1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede bipbip » 16 Sep 2016, 07:01

Le Mans samedi 17 septembre 2016

La révolution espagnole de 1936

Exposition et débat, salle du Jardin des plantes, 19 rue de l’Éventail, à partir de 11 heures. Organisés par Alternative libertaire et la CNT-f.

Juillet 1936, il y a 80 ans, un coup d’état militaire vise à renverser le gouvernement de front populaire élu en janvier. Le climat social est tendu et le gouvernement prétend avoir la situation en main, en dépit des avertissements de la la Confederación Nacional del Trabajo, puissante organisation anarcho-syndicaliste.

Les putschistes s’emparent en quelques heures de la moitié de l’Espagne. Mais dans l’autre, à Barcelone, à Madrid, à Valence, etc., ce sont majoritairement les anarcho syndicalistes armé-es, suivi-es par des ouvriers et ouvrières socialistes, des militant-es de gauche et parfois des groupes de la police qui réussissent à mettre en déroute les militaires factieux.

Des centaines de milliers de femmes et d’hommes de la classe ouvrière des villes et des campagnes, au-delà de leurs étiquettes politiques, prennent en main la société et forment des milices. Une vie nouvelle semble commencer.

SAMEDI 17 SEPTEMBRE
à partir de 11 heures
Salle du jardin des plantes,
19 rue de l’Éventail au Mans
• Exposition prêtée par la CGT espagnole
• Rencontre débat à partir de 15 heures avec Frank Mintz, historien et militant syndical et Jérémie Berthuin, militant syndical

http://alternativelibertaire.org/?La-re ... de-1936-le
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 22 Sep 2016, 18:57

Montpellier, vendredi 23 septembre 2016

« Les Giménologues ont dix ans »

dès 18h30, au Centre Ascaso Durruti, 6 rue Henri René, Montpellier

Myrtille et Vincent viendront fêter dix ans de giménologie.

18 h 30 : projection de photos

19 h 30 : Pause avec un petit « Fallait-pas »chacun apporte un petit truc à manger et à boire)

20 h 30 : Myrtille et Vincent racontent :

« Nous reviendrons sur le chemin parcouru depuis la sortie du feuilleton radiophonique en 2005, et sur les nouveautés contenues dans la réédition des Fils de la nuit parue chez Libertalia en juin 2016 (dont le CD du feuilleton justement).

Nous évoquerons notre travail de fonds et le matériau accumulé au fil des ans (témoignages, documents d’archives, liens avec d’autres travaux, recensions etc.) sur notre site, dont le volume a fait écrire à François Godicheau que nous proposions rien de moins qu’une « discussion permanente sur la révolution espagnole. »

Lors des présentations que nous fîmes après 2006, nous rencontrâmes tant des compañeros (ou fils et filles de) désireux que l’on parle de leur parcours que nous avons décidé de publier avec L’Insomniaque un deuxième livre : A Zaragoza o al charco !
C’est avec Petra, Engracia, Emilio, Hélios, Isidro et Antoine que nous avons tenté une fois encore d’articuler les histoires particulières et l’analyse des questions collectives.

Les deux livres se complètent : le second s’aventure cette fois au sud de l’Ebre, (face à Belchite), au sein de la colonne milicienne venue de Barcelone et conduite par Antonio Ortiz (membre du groupe Nosotros). Autant la personnalité de Durruti a été portée au pinacle et sacralisée, autant celle d’Ortiz a été expédiée dans les poubelles de l’histoire.

Et nous avons ajouté des développements de notre cru sur deux thèmes qui nous paraissent essentiels quand on se penche sur le processus révolutionnaire qui eut cours dans l’Espagne des années trente : le projet de société communiste libertaire, et la polémique, toujours entretenue aujourd’hui, sur une supposée cruauté spécifique des anarchistes espagnols ».


Et le vendredi 30 septembre à 20h30, le CAD proposera une Soirée « ALTARRIBA »

Antonio ALTARRIBA viendra nous parler des deux BD « L’art de Voler » et « L’aile brisée » dont il est le scénariste.

- « L’art de voler » (dessinateur : KIM) sortie en 2011
Bon, c’est l’heure...
L’heure de s’envoler... Le 4 mai 2001, le père d’Antonio Altarriba, âgé de 90 ans, saute du quatrième étage de sa maison de retraite... En relatant son existence intimement mêlée aux tempêtes qui ont ravagé l’Espagne et l’Europe du 20e siècle, son fils rend un vibrant hommage au courage, aux idéaux vaincus et à l’art si difficile de voler...

- « L’aile brisée » (dessinateur : KIM) sortie en avril 2016
Lorsque sa mère meurt en 1998, Antonio découvre le secret qu’elle a caché toute sa vie : un bras blessé dont elle n’a jamais pu se servir normalement... Partant de cette révélation liée à un terrible drame de naissance, il raconte le siècle au féminin dans une Espagne dure et cruelle. Un hymne aux souffrances, à l’émancipation et au courage des femmes...

http://gimenologues.org/spip.php?article680

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 24 Sep 2016, 15:04

Entretien avec les Giménologues

Cet été, les Giménologues et les éditions Libertalia rééditent les Souvenirs de Gimenez dans un coffret de deux livres et un CD du feuilleton radiophonique, Les Fils de la nuit, pour un prix étonnamment raisonnable. Le premier volume est celui des Souvenirs, et le second, formé de notes et d’annexes, est plus gros que le premier.

... http://gimenologues.org/spip.php?article683
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 24 Sep 2016, 15:27

Perpignan

RENCONTRES AVEC LES GIMENOLOGUES

Le 27 septembre 2016 à 18h à la librairie Torcatis

On ne peut venir à Perpignan sans pousser la porte de la librairie Torcatis. Ce lieu fut fondé en 1945 par la veuve de Louis Torcatis, Résistant tombé sous les balles en 1944. Depuis plus de 60 ans que cette librairie existe, l’espace s’est considérablement agrandi et fait aujourd’hui 600 m2. Depuis plusieurs années, Brigitte et Roger Coste dirigent les lieux et ont su donner à cette institution perpignanaise une très belle aura et une forte identité. Avec plus de 50 000 volumes, la librairie Torcatis offre un choix considérable et ce, dans tous les domaines.
C’est donc dans la meilleure librairie de Perpignan, qui comprend un fonds impressionnant sur l’histoire de l’Espagne, que les Giménologues présenteront leurs derniers ouvrages.

Ils évoqueront les nouveautés contenues dans la réédition des Fils de la nuit, souvenirs de la guerre d’Espagne d’Antoine Gimenez (mille pages) comprenant le CD de leur feuilleton radiophonique, parue en juin 2016 chez Libertalia, avec une préface de François Godicheau.

Les giménologues ont simultanément publié les témoignages de miliciens (ou leurs enfants) rencontrés après 2006, et aujourd’hui disparus, dans un deuxième ouvrage : A Zaragoza o al charco ! Aragon 1936-1938. Récits de protagonistes libertaires, paru en mai 2016 chez L’Insomniaque.

Les Giménologues & Librairie Torcatis, le 14 septembre 2016

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 28 Sep 2016, 00:51

Causerie giménologique en Ariège

Rendez-vous au cinéma du Mas d’Azil le 30 septembre 2016

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede bipbip » 01 Oct 2016, 18:01

Histoire : Il y a 80 ans, la révolution espagnole sous le signe du communisme libertaire

C’est lors de la Révolution espagnole de 1936 que les libertaires touchent au plus près l’utopie que des générations de militants et militantes avaient porté au quotidien. Alors que l’Espagne est plongée dans une sanglante guerre civile, conséquence du coup d’état militaire (Pronunciamento), une expérience autogestionnaire exceptionnelle se fait jour. Un exemple quasiment unique dans l’histoire du mouvement ouvrier international.

Sitôt le Pronunciamento déclenché par le général Francisco Franco, le 18 juillet 1936, la résistance s’organise. Elle est avant tout le fait des syndicats et des organisations révolutionnaires. Le gouvernement de Frente Popular, élu en février 1936, reste impuissant devant le coup d’État. En Aragon, dans le Levant, dans une partie de la Castille et surtout en Catalogne, les armées « nationalistes » sont mises en déroute par la seule mobilisation de la classe ouvrière, organisée majoritairement au sein de la CNT [1] .

Autogestion populaire et cantines ouvrières

L’historien Agustin Guillamon, dans son ouvrage Barricades à Barcelone – 1936-1937, écrit : « Une fois le monopole étatique de la violence détruit, parce que l’armée avait été vaincue dans la rue et que le prolétariat était armé, commença une situation révolutionnaire qui imposait sa violence, son pouvoir, son ordre : le pouvoir d’une classe ouvrière armée. »

Une révolution sociale et économique se répand alors, avec plus ou moins d’intensité, changeant la structure sociale de ces régions selon un modèle de société égalitaire et antiautoritaire, fondamentalement opposé au « communisme de caserne » mis en place dans l’URSS de Staline où le GPU, les purges et les goulags ont définitivement tué tout idéal révolutionnaire.

Se rappelant les conseils de ­l’anarchiste russe Pierre Kropotkine, selon lequel, « un peuple révolutionnaire affamé sera toujours à la merci de n’importe quel aventurier démagogique », les révolutionnaires se mettent à l’ouvrage dès les premières heures du soulèvement populaire pour organiser la distribution des produits de première nécessité. Dans tous les quartiers, toutes les villes et villages, sont créés à cet effet des organismes appelés les « comités de ravitaillement ». Les premières cantines communales accueillent des centaines de travailleurs et travailleuses. À Barcelone, ce sont d’anciens palaces, jusqu’alors occupés par la bourgeoisie catalane et étrangère, qui sont transformés en d’immenses cantines populaires. Les grands hôtels sont parfois réquisitionnés à d’autres effets, comme le note un membre de la CGT-SR, organisation sœur de la CNT, témoin direct de cette étonnante réalité : « La CNT a délogé les tenants de la grande richesse qui affamaient depuis longtemps les travailleurs, transformant ces luxueux immeubles en maisons du peuple. Tout grand hôtel n’est plus qu’un souvenir ; c’est dans cette boîte aux logements spacieux que les gros bourgeois lassés de ne rien faire s’offraient seuls ce luxe, moyennant 100 pesetas par jour. Aujourd’hui, c’est l’hôtel des travailleurs et gratuit. » [2]

Le 28 juillet 1936, la CNT catalane estime la grève générale terminée. Le coup d’État militaire a été endigué. La machine économique se remet à fonctionner, mais cette fois sous la direction des ouvrières et ouvriers eux-mêmes. À partir du 23 juillet, les premières mesures de collectivisation d’usines ont lieu à Barcelone : service des eaux, de l’énergie, de l’éclairage, les ateliers de chemins de fer, le secteur métallurgique.

Par la suite, d’autres entreprises sont à leur tour collectivisées, les brasseries, les salons de coiffure, les ateliers cinématographiques... Prenant l’exemple d’une tannerie de la banlieue de Barcelone, un syndicaliste révolutionnaire français écrit : « L’usine occupe 700 ouvriers et ouvrières. Les salaires ont été relevés comme dans toutes les industries. Le salaire unique n’existe pas encore, mais la prochaine assemblée des salarié-e-s doit en discuter. Quand un ouvrier est malade ou blessé : il touche 75 % de son salaire ; auparavant il ne touchait rien, l’Espagne n’ayant pas d’assurance sociale. La semaine de travail est de 36 heures sans diminution de salaire. Voilà comment fonctionne la tannerie Mollet : chaque atelier nomme ses délégués qui sont au nombre de dix-sept. Ce sont dix-sept hommes et femmes qui forment, ensemble, le comité d’usine chargé de l’organisation du travail. Un conseil d’usine ainsi que le directeur sont nommés par l’assemblée générale des ouvriers. Ces deux organismes se réunissent chaque fois qu’il y a nécessité. Chacun des membres de ces comités est révocable. » [3]

La question salariale est centrale. Dans un premier temps, il y a tentative de supprimer l’argent et le salariat. Un libertaire français s’arrête, à ce propos, sur l’exemple de la commune libre de Fraga en Aragon : « Après un séjour, de deux jours dans Lérida, nous repartons. Nous devons atteindre Fraga, grosse localité agricole de 8 500 habitants. Après une copieuse visite de la localité, nous nous réunissons au siège du comité du peule. Le premier renseignement que l’on nous donne, c’est que l’argent ne circule plus ; l’argent est supprimé ; l’argent, moyen d’échange et de la puissance capitaliste, n’a plus cours. Un livret de famille le remplace, sur lequel sont inscrites toutes les denrées alimentaires, ainsi que les autres produits nécessaires pour la vie. Le livret sert pour le contrôle et ne permet pas à un habitant plus de denrées qu’à un autre, tous sont égaux. Le comité du peuple est élu par l’assemblée générale de la population. » [4]

Si ces expériences de suppression du numéraire s’inscrivent dans la durée dans les collectivités agricoles de l’Aragon, où domine l’influence de la CNT, la centrale libertaire doit composer dans l’industrie avec l’UGT, le syndicat socialiste. On se dirige alors vers un compromis CNT-UGT et, dès lors, la pratique du salaire unique ou familial se généralise.

« Les femmes d’Aragon ne pleurent plus l’hiver »

À la campagne, la battue populaire contre les caciques (notables locaux), les propriétaires féodaux, les agents du fisc, les usuriers, laisse entre les mains des paysans de grandes étendues de terres qu’ils recouvraient après des siècles de spoliation. Comme à la ville, c’est l’urgence de la situation qui stimula la collectivisation.

Le collectivisme agraire est aussi la conséquence de plusieurs décennies de propagande libertaire dans les campagnes. Des militantes et militants itinérants faisaient des tournées de village en village, fournissaient des livres (Entre campesinos de l’anarchiste italien Errico Malatesta ou encore La Conquête du pain de Pierre Kropotkine) et des revues de la CNT (comme la Revista blanca) traitant des questions agricoles.

À partir de 1933 sont, en outre, systématiquement mis en exergue les exemples de collectivisations qui se généralisent. Même si ces expériences de communes collectives sont en règle générale de courte durée, la répression s’abattant rapidement sur les gens du village, elles font œuvre de propagande. José Peirats, dans Les Anarchistes espagnols – Révolution de 1936 et luttes de toujours, nous donne le type de témoignages de paysans collectivistes, publié dans la presse libertaire de l’époque : « Ici, il n’y a ni pauvres, ni riches, ni problèmes sociaux, ni ouvriers au chômage. Ici, on partage la production équitablement et tous ensemble, en travaillant, nous vivons tranquilles et heureux. »

Le 19 juillet 1936, les syndiqué-e-s de la CNT et de l’UGT rapidement mettent sur pied des « comités révolutionnaires » chargés d’organiser les premières saisies de terres qui sont aussitôt mises en commun. L’invasion d’une grande partie de l’Andalousie par les armées franquistes empêche les collectivisations massives dans cette région. D’autres régions connaissent des phénomènes de collectivisations de grande échelle. Mais c’est en Catalogne et surtout en Aragon que les expériences de collectivisations seront les plus nombreuses et surtout les plus achevées.

Un anarcho-syndicaliste français évoque l’avant-gardisme de ces collectivisations :

« Dans les campagnes aux environs de Barcelone et dans la Catalogne, la collectivisation a suivi son cours normal au même rythme que les usines, réorganisant complètement le travail en groupant toutes les petites propriétés dans un vaste rayon.

Dans chaque rayon, un “comité de culture” est constitué, chargé d’organiser le travail, la sélection des graines et des plants ; ce comité, désigné en assemblée générale des paysans est constitué des délégués de zones. Ils ont divisé chaque zone en groupes et à chaque groupe un camarade responsable est chargé de répartir le travail. Ils sont aussi bien organisés que dans l’industrie.

[...] En Aragon, les réalisations sont plus marquées de l’emprise du communisme libertaire, puisqu’en plus de l’organisation du travail en commun, l’argent a disparu comme moyen d’échange pour faire place au carnet de producteur, donnant droit à tout ce qui est nécessaire à la vie des hommes, selon les possibilités de la commune libertaire.

Nous nous faisons expliquer le mécanisme des échanges. Celui-ci est organisé en nature, entre les villages voisins ayant supprimé l’argent. Avec les villes où l’argent demeure, l’échange a lieu sur la base des cours existants et l’approvisionnement s’opère par voie d’achats acheminés sur les villages qui effectuent la distribution aux habitants, sur présentation du carnet de consommation.

Ce système donne pleine satisfaction aux intéressés. C’est la première fois, nous a-t-on dit, que les femmes d’Aragon ne pleurent pas l’hiver. En effet, autrefois, le produit des récoltes était insuffisant à payer les dettes aux "caciques" et au clergé. Les Aragonais défendront leurs conquêtes jusqu’à la mort s’il le faut, mais ils ne peuvent pas revenir en arrière. Pour eux le passé est mort et bien mort » [5]

Dépassement des anciennes classes sociales

Donnée importante de cette collectivisation des terres : elle réside dans un acte volontaire des intéressé-e-s. La révolution espagnole dans les campagnes n’est, à cet égard, en rien comparable avec la Révolution russe et l’épisode sanglant de la « dékoulakisation » à la fin des années 1920. Les paysans dits « individualistes », la plupart des petits métayers, font le choix de vivre en marge des collectivités. Leur choix est respecté par les « collectivistes » qui maintiennent avec eux des possibilités d’échanger des produits. Mais comme le note le militant français cité précédemment, ces petits propriétaires ne restent pas longtemps indifférents aux avantages offerts par le travail collectif : mise en commun des terres mais aussi de la volaille, du bétail, des engrais, de la semence et de la récolte. Et il n’est pas rare que les « quelques réfractaires du début aient rejoint par la suite l’organisation collective ».

Une autre réalité réside dans le dépassement des anciennes classes sociales. Si de nombreux ex-patrons ont choisi de rejoindre les rangs des armées de Franco, d’autres acceptent le nouvel ordre social. Un libertaire français donne l’exemple d’une collectivité agricole de la banlieue de Barcelone où un ouvrier et son ex-patron se côtoient désormais dans un effort commun : « Le comité technique d’agriculture est composé de cinq ouvriers et quatre ex-patrons. Tous les patrons ont accepté la collectivisation ; il y a eu davantage de réticences parmi les ouvriers qui croyaient perdre quelque chose. Une anecdote nous est contée par un ex-patron qui fait partie du comité technique avec un camarade ouvrier qui avait travaillé chez lui. En 1931, au cours d’une grève, les deux collaborateurs d’aujourd’hui s’étaient quelque peu boxés. L’un était patron, l’autre ouvrier, et l’ex-patron qui nous raconte cela nous dit que la crainte d’une nouvelle bataille n’existe plus, l’exploitation de son semblable n’existant plus. » [6]

Dans le même article, l’auteur met en exergue le rôle joué par les colonnes antifascistes dans la multiplication de ces expériences collectivistes : « Partout où sont passées les miliciens de la colonne Durruti, le même système de vie est organisé. »

Au fur et à mesure que les miliciens et miliciennes, avant tout de la CNT ou du POUM, libèrent les villages de l’emprise franquiste, le même débat a lieu entre partisans de la collectivisation et partisans de la parcellisation des terres. Et comme le montre le film de Ken Loach Land and Freedom, ils et elles sont invité-e-s par les gens du village à donner leur avis sur la question. Ces militants et militantes révolutionnaires aguerri-e-s ne manquent pas de convaincre des auditoires, déjà tentés par la voie collectiviste, des intérêts de la mise en commun des terres.

“Fiers de travailler enfin pour eux- mêmes”

À l’issue de son voyage en Espagne, Pierre Besnard, syndicaliste révolutionnaire français et secrétaire de la CGT-SR, témoigne : « J’ai vu partout des hommes au travail dans les champs, des femmes et des enfants dans les villages, des ouvriers et des ouvrières allant au labeur joyeux, fiers de travailler enfin pour eux-mêmes. La joie était peinte sur leurs visages sérieux et graves sans doute, mais sans traces d’inquiétudes. Ils savaient que quelque chose était changé et qu’ils allaient vers un avenir meilleur. [...] Une grande expérience est en train d’éclore. » [7]

La révolution espagnole, est, sans aucun doute, un des exemples les plus accomplis tant dans ses réalités économiques et sociales que dans son ampleur. Frank Mintz, historien et auteur de Autogestion et anarchosyndicalisme – Analyse et critiques sur l’Espagne (1931-1990), estime que 1 838 000 personnes ont vécu sous le régime collectiviste des révolutionnaires espagnol-e-s.

Jérémie Berthuin (AL Gard)


[1] Voir « En 1910, la naissance de la CNT » dans AL n° 200 de décembre 2010.

[2] Le Combat syndicaliste, n° 170, 21 août 1936.

[3] Le Combat syndicaliste, n° 169, 14 août 1936.

[4] Le Combat syndicaliste, n° 196, 19 février 1937.

[5] Le Combat syndicaliste, n° 192, 23 janvier 1937.

[6] Le Combat syndicaliste, n° 189, 1er janvier 1937.

[7] Le Combat syndicaliste, n° 175, 25 octobre 1936.

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede bipbip » 05 Oct 2016, 17:39

Choisy-le-Roi Samedi 8 octobre 2016

La CNT 94 et l’Association 24 août 1944 vous proposent une après-midi consacrée à l’Espagne républicaine antifasciste et libertaire

1936-2016 : du frente popular à l’exil en France

Bourse du travail de Choisy-le-Roi, 27 Bvd des Alliés

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http://www.cnt-f.org/8-octobre-journee- ... taire.html
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 09 Oct 2016, 13:47

Poitiers, mardi 11 octobre 2016

Projection/Discussion : "COMPAÑERAS" [1936–2016 : il y a 80 ans, la révo­lu­tion espa­gnole]

à 20h30, Cinéma Le Dietrich, 34 Boulevard Chasseigne

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Béatrice » 09 Oct 2016, 19:43

lundi 10 octobre 2016 à AIX EN PROVENCE à 19 h

Cité du livre, Salle Armand Lunel, 9 rue des Allumettes, 13100

Université Populaire du Pays d’Aix
projection de « Compañeras », film de Dominique Gautier et Jean Ortiz
en présence des réalisateurs

L’Université Populaire du Pays D’Aix, présente une conférence exceptionnelle le lundi 10 octobre 2016

précédée du film Compañeras Avec Jean Ortiz maître de conférence à l’université de Pau et fils de combattant antifaciste
Ainsi que Dominique Gautier réalisateur du film.

« Le film retrace la participation et le rôle des femmes dans la République espagnole, leur reconnaissance dans le combat antifasciste ayant été trop longtemps effacée. Le documentaire de D.Gautier et J. Ortiz construit sur 10 années, recueille les témoignages de femmes, mères, épouses, combattantes en première ligne ou agents de liaison. A la fois tonique et délicat, ce film qui ne cache rien des contradictions de l’époque, est empli de dignité »

P.-S.

universite-populaire-aix chez orange.fr
www.universitepopulairedupaysdaix.com
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 13 Oct 2016, 20:07

Besançon, vendredi 14 octobre 2016

Projection-débat
Frederica Montseny l'indomptable

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 13 Oct 2016, 21:38

Charla sur les volontaires internationaux

Les Giménologues à St Etienne le 16 octobre 2016

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Charla sur les volontaires internationaux dans les colonnes Durruti, Ascaso et Ortiz

Alors que les bruits de bottes résonnaient partout en Europe et que chaque frontière devenait plus que jamais une souricière, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes, internationalistes en acte, accoururent dès la fin juillet 1936 dans la zone restée républicaine pour participer à cette guerre sociale dont ils avaient saisi la qualité et l’ampleur. Certains laissèrent leur travail et leur famille pour aller dans le seul pays où une révolution était en marche, d’autres avaient dû fuir leur pays et vivotaient en exil, parfois même déjà en Espagne. Antoine Gimenez (Bruno Salvadori) était de ceux-là.

Antoine intégra l’un des groupes de volontaires internationaux qui se constituèrent sur le front d’Aragon, bien avant la création des Brigades Internationales. Il s’agit en l’occurrence du Groupe international de la colonne Durruti, créé par des Français.

Nous parlerons de ces hommes et de ces femmes qui peuplent les « souvenirs » d’Antoine : Français, Italiens, Allemands et Autrichiens, Suisses… Mais aussi d’autres dont nous avons appris l’existence en cheminant avec les miliciens des colonnes anarchistes engagées sur le front d’Aragon. Nous signalerons les nouveautés sur les volontaires étrangers, publiées dans la réédition des Fils de la nuit (Libertalia) et dans A Zaragoza o al charco !

La plupart étaient anarchistes mais aussi socialistes, communistes et communistes d’opposition.

Les Français

Parmi les volontaires étrangers venus en Espagne pendant la guerre civile, plus de 250 miliciens français ont été identifiés, dont 150 engagés dans la colonne Durruti. D’autres constitueront le « Groupe International – Sébastien-Faure de la colonne Ortiz » qui combattra au sud de l’Èbre [1].

Le Groupe international de la colonne Durruti en est à ses débuts. Il est né du désir d’un petit noyau de volontaires étrangers de créer une formation de combat avec des éléments possédant un minimum d’instruction militaire et si possible une expérience de la guerre. Après avoir participé à quelques engagements (avance sur Osera, occupation de Pina, coup de main sur Gelsa), le trio Berthomieux – Carpentier – Ridel a compris que les centuries espagnoles auraient besoin de quelque temps pour apprendre l’ABC des combats sur le terrain et l’usage raisonné des armes lourdes. Dès l’origine, la fonction du groupe est claire et simple : servir de fer de lance pour permettre l’avance des milices. (Ridel au Libertaire août 1936)

Nous évoquerons Charles Ridel Charles Carpentier, Louis Berthomieu, Simone Weil, Mimosa, Suzanne Hans, Louis Recoule, Robert Léger…

Un noyau d’Italiens et de Français s’est constitué avec comme délégué un ancien officier de la Coloniale [Louis Berthomieu], dont l’absence de doctrine bien précise est suppléée par une intelligence très vive et sans préjugés. Ce sont tous des gars de Paris, de Toulon ou de Grenoble. […] Proscrits d’Italie et exploités de l’impérialisme français sont venus faire le coup de feu pour le vieux rêve, caressé depuis tant d’années, d’une société libertaire. Le groupe va se grossir peu à peu d’éléments nouveaux. Face à la Légion marocaine, ce ramassis de tueurs et de voleurs, venus en Espagne pour restaurer l’ordre bourgeois, se dresse la Légion internationale des sans-patrie, qui sont venus se battre dans la péninsule pour l’ordre ouvrier et révolutionnaire. (Louis Mercier, En route pour Saragosse avec la colonne Durruti)

Les Italiens

Si quelques Italiens sont allés dans la colonne Durruti à titre individuel, comme Antoine, Lorenzo Giua, Carlo Scolari, Giudetta Zanelli et Ilario Margarita, l’importante colonie transalpine réfugiée et organisée en France au sein du Comité révolutionnaire anarchiste se regroupe à Barcelone dès la fin juillet 1936. Le philosophe et théoricien anarchiste Camillo Berneri, rejoint par Francesco Barbieri et bien d’autres, organise l’arrivée des volontaires suivants. Ils forment le groupe « Malatesta » en liaison avec les militants de la FAI et de la CNT catalanes, dont Diego Abad de Santillán qui va activement participer à la constitution des milices italiennes :

Dans leur grande majorité, les antifascistes italiens qui s’étaient rendus à Barcelone provenaient de tous les secteurs du mouvement anarchiste. […] Répartis dans différents hôtels de la ville, ils vivaient, émus, enivrés, la résurrection spirituelle d’un passage soudain de la vie d’exilés pourchassés à celle de nouveaux citoyens d’une capitale de la révolution, encore empreinte de l’atmosphère ardente des formidables combats de rue. […] Les anarchistes non inscrits au « Groupe International » de la Colonne Durruti penchaient pour la constitution d’une colonne strictement anarchiste et désiraient partir immédiatement. L’impossibilité d’obtenir tout de suite des armes contrariait leur projet. Mais ils avaient déjà prévu de s’enrôler dans les milices confédérales. (Camillo Berneri, Epistolario inedito, volume 2, Pistoia, Archivio Familia Berneri, 1984.)


Le parcours de l’un d’entre eux, Gino Balestri, nous est connu grâce au livre de sa fille Alba, publié aux Editions Libertaires (Cf.article 634 ). Il nous informe précisément sur la constitution et l’activité de la section Italienne de la colonne Ascaso. Car le 5 août 1936, les anarchistes italiens acceptent la proposition du socialiste dissident Carlo Rosselli, du groupe Giustizia e Libertà, de constituer une colonne mixte regroupant toutes les tendances de l’antifascisme italien. Ainsi va naître la Section italienne de la colonne Ascaso, qui décide de suivre les directives politiques des organisations libertaires. Ses 120 hommes – Berneri en fit partie malgré sa surdité –, dont les deux tiers sont libertaires, partent au front de Huesca et reçoivent leur baptême du feu le 28 août 1936 sur le Monte Pelato.
Nous évoquerons aussi les Italiens de la Colonne Ortiz dont Bruno Castaldi, et les « Toulonnais » arrivés en groupe

Les Allemands et Autrichiens

La plupart font partie du DAS, Deutsche Anarcho-Syndikalisten, groupe fondé en exil en 1933-1934, dont le siège est à Amsterdam. Le bureau de Barcelone (18 rue d’Aribau) comprendra une vingtaine d’entre eux comme Helmut Rüdiger et Augustin Souchy, qui prennent en charge les nouveaux volontaires. Il faut préciser que parmi les Allemands et Autrichiens, seuls font partie du groupe DAS ceux qui appartenaient déjà à une organisation anarcho-syndicaliste auparavant (et donc souvent des Allemands résidant déjà en Espagne depuis 1932-1933). Les nouveaux volontaires n’en sont donc pas, en majorité, mais le groupe DAS s’occupe d’eux.

En tout, près de 200 volontaires allemands s’engageront dans les milices anarchistes. Quelques-uns intègreront individuellement la colonne Durruti, d’autres constituent le groupe Erich-Mühsam et se joignent à la dernière colonne anarchiste des Aguiluchos en partance pour le front de Huesca, fin août 1936. Le délégué Michaelis demande le 18 novembre 36 à ce qu’ils soient affectés au Groupe international de la colonne Durruti.

Nous évoquerons l’infirmière Augusta Marx, Michael Michaelis, Walter Gierke, les travaux de Dieter Nelles et le livre en espagnol et en allemand : Les Antifascistes allemands à Barcelone (1933-1939). Le Groupe DAS : ses activités contre le réseau nazi et sur le front d’Aragon (Cf. article 466 ).

Les Suisses

Le témoignage des Suisses Paul et Clara Thalmann nous a appris que peu de femmes réussirent à gagner le front après octobre 1936. Au cours de leur premier séjour sur le front d’Aragon, Clara n’avait rencontré aucune difficulté pour s’engager comme milicienne. À leur deuxième voyage en Espagne, début janvier 1937, le couple cherche à retourner sur le front d’Aragon :

[Souchy] nous conseilla de nous adresser [au] DAS (le groupe anarcho-syndicaliste allemand) qui avait formé une unité d’une centaine d’hommes sur le front d’Aragon. Souchy doutait qu’on donnât encore aux femmes la permission de se battre aux côtés des hommes : « Comme vous le savez, le gouvernement de Valence a publié un décret dans ce sens. Chez nous, en Catalogne, cependant, ce sont les comités qui prennent les décisions, et dans votre cas, ce sera le comité de la milice compétent. Bonne chance ! » […] Le groupe stationné à Pina nous accueillit chaleureusement. Tous étaient enchantés de notre arrivée et avides de nouvelles de l’étranger et de Barcelone. […] Les hommes admiraient Clara pour son courage et l’acceptèrent aussitôt. Dans ce groupe, il y avait encore une femme, la seule, une Espagnole dénommée Pepita qui assistait un médecin espagnol à l’infirmerie.


Nous évoquerons aussi le cinéaste Adrien Porchet, Eddi Gmür, Albert Minnig (grâce au livre de Marianne Enckell), Franz Ritter…


Les Giménologues, 6 octobre 2016.


[1] Voir l’article suivant sur ce même site avec un extrait du chapitre de A Zaragoza o al charco ! sur les Français dans le GI de la colonne Ortiz

http://gimenologues.org/spip.php?article685
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede bipbip » 14 Oct 2016, 10:56

Montpellier vendredi 14 octobre 2016

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Pour les 80 ans de la révolution de 1936 en Espagne, le Centre Ascaso Durruti, la CNT 34, la CNT-AIT de Montpellier, et le groupe Un Autre Futur de la CGA, organisent la projection du film « Vivre l’utopie » suivie d’un débat. Vendredi 14 octobre 2016 à 19h à la librairie La Mauvaise Réputation (20 rue Terral, Montpellier)

Documentaire de Juan Gamero, F. Rios, Mariona Roca, Mitzi Kotnik, sur l’Espagne libertaire de 1936 dans lequel une trentaine d’ancien-ne-s militant-e-s anarchistes témoignent de l’application concrète de l’anarchisme par plusieurs millions de personnes en Catalogne et en Aragon.

Pour les 80 ans de la révolution de 1936 en Espagne, le Centre Ascaso Durruti, la CNT 34, la CNT-AIT de Montpellier, et le groupe Un Autre Futur de la CGA, organisent la projection du film « Vivre l’utopie » suivie d’un débat.

Le but de commémorer cet événement est de voir ce que ce mouvement révolutionnaire a construit avec le peuple sur les plans de l’autogestion, du féminisme, de la production agraire, de l’éducation, etc. En bref, de voir, à grand échelle, le fonctionnement d’une société en rupture avec le système capitaliste dans lequel nous vivons. Une bonne occasion pour échanger, à partir de cette expérience, de nos luttes sociales actuelles, d’émancipation et d’autogestion, avec en perspective une future société libertaire.

Vendredi 14 octobre 2016 à 19h à la librairie La Mauvaise Réputation (20 rue Terral, Montpellier).

La soirée se poursuivra par un repas partagé convivial : chacun-e apporte ce qu’il/elle veut, ce qu’il/ elle peut, et on partage.

https://lepressoir-info.org/spip.php?article577
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 15 Oct 2016, 13:55

Extrait du livre A Zaragoza o al charco !
Sur le groupe international de la colonne Ortiz

Les Français de la Colonne Ortiz

Il existait un « Grupo internacional Columna Ortiz », aussi appelé « Centuria Sébastien-Faure ». Grâce à Edouard Sill (2006, pp. 129-130 et 150-151) on apprend qu’en août 1936 un groupe de Français, dont Armand Aubrion, est présent dans la colonne Hilario-Zamora stationnée à Azaila et Sástago. Une lettre de ce dernier, publiée dans Le Libertaire du 25 septembre 1936, porte la mention « Groupe international de la colonne Ortiz ». Et c’est aussi Aubrion qui accueille les volontaires de la « Sébastien-Faure » en novembre 1936 à Sástago :

« Le 29 octobre 1936 s’effectue le premier convoi, entièrement composé de Français, vers le Groupe International de la colonne Ortiz. Le suivant, du 4 novembre 1936, concerne le “Grupo Internacional – Sébastien-Faure. Columna Ortiz”. Le 2 décembre 1936 et le 2 janvier 1937 il n’est plus fait allusion qu’à la Centurie Sébastien-Faure ; mais le 26 décembre 1936 un Français est envoyé à la “Columna Ortíz-Grupo Zaranine” à Azaila, soit le lieu où stationne la Centurie Sébastien-Faure. […] Ces listes prouvent avec certitude que la Centurie Sébastien-Faure ne fut pas à l’origine une sous-formation du Groupe International de la colonne Durruti, mais bel et bien le Groupe International de la colonne Ortiz. »

Le Libertaire N°524, publie le 27 novembre 1936 une annonce de soutien pour « Nos chers compagnons de la centurie Sébastien-Faure et ceux du Groupe [International de la colonne] Durruti [qui] sont sur front de Saragosse en première ligne ». Les deux groupes sont bien différenciés.

Cette formation participera aux combats dans le secteur de Belchite. Selon le témoignage de Robert Léger (Léger, 2005) un détachement de la centurie Sébastien-Faure se trouvait à Port-Bou au début de 1937. Cela est confirmé par cet article de Guerra di classe du 24 mars 1937 :

« Cette centurie est en formation à Port-Bou en attendant de prendre position sur la ligne de feu. […] Elle fait fonction de garde-côte et contrôle les routes du littoral catalan. Leur fonction est extrêmement importante, mais on ne peut en dire plus pour des raisons de sécurité. […] Des tentatives de débarquement ont eu lieu ces jours-ci [février 1937 sur Rosas] ainsi que des bombardements sur Port-Bou et sur le viaduc de Culera. […] Quand tout est calme, ils alternent tours de garde, discussions et conférences […] sous l’égide du jeune et actif Manuel Martínez. […] Parmi les autres bons éléments de la centurie […] Grignon et Martin [1] , respectivement délégués politique et militaire. Avec Martínez et Vil[a], les Français Mayol [Maillol] et Julo sont là aussi parmi l’élite de la centurie […]. Port-Bou, février 1937. »

Au cours de la militarisation des milices, la « Sébastien-Faure » sera incorporée dans le Groupe International de la colonne Durruti. Le transfert opéré le 25 juin 1937 sera signalé dans Le Libertaire du 22 juillet 1937.

Opposé à la militarisation, Aubrion rentrera à Paris en août 1937. Né à Moussières (Jura) le 7 mai 1912, cet électricien demeurait 172 rue Nationale (Paris 13e). Il militait à l’Union Anarchiste et, à son retour, en avril 1938, il fut élu secrétaire adjoint de l’Association Révolutionnaire des Miliciens d’Espagne (ARME). Collaborateur du Libertaire, il fut arrêté lors d’une perquisition effectuée le 15 septembre 1938 au siège parisien du journal. (Cf. http://militants-anarchistes.info/spip.php?article157.)

Voici les noms de vingt-et-un miliciens français appartenant au « Grupo internacional columna Ortiz », inscrits sur la liste « Départ [au front] du 29 octobre 1936 :
Guillaume Camille, Bonnivard Jean-Baptiste, Daniel René, Hutel Joseph, Jorat Georges [Sossenko], Gilet Jean, François Roger, Coupeaux Robert, Krakes Jacques, Mayol [Maillol] Jean, Perzoff Marc, Ferrier Charles, Missonnier Gaston, Gueguen Jean, Rappoport Eugène, Bouchez Henri, Ansaldi Jacques, Marxard Henri, Bonnet Robert, Garcia José, Milani Jacques.
(Source : IISG, FAI, Pe, 15.)


Eugène Rappoport, Jean Maillol Ballester et Georges Jorat, alias George Sossenko, étaient trois amis partis ensemble de France début octobre 1936. Nous avons déjà parlé des deux derniers dans Les fils de la nuit (2016, notes 16, 19, 32, 34 et 56). Ils apparaissent sur une photo prise à Caspe, avant leur départ pour le front, publiée dans l’ouvrage de George Sossenko (2004, p. 93). Dans un de ses courriers aux Giménologues, George apportait les précisions suivantes :

« Mayol, un anarchiste catalan qui, après un attentat en Espagne, est venu se réfugier en France en 1931. Eugène Rappoport, un Français descendant de juifs russes anarchistes qui se sont réfugiés en France au commencement du siècle passé ; et puis moi dont le nom de guerre était Georges Jorat pour dépister mes parents, car je me suis enfui de la maison étant mineur. » )




Il écrivait (2004, p. 111) que son unité s’appelait la « Centurie Sébastien-Faure » et qu’elle était incorporée à la colonne Ortiz. Sossenko était arrivé à Caspe le 16 octobre 1936 et avait donc rejoint le front le 29, à Escatrón. La centaine de nouveaux arrivés fut prise en charge par le lieutenant Navarro, assesseur d’Ortiz. L’été 1937, Sossenko rejoignit les Brigades internationales.
George est mort en mars 2013 après avoir participé à de nombreuses conférences publiques sur son engagement en Espagne (http://www.brigadasinternacionales.uclm ... -sossenko/).

Selon Robert Léger, Jean Maillol Ballester « était un artiste, un pianiste qui se produisait dans des petits théâtres des faubourgs de Paris. Il vivait de cela et d’autres petits métiers. C’était un gars très gentil, intelligent, beau garçon ». Sur le front de Caspe ou Belchite, alors que tous deux étaient de garde et chargés d’une mitrailleuse, ils avaient repéré de jeunes phalangistes qui allaient à un point d’eau et avaient envisagé de les descendre sur le chemin du retour ; mais n’aimant pas tuer, ni l’un ni l’autre ne se décida à le faire. Ils se sont ensuite trouvés ensemble à Port-Bou, et ils ont failli mourir dans le bombardement des chambres des miliciens. Chatelain, un autre Français, a été tué dans cet épisode. Nous avons appris beaucoup de choses sur Robert Léger grâce à un entretien que Phil Casoar eut avec lui en 1984, et grâce à Michel, son fils, qui publia son histoire en 2005 : De brigade en brigade. Grand ami de Ridel et de Carpentier, le pacifiste Robert Léger, cuisinier syndicaliste et éditorialiste s’engagea en octobre 1936 – entre deux conseils de réforme – à confectionner les repas des Brigadistes Internationaux en Espagne. Il s’inscrivit rue Mathurin Moreau, au siège du PC.
Chargé des cuisines au quartier général des Brigades Internationales à Albacete, il fut approché par les services de renseignement communistes qui lui demandèrent des informations sur les orientations politiques des volontaires français : « Comme j’étais nommé délégué responsable des cuisines et réfectoires, on m’avait assigné deux fonctions : organiser les cuisines et écouter les conversations afin de savoir s’il y avait des éléments anarchistes ou trotskistes. Tous les soirs, je devais faire un rapport car on me prenait pour un bolcho à 100%. » Il dénonça ces faits à la CNT-FAI d’Albacete et faillit être arrêté : « On a voulu me mettre en taule car j’ai été reconnu par des bolchos de Paris… J’ai juste eu le temps de me sauver. Il a fallu que je me cache au comité de la CNT, et à 3 heures du matin, je pris un train escorté de quatre copains armés. » Robert rédigera un rapport sur Albacete, repris et diffusé par Pierre Besnard en décembre 1936 (cf. Giménologues, 2016, note 39).
Il se réfugia dans la colonne anarchiste Sebastien-Faure et se retrouva contraint de se battre. Mais il évita de tuer quiconque et, à un moment donné, il laissa même volontairement échapper un jeune prisonnier. Atteint de dysenterie, Robert fut rapatrié à Port-Bou dans le service dit des Investigations, dépendant des anarchistes. Lors de son séjour dans ce village côtier, Léger fréquenta Carlo Scolari et un autre Italien qu’il décrivit comme « des types biens, sensationnels, des idéalistes ». Il s’agit peut-être de Domenico Ludovici, né à Cagli (Pouilles) le 2 septembre 1884, mort à Genève le 14 avril 1950. Cet anarchiste italien très actif était membre de la commission de contrôle de la FAI à Port-Bou. On a retrouvé son nom sur la liste des membres du groupe Liberta o morte du camp d’Argelès-sur-mer.


Robert Léger rentra en mars 1937 en France, rapatrié par son syndicat. Il fut condamné en octobre 1937 à treize mois de prison – qu’il effectua à la Santé, puis à Fresnes – pour détention d’armes à destination de l’Espagne républicaine. Pendant son incarcération, le Parti communiste, ne lui pardonnant pas son attitude en Espagne, lança une campagne visant à le faire passer pour un « cagoulard » d’extrême droite. Il reçut alors une lettre de soutien de compagnons de la centurie Sébastien-Faure, signée entre autres par Martin, Mayol, Turmo, Guirand, Cerezuela, Milani, Manuel Garcia et F. Vila.


Pendant la guerre en France, résistant avec le groupe « Ceux de la libération », il fit évader des internés lors de la « rafle du Vel d’Hiv » de juillet 1942 ; puis il aida des Polonais échappés des camps. En 1956 il fut reconnu « Passeur-filièriste bénévole » par le ministre de la Défense.

Pour un inventaire des miliciens français de la colonne Sur Ebro, en complément de celui de David Berry, nous renvoyons au document en annexe V.


Bibliographie citée :
Sill, Edouard 2006, Ni Franco ni Staline. Les volontaires français de la révolution espagnole, Tours, 2006.
Léger, Michel, 2005, De brigades en brigades, auto-édition, Breuillet, 2005 (brigadesenbrigades2).
Sossenko, George, 2004, Aventurero idealista, Editorial de la Universidad de Castilla la Mancha, 2004.



[1] Robert Léger a parlé à Phil Casoar de « Jean Martin, un Espagnol qui travaillait en France et avait été militaire ; du coup il servait comme conseiller militaire dans la centurie ».
Emigré espagnol en France, Jean Robert Martin, est né en 1910. « En octobre 1937 il fut l’un des signataires de la lettre de soutien à Robert Léger emprisonné en France à son retour d’Espagne, et victime d’une campagne du Parti communiste tendant à le faire passer pour un fasciste. Jean Martin qui demeurait 4 rue Tripière, était en 1937-1938 le secrétaire du groupe « Orobón Fernández » de Toulouse, dont faisaient notamment partie Eugène Tricheux, Lucien Huart, Jean Allais et Albert Heilles, ainsi que le secrétaire du groupe local du Comité pour l’Espagne libre. En 1939 il était le secrétaire du Cercle d’études sociales de Toulouse. Il présida notamment, le 1er avril 1939, la conférence de Lucien Huart sur la situation mondiale et les menaces de guerre à laquelle assistèrent, selon la police, « trente-et-une personnes dont huit femmes ». Secrétaire de la section locale de Toulouse de la Solidarité internationale antifasciste (SIA), il fut condamné au début de l’été 1939 à treize amendes pour avoir porté assistance à treize réfugiés espagnols.
(Source : http://militants-anarchistes.info/spip.php?article3707)

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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 17 Oct 2016, 10:38

Exposition, ventes de livres, films et conférence
du 17 octobre au 4 novembre.

"Les affiches des combattant.e.s de la liberté"

sur les affiches de la révolution espagnole.

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-17-29 octobre : FJT Les Oiseaux (48 rue des Cras,Besançon)
vernissage, lundi 17 octobre, à 19h

-29 octobre - 4 novembre : salle de l'Ancienne Poste (98 Grande rue, Besançon)
vernissage, samedi 29 octobre, à 19h

Organisé par le groupe Proudhon de la Fédération anarchiste et la librairie l'Autodidacte

http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com ... berte.html
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Re: 1936, une révolution sociale et libertaire en Espagne

Messagede Pïérô » 22 Oct 2016, 20:37

Barcelone 1936. Un adolescent au coeur de la révolution espagnole

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Jamais révolution ne fut plus légitime : démocratie contre coup d’état militaire, pauvres contre riches, ouvriers contre patrons, athéisme contre catholicisme, milices ouvrières contre armées factieuses, autogestion contre capitalisme et révolution contre fascisme.
En 1936, Abel Paz a 15 ans, adhérent des Jeunesses libertaires, il vit dans le quartier du Clot à Barcelone. On n’entre dans les milices qu’à l’âge de 18 ans. L’auteur nous décrit la révolution au quotidien. Il travaille dans une usine collectivisée, puis dans une commune paysanne. Pendant que les colonnes anarchistes organisées par la CNT se battent sur le front de Madrid et en Aragon, à l’arrière, les catalanistes, les conseillers de Staline et le gouvernement républicain veulent arrêter la révolution pour gagner la guerre.
Le bref été de l’anarchie a vécu. C’est l’heure des liquidations : d’abord les militants du POUM, puis ceux de la CNT. Un dernier sursaut, ce sont les journées de mai 1937. Les quelques avions et blindés achetés chèrement aux Russes n’endigueront pas la déferlante fasciste soutenue par les régimes allemand et italien. L’abandon des démocraties occidentales va accroître le déséquilibre militaire au profit des putschistes.
On connaît la suite : les défaites successives, l’exode et les camps de la honte dans le sud de la France pour un peuple si courageux. Ce sera une guerre perdue et oubliée.

il semble utile de rappeler en 2016 que la révolution espagnole fut la seule réponse à la crise du capitalisme commencée en 1929 et au fascisme. Abel Paz nous livre un récit passionné sur la dernière révolution sociale européenne.

Barcelone 1936. Un adolescent au coeur de la révolution espagnole
Abel Paz, Éditions La Digitale, 254 pages, 17 euros

http://librairie-publico.com/spip.php?article2032





Le rêve égalitaire chez les paysans de Huesca 1936-1938
Pelai Pages

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Dans le présent livre, Pelai Pagès, spécialiste de l’anarchisme, a mené une recherche rigoureuse sur l’expérience collectiviste menée dans les campagnes de la province de Huesca, en Aragon, dès le lendemain du coup d’État militaro-fasciste de juillet 1936. Il s’est basé sur la documentation recueillie par le procureur du Tribunal suprême franquiste dans le but de réunir les preuves « des faits délictueux commis sur tout le territoire national pendant la domination rouge ».
C’est à partir de cette documentation que Pagès a pu montrer que, contrairement à ce que prétendaient les fascistes, les collectivistes n’étaient pas des « anarchistes pervers », mais des hommes ordinaires, des paysans qui avaient voulu améliorer leurs conditions de vie en tentant l’expérience d’un projet inédit de travail en commun.

Le rêve égalitaire chez les paysans de Huesca 1936-1938
Pelai Pagès, Éditions Noir et Rouge, 204 pages, 20 euros

http://librairie-publico.com/spip.php?article2034
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