Petite histoire de la CNT-F

Petite histoire de la CNT-F

Messagede sèmm » 08 Fév 2009, 14:01

Je vois que y'a rien sur le sujet... donc, voilà un texte de présentation de la CNT.
Il n'a pas été réactualisé depuis quelques années.

http://www.cnt-f.org/spip.php?article712

Petite histoire de la CNT-F

La Confédération Nationale du Travail

Introduction

Le nom de la CNT circule désormais régulièrement, sur les tracts, dans les manifestations, parfois dans les médias. Mais si les trois lettres commencent à être connues, ce qu’elles signifient reste souvent bien flou. Plusieurs éléments concourent à cela. " Confédération nationale du travail " indique bien qu’il s’agit d’un syndicat, pour le reste les termes ne sont guère explicite ; et comportent un " nationale " bien peu opportun, de nos jours, en France. Ensuite, les références de la CNT, syndicalisme révolutionnaire, anarchosyndicalisme, laissent souvent la place à un " anarchisme " qui ne lui correspond pas. Enfin, son image sulfureuse, teintée d’une violence que les médias présentent volontiers comme gratuite, trouble la perception extérieure de sa réalité militante. L’existence d’une autre " CNT " dite CNT-AIT, survivance d’ancienne scission, contribue également, lorsqu’on s’intéresse à la CNT, à en compliquer l’appréhension. Alors, la CNT, c’est quoi ?

I- Références historiques

Historiquement, la CNT a deux références qui se complètent, le syndicalisme révolutionnaire et l’anarchosyndicalisme.

1) Le syndicalisme révolutionnaire

Le syndicalisme révolutionnaire de la CGT d’avant la guerre de 14-18, bâtie en grande partie par des militants issus de l’anarchisme, avec certains principes hérités de cet anarchisme (démocratie directe), mais en rupture avec l’organisation politique (principes classistes), et en développant des modes d’action propres : grève générale expropriatrice. Le syndicalisme révolutionnaire est également né contre le développement d’un anarchisme individualiste exaltant la valeur de l’individu au détriment de la société humaine, et usant paradoxalement de l’arme terroriste instrumentalisant la vie humaine. Le syndicalisme révolutionnaire, s’il a interprété l’analyse économique marxiste, s’est également construit contre les partis politiques de cette obédience : marxistes, anarchistes, le premier combat de la CGT naissante a été d’empêcher son instrumentalisation par les partis. Sa défaite, après 1918, sera concrétisée par la victoire du courant social-démocrate puis du Parti communiste. C’est ensuite, après un épisode dans la CGT-U avec les " communistes ", la CGT-SR (" SR " pour syndicaliste révolutionnaire) qui a repris le flambeau du syndicalisme révolutionnaire, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

2) L’anarchosyndicalisme

La seconde référence de la CNT, c’est l’anarchosyndicalisme de la CNT espagnole, qui s’affirme, depuis le début du XXe siècle jusqu’à 1936, comme la principale organisation révolutionnaire espagnole. Contrairement à la plupart des pays occidentaux, la bolchevisation des courants révolutionnaires suite à la révolution russe n’est pas parvenue à absorber celui espagnol. La FAI (Fédération anarchiste ibérique) s’est créée pour assurer un contrôle politique de l’organisation syndicale. Le syndicalisme espagnol s’est ainsi affirmé en inventant le projet de société communiste libertaire : la reconnaissance de la lutte de classe, et non de l’individu, comme base d’organisation sociale, mais selon des principes autogestionnaires, en pratiquant l’action directe (sans délégation par des "spécialistes", les ouvriers gardant le contrôle). Les collectivités d’Aragon et d’ailleurs ont été la réalisation historique de la CNT hégémonique (1 million d’adhérents) dans la période révolutionnaire de 1936-39.

II- Références idéologiques

" Les anarchistes de la CNT ", étaient jusqu’à la fin des années 90 la dénomination la plus courante qui servait aux médias pour nous désigner. On est passé ensuite à " Le syndicat anarchiste CNT ". C’est bien, ça progresse, mais c’est pas encore ça ! Certains commencent à nous appeler " anarchosyndicaliste ". On se rapproche...

1) La CNT, libertaire ?

Se référant à l’anarchosyndicalisme et au syndicalisme révolutionnaire, la CNT aujourd’hui oscille entre la reconnaissance d’un projet communiste libertaire et le refus de toute étiquette spécifiquement idéologique : pas d’organisation politique, de quelque obédience qu’elle soit, comme tutrice de l’organisation syndicale. Une logique d’adhésion qui est basée sur l’appartenance de classe, et non les références idéologiques. Mais une proximité indéniable avec un certain courant du mouvement libertaire, dont la proximité s’explique par le mode de fonctionnement. Une proximité qui, avec d’autres composantes de ce même " mouvement ", se transforme en hostilité manifeste : l’individualisme, de quelque obédience qu’il soit, n’est guère compatible avec le communisme libertaire, fondé sur la reconnaissance de l’être humain comme " animal social ".

2) L’action comme idéologie.

C’est dans l’action bien plus que dans les dogmes idéologiques que la CNT se construit. Parfois accusée d’activisme, soupçonnée d’oublier la réflexion et d’étouffer les débats internes dans un mouvement perpétuel, elle assume ces critiques en considérant la réflexion comme fruit de l’action, l’idéologie issue de la pratique, et non l’inverse. La force de cet état de fait, c’est de permettre de réunir des militants ayant des opinions parfois différentes, de ne pas paralyser l’organisation par d’interminables querelles, comme cela est trop souvent le cas dans les groupuscules. C’est un des piliers de notre développement. La faiblesse est le risque de détournement progressif du projet révolutionnaire, soit dans une fuite en avant activiste, soit dans un ramollissement réformiste. Contre ces dérives, il s’agit de réaffirmer sans relâche nos principes fondamentaux (autogestion, refus de la cogestion, organisation révolutionnaire de lutte de classe, indépendance à l’égard des partis, action directe...). Cela se fait dans les pratiques plus que dans les discours. Pour nous, la résistance se construit au sein même de l’ancien monde. Nous refusons de demeurer entre convaincus dans une tour d’ivoire, ressassant des théories sans réalité. Alors, oui, nous avançons dans la merde. Et nous prétendons le faire sans nous y noyer.

3) L’action directe.

Il est révélateur que l’un de nos principes primordiaux soit un principe d’action, l’" action directe ". Que faut-il entendre par ce terme ? Souvent, il est détourné de sa signification subversive, en ne renvoyant qu’à une idée erronée de " violence ", cette même " violence gratuite " que l’on nous attribue régulièrement dans les médias. En réalité, si une action directe peut être violente, le plus souvent elle ne l’est pas. L’action directe, c’est une forme de lutte, décidée, mise en oeuvre et gérée directement par les personnes concernées. Grèves, boycott, piquets de grève, occupations, sont des formes d’action directe, celles que nous pratiquons régulièrement dans notre travail syndical.

III- CNT, de 1946 à la rupture avec l’AIT

La CNT est née en 1946. Elle a pris le nom de CNT en référence à la CNT espagnole, bénéficiant d’un immense prestige. Le " nationale " s’explique ainsi, qui était justifié dans le contexte espagnol où le régionalisme était utilisé par les forces réactionnaires et où ce terme affirmait l’unité de la classe ouvrière. Dans la situation française, il était certes nettement moins pertinent, d’autant plus aujourd’hui que la référence espagnole s’avère moins prégnante.

1) La CNT groupusculaire

Bénéficiant d’un essor considérable au lendemain de la guerre (100000 adhérents environ), réunissant tous ceux qui ne se reconnaissaient pas dans une CGT inféodée aux bolcheviques, malgré une présence indéniable dans certains secteurs (bâtiment, région lyonnaise...) et la participation active de ses sections syndicales lors des grèves de 1947, elle s’est écroulée aussi rapidement qu’elle a grandi, semble-t-il en raison d’affrontements idéologiques de dogmatiques épris de pureté, et la concurrence avec Force Ouvrière. Mais cette période, sur laquelle des camarades travaillent actuellement, est historiquement mal connue. Puis la CNT, si elle n’a jamais disparu, a connu jusqu’aux années 90 une longue existence de groupuscule, oscillant de quelques dizaines à quelques centaines d’adhérents. N’ayant plus de réalité syndicale, hormis quelques expériences ponctuelles, elle s’est naturellement repliée sur des activités propagandistes.

2) Les scissions

Elle a connu durant cette période deux scissions. La première, dite de la " Tour d’Auvergne ", du nom de la rue où se trouvait le local de la CNT d’alors. Elle existe toujours, sous le nom de " CNT-deuxième UR ", elle réunit une dizaine d’adhérents, et sa principale activité semble être l’animation d’un site Internet (http://www.cnt-2eme-ur.org/) et la propagande anarchiste. Les origines de cette scission sont assez floues et semblent relever essentiellement de querelles personnelles.

La seconde date de 1993. Il s’agit de la CNT-AIT (http://cnt-ait.info/) : le XXe congrès de l’AIT (Association internationale des travailleurs), en 1996, a en effet exclu " notre " CNT, à 2 voix contre une ( !) et 3 abstentions... un vote minoritaire, bien peu représentatif de notre logique de fonctionnement, privilégiant le consensus. Une fois encore, des oppositions de personnes ont joué un rôle déterminant dans cette scission. Deux lignes cependant se dessinait, qui se sont encore affirmées par la suite : d’une part, une ligne dogmatique dure, s’opposant radicalement aux élections du personnel et donc à la stratégie de développement des sections syndicales, se repliant de fait sur une ligne propagandiste anarchiste/anarchosyndicaliste ; d’autre part, une ligne cherchant à développer un syndicalisme de lutte, acceptant la participation ponctuelle aux élections pour protéger ses sections syndicales, refusant la référence idéologique unique à l’anarchisme, défendue par notre organisation (souvent appellée CNT Vignolles). Des distinctions à relativiser : il est arrivé par la suite que des syndicats de la CNT-AIT se présentent aux élections de DP et effectuent un excellent travail syndical ; ceux de la CNT ne s’y présentent par ailleurs que très ponctuellement. Soulignons enfin que, localement, lorsque les vieilles rivalités de personnes sont absentes, d’excellentes relations existent, ainsi qu’un travail commun fructueux.

IV- CNT, de 1995 à aujourd’hui

Sinon un développement fulgurant, la CNT a, au long des années 90, connu un développement conséquent. Lors de la scission de 1993, les deux branches qui se séparaient comptaient chacune une bonne centaine d’adhérents environ, ce qui était plutôt important en regard des effectifs connus jusqu’alors. Dix ans plus tard, la CNT revendique environ 5000 adhérents sur toute la France. La région parisienne, qui réunissait à l’époque une dizaine d’adhérents, en compte aujourd’hui un millier, et parvient à composer des cortèges de plusieurs milliers de personnes (7000 le premier mai 2002 - 10000 selon l’envoyé spécial de France Info). Remarquons que la mobilisation pour les initiatives purement syndicales (retraites, licenciements, etc.) sont plus laborieuses - il y a dix ans, elles étaient anecdotiques !

1) La FAU et novembre-décembre 1995

Paradoxalement, c’est le développement d’un syndicalisme universitaire CNT, composé essentiellement d’étudiants (des "travailleurs en formation" pour la CNT) légèrement antérieur aux luttes contre le CIP, qui a contribué pour une bonne part au développement de la CNT dans le sens d’une organisation syndicale. Dans un premier temps, l’activisme des sections universitaires (FAU-Formation action universitaire) a popularisé la CNT et a contribué à la faire apparaître publiquement. Les grèves de novembre-décembre 1995 ont à cet égard été décisives. Basée sur ses quelques secteurs d’implantation syndicale (PTT, Nettoyage, Education, Santé-Social, militants isolés dans d’autres secteurs, etc.), bénéficiant de l’activisme tous azimuts des étudiants, la CNT en peu de temps est apparue publiquement comme une organisation ayant un poids social indéniable. Loin d’être éphémères, ces sections universitaires se sont pérennisées, avec des hauts et des bas, étendues dans de nombreux campus, et les militants qui en étaient issus sont venus en grand nombre renforcer les syndicats existants, voire en créer de nouveaux, dans toute la France. La fin des années 90 a ainsi vu le renforcement des structures de la CNT.

2) Des apparitions publiques de masse

Jusqu’à mai 2000, qui a été l’événement public symbolisant, en France, le renouveau de l’anarchosyndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire. Durant une semaine, des concerts (dont Noir Désir), des débats publics, des conférences, des projections, des expositions, des pièces de théâtre, se sont inscrits dans un festival baptisé " Un autre futur ", organisé par la CNT. Divers livres, brochures et journaux furent publiés à l’occasion. Avec 5000 personnes dans la rue, le premier mai fut cette année-là rouge et noir, avec le plus grand cortège depuis des décennies, composé de camarades venant de toute la France, de délégations du monde entier. D’autres apparitions publiques ont depuis confirmé cette renaissance, en particulier les 10000 manifestants de Göteborg, qui, sous les drapeaux de la SAC, de la FAU, de la CGT-E et de la CNT-F, défilèrent en juin 2000 lors du contre-sommet européen.

3) Implantation syndicale et front social

Ces dernières années, la CNT a poursuivi cette évolution. Non sans heurts, elle continue sa mue, de groupuscule de propagande en organisation syndicale. Sur le champ politique, elle est présente sur tous les fronts : lutte contre la guerre, antifascisme, antisexisme, lutte contre les lois répressives, mobilisation sur les sommets internationaux, soutien aux sans-papiers... Sur le champ syndical, elle élargit son implantation, la nouveauté de ces dernières années étant le développement de contacts avec des syndicalistes de la CFDT ou de la CGT, sur des pratiques de lutte de classe. L’image de violence, l’étiquette d’" anarchiste ", s’estompent peu à peu, au fil des pratiques communes lors des luttes au quotidien. les rapports avec les hiérarchies syndicales, en revanche, sont plus mauvais que jamais. De la CGT qui, en mai 2001, demande à la police de nous empêcher de manifester, à l’intersyndicale CGT-CFDT-FO qui, en mai 2002, appelaient à un cortège " unitaire "... sans nous ! la tension s’accentue. Le dernier congrès de la CGT, accentuant nettement la " cédétisation " (CFDT) de la confédération, ne va pas manquer d’accentuer encore ces tensions, révélatrices de la peur de se faire déborder.

4) La question des élections professionnelles.

Cette question, comme nous l’avons vu, s’est trouvée au coeur de la scission de 1993. Le problème qui s’est posé à nous était simple. Soit nous maintenions des principes inflexibles de refus de participation à ces élections (en particulier parce que les élus ne sont pas révocables), mais nous renoncions de fait à la possibilité de créer des sections syndicales (sans DP, il est pratiquement impossible d’acquérir la représentativité, sans représentativité il est impossible d’ancrer une section syndicale en raison de la répression patronale). C’est ce choix qui a été fait par la CNT-AIT. Soit nous nous réservions la possibilité d’y participer, cela autorisait une stratégie de développement de sections syndicales et de construction d’un syndicat de masse, tout en nécessitant une vigilance particulière. La CNT a fait ce dernier choix, elle s’est dotée d’une commission chargée de recueillir les bilans d’expériences menées, qui sont diffusés à l’ensemble des syndicats, afin que les décisions puissent se faire en connaissance de cause et non selon des principes théoriques. Le sujet est encore débattu. Nous travaillons à la définition des modalités de présentations, des types d’élections auxquelles il est possible de se présenter, des moyens de contrôle permettant d’éviter les dérives cogestionnaires. Entre le groupuscule et l’organisation syndicale, la CNT cherche sa voie propre.

5) Printemps 2003 : enracinement de la CNT.

Même s’il est encore trop tôt pour en tirer un bilan complet, le large mouvement social du printemps 2003 a révélé l’immense chemin parcouru par la CNT depuis novembre-décembre 1995. Nous émergions alors à peine, et c’est seulement dans les universités que nous avons participé au mouvement de manière décisive. Nous étions présents sur d’autres fronts, mais surtout de l’extérieur. Le mouvement du printemps 2003 a démarré sur la fronde de l’Education nationale, qui durait déjà depuis plusieurs mois. La lutte des emplois-jeunes et des surveillants, dans laquelle nous avons eu un rôle central dans plusieurs régions, a débuté dès la rentrée scolaire 2002. Le développement du puissant mouvement de l’Education nationale, initié dès avril, voire mars, s’est fondé sur les assemblées générales d’établissements en lutte et sur la recherche d’une convergence interprofessionnelle, dès mai. Là encore, notre rôle fut essentiel dans plusieurs régions, grâce à notre implantation construite ces dernières années, dans la foulée de 1995.Dans la culture, c’est également là où nous étions le mieux implanté (BNF, La Villette, la Cinémathèque...) que la participation au mouvement a été la plus forte. Les camarades du spectacle (en particulier intermittents) ont mené des actions déterminantes, liées à la renégociations des annexes 8 et 10 (indemnisation chômage). Mais il n’est pas l’objet ici de faire un catalogue : la révélation essentielle est que nous existons réellement maintenant comme syndicat, dans de nombreuses branches. Que notre présence dans d’autres branches, où nous ne sommes pas encore suffisamment influents, nous a au moins permis de propager largement l’information sur le mouvement et notre perspective propre (commerce, presse, métallurgie...). Et que, là où nous avons joué un rôle essentiel, le principe d’organisation était l’assemblée générale souveraine des travailleurs, l’élargissement et la convergence des luttes. Ce qui s’est fait le plus souvent dans de très bonnes conditions avec la base d’autres syndicats, et d’exécrables relations avec les bureaucraties, dont l’objectif a, semble-t-il, été de freiner le plus possible l’extension du mouvement pour en garder le contrôle absolu.

V- Organisation de la CNT

Le mode de fonctionnement de la CNT correspond à la manière dont nous prétendons que la société dans son ensemble peut être gérée. Décisions par la base, mandats impératifs, rotation des tâches... C’est pas toujours facile, mais ça s’apprend par la pratique !

1) Le syndicat, structure de base

Les prises de décisions sont effectuées au niveau des syndicats, qui constituent la base décisionnelle de la CNT. La CNT est conçue comme une confédération libre de ces syndicats. Le principe fondamental, dans la CNT, est le même au niveau local que dans la perspective révolutionnaire : ce sont aux prolétaires de travailler à leur émancipation, ce sont aux travailleurs concernés de prendre les décisions les concernant, tant que le pacte confédéral est respecté. Ainsi, les sections d’entreprise affiliées à un syndicat bénéficient également d’une autonomie de décision, toujours dans la mesure où les principes généraux du syndicat et de la confédération sont respectés.Le syndicat est un syndicat d’industrie : en clair, c’est un syndicat interprofessionnel réunissant les différentes catégories de personnel travaillant dans une même industrie. La section d’entreprise est également interprofessionnelle. Ce principe est parfois difficile à concilier avec la réalité des formes d’exploitation : ainsi, dans le nettoyage, les travailleurs peuvent changer régulièrement de chantier et ne sont pas forcément attachés à une industrie, encore moins à une entreprise. Ces formes se développent, les liens existant entre les différentes catégories de salariés sont rompus entre autre grâce au recours massif à la sous-traitance et aux externalisations. Des formes de structuration sont à trouver pour éviter le piège corporatiste, qui favorise l’isolement et la concurrence entre métiers au profit du patronat, sans ignorer la réalité.

2) Les structures de coordination

Il existe environ 200 syndicats confédérés dans la CNT aujourd’hui. Le bureau confédéral assure le lien entre les congrès (tous les deux ans). Sa charge est uniquement technique, il veille au fonctionnement courant de la confédération, à la circulation de l’information en interne et avec l’extérieur. Il applique les décisions du congrès, il organise le CCN (Comité confédéral national).Les syndicats sont par ailleurs également regroupés en UR (unions régionales), ainsi qu’en UD et UL (unions départementales et unions locales). Ce sont les unions régionales qui se réunissent tous les six mois en CCN, elles veillent à l’application des décisions de congrès, contrôlent les mandatés confédéraux, prennent les décisions techniques qui s’imposent, assurent le suivi des campagnes confédérales.Les syndicats sont enfin réunis en fédérations d’industrie, lorsqu’ils sont suffisamment nombreux. Il en existe six à ce jour : Education, PTT, Bâtiment-Travaux Publics, Communication culture spectacle, Santé-social et Terre-Environnement. La fédération d’industrie n’a qu’un rôle technique de coordination.

3) L’international, une priorité

Au sein du bureau confédéral, le secrétariat international, composé d’une quinzaine de camarades, travaille à développer les contacts internationaux, à coordonner les actions internationales, à mettre en rapport les syndicats de la CNT avec des structures équivalentes afin de concrétiser une réelle dynamique internationale issue de la base.C’est lors de notre congrès de 2001 que nous avons finalement décidé de renoncer à la référence à l’Association internationale des travailleurs. Malgré notre exclusion en 1996, nous avions en effet conservé cette référence à l’Internationale. Cependant, bien que nous nous réclamions toujours des principes de l’AIT, il fallait admettre que cela ne correspondait plus à rien, dans la réalité. D’une part, l’AIT n’était composée que de sections nationales dogmatiques et moribondes (à l’exception de l’Italie et de certains syndicats espagnols), et n’avait aucune réalité sur la scène internationale. D’autre part, nous-mêmes avions constitué un réseau international dynamique qui avait marqué la renaissance de l’internationalisme rouge et noir, avec des luttes syndicales menées au niveau international, avec d’importants cortèges composés principalement, en plus de la CNT, des IWW, de la SAC suédoise, de la CGT espagnole et de la FAU allemande (Amsterdam 1998, Köln 1999, Paris en mai 2000, Göteborg en 2001, Séville en 2002). Des rencontres syndicalistes internationales (San Francisco 1999, Göteborg 2001, Essen 2002, Séville 2003) nous ont également permis de nouer des contacts avec des organisations pratiquant le syndicalisme révolutionnaire de tous les continents, ces rencontres ont débouché sur de nombreuses actions de solidarité internationales (tout particulièrement avec l’Argentine, depuis l’année dernière).Dans le cadre du G8 d’Evian, la CNT a été présente avec des délégations internationales. Elle a participé à trois initiatives : le Village anticapitaliste (VAAAG), la CLAAAC (coordination des luttes anti-autoritaires) et les forums des luttes sociales.

4) Les commissions

La CNT se dote de commissions. Emanations des syndicats, elles peuvent être interne à l’un d’entre eux, ou s’élargir jusqu’au niveau confédéral. Elles n’ont souvent qu’une existence ponctuelle en rapport avec l’actualité. Quelques commissions parviennent cependant à se pérenniser : la commission femmes est la plus ancienne, elle est mixte et travaille sur le sexisme et les rapports entre sexes ; la commission prison ; la commission juridique, qui se met en place afin de répondre mieux aux besoins croissant des syndicats, particulièrement pour les procès en représentativité à l’occasion des créations de sections d’entreprise ; mais il y a aussi une commission prison, antimilitariste, etc...

Bon, alors, c’est quoi, la CNT ?!

Alors, la CNT, c’est quoi ? Une organisation qui a hérité d’une histoire riche, enracinée dans le mouvement ouvrier, mais qui se construit avant tout dans le présent, dans les luttes auxquelles elle participe, qu’elle impulse parfois. Une organisation encore bien proche du groupuscule dans le champ syndical, bien marginale face aux confédérations représentatives, mais qui élargit son audience, son influence, et qui retrouve sur le terrain des pratiques de nombreux syndicalistes appartenant à d’autres organisations. Une organisation qui refuse les étiquettes idéologiques, les dogmatismes paralysants, toute asservissement à un parti politique, mais qui inclut dans son champs d’action des luttes éminemment politiques, révélatrices d’un projet de société, d’une autre forme d’organisation sociale. La CNT a une grande ambition, l’émancipation des travailleurs, l’abolition des classes, l’égalité et la justice sociale, la gestion de la société par les producteurs. Si la CNT déploie beaucoup d’énergie, c’est pour construire ce rêve, l’ancrer dans la réalité des luttes, le faire partager par tous ceux qui, un jour, mettront à bas le vieux monde. Vive la Révolution sociale !

"L’émancipation des travailleurs, sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes !"
sèmm
 

Re: Petite histoire de la CNT-F

Messagede MCo » 02 Mai 2009, 10:15

Merci d'avoir pointé ce message sur un autre topic, je ne l'avais pas vu avant de poser mes questions.

Cependant, j'avais lu le texte sur le site web avant de venir poser ma question, et j'ai beau relire il y a un passage qui n'est pas très clair pour moi :
Deux lignes cependant se dessinait, qui se sont encore affirmées par la suite : d’une part, une ligne dogmatique dure, s’opposant radicalement aux élections du personnel et donc à la stratégie de développement des sections syndicales, se repliant de fait sur une ligne propagandiste anarchiste/anarchosyndicaliste ; d’autre part, une ligne cherchant à développer un syndicalisme de lutte, acceptant la participation ponctuelle aux élections pour protéger ses sections syndicales, refusant la référence idéologique unique à l’anarchisme, défendue par notre organisation (souvent appellée CNT Vignolles).


En fait dans cette longue phrase, je n'arrive pas à comprendre si la CNT Vignolles (CNT-F donc) accepte de participer aux élections du personnel ou non ?

La phrase semble dire "non" alors que le reste du texte et du site web semblent prouver le contraire...
MCo
 

Re: Petite histoire de la CNT-F

Messagede arvn d » 02 Mai 2009, 11:50

MCo a écrit:
Deux lignes cependant se dessinait, qui se sont encore affirmées par la suite : d’une part, une ligne dogmatique dure, s’opposant radicalement aux élections du personnel et donc à la stratégie de développement des sections syndicales, se repliant de fait sur une ligne propagandiste anarchiste/anarchosyndicaliste ; d’autre part, une ligne cherchant à développer un syndicalisme de lutte, acceptant la participation ponctuelle aux élections pour protéger ses sections syndicales, refusant la référence idéologique unique à l’anarchisme, défendue par notre organisation (souvent appellée CNT Vignolles).


En fait dans cette longue phrase, je n'arrive pas à comprendre si la CNT Vignolles (CNT-F donc) accepte de participer aux élections du personnel ou non ?

La phrase semble dire "non" alors que le reste du texte et du site web semblent prouver le contraire...

Lis bien, la CNT-f c'est la deuxième ligne et la CNT-AIT, c'est la première ligne. Bien sûr , c'est du point de vue de la CNT-f.
arvn d
 
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Re: Petite histoire de la CNT-F

Messagede Nico37 » 01 Aoû 2009, 17:13

Raphaël Romnée est désormais au NPA...

http://www.liberation.fr/france/0104170643-la-cnt-ramene-les-anars-dans-la-bagarre-tres-actifs-dans-le-mouvement-etudiant-les-anarcho-syndicalistes-refont-surface

France 20/01/1996 à 00h33

La CNT ramène les anars dans la bagarre. Très actifs dans le mouvement étudiant, les anarcho-syndicalistes refont surface.

QUINIO PaulDELY Renaud

Dimanche 3 décem-bre 1995, au ministère de l'Education nationale. Au coeur de la contestation étudiante, François Bayrou reçoit délégation sur délégation. Parmi les étudiants, Corto, 27 ans, inscrit en histoire à Nanterre. Lunettes noires sous bonnet noir, blouson noir sur pull noir, il se retrouve sous les lambris de la bibliothèque du ministère. François Bayrou lui tend la main. Corto la refuse. Militant de la Confédération nationale du travail (CNT), il ne veut pas se compromettre outre mesure avec le pouvoir.

Héritier de l'anarcho-syndicalisme du début du siècle et de la puissante CNT de la guerre d'Espagne, ce syndicat a été créé en France en 1945. En rupture avec les pratiques syndicales classiques des confédérations «réformistes», la CNT entend «combattre le capitalisme». Principe de base: l'autogestion. Objectif: la révolution.

L'épisode du ministère montre bien que, lors des conflits sociaux de décembre, l'influence de la CNT a été remarquée dans la crise étudiante. Des militants de l'Unef et de l'Unef-ID le confirment: «A Pau, la CNT a mené les assemblées générales de bout en bout.» «A Nanterre, on ne peut plus faire abstraction de sa présence.»

Pau et Nanterre, les deux bastions universitaires de la CNT. Ou plutôt des CNT, car, depuis février 1993, il en existe deux. Les étudiants de Nanterre dépendent de la CNT dite des Vignoles, du nom de la rue qui abrite leurs locaux à Paris. Ceux de Pau sont affiliés à la CNT dite de Bordeaux. La déchirure s'est produite, pour simplifier, sur la possibilité pour la CNT de se présenter aux élections syndicales. La CNT-Bordeaux est contre. La CNT-Vignoles pour. Richard Wilf, des Vignoles, critique ses «camarades» de Bordeaux: «Ce sont des idéologues sectaires. Leur grand reproche, c'est de nous traiter de réformistes. Mais nous ne sommes pas une organisation anarchiste, estime-t-il. L'enjeu n'est pas là.» Richard Launay (1), secrétaire général de la CNT-Bordeaux, égratigne les représentants des Vignoles: «Ils ne respectent pas les principes de base de l'anarcho-syndicalisme. Nous, nous revendiquons notre anarchisme, pas un syndicalisme révolutionnaire.» «Ils brûlent les étapes vers la révolution», renchérit un de ses camarades de Pau, qui fait remonter l'origine du conflit au milieu des années 80, quand des militants des grandes centrales, notamment de la CFDT, sont entrés à la CNT.

Avant la scission, l'implantation en milieu étudiant faisait débat à l'intérieur de la CNT. Aujourd'hui, la question est tranchée. «Le milieu étudiant n'est plus un milieu à part», justifie Jean-Louis Pedehourcq, militant de la CNT-Bordeaux.

Bien que limitée, la percée sur certains campus est réelle. A Pau comme à Nanterre, ils sont environ 70 militants. Durant la crise universitaire, ils ont investi les assemblées générales et, surtout, les coordinations nationales. De Jussieu à Tours, en passant par Censier, la CNT a imprimé sa marque. Normal, «l'AG, c'est le lieu de vie de la CNT», explique un militant des Vignoles. Service d'ordre, délégués, observateurs admis dans les amphis: impossible d'ignorer sa présence. A tel point que Corto peut dire sans crainte d'être démenti: «Sur Paris, la bataille s'est faite entre la CNT et l'Unef-ID.» Bataille, au figuré comme au propre, puisque les coordinations ont été le théâtre d'échauffourées.

La CNT-Vignoles revendique une présence à l'université de Saint-Denis, à Tolbiac, Jussieu, et dans une dizaine de facultés de province, de Nice à Grenoble, de Nantes à Strasbourg. La CNT-Bordeaux est plus implantée dans le quart sud-ouest de la France: Pau, Toulouse, Montpellier... C'est au début des années 90 que la CNT commence à faire parler d'elle, d'abord à Nanterre. Elle participe à des occupations de locaux pour exiger l'inscription d'étudiants, notamment étrangers. Elle monte au créneau pour empêcher la tenue d'élections auxquelles se présente une liste d'extrême droite. En 1994, elle organise, seule, l'expulsion d'un universitaire allemand, Ludwig Watzal, invité pour un débat. La CNT le soupçonne, «à tort», conclura le président de l'université après enquête, de sympathie pronazie. A partir de là, la CNT «s'installe» à Nanterre.

«Dans les années 80, les syndicats classiques se sont bornés à parler de gommes et de crayons, explique un observateur de Nanterre. Par nature, la CNT s'est penchée sur les questions de fond. Quand la durée des études s'allonge pour échapper au chômage et, qu'en fin de compte, les jeunes ne s'en sortent pas, il faut s'interroger sur le pourquoi des études.» «Les Unef se sont montrées incapables de relayer cette angoisse du lendemain», estime Richard Wilf. «La CNT a collé au terrain et a exprimé une radicalité que les autres syndicats ne font plus passer», analyse un membre de l'administration de Nanterre.

Dans les entreprises, publiques comme privées, c'est aussi au lendemain des grèves de 1986 que la confédération a vu arriver ses premiers renforts. A l'époque, les coordinations mènent le bal. Dans des hôpitaux ou des centres de tri, quelques sympathisants anarchistes animent le mouvement, certains s'impliquent dans les coordinations. Un réseau de militants se crée. Dix ans après, beaucoup se retrouvent à la CNT.

D'ex-militants de syndicats traditionnels, lassés par la lourdeur des appareils, les rejoignent. Membre du bureau de la fédération PTT, Raphaël Romnée est passé par la CFDT, puis la CGT. Il prétend avoir trouvé à la CNT un «fonctionnement non bureaucratique». Ce sont ces recrues «qui veulent faire rentrer la CNT dans le jeu de la recomposition syndicale», que dénonce Jean-Louis Pedehourcq, de la CNT-Bordeaux.

Aux Vignoles comme à Bordeaux, la CNT prône l'autogestion: les décisions se prennent en assemblées générales et les délégués sont «révocables à tout moment». Des principes pas toujours faciles à tenir. «On est obligé de mandater des gens et de leur laisser du temps pour accomplir leur tâche, l'assembléisme permanent est impossible», reconnaît un adhérent. Le même déplore un «manque de centralisation», qui a freiné l'action de la CNT lors du récent conflit social. Dès lors, les militants de la CNT-Bordeaux ont beau jeu de dénoncer la «trahison» de leurs frères ennemis des Vignoles. Et leur «volonté d'aller plus vite que la musique».

D'autant que la CNT des Vignoles sait mettre de l'eau dans son vin idéologique pour séduire des syndicats en délicatesse avec leur confédération. Elle lorgne, par exemple, sur un syndicat parisien CFDT de l'agroalimentaire, ou la fédération CFDT des transports, susceptibles de rompre avec Nicole Notat. «On ne demande pas aux gens d'avoir lu tout Bakounine (2) avant de nous rejoindre», explique Valérie, membre du bureau confédéral. «Notre éthique communiste libertaire n'est pas un préalable à l'adhésion», ajoute Raphaël Romnée, qui corrige aussitôt: «Attention, il ne s'agit pas de faire des cartes à tout prix. Se développer, oui, mais pas à n'importe quel prix.»

L'ancrage dans une entreprise, comme à la Comatec, société de nettoyage du métro parisien, à la Cité des sciences de la Villette, à la Fnac ou aux Assedic de Caen, tient souvent du chemin de croix. La CNT, outre la méfiance des syndicats déjà installés, se heurte à l'hostilité du patronat, face à un syndicat réputé intransigeant. Elle travaille donc en «sous-marin» pour «protéger» ses militants. «On ne peut se dévoiler que lorsqu'on a les moyens d'apparaître en force», explique Richard Wilf. C'est le cas à Beaubourg où la confédération parisienne s'apprête à créer une section. A la Fnac du forum des Halles, la direction a intenté un procès en «non-représentativité», lors du lancement d'une section il y a trois ans. La CNT a obtenu gain de cause. Aujourd'hui, avec une quinzaine de militants, elle a recueilli environ 30% des voix lors des dernières élections professionnelles, et a décroché trois élus et trois suppléants. Mais son action achoppe sur les principes libertaires. Candidate aux élections, elle refuse de siéger au comité d'entreprise pour «ne pas cautionner les choix de la direction». Même chose à La Poste où la CNT refuse d'entrer à la commission paritaire. «Nous nous présentons pour nous faire connaître», résume Raphaël Romnée.

L'empreinte du syndicalisme libertaire apparaît aussi dans des corporations où s'exerce un monopole CGT. C'est le cas chez les dockers de Nantes-Saint-Nazaire, et au Livre, surtout chez les correcteurs. Enfant terrible de la CGT, le syndicat des correcteurs n'a jamais été pris en main par les communistes. Fidèle au syndicalisme révolutionnaire de la CGT d'origine, le syndicat des correcteurs a accueilli libertaires et trotskistes. Certains ont aussi en poche la carte de la CNT, la confédération parisienne acceptant de ses militants la double appartenance lorsqu'ils ne peuvent militer sous leurs propres couleurs.

L'influence de l'anarcho-syndicalisme dépasse donc le cadre étroit de la CNT, qui ne compte guère que deux à trois mille adhérents. «Il ne faut pas rêver, on est encore tout petit, sourit Raphaël Romnée. Mais on est vivant.» Vivant, mais à la croisée des chemins entre des principes inflexibles et une pratique qui menace d'en faire fi. Un dilemme que les militants de Bordeaux évacuent, eux qui s'estiment fidèles à leur «mentalité de planteurs d'oliviers».

(1) Non mandaté par sa confédération, Richard Launay précise qu'il s'exprime en son nom personnel.

(2) Théoricien de l'anarchisme et révolutionnaire russe du XIXe siècle.
Nico37
 
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Re: Petite histoire de la CNT-F

Messagede Arthur » 01 Aoû 2009, 19:45

Raphaël Romnée est désormais au NPA...


Débuter la présentation de cet article de presse par cette perfidie ne peut qu'interroger sur la volonté de son auteur.
Pourquoi ce dernier ne nous fait-il pas le CV de chaque intervenant ou personne citée dans cet article de Libération ... de 1996.

Une organisation se défini par ses statuts et ses pratiques, et communique le plus souvent par ses propres moyens de propagande.
Ceux qui à la CNT-f, comme d'autres ailleurs, ont pu ou encore croire que l'on se développe par la médiatisation se sont trompé et le peuvent toujours. Cet article de Libération n'est qu'anecdotique dans le combat social que nous menons contre la bourgeoisie, et ceux qui 13 ans après l'utilisent avec ce genre d'accroche sont loin de mériter le respect normalement dû entre révolutionnaires de bonne foi.

S'interroger sur où était Nico37, il y a 13 ans et où sera-t-il dans 13 ans ne serait qu'une piètre contribution à l'Histoire du mouvement social.
Arthur
 

Re: Petite histoire de la CNT-F

Messagede Paul Anton » 24 Aoû 2009, 13:09

On peut lire ce cahier :

N°45 Histoire de la CNT française - Première partie : de 1945 à 1993


A travers ces cinquante ans d’anarcho-syndicalisme, la C.N.T. constitue un courant bien spécifique pour l’histoire du syndicalisme et de l’anarchisme. Cette spécificité s’exprime par l’organisation de l’anarcho-syndicalisme au sein d’une centrale qui se réclame de ce courant. Elle concerne le syndicalisme dans la mesure où étant un des plus vieux courants du syndicalisme, son action se déroule dans le champ syndical, et dans le même temps elle propose aux anarchistes un mode d’organisation pour arriver à leur objectif commun, le communisme libertaire. Après sa création en 1946 elle fut rapidement marginalisée du champ syndical et n’y joue plus aucun rôle dès 1950. sur le déclin, elle doit son salut à la C.N.T. espagnole en exil. A partir de mai 68, l’arrivée d’une nouvelle génération, trop turbulente pour les "anciens", marque une rupture. Les lendemains de mai 68 marquent ainsi la fin d’une première C.N.T. morte en 1973. Seule une poignée de militants s’obstine à faire revivre leur organisation sur une vingtaine d’années. Le bilan de ce renouveau est assez positif, malgré un état qui reste groupusculaire. Deux courants émergent alors à la C.N.T., un qui a pour priorité le développement de noyaux de militants conscients, c’est-à-dire anarcho-syndicalistes, et un autre qui privilégie la construction d’une organisation syndicale en excluant la dimension anarchiste. Or l’idéologie et la pratique doivent être intimement liées. Il n’existe pas de mouvement social sans idéologie. Ceux qui veulent désidéologiser le mouvement social ont tout de même une idéologie qui se rattache à une famille politique, et cette tentative de dissimuler l’idéologie cache en réalité un jeu de politiciens. Ainsi l’affiliation de la C.N.T. à l’anarchisme doit être clairement affirmée tout en préservant sa spécificité syndicaliste. Ces deux courants scissionnent en 1993 et donnent naissance à deux C.N.T. Cette scission fera l’objet d’une seconde brochure dans laquelle nous expliciterons plus en détail les oppositions et conceptions des deux C.N.T.


http://cnt.ait.caen.free.fr/cas/histoir ... artieI.pdf
Paul Anton
 

Re: Petite histoire de la CNT-F

Messagede Pïérô » 01 Déc 2014, 16:25

Contribution à l’histoire de la CNT française, de 1946 à 1954, par un de ses militants

Souvenirs militants et quotidiens d’Amédée, syndicaliste à la CNT de 1946 à 1954, qui confia ses souvenir en 1974.
Ces paroles furent recueillies par Jacques Caroux-Destray qui lui consacra un ouvrage : « Un couple ouvrier traditionnel, la vieille garde autogestionnaire », publié aux éditions Anthropos, en 1974.


Contribution à l’histoire de la CNT française, de 1946 à 1954,
par un de ses militants



Création de la CNT

La CGT-SR [1] n’existait plus. En 1940, elle s’était dissoute d’elle-même. Elle n’avait plus d’activité, et comme elle n’acceptait pas, elle, l’intégration, elle n’avait plus aucune possibilité d’action. Inutile de dire aussi que les militants qui composaient la CGT-SR, qui étaient responsables de l’organisation, étaient marqués en tant que militants anarcho-syndicalistes, et qu’il avait été préférable pour eux de prendre de la distance. Pierre Besnard [2], à ce moment, vu les deux expériences de scission, estimait qu’il était inutile de recréer une nouvelle scission, qu’il y avait assez de l’existence de deux organisations, la CGT et la CFTC, et qu’il fallait plutôt militer au sein de la CGT que de reconstituer la CGT-SR. Les copains sont donc tous restés à la CGT ou ont repris leur carte à la CGT s’ils avaient cessé d’être organisés pendant l’Occupation.
Mais, au bout d’un certain temps, il est devenu impossible de continuer à vivre dans les conditions imposées par les communistes. Alors, on a décidé la reconstitution de comités de défense syndicaliste. On se réunissait rue de la Douane, parce qu’un copain qui était directeur d’une coopérative ouvrière d’électricité, au 6, rue de la Douane, avait là des locaux dont on pouvait disposer pour faire des réunions. Ces comités de défense syndicaliste ont eu un certain succès à travers toute la France. A ce moment-là, j’ai été nommé secrétaire des CDS et on avait des relations à Toulouse, Marseille, Bordeaux, Angers, Lyon, enfin dans les principales villes de France.
L’entrée des trotskistes dans ces CDS a posé les mêmes problèmes qui se sont toujours posés dès qu’on constituait un organisme ouvert à tous. Du moment que tu étais syndiqué et que tu estimais ne pas pouvoir subir l’ingérence des communistes au sein de l’organisation syndicale, les CDS étaient ouverts. Dans une certaine mesure, cela a permis le groupement de copains qui ont constitué Force ouvrière. Nous avons donc dû, du fait que c’était surtout nous, les copains anarcho-syndicalistes et les syndicalistes révolutionnaires, qui avions constitué ces CDS, les dissoudre pour pouvoir nous débarrasser des trotskistes qui faisaient le même travail au sein des comités que les communistes faisaient au sein des syndicats, avant la prise en main par eux de l’organisation confédérale.

À la suite de la disparition des CDS, les anciens copains parisiens de la CGT-SR avaient malgré tout conservé l’espoir de la reconstituer. Et ils s’opposaient à la position de Besnard qui voulait qu’on milite au sein de l’organisation et qui ne voulait pas en recréer une nouvelle qui, dans le fond, n’aurait pas la possibilité d’avoir une activité sur le terrain syndical plus importante que ne l’avait eue la CGT-SR. La CGT-SR était toujours restée, comme toute organisation minoritaire, pour ainsi dire inefficace sur le plan syndical. Mais, à ce moment-là, les copains ont donc décidé la formation de la Fédération syndicaliste française, II y a eu quelques sections de reconstituées à Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille, Lille, Saint-Nazaire. Mais, malgré tout, sans grand succès.
C’était surtout les copains des Métaux qui l’avaient constituée. A la Fédération syndicaliste de Paris, les copains étaient environ 2 000 adhérents. Ça faisait quand même une bonne organisation pour un syndicat. Les copains du bâtiment, eux aussi, se sont organisés au sein de cette Fédération syndicaliste et ont réussi également à reconstituer le syndicat unifié du bâtiment, c’est-à-dire l’ancien SUB, qui avait eu une activité très importante après la guerre de 1914, surtout au temps de l’autonomie.
En majorité, nous étions restés syndiqués à la CGT, mais nous gardions des contacts avec les copains et nous avions refait paraître, du temps des comités de défense syndicaliste, la Bataille syndicaliste, qui avait été l’organe de la CGT d’avant la guerre de 14. Après différents copains qui en avaient assumé la responsabilité, j’avais été nommé administrateur de la Bataille syndicaliste. On la faisait paraître chez Bidault, une imprimerie qui était rue de Bretagne et qui avant la guerre de 39 publiait la brochure mensuelle. C’était un drôle de boulot parce que nous n’avions pas de linotypie. Tout était composé à la main. On sortait sur quatre pages, en format des journaux de l’époque. Ça faisait du boulot.
Il y avait automatiquement les articles de Pierre Besnard qui, lui, était le copain capable, des articles de Foncier et de différents copains qui étaient bien aussi.
Nous sommes arrivés comme ça en 1945, 1946 où, à la suite de la constitution de la Fédération syndicaliste, vu l’importance toute relative que prenaient le syndicat des métaux, le SUB et consort dans toutes les villes, les copains sont revenus à leur idée et nous avons fait une conférence nationale en mai 46 à Paris où il fut décidé, malgré l’opposition de Pierre Besnard et de quelques-uns dont moi-même – parce que j’étais partisan de rester à la CGT, j’estimais que c’était une erreur de reconstituer la CGT-SR - de constituer la CNT. Certains copains voulaient reprendre le titre de la CGT-SR. Mais il n’avait pas été très connu et il a été repoussé. Les copains se sont ralliés à une proposition de Toulouse, je crois, de prendre le titre de CNT en souvenir de la lutte menée par la CNT espagnole pendant la guerre civile. C’était l’organisation provisoire de la CNT, en prévision de la constitution définitive par un congrès qui a été tenu au mois de décembre 46. Les statuts ont été déposés et c’est devenu en somme une organisation effective.

À la suite de l’annonce de la constitution d’une organisation syndicale s’opposant à la CGT, il y a eu afflux. A ce moment-là, on avait un copain, Julien, qui avait constitué pendant l’Occupation - pour essayer de se libérer un peu et de ne pas risquer sa réquisition par les armées d’occupation et son expédition en Allemagne - une coopérative ouvrière de bijouterie, parce qu’il était bijoutier de son métier et sa femme aussi.
Sa coopérative était rue Sainte-Marthe. Il avait un logement qui lui servait d’atelier et, au rez-de-chaussée, il y avait une boutique qu’il a mise à notre disposition pour faire le siège de notre organisation. La CNT avait donc ses assises au 22 de la place Sainte-Marthe, dans le XXe, à Belleville. Il y avait la queue. Les gars venaient se renseigner. Beaucoup de gens étaient trompés par le titre de CNT, parce qu’avant la guerre, il y avait eu une Confédération nationale du travail qui avait son siège boulevard Richard-Lenoir, et qui était une organisation de jaunes, c’est-à-dire de briseurs de grèves. Et il venait aussi ceux qui avaient été exclus de la C.G.T., qui avaient participé à la Charte du travail ou qui avaient tant soit peu soutenu le gouvernement de Vichy, qui eux aussi essayaient de se regrouper. Une fois, un ingénieur d’une usine de Melun est venu pour adhérer à la CNT, avec cinquante adhésions. « Mais, avant toute chose, il faut que tu saches ce qu’est l’organisation et ses statuts. » On lui donne les cartes et les timbres : « Tu donneras connaissance des statuts de l’organisation, ensuite tu feras payer les copains.... »

Le gars est parti ; et ma foi il nous a retourné le matériel qu’on lui avait confié, mais on ne l’a jamais revu. Il s’était trompé. D’après ce que les copains ont pensé, ça devait être un gars qui avait été responsable d’organisation à la Charte du travail. D’ailleurs, par la suite, ils ont constitué la CIT, la Confédération indépendante du travail, dont l’organe était Travail et Liberté.
Donc, les gars étaient attirés par la CNT. Mais la difficulté était que la majorité des copains responsables en province étaient en même temps responsables de la Fédération anarchiste. Beaucoup, par la suite - aussitôt on a accolé à la CNT l’étiquette anarchiste - ont dit qu’il n’y avait pas de raison de quitter la CGT qui était aux mains des communistes, pour entrer dans une organisation tombée sous la coupe des anarchistes. Il y a eu des prises de contact en 1947, avant la constitution de FO ou à la suite : avec Mourguès des PTT et Laurent de la Fédération autonome des chemins de fer. On a désigné une délégation pour les rencontrer et ils ont discuté des possibilités de l’entrée des PTT et de la Fédération autonome des cheminots dans la CNT. C’était un drôle de morceau. D’après le rapport qui nous a été fait par la délégation, ça tournait autour du pot. A un moment donné, Jacquelin, qui était à l’époque le secrétaire de la CNT, dit : « Ici, nous sommes entre militants, nous n’avons donc pas à mettre nos drapeaux dans notre poche. Vous savez très bien qu’à la CNT, nous sommes des anarchistes et que nous avons constitué l’organisation en tant qu’anarchistes, pour recréer l’organisation syndicaliste révolutionnaire qui est nécessaire dans ce pays. »

Automatiquement, il y a eu raidissement de la part de Mourguès et de Laurent. Le ton de la discussion a évolué et les délégations des PTT et des cheminots se sont retirées en disant qu’ils en référeraient à leur conseil. On n’en a jamais réentendu parler. Les gars n’étaient pas bons, surtout Mourguès qui n’avait rien d’un libertaire. Ils sont rentrés par la suite à FO.

La lutte entre les deux tendances de la CNT

Puisque la majorité avait décidé la constitution de la CNT et qu’on avait été battus, j’avais appliqué la décision. J’ai donc adhéré et je faisais partie de la Commission administrative confédérale. En même temps, j’assurais la responsabilité du syndicat des transports. Le congrès constitutif s’était tenu à Paris en 46. En 48, il s’est tenu à Toulouse.
Puis il y a eu le congrès extraordinaire de 49 à Paris, auquel je n’ai pas pu assister, sauf à la dernière journée, car j’étais à la clinique, opéré de deux éventrations. A cette époque, une opposition était née au sein du syndicat. Elle s’était déjà manifestée lors de la constitution de la CNT, au sujet de la discussion des statuts.

P. Besnard avait établi une charte : comme il y a eu la Charte d’Amiens, la Charte de Lyon lors de la constitution de la CGT-SR, il y eut la Charte de Paris lors de la constitution de la CNT. Et lors de la discussion sur la Charte de Paris, il avait été admis par le congrès, dans le paragraphe sur l’indépendance du syndicalisme, que l’organisation était pour l’indépendance du syndicalisme vis-à-vis de tous les partis politiques, sectes philosophiques ou religieuses, c’est-à-dire qu’il reprenait les termes de la Charte de Lyon et ceux de la Charte d’Amiens. Cette question de l’indépendance du syndicalisme tombait à l’article 7. Mais des copains sont intervenus et ont mené la bagarre contre l’adoption de l’article 7 tel qu’il était rédigé, et ceci était mené par les camarades qui étaient anarchistes avant d’être syndicalistes. C’étaient des anarchistes syndicalistes et non pas des syndicalistes révolutionnaires ou des syndicalistes anarchistes. Dans l’ensemble, ils étaient majoritaires, puisque les copains responsables de province étaient en même temps responsables de la CNT et de la Fédération anarchiste. Bouyer était intervenu : « Si nous acceptons l’article 7 dans sa teneur actuelle, il sera impossible à un camarade responsable de la Fédération anarchiste d’être responsable de la confédération. Nous ne pouvons l’admettre. »

Alors, nous avons été battus et la rédaction de l’article 7 était composée de telle façon que ça donnait même la possibilité aux communistes de s’emparer de la Confédération, parce qu’il disait : « La Confédération est indépendante de tout parti politique, sectes philosophiques ou religieuses ne se réclamant pas de la lutte des classes. »
C’était la porte ouverte à tout. A cause de cela, pas mal de copains – il y en a juste un qui a démissionné, Julien - qui étaient proposés par leur syndicat à la Commission administrative ont retiré leur candidature.
Après, lors de l’élection de la Commission administrative, ils ont été remplacés par des copains qui étaient anarchistes. D’autre part, au congrès de 49, Jacquelin a été désigné comme secrétaire, contre la candidature de Retaux qui ralliait le vote des syndicalistes révolutionnaires, des syndicalistes libertaires. Retaux, qui occupait ce poste, était un responsable communiste qui ayant compris que sa place était ailleurs, s’était tourné vers le syndicalisme et avait travaillé dans ses rangs.

Je n’étais pas d’accord avec la position prise par les copains qui s’étaient retirés. Puisqu’il y avait eu opposition et victoire des anarchistes - moi, je disais des politiques - sur les syndicalistes révolutionnaires, il était au contraire nécessaire d’être à la Commission administrative justement pour faire revenir l’organisation sur cette décision. Alors, je suis resté à la Commission administrative, ce qui fait que j’étais le seul représentant en son sein de la tendance syndicaliste révolutionnaire, et j’étais en but à l’animosité des autres parce que je n’étais pas d’accord avec eux.

On a donc continué à se battre au sein de la CNT pour essayer de faire changer les statuts. Au congrès de 1950, à Bordeaux, on a désigné la Commission administrative et j’ai été élu secrétaire de la Confédération, tout en conservant ma responsabilité au sein du syndicat des transports. Là, nous avons rénové le bureau. Entre-temps, Julien, sous la pression des copains et de moi-même, avait réintégré ; il avait liquidé sa coopérative et était rentré à l’Officiel comme correcteur. Il avait du temps libre, et il a été désigné comme rédacteur du Combat syndicaliste. Yvette, une copine des employés, en était nommée administratrice. A ce moment-là, nous avons ressorti le Combat syndicaliste, qui avait une parution mensuelle.
Julien et moi-même sommes intervenus, par l’intermédiaire de copains des PTT, auprès des PTT et du fisc, pour qu’ils reconnaissent la Bataille syndicaliste comme organe de fédération, c’est-à-dire pour ne pas payer d’impôt et bénéficier du tarif postal. Nous avions aussi demandé à la Ville de Paris la reconnaissance du syndicat des transports afin de pouvoir bénéficier des tickets-matières pour les stencils, le papier, pour l’impression du journal, au lieu d’être obligés de les acheter.

Nous avons réussi au Congrès de 52, à Lyon, à faire admettre l’article 7 selon sa rédaction initiale. Mais il était trop tard à cause du travail fait par ceux qui nous avaient précédés. Nous avions décidé, à la suite du congrès de Paris de 49, de prendre des contacts avec les autonomes. Les copains de Bordeaux avaient constitué un comité d’action syndicaliste qui comprenait forcément les copains de la CNT, certains camarades de FO, des copains autonomes, des municipaux. Les copains de Bordeaux contrôlaient à l’époque trente mille gars... Le bureau de ce comité comprenait trois copains de la tendance anarcho-syndicaliste, un copain des autonomes, un des municipaux, et un copain de FO. Donc le comité local était sous l’influence des copains libertaires.

A Toulouse, c’était pareil, à Lyon, à Saint-Nazaire, à Saint-Etienne aussi. Mais, au mois de novembre, le CCN [3] a donné ordre à Bordeaux, ainsi qu’aux autres, de se retirer du comité d’action : il était anormal, de par les statuts de la confédération, d’avoir des rapports avec des organisations réformistes qui reconnaissaient l’Etat, etc. Ce qui a valu une chute verticale des adhésions dans la région bordelaise, dans la région de Toulouse et ailleurs. La majorité des copains est soit partie dans la nature, soit a adhéré à Force ouvrière ou aux autonomes. C’était fini, il n’y avait plus qu’une minorité de copains qui ont continué à mener l’activité. A Saint-Etienne, ils n’ont pas tenu compte des décisions du CCN et ils ont continué leur travail. Ils avaient demandé des subventions à la ville, ce qui leur permettait d’avoir une certaine activité.

La CNT était reconnue dans cette ville et avait une certaine importance. Ils s’étaient bien débrouillés sur le plan local.
Nous avions aussi constitué en 53, avec différents copains, le Comité de défense sociale et d’entraide dont j’étais le secrétaire. Il y a eu bagarre déclenchée par Fauchois que nous avions pris au congrès de Bordeaux comme secrétaire à la propagande, parce qu’il pouvait voyager gratuitement du fait qu’il était cheminot. Ça ne coûtait pas un sou à la Confédération et ça lui a permis de faire un travail de sape en province et surtout à Marseille. Là, ils ont mené la lutte contre nous, non pas en tant que responsables de l’organisation, mais en tant que responsables du Comité de défense sociale et d’entraide, parce que nous avions considéré qu’il était nécessaire de constituer un comité de solidarité pour les militants qui étaient malades ou qui pouvaient être victimes de la répression. En somme, nous avions pour but de nous insurger contre toute forme de répression ou d’atteinte à la liberté de l’individu. C’est ainsi qu’on a pris nettement position contre la guerre d’Algérie. Nous avons été les premiers, au comité de défense sociale, à organiser un meeting aux Sociétés savantes contre la guerre du Maroc, à ce moment-là. Après, il y a eu l’affaire de Tunisie, la déposition du roi du Maroc et la révolte algérienne. Dès le départ, nous avions pris position là-dessus.
C’est sur ce point qu’ils nous ont donc attaqués ; tout individu de toute organisation pouvait adhérer au Comité de défense sociale ; ce n’était pas une organisation spécifique, c’était une organisation de solidarité, de défense de la liberté de l’individu. Tu avais des membres qui n’avaient aucun rapport avec nous en tant que libertaires ou syndicalistes révolutionnaires, ou simplement syndicalistes. Ils nous ont donc accusés de toucher de l’argent de l’Amérique. Les copains de province, à Marseille, à Lyon, qui étaient au courant de cette activité extra-confédérale, étaient d’accord avec nous, mais comme à la CNT, chaque syndicat avait une voix, quel que soit le nombre de ses adhérents - c’est normal en somme, sinon les petits syndicats sont écrasés par les gros, mais cela permet l’apparition de syndicats-fantômes, où il y a deux ou trois adhérents qui comptent pour une voix -, nous avons été battus.
À Lyon, les copains syndicalistes avaient été mis dans l’obligation de restreindre leur activité à cause de l’attaque postale où des flics ont été tués. D’après l’enquête, ça avait été fait par les copains espagnols et le mouvement s’était trouvé un peu décapité. Il est donc apparu une majorité contre le bureau confédéral en exercice.
Nous avons été visés, et j’ai été remplacé au secrétariat de la confédération par Fauchois, en 56, au Congrès de Narbonne. Fauchois était secrétaire de la fédération des cheminots. Il était de la tendance anarchiste, mais nous ne savions pas ce qu’il était vraiment car c’est un gars qui ne s’est syndiqué qu’à 52 ans, alors qu’il était près de la retraite... Fauchois n’était pas bête, il avait du bagou, mais il a été impossible de savoir d’où il venait. A ce moment-là, il travaillait au Nord. Il avait été amené par les copains des cheminots qui menaient une certaine activité à la gare d’Austerlitz où il y avait un bon noyau. Tu avais aussi des copains de l’Est. Mais le plus fort noyau était à Austerlitz. Par la suite, nous avons été amenés à nous séparer des responsables de la section syndicale d’Austerlitz parce qu’ils ont eu des positions en désaccord avec celles d’un syndicaliste, même ne se disant pas révolutionnaire.

À la suite du congrès de Narbonne, en 1956, le bureau fédéral en exercice a donc été remplacé par un autre. C’était la victoire de la tendance plus anarchiste que syndicaliste. Au départ, lors du congrès constitutif, victoire des anarchistes par le refus de l’article 7 sur l’indépendance du syndicalisme, et à partir du congrès de Toulouse en 48, reprise en main par la tendance syndicaliste, anarcho-syndicaliste et syndicaliste libertaire révolutionnaire jusqu’en 1952-54. A partir de ce moment-là, renversement. Pourquoi ? Parce que pendant le temps où nous avons été à la direction de l’organisation syndicale, nous avons essayé de réorienter la Confédération sur le mouvement syndicaliste pur.

Exclusion de la CNT

Après le congrès de Narbonne, nous avons continué notre activité au sein de la deuxième région - la région parisienne - et au sein du Comité de défense sociale et d’entraide. Là, forcément, opposition de plus en plus grande entre les deux tendances. Et nous arrivons au congrès de Marseille : après des discussions terribles, des empoignades verbales assez orageuses, différents syndicats de la région marseillaise et de la région parisienne, tels que le syndicat des employés, le syndicat des cheminots d’Austerlitz, Saint-Lazare, Nord, Est, etc., et différents syndicats de la région de l’Ouest, de Saint-Nazaire, Nantes, ont été beaucoup plus loin.

Ils ont demandé l’exclusion du syndicat des transports dont j’étais le secrétaire, du syndicat du bâtiment, du syndicat des métaux, qui étaient aux mains des syndicalistes révolutionnaires et de la tendance anarcho-syndicaliste, mais beaucoup plus syndicaliste qu’anarchiste. En définitive, ils demandaient l’exclusion de toute la tendance syndicaliste révolutionnaire. A ce moment-là, j’ai cessé toute activité puisque cela ne correspondait plus à rien du tout en tant que syndicalisme tel que nous le concevions.

Critique des positions prises par la CNT et de l’anarcho-syndicalisme

En 46, nous avions reçu du ministère du Travail des imprimés à remplir, sur l’activité de l’organisation pendant l’Occupation. Elle n’existait pas, mais la CGT-SR existait. En somme, la CNT était la continuation de la CGT-SR et elle avait la possibilité de demander la représentativité, au même titre qu’elle avait été accordée à la CGT et à la CFTC. J’ai défendu cette position au sein de la Commission administrative. J’ai été traité de collaborateur, de réformiste... Les imprimés n’ont pas été remplis. Si nous avions eu la représentativité, lors de la répartition des fonds syndicaux accumulés par la Charte du travail, nous aurions touché une partie de cette somme, ce qui nous aurait bien arrangés pour pouvoir faire la propagande et l’agitation nécessaires, pour reprendre des mots d’ordre sur des revendications qui étaient plus que nécessaires. Les buts de la CNT étaient le retour immédiat aux quarante heures, avec discussion pour la semaine de trente heures, c’est-à-dire six heures par jour ; la retraite à cinquante ans ; la sécurité sociale gratuite, payée par les patrons. Parce qu’à l’heure actuelle, même en ne payant que le ticket modérateur, un ouvrier a du mal à se faire soigner, ou est obligé d’aller à l’hôpital, et les conditions dans lesquelles on est soigné à l’hôpital sont le plus souvent déplorables. Pour reprendre, j’estimais qu’en essayant d’avoir la représentativité, ça nous donnait non seulement la possibilité de toucher les subventions de la Ville de Paris, d’avoir droit à des locaux à la Bourse du Travail, mais aussi la possibilité d’avoir accès à la presse et à la radio au même titre que la CGT, la CFTC et FO par la suite.

En parlant de la presse, il y avait eu un article paru dans Vues et Images du monde : « Les anars mènent la danse », où ils montraient un défilé du 1er-Mai organisé par la CGT. Il n’y avait pas de banderoles, et ils avaient mis la carte de la CNT en surimpression. Tu pouvais croire que c’était les copains anarchistes. Cet article faisait ressortir l’influence des anarchistes dans la constitution de la CNT. De plus, à la suite du congrès, Jacquelin, le secrétaire de la Fédération anarchiste de Paris, et Bouyer, qui était aussi responsable, ont sorti Le Combat syndicaliste. On en a sorti 30 000 pour le 1er-Mai 47 et ça a été un bouillon ! Ça a vidé nos possibilités de réimpression du journal. Ils se sont alors servi de la quatrième page du Libertaire - l’organe de la Fédération anarchiste – pour donner les informations de la CNT. Automatiquement ça nous a mis une étiquette dans le dos : anarchistes. C’était fini.

Donc, la CNT étant marquée « anarchiste », c’était terminé ! Et le refus de la représentativité nous coupait toute possibilité de nous exprimer ouvertement, légalement. Les copains disaient que, du moment qu’ils ne reconnaissaient pas l’Etat, ils n’avaient rien à faire de la représentativité. Dans une certaine mesure, en tant qu’anarchistes, ils étaient en accord avec leurs conceptions, mais en tant que responsables d’organisation syndicale, c’était une erreur. Parce que si le syndicat est révolutionnaire dans sa finalité, il est réformiste dans son action journalière. La moindre amélioration est du réformisme. C’est une réforme que tu apportes à la structure actuelle de la société.


L’affaire des PTT et des cheminots avait été une erreur dans une certaine mesure, car les copains à la CNT se déclaraient contre tout. Pour éviter toute contamination par la collaboration, la CNT refusait tout : elle refusait les comités d’entreprise, elle refusait les conseils de prud’hommes, les commissions paritaires. C’est tout juste si elle acceptait les délégués d’atelier. Ce n’était pas possible. Il y avait des copains du syndicat, de la métallurgie ou du SUB qui venaient pour avoir des renseignements juridiques : nous étions dans l’impossibilité de les renseigner parce que nous n’avions pas ces renseignements, à part ce qu’on pouvait lire dans les journaux. On était obligés de les envoyer soit à FO, soit à la CGT. Ce n’était pas possible, on ne remplissait plus le rôle qui nous était assigné.
On était donc condamnés à rester minoritaires, à n’avoir aucune influence dans le mouvement ouvrier. C’est exactement le même problème qui se pose actuellement, à la suite des événements de Mai 68, avec la constitution de l’Alliance ouvrière, composée d’étudiants, d’hommes de la Fédération anarchiste et surtout du groupe Louise-Michel, dont Joyeux est un peu l’âme. Ils sont anarchistes, ils sont pour la révolution. Mais ils sont anarchistes avant d’être syndicalistes ; d’ailleurs ils nient au syndicalisme (tout au moins au syndicalisme actuel) la possibilité d’instaurer la société libertaire. Je suis aussi opposé à ces gens-là qu’aux communistes. C’est ce qui a fait qu’au sein de la CNT, il y a eu friction entre eux et les copains syndicalistes révolutionnaires qui étaient avant tout syndicalistes, qui étaient d’école libertaire, sans être anarchistes à proprement parler.

J’étais beaucoup plus anarchiste, si tu veux, de 18 à 25 ans, jusqu’en 36 même, que par la suite. Après 36, avec les responsabilités syndicales, je me suis aperçu que le travail était là et pas ailleurs. C’était par le syndicat qu’on pouvait arriver à envisager la constitution d’une société meilleure, et tout le reste était de la foutaise. Le syndicat ne groupe en son sein que des producteurs, et qu’est-ce qui fait la société ? Ce sont les producteurs. Avant d’être consommateur, il faut que tu sois producteur. Pour consommer, il faut produire. D’ailleurs, c’était un peu l’idée de Pierre Besnard de constituer à côté de l’organisation professionnelle proprement dite des producteurs, l’organisation des consommateurs. Il fallait que les consommateurs et les producteurs soient ensemble pour définir en commun les nécessités de production : ne pas produire plus qu’il n’était nécessaire, mais ne pas produire moins non plus, à seule fin que chacun ait la répartition nécessaire à ses besoins.
Les anarchistes, au début, n’avaient pas vu les nécessités du système productif, mais la situation n’était pas la même. Il faut reconnaître qu’à l’époque où la philosophie anarchiste a pris naissance, il n’y avait pas véritablement d’industrie, il n’y avait pas d’ouvriers en somme. Tu avais des artisans qui avaient deux, trois ou quatre ouvriers. Et encore, bien souvent, c’était des membres de la famille. L’importance de l’organisation syndicale des producteurs ne s’est fait sentir qu’après la révolution industrielle du XIXe siècle et au début du XXe. Beaucoup de militants ont été marqués par la pensée anarchiste. Au départ, les anarchistes étaient surtout des individualistes. Ils ne voyaient pas la collectivité. Ce n’était pas pareil. Il a fallu une certaine évolution et la constitution, par la force des choses, de la classe ouvrière, pour arriver à la nécessité de cette organisation.

Dans l’anarcho-syndicalisme, comme dans tout mouvement, il y a eu des erreurs. Le principal reproche à lui faire est surtout un manque d’organisation et certaines rêveries. Dans le fond, je crois - ce n’est pas l’opinion de tous mais de certains dont je suis - qu’on ne pourra pas instaurer l’idéal libertaire tel que nous le concevons tant qu’il n’y aura pas eu auparavant évolution des individus, évolution de l’homme, tant que l’homme n’aura pas pris conscience de sa personnalité et de ce qu’il représente, c’est-à-dire tant qu’il ne sera pas véritablement un homme.
Dans une certaine mesure, c’est normal, tu ne peux pas faire une nouvelle société avec les mêmes individus. Il est obligatoire que l’individu change de comportement, d’esprit, et qu’il voie véritablement les choses. Le christianisme a deux mille ans d’existence et si nous nous rapportons aux Évangiles et à tout le reste, ce que pensait le Christ n’est pas encore réalisé.

On peut dire que l’expérience de la CNT s’est soldée dans son ensemble par un échec. Elle n’a pas eu plus d’influence que n’a pu en avoir la CGT-SR. On peut même dire que la CGT-SR a eu plus d’importance que la CNT du fait de la guerre civile d’Espagne qui a créé une certaine activité parmi les copains. La CNT a pourtant eu dans les deux premières années de sa constitution un certain rayonnement, mais elle aurait pu en avoir un plus grand. Nous pouvons dire qu’en 1947, elle groupait en France pas loin de 100 000 adhérents. Par la suite, à cause de la position trop rigide de l’organisation, elle s’est restreinte pour devenir squelettique et, à l’heure actuelle, elle n’a plus d’activité syndicale à proprement parler.

À force de tout refuser, on se condamne. La CNT existe toujours en tant que telle, avec son siège, rue de la Tour-d’Auvergne (parce que par la suite nous avions eu la possibilité par souscription de prendre une boutique au 30 de cette rue, grâce à un copain peintre). Cependant, depuis les événements de 68, elle reprend grâce à l’apport des jeunes qui ont été enthousiasmés en Mai par la philosophie anarchiste. Ils ont été à la CNT et là tu trouves quand même des éléments actifs, ne serait-ce que les camarades espagnols qui, eux, participent toujours à la vie active de l’organisation. D’ailleurs, le siège du Combat syndicaliste, qui est l’organe de la CNT, est maintenant transféré au 24 de la rue Sainte-Marthe, où le local appartient à des copains espagnols.

Après avoir été exclu de la CNT, j’ai pris ma carte à FO. J’y suis resté un an. J’étais adhérent au syndicat du Livre, puisque j’étais chez Golhen. En somme, j’avais repris non pas mon métier, puisque je travaille dans un bureau, au service livraison et commandes, mais enfin j’étais revenu au Livre, sans travailler aux machines, du fait d’ailleurs que je ne connaissais rien à l’héliogravure, puisque le patron s’y était spécialisé.
C’est une partie de moi-même qui est restée à la CNT. Même encore aujourd’hui - ça va faire bientôt près de quinze ans -, je regrette malgré tout la CNT, comme les copains qui ont constitué la CGT-SR en 1926 regrettent toujours la CGT-SR. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une ambiance, aussi bien à la CGT-SR qu’à la CNT. Tous les militants se connaissaient.
On savait ce qu’on valait les uns les autres, on savait qu’on pouvait compter sur l’un et l’autre. On formait un tout, même malgré les bagarres qui pouvaient nous opposer avec les copains de la tendance spécifique. Même avec eux, nous avions une certaine camaraderie. Ils avaient cette position, c’était leur droit, c’était une lutte de tendances où chacun voulait faire dominer son point de vue. Mais, en dehors de ça, nous reconnaissions l’honnêteté de l’un et de l’autre. Alors, ça nous a attristés, ça nous a vraiment marqués.

Une partie des copains qui ont quitté la CNT par la force des choses - puisque nous étions exclus en tant que responsables des syndicats du bâtiment, des transports, du Livre, des métaux - est partie dans la nature puisqu’ils n’ont pas repris de carte. D’autres, la majorité, sont rentrés à FO, pour la raison suivante : la majorité des copains de FO est de tendance socialiste et tu peux travailler beaucoup mieux avec les copains socialistes qu’avec les copains communistes. Il y a beaucoup plus de compréhension, de liberté oratoire, de liberté de pensée avec les ex-confédérés, ceux qu’on appelait les réformistes, qu’avec les ex-unitaires. Les copains préféraient donc aller à FO. Ils retrouvaient d’anciens copains avec lesquels ils avaient milité, parce qu’il y avait pas mal de copains libertaires à FO. Ça a permis à certains de pouvoir faire un travail de propagande au sein des syndicats composant FO. Il est à noter qu’à FO, tu as des syndicats qui ont une position plus révolutionnaire que d’autres, qui ont dans leur sein des copains de tendance libertaire ou même de la tendance syndicaliste - lutte de classes, qui s’étaient constituée après les événements de 36. En 37, 38, une minorité s’était ralliée autour de comités syndicalistes - lutte de classes.
Je suis donc resté un an à FO. L’ambiance ne me convenait pas. Alors, j’ai quitté FO et comme, à ce moment-là, le patron est parti en province, il a changé son activité et il a modifié sa raison sociale. Il était imprimeur en héliogravure, adhérent à la chambre des maîtres imprimeurs du boulevard Saint-Germain. Il a quitté pour adhérer à la Fédération du papier-carton, aux spécialistes d’impression d’étiquettes pour emballages et de transformation du papier. Au papier-carton, il n’y avait plus rien de comparable avec le Livre au point de vue syndical, pour les conventions collectives, les us et coutumes de la corporation. Et comme il n’y avait pas à ce moment-là à FO de syndicat papier-carton constitué, j’ai donc quitté FO pour me syndiquer à la CGT.

Depuis que je suis adhérent à la CGT au papier-carton, je ne milite plus. Je me contente de payer mes cotisations, étant tout seul au siège social à Paris, puisque toute l’activité de la maison se fait en province. Je ne connais pas de syndiqué de là-bas. J’ai cessé toute activité dans l’organisation syndicale proprement dite, mais je continue à m’occuper de la question dans l’Union syndicaliste que nous avons constituée avec les copains de FO, de la CGT, de la CFDT, dont le siège est rue Jean-Robert, qui actuellement a pris des contacts avec l’Alliance syndicaliste libertaire qui s’est constituée à la suite des événements de Mai 68.

1974



P.-S.
Les oppositions qui ont secoué la CNT française au début des années cinquante ont contribué à sa marginalisation. Son activité majeure se résumant à l’organisation de la solidarité avec la CNT d’Espagne en lutte contre la dictature franquiste, elle négligeait son implantation dans le mouvement ouvrier en France.
Il y a eu "1968" et des progrès dans la voie d’une implantation dans le mouvement social.
Il y a eu "Mai 2000", une "année rouge et noir", avec un 1er Mai qui rassembla plus de 5000 personnes, venant de toute la France ou de délégations du monde entier. Et les espoirs d’un renouveau étaient permis.
Mais depuis, comme l’évoquait déjà Amédée, "à cause de la position trop rigide de l’organisation, elle s’est restreinte…".


Notes

[1] CGT-SR : Confédération Générale du Travail - Syndicaliste Révolutionnaire, organisation constituée en 1926 et qui s’auto-dissout lors de la déclaration de la seconde guerre mondiale. Dès sa fondation, cette Confédération fut membre de l’Association internationale des Travailleurs (AIT) créée à Berlin en 1922.

[2] Pierre BESNARD : militant du courant anarcho-syndicaliste / syndicaliste révolutionnaire, oppositionnel dans la CGT-U, un des membres fondateurs de la CGT-SR. Militant actif dans l’AIT

[3] CCN : Comité Confédéral National : Organe de coordination national de la CNT qui se réunit régulièrement entre les Congrès Confédéraux.

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