Rwanda génocide français

Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 28 Fév 2018, 03:30

Rwanda — recommencer à vivre

Le 7 avril 1994 débutait un génocide au Rwanda : en trois mois, c’est près d’un million de victimes, à grande majorité tutsie, qui seront exterminées. Deux décennies après, la responsabilité des principaux acteurs est connue. Les coupables ont été jugés par les « Gacaca », les tribunaux populaires rwandais ; l’État français, qui n’a jamais assumé sa part de responsabilité en dépit des preuves, continue de faire figure de grand absent au tableau de la réconciliation. Cela n’a pas empêché le Rwanda de se relever et de devenir l’un des pays les plus sûrs du continent africain. Gabriel avait 11 ans, alors : il est l’un des nombreux civils anonymes rescapés d’un carnage qui continue de nous hanter. Nous l’avons rencontré dans la province de Gisenyi, au bord du lac Kivu, à 500 mètres de la frontière avec la République démocratique du Congo. S’il respire la joie de vivre au quotidien, ses mains se crispent au moment d’évoquer ses souvenirs ; sa gorge se noue. Nous l’écoutons.

... https://www.revue-ballast.fr/rwanda-rec ... r-a-vivre/
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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 15:49

Déclassifiez les archives rwandaises de notre État !

Monsieur le Président,

Le 28 juin dernier est sorti le 39ème numéro de la Revue XXI, dans celle-ci on y découvre une nouvelle enquête: “Réarmez-les“, dans laquelle on apprend le rôle de la France durant le Génocide des Tutsis au Rwanda, des révélations accablantes.

Dans l'enquête de Patrick de Saint-Exupéry, co-fondateur de la revue XXI, on apprend que la France a donné l'ordre de réarmer les génocidaires Hutus, et ceci au-delà du fait qu'il y avait l'embargo de l'ONU du 17 mai 1994 interdisant toute livraison d'armes au Rwanda. Ces lourdes accusations proviennent du témoignage d'un Haut Fonctionnaire français qui en 2015 a eu accès aux archives de l'Elysée de 1990 à 1994, qui dit: “Ordre a été donné par la France de réarmer les génocidaires Hutus.“ Ceux-là même qui venaient de commettre, au cours des trois mois précédents, un génocide aussi fulgurant qu’impitoyable contre les Tutsis. À cette ordre de réarmer les génocidaires, certains des militaires français présent durant l'opération Turquoise y avaient répondu par une fronde, et toujours d'après ce Haut Fonctionnaire, il y avait en marge du document qui évoque le trouble des militaires, une mention manuscrite qui insistait sur la nécessité de «s'en tenir aux directives fixées». Et donc de «réarmer» les tueurs. Et l'auteur de cette note était Hubert Védrine, Secrétaire Général de l'Elysée de l'époque.

De plus l'ancien officier de l'armée de Terre Guillaume Ancel vient attester ces accusations, lui qui avait été déployer durant l'opération Turquoise affirme avoir vu l'une de ces livraisons. Il affirme sur les ondes de France Info: “C'est pour moi un sujet de complicité de génocide: on nous a demandé de livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés.“

https://www.youtube.com/watch?v=_Ls_PNVhKf8

Il nous incombe donc de faire la lumière sur cette part d'ombre de l'Histoire française. C'est pour cela que je me tourne vers vous Monsieur le Président, car il est de votre devoir de permettre ce travail de mémoire, car comme le dit très bien Raphaël Glucksmann: “Une nation se grandit plus qu'elle ne s'abaisse en faisant la lumière sur ses parts d'ombre.“ Pour permettre ce travail de mémoire, et surtout pour que vérité soit faite il vous faut donc déclassifier les archives rwandaises de l'Elysée. Nous parlons ici d'un génocide, d'un crime contre l'humanité; il n'est pas ici question de se repentir ou non, mais que la vérité soit faite ! Le peuple rwandais, les rwandais ayant vécu le génocide méritent de savoir la vérité, justice doit leur être rendue! Le peuple français doit aussi savoir ce qui a malheureusement été commis en leur nom. Les franco-rwandais, dont je fais partie, doivent avoir accès à cette vérité, c'est leur droit.

Monsieur le Président aurez vous le courage de faire la lumière sur cette part sombre de notre Histoire, d'abord pour les tutsis rwandais qui ont été exterminé et qui sont dans le droit d'avoir accès à cette vérité même si celle-ci pourrait en gêner certains, car ces personnes ayant vécu un Génocide ne peuvent être ignoré ! Ensuite pour les français, et franco-rwandais, car ces actes ayant été commis par l'Etat français, ils ont été commis de fait au nom de français. Permettez pour chacun de ces gens d'avoir accès à une vérité, qui doit certainement en gêner certains, mais qui permettra à chacun d'entre eux et d'entre nous de nous élever, car la lumière de la vérité est moins dangereuse que l'obscurité du secret.

SHEMA Miguel, un citoyen français.


https://www.change.org/p/le-président-de-la-république-française-emmanuel-macron-monsieur-le-président-déclassifiez-les-archives-rwandaises-de-notre-état?recruiter=718446128&utm_source=share_petition&utm_medium=facebook&utm_campaign=share_for_starters_page
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Re: Rwanda génocide français

Messagede Pïérô » 20 Mar 2018, 15:05

Guillaume Ancel : "La version officielle du rôle de la France au Rwanda est une fable"

L'ancien officier de l'armée veut briser le silence sur la réalité de l'opération Turquoise qui s'est déroulée durant l'été 1994.

Rwanda la fin du silence (édition Les Belles lettres), c'est le témoignage de Guillaume Ancel, ancien officier, détaché à l'époque à la Légion étrangère, et chargé de mener des opérations aériennes au Rwanda. Il veut mettre fin à l'omerta qui règne sur la version officielle française.

"Cela fait 24 ans que la France ose raconter que l'opération Turquoise était une opération humanitaire" fulmine-t-il. Notre mission première était de remettre en place le gouvernement génocidaire, à qui on a livré des armes."

Pour Guillaume Ancel, il s'agissait avant tout de stopper par tous les moyens les troupes du Front patriotique rwandais, alors menées par Paul Kagamé, l'actuel président du Rwanda. "Nous avons reçu l'ordre de déclencher des frappes aériennes. Nous sommes loin d'une opération humanitaire."

‘On est pas loin de la complicité de génocide.’

L'ancien officier affirme que le génocide contre les Tutsis s'est organisé sous les yeux de l'armée française. "Il était difficile de ne pas le voir. On n'est pas loin de la complicité de génocide."

... https://www.franceinter.fr/emissions/l- ... -mars-2018
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Re: Rwanda génocide français

Messagede Pïérô » 27 Mar 2018, 12:35

Rwanda : logique du génocide

Les ouvrages et les témoignages sur le massacre systématique des Tutsis permettent aujourd’hui de mieux comprendre sa logique infernale, mais aussi les conditions qui ont permis sa perpétration – parmi lesquelles le rôle de l’État français. Le dossier ne peut être refermé.

La comparaison est brutale, et ne dit évidemment rien de la spécificité irréductible des deux génocides les plus atroces du XXe siècle. Mais Patrick de Saint Exupéry a raison, pour réveiller les consciences – et notamment les consciences françaises – de rappeler que, si à Treblinka, « la machine de mort la plus efficace » du régime nazi, 800.000 juifs furent froidement tués en un an, on décompte près 800.000 Tutsis massacrés au Rwanda, en trois mois, au printemps-été 1994.

Ces deux massacres de masse ont deux grands traits discriminants – si l’on en croit du moins le livre majeur du sociologue néerlandais Abram de Swaan, Diviser pour tuer, publié il a deux ans aux éditions du Seuil. En effet, il fallait que, dans les deux cas, les États allemands et rwandais se soient d’abord emparés du monopole de l’exercice légitime de la violence, pour être en mesure de faire face à la concurrence d’autres États, et de soutenir des conflits armés à grande échelle.

D’autre part, seul le monopole, mieux, la concentration des moyens d’exercice de la violence a pu conférer à ces états une capacité, sans égale, de massacre systématique d’une partie de leur population : paradoxalement, l’abaissement, le reflux de la violence entre individus suppose aussi la formation d’un corps de professionnels de la violence (soldats, policiers, criminels aussi) qui disposent d’armes de plus en plus efficaces, et en quantité toujours plus nombreuse. C’est en ce sens qu’Abram de Swaan peut parler de « violence asymétrique de masse », d’un type de violence étatique spécifique par son asymétrie et son ampleur : on parlera de génocide là où « des hommes tuent une masse désordonnée d’individus sans défense, et [où] leur action s’inscrit dans un cadre où l’appareil institutionnel ou, à tout le moins, la tolérance tacite leur sont acquis ».

Frénésie destructrice

Justement, pourquoi cette tolérance, voire cet assentiment, leur sont-ils acquis ? Sans doute faut-il compter, ici, avec tout le travail social de division de la population en catégories plus ou moins distinctes. Mais certaines sociétés ont connu une forte catégorisation sociale, sans que des massacres à grande échelle y aient été perpétrés. C’est donc le second point, si l’on peut dire, de la démonstration d’Abram de Swaan : « La violence asymétrique de masse se produit le plus souvent en marge d’une guerre ». Tant que des soldats et la population mènent un combat plus ou moins symétrique contre un ennemi qui dispose de moyens équivalents, l’éventualité d’un massacre de masse est en effet plus ou moins exclue.

Il en va autrement au lendemain d’une victoire, ou de façon paradoxale, à la veille d’une défaite. Ce n’est pas seulement que les soldats, des détenteurs de l’exercice légitime de la violence d’État, ou même la population civile, brutalisés par le conflit armé, crient vengeance, et prennent pour cible quiconque leur paraît devoir appartenir au camp ennemi. C’est aussi que la guerre, comme le dit le sociologue néerlandais, fait alors « fonction de métaphore euphorisante » : « Non seulement le massacre s’en trouve facilité, mais il se voit de plus légitimé ». Ce fut, malheureusement, le cas, à la veille de la défaite du régime nazi ou de celle du régime rwandais.

Sans doute le processus d’extermination des juifs européens avait-il débuté bien avant que ne s’annonce la défaite du IIIe Reich. On peut même dire qu’alors qu’il venait d’entrer en conflit contre l’Union soviétique, le régime nazi commença à exterminer tous les juifs à l’arrière du front de l’Est, offrant ainsi le meilleur exemple, si l’on peut dire, de ce que peut être un régime cédant à ce qu’Abram de Swaan appelle la « frénésie des vainqueurs ». Mais reste cette énigme historique, à jamais troublante ; « dès qu’il devint évident qu’Hitler allait perdre la guerre qu’il menait sur deux fronts à la fois, il concentra de plus en plus ses forces sur la seule bataille qu’il pouvait encore gagner : la destruction des juifs d’Europe ».

Ce mode d’extermination de masse relève en fait de ce que le sociologue néerlandais nomme « le triomphe des vaincus » dont le génocide rwandais représente, écrit-il, « l’exemple à l’état pur ». Et, en effet, les forces armées rwandaises (FAR) ne se trouvèrent pas seulement en face d’un adversaire supérieur, le Front patriotique rwandais de Kagamé (FPR), s’avérant impuissantes à repousser son avancée. Elles déployèrent en fait peu d’énergie – contrairement au IIIe Reich – pour défendre les zones qu’elles contrôlaient encore ; le Hutu Power préférera consacrer presque exclusivement ses ressources et ses moyens de violence étatique et armée à tenter d’en finir, en trois mois, avec la population tutsie. Cas de délire et de frénésie extrême d’extermination à l’approche imminente d’une défaite militaire, l’exemple du Rwanda représente l’exemple le plus parlant d’ultime tentative d’« éradication massive d’un ennemi sans défense et inorganisé, là où s’imposerait un effort extrême pour empêcher la défaite face à un ennemi offensif, armé et organisé ».

Exemple de ce qu’Abram de Swaan appelle encore « passion de destruction autodestructrice », les forces organisatrices du génocide rwandais, absorbées qu’elles étaient par le processus d’extermination des Tutsis, ont en effet peiné à résister aux troupes armées et organisées du FPR qui marchait sur Kigali, la capitale rwandaise. Les FAR et les milices interahamwe ont, par exemple, consacré les ressources de la violence étatique à rassembler des familles tutsies dans un verger pour les y abattre, ou pire, dans les églises, pour les massacrer à la mitrailleuse ou au moyen de grenades à la main. Il faut le rappeler, en dépit de l’image saisissante des exactions à la machette (qui, du reste, ont parfois été fournies à la population), ces derniers ne représentent que le tiers des massacres recensés (36%), et plus de 97% des Hutus ne prirent pas part aux massacres.

Responsabilités françaises

Mais si le génocide rwandais fut inséparable de l’action d’un régime étatique de concentration des moyens d’extermination, tournés contre une fraction de sa population à la veille d’une défaite militaire, c’est aussi que les forces de l’État rwandais pouvaient compter, et s’appuyer sur les ressources un autre État : l’État français. Comme le fait en effet remarquer Abram de Swaan, alors que les forces du FPR « étaient aux portes de Kigali, la capitale, et sur le point d’en déloger les troupes hutues, la France se porta une fois de plus au secours de celles-ci en lançant l’opération Turquoise ».

Au bout de trois mois de génocide sous le regard passif du reste du monde, les forces françaises furent dépêchées, avec pour mission officielle de mettre un terme aux massacres. Mais de fait, les forces françaises parvinrent surtout (sans pour autant réussir à entraver la prise de Kigali par le FPR) à « aider l’armée hutue et les milices interahamwe à franchir la frontière et à fuir vers Bukavu, à l’est de ce qui était alors le Zaïre ».

C’est cette question de la collaboration de l’État français et des forces françaises avec l’État génocidaire rwandais et les forces armées hutues qui ressurgit au-devant de la scène publique, après plus de vingt années de silence plus ou moins troublées par les travaux d’universitaires, de journalistes, ou simplement de témoignages de victimes.

En juin 2017, trois associations déposent en effet deux plaintes, dirigées contre l’État français d’une part, la BNP d’autre part. Cette dernière aurait en effet financé « l’achat de 80 tonnes d’armes ayant servi à la perpétration du génocide », alors que « la banque ne pouvait douter des intentions génocidaires des autorités du pays pour qui elle a autorisé le transfert de fonds » en 1994. La seconde plainte vise à faire reconnaître « l’implication de politiques et militaires français dans la coopération avec le gouvernement rwandais avant, pendant et après le génocide ».

D’autre part, un ex-capitaine de l’armée française, Guillaume Ancel, vient de publier, aux éditions des Belles Lettres, un récit intitulé Rwanda, la fin du silence, témoignage d’un officier français. Guillaume Ancel avait déjà affirmé, lors du printemps 2014, que les premiers jours de l’opération turquoise, l’armée française avait outrepassé le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est-à-dire « le caractère strictement humanitaire de cette opération, qui sera menée de façon impartiale et neutre et ne constituera pas une force d’interposition entre les parties ».

Ouvrir les archives, assumer

Si, face aux avancées du FPR, les forces françaises ne sont pas parvenues à rétablir le régime rwandais (formé dans l’enceinte même de l’ambassade de France, et dont la France sera le seul État au monde à reconnaître la légitimité), l’opération turquoise aurait permis d’établir une zone de repli dans l’ouest du pays pour les miliciens génocidaires hutus, lesquels auraient alors été exfiltrés et réarmés par l’armée française dans le pays voisin, l’actuelle République démocratique du Congo.

Le témoignage de l’ex-militaire français est, à cet égard, sidérant. Alors qu’il interroge un supérieur, voici ce qu’il s’entend répondre concernant le sort des armes saisies par l’armée française : « Ces armes sont livrées aux FAR qui sont réfugiées au Zaïre, cela fait partie des gestes d’apaisement que nous avons acceptés pour calmer leur frustration et éviter aussi qu’ils ne se retournent contre nous ». Et, ajoute alors Guillaume Ancel : « Je trouve le raisonnement court-termiste et indéfendable : comment avaler qu’en livrant des armes à ces militaires nous améliorons notre propre sécurité ? Je leur rappelle que nous n’avons plus vraiment de doutes sur l’implication des FAR dans les massacres de grande ampleur qu’aucun d’entre nous ne nomme encore "génocide" ».

Ce témoignage édifiant, qui s’ajoute désormais à ceux du commandant de paras Jean-Rémi Duval – c’est lui qui découvrira les rescapés tutsis de Bisesero, que l’armée française mettra pourtant trois jours à revenir protéger – ou de Thierry Prungnaud – adjudant-chef, il relate que, lors d’un briefing de situation, ses supérieurs avaient évoqué des massacres commis par des Tutsis sur les Hutus, et non l’inverse – vient une fois de plus confirmer le rôle, pour le moins trouble, que l’État français a joué au Rwanda. Dès 1990, l’État français est informé, par de nombreuses notes issues des services de renseignement (notamment la DGSE), de l’ambassade et des forces armées, du caractère plus ou moins planifié du génocide.

Il s’obstinera pourtant à soutenir, s’engager politiquement, militairement aussi, auprès de ce régime, ratifiant une vision ethniciste du conflit d’une part, défendant une perception coloniale, depuis longtemps défaite et démentie d’autre part (François Mitterrand et la cellule élyséenne se cramponneront à l’idée que l’avancée du FPR, qui opère depuis l’Ouganda, représente les intérêts anglo-saxons dans la région des Grands lacs). L’État français aura comme redoublé une vision raciale et postcoloniale, d’autant plus exacerbée que celle-ci se trouvait à la veille d’une défaite historique, qui allait rebattre les cartes du jeu régional.

Il est donc grand temps que la France reconnaisse toutes ses responsabilités, et ouvre aussi l’intégralité de ses archives. Et que cessent également les déclarations irresponsables d’éditorialistes français, qui renvoient dos à dos « salauds et salauds ». Sans doute Paul Kagamé et le FPR ne sont-ils pas des saints. Il est certain qu’en 1990, les troupes du FPR se sont livrées à des atrocités à l’égard de la population hutue du nord-Rwanda. Il est certain aussi que le régime actuel de Kagamé est corrompu, qu’il a fait éliminer d’anciens supplétifs ou des opposants, censure des journalistes et des universitaires.

Il n’empêche, il n’y a pas des « salauds face à des salauds ». Il y a des salauds d’une part, et des salauds génocidaires d’autre part. Et la France a indéniablement soutenu les derniers.


http://www.regards.fr/l-humeur-du-jour/ ... u-genocide
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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 07 Avr 2018, 13:58

Le 6 avril 1994, le génocide au Rwanda commence...

Plus d’un million et demi de morts, plus de deux millions de réfugiés, des centaines de milliers de malades et de blessés - sur une population estimée à 7,5 millions de personnes. La guerre, la guerre civile, les massacres racistes, la famine, les épidémies,...

On n’ose imaginer les conséquences du drame rwandais, à court et à long terme, pour les individus et pour la société, pour le pays et pour l’Afrique. L’analyse « rationnelle » des événements n’est pas facile. Mais elle est nécessaire. Car derrière ce chaos indescriptible et cette misère absolue se cachent des responsabilités politiques et des intérêts matériels.

Le 6 avril, d’une façon très professionnelle, un avion est abattu dans le ciel de Kigali : les présidents du Rwanda et du Burundi meurent dans l’attentat. Dans l’heure qui suit, la garde présidentielle - noyau dur de l’armée rwandaise - prend la capitale en main. La troupe, accompagnée des escadrons de la mort, entre dans certaines maisons. Des gens bien sélectionnés sont abattus, sur base de listes préétablies.

En quelques heures des barrages sont dressés sur les routes. Tout Rwandais qui passe est contrôlé et on lui demande de présenter sa carte d’identité (qui mentionne l’appartenance ethnique). Les cadavres s’amoncellent sur les bords des chemins. Un carnage massif est déclenché dans tout le pays, en quelques heures. Le génocide commence...

On n’ose imaginer les conséquences du drame rwandais, à court et à long terme, pour les individus et pour la société, pour le pays et pour l’Afrique. L’analyse « rationnelle » des événements n’est pas facile. Mais elle est nécessaire. Car derrière ce chaos indescriptible et cette misère absolue se cachent des responsabilités politiques et des intérêts matériels.

Ce drame est complètement incompréhensible, disent certains collaborateurs d’ONG qui connaissent le Rwanda depuis de longues années. D’autres commentateurs, pleins d’assurance, épinglent les causes « naturelles » : la cruauté congénitale de l’être humain, ou les rivalités ethniques ancestrales. La mentalité coloniale affleure souvent dans les réflexions : on évoque l’arriération des noirs, leur évangélisation trop superficielle. Mais le plus grave est que, comme le dit Alain Destexhe, secrétaire-général de MSF, le génocide est nié, la responsabilité internationale est occultée et la culpabilité des auteurs se dilue dans le malheur général.

Un génocide

Personne ne peut échapper à cette conclusion : le Rwanda a été le théâtre du génocide planifié de la communauté tutsi : 500.000 morts en six semaines selon la Croix-Rouge, plus d’un million après trois mois selon le coordinateur-adjoint du Bureau de l’ONU au Rwanda. Ces gens ont été massacrés systématiquement (à 90 % en dehors des villes) sur base de leur appartenance ethnique. Leurs biens ont été volés. Leurs maisons ont été pillées et incendiées, alors qu’il s’agissait de citoyens et citoyennes désarmés : il n’y a pas eu d’affrontement, de guerre ou de guerre civile. Enfants, femmes et femmes enceintes ont été particulièrement visés.

Aucun lieu ne servait de refuge, certainement pas les hôpitaux et les églises. Les assassins voulaient une solution finale. La comparaison avec le génocide des juifs par Hitler est pleinement valable. Il n’y a que deux différences : le nombre absolu de victimes (les nazis ont exterminé 6 millions de juifs) et le fait que les nazis usèrent de l’infrastructure d’un pays industrialisé moderne.

Le clan Habyarimana, lui, a dû se contenter de moyens de destruction artisanaux et d’armes de petit calibre. Mais le but, comme dans l’Allemagne nazie, était bien la solution finale, un génocide, c’est-à-dire la destruction planifiée d’une collectivité entière par le meurtre de masse ayant pour but d’en empêcher la reproduction biologique et sociale.

Aucune comparaison n’est possible avec les exactions que des membres du FPR ont commises et commettront peut-être encore à l’avenir. Ces exactions contre des Hutus sont évidemment répréhensibles, mais il s’agit d’actes de vengeance.

Le génocide des Tutsis n’est ni un hasard, ni une explosion de violence spontanée. On ne peut pas parler non plus de violence de guerre - même si une guerre était en cours au moment des faits et si le génocide en fait partie (comme le massacre des juifs par les nazis). On peut encore moins parler de retour vers le moyen-âge. Le génocide des Tutsis ne relève pas de l’atavisme : c’est un phénomène moderne, un indice de la barbarie qui monte au fur et à mesure que le marché libre se généralise et que la crise sociale s’approfondit.

Assassinats politiques et génocide Le 6 avril, d’une façon très professionnelle, un avion est abattu dans le ciel de Kigali : les présidents du Rwanda et du Burundi meurent dans l’attentat. Dans l’heure qui suit, la garde présidentielle - noyau dur de l’armée rwandaise - prend la capitale en main. La troupe, accompagnée des escadrons de la mort, entre dans certaines maisons. Des gens bien sélectionnés sont abattus, sur base de listes préétablies.
En quelques heures des barrages sont dressés sur les routes. Tout Rwandais qui passe est contrôlé et on lui demande de présenter sa carte d’identité (qui mentionne l’appartenance ethnique). Les cadavres s’amoncellent sur les bords des chemins. Un carnage massif est déclenché dans tout le pays, en quelques heures.

De façon délibérée et planifiée

Au cours des premières heures, on tue autant de Hutus que de Tutsis. Ne s’agirait-il donc pas de violence ethnique ? Si, mais les motivations des assassins sont évidemment politiques : ils veulent empêcher l’application des accords d’Arusha. Parce que ces accords signifient le démantèlement du pouvoir et des privilèges du clan Habyarimana. Le génocide commence donc par une série d’assassinats politiques au sein de la communauté hutue. Il s’agit d’éliminer les dirigeants hutus disposés à former un gouvernement de réconciliation nationale avec les Tutsis. Sont ainsi massacrés le Premier ministre du gouvernement de transition, Agathé Uwilingiyiamana, cinq autres ministres, le président de la cour constitutionnelle, les présidents hutus de divers partis d’opposition, des hommes d’affaires oppositionnels. De la sorte, toute alternative à la clique Habyarimana est quasiment éliminée. Et le choix politique devient un choix "purement ethnique" : gouvernement hutu ou gouvernement tutsi. Le génocide a reçu sa perspective politique.

Les assassins, à ce stade, doivent encore surmonter deux obstacles importants : - le mélange entre ethnies sur les plans social, professionnel et familial doit être éliminé ; - le refus naturel de tuer en masse ses frères et ses soeurs humains doit être brisé. Ces obstacles se retrouvent dans tous les cas de génocide. C’est pourquoi tout génocide s’accompagne (presque) toujours de massacres visant la partie du peuple qui refuse de collaborer. Pour cela, un climat de terreur est indispensable. Il faut créer une situation dans laquelle les adversaires du génocide au sein même de la communauté (du "propre peuple", dirait le Vlaams Blok) sont confrontés en permanence, quotidiennement, à une insécurité mortelle : tuer avec les autres ou être tué soi-même doit devenir le choix. Avec le risque d’être tué par les deux camps : par l’ethnie rivale ou par les bandes de sa propre ethnie. Seule cette insécurité terrible et - étape suivante- la collaboration passive ou active (sous la contrainte) à un carnage ethnique permettent de créer les conditions extrêmes au sein desquelles l’humain est détruit en l’être humain. Le récit du massacre à l’hôpital de Butare est un bon exemple : le personnel hutu fut forcé par la soldatesque hutue de participer à l’élimination des collègues tutsis, pour prouver qu ’ils étaient de vrais hutus.

A ce moment-là , l’ethnie devient le seul havre de solidarité "primaire". Ainsi, le courant pro-génocide extrémiste peut l’emporter au sein de son propre peuple. Et l’organisation systématique du génocide peut commencer.
Imposer la loyauté et la purification ethniques comme moyen d’une cohésion sociale soudée dans le sang du génocide signifie une gigantesque régression sociale qui a des conséquences à long terme dans les relations sociales, dans la mémoire collective et dans la mentalité individuelle. Ainsi la shoa a-t-elle eu de grandes conséquences sur le peuple juif et dans le monde, sur les relations des juifs avec les autres peuples, notamment avec le peuple palestinien. Ainsi aussi la "question de la culpabilité" refait-elle constamment surface en Allemagne, cinquante après les camps d’extermination nazis.

Guerre et génocide

La négociation et la signature des accords d’Arusha en août 1993 ont convaincu le clan Habyarimana que le génocide était le seul moyen de se maintenir au pouvoir. Le génocide ne tombe pas du ciel. Il intervient dans le cadre d’une profonde crise qui développe des aspects sociaux, ethniques et économiques. Le régime vacille écrit la Gazet van Antwerpen le 3/10/1989, le pays connaît une crise sans précédent renchérit Le Soir, le 10/3/1990, il y règne une ambiance de fin de régime, selon La Libre Belgique du 03/10/1989.
En septembre 1990, déjà , une série d’organisations de défense des droits de
l’homme sont constituées pour dénoncer le nombre croissant de disparitions, d’arrestations arbitraires, d’agressions individuelles et de massacres collectifs.

L’offensive du Front Patriotique (FPR), qui perce très rapidement jusqu’aux portes de Kigali, n’est pas la cause de cette crise. Mais elle met en lumière le caractère chancelant du régime. Celui-ci va réagir en se durcissant et en se cramponnant au pouvoir, par la répression et le racisme. La base sociale du régime s’est réduite à sa plus simple expression. L’affairisme des années fastes de la décennie ’70 et de la première moitié des années ’80 est monopolisée par le clan Habyarimana, originaire du Nord-Ouest : Gysenyi, Ruhengeri a réussi à accumuler un bas de laine de quelque deux milliards de nos francs...
Les hommes d’affaires hutus du reste du Rwanda (souvent des régions plus pauvres) ne sont pas invités au partage du gâteau. C’est ce qui explique le succès rapide des partis hutus d’opposition. De plus, le clan Habyarimana, après son coup d’Etat réussi de 1973 (la soi-disant révolution morale, censée prolonger la soi-disant révolution sociale de 1959), a éliminé politiquement et physiquement l’autre aile de l’élite hutue au pouvoir, autour de Grégoire Kayibanda [1]
.
A noter : une conférence de la diaspora tutsie se tient à New York à l’été 1990. Elle demande de négocier un retour pacifique des réfugiés de 1959. La demande reste sans réponse...
Habyarimana survit à la crise de la fin de l’année 1990 uniquement grâce à l’aide française (avec un appui belge qui sera de courte durée). A partir de ce moment-là , la situation est dominée par la préparation de la guerre contre le FPR. L’armée passe de 5.000 à 34.000 hommes et est équipée jusqu’aux dents d’aimés modernes. La France prend le pays en mains.

Le plan du génocide

Les contradictions sociales et politiques sont extrêmement vives (on compte déjà , à l’époque, un million de réfugiés). Pour les tenir sous contrôle, Habyarimana décide d’aviver les contradictions ethniques : des quotas sont introduits à tous les niveaux, les contrôles de l’appartenance ethnique (inscrite sur le passeport) se multiplient, une propagande raciste se développe.
Ce scénario a été mis en oeuvre délibérément [2]. A partir de la deuxième moitié de 1992, le quotidien Kangura commence une campagne de propagande visant à diaboliser, à déshumaniser l’ethnie tutsie : exaltation de la pureté raciale hutue, dénonciation de la rapacité des Tutsis qui veulent tout accaparer, droit des hutus de s’armer pour assurer leur auto-défense.

Le pilier idéologique du génocide est ainsi mis en place. Mais cette campagne fascitoïde se couvre du manteau de la respectabilité : on publie de grandes photos du président Habyarimana serrant la main de François Mitterrand ; c’est au nom de la démocratie occidentale que l’exclusion des Tutsis et la domination exclusive de la majorité hutue sont "justifiés".
C’est à la même époque (1992) que sont fondées les fameuses bandes armées Interhamwe ("ceux qui combattent ensemble ") et Inpuzamugambi ("ceux qui ont le même but"). A partir de 1993, on instaure des quotas : une milice par préfecture, composée chacune de 200 citoyens armés. Le projet d’auto-défense du peuple, que le gouvernement prépare depuis août-septembre 1991, entre dans la phase de la réalisation pratique [3]. Des listes noires sont dressées et circulent, qui mentionnent, dans l’ordre, les noms des personnalités qui doivent être assassinées. Les escadrons de la mort multiplient les pogroms : début 1993, on compte déjà plus de 2.000 personnes massacrées [4]
.
La création de la radio libre des Mille Collines est la touche finale de cette préparation de la solution finale. La radio multiplie en effet les appels au meurtre : Allez, sortez, il faut se réchauffer, plus clair encore : La tombe n’est qu ’à moitié pleine. Qui nous aidera à la remplir ?. Radio Mille Collines diffuse aussi des consignes pratiques : comment envahir une maison, comment rassembler ses habitants... [5]. En janvier 1993, la Fédération rwandaise des Droits de l’Homme publie un rapport qui dit explicitement : Les prémisses du génocide existent [6].

La direction du génocide

Qui tire les ficelles ? Comme dans un régime fasciste classique (on suit le "modèle occidental" !), le génocide repose sur une double structure : une structure légale institutionnalisée et une structure clandestine illégale. La première est la couverture et la légitimation de la seconde. La centralisation des deux structures est réalisée, au Rwanda, dans la famille Habyarimana (Akazu, la petite maison !) ; Habyarimana est le président ; sa femme et son beau-frère dirigent le Réseau Zéro ; lui-même dirige l’appareil d’Etat, civil et militaire.
La garde présidentielle, qui lui est "personnellement" fidèle, est le noyau dur de l’armée. L’administration civile forme un réseau bien fourni qui encadre la population : gouverneurs, préfets et bourgmestres [7]. Très important : quand le génocide entre dans sa phase finale (après le 6 avril), c’est cet appareil d’Etat officiel qui joue le rôle majeur : les bourgmestres arment la population, ont les listes noires, vont de maison en maison avec les autorités militaires locales et les bandes armées "illégales", pour exécuter leur sinistre besogne. Ce sont eux également qui, face à l’avance du FPR, organisent la politique de la terre brûlée et forcent la population à les suivre vers la frontière zaïroise et les camps de réfugiés. Et ce sont ces institutions étatiques officielles, déplacées (avec y compris la caisse de l’Etat !) qui, dans les camps, continuent d’encadrer la population et, par la terreur et la contrainte, empêchent le retour vers le Rwanda.
La structure illégale, qui a l’initiative avant le 6 avril 1994, est dirigée à partir de la synagogue, comme on appelle la villa du beau-frère du président. Le frère d’Agathe Habyarimana, Protais Zigiranyirazo, surnommé Monsieur Z, avait déjà été condamné au Canada pour des violences contre des étudiants rwandais. De sa villa, il planifie, avec son staff, les pogroms, les massacres, les assassinats individuels, les achats et les transports d’armes clandestins. C’est de la synagogue aussi qu’est dirigée la campagne de haine de Radio Mille Collines. Dans celle-ci, un rôle important est joué par Ferdinand Nahimana, chef de la propagande du régime [8]. Un Belge, "Monsieur George", tient le micro. Mais le beau-frère du président est le principal actionnaire [9].

Le tournant vers le génocide

Le vrai tournant vers le génocide se produit en décembre 1993. Les derniers soldats français "officiels" quittent le pays ("officiels" parce que l’encadrement informel de l’armée rwandaise et des escadrons de la mort continue). Un premier volet des accords d’Arusha est appliqué : entre Noël et le Nouvel An, le FPR peut caserner 600 hommes à Kigali (car, comme le fait remarquer le professeur Reyntjens, les Tutsis rwandais, contrairement aux Tutsis burundais, n’ont aucun moyen de se défendre contre les violences de l’Etat hutu) [10]. L’application des accords est sabotée et ralentie ; mais la pression augmente de toutes parts. C’est alors que, le dos au mur, le régime décide de lancer le génocide.
En premier lieu, on élimine le centre politique. Tous les partis hutus d’opposition sont brutalement scissionnés, sous pression de la campagne d’ethnicisation du régime ("pour ou contre le FPR"). Une partie cherche un rapprochement avec le FPR sur base des accords d’Arusha. Au mois de décembre 1993, l’entourage du président, dit Colette Braeckman, distribue ouvertement des armes à la population [11].

Les massacres "incontrôlés" se multiplient

Les milliers de jeunes déracinés qui sont le produit de la crise sociale forment les troupes de choc, les S.A. locales... Une nouvelle étape est franchie en février 1994 quand, après une nouveau massacre qui fait plus de quarante victimes, les casques bleus de l’ONU reçoivent l’interdiction d’intervenir. Cette interdiction lève un obstacle psychologique et politique important chez les assassins, selon le témoignage d’un coopérant [12].
En mars, la garde présidentielle commence à encercler Kigali. Les négociations ont repris à Arusha. Les accords sont confirmés une nouvelle fois. L’attentat contre le Fantom 50 présidentiel est-il la réponse de la clique au pouvoir ? En tout cas, la mort d’Habyarimana fournit le prétexte idéal.
Un comité de crise de l’armée rwandaise (ou d’une partie de celle-ci ?) prend le pouvoir. C’est un coup d’Etat militaire, gouvernement intérimaire est formé. H comporte uniquement des Hutus durs. C’est le gouvernement du génocide ! En font partie une série de personnalités qui ont dirigé la révolution de 1959 et qui ont été écartées en 1972. Ceci éclaire les conflits internes et la nervosité récente au sommet de l’armée et au sein de la garde présidentielle. D semble qu’une nouvelle alliance se soit formée entre les durs du régime Habyarimana et les dirigeants hutus radicaux de 1959, alliance par rapport à laquelle Habyarimana aurait pu constituer un obstacle, selon un militant hutu des droits de l’homme, Gasana Ndoba [13]. Ceci éclaire aussi la question paradoxale entre toutes : pourquoi Habyarimana a-t-il, selon toute probabilité, été assassiné par sa propre garde présidentielle ?

Le génocide n’a rencontré aucune résistance

La fameuse "communauté internationale" est restée absente. Personne n’est intervenu au moment où il était encore temps de le faire. Certainement pas la France : elle est depuis 1990 aux cotés des assassins, par l’entremise notamment du lieutenant-colonel Chollet, détaché au Rwanda [14]]. Les soldats belges ne sont pas intervenus non plus, même pas quand le Premier ministre Agathe Uwilingiyamana et les paras belges qui la protégeaient ont été abattus. Pourquoi ?
Personne n’est prêt à dire ce que les gouvernements (grâce à leurs services de renseignement) et l’ONU (grâce à ses rapports officiels) savaient : le génocide était planifié depuis des mois. Tous avaient intérêt à se taire !

François Vercammen, La Gauche n°16, 14 septembre 1994.

Notes

[1] Reyntjens, L’Afrique des Grands Lacs en crise, Karthala 1994. pp 30-31

[2] Stephen Smith, Libération, 28/5/94

[3] lire l’échange « secret » de lettres du gouvernement, annexe C de l’excellent dossier « Arming Rwanda », rapport du Human Rights Watch, dossier du Grip

[4] Rapport du CIDHR, Commission Internationale sur la Violation des Droits de l’Homme au Rwanda

[5] Stephen Smith, Libération, 28 mai 1994

[6] Le Point, 30 juillet 1994

[7] Reyntjens, Knack, 20/7/94

[8] par ailleurs auteur d’une thèse de doctorat très intéressante, publiée comme livre sous le titre : Rwanda, émergence d’un Etat, L’Harmattan, 1993

[9] Le Soir, 18/4/94

[10] Le Soir, 11/4/94

[11] Le Soir,avril 1994

[12] témoignage d’un coopérant d’une ONG Dominique Evrard, Le Soir, 25 avril 1994

[13] Un complot bien orchestré. Le Vif L’Express, 21/4/94, page 14

[14] Libération, 18 mai 1994


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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 07 Avr 2018, 23:02

Rwanda. Les armes livrées aux génocidaires renvoyées à l'expéditeur

L’association Survie appelle la France à reconnaître les livraisons d’armes aux génocidaires rwandais. Elle a mené une action symbolique ce jeudi à Paris.

Au 14, rue Saint-Dominique, devant l’ancien siège du ministère français de la Défense, ce jeudi, un véhicule utilitaire s’arrête. Il porte le logo de La Poste. Un facteur est au volant, casquette et gilet aux couleurs de l’entreprise. De l’arrière du véhicule, il sort une grosse caisse en bois. Sur celle-ci, des drapeaux français et deux inscriptions. L’une à la peinture blanche, « ARMES », l’autre en noir, « DEST : FAR via ZAÏRE ». C’est-à-dire, « destination : Forces armées rwandaises, via le Zaïre », l’ancien nom de la République démocratique du Congo.

Aux gendarmes qui gardent ce qui reste une antenne du ministère, le facteur – en fait Thomas Borrel, militant de l’association anticolonialiste Survie – présente le colis. « C’est une caisse d’armes envoyée par la France au gouvernement génocidaire du Rwanda. Les autres sont bien arrivées à leurs destinataires, mais celle-ci a été réexpédiée à son envoyeur. J’ai un bon de livraison à faire signer », clame-t-il. La caisse ne trouvera pas preneurs, dans ce bâtiment qui porte encore l’enseigne « Hôtel des armées ».

Il y a 24 ans, le 7 avril, débutait le génocide des Tutsi au Rwanda, qui a fait entre 800 000 et un million de victimes. Le but de l’initiative, ce jeudi, était de rappeler la responsabilité de la France et d’interpeller les pouvoirs publics. « Nous attendons du président Emmanuel Macron, pour lequel ce sera samedi le premier 7 avril au pouvoir, qu’il s’exprime sur la responsabilité de la France à l’époque. Cela libèrerait la parole », explique François Graner, de l’association Survie, convaincu que « non pas la France, mais des responsables civils et militaires français ont soutenu un régime génocidaire ». Pour le militant, le soutien à celui-ci a été politique, diplomatique et militaire.

... https://www.humanite.fr/rwanda-les-arme ... eur-653264
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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 08 Avr 2018, 01:37

Rwanda : Une Intoxication Française
Spéciale investigation

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Re: Rwanda génocide français

Messagede Pïérô » 19 Avr 2018, 18:33

Génocide des Tutsi du Rwanda : Survie « ramène » au ministère des Armées une caisse d’armes pour interpeller Emmanuel Macron

Alors que les rescapés du génocide des Tutsi du Rwanda s’apprêtent à commémorer ce samedi le 24ème anniversaire du début des massacres, des militants de Survie ont interpellé ce jeudi 5 avril le président et le gouvernement français en mettant en scène le retour d’une fausse caisse d’armes et de munitions expédiées par Paris pendant le génocide. L’association demande au président que ses premières annonces à ce sujet soient à la hauteur des enjeux : il faut désormais une reconnaissance officielle du soutien que les autorités françaises ont apporté à un régime génocidaire.

... https://survie.org/themes/genocide-des- ... e-caisse-d
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 22 Avr 2018, 12:06

24 ans d’impunité

Génocide au Rwanda : 24 ans d’impunité

Pour les militants et militantes contre la françafrique, le mois d’avril est marqué par les commémorations du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 dont la France fut complice… summum des horreurs de ce système néocolonial.

Le 7 avril 1994, les extrémistes hutus, détenteurs de l’ensemble des pouvoirs du pays, ont commencé à exterminer de façon systématique, planifiée et organisée toute personne considérée comme « tutsi », ainsi que des Hutus s’opposant à ce massacre qui fit environ 1 million de victimes.

La France était alors engagée depuis 1990 dans une guerre secrète aux côtés de ce pouvoir extrémiste et de son armée. Depuis le début de cette guerre contre le Front patriotique rwandais (FPR), le pouvoir rwandais a joué de l’amalgame entre les ennemis militaires (le FPR) et les civils tutsis présumés complices « par nature »… donc à éliminer !

La coopération civile et militaire française était à un niveau très élevé de 1990 à 1994, au plus proche du pouvoir rwandais ; et nos responsables ne pouvaient donc pas ignorer le projet d’extermination des Tutsis.

Lorsque l’attentat du 6 avril sur l’avion présidentiel a sonné l’heure du massacre, nos décideurs ont choisi de ne pas dénoncer les accords de coopération avec l’Etat génocidaire.

L’État français est donc légalement complice de génocide. Pourtant, vingt-quatre ans après les faits, le combat pour la reconnaissance et la justice semble n’avoir que commencer ; et il ne se poursuit que grâce à l’inépuisable volonté d’une poignée de militantes et de militants.

Cette lutte se mène d’une part dans les champs médiatique et historique (afin de s’opposer aux thèses négationnistes), et judiciaires d’autre part, car l’impunité évite aux responsables de tirer les leçons du passé.

À l’heure actuelle, la France n’a jugé que 3 présumés génocidaires ; dont 2 passent en appel d’ici juillet, et un est en attente de cassation… donc aucune condamnation définitive à l’heure actuelle. En comparaison, la Belgique a déjà condamné 10 personnes et prévoit plusieurs procès en 2018.

Par ailleurs, contrairement à ses obligations en tant que signataire de la convention internationale du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du génocide, la France refuse d’extrader des présumés génocidaires vers le Rwanda qui compte les juger. Pour ce qui est des plaintes concernant des Français, quatre sont en cours d’instruction : elles visent des militaires français, Paul Barril (mercenaire proche de l’Élysée), ou la BNP Paribas pour le financement d’achat d’armes. Les parties plaignantes (associations et familles des victimes) se confrontent à des procédures complexes, des responsabilités diluées, des stratégies d’enterrement des dossiers ou de retardement infinis... tandis que les responsables politiques et militaires qui ont impliqué la France dans cette complicité de génocide vieillissent tranquillement, quand ils ne sont pas déjà morts avec les honneurs, à l’image de François Mitterrand.

Noël Surget (AL Carcassonne)

https://www.alternativelibertaire.org/? ... d-impunite
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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 24 Mai 2018, 18:40

22 mai 1994 : dis tonton, tu vas pas nous lâcher en plein génocide ?!

Il y a 22 ans, l’État français supervisait et participait au génocide d’un million de Tutsis.
En une centaine de jours, l’État français et les autorités extrémistes rwandaises de l’époque accomplirent l’extermination d’une partie de la population rwandaise désignée comme ennemi intérieur.

Le 22 mai 1994, le président du gouvernement intérimaire qui assure l’exécution du génocide, Sindikubwabo, adresse à François Mitterrand une lettre.

Alors que les cadavres de plusieurs centaines de milliers de Tutsi et opposants politiques jonchent le sol rwandais, cette lettre, lue et commentée à l’Élysée, montre à quel point les deux instances sont soudées autour du projet d’extermination : « Le Peuple rwandais vous exprime ses sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel que Vous lui avez assuré depuis 1990 jusqu’à ce jour. En son nom, je fais appel à Votre généreuse compréhension et celle du Peuple français en Vous priant de nous fournir encore une fois Votre appui tant matériel que diplomatique. Sans Votre aide urgente, nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans et qui Vous sont connus. »

Dès 1990, les militaires français ont formé les futurs « cadres » du génocide.
Entre 1990 et 1994, l’armée rwandaise passe ainsi de 5000 à 50000 hommes.
Des rescapés et des bourreaux témoignent de l’implication directe de l’armée française dans l’extermination de Tutsis [1].
Des « conseillers » militaires français, comme ceux qui officient encore aujourd’hui dans les dictatures françafricaines, sont restés au Rwanda pendant le génocide.
Avant le déclenchement des massacres, lorsque la majeure partie des effectifs a déjà plié bagage, certains d’entre eux se font surprendre à Kigali et déclarent alors y être revenus pour passer des « vacances ».
L’appel au front racial, qui a permis de cimenter les forces du génocide, ainsi que la formation du gouvernement intérimaire, ont été réalisés sous la houlette de la diplomatie française.
Les livraisons d’armes par la France se sont poursuivies tout au long du génocide, en dépit de l’embargo de l’ONU.

Ce que nos médias et représentants politiques ont qualifié de « massacres interethniques », de « double génocide », de « guerre tribale », ou encore de colère spontanée suite à un attentat, c’était un génocide, une destruction planifiée perpétrée sur un groupe désigné comme « ennemi intérieur » par ses bourreaux. Ce fut l’aboutissement de l’idéologie coloniale et raciale, telle qu’elle a été élaborée au XIXè siècle. Ce crime des crimes n’a été que l’application de la guerre dite révolutionnaire, une technique militaire théorisée dans les années 50 par les colonels Trinquier et Lacheroy.

Monsieur Kouchner et Monsieur Quilès, malgré tous vos efforts pour masquer la réalité, nous savons désormais qu’il ne s’agit en aucun cas d’ « erreurs d’appréciation » ou d’ « aveuglement ». Il ne s’agit pas non plus d’une simple complicité, au sens de celui qui participe au crime commis par un autre. Dans une Ve république qui n’a que des intérêts, les dictateurs africains du pré-carré français ne sont pas les « amis » de la France, mais bien ses vassaux.

La Françafrique, terme aujourd’hui galvaudé dans la presse, n’est ni un club de papys ringards voué à une fin certaine, ni une somme de petites combines permettant d’acheter des hôtels particuliers dans Paris. La Françafrique est un système néocolonial, responsable des crimes d’État les plus abjects et macabres. Le néocolonialisme français a exercé sa mainmise sur le Rwanda, petit pays dont le PIB était équivalent à la ville de Quimper. Derrière le masque des indépendances, la République française a su, à coups d’actions psychologiques, fanatiser jusqu’au dernier degré ses tirailleurs néocoloniaux du Hutu Power, et endormir une opinion publique, de droite comme de gauche, déjà passablement soumise et partisane des clichés les plus vendeurs et éculés de la négrophobie.

Aucune idéologie, aucune géopolitique, ni même la lutte contre l’impérialisme anglo-saxon, chinois ou autre ne justifieront les crimes de l’État français au Rwanda comme ailleurs.

Il est nécessaire :

- que des réparations conséquentes soient versées aux rescapés de ce génocide par la République française et les génocidaires français ainsi que par la BNP, le Crédit Lyonnais, comme tout autre instance impliquée.

- qu’un organisme judiciaire indépendant soit créé et saisi pour instruire le procès des représentants de l’État français qui se sont rendus coupables de génocide.

- que es instances de notre pays ayant permis la perpétuation de ce génocide soient mises immédiatement hors d’état de nuire. En bref, une remise en cause radicale du fonctionnement de nos institutions, à l’image de ce qui s’est passé en Allemagne au sortir de la seconde guerre mondiale.

Collectif Génocide made in France , le 22 mai 2009


Notes

[1] Cécile Grenier, Carnets, six mois d’enquête au coeur du génocide français, in La Nuit rwandaise http://izuba.info/Nuitrwandaise/spip.php?article170 numéro 3, Avril 2009, Izuba éditions, L’Esprit Frappeur


PDF lettre de Sindikubwabo à François Mitterand le 22 mai 1994
https://rebellyon.info/home/chroot_ml/m ... ubwabo.pdf


https://rebellyon.info/Dis-tonton-tu-va ... ous-lacher
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Re: Rwanda génocide français

Messagede bipbip » 28 Aoû 2018, 19:57

L’État français complice du génocide au Rwanda

1994 : L’État français complice du génocide au Rwanda

La France a une lourde responsabilité dans le dernier génocide du XXe siècle, mais elle peine à être mise au jour, de nombreux politiciens et magistrats œuvrant en ce sens.

L’attentat contre l’avion présidentiel d’Habyarimana du 6 avril 1994 déclenche le dernier génocide du XXe siècle. Près d’un million de victimes, majoritairement tutsis, meurent selon une logique politique mise en place plusieurs années auparavant. La France, qui a largement participé aux clivages Hutus/Tutsis [1], était au courant des massacres et a pourtant livré des armes avant et pendant le génocide, a protégé les génocidaires et déclassifie les archives au compte-goutte. Comme disait François Mitterrand « Dans ces pays-là, un génocide n’est pas trop important » !

Les Tutsis ont commencé à être stigmatisés lors de l’introduction, en 1931, de la carte d’identité par la Belgique, à qui la Société des nations avait confié la « tutelle » du Rwanda. Après des décennies d’exclusion, d’arrestations et de massacres, le 6 avril 1994 vers 21h30 le major Ntabakuse (commandant d’une unité de l’armée rwandaise) appelle à venger le président Habyarimana, tué dans l’attentat contre son avion, en tuant des Tutsis.

Le commandant français Grégoire de Saint-Quentin était présent et a probablement fait ses aller-retours sur les lieux du crash avec Ntabakuse ; c’est à ce moment que toutes les pièces à conviction, débris de missiles et boîtes noires, notamment, ont été subtilisés et cachés par la France. Le génocide commence à peine une heure après le crash. Tout était donc prêt : distribution d’armes, liste de personnes à exécuter, propagande massive, etc.

Une implication française évidente

La France a livré des armes jusqu’au 23 mai (Hubert Védrine, alors secrétaire général de l’Elysée, et Jean-Claude Urbano, vice-consul de France à Goma, ont justifié ces livraisons en précisant que les contrats avaient été passés avant l’embargo, décrété le 17 mai). L’ambassadeur Marlaud constitue le gouvernement intérimaire Rwandais le 8 avril à l’ambassade française (ambassade qui sera fermée le 12 juste après que Marlaud lui-même ait brûlé toutes les archives) en ne respectant pas du tout les accords d’Arusha de 1993 : les 5 porte-feuilles ministériels promis au Front patriotique rwandais (FPR), parti tutsi, par exemple, sont inexistants. Sur les 21 ministres de ce gouvernement, 16 seront accusés de génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Des banques françaises (BNP et le Crédit lyonnais) accordent des prêts au gouvernement rwandais de 6 millions d’euros pour acheter des armes. Ces armes arriveront à l’aéroport de Goma (au Zaïre) qui est contrôlé par les Français...

Les opérations militaires officielles sont tout aussi scandaleuses. L’opération Noroît, qui vise à stopper le FPR (à partir du 4 octobre 1990), est illégale puisque la France n’avait pas d’accord de défense avec le Rwanda. L’opération Amaryllis (du 9 au 14 avril 1994, en plein génocide donc) permet de livrer des armes aux génocidaires et d’exfiltrer 120 proches d’Habyarimana. Enfin, l’opération Turquoise (22 juin-22 août 1994), définie comme « opération humanitaire au sens sécuritaire » selon le colonel François Luizet, se battra contre le FPR, seule force qui s’efforce d’arrêter le génocide. Elle laisse massacrer des Tutsis, ne désarme pas les assassins, n’arrête pas de présumés génocidaires et même les aide à fuir au Zaïre. Képi blanc, un mensuel de la Légion étrangère confirme : « Battue sur le terrain, l’armée rwandaise se replie, en désordre, vers la « zone humanitaire sûre. » L’état-major tactique de l’opération Turquoise provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition rwandais vers le Zaïre [2].

En effet, le génocide s’arrêtera en raison de la fuite des tueurs devant l’offensive du FPR.

Le négationnisme en action

Les médias décrivent la situation ainsi : « des massacres interethniques sur fond de guerre civile ». Pourtant, les atrocités ne sont pas commises par les deux camps en présence mais bien exclusivement à l’encontre des Tutsis et opposants. De plus, l’expression « sur fond de guerre civile » inverse l’ordre des choses. Ce n’est pas la guerre qui a déclenché ces massacres mais bien le génocide qui a entraîné la reprise des affrontements entre FPR et Forces armées rwandaises [3].

Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, entretient cette ambiguïté en demandant « que les responsables de ces génocides soient jugés » [4]. Pourquoi génocides au pluriel ?

On sait que pour tuer presque un million de personnes en trois mois, faire s’entre-tuer voisins et familles, il faut être préparé et organisé. On connaît les approvisionnements en armes, la propagande massive de la radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), les listes établies, etc.

On constate donc que le génocide n’est pas le produit d’une bande de fanatiques incontrôlables (comme on l’entend encore souvent) mais bien d’un État totalitaire. La France a même avoué que l’« État rwandais a été l’ordonnateur du génocide » [5].

« L’enquête »

Après les rebondissements invraisemblables de la boîte noires de l’avion présidentiel (confondue à New York avec celle d’un Concorde, montrée à la télé mais aussitôt démasquée comme un boîtier d’antenne !), les indices et preuves cachés au ministère de la Défense à Paris, l’État français conduit une enquête à charge contre le FPR.

Le juge Bruguière, à qui a été confiée l’instruction ouverte (seulement) le 27 mars 1998, est convaincu de la responsabilité du FPR dans l’attentat. Après une « enquête » où il ne demande ni l’analyse de la boîte noire ni à entendre le commandant De Saint-Quentin, il sollicite en 2006 un mandat d’arrêt contre neuf hauts responsables du FPR (tous très proches de Kagamé, actuel président du Rwanda), sans être allé une fois au ­Rwanda !

En 2007, les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux reprennent le dossier et constatent beaucoup d’irrégularités (témoignages non vérifiés, fausses affirmations, fausses déclarations, etc.)

En 2012, une expertise balistique internationale (la première), demandée par les juges Poux et Trévidic, a conclu que les missiles étaient partis depuis Kanombe (fief de la garde présidentielle). Tactiquement, étant ressorti gagnant des accords d’Arusha avec 5 portefeuilles ministériels, le FPR n’avait aucun intérêt à reprendre les hostilités.

Pourquoi les rapports d’enquête et les pièces à conviction n’ont-ils jamais été remis à un juge ? Pourquoi le juge Bruguière ne se fonde-t-il qu’exclusivement sur des témoignages, qui se sont révélés faux ?

Sur les 37 actions pénales engagées depuis 1995, aucune n’est le fait d’un procureur de la République mais bien des victimes et associations ! Si la France peine à poursuivre les auteurs du génocide présent sur son sol, elle ne permet pas pour autant leur extradition vers le Rwanda : la jurisprudence de la Cour de cassation a en effet ordonné le refus systématique d’extradition de présumés génocidaires au Rwanda (21 refus à ce jour). Toute cette mauvaise volonté en dit peut-être long sur la complicité française.

Dernières nouvelles

Malgré l’expertise balistique, l’instruction ne semble pas s’orienter vers la piste d’un attentat d’extrémistes Hutu. Les juges Marc Trévédic et Nathalie Poux ont demandé en novembre 2014, de déclassifier les notes des services secrets français sur l’attentat. Les documents l’ont été en septembre 2015 mais pas encore publiés.

En avril 2015, l’Élysée et Matignon ont levé la protection sur 83 autres documents et promis de tout déclassifier pour mettre fin à la polémique sur la politique de la France au Rwanda. Plusieurs refus de consultation sont examinés par la Commission d’accès aux documents administratifs. On attend encore leur avis.

En novembre 2015, Survie, la FIDH et la LDH ont demandé une mise en examen pour complicité de génocide de deux officiers supérieurs français, le général Jacques Rosier et le vice-amiral Marin Gillier. Ils observaient les massacres de Tutsis abandonné.es sur les collines de Bisesero. Pour le moment, les magistrats n’ont pas fait droit à cette demande (ils ont seulement été auditionnés comme témoins assistés) malgré une autre plainte déposée par six Tutsis rescapés du massacre. Des militaires français y sont accusés de meurtre, viols et mauvais traitements.

L’abbé Wenceslas Munyeshyaka a été condamné à la prison à vie par les tribunaux rwandais. La France refusant de l’extrader, a elle, prononcé un non-lieu le 19 août 2015. Survie a fait appel.

L’ex-capitaine Pascal Simbikangwa est le premier responsable à avoir été condamné en France à 25 ans de réclusion criminelle pour génocide en 2014. Cette peine a été confirmée le 3 décembre 2016.

Grâce aux efforts du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), Octavien Ngenzi a été arrêté à Mayotte alors qu’il était en cavale depuis vingt ans ainsi que Tito Barahira qui lui coulait des jours paisibles à Toulouse. Tous deux comparaissent donc pour génocide et crimes contre l’humanité notamment pour le massacre de 3 500 Tutsis le 13 avril 1994 dans l’église de Kabarondo. L’un fut l’ancien bourgmestre (maire) et l’autre le bourgmestre en poste au moment du génocide. Ils ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité le 6 juillet 2016.

Le 31 octobre 2016, la Commission nationale de lutte contre le Génocide (CNLG) a rendu publique une liste de 22 officiers français « impliqués dans le génocide en tant qu’auteurs ou complices » avec demande d’interrogatoires. Jean-Yves Le Drian a répondu : « Affirmer que l’armée française a pris part au génocide est un mensonge indigne que je ne tolérerai jamais »...

En décembre 2017, un rapport (que les médias français ont passé sous silence) sur l’implication des autorités françaises dans le génocide des Tutsis demandé par Kigali a été rendu public. C’est un cabinet d’avocats, reconnu et indépendant, qui l’a rédigé. Il est accablant pour la politique françafricaine ; il confirme tous les faits déjà établis et insiste même sur l’indifférence de la coopération française au Rwanda face aux différents « petits » génocides (1963 ainsi que ceux de la période préparatoire 1990-1993). Le Rwanda a aussitôt annoncé l’émission prochaine de mandats d’arrêts internationaux contre des responsables français. La France va-t-elle finir par être au pied du mur ?

Enfin le 20 décembre 2017, le juge Herbaut a décidé de clore l’enquête sur l’attentat malgré la non-identification des auteurs...

Benoît (Ami d’AL)



UN GÉNOCIDE FRANÇAFRICAIN

1931 : introduction de la carte d’identité avec mention de l’éthnie, définie par l’Europe

1959 : massacres de Tutsis

1962 : indépendance du Rwanda. Accords de coopération économique France/Rwanda

1973 : Massacres de Tutsis. Coup d’état d’Habyarimana

1975 : Accords franco-rwandais pour la formation de la gendarmerie

1990 : Offensive du FPR. Début de la Guerre. Opération Noroit

1992 : importations massives d’armes

1993 : Accords de paix d’Arusha

Le génocide de 1994

6 avril : attentat contre l’avion d’Habyarimana

Nuit du 6 au 7 avril : début du génocide

8 avril : formation du Gouvernement Intérimaire Rwandais à l’ambassade française

9 au 14 avril : opération Amaryllis

27 avril : Bruno Delahaye, Edouard Balladur et Alain Juppé reçoivent Jérôme Bicamumpaka et Jean-Bosco Barayagwiza, respectivement ministre des affaires étrangères du GIR et responsable de la CDR ainsi que fondateur de la RTLM. Tous deux seront inculpés pour génocide

17 mai : embargo sur les ventes d’armes

22 juin au 22 août : opération Turquoise

28 juin : ONU conclue au génocide

4 juillet : prise de la capitale par le FPR

août : fin du génocide en raison de la fuite de tueurs au Zaïre, aidés par la France

8 novembre : création par l’ONU du Tribunal Pénal International pour le Rwanda

Faire justice

1995 : dépôts de plaintes contre les présumés génocidaires

1998 : le Tribunal pénal international pour le Rwanda condamne le premier ministre du GIR à la réclusion à perpétuité. Début de « l’enquête » française.

2004-2005 : plaintes déposées par des victimes tutsis visant des militaires de l’opération Turquoise

2006 : mandats d’arrêts contre 9 hauts responsables du FPR. Tensions entre Paris et Kigali

2012 : la première enquête balistique internationale conclut à un départ des tirs ayant abattu l’avion présidentiel de Kanombe, fief des militaires extrémistes Hutus

2014 : premier procès d’un présumé génocidaire en France

2016 : deux nouvelles condamnations sont prononcées en France (où la majorité des génocidaires se sont réfugiés)

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[1] Voir la série d’article dans AL d’avril, de mai et de juin 2004.

[2] Képi Blanc, n° 549, octobre 1994, d’après La France au cœur du génocide des Tutsi, Jacques Morel, mars 2010.

[3] Charlie Hebdo, 9 septembre 2009.

[4] «  Intervenir au Rwanda », Alain Juppé, Libération, 16 juin 1994.

[5] Paul Quilès, Pierre Brana, Bernard Cazeneuve, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994, rapport d’information à l’Assemblée nationale, 15 décembre 1998.


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Re: Rwanda génocide français

Messagede Pïérô » 08 Oct 2018, 22:35

Massacre de Bisesero au Rwanda : les parties civiles mobilisées pour éviter un déni de justice

Depuis 2005, la Ligue des droits de l’homme (LDH), la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Survie, aux côtés d’autres associations, sont engagées dans le dossier judiciaire concernant les massacres de Bisesero au Rwanda où pendant trois jours, fin juin 1994, des centaines de civils ont été exterminés par les génocidaires, alors que le premier détachement français ne se trouvait qu’à quelques kilomètres. La plainte contre X, déposée en 2004 par six rescapés tutsis devant le tribunal aux armées de Paris, vise la chaîne de commandement française de l’opération Turquoise, dont les militaires auraient pu laisser sciemment se poursuivre les tueries dans ce secteur en grande partie contrôlé par l’armée française.

Comme le révèle aujourd’hui Mediapart [1], les parties civiles ont été informées le 27 juillet dernier de la volonté des juges du Pôle « Crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre » du tribunal de Paris (auquel le dossier a été transmis en 2012), de clore cette instruction, sans que plusieurs points cruciaux n’aient été éclaircis. Le refus d’auditionner certains témoins-clés (dont de hauts gradés), de demander certains documents militaires ou de confronter les versions parfois contradictoires des officiers de l’époque, est incompréhensible pour nos associations, qui ont produit un travail considérable d’étude de ce dossier avec leurs avocats et les avocats des parties civiles rwandaises ; et qui ont régulièrement alimenté les juges de notes et demandes d’actes.

Déjà l’an passé, la FIDH, la LDH et Survie avaient alerté sur le traitement judiciaire de ce dossier, révélateur du tabou qui semble toujours entourer l’objectif réel de l’opération Turquoise et l’établissement des responsabilités françaises lors du génocide des Tutsis de 1994 [2].

Comme le souligne à juste titre Mediapart dans son article, aucune mise en examen n’a été prononcée dans cette affaire et de nombreuses demandes d’actes des parties civiles n’ont pas encore été suivies par les juges. Pourtant, les éléments de la procédure permettent d’affirmer que l’état-major des armées a eu connaissance des massacres en cours dès l’après-midi du 27 juin 1994. Alors que l’objet de la mission Turquoise était de « mettre fin aux massacres », le dossier qui comprend plus de 16 000 cotes, ne fait état d’aucune réaction des autorités militaires à cette découverte et d’aucun ordre pour se rendre dans les collines de Bisesero pour faire cesser les tueries. Il est ici indispensable de rappeler que le sauvetage des Tutsis de Bisesero le 30 juin 1994 ne fait pas suite à un ordre de mission, mais est le fait de l’initiative de certains militaires de terrain alertés par des journalistes.

Les juges d’instruction en charge du dossier, qui ont refusé d’auditionner le chef d’état-major et son adjoint, entendent ainsi mettre un terme à leur enquête sans chercher à savoir quelles sont les autorités, militaires ou civiles, qui ont pris la décision de ne pas faire intervenir les militaires français basés à proximité pour mettre fin au génocide en cours dans les collines de Bisesero.

Afin d’éviter un déni de justice, la FIDH, la LDH et Survie s’emploient actuellement à mobiliser tous les arguments et recours juridiques possibles pour empêcher une clôture précipitée de l’instruction de ce dossier emblématique de l’implication française au côté des génocidaires rwandais. L’enquête judiciaire doit se poursuivre sans que la raison d’État puisse y faire obstacle.

[1] Fabrice Arfi, « Massacre de Bisesero au Rwanda : la justice clôt son enquête sans mise en examen », Mediapart, 25 septembre 2018.

[2] « Opération Turquoise / massacre de Bisesero : la justice refuse d’auditionner les plus hauts responsables militaires français », Communiqué de la LDH, la FIDH et Survie, 16 novembre 2017


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