicaliste-révolutionnaire, était peut-être, parmi les dirigeants, l’un des moins ouvriéristes. Il n’avait pas d’hostilité envers les intellectuels, et fut le principal artisan de l’adhésion au syndicalisme des travailleurs de l’État. Il poursuivit à cet égard, par articles et discours, une campagne d’éducation parmi les ouvriers et attira, par son action, les postiers et les instituteurs. À Nantes, en mars 1907, où il se trouvait pour soutenir la grève des dockers, il alla porter le salut des syndicalistes ouvriers au congrès de la Fédération des instituteurs. Nul n’a fait plus que lui pour rallier à la CGT les fonctionnaires, mais son patronage était pour eux compromettant.

Au congrès confédéral du Havre en septembre 1912, il contribua à la réorganisation de la section des Bourses sur la base d’un délégué par UD.

La lutte d’Yvetot contre la guerre ne cessa pas jusqu’en 1914, mais il semble alors avoir été découragé et en même temps consolé par l’idée qu’il avait fait tout son possible. Par opposition à la politique d’union sacrée, il abandonna, en fait mais non en titre, ses fonctions syndicales et retrouva un emploi de typographe. Très vite, il accepta la direction de l’Association nationale des orphelins de guerre à Etretat et se dévoua pour les enfants. En 1915, il alla au Monténégro et en Serbie évacuer et recueillir les orphelins yougoslaves au moment où les armées des Empires centraux occupaient le pays puis travailla comme correcteur au Journal et à l’Information. En fait, ce spécialiste de l’antipatriotisme ne prit aucune part au combat mené par Merrheim et Bourderon. Dans une lettre à Monatte du 29 septembre 1914, Merrheim semble contester son courage, tandis qu’au congrès d’Orléans, en septembre 1920, Rivelli, qui traitait Griffuelhes de « profiteur de guerre », disait d’Yvetot qu’il était « enseveli sous le poids de sa lâcheté ». Éliminé du comité confédéral en 1918, Yvetot pencha à ce moment vers les minoritaires de la CGT, mais pour peu de temps, et il donna ensuite sa collaboration avec Marcel Laurent au journal que Sembat venait de fonder.

Dans l’entre-deux guerres, Yvetot n’eut plus d’activité militante, hormis les campagnes pacifistes auxquelles il s’associa. Georges Yvetot collabora à un très grand nombre de périodiques anarchistes en France et en Belgique : le Combat (1926-1929), la Conquête du pain (1934-1935), la Patrie humaine, de V. Méric (1931-1939), le Raffut de G. Cochon (1921-1922), la Revue anarchiste de Fortin (1929-1936), le Semeur de Barbé (1923-1936). Il est également l’auteur de La Vache à lait, (publication de l’AIA, 1905).Il travailla comme correcteur et non plus comme typographe au Journal et à l’Information. Admis au syndicat des correcteurs le 1er mai 1918, il appartint au comité syndical entre 1920 et 1932 pendant 8 années au moins. De 1921 à 1925, il fut secrétaire général du syndicat. Il donna des souvenirs en 1935 à un journal libertaire La Conquête du pain. Et il participa d’assez loin à l’action des militants groupés autour de l’hebdomadaire Syndicats fondé en octobre 1936. En mai 1938, à Draveil, sous les auspices de la Ligue des Droits de l’Homme, il fit une conférence sur Pelloutier en compagnie de Froideval et de R. de Marmande. Au début de 1939, avec Ch. Marck et G. Guiraud, il fonda un groupement de vieux militants de la CGT dans un but d’entraide. On trouvait dans cette amicale Bled, Le Pen, Cleuet, Perrot, Charlier, de Marmande, etc.

À la veille de la guerre, il signa le manifeste « Paix immédiate ». Poursuivi, il ne fut pas incarcéré en raison de son état de santé. On ne le vit plus à la CGT après la déclaration de guerre. En 1940, il subit une grave opération, perdit son emploi et connut la gêne, presque la misère.

Les éléments « collaborateurs » du syndicalisme firent appel à lui en 1942 pour présider le « Comité ouvrier de secours immédiats » (COSI) fondé à la suite des bombardements anglais sur la banlieue industrielle. Ce comité n’eut aucune activité du vivant d’Yvetot qui accorda une interview le 28 avril à Raoul Courtois dans le Cri du Peuple. Il égrenait quelques souvenirs et persistait à s’affirmer « libertaire ». René Mesnard (voir ce nom) lui succéda.

Il mourut subitement quelques jours plus tard, le 11 mai 1942. Il était mal remis de l’opération subie deux ans plus tôt. Il fut incinéré le 15 mai au Père-Lachaise (case 2 266) devant deux cents personnes, syndicalistes et représentants du gouvernement de l’époque. Charles Dooghe prononça un discours au nom des vieux militants de la CGT, Jules Teulade, représentant le Comité ouvrier de secours immédiats, exalta la vie d’Yvetot, et von Gissenberg, ou Giesenberg, de l’ambassade d’Allemagne, « vint associer les autorités d’occupation à la douleur du mouvement ouvrier français » (La France socialiste 16-17 mai 1942). Charles Dooghe présida encore en mai 1943 une cérémonie pour l’anniversaire de la mort d’Yvetot.

OEUVRE :

Collaborations : Le Libertaire, à partir d’août 1901 (rubrique « Le Mouvement ouvrier ») ; à nouveau dans l’entre-deux guerres. — Le Mouvement socialiste 1901-1902. — L’Avant-Garde, avril 1905-mars 1906. — La Guerre sociale, n° 1, 18 décembre 1907. — La Révolution, 1er février-28 mars 1909. — La Vie ouvrière, n° 1, 5 octobre 1909. — La Voix du Peuple (il en sera le rédacteur en chef de 1909 à 1912). — L’École émancipée, n° 1, 1er octobre 1910. — La Bataille syndicaliste, n° 1, 27 avril 1911. — Plus loin en 1928. — La Voix libertaire en 1931-1932. — Collaboration enfin à L’Encyclopédie anarchiste de S. Faure dont la publication se termine en 1934.

Brochures : Le Syndicalisme, les intellectuels et la CGT [s. d.], 16 p. — Vers la grève générale, s.d. [1902] 22 p. — ABC syndicaliste, 1908, 96 p. — Le Nouveau manuel du soldat, 1908, 32 p. — Syndicat et syndicalisme, 1910 (en collaboration avec Delesalle, Griffuelhes et Pouget). — La triple action de la CGT, Paris, 1913, 34 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 568 et F7/13 574. — Arch. J. Maitron. — La CGT, op. cit. et la plupart des Histoires du Mouvement ouvrier français. — Y. Blondeau, Le Syndicat des correcteurs, 1973. — R. Bianco, Th., op. cit.

ICONOGRAPHIE : La CGT, op. cit., p. 89. — J.-B. Séverac, Le Mouvement syndical, op. cit. p. 147. — Les Hommes du Jour, n° 14, s. d. (dessin).

H. Dubief (Extrait du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Maitron)


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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 24 Fév 2018, 17:30

Émile Pouget et le Père Pénard le 24 février 1889

« Tant que nous endurerons les patrons, tant que nous engraisserons cette charognerie, nous serons malheureux comme les pierres du chemin. »
Émile Pouget

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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 24 Fév 2018, 19:12

Alexandre Marius Jacob, voleur et anarchiste

En ce début de XXe siècle, la criminalité augmenterait dans des proportions inquiétantes. La France a peur et la Belle Époque n'est qu'un leurre.
Tout en haut, une bourgeoisie arrogante et triomphante. Tout en bas, la masse des traîne-misère et l'ordre répressif. Pas bouger, le pauvre ! Sinon, prison, bagne, échafaud.
Le droit de vivre ? Il ne se mendie pas pour le voleur Alexandre Jacob.
Le droit de vivre ? Il se prend, nom d'une pince-monseigneur !
Avec Jacob et sa bande, le vol se pratique de manière industrielle et la rapine devient politique. Travailleurs de la nuit, maison anarchiste fondée en 1900. Mais l'honorable entrepreneur de démolition sociale va payer cher ses atteintes à la propriété.

Anarchiste de la Belle-Époque, illégaliste et insoumis, Alexandre Marius Jacob est de ces figures exemplaires que l'histoire a trop souvent laissées dans l'ombre.

Sa vie riche et mouvementée - marin, cambrioleur, bagnard, propagandiste, forain - est celle d'un révolté qui a toujours eu le souci de concilier une théorie et une action politiques radicales avec un haut niveau d'exigence éthique. Défenseur d'une position anarchiste au sein d'un mouvement ouvrier en butte à la répression féroce du début du XXème siècle, adepte de la propagande par le fait tout en refusant la tactique terroriste, il monte le groupe des "Travailleurs de la nuit", dont le but est l'expropriation des exploiteurs. On lui attribue ainsi entre 100 et 500 cambriolages brillant d'ingéniosité et d'humour, dont il reversera presque intégralement les fruits au mouvement ouvrier, vivant lui-même dans le dénuement propre à la classe à laquelle il appartient et dont il tient à partager les conditions d'existence.Retour ligne automatique
Il paiera cher son illégalisme. Jugé au procès d'Amiens en 1906 pour 156 cambriolages et le meurtre d'un agent de police après une opération qui a mal tourné, il tiendra une ligne de défense sans compromis dans une ville en état de siège. La déclaration qu'il fera à son procès, souvent rééditée sous le titre "Pourquoi j'ai cambriolé", est un modèle en ce sens. Il écopera de longues années de bagne à Cayenne, dont il reviendra sans avoir cédé d'un pouce sur ses convictions pour continuer à mener une activité de propagandiste.

Jean-Marc Delpech, historien et enseignant, animera une série de conférences dans notre région, du 28 février au 2 mars.
Mercredi 28 février, 20h, les Nuits Bleues, 21 rue maillé, Angers
Jeudi 1 mars, Maison de la Grève, 37 rue Legraverend, Rennes
Vendredi 2 mars, Les Oiseaux de la Tempête, Fougères

Jean-Marc Delpech est l'auteur de plusieurs biographies sur Alexandre Marius Jacob, dont "Alexandre Jacob, l'honnête cambrioleur. Portrait d'un anarchiste (1879-1954)" et "Voleur et anarchiste - Alexandre Marius Jacob". Il viendra présenter son travail sur la vie de cet infatigable révolté. La présentation pourra être suivie d'une discussion pour approfondir les questions soulevées par son parcours, tant sur la nature du mouvement ouvrier du début du XXème siècle que sur les rapports entre stratégies individuelles et collectives dans le constitution d'un mouvement révolutionnaire.

http://lesnuitsbleues.blogspot.fr/2018/ ... ur-et.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 28 Fév 2018, 02:23

Eugène Varlin : biographie sommaire

Eugène Varlin est sûrement, avec Louise Michel, l'une des plus grandes figures de la Commune de Paris.

Socialiste d'esprit plutôt libertaire, il demeure une personnalité à part, obéissant à son cœur et à la raison plutôt qu'à un dogme absolu. On lui reconnaît sa bonté et sa générosité, son intelligence, sa scrupuleuse honnêteté et une loyauté sans failles envers ses idées qui le conduiront sur des sentiers héroïques.

Né en Seine et Marne, il est fils de paysans pauvres. Son père, journalier agricole, cultive à son compte quelques lopins de terre. Eugène va, malgré tout poursuivre sa scolarité jusqu'à l'age de 13 ans. Par ailleurs, son grand père maternel l'entretient de la Révolution de 1789.

En 1852, il rentre en apprentissage d'ouvrier-relieur chez un oncle à Paris. Il excelle dans sa tâche. Il en profite pour lire les ouvrages qui lui passent dans les mains. Puis, il prend une chambre en ville et travaille pour différents patrons. Il continue, parallèlement, son

instruction. Il lit tout types d'œuvres, littéraires, politiques, économiques et sociales, puis suit des cours du soir. Il obtient 2 seconds prix ( français et comptabilité ) et une mention en géométrie. Il se met même à étudier le latin. En sus, il s'intéresse aux arts et chante dans une chorale. En 1857, il entre dans la Société civile des relieurs, une société de secours mutuel qui réunit patrons et ouvriers. En 1859, il devient contremaitre.

En 1864 puis 65, il anime les premières grèves des relieurs, dont les revendications sont la journée de travail à 10 heures au lieu de 12 et une augmentation des salaires. C'est à ce moment qu'il rencontre Nathalie Lemel. En guise de reconnaissance, pour son activisme, ses camarades lui offrent une montre en argent. Par contre, il se fait repérer par la police.

En 1866, il participe à la fondation de la Société civile d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs de Paris, qui deviendra la Société de solidarité des ouvriers relieurs de Paris. Il y est élu à la présidence et rédige les statuts dans lesquels il dit qu'il convient de « poursuivre l'amélioration constante des conditions d'existence des ouvriers relieurs en particulier, et, en général, des travailleurs de toutes les professions et de tous les pays, et d'amener les travailleurs à la possession de leurs instruments de travail ». Favorable à l'égalité des sexes, il fait entrer Nathalie Lemel, dans le conseil d'administration.

Entre temps, il adhère à la section française de l'Internationale et collabore à son hebdomadaire, Tribune ouvrière. Il participe aux congrès de l'A.I.T. et va rapidement y jouer un rôle important. A Londres, il rencontre Marx. A Genève il défend, contre la majorité, imprégnée de proudhonisme, le droit au travail pour les femmes.

En 1867, avec son frère Louis et Nathalie Lemel, il fonde une coopérative d'alimentation, la Ménagère, puis en 1868, le restaurant coopératif la Marmite, qui sera un véritable succès, comptant jusqu'à 8000 adhérents.

Devenu secrétaire, correspondant du bureau parisien de la Première Internationale, Varlin va être au cœur de nombreux mouvements sociaux. Il fait un premier séjour en prison d'août à octobre 1868. En 1869, les grèves se multiplient. Il créait la caisse du sou pour venir en aide aux grévistes. Cette même année, au congrès de l'A.I.T. de Bâle, il opte pour le collectivisme, contre le mutuellisme. Il se prononce pour la propriété collective des sols. Il contribue également à la fondation de la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières. En 1870 il constitue des sections de l'Internationale à Lyon, Lille, au Creusot et signe le manifeste de la section parisienne de l'A.I.T. contre la guerre. Dans ces 2 années, il est arrêté plusieurs fois. Fin avril, sous la pression de ses camarades, il s'exile en Belgique pour éviter une nouvelle incarcération.

Revenu après la chute de l'Empire, il participe à la création du Comité central républicain des vingt arrondissements, au sein duquel il est nommé délégué. Il s'engage dans la Garde Nationale et devient commandant du 193e bataillon. Il est partisan de la défense à outrance contre la Prusse incarnant le Monarchisme. Il est révoqué de son commandement après l'insurrection du 31 octobre, qui éclate en raison de la politique du gouvernement provisoire.

Pendant l'hiver et le siège de Paris, il s'occupe de pourvoir à l'alimentation des plus nécessiteux.

Il se présente aux élections de l'Assemblée Nationale du 8 février, comme candidat socialiste révolutionnaire, mais sans succès.

Lors de l'insurrection du 18 mars, il participe à la prise de la place Vendôme. Il est, ensuite, élu au Conseil de la Commune et nommé à la commission des finances, puis à celle des subsistances. Il assure, également, la liaison avec les Sociétés ouvrières. Le 2 mai il est nommé directeur général de la manutention et des approvisionnements militaires. Il est reconnu pour son intégrité.

Le 1er mai, Varlin et la majorité des internationalistes, s'opposent à la création du Comité de Salut public et signent le manifeste de la minorité.

Lors de la semaine sanglante, Varlin fait front sur les barricades du Ve, puis VIe, et XIe arrondissement. Il essaye vainement de s'opposer à l'exécution des otages de la Commune le 26 mai. Il se bat jusqu'à la fin sur la dernière barricade de Belleville, le 28 mai.

L’après-midi, épuisé, assis sur un banc, un prêtre en civil le reconnaît et le dénonce. Le lieutenant Sicre l'arrête et le traîne vers Montmartre sous les injures et les coups de la populace. Il est fusillé le jour même. « Vive la république ! Vive la Commune ! » sont ses derniers mots. Son cadavre est frappé à coups de crosse. Sicre, lui vole la montre qu'on lui avait offert.

Lissagaray, journaliste et auteur d'une grande enquête sur la Commune de Paris paru sous le titre de l'Histoire de la Commune de 1871, dira de lui :

« Le mont des martyrs n'en a pas de plus glorieux. (...) Toute la vie de Varlin est un exemple. »


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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 06 Mar 2018, 23:10

Carlo Cafiero : chacun pour tous, tous pour chacun

« Anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble », lança Cafiero, cofondateur méconnu du communisme libertaire. Il y a deux siècles de cela, cet Italien s’était pris à rêver d’un monde de concorde et de fraternité, en harmonie avec la nature : il s’empara d’un fusil, garda des vaches, assista un photographe, fut docker, vulgarisa Marx, appela finalement à participer au système électoral et mourut dans un asile. Portrait

... https://www.revue-ballast.fr/carlo-cafi ... un-chacun/
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 09 Mar 2018, 12:17

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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 14 Mar 2018, 17:16

DELESALLE Paul

DELESALLE Paul [Maurice, Paul, dit]

Né le 29 juillet 1870 à Issy (Seine), mort le 8 avril 1948 à Palaiseau (Seine-et-Oise) ; mécanicien en instruments de précision, puis libraire spécialisé ; anarchiste et syndicaliste ; secrétaire adjoint de la Fédération des bourses du travail, puis de la section des bourses de la CGT de 1897 à 1908.

Dans la biographie qu’il lui consacra en 1952, Jean Maitron, cherchant à dégager la physionomie de Paul Delesalle, le comparait aux grands noms du syndicalisme révolutionnaire : « Ce n’était ni un théoricien organisateur et éducateur comme Pelloutier, ni un stratège de classe comme Griffuelhes, ni un écrivain connaissant les hommes comme Pouget, ni un tribun populaire comme Tortelier. Delesalle n’appartenait pas à l’avant-garde du syndicalisme révolutionnaire ; plus modestement mais non moins efficacement, c’était un travailleur consciencieux et probe sur qui l’on pouvait s’appuyer, un honnête homme sur lequel on pouvait compter parce qu’il prenait ses responsabilités. »

Jeune ouvrier anarchiste

Fils d’un ajusteur-fraiseur et d’une couturière, Paul Delesalle entra en apprentissage à la Maison Foucher où travaillait son père et y apprit le métier d’ajusteur, tout en suivant des cours du soir de la Ville de Paris dont il obtint, en 1888, une médaille de dessin industriel.
Très vite, il s’orienta vers l’anarchisme. La Révolte du 26 décembre 1891, La Révolte le donne comme secrétaire du groupe anarchiste de Paris 14e. A partir de 1892, il fréquenta également le groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI). Un rapport de police d’avril 1892 le classait parmi « les cent et quelques militants que compte le parti anarchiste à Paris ». Cela lui valut d’être arrêté le 22 avril 1892, préventivement au 1er mai, et de passer dix-huit jours à la prison de Mazas.
Dispensé de service militaire pour faiblesse de constitution, il travailla comme mécanicien en instruments de précision, partit sur le trimard, voyagea de Belgique en Espagne et, le 7 janvier 1893, adhéra à la chambre syndicale de sa profession, fondée six mois auparavant.
Du 24 janvier 1894 au 10 mai 1897, il travailla comme ajusteur-mécanicien chez un ingénieur constructeur en machines et instruments de précision, L. Doignon, 85, rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris 6e. Selon ses souvenirs, il y assembla, en 1895, l’appareil « chronophotographique » ou cinématographique des frères Lumière — ce que l’historien du cinéma Laurent Mannoni conteste.
Durant la grande répression qui suivit les attentats de 1892-1894, il ne prit pas le chemin de l’exil, comme tant d’autres. Il fut soupçonné d’être l’auteur de l’attentat du 4 avril 1894 au restaurant Foyot (voir Laurent Tailhade), mais Jean Maitron a réfuté cette thèse.

Syndicaliste et publiciste

À partir du 14 septembre 1895, Paul Delesalle écrivit régulièrement dans Les Temps nouveaux, où il tint notamment la rubrique « Mouvement social ». Cette rubrique, qu’il tint pendant onze ans, ajoutée à sa participation aux ESRI, devaient faire de Paul Delesalle un des militants-clefs du tournant syndicaliste du mouvement anarchiste dans les cinq dernières années du XIXe siècle.
À la fin de l’année 1895, il fut délégué par son syndicat au Comité d’action pour l’édification de la Verrerie ouvrière d’Albi. Peut-être est-ce là qu’il fit la connaissance de Fernand Pelloutier, qui exerça sur lui une profonde influence.
En 1896, il collabora à la revue L’Art social avec Pelloutier et Bernard Lazare.
En juillet 1896, Paul Delesalle participa à l’opération antisocial-démocrate orchestrée par Pouget et Pelloutier (voir ces noms) au Congrès socialiste international de Londres, où il fut délégué par son syndicat des ouvriers en instruments de précision et par la bourse du travail d’Amiens. Lors de ce congrès extrêmement houleux, il fut molesté et jeté au bas de la tribune, lors de la séance du 27 juillet. En marge du congrès, il participa aux conférences du Saint Martin’s Hall, qui rassemblèrent les représentants européens de l’anarchisme et du socialisme antiparlementaire. Il publia un compte rendu de Londres dans Les Temps nouveaux et corédigea avec Léon Rémy* la brochure des ESRI : Les Révolutionnaires au congrès de Londres.
En mai 1897, Paul Delesalle quitta la maison Doignon pour devenir l’adjoint de Jean Grave aux Temps nouveaux, le suppléant au besoin. Dans un article du 5 décembre 1903, il expliquait en quoi consistait son travail : « Je touche un salaire aux Temps nouveaux, non pour ma copie, mais comme employé de librairie ; mon travail consiste à écrire et à préparer les bandes, à faire l’expédition du journal, à aller à l’imprimerie plusieurs fois la semaine et chez les éditeurs chercher les volumes que les camarades nous demandent de leur procurer, à faire expédier les paquets, etc... Comme les autres rédacteurs je fais ma copie chez moi, soit sur mon temps de repos, soit sur celui que je pourrais consacrer à mes loisirs, mais toujours en dehors de mon temps de travail matériel [...] Je ne vends pas ma pensée, j’essaie seulement de la faire servir à l’émancipation de mes semblables, les éternels exploités. »
Paul Delesalle fut délégué par les bourses du travail de Besançon et Amiens au congrès de la Fédération nationale des bourses du travail (FNBT) à Toulouse, du 15 au 18 septembre 1897. Il représenta ensuite le syndicat des garçons limonadiers de la Seine lors du congrès confédéral CGT de Toulouse, du 20 au 25 septembre 1897, où il déploya une grande activité. Il rédigea en effet une résolution en faveur d’un organe quotidien de la CGT ; une autre, au nom des limonadiers, pour la suppression du système du pourboire ; une contre le projet Escuyer de retraites ouvrières ; une en faveur de la grève générale. Il participa également à la commission de travail sur la création de fédérations nationales de syndicats
Il participa, enfin, à la commission qui plancha sur le boycottage et le « sabottage » [sic]. Ce fut probablement la première intervention anarchiste concertée dans un congrès confédéral CGT (voir Émile Pouget).
C’est Delesalle qui lut le rapport de cette dernière à la tribune, rapport qui fit sensation et fut approuvé à l’unanimité du congrès. A l’issue de ces congrès, Paul Delesalle fut désigné secrétaire adjoint de la FNBT et secrétaire adjoint de la CGT.
Il semble cependant que, comme Fernand Pelloutier, Paul Delesalle jugeait la CGT moins importante que la Fédération des bourses et qu’il négligea quelque peu ses fonctions de secrétaire adjoint. Au congrès confédéral de Rennes, en septembre 1898, le secrétaire de la CGT, Lagailse, l’accusa de ne pas avoir envoyé certaines convocations dont il était chargé. Delesalle ne put assister au conrgès en raison, semble-t-il, d’une maladie de sa femme. Il en fit néanmoins un compte rendu dans Les Temps nouveaux, y voyant une réédition des « anciennes querelles de l’Internationale entre, d’une part, les centralistes autoritaires partisans de l’immixtion de l’État et, d’autre part, les fédéralistes libertaires, ennemis de toute centralisation ». Il se trouva en revanche d’accord avec Jules Guesde pour condamner fermement une résolution du congrès CGT hostile au salariat des femmes. Il concluait qu’après avoir rendu le mouvement syndical « purement économique et antiparlementaire », il fallait désormais s’appliquer à le rendre « communiste-anarchiste ».
À l’époque, Paul Delesalle collaborait à l’organe hebdomadaire de la FNBT, Le Monde ouvrier, qui avant avril 1898 s’était appelé L’Ouvrier des deux mondes.
L’année 1898 fut également celle de l’engagement de Paul Delesalle dans l’Affaire Dreyfus. Il mena campagne en sa faveur, tout en réclamant justice pour les bagnards anarchistes. Ainsi, en novembre 1898, il interrompit Joseph Reinach lors d’un meeting dreyfusard en criant « A bas les lois scélérates », et dut se bagarrer pour se faire entendre. Il collabora ensuite au Journal du peuple, quotidien de l’extrême gauche dreyfusarde (voir Sébastien Faure) et participa à la manifestation de Longchamp, le 11 juin 1899. Durant presque tout le mois d’août 1899, il fut hébergé chez un camarade anarchiste à Rennes, où se tenait le procès en révision d’Alfred Dreyfus, et où il était chargé d’assurer la protection du colonel Picquart.
Mais déjà se profilait le congrès international antiparlementaire qui devait se tenir à Paris en septembre 1900. Ce congrès, qui devait s’inscrire dans la suite logique de ceux de Londres (1896), Nantes (1894) et Zurich (1893), était censé constituer l’acte de naissance d’un large mouvement socialiste anti-autoritaire concurrent de la social-démocratie. Dès octobre et novembre 1899, Paul Delesalle donna des conférences sur le rôle des anarchistes dans les syndicats, qui devaient fournir la trame d’un rapport en vue du congrès : « L’action syndicale et les anarchistes ». Dans la droite ligne de Fernand Pelloutier, Paul Delesalle y affirmait que le syndicat, instrument de lutte de classe aujourd’hui, devait être instrument de réorganisation sociale après la révolution, et qu’il fallait pour cela accentuer son caractère libertaire. « De mutuelliste, le mouvement syndical est bientôt devenu [...] réformiste (augmentation de salaires, durée du travail, etc.). Il est devenu aujourd’hui socialiste et révolutionnaire ; beaucoup de camarades, en y prenant part, l’ont imprégné, orienté vers nos idées : appliquons-nous donc à le dégager complètement des vieilles formules, à le rendre communiste et anarchiste.
Interdit à la dernière minute par le gouvernement, le congrès ne put cependant se tenir. Paul Delesalle participa en revanche aux congrès de la FNBT et de la CGT. Délégué du syndicat des bonnetiers de Troyes lors de ces assises, il intervint dans les commissions chargées d’étudier la grève générale, l’entente internationale des travailleurs, les statuts confédéraux et la création de fédérations professionnelles. Après le congrès, il collabora à l’organe hebdomadaire de la CGT dont le premier numéro parut en décembre 1900, La Voix du peuple.
Paul Delesalle fit office de secrétaire par intérim de la FNBT durant les quelques mois d’agonie de Pelloutier, qui s’éteignit le 13 mars 1901. Pressenti pour lui succéder, il déclina l’invitation et ce fut Georges Yvetot qui fut élu à ce poste. Delesalle resta secrétaire adjoint.
En juin 1901, il fit partie de la délégation de syndicalistes français conduite par Émile Pouget en Grande-Bretagne pour une grande manifestation d’union ouvrière contre la guerre.
En septembre 1901, Paul Delesalle participa aux congrès de la FNBT à Nice, et de la CGT à Lyon. Lors de ce dernier, il fit partie de la commission chargée d’étudier le rapport entre les syndicats et l’action politique. Ses conclusions préfiguraient la Charte d’Amiens puisque la commission écrivait : « l’action syndicale doit conserver sa vie propre, son mouvement tout entier au service exclusif de son rôle, et partant, s’affirme en dehors de toute influence politique, laissant aux individus le droit imprescriptible de se livrer au genre de lutte qui leur convient dans le domaine politique ».
Durant l’année 1902, lors des débats préludant à la fusion de la CGT et de la FNBT, Paul Delesalle milita pour le maintien de deux comités fédéraux, avec leurs propres budgets et permanents, et dont la CGT serait la réunion. Il publia une proposition en ce sens dans La Voix du peuple du 29 juin 1902.
C’est en effet dans cet esprit que le congrès de Montpellier, en septembre 1902, réalisa l’unité ouvrière. Lors du débat sur le rapport d’activité du comité confédéral de la CGT, Paul Delesalle fit une intervention conciliatrice. « Quoique communiste et parce que je crois qu’il faut ici respecter les opinions de tous », il demanda que l’on retire d’un ordre du jour une référence à « la société communiste » qui devait résulter de l’action de la CGT. Il fut largement approuvé. En faisant passer l’unité ouvrière avant ses préférences partisanes, Paul Delesalle s’éloignait de ce qu’il écrivait en 1900 sur la nécessité de rendre le mouvement syndical « communiste et anarchiste ». Ce faisant, il posait également un jalon dans la constitution de l’idéologie syndicaliste révolutionnaire.
Paul Delesalle fut ensuite élu membre de la commission de la grève générale et de celle de La Voix du peuple, tout en continuant à remplir ses fonctions de secrétaire adjoint à la section des bourses.
En 1903, Paul Delesalle se lia avec Georges Sorel. Ils devaient rester grands amis jusqu’à la mort de ce dernier en 1922.
Au congrès CGT de Bourges, en septembre 1904, il se prononça contre la représentation proportionnelle et fut élu membre de la commission des huit heures, chargée de préparer la grève générale du 1er mai 1906. Il déploya pendant deux ans un grand effort pour populariser l’action pour les huit heures, luttant contre le courant réformiste qui aurait voulu voir dans ce mouvement une fin en soi et contre le courant anarchiste antisyndicaliste, ennemi de toutes réformes dans lesquelles il ne voyait qu’un leurre destiné à endormir les travailleurs. Delesalle s’attacha, dans Les Temps nouveaux, à démontrer que la lutte pour les huit heures était avant tout une lutte révolutionnaire, « un tremplin destiné à intensifier pendant un certain temps la propagande ».
Là ne se bornait pas son activité. Il représenta le comité confédéral à divers congrès fédéraux (mineurs, verriers, cuirs et peaux).
Tout en continuant sa collaboration régulière aux Temps nouveaux et à La Voix du Peuple, il participa activement à deux revues qui jouèrent un rôle déterminant dans la constitution de l’idéologie syndicaliste révolutionnaire : L’Action directe (juillet 1903-février 1905) et L’Avant-Garde (avril 1905-mars 1906).
En 1905, il participa à l’enquête du Mouvement socialiste sur « l’idée de patrie et de classe ouvrière ». À la suite d’un article publié dans ce journal sur le conseil de révision, il fut poursuivi avec Griffuelhes, Pouget et Grandjouan, mais aucune suite ne fut donnée à cette affaire. Contre cette attaque gouvernementale fut fondé un groupe, La Liberté d’opinion, dont Delesalle fut le secrétaire. Ce groupe se fixait comme but de défendre le droit à la libre expression et de secourir les détenus et leurs familles.
De mars à août 1906, Delesalle remplaça Yvetot emprisonné au secrétariat de la section des Bourses. À la veille du 1er mai, étant un des responsables du mouvement pour les huit heures, il fut particulièrement surveillé, et la police perquisitionna chez lui. Il fut également inculpé par le parquet de Béthune pour complicité dans les grèves du Nord.
Dans Les Temps nouveaux du 5 mai 1906, la chronique ouvrière de Paul Delesalle, dirigée contre la répression gouvernementale, fut émaillé de saillies antisémites. Un autre collaborateur de l’hebdomadaire, le docteur Pierrot, protesta dans le numéro suivant : « Il est triste de voir qu’un camarade puisse encore être imprégné de préjugés de cette nature et laisse supposer, même dans la vivacité d’une attaque, qu’il partage des haines de race ou de nationalité. Cela est en contradiction absolue avec les idées anarchistes. » Delesalle voulut répondre, mais Jean Grave ne le lui permit pas. Il ne voulait pas, comme il devait l’écrire dans ses Mémoires, faire des Temps nouveaux« une succursale de La Libre Parole ». Paul Delesalle cessa alors sa collaboration à l’hebdomadaire de la rue Broca, et sa chronique fut reprise par Amédée Dunois*.
Paul Delesalle prit une part active au congrès de la CGT qui se tint à Amiens en octobre 1906. Son intervention la plus importante porta sur les huit heures et il fut rapporteur de la première commission chargée de cette question. S’il n’intervint pas dans le grand débat du congrès sur les rapports entre mouvements syndicaux et mouvements politiques, il contribua à la rédaction de la motion qui devait passer à la postérité sous le nom de charte d’Amiens. Une anecdote, rapportée par Delesalle lui-même à l’historien Édouard Dolléans dans une lettre du 27 mai 1938, illustre son éloignement de ses positions de 1898 sur l’anarchisme et le syndicalisme. À la première lecture, le passage sur « les partis et les sectes » qui, outre les socialistes, visait les anarchistes, lui avait déplu. « Qu’est-ce que cela peut te fiche ? » lui avait demandé Pouget. Et Delesalle avait cédé sans trop de mauvaise humeur.
Cependant, depuis son départ des Temps nouveaux, Paul Delesalle n’avait plus de situation rétribuée et il lui fallait trouver un moyen de gagner sa vie. Il avait toujours eu une passion pour les livres. En travaillant aux Temps nouveaux, il avait fait, entre autres, un travail de librairie. Déjà, il avait mené à bien un premier travail éditorial en publiant, en 1900, des brochures de chants et poèmes révolutionnaires, puis l’Almanach illustré de la révolution. Il pensa alors à ouvrir une librairie. Il put le faire grâce à l’avance de 3 000 francs que lui fit un ami, l’avocat Henri Chapoutot, rédacteur occasionnel des Temps nouveaux. En janvier 1907, il fit paraître un premier catalogue, La Publication sociale et ouvrit un bureau au 46, rue Monsieur-le-Prince, à Paris 6e. En parallèle, il gérait le service de librairie de la CGT, impasse de la Grange-aux-Belles.
À partir de mai 1907, Delesalle remplaça Yvetot, de nouveau emprisonné, au secrétariat de la section des bourses, moyennant de modestes appointements. En tant que membre du comité confédéral, il cosigna l’affiche « Gouvernement d’assassins », éditée par la CGT après les événements du Midi et placardée le 23 juin 1907. Il fut poursuivi avec les autres signataires pour « injures à l’armée et provocation de militaires à la désobéissance ». Ils passèrent devant la cour d’assises de la Seine les 20, 21, et 22 février 1908, mais furent acquittés.
Le 15 janvier 1908, Paul Delesalle avait signé le manifeste publié dans la nouvelle série de L’Action directe. En avril, il participa également à une enquête sur la crise de l’apprentissage dans Le Mouvement socialiste.
Cependant, Paul Delesalle, désormais commerçant, eut quelque scrupule à rester à la CGT. La dernière séance de la section des bourses à laquelle il assista fut celle du 11 janvier 1908. Son affaire de vente par correspondance prospéra et, en octobre 1908, Delesalle put ouvrir une boutique au 16, rue Monsieur-le-Prince.

Libraire-éditeur

Paul Delesalle recherchait les livres et les documents les plus rares pour une clientèle qui devint assez nombreuse, car il s’était fait une véritable spécialité des publications socialistes et ouvrières. C’était pour lui la continuation d’une œuvre de propagande et de diffusion des idées syndicalistes et révolutionnaires. Sa boutique devint vite une sorte de foyer intellectuel, un lieu où militants, journalistes et écrivains aimaient s’arrêter et deviser. Après sa rupture avec Charles Péguy en 1912, Georges Sorel, que liait déjà une amitié solide avec les Delesalle, quitta la boutique des Cahiers de la Quinzaine et vint, chaque jeudi, passer l’après-midi rue Monsieur-le-Prince. Il dédia d’ailleurs, en témoignage d’estime et d’amitié, ses Matériaux d’une théorie du prolétariat à Paul et Léona Delesalle.
Précédant Pouget et Griffuelhes, Delesalle se lança, à cette époque, dans la rédaction de brochures doctrinales et grand public sur le syndicalisme révolutionnaire. Mais La Publication sociale édita également des œuvres plus littéraires : Villiers de l’Isle-Adam. L’Écrivain et le Philosophe, par Henri Chapoutot, Souvenirs d’une morte vivante de Victorine B. (Victorine Rouchy-Brocher) en 1909 ou La très véridique histoire de deux gredins de Jean Variot, en 1910.
En 1914, Delesalle approuva l’attitude de la CGT, et écrivit à Jouhaux le 30 septembre et le 26 novembre pour l’assurer de toute sa sympathie. Il édita ensuite son discours aux obsèques de Jaurès.
En 1917, à l’annonce de la Révolution russe, Delesalle eut « un grand mouvement de joie et d’espoir » (La Révolution prolétarienne, 25 février 1933) et, en 1920, il donna brièvement son adhésion au Parti communiste. En 1922, donnant quelques souvenirs sur Victor Griffuelhes à L’Humanité du 10 juillet, il condamna l’attitude de Jouhaux qui selon lui reprenait à son compte « les idées et les pratiques de Keufer et du réformisme syndicaliste vis-à-vis de l’État bourgeois ». Dans L’Humanité du 26 août 1922, il consacra également un article nécrologique à son ami Georges Sorel, qui se terminait par ces mots : « Prolétaires, exploités de partout, croyez m’en, c’est l’un de vos plus lucides et de vos plus grands défenseurs qui vient de disparaître. »
En 1932, Delesalle eut de graves soucis de santé et, les médecins lui ayant conseillé le repos, il vendit sa librairie pour se retirer à Palaiseau dans une modeste maison. Il y emporta ce qui était sa plus grande richesse : ses collections de livres et de documents — on put en mesurer toute la richesse puisque, à sa mort, Léona Delesalle avec un total désintéressement en fit don à l’Institut français d’histoire sociale. Une telle profusion de documents et un accueil cordial attiraient à Palaiseau historiens et militants. Après un temps de repos, Paul Delesalle participa à la rédaction de l’Almanach ouvrier et paysan pour l’année 1938, pour lequel il retraça l’histoire de la Commune de Paris. L’année précédente, il avait fait paraître au Bureau d’éditions un Paris sous la Commune. Documents et souvenirs inédits. En 1939, il établit une « bibliographie sorélienne » pour l’International Review of Social History de l’Institut d’histoire sociale d’Amsterdam.
Les années de guerre et d’après-guerre furent très dures pour les Delesalle. Dans l’inconfort d’une modeste maison, avec peu de ressources, éloignés de tout, ils ne purent subsister que grâce à quelques amis dévoués. Paul Delesalle eut la joie de voir éditer en recueil les lettres que, de 1914 à 1921, Georges Sorel lui avait adressées. Très atteint depuis de longs mois par la maladie, il mourut le 8 avril 1948. Sa compagne épingla sur sa poitrine son vieil insigne de la CGT, manifestant ainsi la fidélité de toute une vie. Il fut incinéré au columbarium du Père-Lachaise le 13 avril. Sa femme Léona, née le 25 mai 1875, lui survécut près de vingt ans. Elle finit ses jours à la maison de retraite Galignani et fut enterrée au cimetière de Puteaux le 21 novembre 1966.

ŒUVRE : Les Révolutionnaires au congrès de Londres. Conférences anarchistes (avec Léon Rémy), Publication des Temps nouveaux n°4, 1896 — Les Conditions du travail chez les ouvriers en instruments de précision de Paris, Petite Bibliothèque économique n° 1, aux bureaux des Temps nouveaux, 1899 — Aux travailleurs. La grève !, Petite Bibliothèque économique n° 2, aux bureaux des Temps nouveaux, 1900 — L’Action syndicale et les anarchistes, éd. de l’Education libertaire, 1900 — Rapport sur la question de l’unité ouvrière présenté aux congrès des bourses du travail, à Alger et corporatif, à Montpellier, en l902 par l’Union des syndicats de la Seine, 1902 — Les Deux méthodes du syndicalisme, Petite Bibliothèque d’études économiques n° 5, aux bureaux des Temps nouveaux, 1903 — La Confédération générale du travail. Historique, constitution, but, moyens... Bibliothèque d’études économiques et syndicalistes n° 3, La Publication sociale, 1907 — Le Mouvement syndicaliste, Bibliothèque d’études syndicalistes, La Publication sociale, 1913 — Paris sous la Commune, documents et souvenirs inédits, Bureau d’éditions, Paris, 1937.

SOURCES : compte-rendu du congrès CGT de Lyon (1901) — L’Humanité des 10 juillet et 26 août 1922 — Bernard Georges et Denis Tintant, Léon Jouhaux, cinquante ans de syndicalisme, PUF, 1962 — Jean Maitron, Paul Delesalle, un anarchiste de la Belle Époque, Fayard, 1985 — Philippe Oriol, A propos de l’attentat Foyot : quelques questions et quelques tentatives de réponses, Le Fourneau, 1993 — Tangui Perron, « Le Cinéma du peuple », Le Mouvement social de juillet-septembre 1995.

Colette Chambelland, notice complétée par Guillaume Davranche


http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/ ... icle156361
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 16 Mar 2018, 16:24

Eugène Varlin : Aux origines du mouvement ouvrier et du syndicalisme

“Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines.”

Eugène Varlin

... http://www.lesenrages.antifa-net.fr/eug ... dicalisme/
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 16 Mar 2018, 19:49

Alexandra David-Néel, Engagements de jeunesse[

Aix en Provence lundi 19 mars 2018
19h, Cité du livre, 8, 10, rue des Allumettes

avec Nicolas Eprendre, réalisateur et Nadine Gomez, conservatrice de la maison d’Alexandra D-N à Digne

Nous évoquerons après le film et à l’occasion de son 150e anniversaire la personnalité hors norme de cette femme engagée, anarchiste non violente sur les pas d’Elisée Reclus dont elle adoptera les concepts principaux : le féminisme, l’émancipation des femmes, la liberté des moeurs et l’expérience concrète du monde.

http://www.millebabords.org/spip.php?article31491
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 20 Mar 2018, 14:22

Miguel Peciña Anitua 1947-2018

Une vie des 2 côtés des Pyrénnées

doc pdf : http://www.fondation-besnard.org/IMG/pd ... rtrait.pdf

http://www.fondation-besnard.org/spip.php?article3058
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 22 Mar 2018, 23:08

Emma et Michel investissent le quartier !

Discussion-rencontre avec Etienne Lesourd à propos d’Emma Goldman et Mikhaïl Bakounine autour des livres "L’agonie de la révolution" et "Dans les griffes de l’ours" (aux éditions Les nuits rouges) à Quartier libre (11, Grande Rue - Nancy) le 23 mars à 18h30.

Les parcours de ces deux personnages nous renvoient aux questions de la justice et de la contestation au nom de la liberté, à l’heure où la répression tend à se normaliser et où le principe de suspicion préventive s’insinue de plus en plus...

"L’AGONIE DE LA RÉVOLUTION" Emma Goldman
Mes deux années en Russie (1920-21) Traduction : Etienne Lesourd

Expulsée des Etats-Unis fin 1919, la militante anarchiste débarque en Russie révolutionnée, où elle espère prendre sa part dans la construction d’une société nouvelle. Petit à petit, son enthousiasme va céder la place au scepticisme, puis à la désillusion devant les signes de corruption du nouveau régime qu’elle découvre tout au long de ses voyages dans le pays et de ses rencontres avec les militants et dirigeants du parti au pouvoir, les anarchistes persécutés et de nombreux anonymes. Certes, Goldman fait la part des destructions, des souffrances et des famines provoquées par les interventions armées des Etats capitalistes et de la résistance acharnée des armées Blanches, mais les conceptions « autoritaires » des bolchéviques ont aussi leur part de responsabilités dans cette involution, pense-t-elle, dont on sait depuis qu’elle préfigurait le totalitarisme stalinien. « On ne soulignera jamais assez que la révolution ne sert à rien si elle n’est pas inspirée par son idéal ultime. Les méthodes doivent être en harmonie avec les objectifs révolutionnaires. Les moyens mis en œuvre pour réaliser la révolution doivent correspondre à ses buts », écrit-elle en conclusion de son récit.

"DANS LES GRIFFES DE L’OURS" . Michel Bakounine
Lettres de prisons et de déportation, présentées et annotées par Etienne Lesourd

Pratiquement, aucun révolutionnaire de son temps – à commencer par les socialistes russes de toutes tendances – n’a évité la prison, mais peu l’ont connue si longtemps, et surtout dans des conditions aussi difficiles. Bakounine a très sérieusement envisagé le suicide, mais il a toujours gardé, au fond de lui, une lueur d’espoir, c’est évident. Seuls ceux qui ont connu de telles épreuves peuvent lui faire des reproches quant à sa Confession ou à la supplique de 1857. On l’a accusé, ainsi, d’avoir en quelque sorte collaboré avec le pouvoir du tsar, mais qu’avait-il à perdre en demandant une commutation de peine ? Il s’en est expliqué dans une lettre à ses amis Herzen et Ogarev : « Devant un jury, au cours d’un procès public, j’aurais le devoir de tenir mon rôle jusqu’au bout. Mais entre quatre murs, à la merci de l’ours, je pouvais sans scrupule adoucir les formes 33. »

Il est temps de découvrir à travers cette correspondance la puissante figure romantique du prisonnier et déporté Michel Bakounine, qui allait devenir, à partir du milieu des années 1860, le grand penseur libertaire et l’admirateur critique de Marx, son adversaire dans l’Internationale, l’inspirateur, aussi, des anarchistes espagnols qui conduisirent une des plus importantes révolutions du XXe siècle.

https://manif-est.info/Emma-et-Michel-i ... r-463.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 26 Mar 2018, 01:26

POUGET Émile

Né à Pont-de-Salars (Aveyron) le 12 octobre 1860 ; mort à Lozère (Seine-et-Oise) le 21 juillet 1931 ; militant anarchiste et syndicaliste révolutionnaire ; fondateur du Père Peinard, de La Sociale, et de La Révolution ; secrétaire de la section des Fédérations de la CGT de 1902 à 1908.

Né dans la bourgeoisie provinciale, Émile Pouget eut une petite enfance perturbée par la mort précoce, en 1863, de son père qui était notaire. Émile avait un frère, Isidore, qui fut professeur de lycée puis de Faculté à Rennes et Alger ; il mourut le 30 juin 1933 à Salles-la-Source (Aveyron). Mme Pouget se remaria en 1868 avec un conducteur des Ponts et Chaussées, Jean Vergely. Animé d’ardentes convictions républicaines, celui-ci fonda une petite feuille de combat pour diffuser ses idées, ce qui lui valut d’être révoqué. Émile Pouget vécut donc, dès son enfance, dans un milieu politique et batailleur. On devait évoquer devant lui événements et idées puisqu’il dit, plus tard, avoir gardé un profond souvenir du procès des Communards de Narbonne qui eut lieu en 1871 devant la cour d’assises de l’Aveyron. Aussi ne faut-il pas s’étonner de le voir, élève au lycée de Rodez, écrire une minuscule feuille manuscrite, le Lycéen républicain.

En 1875, son beau-père mourut et il dut quitter le lycée. Il se rendit à Paris où il entra comme employé dans un magasin de nouveautés. Mais, dès le travail fini, il courait les réunions publiques des petits groupes avancés. En 1879, il participa à la création d’un syndicat des employés du Textile dont il rédigea la première publication : une brochure violemment antimilitariste. Il était devenu anarchiste, confirmé dans ses idées par la lecture régulière de la Révolution sociale et du Révolté. En juillet 1881, il fut l’un des délégués des groupes anarchistes français au congrès international de Londres.

Le 8 mars 1883, la Chambre syndicale des menuisiers, devant le chômage grandissant, convoquait les sans-travail à un meeting en plein air, esplanade des Invalides. Pouget y participa et, après la dispersion d’une partie des assistants par la police, prit avec Louise Michel la tête d’une colonne de manifestants qui voulait rejoindre le faubourg Saint-Antoine par le boulevard Saint-Germain. Trois boulangeries furent pillées au cri de : " Du pain, du travail ou du plomb ". Place Maubert, la colonne se heurta à d’importantes forces de police et Pouget fut arrêté. Une perquisition fut effectuée chez lui où l’on trouva six cents exemplaires d’une brochure À l’armée. Le 21 juin, il comparut devant la cour d’assises de la Seine, à la fois pour participation à la manifestation du 8 mars et pour diffusion de propagande antimilitariste. Il fut condamné à huit ans de réclusion et incarcéré à la prison de droit commun de Melun. Il y purgea trois ans et fut libéré au moment de l’amnistie de 1886.

À sa sortie de prison, Émile Pouget s’occupa de représentation en librairie et de démarchage pour des ouvrages, mais sa passion restait la propagande révolutionnaire. Il cherchait alors un mode d’intervention qui lui fût personnel et pensa à créer un journal. Le 24 février 1889 parut le premier numéro du Père Peinard, petite brochure du format de la célèbre Lanterne d’Henri Rochefort, mais au ton tout à fait particulier. Pouget, en effet, avait voulu faire un journal populaire, écrit dans une langue forte et imagée dans la ligne du Père Duchêne. Son père Peinard est un gniaff (cordonnier) qui s’est " bombardé journaleux " parce qu’un tas d’idées lui " trottaient par la caboche ". Il donnera, chaque semaine, " seize pages de tartine contre deux ronds ".

À travers toutes les pages du journal, on sentait le style d’un grand pamphlétaire prolétarien. C’était le mouvement ouvrier qui tenait la plus grande place, car l’anarchisme de Pouget était essentiellement ouvrier. On y retrouvait tous les thèmes de la propagande anarchiste : contre le gouvernement, contre la politique et les députés (" les bouffe-galette de l’aquarium "), contre l’armée, contre les patrons. Il prônait la grève générale et, en 1889, il écrivait : " Oui, nom de Dieu ! y a plus que ça aujourd’hui : la grève générale ! " :

" Voyez-vous ce qui arriverait si dans quinze jours y avait plus de charbon. Les usines s’arrêteraient, les grandes villes n’auraient plus de gaz, les chemins de fer roupilleraient.

" Du coup, le populo presque tout entier se reposerait. Ça lui donnerait le temps de réfléchir : il comprendrait qu’il est salement volé par les patrons, et, dame, il se pourrait bien qu’il leur secoue les puces dare-dare ! "

Le Père Peinard connut rapidement un certain succès (près de 500 abonnés en 1894 — cf. Arch. Nat. F7/12 506). Comme ses lecteurs, il était volontiers trimardeur et on le vit successivement rue du Croissant, rue du Quatre-Septembre, rue Lafayette, rue Cadet, rue d’Orsel... Son format, le nombre de ses pages changeaient souvent. La dernière page donnait fréquemment un dessin : Luce, Ibels, Pissaro ou Willette.

Les poursuites pleuvaient dru contre un journal qui ne ménageait rien ni personne et, de temps à autre, Pouget faisait des séjours à Sainte-Pélagie d’où il continuait d’ailleurs à envoyer sa copie au Père Peinard.

En 1894, les poursuites contre les anarchistes s’intensifiaient. Le début de l’année avait été marqué par de nombreux attentats. En juin, Caserio avait assassiné le président de la République. Des opérations de vaste envergure avaient été entreprises contre les milieux anarchistes : perquisitions, arrestations, condamnations se succédaient sans arrêt. À la suite de la mise en application des " lois scélérates ", la plupart des journaux anarchistes disparurent. Le 21 février 1894, à son 253e numéro, le Père Peinard interrompait sa publication. De nombreux militants furent arrêtés et traduits devant la cour d’assises de la Seine pour avoir constitué une " association de malfaiteurs ". Ce fut le procès des Trente — voir S. Faure. Émile Pouget était inculpé, mais il avait pris la fuite et, après un séjour à Alger, semble-t-il, entre février et septembre 1894 (il est donné comme secrétaire de la Bourse du Travail d’Alger d’avril 1894 à avril 1896), il s’était réfugié en Angleterre. Il y fit paraître huit numéros de très petit format du Père Peinard (septembre 1894-janvier 1895).

En 1895, à la suite de l’amnistie consécutive à l’élection de Félix Faure, il put revenir en France, purgea sa contumace et fut acquitté. Il se remit aussitôt à son action de propagandiste en reprenant la publication de l’Almanach du Père Peinard, en collaborant au Journal du Peuple de Sébastien Faure et en faisant paraître, le 11 mai 1895, la Sociale dont 76 numéros devaient être publiés jusqu’au 18 octobre 1896, date à laquelle il reprit la publication de son Père Peinard.

La pensée de Pouget était alors en pleine évolution. Toujours profondément anarchiste, il penchait en effet de plus en plus vers l’action syndicale.

Pouget exaltait dans son journal les mouvements de grève, la création des syndicats. Il voyait là un moyen pour les anarchistes de diffuser leurs idées : " S’il y a un groupement où les anarchos doivent se fourrer, c’est évidemment la Chambre syndicale. Quand on déclare que tous les groupements politiques sont des attrape-nigauds, qu’il n’y a de réalité que sur le terrain économique, y a pas meilleure base que le groupement corporatif. " Bien sûr, il faut pour cela éloigner les syndicats de l’action réformiste et les pousser dans la voie révolutionnaire : " Ça prendrait une riche tournure, si les groupes corporatifs étaient farcis de fistons marioles ayant une haine carabinée pour les patrons et les gouvernants.

" Des gars ne se désintéressant pas de la lutte au jour le jour, si mesquine qu’elle paraisse, comprenant que c’est la vie actuelle et que s’en isoler est malsain.

" Des gars ne regardant pas comme des couillonnades indignes d’eux de fourrer leur grain de sel dans les grèves et toutes les chamailleries s’élevant entre ouvriers et patrons.

" Mais, actuellement, faisant converger tous leurs actes, même les plus petiots, vers le but à atteindre : la mise en route de la sociale libertaire. "

Il marquait de plus en plus son hostilité aux organisations politiques, même celles se réclamant de la classe ouvrière ; et sa brochure Variations guesdistes soulignait bien sa volonté de lutter contre l’emprise politique dans les syndicats.

Il était donc tout naturel que Pouget participât à la vie des organisations syndicales naissantes. Il fut, pour la première fois, délégué au IXe congrès national corporatif — 3e de la CGT — à Toulouse en septembre 1897. Il y représenta le groupe corporatif de Clichy, la Bourse indépendante d’Amiens et la fédération des syndicats de la ville de Vienne. Mais il n’intervint pas, et pas plus au congrès de Rennes de 1898 où il représenta la chambre syndicale de l’industrie lainière de Reims et l’union syndicale des ouvriers en cuir d’Amiens.

Au 5e congrès de la CGT, à Paris, en septembre 1900, il fit partie de la Commission du journal. Le rapport de cette commission conclut à la nécessité, pour la CGT, d’avoir un organe. Celui-ci parut le 1er décembre 1900, sous le titre La Voix du Peuple, et Émile Pouget était chargé de la rédaction.

En 1902, Pouget se vit confier le secrétariat de la section des fédérations. Son rôle grandit dans le mouvement syndical. Il était le journaliste, l’homme qui tenait la plume dans les congrès. Sa personnalité complétait admirablement celle de Griffuelhes et ils furent tous deux les véritables organisateurs de la CGT, les animateurs du syndicalisme révolutionnaire. Sans se pousser au premier plan, Pouget marqua de son influence la vie de la CGT et il se révéla un grand manieur d’hommes. Deux journalistes, M. Leclercq et E. Girod de Fléaux, l’ont décrit ainsi dans leur ouvrage Ces Messieurs de la CGT : " Grand, puissant, bien étoffé, ses cheveux noirs en brosse à peine semés d’une apparence de fils blancs, la barbiche en pointe, les moustaches longues qui s’amincissent brusquement, Pouget possède un regard vif et scrutateur tel que l’on imaginerait celui d’un diplomate. Toujours froid, ironique jusqu’à en être parfois acerbe, philosophe, affectant de philosopher avec détachement des choses mêmes qui l’intéressent le plus, à la Confédération générale du Travail le citoyen Émile Pouget est bien l’Éminence grise ".

Etroitement mêlé à la vie de la CGT — il avait assisté à tous ses congrès depuis 1897 — Pouget fut l’un des signataires de la Charte d’Amiens en octobre 1906. C’est vers cette époque que mourut sa compagne, celle que les camarades appelaient affectueusement " la mère Peinard " et qui avait secondé en toutes circonstances le militant.

En 1908, après la grève de Draveil, la proclamation de la grève générale par la CGT et la journée sanglante du 30 juillet à Villeneuve-Saint-Georges, Émile Pouget fut arrêté avec les principaux dirigeants de la CGT. Il resta deux mois à la prison de Corbeil. Au congrès de Marseille en octobre 1908, il fut maintenu à son poste comme tous les autres dirigeants confédéraux, mais, à sa sortie de prison, il cessa toute activité confédérale.

Le souci de Pouget était désormais de doter la tendance syndicaliste révolutionnaire d’un quotidien. Après avoir péniblement réuni les fonds nécessaires, il fit paraître le 1er février 1909 la Révolution. Celle-ci ne devait avoir que 56 numéros et cessa de paraître le 28 mars, faute de ressources financières suffisantes. Cet échec fut cruellement ressenti par Pouget. Pierre Monatte écrivit, en février 1951, dans un article sur la presse syndicale dans la Révolution prolétarienne : " l’échec de la Révolution devait blesser pour toujours un homme de la trempe de Pouget. "

La fatigue physique d’une vie déjà longue de militant, s’ajoutant à cette déception, Pouget se retira, avec la femme qu’il avait épousée après la mort de sa compagne, dans une petite maison, à Lozère, en Seine-et-Oise. Il vécut désormais à l’écart du mouvement, recevant seulement quelques vieux amis.

Pendant la guerre de 1914-1918, il publia des feuilletons de style patriotique dans l’Humanité. Ce furent ses derniers écrits.

Pour vivre, ayant gardé de nombreux amis dans le monde de la peinture, il s’occupa de la publicité de l’Annuaire de l’art décoratif moderne et du catalogue du Salon des Indépendants.

Il mourut le 21 juillet 1931 à Lozère, eut un enterrement discret, et peu d’articles nécrologiques lui furent consacrés.

OEUVRE : L’Action directe. Paris, s.d. [1910], 28 p. — Les Bases du syndicalisme, Paris, 1910, 24 p. — La CGT, Paris, 1908, 64 p. — Le Parti du Travail, Paris, 1905, 28 p. — Le Syndicat, Paris, s.d. 24 p. — Variations guesdistes, Paris, s.d. [1896], 36 p. — Avec Francis de Pressensé : Les Lois scélérates de 1893-1894, Paris, 1899. 62 p. — Avec Émile Pataud : Comment nous ferons la Révolution, Paris, s.d. [1909] VIII — 298 p.

Nombreuses collaborations. Notons L’Action directe (juillet 1903-février 1905), L’Avant-Garde (avril 1905-mars 1906), La Guerre sociale (régulièrement à partir de janvier 1911).

SOURCES : Ad Memoriam, Paris, s.d. [1931], 24 p. — Christian Demay de Goustine, Émile Pouget, thèse pour le doctorat en droit, Paris, 1961 (dactylographie) 281 p. — Cl. Hyvert, La Sociale et le Père Peinard, 1894-1900, DES, Paris, 1965. — Plus Loin, octobre 1933. — Témoignage de Mme Delesalle.

ICONOGRAPHIE : Ad Memoriam, op. cit.

Colette Chambelland

(Extrait du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Maitron)


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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 31 Mar 2018, 23:19

AGOSTINUCCI Eugenio

Né à Genzana (province de Rome) le 16 mai 1867 – Ouvrier tapissier ; peintre en bâtiment. Anarchiste à Rome (Italie) et Nice (Alpes Maritimes).

Eugenio Agostinucci fut l’un des protagonistes du mouvement des chômeurs de Rome à la fin des années 1880 et au début des années 1890. A partir de 1890, avec Ettore Gnocheti et Pietro Calcagno, il se consacra à la formation de la Fédération anarchiste. Suite à sa participation à une réunion en mars 1891, il fut condamné à trois mois de prison et à une amende. Membre de la commission organisatrice de la manifestation du 1er mai 1891, à laquelle participèrent quelques 2.000 manifestants derrière le drapeau de la Fédération anarchiste révolutionnaire et qui se termina par de violents affrontements causant un mort et une centaine de blessés, il fut condamné le 4 juillet 1892 par la Cour d’appel de Rome à 28 mois et 15 jours de prison ainsi qu’à un an de surveillance spéciale.
Après avoir bénéficié d’une amnistie, il poursuivit activement la propagande anarchiste et participa aux manifestations romaines de protestation contre les ratonnades anti-italiennes survenues à Aigues-Mortes (août 1893) où plusieurs ouvriers italiens avaient été assassinés. Il fut une nouvelle fois arrêté ce mois d’août 1893 et emprisonné pour « association de malfaiteurs ». Le 7 janvier 1894, suite à une réunion avec Ettore Gnochetti qui se termina par des affrontements avec la police aux cris de « Vive la Révolution ! Vive l’anarchie », il fut arrêté et condamné à 2 ans et 3 mois de prison. En 1895 il était assigné à résidence sur l’île de Ponza, puis était renvoyé à Rome sous surveillance spéciale.
En 1899, Agostinucci partait pour Bucarest où il restait quelques mois avant de gagner la France où, le 23 juin 1900, il s’installait à Nice, hébergé par l’anarchiste Giovanni Talchi où il allait exercer divers métiers (tapissier, peintre, marbrier) et très vite participer au noyau militant du groupe anarchiste local.
Le 28 septembre 1900, il était hébergé chez Andréa, 6 quai place d’Armes.
Six mois après son arrivée, la police le signalait à la Sûreté générale comme un militant « d’une intelligence supérieure et doué d’une force physique peu commune ». Considéré comme « très dangereux » et l’un des dirigeants des anarchistes, la police signalait qu’il fréquentait « avec assiduité les réunions du parti libertaire tenues 18 rue Ségurante » et qu’il participait « à toutes les réunions des syndicats ».
Le 1er mai 1901, en se rendant au restaurant Cuggia, quartier Saint Sylvestre, répondant à l’invitation de la Fédération socialiste révolutionnaire italienne (FSRI), un groupe qui comptait sept italiens : Agostinucci, Casalini, De Angelis, Ferrini, Pero, Venturi, Oberti, cria à plusieurs reprises les slogans Vive Bresci, Mort au Roi, Vive l’anarchie !
Agostinucci assista et contribua à l’éclatement de la Bourse du travail de Nice. Lors de la scission qui se produisit, il suivit les indépendants et entraina avec eux tous ses amis politiques. La nouvelle Bourse indépendante s’intitula Fédération des chambres syndicales ouvrières de Nice, installée 7 rue Emmanuel Philibert. Elle était plus radicale que la Bourse que la Bourse place Saint François, soumise à la municipalité. La nouvelle Bourse adhérait à la CGT et se réclamait du syndicalisme révolutionnaire.
Agostinucci fut l’un des animateurs de la grève des ouvriers peintres, parcourant les chantiers et débauchant les ouvriers qui travaillaient encore.
Pendant la grève des débardeurs, il fit partie du Comité qui tenait permanence au siège du syndicat et à la Bourse indépendante.
Du 2 novembre 1902 au 20 mars 1903, il était à Rome.
Lors de la grève générale de septembre 1903, Agostinucci participa à la première réunion des grévistes le 25 septembre. Le 27 septembre eurent lieu des affrontements violents entre la police qui protégeait des cantonniers non-grévistes et les manifestants. Agostinucci se trouvait à la tête des balayeurs grévistes qui en arrachant leurs outils de travail aux cantonniers municipaux amenèrent des troubles qui se produisirent pendant une heure sur les boulevards au Pont-Vieux et Mac-Mahon. Le lendemain, lorsque la police voulut expulser les grévistes de la Bourse indépendante, Agostinucci était dans le local. Des bouteilles furent lancées sur les agents.
Le 14 mai 1905, il se rendit à Gènes.
Les 12-20 juin 1907, il alla à Rome pour y participer au congrès anarchiste national qui s’y tint. Puis, à Nice, il fit partie du Comité pour la libération d’ A. Masetti, – formé d’anarchistes, de socialistes et de républicains – qui se proposait également de lancer une souscription pour l’organisation d’une campagne antimilitariste en Italie. Il était à cette époque en relations avec les compagnons émigrés aux Etats-Unis d’où il recevait le journal Cronaca sovversiva. Sous le pseudonyme de Miorn, il serait l’auteur de divers articles parus dans le journal espagnol Tierra y Libertad (Nice, au moins 4 numéros, octobre 1909-février 1910) dont le responsable était Armand Guerra.
Le 23 avril 1911, il se rendit de nouveau à Rome.
En 1919, ses déplacements étaient encore surveillés par la police, il demeurait alors 209 boulevard du Mont Boron à Nice. Cette année là il se rendit à Vichy (Allier) où il travailla dans l’entreprise de peinture Demagistri.
A partir de 1919, son nom se fit plus rare dans les rapports et il s’éloigna du mouvement anarchiste ; lors de son adhésion à la Ligue italienne des droits de l’homme (LIDU), il s’était inscrit comme socialiste. Déjà âgé et en mauvaise santé, il cessa alors rapidement tout militantisme politique.

SOURCES : Dizionario biografico degli anarchici…, op. cit. (Notice de I. Del Biondo) — U. Martinez Le gouvernement anarchiste dans une grande ville touristique du XIXe siècle : Nice (1884-1904) — Le mouvement anarchiste dans les Alpes-Maritimes à partir des dossiers de police : 1884-1904 par Ulysse Martinez. — Arch. Dép. Alpes-Maritimes ,4 M 490.

ICONOGRAPHIE : Arch. dép. Des Alpes-Maritimes 4 M 490


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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 05 Avr 2018, 14:19

Emma Goldman : Durruti n’est pas mort ! (1936)

Durruti, que j’ai rencontré pour la dernière fois il y a un mois, est mort en luttant dans les rues de Madrid.

J’ai tout d’abord connu ce vaillant combattant du mouvement anarchiste et révolutionnaire en Espagne par ce que je pouvais lire de lui. Lorsque j’arrivai à Barcelone, j’entendis beaucoup d’anecdotes à propos de lui et de sa colonne. J’étais donc impatiente de me rendre sur le front d’Aragon, front où il galvanisait les milices courageuses qui luttaient contre le fascisme.

À la tombée de la nuit, j’arrivai à son état-major, complètement épuisée par le long voyage effectué en voiture sur un chemin accidenté. Quelques minutes avec Durruti me procurèrent un grand réconfort, elles me firent l’effet à la fois d’un rafraîchissement et d’un encouragement. Homme musclé, comme ciselé dans la pierre à coups de marteau, il représentait certainement la figure la plus dominante parmi les anarchistes que j’avais rencontrés depuis mon arrivée en Espagne. Comme pour tous ceux qui l’approchaient, son énorme énergie m’impressionna.

Je trouvai Durruti au milieu de ses compagnons, dans une ambiance aussi active que celle d’une ruche. Des hommes allaient et venaient, il était constamment sollicité au téléphone, et, en même temps, des coups de marteau assourdissants retentissaient sans arrêt car des ouvriers étaient en train de construire une charpente en bois pour son état-major. Au milieu de cette activité bruyante et continue, Durruti restait serein et patient. Il me reçut comme s’il me connaissait depuis des années. L’accueil cordial et chaleureux de cet homme, engagé dans une lutte à mort contre le fascisme, était pour moi un événement inattendu.

J’avais beaucoup entendu parler de sa forte personnalité et de son prestige dans la colonne qui portait son nom. Je lui demandai comment il avait réussi à mobiliser 10 000 volontaires sans aucune expérience ni aucun entraînement, d’autant plus que l’armée ne l’avait pas aidé dans cette tâche. Il parut surpris de ce que moi, une vieille militante anarchiste, je lui pose une telle question.

– J’ai été anarchiste toute ma vie, me répondit-il, et j’espère continuer à l’être. C’est pourquoi il me serait très désagréable de me transformer en général et de commander mes hommes en leur imposant la discipline stupide que prônent les militaires. Ils sont venus à moi de leur plein gré, ils sont disposés à donner leur vie pour notre lutte antifasciste. Je crois, comme j’ai toujours cru, en la liberté. Une liberté qui repose sur le sens de la responsabilité. Je considère que la discipline est indispensable, mais qu’elle doit reposer sur une autodiscipline, motivée par un idéal commun et un fort sentiment de camaraderie.

Durruti avait gagné la confiance et l’affection de ses hommes, parce qu’il ne s’était jamais considéré supérieur à eux. Il était l’un d’entre eux. Il mangeait, dormait comme eux. Souvent il renonçait à sa part, au bénéfice d’un malade ou d’un individu faible, plus nécessiteux que lui. Il partageait le danger avec eux dans toutes les batailles. Tel était certainement le secret de son succès avec sa colonne. Ses hommes l’adoraient. Non seulement, ils obéissaient à tous ses ordres, mais ils étaient toujours disposés à le suivre dans les actions les plus dangereuses pour conquérir les positions du fascisme.

J’arrivai la veille d’une attaque qu’il avait préparée pour le lendemain. À l’heure indiquée, Durruti, comme le reste de ses miliciens, le Mauser pendu à l’épaule, ouvrit la marche. Avec ses camarades il fit reculer l’ennemi de quatre kilomètres. Il réussit aussi à récupérer un nombre considérable d’armes que l’ennemi avait abandonnées dans sa fuite.

Son égalitarisme sans affectation n’était certainement pas l’unique explication de son influence. Il y en avait une autre : sa grande capacité à faire comprendre aux miliciens le sens profond de la guerre antifasciste. Sens qui avait dominé son existence et qu’il avait enseigné aux plus pauvres et aux plus démunis.

Durruti me parla des problèmes difficiles que lui posaient ses hommes quand ils lui demandaient une permission au moment où ils étaient le plus nécessaires au front. Il est évident qu’ils connaissaient leur dirigeant ; qu’ils connaissaient sa décision, sa volonté de fer. Mais ils connaissaient aussi la sympathie et la gentillesse que dissimulait son attitude austère. Comment résister quand les hommes lui parlaient des maladies et des souffrances qu’enduraient leur famille, leurs parents, leur épouse ou leurs enfants ?

Avant les journées glorieuses de juillet 1936, Durruti fut poursuivi comme une bête féroce dans tous les pays. Il était continuellement emprisonné comme un criminel. Il fut même condamné à mort. Lui, l’anarchiste, répudié, haï par la Sinistre Trinité que constituent la bourgeoisie, l’État et l’Église, ce vagabond sans foyer était incapable d’éprouver les sentiments dont l’odieux capitalisme l’accusait, prouvant que ses ennemis le connaissaient fort mal Durruti. Et comprenaient bien peu son cœur, toujours débordant d’amour ! Jamais il ne sut rester indifférent aux besoins de ses compagnons. Maintenant qu’il était engagé dans une lutte désespérée contre le fascisme, pour la défense de la Révolution, chacun devait occuper son poste. À mon avis, il avait une tâche très difficile. Il écoutait patiemment les hommes qui lui confiaient leurs souffrances, il diagnostiquait leurs causes et proposait des solutions chaque fois qu’un malheureux souffrait sur le plan moral ou physique. À cause de l’excès de travail, de la nourriture insuffisante, du manque d’air pur, ou de la perte de la joie de vivre.

– Tu ne vois pas, camarade, que la guerre que toi, moi, et tous les autres nous menons, vise à sauver la Révolution, et que la Révolution veut mettre fin aux misères et aux souffrances des hommes ? Nous devons écraser notre ennemi fasciste. Nous devons gagner la guerre. Tu es une part essentielle de celle-ci. Tu ne le vois pas, camarade ?

Les camarades de Durruti s’en rendaient bien compte et restaient. Parfois, un compagnon se refusait à entendre ces raisons et insistait pour abandonner le front.

– Très bien, lui disait Durruti, mais tu t’en iras à pied, et quand tu arriveras chez toi, tout le monde saura que tu as manqué de courage, que tu as déserté l’accomplissement du devoir que toi-même tu t’étais imposé.

Ces paroles produisaient de magnifiques résultats. L’homme suppliait alors Durruti de ne pas le laisser partir. Aucune sévérité militaire, aucune coercition, aucun châtiment disciplinaire ne maintenait la colonne de Durruti au front. Seulement la grande énergie de l’homme qui les poussait et les faisait sentir à l’unisson avec lui.

Un grand homme, l’anarchiste Durruti. Un homme prédestiné pour diriger, pour enseigner. Un camarade attentif et tendre. Tout en un. Désormais Durruti est mort. Son cœur ne bat plus. Son corps imposant s’est abattu comme un arbre géant. Pourtant, Durruti n’est pas mort, comme en témoignent les centaines de milliers de personnes, qui, le dimanche 22 novembre 1936, lui ont rendu un dernier hommage.

Non, Durruti n’est pas mort. Le feu de son esprit ardent a éclairé tous ceux qui l’ont connu et aimé. Jamais il ne s’éteindra. Déjà les masses brandissent la torche qui est tombée de ses mains. Triomphalement elles sont en train de la porter sur le sentier qu’il a éclairé durant de nombreuses années. Le sentier qui conduit au sommet de son idéal. Cet idéal, c’est l’anarchisme – la grande passion de sa vie – auquel il se consacra en entier et fut fidèle jusqu’à son dernier soupir ! Non Durruti n’est pas mort ! »

Emma Goldman, novembre 1936

Note de Ni patrie ni frontières :
Ce texte a été en partie retraduit par nos soins en utilisant la version espagnole publiée dans le Boletin de informacion de la CNT-AIT du 27 novembre 1936, et en reprenant aussi quelques passages d’une traduction française éditée par la CNT-FAI à Barcelone en 1936 dans une brochure intitulée Buenaventura Durruti.


http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... -mort.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 12 Avr 2018, 13:21

BALLERINI Teresa [née FABBRINI Teresa]

Née à Florence (Italie) le 1er septembre 1855.Décédée le 22 juillet 1903. Conférencière, femme de chambre. Mariée à Olympio Ballerini. Anarchiste en Toscane (Italie), à Florence et à Nice (Alpes-Maritimes).

Teresa Fabbrini, se rapprocha de l’anarchisme dans la seconde moitié des années quatre-vingt. Elle se consacra à la propagande, tenant des conférences où elle était vêtue de rouge et noir, portant un chapeau. Elle déménagea à Pise et à Sienne. T. Fabbrini eut un rôle important dans le mouvement anarchiste florentin et toscan du début des années quatre-vingt-dix. Elle collabora dans des périodiques tels que Il Paria à Pise (numéro unique, 25 février 1893),La Questione sociale à Florence, Semper avanti ! À Livourne, La Favilla à Mantoue et L’égalité sociale de Marsala (12 novembre 1893), dans lequel apparaît un poème en vers, de Martelliani intitulé Avanti ! En Juin de la même année, une conférence à Colle d’Elsa lui valut un procès et une peine de 28 jours d’emprisonnement. Libérée le 8 mars 1894, elle fut de nouveau arrêtée le 17 avril pour association criminelle et outrage à la force publique, et condamnée à deux mois, plus 80 jours de prison supplémentaires. En octobre, elle fut arrêtée et, après six mois de prison, assignée pendant dix-huit mois au domicile forcé d’Orbetello. Après quatre mois, elle retourna à Florence en liberté conditionnelle, mais chaque nuit, elle fut obligée de recevoir la visite de la police. La fin de cette surveillance spéciale, en avril 1896 ne mit pas fin aux détentions et aux arrestations et lorsque les nouvelles lois dites exceptionnelles en 1898 menacèrent de la priver de liberté, Teresa Ballerini s’exila avec sa famille à Nice.
Teresa et son mari Olympio Ballerini arrivèrent avec leur fils à Nice, le 5 septembre 1898. Le 30 mars 1899, la famille Ballerini quittait le logement qu’elle occupait 1 rue du Lycée, pour aller demeurer 25 quai des Deux Emmanuel, maison Bernard, au 3e étage. Selon un rapport de police, un jour qu’il pleuvait abondamment et que dans la rue où elle habitait, coulaient des ruisseaux d’eau, elle se serait mise à la fenêtre en criant : « comme ce sera joli le jour où les rues seront inondées, non d’eau, mais de sang ».
On la surnommait La Ravachol.
Le 12 décembre 1899, le commissaire central de Nice notait : « Pour faire cesser l’agitation qui depuis quelque temps semble régner chez une partie des ouvriers italiens, j’estime qu’il conviendrait d’expulser tous les membres de cette famille, dont les menées subversives peuvent constituer un danger pour la sécurité publique ».
Une note manuscrite du 12 décembre 1899, émanant du cabinet du préfet, indiquait : « Les appeler, leur donner un avertissement sévère et définitif ».
Le 14 décembre 1899, le commissaire central de Nice constata que « le père, la mère et le fils continuent à faire une propagande effrénée parmi les ouvriers de la colonie italienne, pour faire des adeptes au parti anarchiste ».
Le 19 décembre 1899, le commissaire central de Nice, convoqua la famille Ballerini : « Je les ai légèrement admonesté et les ai engagés à cesser de faire de la propagande anarchiste, s’ils ne voulaient pas être expulsés du territoire français ».
Teresa Ballerini quitta Nice le 2 juillet pour se rendre à Florence, le 2 août, elle était signalée à Paris. Elle s’y faisait adresser sa correspondance en poste restante.
Ces déplacements parurent suspects à la police, d’autant que les ressources issues de la vente de journaux, par son mari, ne pouvaient suffire aux dépenses du voyage.
Le 29 juillet 1900, à Monza (Italie), l’ouvrier anarchiste Gaetano Bresci tira trois coups de pistolet sur le roi d’Italie Humbert 1er, ce fut le prétexte de nombreuses expulsions d’anarchistes italiens.
Le 5 août, la police apprit qu’elle allait se rendre à Marseille, chargée de communications importantes, pour les anarchistes de cette ville, de la part de l’anarchiste Felice Vezzani qui travaillait sur le chantier de l’Exposition universelle.
Le 8 août Teresa Ballerini fut arrêtée à sa descente du train en gare de Nice, à 11h33, en compagnie d’Octave Pellegrin, membre du groupe des libertaires de Nice, typographe qui l’accompagnait dans ce voyage.
Interrogée par la police, elle déclara qu’elle était à Paris pour voir l’Exposition, avec Pellegrin qui lui servait de « Cicerone ». Ils demeuraient 55 rue de Popincourt. A Paris, elle rencontra Amilcare Cipriani. Questionnée sur la halte qu’elle fit à Marseille, elle répondit qu’elle se sentait fatiguée et s’y était reposée quelques heures à l’hôtel du Lion d’Or.
La presse nationale (L’Aurore, la Petite République et la Lanterne) s’empara de l’affaire et dénonça ses conditions d’incarcération : « Mme Ballerini, étant la plus faible, a été naturellement la plus maltraités. Jetée an cellule, au secret le plus absolu, elle a été l’objet de la lâche brutalité des gardiennes, à tel point que, malgré une constitution robuste, elle a dû être transportée à l’infirmerie, où elle est restée huit jours ». Mais rien n’arrêta la machine administrative.
Le 18 août 1900, un arrêté d’expulsion fut pris à l’encontre des époux. Ils furent expulsés en Suisse.
Ils se rendirent en Suisse dans le canton de Genève, mais même ici, après la grève générale d’octobre 1902, ils connurent le même sort. Il semble y avoir eu une séparation du couple puisque Teresa Ballerini alla ensuite dans le canton de Vaud, où elle vécut avec Octave Pellegrin, d’abord à Clarens, puis à Lausanne. Épuisée par la maladie, elle mourut le 22 juillet 1903.

ŒUVRES : The free union (non trouvé) — Teresa Ballerini. Réflexions d’un travailleur (rapporté par The social equality, 27 août 1893) — De l’esclavage à la liberté (les notes d’une femme). La Spezia 1904, avec des notes biographiques d’Olympio Ballerini. 38 p.

SOURCES : Arch. Dép. Des Alpes-Maritimes 4 M 491 — L’Aurore 16, 28 août et 5 septembre 1900.— Notice FABBRINI BALLERINI Teresa, Maria, Anna, Carolina. Chantier biographique des anarchistes en Suisse. — Bibliothèque Franco Serantini. Collection digitale.

ICONOGRAPHIE : Bibliothèque Franco Serantini. Collection digitale. Photo extraite de la brochure De l’esclavage à la liberté (les notes d’une femme).


https://anarchiv.wordpress.com/2018/04/ ... ni-teresa/
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