Avant 1789

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Messagede bipbip » 27 Aoû 2017, 17:57

3 août 1546 : Etienne Dolet, libre-penseur, brûlé vif place Maubert

Le 3 août 1546, Etienne Dolet, libre penseur et humaniste, est brûlé vif sur la place Maubert à Paris.

Il naît à Orléans en 1509, après des études à Paris puis une tournée dans les universités de Padoue (Italie) et de Toulouse, il se fixe à Lyon où il travaille comme linguiste et philologue érudit pour le célèbre imprimeur Sébastien Gryphe. En 1536, il tue accidentellement un agresseur : d’abord jeté en prison, il est ensuite gracié. Il s’installe alors à son compte comme imprimeur, et publie des almanachs populaires, des satyres sociales et religieuses mais aussi Rabelais, Erasme, etc. En 1538, les ouvriers d’imprimerie se mettent en grève pour réclamer un meilleur salaire et une meilleure nourriture, Etienne Dolet se rallie à leurs justes revendications et lutte à leurs côtés. Ce qui suscite la haine de ses confrères qui le dénoncent à l’Inquisition. Arrêté, autant pour son soutien aux compagnons imprimeurs que pour ses écrits et publications contre les dogmes de l’Eglise, il est emprisonné de 1542 à 1546. Repris après une évasion, il est enfermé à la Conciergerie avant d’être brûlé vif avec ses livres, place Maubert.

En 1889, une statue en bronze d’Étienne Dolet est érigée sur la place Maubert à Paris, elle représente l’humaniste debout, les mains liées, une presse d’imprimerie à ses pieds. Le 3 août 1896, devant la statue d’Etienne Dolet, place Maubert à Paris, une foule de plus de 20 000 personnes manifeste son anticléricalisme et son athéisme. Ce rassemblement annuel des libres penseurs, le premier dimanche du mois d’août, se heurtera, selon les années, aux autorités qui tenteront à plusieurs reprises de l’interdire. La statue, lieu de ralliement des dreyfusards, anti-cléricaux et libre-penseurs fut enlevée et fondue en 1942 pendant l’occupation (de même que celle du Chevalier De La Barre). Malgré quelques tentatives, elle n’a jamais été remplacée.

https://paris-luttes.info/3-aout-1546-e ... libre-1455
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Re: Avant 1789

Messagede bipbip » 06 Fév 2018, 12:27

Poitiers, le mythe martelé

« Pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limité la portée de la bataille remportée par Charles Martel », qui, comme on le sait, a bouté les Sarrazins hors du royaume des Francs en 732 à Poitiers. Voilà comment le comédien Lorànt Deutsch alimentait la thèse d’un conflit permanent entre Islam et Occident dans un de ses best-sellers pseudo-historiques. Pour William Blanc et Christophe Naudin, historiens et auteurs de l’ouvrage Charles Martel et la bataille de Poitiers (éditions Libertalia, 2015) la place de Poitiers dans le roman national n’est pas si franche que ça, mais, en revanche, son instrumentalisation politique est fâcheuse.

Image

Dans votre ouvrage, vous vous attaquez à la figure de Charles Martel en tant que héros du roman national. Quelles ont été les grandes lignes du processus de la récupération politique de la bataille de Poitiers ?

... http://cqfd-journal.org/Poitiers-le-mythe-martele
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Re: Avant 1789

Messagede bipbip » 09 Fév 2018, 02:28

Thomas More: «trois réalités qui restent vivaces»

Entretien avec Thierry Paquot
conduit par Jérôme Skalski

Pour le philosophe et spécialiste de Thomas More, né le 7 février 1478, Thiery Paquot, «guerre, accroissement des inégalités et intolérance religieuse, ces trois réalités pointées par Thomas More, se manifestent encore». En quoi la lecture de l’Utopie de Thomas More peut-elle nous éclairer sur les problématiques auxquelles l’humanité se trouve confrontée aujourd’hui ?

Thierry Paquot: Comme vous le savez, le récit utopique combine deux moments, le premier se veut une critique radicale de la société inique dans laquelle vit l’auteur et le second décrit une société exceptionnelle découverte par hasard, telle une île qui ne se trouve nulle part. La première partie et toujours d’actualité. En effet, Thomas More y dénonce trois préoccupations qui sont encore les nôtres. La première, c’est la guerre. Le monde est toujours en guerre, ne l’oublions pas, une ONG basée à Stockholm répertorie 259 conflits armés entre 1946 et 2014. La deuxième, c’est l’accroissement des inégalités entre la minorité des plus riches et la majorité des pauvres, que Thomas More a dénoncé en préconisant la suppression de la propriété privée et de la monnaie. La troisième concerne l’intolérance religieuse, toujours vivace.

Il est étonnant que cinq cents ans plus tard, ces trois réalités pointées par Thomas More se manifestent encore: les guerriers ne sont pas directement au pouvoir, mais se profilent derrière les industries d’armement florissantes, les 62 plus riches au monde ont une fortune cumulée équivalente aux revenus annuels des 3,5 milliards les plus pauvres (selon Oxfam, 2016) et les conflits interreligieux n’hésitent pas à user du terrorisme… En revanche, les enjeux environnementaux (dérèglement climatique, surconsommation d’énergies fossiles, épuisement des sols et déforestation, pollutions de l’air et de l’eau, etc.) qui résultent du productivisme sont ignorés, tant les Utopiens pratiquent «spontanément» une agriculture vivrière raisonnée, ne gaspillent pas au nom d’un consumérisme effréné, sans pour autant se priver: le bonheur n’est en rien quantitatif !

Dans Le Capital, Marx cite Thomas More comme le grand témoin du mouvement des enclosures, qui fait aujourd’hui écho aux processus d’expropriation des populations rurales ou de privatisation des biens publics qui ont lieu partout dans le monde sous l’impulsion du néolibéralisme. De quoi s’agit-il ?

Thierry Paquot: À l’époque de Thomas More, la gentry, c’est-à-dire la petite noblesse rurale anglaise, s’accapare les communaux, terres qui étaient laissées à l’usage commun et sur lesquelles tout le monde, en particulier ceux qui n’avaient qu’un animal ou deux seulement, allait les faire paître. Ce monde des communaux était réglé par des coutumes locales, comme pour le ramassage de bois dont Marx a fait la description dans ses premiers articles. Le mouvement des enclosures, comme son nom l’indique, consiste à enclore ces communaux. Mais une clôture avec une palissade, trois siècles et demi avant l’invention du fil barbelé, s’avère coûteuse, aussi beaucoup de paysans s’endettent pour la construire et certains sont contraints de vendre et de quitter leur terre en venant grossir les rangs des vagabonds, qui sont pourchassés et parfois pendus !

La mendicité est alors réprimée et les vagabonds errent sans autre but que de survivre, plus tard ils viendront peupler les workhouses que Michel Foucault va étudier, ces manufactures-prisons qui, comme les enclosures, marquent l’accumulation primitive du capital. Marx reprend une formule choc de Thomas More: «Les moutons dorénavant mangent les humains!» C’est l’époque où l’industrie textile prend son envol. Plus tard, les ovins serviront à l’alimentation des citadins privés du gibier que la chasse ou le braconnage fournissaient. À présent, cette confiscation – et privatisation – des communaux s’apparente à un vaste jeu de Monopoly international où les terres agricoles changent de propriétaires, comme en Afrique, où Chinois, Coréens, Saoudiens achètent de vastes territoires pour y pratiquer une agriculture intensive dédiée à l’exportation, tout en expulsant les paysans et en détruisant leurs structures villageoises, qui reposent bien souvent sur l’entraide.

Autre aspect de l’Utopie de Thomas More qui fait écho au monde contemporain, la question de la ville. En quoi vous touche-t-elle en tant que philosophe de l’urbain ?

Thierry Paquot: Sur l’île d’Utopie, les paysans et éleveurs sont la majorité de la population, mais ils résident dans l’une des 54 villes, de taille semblable. Seuls ceux qui s’occupent des animaux logent sur place dans des fermes. Chaque Utopien se voit attribuer une maison confortable (avec une cheminée dans chaque pièce et des vitres aux fenêtres), disposant d’une cour et d’un jardin. Il n’y a pas de serrure car les vols sont inexistants. Au bout de dix ans, l’Utopien déménage dans une autre maison tirée au sort afin de ne pas cultiver le sens de la propriété privée. Les repas sont pris dans un restaurant communautaire du quartier.

La ville offre un éventail très large d’activités culturelles dont les Utopiens sont friands. Ils travaillent six heures par jour, moins quand la récolte de l’année précédente a été abondante. La campagne est facile d’accès, de même que les rivages, les villes sont jardinées et propices à la promenade. L’île d’Utopie que Thomas More imagine est peuplée de plusieurs millions d’Utopiens, les villes sont importantes sans entasser les habitants, ce sont des villes de juste taille, où l’on circule à pied dans un cadre verdoyant. Thomas More s’inspire des maisons d’Anvers, lui-même se fera construire une maison à Chelsea avec un toit-terrasse, une chapelle (sa piété est légendaire, il sera canonisé en 1935), une ménagerie et surtout une bibliothèque, le tout dans un parc donnant sur la Tamise, par laquelle il se rend chaque jour à Londres, où il est chancelier du royaume. Il ne peut envisager l’urbanisation telle que nous la vivons actuellement avec des agglomérations multimillionnaires, congestionnées et inhabitables… J’observe que les utopistes de l’ère industrielle (Owen, Fourier, Saint-Simon, Godin, Morris…) préfèrent les petites unités agro-artisanales, seuls Cabet et Bellamy misent sur la grande ville pour démultiplier les qualités civilisationnelles. (Publié dans L’Humanité, en date du 7 février 2018)

Thierry Paquot. Philosophe et professeur émérite à l’Institut d’urbanisme de Paris. Auteur d’Utopies et utopistes, La Découverte, collection «Repères», 2007. Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent), La Découverte, 2016.


http://alencontre.org/societe/histoire/ ... vaces.html
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Re: Avant 1789

Messagede bipbip » 24 Mai 2018, 18:47

Vaucanson ou le prototype de l’ingénieur, et grande grève à Lyon en 1744

Ce fut, parait-il, la plus grande grève de l’Ancien Régime. Jusqu’à 15.000 émeutiers dans les rues de Lyon durant une semaine en août 1744.
Ces ouvriers, essentiellement du textile, luddites avant les luddites, se soulevaient non pas contre l’introduction d’une machine, mais contre celle d’un règlement rédigé par Vaucanson qui, entre autres griefs, contraignait l’artisanat à se plier aux procédures de l’industrie naissante.

Ce fut, parait-il, la plus grande grève de l’Ancien Régime.

Jusqu’à 15 000 émeutiers dans les rues de Lyon durant une semaine en août 1744.

Ces ouvriers, essentiellement du textile, luddites avant les luddites, se soulevaient non pas contre l’introduction d’une machine, mais contre celle d’un règlement qui, entre autres griefs, contraignait l’artisanat à se plier aux procédures de l’industrie naissante.

L’auteur de ce règlement, Vaucanson, était ce « mécanicien de génie » né à Grenoble, et aujourd’hui encore figure tutélaire des chercheurs-ingénieurs grenoblois qui, dans les laboratoires de robotique de l’INPG et du CNRS, inscrivent leurs travaux sur la « modélisation du vivant » dans la lignée des siens. Celui auquel la Maison des Sciences de l’Homme-Alpes, le Musée Dauphinois et le Conservatoire national des Arts et Métiers rendent hommage en 2009, pour le tricentenaire de sa naissance, sur le thème « Vaucanson notre contemporain ».

C’est que Vaucanson est le prototype de l’ingénieur, célébrissime de son vivant pour ses automates – aussi bien ceux qu’il a réalisés, le flûtiste, le canard, le joueur de tambour, que celui qu’il n’a pu mener à bien : l’homme-machine, promis à une riche postérité, des robots à l’homme bionique.

Par une coïncidence qui n’est pas fortuite, ce même Vaucanson, un demi-siècle avant Jacquard, invente le métier à tisser automatique, la liaison recherche-industrie et le statut de l’expert. Il est bien l’un des initiateurs de la société industrielle, dont deux siècles et demi de progrès sans merci nous amènent aujourd’hui au nanomonde totalitaire.

Ce texte d’Olivier Serre consacré à Vaucanson fournit une nouvelle démonstration de l’impossible neutralité de la technologie dans les affaires humaines.

PDF : https://rebellyon.info/home/chroot_ml/m ... canson.pdf

https://rebellyon.info/Vaucanson-ou-le- ... nieur-6380
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