Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 28 Fév 2016, 03:30

CPE, Douze semaines de lutte

Quand la jeunesse conduit la lutte de classe

Automne 2005, des émeutes embrasent les banlieues françaises. En réponse à la détresse des « jeunes de banlieues », De Villepin promet dans son discours de début d’année de s’occuper du problème du chômage dans la jeunesse. Le 16 janvier, il annonce un projet de « Loi d’égalité des chances » (LEC), dont l’article 8 crée le contrat première embauche (CPE), sensé réduire ce chômage. La LEC comprend également l’apprentissage à partir de 14 ans, le travail de nuit à partir de 15 ans et la suspension des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire.

Le CPE est le frère jumeau du contrat nouvelle embauche (CNE) adopté au mois d’août sans nul mouvement de protestation, le CNE s’appliquant à toutes les classes d’âge, mais dans les entreprises de moins de 20 salariés.

Alors que les syndicats de salarié(e)s auraient pu se rattraper en mobilisant dès le début pour le retrait du CPE, ils ont préféré laisser l’initiative de l’opposition aux « jeunes », directement visés par celui-ci.

Pourtant, le CPE est un moyen pour le patronat - en faisant pression sur un pan du salariat, la jeunesse - de casser l’ensemble du Code du travail. C’est ainsi que, pour la première fois depuis longtemps, les étudiant(e)s vont se mobiliser massivement non pas sur des revendications budgétaires ou pédagogiques, mais sur une question fondamentalement ouvrière : la défense du Code du travail. La plupart des syndicats étudiants et des organisations de jeunesse ont commencé le travail d’information dès janvier. On a vu sans surprise le PS et tous ses satellites (Unef, FIDL, UNL...), réunis dans le collectif « Stop-CPE », tenter de se racheter une conduite à gauche en vue des élections de 2007.

Une grève impulsée par les syndicats de lutte

Un premier constat s’impose à ce moment sur le terrain : alors qu’elle est tonitruante dans les médias, l’Unef est inexistante dans les assemblées générals (AG) encore faibles qu’organisent les syndicats de lutte (SUD, CNT et FSE). Tout se passe comme si l’Unef était disposée à se contenter d’une mobilisation virtuelle, paradoxalement relayée par les médias, en soutien aux pitoyables initiatives du PS au niveau institutionnel (assemblée nationale, conseil constitutionnel). Une des circulaires internes de l’Unef sur la façon de « gérer » les AG est rendue publique sur Internet. La peur du débordement par les « gauchistes » suinte de tout le texte.

Après une première journée d’action interprofessionnelle réussie le 7 février, les syndicats de salarié(e)s n’en prévoient une deuxième... qu’un mois plus tard, le 7 mars !

Les étudiant(e)s s’arrachent les cheveux mais ne renoncent pas et mettent à profit les vacances tournantes pour mobiliser. Le 8 février, la fac de Rennes-II vote la grève avec blocage, suivie par de nombreuses facs de l’ouest (Poitiers, Nantes, des IUT...). Des délégué(e)s sont envoyé(e)s partout en France et la plupart des grosses universités entrent l’une après l’autre dans la lutte.

On tire un deuxième constat : là où existent des syndicats de luttes solides, l’Unef est immédiatement marginalisée. La réforme Licence-Master-Doctorat ayant institué depuis 2003 une part plus importante de contrôle continu et de feuilles de présence en travaux pratiques et travaux dirigés, le blocage des cours se justifie très facilement et est largement reconduit. Les étudiant(e)s font immédiatement preuve d’une grande combativité : occupations de nuit, actions symboliques et politiques, extension des revendications [1] sont très vite proposées et votées. Un mauvais pli est par contre pris dès le début : la convergence avec les salarié(e)s est négligée et les grévistes se contentent souvent de proclamations incantatoires. Il faudra attendre la fin mars pour voir les initiatives en direction des salariés se multiplier (tractage à l’entrée des boites, AG interprofessionnelles), ce qui expliquera sans doute la présence relativement importante du privé le 4 avril dans la rue.

De son côté, l’Unef tient bon dans les trop nombreuses facs où elle est le seul syndicat présent. Elle restreint les mots d’ordre au retrait du CPE, défend le blocage ponctuel au détriment du blocage total et manipule grossièrement les AG. Dans certaines facs parisiennes l’Unef conserve une certaine influence grâce à la coloration plus militante que lui donnent les JCR, qui forment en son sein la Tendance Tous ensemble (TTE). Jusqu’au retrait du CPE, la TTE défendra néanmoins les orientations majoritaires de l’Unef.

Les 18 et 19 février, se tient la première Coordination nationale, à l’appel des grévistes de Rennes-II. Les coordinations se tiendront ensuite tous les week-ends et réuniront environ 400 délégué(e)s issus des assemblées générales de facs et de lycées. Durant les grèves de novembre 95, la Coordination nationale avait été la véritable direction dont le mouvement s’était doté. Les socialistes de l’Unef-ID (l’actuelle Unef), révulsés par cette concurrence, avaient combattu - jusqu’à l’affrontement physique - la coordination.

Manœuvres bureaucratiques contre la Coordination nationale

En février 2006, la tactique est différente : il s’agit pour l’Unef d’être présente au sein de la coordination pour la pourrir jusqu’au bout. À la surprise générale, alors qu’elle est souvent marginale dans les AG, l’Unef est présente de façon agressive à la coordination de Rennes. Plusieurs fausses et faux délégué(e)s - et vrais militant(e)s Unef -, sont démasqué(e)s et mis à la porte. Quant aux “ vrai(e)s ” délégué(e)s Unef, dûment mandaté(e)s par des AG, ils et elles ne suivent pas leur mandat mais la ligne dictée par le bureau national de l’Unef.

Plusieurs fractions agissent contre l’autogestion de la lutte, notamment l’Unef, les JCR et LO. La mise en place d’un fonctionnement démocratique passe par un affrontement politique sur ces questions. Trop de militant(e)s autogestionnaires se contentent de garantir localement le bon fonctionnement de leur AG, là où il faudrait se faire mandater pour porter l’affrontement directement. Ainsi, l’Unef finit presque systématiquement à la tribune des coordinations, car les autogestionnaires manquent de forces sur place pour la renverser. Le choix de la ville qui accueillera la coordination suivante devient alors le vote stratégique du week-end.

Par ailleurs, un manque de formation était tangible chez certain(e)s militant(e)s autogestionnaires. Ainsi, la confusion a été totale sur le caractère impératif des mandats. Si nous luttons contre le mandat libre, nous ne voulons pas, à l’opposé, d’un mandat impératif dévoyé et absolutiste. Contrairement à tout ce qui a pu être prétendu, sur les points d’ordre secondaires qui n’ont pas été votés en AG (dates d’actions, déroulement de la coordination, amendements à une motion proposée...), le mandat impératif laisse une marge de manœuvre. On a vu lors des coordinations trop de délégué(e)s qui répétaient comme des robots les décisions de leurs AG sans s’écouter débattre, avant de s’abstenir à tour de bras, bloquant ainsi les décisions pour la plus grande joie des bureaucrates.

Les coordinations se succèdent et le scénario est toujours le même : jusqu’à trente heures d’affilé de débats stériles entre deux blocs, Unef et anti-Unef, pour finalement bien peu de résultats : porte-parole sans aucun poids médiatique, aucune perspective concrète de jonction avec les salarié(e)s à l’exception d’appels incantatoires à la grève générale... laissant les questions et votes importants en fin de coordination, la moitié des délégations étant déjà parties. L’Unef sort grande gagnante et restera l’interlocutrice privilégiée des médias et des syndicats, qui refuseront presque tous de reconnaître la légitimité de la coordination.

Face à l’inefficacité de la coordination nationale, des coordinations régionales vont se structurer, en général boycottées par l’UNEF. Elles seront plus efficaces en terme de coordination des actions et des mots d’ordre mais n’auront aucun poids médiatique.

Le mois de mars est marqué par un enracinement du mouvement. Fin mars, l’essentiel des facs et une grande partie des lycées, des IUT, des grandes écoles sont mobilisés, souvent bloqués. Le vote de la loi, sa promulgation et les propositions d’aménagements de Chirac n’ont eu comme effet que la radicalisation de la lutte, et le seuil historique des trois millions de manifestant(e)s est franchi deux mardis consécutifs.

Un mouvement dans la durée

Les blocages continuent d’être reconduits dans beaucoup de facs, malgré les nombreuses fermetures administratives et un début d’organisation chez les antiblocages, manipulé(e)s par la droite et l’extrême droite [2]. La réappropriation des lieux est officiellement adoptée comme mode d’action par la Coordination nationale tenue à Aix-en-Provence. Ainsi, de nombreux débats, concerts, jeux, cours sur la précarité par des profs sympathisant(e)s ou des étudiant(e)s sont organisés dans les facs occupées, contribuant à la longévité du mouvement.

À défaut d’une diffusion de la grève vers les secteurs salariés, c’est le blocage de l’économie par des actions coup de poing, de plus en plus spectaculaires et massives, qui sera retenu. Les jeudis 30 mars et 6 avril, des milliers de manifestant(e)s envahissent les gares, les périphériques, les ports et les aéroports.

Finalement, le 10 avril, devant la pression de la jeunesse et la menace d’une amplification du mouvement chez les salarié(e)s, l’Élysée finit par annoncer le « remplacement » du CPE par une série de « mesures en faveur de l’insertion professionnelle ». Celles-ci ne sont qu’une compilation de mesures déjà existantes, consistant en avantages fiscaux pour le patronat. L’intersyndicale autour de la CGT et de la CFDT estime avoir atteint son objectif et se sépare. Seules la FSU et Solidaires appellent à continuer la lutte contre le CNE et l’ensemble de la loi sur « l’égalité des chances » (LEC). Les autres centrales évoquent le retrait du CNE, mais en des termes flous qui laissent supposer que tout reposera sur un 1er Mai massif et des négociations à froid.

Et maintenant ?

Dès l’annonce du retrait du CPE le lundi 11 avril, de nombreux blocages ne sont pas reconduits marquant ainsi le début d’une décrue rapide du mouvement. Une majorité d’étudiant(e)s, convaincus de la victoire, souhaitent reprendre les cours pour passer les examens dans de bonnes conditions. Reste les noyaux durs d’étudiant(e)s les plus mobilisés pour lesquel(le)s il est difficile de se contenter d’un simple retrait du CPE au bout de deux mois et demi de grève. En effet le reste de la LEC et le CNE constituant des reculs sociaux importants, sont toujours là.

Si l’on peut se réjouir du retrait du CPE et de l’humiliation subie par le gouvernement, il ne faut pas comme certain(e)s tomber dans le triomphalisme béat. En effet au niveau social il n’y a pas d’avancées sociales, il y a même recul. Cette lutte aura permit de freiner la casse des droits sociaux et il faut en tenir compte dans la construction des prochains mouvements sociaux pour que les perspectives de « victoire » de ces derniers ne se limitent pas à de si maigres « gains ».

Cependant il s’agit bien avant tout de la première lutte de masse victorieuse depuis 1995. Par la grève massive et des modes d’actions appropriés (occupations, blocages...), la jeunesse a enfin réussi à faire plier ce gouvernement redonnant ainsi de l’espoir à ceux et celles qui avaient été accablé(e)s par la défaite de mai 2003 et celles qui suivirent.

Si l’on veut parler de victoire, il faut dire à quelle niveau elle se situe : à un niveau politique et idéologique. À l’approche de 2007 nous pouvons maintenant recommencer à clamer haut et fort que l’alternance politique ne change rien sur le fond et que seule l’action collective, concrète à la base peut permettre de changer les choses. La victoire contre le CPE doit servir de point d’appui, voir d’exemple (au niveau de la détermination et des moyens employés) pour les prochaines luttes, marquant ainsi, peut-être le début d’une lutte prolongée. Reste à concrétiser la dynamique de solidarité et de lutte instaurée dans ce mouvement, le renforcement des outils de lutte afin de préparer les prochains mouvements pour que ceux-ci tendent non seulement vers des victoires politiques mais aussi vers des victoires sociales.

Grégoire (AL Paris-Sud), Ludwig (AL Orléans), Juliette (AL Aix-Marseille), Tristan (AL Rennes)


[1] Notamment la restitution des postes aux concours de la fonction publique, le retrait de la Loi d’Égalité des chances, du CNE, du projet Sarkozy de réforme du CESEDA, du Pacte pour la Recherche, l’amnistie des émeutiers de novembre...

[2] Voir les sites réactionnaires stoplagreve.com et halteaublocage.hautetfort.com

http://alternativelibertaire.org/?Dossi ... a-jeunesse


Lutte CPE, chronologie

CPE : Douze semaines de lutte

16 janvier : Le premier ministre Dominique de Villepin annonce le projet de Loi d’Égalité des chances (LEC), comprenant dans son article 8 la création du contrat première embauche (CPE). Protestations syndicales.

Phase 1 : la mobilisation patine

19 janvier : Création d’un collectif national contre le CPE par une douzaine d’organisations de jeunesse.

31 janvier : À Paris, la manifestation prévue de longue date par la CGT sur le pouvoir d’achat est rejointe par quelques centaines d’étudiant(e)s.

Début février : Dans les facs, la mobilisation est mitigée. Les syndicats de lutte (SUD, CNT, FSE) peinent à réunir des assemblées générales. Seules les facs « rouges » (Rennes-II, Paris-I Tolbiac...) bougent un peu.

2 février : La journée d’action recueille un succès discutable. Toutes les énergies sont tendues vers le 7 février et la journée d’action à laquelle appellent les syndicats de salarié(e)s.

7 février : Succès de la première journée d’action interprofessionnelle à l’appel de l’ensemble des syndicats : 400 000 personnes manifestent en France. Villepin : « J’entends ceux qui manifestent, mais j’entends aussi ceux qui ne manifestent pas. »

Du côté du Medef, Laurence Parisot se démarque du gouvernement : « Il n’est jamais bon de traiter les jeunes comme une catégorie à part. »

8 février : À l’université de Rennes-II, l’assemblée générale vote le blocage total. Poussées par le succès du 7 février, plusieurs autres facs vont l’imiter les jours suivants.

9 février : À 2 h 35 du matin, l’article 8 de la loi est adopté dans un hémicycle quasi désert. PS, PCF et Verts, qui promettaient une bataille parlementaire homérique, sont ridiculisés. Pour rattraper le coup, les députés de gauche multiplient les amendements sur les 25 articles qui restent à examiner, espérant reculer l’adoption de la loi jusqu’au 7 mars, date de la prochaine manifestation interprofessionnelle. Dans l’après-midi, Villepin décide de passer en force, et fait recourir au “49.3” pour faire adopter la loi sans débat.

18-19 février : La première Coordination nationale étudiante se tient à Rennes, à l’initiative des grévistes de Rennes-II.

25-26 février : Coordination nationale étudiante à Toulouse.

Phase 2 : la lame de fond

14-16 février : L’utilisation du 49.3 a provoqué une radicalisation du mouvement. Manifestations de milliers d’étudiant(e)s dans plusieurs grandes villes. Premiers débrayages de lycées, qui entrent dans la danse.

4-5 mars : Coordination nationale étudiante à Paris-Jussieu, flanquée d’une Coordination nationale lycéenne.

7 mars : La deuxième journée d’action interprofessionnelle marque un tournant : un million de manifestant(e)s en France. Dans les jours qui suivent, le mouvement s’étend. De 20 universités en lutte sur 84, on passe à une quarantaine. Il est désormais clair que la lutte s’installe dans la durée. Au sein du gouvernement, le clan Sarkozy commence à se démarquer de Villepin sur la gestion de la crise.

9 mars : Adoption du CPE par le Sénat. Le PS et le PRG saisissent le Conseil constitutionnel. La Sorbonne est occupée par une cinquantaine de personnes. Premières échauffourées avec les gardes mobiles.

10 mars : Deuxième soirée d’échauffourées devant La Sorbonne occupée. Dans la nuit, le bâtiment est évacué par la police et fermé, 150 arrestations.

11-12 mars : Coordination nationale étudiante à Poitiers.

16 mars : 500 000 étudiant(e)s et lycéen(ne)s manifestent dans toute la France. Plusieurs incidents violents. 58 universités sur 84 touchées par le mouvement.

18 mars : Troisième journée d’action interpro- fessionnelle : 2 millions de manifestants dans tout le pays. Violents affrontements place de la Nation à Paris. Le militant de SUD-PTT Cyril Ferez est grièvement blessé par la police.

18-19 mars : Coordination nationale étudiante à Dijon.

20 mars : La mouvance autonome parisienne investit l’EHESS contre la volonté des étudiant(e)s grévistes de l’école.

21 mars : 400 000 jeunes manifestent dans toute la France. De Villepin déclare qu’il n’acceptera ni le « retrait », ni la « suspension », ni la « dénaturation » du CPE.

23 mars : 450 000 jeunes manifestent dans tout le pays. Affrontements à Grenoble, À Paris, l’arrivée de la manif sur l’esplanade des Invalides tourne au chaos. Les manifestants doivent faire face à la fois à la police et à des bandes de « dépouilleurs ». 420 arrestations dans tout le pays, 90 policiers blessés.

24 mars : Soutenant son Premier ministre, Chirac déclare de Bruxelles que la loi doit être « appliquée ». La police évacue l’EHESS.

25 mars : De Villepin reçoit un syndicat de droite (UNI) et deux fédérations de corpos étudiantes (la Fage et PDE) ; les autres organisations étudiantes boycottent la réunion. Sarkozy appelle à un « compromis ».

25-26 mars : Coordination nationale étudiante à Aix-en-Provence.

27 mars : Villepin invite les cinq confédérations syndicales et les organisations étudiantes à Matignon pour « discuter des aménagements à apporter » au CPE. Les syndicats déclinent l’invitation.

28 mars : Quatrième journée d’action interprofessionnelle : on passe le seuil historique des 3 millions de manifestants... plus qu’en décembre 95 et qu’en mai-juin 2003. Pour Villepin il n’est pas question de « retirer le CPE ». Sarkozy propose une « suspension de son application » le temps de trouver « un compromis ».

30 mars : Le Conseil constitutionnel valide la loi d’égalité des chances.

31 mars : Chirac annonce la promulgation de la loi d’égalité des chances, et la remise en chantier de son article 8 (CPE). Manifestations spontanées dans plusieurs villes de France. Une manifestation sauvage de plusieurs milliers de personnes parcourt la capitale jusqu’à 6 heures du matin, passant par l’Assemblée nationale, le Sénat, le Sacré-Cœur. Une permanence UMP est mise à sac.

Phase 3 : débandade gouvernementale

Multiplication de blocages d’axes routiers et ferroviaires et manifestations spontanées partout en France.

1er avril : Réunion de crise des chefs de l’UMP à Matignon. Villepin est marginalisé. Sarkozy prend la main sur le dossier et s’efforce dès lors d’enterrer le CPE.

2 avril : Sarkozy téléphone à chaque dirigeant(e) syndical(e) pour promettre que s’ils/elles s’assoient à la table des négociations, ils « n’entendront plus parler du CPE ».

1er-2 avril : Coordination nationale étudiante à Lille.

4 avril : Cinquième journée d’action interprofessionnelle. Le chiffre de 3 millions de manifestants est atteint pour la 2e fois. Exacerbation de la rivalité Villepin-Sarkozy. Laurence Parisot annonce que la crise politique « met en danger l’économie de notre pays ». Alors que le front syndical est sans faille, le gouvernement se déchire et le Medef se garde bien de le soutenir.

5 avril : Négociations au Sénat entre les « partenaires sociaux » et l’UMP qui cherche une porte de sortie.

6 avril : 45 universités toujours en grève et multiplication des actions coup-de-poing : blocages gares à Paris, Toulouse, Lille, Pau, Narbonne ; blocages de routes à Nantes, Rennes, Lorient, Nancy, Quimper ; blocage de ponts à Strasbourg et Oléron ; blocage d’aéroport à Orly ; blocage de l’usine aéronautique de Blagnac (où est assemblée l’A380)... La Conférence des présidents d’université (CPU) demande le retrait du CPE.

8-9 avril : Coordination nationale étudiante à Lyon.

10 avril : L’Élysée annonce que le CPE sera « remplacé » (pour éviter de dire « abrogé »). Villepin est battu. C’est une victoire qui doit servir d’appui pour le retrait de la Loi d’égalité des chances et du CNE. Sur 62 universités qui ne sont pas en vacances, on en compte encore 34 perturbées, dont 18 totalement bloquées.

15-16 avril : Coordination nationale étudiante à Nancy. Les 200 délégué(e)s (quatre fois moins qu’à la coordination précédente), représentant une trentaine de facs, appellent à poursuivre la lutte contre la loi d’égalité des chances et le CNE.

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Re: CPE : Douze semaines de lutte

Messagede bipbip » 13 Mar 2016, 15:34

Mensuel Alternative Libertaire de mars 2016

Dossier : Il y a dix ans ; la lutte anti-CPE

- 2006 : Souffle de révolte
http://www.alternativelibertaire.org/?2 ... de-revolte

- Flux et reflux des luttes étudiantes
http://www.alternativelibertaire.org/?L ... -et-reflux

- Syndicalisme étudiant : Qu’avons-nous construit ?
http://www.alternativelibertaire.org/?Q ... -construit

- Interpro : Vers la grève générale ?
http://www.alternativelibertaire.org/?V ... e-generale

- Interview de Mathilde et Jon (militante et militant d’AL) : « Un mouvement vraiment populaire »
http://www.alternativelibertaire.org/?U ... -populaire

- Des livres sur la lutte
http://www.alternativelibertaire.org/?D ... tte-du-CPE
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Re: CPE : Douze semaines de lutte

Messagede bipbip » 28 Mar 2016, 16:21

(G)rêve générale, la fac de Caen contre le CPE (2006)

[vidéo] Laissant la place aux paroles et aux actes, le documentaire permet un retour de l’intérieur sur la mobilisation étudiante à Caen en 2006 contre le CPE et son monde. Un matériau utile dix ans après pour réfléchir, dans un contexte différent, aux luttes qui s’initient sur les facs contre le projet de loi Travail, ses promoteurs et leur monde.

En février 2006, le gouvernement français instaure le Contrat Première Embauche. Pendant une période d’essai de deux ans, ce nouveau contrat peut être rompu sans motif. Alors que le gouvernement vante la souplesse du CPE, une partie de la jeunesse française se révolte contre la précarisation de ses conditions de vie. Dans l’université de Caen bloquée, transformée en « Fort Alamo », le film suit des étudiants dans leur combat contre le CPE.

(G)RÊVE GÉNÉRAL(E) est un film sur la première expérience de lutte chez de jeunes étudiants français, sorte de rite initiatique traversé par le désir de réinvention de la société, du romantisme de la lutte et du poids de l’héritage des générations précédentes

Voir le site internet du documentaire : http://assoseptiemesens.free.fr/greve/indexgreve.html.

(G)REVE GENERAL(E)
• de Daniela de FELICE et Matthieu Chatellier
• 100 min / Fr / janvier 2008 / Production : Septièmesens

http://www.alternativelibertaire.org/?G ... ac-de-Caen

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Re: CPE : Douze semaines de lutte

Messagede Pïérô » 07 Avr 2016, 22:35

Tou(r)s en lutte contre le CPE

L’effervescence que Tours a connue au printemps 2006 n’a laissé personne indifférent. Des assemblées générales à 2 ou 3 000, des manifestations quotidiennes, la fac d’arts et sciences humaines bloquée une dizaine de semaines… Retour (subjectif) sur une mobilisation étudiante et lycéenne un rien contrastée, publié à l’origine dans le 1er numéro du Canard du coin de novembre/décembre 2006.

... http://larotative.info/tou-r-s-en-lutte ... -1476.html
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2005

Messagede Pïérô » 16 Avr 2016, 20:52

Toulouse, dimanche 17 avril 2016

[Belfort Breakdown] Projection "Il s’agit de ne pas se rendre"

Printemps 2006, Toulouse.
La rue déborde du mouvement anti-CPE : grève, cortèges monstres, occupations et blocages.
Deux mois de routine brisée, c’est peu, mais ça laisse du temps pour discuter, s’organiser, se confronter.

Pour continuer sur la dynamique initiée par l’après midi festive du 2 avril contre le réaménagement du quartier ; on projette ce dimanche 17 avril, à la tombée de la nuit, sur la place belfort, le documentaire toulousain "Il ne s’agit de ne pas se rendre", qui relate la lutte contre le CPE dans la ville rose.

L’occas aussi de partager un thé ou un café autour de l’infokiosque !

Dimanche 17 avril
à la tombée de la nuit
Place Belfort
Projection sauvage
"Il s’agit de ne pas se rendre" de Naïma Bouferkas et Nicolas Plotin
+ kawathé/infokiosque

https://iaata.info/Belfort-Breakdown-Pr ... -1150.html
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Re: CPE : Douze semaines de lutte

Messagede Pïérô » 09 Juin 2016, 00:24

CPE : comment Tours avait réagi à l’utilisation du 49-3

La loi El Khomri ne marque pas la première utilisation de l’article 49-3 de la constitution pour faire passer un texte anti-social. La loi sur l’égalité des chances, intégrant le tristement célèbre Contrat Première Embauche (CPE), était également passée par là en 2006. Et cela ne nous avait pas empêchés de nous mobiliser à Tours ! Retour sur les principaux événements.

... http://larotative.info/cpe-comment-tour ... -1601.html
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Le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet 1986

Messagede bipbip » 28 Nov 2016, 18:06

"Devaquet si tu savais", 30 ans après, l'espace d'une génération !
Le mouvement contre la réforme Devaquet, c’était il y a 30 ans, l’espace d'une génération – même si pour les cohortes étudiantes le temps de la génération est plus court, le temps des études, C’est en tous cas plus que les 18 ans qui séparaient les jeunes mobilisés de la grève générale de mai et juin 1968. Retour sur l'évènement, et sur ses traces contemporaines.
... https://blogs.mediapart.fr/robi-morder/ ... generation


1986, le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet, un contenu autogestionnaire balbutiant
Il y a trente ans, à l’automne 1986, un projet de réforme de l’université, le « projet Devaquet » du nom du secrétaire d’Etat de l’époque à l’Enseignement supérieur et à la recherche, provoquait une mobilisation sans précédent depuis les « années 1968 ». Nous ne revenons pas ici sur le contenu précis du projet de réforme ni sur l’évènement qui fait l’objet à l’occasion des commémorations d’initiatives diverses : ateliers archives et mémoires étudiantes, projection-débats, rencontres et cérémonie en l’honneur du jeune Malik Oussékine frappé à mort par les forces de police (voir les annonces et liens après l’article) mais sur deux aspects qui rélèvent de nos préoccupations : la forme de la lutte, et la question des alternatives « en positif » à une réforme gouvernementale.
... http://www.autogestion.asso.fr/?p=6453



1986-2016 : trente ans après la lutte étudiante contre la réforme Devaquet

Le Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME) organise plusieurs initiatives autour du trentenaire de la grande lutte étudiante et jeune contre la réforme Devaquet de 1986.

Les deux prochains rendez-vous sont le 1er décembre à Saint Denis avec la projection-débat du film « Devaquet si tu savais », et le 3 décembre pour une table-ronde suivie d’un pot à la Péniche du Crous.

– 1er décembre http://www.germe-inform.fr/?ai1ec_event ... nce_id=143

– 3 décembre. http://www.germe-inform.fr/?ai1ec_event ... nce_id=140
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Re: Le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet 1986

Messagede bipbip » 06 Déc 2016, 04:52

Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1986, Malik Oussékine assassiné par deux voltigeurs de la police

Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1986 à Paris, en pleine répression du mouvement étudiants/lycéens, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien où il s’était refugié, par deux policiers "voltigeurs" motocyclistes.

Les étudiants, et les lycéens, dénonçaient le projet de loi Devaquet instaurant la sélection à l’entrée de l’université. Le mouvement est marqué par une forte répression policière. De graves affrontements ont lieu en marge des manifestations, faisant des dizaines de blessés dont plusieurs gravement atteints.

À Paris, à la suite d’une manifestation pacifique arrivée à la Sorbonne, au quartier latin, les “voltigeurs” prennent en chasse les jeunes qu’ils croisent. Malik Oussekine, un étudiant marocain de 22 ans, selon toute vraisemblance qui s’était tenu à l’écart du mouvement, sort de son club de jazz favori. Il est minuit. Des “voltigeurs” le remarquent et se lancent à sa poursuite. Malik Oussekine se met à courir. Un témoin qui rentrait chez lui, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l’immeuble, au 20 rue Monsieur le Prince (6ème arrondissement), a pu, seul, déclaré :

« Je rentrais chez moi. Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d’un jeune homme. Je le fais passer et je veux refermer la porte. Deux policiers s’engouffrent dans le hall, se précipitent sur le type réfugié au fond et le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier : “je n’ai rien fait, je n’ai rien fait” ».

... https://rebellyon.info/Dans-la-nuit-du-5-au-6-decembre
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Re: Le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet 1986

Messagede bipbip » 10 Déc 2016, 15:01

1986-2016 : souvenirs d'une répression violente

En décembre 1986, en France, les lycéens, bientôt rejoints par les étudiants et les professeurs, se mobilisèrent contre « la loi Devaquet » qui visait à augmenter le prix des droits d’inscription à l’université. Le mouvement prit une ampleur considérable et la répression ne s’est pas fait attendre face à une contestation aussi légitime que démocratique. Bilan : un mort, Malik Oussékine, et des blessés graves, dont François Rigal, Patrick Berthet, Jérôme Duval [l'auteur de cette tribune] et bien d’autres. 30 ans après, Maurice Duval, père, et Jérôme Duval, fils, se souviennent.

Maurice Duval, père : Quels souvenirs as-tu de la journée du 4 décembre 1986 ?

Jérôme Duval, fils : Organisé pour la mobilisation au Lycée Maurice Ravel et aussi en coordination avec d'autres lycées de Paris, on allait à cette manifestation nationale pour porter nos revendications dont la première était l'abrogation totale du projet de loi. Il y avait tellement de monde (les organisateurs parlaient d'un million de personnes) que nous étions plutôt confiants quant à la victoire du mouvement. Nous étions déterminés et pacifiques, même quand le soir, sur la place des Invalides, les tirs de la police ont commencé à fuser suite à l'annonce de l'échec des négociations et à la position inflexible du gouvernement. À ce moment-là, nous formions une chaîne humaine totalement pacifique avec mon meilleur ami Antoine. Et toi, quels sont tes souvenirs ?

MD : J’étais dans la manifestation avec mes collègues professeurs, le cortège était calme et revendicatif. Je te savais un peu plus loin avec tes camarades de classe. Le soir, en regardant le JT, j'appris qu'il y avait des blessés graves suite aux violentes charges de la police sur nos enfants. Quelques instants plus tard, je reçu un appel de ton ami, il m’annonçait que tu étais hospitalisé en urgence : tu avais reçu une grenade en plein visage…

JD : Oui, un tir tendu, interdit par la loi. Sans rien voir venir, la violence du choc m'a projeté plusieurs mètres en arrière. On m'a porté jusqu'aux secours où les ambulanciers m'ont giflé pour ne pas que je tombe dans le coma. J’ai tout de même eu le temps de voir défiler ma vie. L'impact de la grenade m'a infligé une fracture du maxillaire supérieur, une fracture du nez et une du crâne. J’ai subi une opération en neurochirurgie délicate. Outre l'impact physique à court terme, les dégâts psychologiques sur un jeune de 18 ans en pleine construction de son devenir sont irrémédiables, et il devient très difficile de reprendre une vie « normale » après la convalescence. J'ai été dans l'impossibilité de poursuivre mes études et j'ai dû affronter une longue dépression. On ne se rend généralement pas compte de l’ampleur des conséquences qu’une « bévue » policière peut engendrer sur toute une vie, et de ce qui aurait pu être évité si les ordres avaient été donnés conformément au respect du droit de manifester.

François Rigal, mon voisin de chambre à l’hôpital a, lui, perdu un œil dans les mêmes conditions. Le 6 décembre 1986, Malik Oussekine succombait sous les matraques des brigades de « voltigeurs motorisés » organisées par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua. Ces policiers matraquaient toutes celles et ceux qui se trouvaient sur leur passage. Suite à cela, tu avais créé avec tes amis un Comité des familles pour tenter de nous défendre, c'est bien cela ?

MD : Oui, j’avais créé le Comité des familles de victimes des violences policières de décembre 1986, avec des amis et des sympathisants, aidé en cela par la Ligue des droits de l’homme. Je voulais que justice soit faite, aider les victimes et enfin faire pression pour que ces pratiques cessent. À cette époque, de nombreux jeunes étaient assassinés dans la rue, dans les cités, dans des bars même, souvent des maghrébins mais pas uniquement. Après les années 70 anti-racistes, c’était le retour d’une tendance à la discrimination jusque-là refoulée.

JD : Depuis, les violences policières n'ont cessé de s'accentuer et la criminalisation des mouvements sociaux a pris des proportions inégalées. Ce constat est aggravé par l'impunité qui règne lorsque seule la répression, pour le moins éloignée des principes démocratiques, répond aux contestations pacifiques. Il faut dénoncer avec force la politique de répression qui s’abat sur les manifestants, l’usage disproportionné des grenades de désencerclement et des tirs de flash ball, qui ont fait des centaines de blessé-es, parfois très graves. Ces armes devraient être prohibées et les ordres donnés à la police devraient respecter l'interdiction de lancer des grenades lacrymogènes en tir tendu, dont l'impact peut s'avérer mortel. Le dernier rapport de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) montre qu'en France, le nombre de personnes tuées par la police ne cesse de croître pour s'établir à une moyenne de 14 décès par an en 2014, 6 de plus qu'une décennie plus tôt. En 1986, la répression protégeait-elle un enjeu particulier à travers ce projet de loi ?

MD : Il s’agissait-là d’une des premières lois libérales concernant l’éducation, c’est-à-dire touchant l’outil qui permet la réflexion, ennemi potentiel du libéralisme. Dès lors qu’une manifestation remet un peu trop le pouvoir en question, celui-ci la réprime en usant de moyens disproportionnés. Dis-moi, est-ce que ce traumatisme aurait pu te démobiliser et te retirer l’envie de lutter contre l’injustice ?

JD : Tout le contraire. La répression, toute violente qu’elle soit, n’a heureusement jamais eu raison du combat mené pour la justice, le respect des droits et la sauvegarde de la démocratie. Finalement, c’est aussi l'histoire d'une victoire, car le projet de loi Devaquet a été retiré suite à la mobilisation.

MD : Oui, et cela montre que les grandes mobilisations, si elles sont unitaires, peuvent déboucher sur des victoires. Quand on lutte contre l’injustice, on n’est jamais sûr de gagner, mais quand on ne se mobilise pas on est sûr de perdre !


http://www.politis.fr/articles/2016/12/ ... nte-35896/

JA2 20H JEROME DUVAL 05 DECEMBRE 1986

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Re: Le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet 1986

Messagede bipbip » 18 Déc 2016, 17:37

Mouvement étudiant et lycéen de 1986 : Un printemps en hiver

1986 marque le retour de la droite aux affaires. Surfant sur la vague libérale venue des Etats-Unis (Reagan) et de Grande-Bretagne (Thatcher), et s’appuyant sur le ralliement du Parti socialiste à ces mêmes politiques néolibérales, le gouvernement de Jacques Chirac entreprend une politique de privatisation de banques et d’entreprises publiques issues pour l’essentiel des nationalisations de 1981. Sous la pression du Front national qui progresse à chaque élection et fait élire 35 députés à l’assemblée nationale en mars 1986 grâce au scrutin proportionnel, la majorité de droite entend s’attaquer au droit du sol pour limiter l’accès à la nationalité française. Enfin au ministère de l’Intérieur, le tandem Pasqua-Pandraud incarne un renforcement des politiques sécuritaires. Mais il se heurte très vite à une résistance étudiante puis cheminote qui font preuve d’une capacité d’auto-organisation remarquable.

La volonté de privatisation du nouveau pouvoir touche également l’éducation nationale même si elle ne prend pas les mêmes formes. L’enseignement supérieur est la cible d’attaques à la fois libérales, conservatrices et corporatistes de la part des partis de droite, mais aussi de leurs groupes de pression et de leurs officines universitaires à la tête desquels on trouve l’Union nationale universitaire (UNI).

Avec le projet de loi du ministre de l’enseignement supérieur Alain Devaquet, ces lobbys obtiennent satisfaction d’une bonne partie de leurs revendications parmi lesquelles l’autonomie des universités et donc le retour à une organisation en facultés corporatistes comme avant 1968. Les universités pourraient délivrer leurs diplômes, ce qui mettrait fin à leur caractère national et créerait une hiérarchie entre les universités selon leurs moyens. Mais ce qui met les étudiant-e-s et les lycéen-ne-s dans la rue, c’est surtout l’instauration d’une sélection à l’entrée de l’université en plus du bac et la forte augmentation des droits d’inscription, renforçant ainsi le caractère de classe de l’enseignement supérieur.

Les facs se réveillent

Les premières mobilisations débutent par quelques manifestations de protestation dans plusieurs villes (Brest, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Quimper), entre le 30 avril et fin mai. Elles s’amplifient à l’automne 1986. Les deux UNEF, l’UNEF ID (indépendance et démocratie proche du PS) et l’UNEF SE (solidarité étudiante, proches du Parti communiste) combattent le projet de loi adopté en conseil des ministres le 11 juillet, mais ne revendiquent pas ouvertement son retrait.

Au mois d’octobre, dès la rentrée universitaire des étudiant-e-s voulant agir pour le retrait de ce projet de loi constituent des collectifs de mobilisation dans nombre d’universités. Ces derniers rassemblent aussi bien des syndicalistes étudiant-e-s n’acceptant pas l’opposition poussive des deux UNEF, que des libertaires, des trotskystes ou encore des étudiant-e-s sans affiliation.

Ces collectifs mettent en œuvre un travail d’information et de sensibilisation. Ils font connaître le texte de la contre-réforme et leurs analyses critiques à travers des panneaux d’affichage, des stands d’information, des diffusions de tracts et des assemblées générales qui connaissent alors une participation modeste mais sans cesse croissante.

Les syndicats étudiants opposés au projet de loi Devaquet et ces collectifs appellent à participer aux manifestations et à la journée de grève de la fonction publique le 21 octobre. La mobilisation étudiante y est bien plus forte qu’au printemps. Le même jour 400 étudiant-e-s de l’université de Caen réuni-e-s en assemblée générale à l’initiative de l’UNEF-ID, animée dans cette ville par des militant-e-s des Jeunesses communistes révolutionnaires et de la Ligue communiste révolutionnaire, lancent un appel revendiquant le retrait du projet Devaquet et invitant à constituer partout en France des comités de mobilisation regroupant syndiqué-e-s et non syndiqué-e-s.

Pour autant l’UNEF-ID reste attentiste et son bureau national refuse d’appeler à la grève. De leur côté une dizaine de comités de mobilisations se réunissent à Caen sur la base de l’appel de Caen. Ils appellent à la grève générale et à la tenue d’une réunion de coordination de tous les comités à la fac de Jussieu (Paris) le 21 novembre.

Du sang sur les pavés

Le 17 novembre, l’assemblée générale étudiante de Villetaneuse vote la grève. Elle est suivie par celle de Caen le 18. La grève s’étend aussitôt en région parisienne, puis dans les autres régions. L’UNEF-ID, débordée, est obligée de se rallier au mouvement. La grève se généralise et s’étend aux lycées. La coordination nationale lycéenne tient sa première assemblée le 25 novembre. Une première manifestation avec montée nationale à Paris se tient le 27 novembre, elle rassemble des centaines de milliers d’étudiant-e-s et de lycéen-ne-s, alors que les députés débattent du projet de loi à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement commence à être sérieusement bousculé au point que Monory, le ministre de l’éducation nationale, annonce le réexamen des points litigieux du projet.

Le 4 décembre la manifestation est encore plus massive, elle se termine par des affrontements entre des groupes de manifestant-e-s et la police aux Invalides. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, des policiers matraquent un étudiant, Malik Oussekine, alors qu’il rentre chez lui, il décède des suites des coups reçus.

Devaquet démissionne le 6 décembre. La coordination nationale étudiante lance un appel à la population et aux confédérations syndicales pour qu’elles soutiennent et protègent par leur présence les manifestations face à la répression policière. Dans plusieurs villes étudiant-e-s et lycéen-ne-s se rendent dans des entreprises pour rencontrer les syndicats dans ce but, parfois à l’occasion d’heures d’information syndicale, c’est le cas à EDF, à la poste, à la SNCF et à Renault notamment. Chirac sous le pression de la jeunesse soutenue par la majeure partie de la population retire finalement le projet de loi le 8 décembre. Le 10 décembre entre 300 000 et 400 000 personnes manifestent silencieusement à Paris avec le mot d’ordre Plus jamais ça. La coordination étudiante prononce sa dissolution le 12 décembre après avoir appelé à la tenue d’états généraux en vue de proposer une autre réforme de l’université. Ceux-ci se tiennent à Saint-Denis en mars 1987.

La grève a duré 3 semaines mais elle marque toute une génération, nombre de jeunes se conscientisent et sortent de la léthargie dans laquelle l’expérience du gouvernement PS-PC a plongé les travailleurs-ses et la jeunesse de 1981 à 1986. Mais ce qui reste un des principaux acquis de ce mouvement est sa capacité d’auto-organisation (comités de mobilisation, comités de grève, coordinations). Cette dernière déteint sur la grande grève des cheminot-e-s de décembre 1986 - janvier 1987, celles des instituteurs en 1987 ou des infirmier-e-s en 1988. Cette influence est durable et peut s’apprécier dans l’évolution du syndicalisme ouvrier, puisque ce mode d’organisation est revendiqué alors par une partie de l’opposition CFDT, puis par les syndicats SUD.

Laurent Esquerre (AL Aveyron)



Les libertaires dans les grèves lycéennes et étudiantes

C’est peu dire que les libertaires étaient comme des poissons dans l’eau en novembre-décembre 1986. Certain-e-s sont alors organisé-e-s à la Fédération anarchiste, d’autres à l’Union des travailleurs communistes libertaires ou à l’Organisation communiste libertaire. La plupart ne sont pas affilié-e-s à ces organisations et se retrouvent dans des collectifs libertaires locaux brassant différentes sensibilités. On les retrouve dans des grèves et dans les structures d’auto-organisation plus à l’échelle locale que nationale. Une partie de ces collectifs tentent de se coordonner notamment à l’initiative de la Coordination libertaire étudiante de Nanterre qui compte une vingtaine de membres dans cette fac, mais malgré une réunion dans ce sens. Le mouvement de grève ne débouche sur aucune structuration. C’est la raison pour laquelle les jeunes de l’Union des travailleurs communiste libertaire créent le Collectif jeune libertaire à la fois distinct et proche de l’UTCL. Le CJL diffuse son premier tract le 10 décembre à Paris, lors de la grande manifestation à la mémoire de Malik Oussekine. Il développe ses activités et implantations à l’échelle nationale jusqu’en 1991, date à laquelle la majorité de ses membres décide de participer à la création d’Alternative libertaire.

http://www.alternativelibertaire.org/?M ... -lyceen-de
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Re: Le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet 1986

Messagede bipbip » 29 Déc 2016, 15:27

Hiver 1986 : le printemps de la jeunesse

En novembre-décembre 1986, le projet de loi Devaquet fait débrayer les facs et les lycées. Le mouvement est massif, et subit les violences policières qui culminent avec l’assassinat de Malik Oussekine. La révolte est profonde, une nouvelle génération militante s’affirme.

1986 marque le retour de la droite aux affaires. Surfant sur la vague libérale venue des Etats-Unis (Reagan) et de Grande-Bretagne (Thatcher), et s’appuyant sur le ralliement du Parti socialiste à ces mêmes politiques néolibérales, le gouvernement de Jacques Chirac entreprend une politique de privatisation de banques et d’entreprises publiques issues pour l’essentiel des nationalisations de 1981.

Sous la pression du Front national qui progresse à chaque élection et fait élire 35 députés à l’assemblée nationale en mars 1986 grâce au scrutin proportionnel, la majorité de droite entend s’attaquer au droit du sol pour limiter l’accès à la nationalité française. Enfin au ministère de l’Intérieur, le tandem Pasqua-Pandraud incarne un renforcement des politiques sécuritaires. Mais il se heurte très vite à une résistance étudiante puis cheminote qui font preuve d’une capacité d’auto-organisation remarquable.

La volonté de privatisation du nouveau pouvoir touche également l’éducation nationale même si elle ne prend pas les mêmes formes. L’enseignement supérieur est la cible d’attaques à la fois libérales, conservatrices et corporatistes de la part des partis de droite, mais aussi de leurs groupes de pression et de leurs officines universitaires à la tête desquels on trouve l’Union nationale universitaire (UNI).

Avec le projet de loi du ministre de l’enseignement supérieur Alain Devaquet, ces lobbys obtiennent satisfaction d’une bonne partie de leurs revendications parmi lesquelles l’autonomie des universités et donc le retour à une organisation en facultés corporatistes comme avant 1968. Les universités pourraient délivrer leurs diplômes, ce qui mettrait fin à leur caractère national et créerait une hiérarchie entre les universités selon leurs moyens. Mais ce qui met la jeunesse scolarisée dans la rue, c’est surtout l’instauration d’une sélection à l’entrée de l’université en plus du bac et la forte augmentation des droits d’inscription, renforçant ainsi le caractère de classe de l’enseignement supérieur.

Les facs se réveillent

Les premières mobilisations débutent par quelques manifestations de protestation dans plusieurs villes (Brest, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Quimper), entre le 30 avril et fin mai.

Elles s’amplifient à l’automne 1986. Les deux Unef, l’Unef-ID (« indépendante et démocratique », proche du PS) et l’Unef-SE (« solidarité étudiante », proche du PCF) combattent le projet de loi adopté en conseil des ministres le 11 juillet, mais ne revendiquent pas ouvertement son retrait.

Au mois d’octobre, dès la rentrée universitaire des étudiant-e-s voulant agir pour le retrait de ce projet de loi constituent des collectifs de mobilisation dans nombre d’universités. Ces derniers rassemblent aussi bien des syndicalistes étudiant.es n’acceptant pas l’opposition poussive des deux Unef, que des libertaires, des trotskystes ou encore des étudiant.es sans affiliation.

Ces collectifs mettent en œuvre un travail d’information et de sensibilisation. Ils font connaître le texte de la contre-réforme et leurs analyses critiques à travers des panneaux d’affichage, des stands d’information, des diffusions de tracts et des assemblées générales qui connaissent alors une participation modeste mais sans cesse croissante.

Les syndicats étudiants opposés au projet de loi Devaquet et ces collectifs appellent à participer aux manifestations et à la journée de grève de la fonction publique le 21 octobre. La mobilisation étudiante y est bien plus forte qu’au printemps. Le même jour 400 étudiantes et étudiants de l’université de Caen, réunis en assemblée générale à l’initiative de l’Unef-ID, animée dans cette ville par des militantes et des militants des Jeunesses communistes révolutionnaires et de la Ligue communiste révolutionnaire, lancent un appel revendiquant le retrait du projet Devaquet et invitant à constituer partout en France des comités de mobilisation regroupant syndiqué.es et non syndiqué.es.

Pour autant l’Unef-ID reste attentiste et son bureau national refuse d’appeler à la grève. De leur côté une dizaine de comités de mobilisations se réunissent à Caen sur la base de l’appel de Caen. Ils appellent à la grève générale et à la tenue d’une réunion de coordination de tous les comités à la fac de Jussieu (Paris) le 21 novembre.

Du sang sur les pavés

Le 17 novembre, l’assemblée générale étudiante de Villetaneuse vote la grève. Elle est suivie par celle de Caen le 18. La grève s’étend aussitôt en région parisienne, puis dans les autres régions.

L’UNEF-ID, débordée, est obligée de se rallier au mouvement. La grève se généralise et s’étend aux lycées. La coordination nationale lycéenne tient sa première assemblée le 25 novembre.

Une première manifestation avec montée nationale à Paris se tient le 27 novembre, elle rassemble des centaines de milliers d’étudiant.es et de lycéen.nes, alors que les députés débattent du projet de loi à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement commence à être sérieusement bousculé au point que Monory, le ministre de l’éducation nationale, annonce le réexamen des points litigieux du projet.

Le 4 décembre la manifestation est encore plus massive, elle se termine par des affrontements entre des groupes de manifestant.es et la police aux Invalides. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, des policiers matraquent un étudiant, Malik Oussekine, alors qu’il rentre chez lui. Il décède des suites des coups reçus.

Devaquet démissionne le 6 décembre. La coordination nationale étudiante lance un appel à la population et aux confédérations syndicales pour qu’elles soutiennent et protègent par leur présence les manifestations face à la répression policière. Dans plusieurs villes, étudiant.es et lycéen.nes se rendent dans des entreprises pour rencontrer les syndicats dans ce but, parfois à l’occasion d’heures d’information syndicale, c’est le cas à EDF, à la poste, à la SNCF et à Renault notamment. Chirac, sous le pression de la jeunesse soutenue par la majeure partie de la population, retire finalement le projet de loi le 8 décembre.

Le 10 décembre entre 300.000 et 400.000 personnes manifestent silencieusement à Paris avec le mot d’ordre « Plus jamais ça ». La Coordination étudiante prononce son autodissolution le 12 décembre après avoir appelé à la tenue d’états généraux en vue de proposer une autre réforme de l’Université. Ceux-ci se tiennent à Saint-Denis en mars 1987.

La grève a duré trois semaines mais elle marque toute une génération. Nombre de jeunes se conscientisent et sortent de la léthargie dans laquelle l’expérience du gouvernement PS-PCF a plongé le mouvement social de 1981 à 1986. Mais ce qui reste un des principaux acquis de ce mouvement est sa capacité d’auto-organisation (comités de mobilisation, comités de grève, coordinations). Cette dernière déteint sur la grande grève du rail de décembre 1986-janvier 1987, celles des instituteurs en 1987 ou des infirmières en 1988. Cette influence est durable et peut s’apprécier dans l’évolution du syndicalisme ouvrier, puisque ce mode d’organisation est revendiqué alors par une partie de l’opposition CFDT, puis par les syndicats SUD.

Laurent Esquerre (AL Aveyron)



DANS LE FEU DE L’ACTION : LA CRÉATION DU COLLECTIF JEUNES LIBERTAIRES

C’est peu dire que les libertaires étaient comme des poissons dans l’eau en novembre-décembre 1986. Une partie sont alors organisé.es dans la Fédération anarchiste, dans l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) ou dans l’Organisation communiste libertaire (OCL). La plupart ne sont pas affilié.es à ces organisations et agissent dans des collectifs libertaires locaux brassant différentes sensibilités. On les retrouve dans des grèves et dans les structures d’auto-organisation, plus à l’échelon local que national.

Une partie de ces collectifs tentent de se coordonner notamment à l’initiative de la Coordination libertaire étudiante (CLE) de Nanterre, qui compte une vingtaine de membres dans cette fac. Mais malgré une réunion dans ce sens, l’appel de la CLE ne débouche sur aucune structuration. C’est la raison pour laquelle les jeunes de l’UTCL créent le Collectif jeunes libertaires (CJL) à la fois distinct et proche de l’UTCL. Le CJL diffuse son premier tract le 10 décembre à Paris, lors de la grande manifestation en mémoire de Malik Oussekine. Il développe ses activités et implantations à l’échelle nationale jusqu’en 1991, date à laquelle la majorité de ses membres décide de participer à la création d’Alternative libertaire.


http://www.alternativelibertaire.org/?1 ... eunesse-un
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Re: Le mouvement étudiant contre la réforme Devaquet 1986

Messagede bipbip » 05 Fév 2017, 18:02

Paris mercredi 8 février 2017

Projection-débat « Devaquet, si tu savais »

à 18h30, Campus Jussieu, Amphi Astier, 4 place Jussieu, Paris 5e

Pour un enseignement de qualité,
Contre la privatisation des universités,
Non aux fusions !

En présence de
• Francis Kandel (co-réalisateur),
• Robi Morder (président du GERME)
• un-e archiviste de La Cité des mémoires étudiantes

En 1986, le ministre Alain Devaquet présente un projet de réforme de l'université. Ses maîtres mots : sélection, hausse des droits d'inscription, autonomie, pôles pluridisciplinaires. Déjà le vent libéral se levait. Mais en moins de quatre semaines, du 17 novembre au 10 décembre 1986, une puissante grève générale étudiante et lycéenne obligeait le gouvernement à retirer son projet et ceux qui allaient suivre, comme celle du Code de la nationalité.

Si la réforme Devaquet a été la dernière tentative de réforme sélective globale de l'université, en trente ans, par petites touches (Loi Pécresse pour l'autonomie en 2007, selection en master en 2016, fusions aujourd'hui), insidieusement la logique libérale sape les bases du service public. Revenir sur 1986 permet de penser la résistance sociale en 2017.

Comment s'est constituée l'auto-organisation des étudiants ? Quelles revendications ont permis de gagner ? L'indépendance vis-à-vis des partis politiques ? La place des syndicats ? Comment le lien s'est-il fait avec le monde du travail ? Qu'estce qui a changé ces 30 dernières années ? Le Comité de mobilisation de Paris 6, le GERME (Groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants), Solidaires étudiant-e-s Jussieu et la Cité des mémoires étudiantes vous invitent à venir en débattre.

https://paris.demosphere.eu/rv/52924

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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 27 Juil 2017, 21:31

1986 - Mouvement contre la réforme Devaquet

Dossier, nombreux textes, articles, tracts : http://archivesautonomies.org/spip.php?rubrique52
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede Pïérô » 17 Sep 2017, 04:28

Toulouse mercredi 20 septembre 2017

Ciné militant : 2006-2017 CPE et Loi Travail à Toulouse

à 20h, ESAV (Ecole Supérieure d'Audio-Visuel), 26 rue du Taur, Toulouse

Image

Dans le cadre du Fifigrot - Festival Groland à Toulouse :
projection-discussion autour de la sortie de notre film "Sous les briques roses, la rage" revenant sur le mouvement contre la (première) loi travail à Toulouse accompagné de "Il s'agit de ne pas se rendre" revenant sur le CPE.
Une rapide présentation des 2 films sera effectuée puis la projection aura lieu (2h) suivie de retours sur les films !

Pour les absent-e-s, une seconde projection est prévue samedi 23/09 à 14h30 toujours à l'ESAV (Rue du Taur) / métro Capitole.

https://toulouse.demosphere.eu/rv/15931
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 16 Déc 2017, 19:55

Retour sur une victoire

La mobilisation victorieuse du printemps 2006 contre le CPE

Le 16 et le 23 janvier 2006, Dominique de Villepin, alors premier ministre de Jacques Chirac annonçait et accélérait la procédure d’adoption du Contrat Première Embauche (CPE), article 8 de la loi « pour l’égalité des chances ». La contestation immédiatement suscitée par ces annonces se cristallise autour du CPE, réservé aux moins de 26 ans, qui prévoyait d’étendre la période d’essai préalable aux CDI à deux ans durant lesquels le patron aurait pu licencier sans motif. Néanmoins la contestation s’étend à l’ensemble de la "loi pour l’égalité des chances » dans laquelle le CPE s’inscrit et qui prévoyait en outre l'apprentissage dès 14 ans, la suppression des allocations familiales en cas d'absences répétées aux cours (dit « Contrat de responsabilité parentale ») et le travail de nuit dès 15 ans. La contestation, essentiellement étudiante et lycéenne mais également soutenue par les syndicats et partis politiques de l’opposition, embrase les milieux scolaires puis les entreprises privées et publiques durant les mois de février, mars et avril de l’année 2006. Le 10 avril, Villepin recule face à la force et à la détermination de la jeunesse et des travailleurs mobilisés. Dans ce contexte de lutte désordonnée contre la loi travail XXL que d’immenses masses de travailleurs et de jeunes aimeraient voir prendre le chemin du CPE, L’Etincelle propose de revenir sur cette mobilisation victorieuse pour essayer d’en comprendre les leçons.

Une première déflagration au niveau de celles du printemps 2016 et de cette rentrée 2017

Dès la fin janvier, des collectifs anti-CPE se mettent en place et la contestation s’amorce. Elle prend racine le 7 février, jour de la première manifestation unitaire qui réunit près de 400 000 personnes. Dès les premières heures du mouvement, la mobilisation se dote de collectifs qui progressivement s’auto-organisent comme les rouages et les pilotes de la contestation et jouent un rôle déterminant dans la victoire. Le 18 février, les étudiants mobilisés de l’université de Rennes II lancent l’initiative d’une coordination nationale étudiante (CNE), organe temporaire dont le but était de doter la mobilisation de ses propres mots d’ordres et objectifs, sans en passer par la médiation des organisations permanentes, syndicats et partis politiques. La mobilisation s’ancre définitivement le 7 mars, soit un mois plus tard, lors de la nouvelle journée de grèves et de manifestations appelée à l’unisson par les syndicats étudiants et de travailleurs, ainsi que par la CNE réunie à l’université de Rennes II. Cette manifestation est un succès, le nombre de manifestants passe du simple au double pour atteindre pratiquement 1 000 000 dans tout le pays. 39 universités et des dizaines de lycées sont en grèves avec pour la plupart la mise en place de piquets de grève. Dans les semaines qui suivent, les piquets de grève sont maintenus dans nombre d’universités et 84 ont rejoint le mouvement. Les 14, 16, 18, 21, 23 et 28 mars sont organisés des manifestations monstres, notamment le 28 qui voit se réunir, dans le cadre d’une grève interprofessionnelle et scolaire, près de 3 000 000 de personnes. Le 31 mars, le gouvernement, malgré l’adoption de la loi au parlement, vacille et appelle à l’ouverture de négociations qui seront largement boycottées par les syndicats. La mobilisation au contraire ne faiblit pas, le front syndical ne se morcelle pas et la jeunesse scolarisée continue de mener son mouvement grâce notamment au dynamisme extraordinaire de ses coordinations nationales étudiantes et lycéennes. Le 4 avril, une nouvelle grève interprofessionnelle et scolaire permet de réunir encore 3 000 000 de personnes, tandis que le mouvement affecte désormais fortement les transports, les établissements scolaires du primaire et du secondaire. Deux jours plus tard la grève est reconduite, et de très nombreuses actions de blocages sont mises en place par la jeunesse mobilisée. Le 10 avril sonne le glas du CPE, article 8 de la loi pour l’égalité des chances dont le reste sera conservé. Cette annonce conduit de nombreuses assemblées générales à voter la fin de la grève. Néanmoins le mouvement se poursuit, notamment sous la direction de la CNE qui se réunit encore à trois reprises dont la dernière a lieu à Toulouse les 6 et 7 mai 2006 et dont les mots d’ordre exigent, en outre, le retrait de la totalité de la loi « pour l’égalité des chances ».

Les coordinations nationales étudiantes et lycéennes, outils centraux pour la victoire

De tous les facteurs qui ont permis à cette mobilisation du printemps 2006 d’obtenir une franche et nette victoire sur le gouvernement Villepin, les coordinations nationales mises en place par les étudiants et les lycéens font assurément partie des plus déterminants. Dès le 18 février, les étudiants de Rennes II appellent à la constitution de cet organe d’auto-organisation du mouvement étudiant. La CNE se réunira, de février à mai, onze fois, dont deux en amont de la date déterminante du 7 mars, et 3 après l’abrogation du CPE. La sixième rencontre de la CNE qui a lieu à Aix voit la déclinaison de sa plate-forme en une plate-forme étudiante d’un coté et lycéenne de l’autre, accordant une autonomie propre au mouvement lycéen, mobilisé en son propre nom et formulant spécifiquement ses revendications. Il nous faut aujourd’hui encore en premier lieu encourager et construire partout des cadres d’auto-organisation de nos mouvements parce que ces cadres permettent de doter le mouvement de revendications qui lui sont propres et de lui donner une direction qui soit la plus juste possible en tant précisant qu’ils émanent de son sein. Une coordination puissante exerce une grande pression à l’unité du front syndical et politique, donnée essentielle pour obtenir la victoire. De plus une CNE, composée de délégués élus et révocables, diminue considérablement les risques de récupération et de manoeuvres politiques au sein même du mouvement. Enfin, elle permet de maintenir les revendications dans la temporalité du mouvement lui-même et de refuser fermement tout report ou temporisation visant à inverser le rapport de force, au contraire des organisations permanentes qui y cèdent sans cesse, à l’image des syndicats en 2010. Les coordinations nationales, et plus largement les cadres d’auto-organisation, sont les cadres qui permettent au mouvement de se doter d’une voix politique propre et de se soustraire à l’opportunisme politique des directions syndicales et des appareils.

La CNE a notamment permis au mouvement contre le CPE de résister un mois, entre le 7 février et le 7 mars, sans appel unitaire à la grève en maintenant le cap de la grève et des revendications tout en renforçant progressivement le mouvement. C’est de ce cadre que nous aurions besoin pour faire face à la désorganisation volontaire du mouvement qui actuellement peine à trouver la marche à suivre pour se prolonger et se renforcer. Il nous faudrait réactiver dès que cela est possible les acquis formidables de cette période en matière d’auto-organisation qui ont atteint au travers des CNE/CNL, un niveau d’avancement pratiquement inégalé dans l’histoire du mouvement étudiant, afin de fixer une stratégie crédible pour obtenir la victoire.

Les revendications et les appels des coordinations : une force tactique et politique concrète

Massification et coordination auto-organisée ont été les deux piliers de l’efficacité spectaculaire du mouvement contre le CPE. Or l’un et l’autre ne peuvent aller séparément. Les mouvements de masses sans force d’autonomie sont réduits à être le jouet des directions syndicales, promptes à la négociation et à la trahison. Mais l’auto-organisation sans massification ou sans effort de massification du mouvement vire à l’auto-proclamation et se bureaucratise. C’est le double écueil que le mouvement scolaire de 2006 a réussi à éviter. Les coordinations sont parvenus efficacement à donner au mouvement étudiant une boussole stratégique en appelant notamment à la grève les jours de manifestations et, au travers des appels de Toulouse et de Jussieu (Paris), à la grève reconductible à partir du 7 mars, nouvelle date unitaire posée par l’intersyndicale faisant de cette date le tournant stratégique majeur du mouvement. Ces mots d’ordre ont permis au mouvement de s’orienter et de se donner des objectifs clairs : tenir jusqu’à ce que le mouvement soit rejoint par les travailleurs appelés inlassablement à la grève générale par les coordinations de Rennes, Toulouse, Jussieu, Poitiers, Dijon, Aix-en-Provence, Lille et Lyon. Seule la clarté et la volonté ferme de construire la grève reconductible et non pas seulement interprofessionnelle peuvent nous permettre de sortir du marasme des mouve-ments qui n’en ont pas fini de commencer. Nous devons exiger, grâce à nos forces auto-organisées émanant de nos assemblées générales, que les négociations soient boycottées par les directions de nos syndicats et la grève reconduite dans l’unité.


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