Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 06 Jan 2018, 20:04

Tracts et brochures du Mouvement contre le CPE (2006)

Cette recension ne se veut en rien exhaustive. Elle est pour le moment en travaux et donc a-chronologique. Si vous constatez des oublis, merci de nous signalez les textes (soit en nous les envoyant directement, soit en nous suggérant où on peut les trouver)

... http://archivesautonomies.org/spip.php?article103
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede Pïérô » 09 Fév 2018, 12:45

« Sélection à l’Université, un mort » : le mouvement contre la loi Devaquet à Tours

En 1986, un vaste mouvement étudiant et lycéen avait combattu le projet de loi Devaquet, qui prévoyait notamment d’instaurer une sélection à l’entrée des universités. Cette mobilisation victorieuse a été marquée par la mort Malik Oussékine, assassiné par les forces de l’ordre le 6 décembre. Retour sur les événements à Tours.

... https://larotative.info/selection-a-l-u ... -2624.html
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 12 Mar 2018, 19:47

Projection de « Les lascars du LEP électronique »

Brest Jeudi 15 mars 2018
à 18h, à la fac Ségalen (centre-ville de Brest)
Popcorn à prix libre

La RAD’, collectif autonome d’étudiant-es, organise une projection de « Les Lascars du LEP électronique » (1986). Ce film est autoréalisé par des élèves de LEP à la fin de l’année 1986, et revient sur le mouvement étudiant et lycéen mobilisé contre le projet de loi Devaquet la même année.

La RAD’, c’est quoi ?
Un collectif autonome d’étudiant-es qui s’organise face à l’aseptisation des universités, à la professionnalisation de la fac, à la précarisation généralisée et voulue par les gouvernements successifs.
Nous souhaitons ramener du politique à la fac, créer des espaces de discussion, de contestation, de réflexion politique ; des espaces pour nous organiser collectivement contre ce(ux) qui nous opprime.

... https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article925
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede Pïérô » 17 Mar 2018, 08:25

Projection-débat : On A Voulu Nous Rendre Con C’est Raté !

Paris, dimanche 18 mars 2018
à 16h30, Librairie du Monde libertaire - Publico, 145 rue Amelot

Nous vous proposons un retour sur le mouvement contre la réforme Devaquet en 1986, à l’heure où la jeunesse se mobilise contre la sélection à l’entrée à l’université. Un groupe de lycéens, Les lascars du LEP électronique, vont alors s’exprimer à travers des tracts qui critiqueront l’éducation, les profs, les étudiants, le travail…
Ce documentaire, « On a voulu nous rendre con c’est raté ! », est aussi une réflexion sur la lutte des classes au sein d’un mouvement…

Projection à l’initiative du groupe libertaire d’Ivry.
Entrée libre

Image

Image

Un tract des lascars :

Nous avons commencé à débrayer quand le bruit du mouvement est parvenu jusqu’à nous. Tout d’abord nous n’avons pas bien saisi. Contre quoi se battaient les étudiants ? Nous ne le savions pas. Mais ils se battaient contre… quelque chose et ça nous plaisait bien.

Nous sommes descendus dans la rue pour rompre la monotonie de l’école et parce que nous aussi nous étions violemment contre… quelque chose ! Mais quoi ? Ça, ça restait à préciser.

Quand nous sommes descendus dans la rue, nous y avons amené tout ce que nous aimions dans le bahut, nos amis, nos copains, la rigolade, la joie et l’amitié. Nous nous sommes parlé comme jamais nous ne nous étions parlé, et ça nous a vachement plu. Le lycée, ça n’était donc pas les murs, ça n’était pas le programme ? C’ÉTAIT NOUS ! TOUS ENSEMBLE !

En parlant, en courant, en réfléchissant, en discutant vite, très vite, nous avons compris beaucoup de choses.

Les étudiants se battent contre la loi Devaquet qui aggrave la sélection à l’université où nous n’irons jamais ! Mais la sélection on connaît ! On a déjà donné, très tôt, des gens « intelligents » nous ont orientés vers des filiales courtes, les LEP. En nous faisant bien sentir qu’on était incapables de faire autre chose et qu’après l’école ce serait (si nous trouvions du travail) encore pire. Il paraît que nous, c’est la loi Monory qui nous « concerne » et qu’elle aussi elle sera pire.

Pire que quoi ? Comment ? On voit pas très bien !

De toute façon, cette loi, on n’a pas besoin de la connaître pour la refuser ! Car nous ne voulons plus ce qu’on a qui est misérable, et c’est pas pour en demander plus, ni moins. Plus de quoi, moins de quoi ! Qu’est-ce que ça change ? Être plus rentable pour ceux qui nous ferons trimer ? Merci bien !

ÇA NOUS INTÉRESSE PAS. TROUVEZ AUTRE CHOSE !

Nos professeurs nous entretenaient (sans conviction) dans l’illusion que nos diplômes, à condition que nous soyons travailleurs, ponctuels, attentifs, consciencieux, nous donneraient une place, oh ! pas merveilleuse, mais enfin une place tout de même : que nos études conditionneraient notre place dans le monde du travail. Il nous semble plutôt que c’est notre travail futur qui conditionne (déjà) nos études.

ÇA PROMET !

Nous, on pensait s’en tirer autrement, par la musique, les voyages, le théâtre, l’amitié, tout ça… qu’on se débrouillerait, sans trop savoir comment, pour y échapper, en attendant on se taisait pour pas les vexer, les contrarier…, mais aussi parce qu’on voyait bien, au fond, qu’on était coincés, seuls, isolés.

Maintenant on sait : ça n’était pas un problème personnel, individuel.

C’est notre problème à tous !

En refusant passivement hier, activement aujourd’hui, l’école, c’est le travail et la vie de con qu’on nous a gentiment préparée que nous refusons ! Nous discutons, nous réfléchissons, nous rigolons bien, MAIS NOUS SOMMES TRÈS SÉRIEUX !

Vous avez failli nous avoir, c’est raté !

On a entrevu autre chose. On va foncer. Ça va chier !
Des lascars du LEP électronique, 1986


http://www.librairie-publico.info/?p=3070
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 21 Oct 2018, 20:16

Retour vers le mouvement étudiant contre la loi Devaquet de 1986
Un hiver chaud

paru dans CQFD n°142 (avril 2016), par Christophe Goby, illustré par Jean-Claude Coutausse
mis en ligne le 20/10/2018

Il y a trente ans, la jeunesse était dans la rue contre la loi Devaquet. Coordination, occupation, blocages, manifs, rédaction de tracts, banderoles, tout se réinvente. Témoignages d’une entrée en politique.

... http://cqfd-journal.org/Un-hiver-chaud
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 02 Nov 2018, 18:17

Les étudiants en lutte contre le CPE (2006)

Lorsque le 16 janvier 2006, Dominique de Villepin, alors Premier ministre, annonce la création du Contrat première embauche (CPE), il est loin de s’imaginer qu’il vient de déclencher l’une des plus grandes mobilisations étudiantes que la France ait alors connue depuis plus de 20 ans (1). En ce début d’année, le gouvernement français cherche à refermer la plaie ouverte par les émeutes de banlieue durant l’automne 2005. Avec la création de la loi sur l’égalité des chances, il dit vouloir renforcer la lutte contre les discriminations et favoriser l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi. Cependant, ses propositions sont loin de faire l’unanimité. Pire, certaines d’entre-elles, comme la création du Contrat première embauche, provoquent la défiance d’une grande partie de la jeunesse. Article 8 de la loi, le CPE va être à l’origine d’un mouvement étudiant d’ampleur touchant la quasi-totalité des universités du pays entre fin janvier et début avril 2006. Le 28 mars, ce seront même près de 3 millions de personnes qui défileront dans toute la France pour réclamer son abrogation. Une mobilisation de masse qui participera inévitablement au succès de cette lutte sociale.

Ils ont dit « non », à la précarisation de la jeunesse

En janvier 2006, le taux de chômage des jeunes (2) passe la barre des 22%. En effet, bien qu’étant plus diplômés que leurs ainés, ceux-ci rencontrent davantage de difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi. A la sortie de leurs études, certains sont contraints d’affronter l’inactivité, parfois même pendant plusieurs années. Les difficultés sont encore plus grandes pour ceux qui ont quitté leur cursus avant même l’obtention du diplôme. Trouver un logement voire même parfois se soigner deviennent alors des défis de tous les instants.

Face à cet état des choses, le gouvernement de Dominique de Villepin propose le 16 janvier 2006, sans qu’il n’y ait eu de concertation au préalable, la mise en place du Contrat première embauche. Ce contrat de travail, réservé aux salariés ayant moins de 26 ans, est alors la mesure phare de la loi sur l’égalité des chances. Il est présenté comme un rempart face au chômage des jeunes.

L’originalité de ce dispositif, réside dans le fait qu’il comporte une période d’essai de deux ans durant laquelle l’employeur peut à tout moment se séparer de son salarié sans motif, ni préavis. A cela viennent s’ajouter une série de mesures incitatives pour le patronat, comme notamment l’exonération des cotisations patronales pour toute entreprise (3) embauchant un jeune étant au chômage depuis plus de six mois. L’idée de Dominique de Villepin est alors de permettre l’embauche des jeunes, grâce à davantage de flexibilité.

Cependant, si le premier ministre voit dans cette mesure « un contrat de confiance entre un salarié et un employeur » (4), voire même « un contrat anti-précarité » (5), la jeunesse de France y voit quant à elle l’institutionnalisation d’une « discrimination à l’égard des jeunes » (6).

« Déclaration de guerre à la jeunesse », « attaque contre les jeunes », « précarité pour tous les moins de 26 ans », « salariés jetables », « déréglementation du code du travail », « insulte faite à la jeunesse », « humiliation de toute une génération », « réelle provocation » (7), les mots ne manquent alors pas pour dénoncer le CPE.

Rapidement, les étudiants se mobilisent pour faire entendre leur voix. L’ensemble de loi sur l’égalité des chances est montré du doigt (8). Cependant, c’est bien l’article 8, relatif à la création du Contrat première embauche qui concentre les critiques : « Nous refusons de devenir une génération jetable et de n’avoir que la précarité comme perspective d’avenir ! Nous refusons la logique du « mieux que rien » car le CPE n’est pas un mieux mais un moins, et exigeons le retrait immédiat de cette mesure » (9).

Des étudiants mobilisés dans toute la France pendant près de trois mois

Quelques jours après l’annonce de la création du CPE, des assemblées générales étudiantes (AG) sont organisées dans la plupart des universités du pays. Lors de ces rassemblements, qui ont lieu dans des amphithéâtres ou même parfois en plein air, chacun peut s’exprimer et donner son point de vue, sur la loi, sur la mobilisation ou sur tout autre sujet (10). Rapidement, la grève et le blocage des universités sont votés sur certains campus (Rennes 2 le 7 février, Toulouse-Mirail le 9…).

Là où le mouvement a du mal à prendre, les étudiants mobilisés diffusent des tracts, des pétitions, interviennent au début des cours et s’efforcent d’engager la discussion avec leurs camarades afin de les convaincre de la nécessité de s’opposer à cette loi qu’ils jugent inique. Au plus fort de la mobilisation (mois de mars) plus de 60 universités sur 84 seront cependant partiellement ou complètement bloquées.

Là-bas, les étudiants s’organisent eux aussi. Des piquets de grève sont mis en place dès l’aube afin d’éviter que les bâtiments ne se remplissent et que les cours soient maintenus. La plupart du temps, l’accès est malgré tout laissé libre aux enseignants ou encore aux étudiants préparant des concours. Cependant la mise en place de barrages filtrants donnera parfois lieu à des heurts entre grévistes et opposants au blocage. Afin d’éviter que la situation ne s’envenime, mais aussi que les étudiants mobilisés n’utilisent les locaux, certains présidents d’universités fermeront préventivement les bâtiments.

Au fur et à mesure de la mobilisation, les AG se remplissent. Des milliers d’étudiants sont parfois présents. Les cours étant annulés, ils en profitent surtout pour organiser plusieurs fois par semaine des actions et des manifestations. Ainsi les grévistes choisissent de barrer des routes, d’envahir des gares, d’effectuer des sit-in ou encore d’occuper pacifiquement certains lieux (ANPE, Chambre des métiers, Préfectures…). La pression sur le gouvernement est alors quotidienne. Pas un jour sans que les actualités locales ou nationales ne fassent allusion au mouvement étudiant.

Lorsqu’ils le peuvent, les grévistes occupent même les locaux de leurs universités et s’approprient les lieux. Des banderoles, des pancartes ou des affiches fleurissent sur les murs des bâtiments. A l’intérieur, on attribue de nouvelles fonctions aux différentes salles. Certains amphithéâtres deviennent ainsi parfois des dortoirs dans les universités totalement occupées (11). Des concerts ou des expositions sont aussi organisés ponctuellement et des caisses de solidarité voient le jour dans le but de financer tracts et autres dépenses de fonctionnement.

Afin de pouvoir au mieux débattre et se structurer, des commissions thématiques (médias, actions…) sont mises en place localement. Les universités deviennent alors des lieux de formation et d’éducation d’un nouveau genre. En effet, à travers le mouvement anti-CPE, une bonne partie des étudiants participe pour la première fois à une grande lutte sociale. Chacun se forme à son rythme, au fur et à mesure des AG, des débats, des actions. Certains se révèlent entant qu’orateur ou même parfois entant que meneur.

Au niveau national, le mouvement se structure aussi rapidement. Dès la fin janvier un collectif unitaire des organisations syndicales de jeunesses (UEC, Unef, Jeunes CGT…) est créé. Les assemblées générales étudiantes décident cependant de mettre en place une coordination nationale entre les universités en grève, composée uniquement de représentants qu’elles ont elles-mêmes élus.

Le 18 février, celle-ci se réunit pour la première fois à Rennes. En effet, la mobilisation dépassant largement le cadre des syndicats, les étudiants ne souhaitent pas que leur mouvement soit uniquement assimilé aux représentants des grandes centrales étudiants alors très présents dans les médias (Bruno Julliard pour l’UNEF…). « Seuls les portes paroles mandatés, responsables devant la coordination nationale, constituent les représentants légitimes du mouvement » (12). Début avril, la coordination réunira à Lille pas moins de 500 étudiants et lycéens, venus de plus de 100 établissements.

Une mobilisation aussi soutenue en dehors des universités

Si les étudiants forment la principale force mobilisée dans la lutte contre le CPE, ils sont petit à petit rejoins par une partie non négligeable des lycéens, mais aussi des salariés du public et du privé, notamment lors de grandes manifestations. C’est très certainement cette union qui va d’ailleurs leur permettre de l’emporter.

Dès le mois de février d’importantes mobilisations ont ainsi lieu. On dénombre par exemple entre 200 et 400 000 manifestants le mardi 7. Cependant, c’est réellement au mois de mars que le mouvement prend de l’ampleur. A plusieurs reprises, plus de 500 000 personnes défileront dans toute la France. Le 28 mars, une journée de grève interprofessionnelle est même organisée à l’appel de l’Intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CFTC, UNSA, FSU, Solidaires).

La mobilisation atteint alors son apogée. Entre 1 et 3 millions de personnes sont dans la rue. Le journal de 20 heures de France 2 parle même de « marée humaine ». En effet, il faut retourner plus d’une dizaine d’années en arrière pour retrouver un tel mouvement de masse (13). On dénombre par ailleurs près de 600 lycées mobilisés, partiellement ou totalement bloqués. La lutte contre le CPE devient alors un sujet récurant dans les médias et fait à plusieurs reprises la une des journaux télévisés.

L’opinion publique, plutôt mitigée sur les bienfaits du dispositif au moment de l’annonce du premier ministre mi-janvier, bascule alors largement du coté des manifestants. Le 29 mars, un sondage CSA annonce que 83% des sondés sont contre le maintien du CPE (42% pour sa suspension, 41% pour un retrait total). La volonté du gouvernement de jouer sur la lassitude des français est un échec.

Quelques jours plus tard, malgré la promulgation et la publication de la loi, les opposants ne lâchent pas la pression. Le 4 avril, près de deux millions de personnes battent de nouveau le pavé sur l’ensemble du territoire.

Passage en force, pourrissement du mouvement: l’échec de la stratégie gouvernementale

Malgré ces impressionnantes manifestations, le gouvernement de Dominique de Villepin reste inflexible. Il est hors de question de revenir sur l’article 8 de la loi. Cette attitude, le Premier ministre l’a déjà démontrée au préalable lors de la bataille parlementaire et n’entant pas en changer. A l’époque en effet, celui-ci a du faire face à la détermination de l’opposition au sein de l’Assemblée nationale. Grâce à la multiplication des amendements, des rappels à l’ordre ou encore des suspensions de séances, celle-ci était alors parvenue à faire s’enliser le débat, ralentissant ainsi la procédure enclenchée.

Face à cet état des choses, le Premier ministre avait alors menacé d’avoir recours à l’article 49-3 de la Constitution (14). Un article qui stipule notamment que « le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un texte. Dans ce cas, ce texte est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée ».

Au début du mois de février, alors que la mobilisation commence à prendre de l’ampleur dans les universités mais aussi dans la rue, le gouvernement souhaite rapidement faire adopter la loi sur l’égalité des chances. Il met ainsi ses menaces à exécution. L’opposition ne déposant pas de motion de censure sur le projet de loi, celui-ci est adopté, sans vote, à l’Assemblée nationale le vendredi 10 février (15). Passage en force antidémocratique pour les uns, réponse au blocage effectué par les députés d’opposition pour les autres, le recours à l’article 49-3 démontre à l’évidence une fois de plus la détermination de Dominique de Villepin à faire passer sa loi coute que coute.

Quelques semaines plus tard, le Sénat adopte le texte à son tour. Appelé à se prononcer, le Conseil constitutionnel le valide finalement le 30 mars. Le lendemain, le chef de l’Etat, Jacques Chirac promulgue la loi et explique son choix à l’ensemble des français à travers une allocution télévisée.

Beaucoup pensent alors que le mouvement va s’essouffler et que la manifestation du 4 avril ne sera qu’un baroude d’honneur. Le bras de fer opposant le pouvoir à la rue n’a cependant pas encore touché à sa fin. Malgré les apparences, le gouvernement est dans une situation extrêmement précaire.

Voilà plusieurs mois que les universités de France sont « paralysées » et que des millions de français descendent régulièrement dans la rue. Début avril, l’opinion publique s’oppose massivement au CPE et se dit de moins en moins satisfaite par l’action du Président et de son Premier ministre. Dominique de Villepin bat même des records d’impopularité. Les français sont par ailleurs choqués par les scènes de violences constatées en marge de certaines manifestations.

La stratégie du pourrissement adoptée par le gouvernement finit alors par se retourner contre lui. En effet, la manifestation du 4 avril est de nouveau un succès pour les opposants au CPE. Dans les universités, les AG reconduisent même la grève et le blocage. Le vote de la loi comme sa parution au Journal officiel n’ont pas eu l’effet escompté. La détermination des étudiants reste intacte.

Jusque-là inflexible, Dominique de Villepin doit céder. Le 10 avril, sans en prononcer officiellement le terme, il est contraint d’abroger l’article 8 de la loi sur l’égalité des chances. Minimisant le sentiment d’injustice que la mise en place du Contrat première embauche avait provoqué, le Premier ministre a échoué dans son combat face à la jeunesse mobilisée.

Dans les universités, l’annonce est cependant accueillie avec scepticisme. La plupart des AG vote dans un premier temps en faveur de la reconduction de la grève. Cependant, le mouvement va s’essouffler petit à petit. Pour certains, opposés à l’ensemble de la loi, l’issue de ces quatre mois de mobilisation a un gout amère. Pourtant, le retrait du CPE est une véritable victoire. Unis et déterminés, les étudiants sont parvenus à faire reculer un gouvernement que rien ne semblait pourtant pouvoir arrêter.

En effet, sans aucune consultation préalable, celui-ci avait réussi à imposer son projet de loi, notamment en ayant recours à l’article 49-3 de la Constitution. Il était ensuite resté inflexible face à la mobilisation étudiante et aux importantes manifestations. Votée par le Sénat et jugée constitutionnelle par les « sages », la loi sur l’égalité des chances avait alors pu être promulguée par le président de la République. Et pourtant, le CPE ne verra jamais le jour. La détermination de la rue aura raison de l’intransigeance du gouvernement.



(1) Pour retrouver un mouvement d’une telle ampleur, il faut remonter à 1986 et au projet de loi Devaquet.

(2) Jeunes de moins de 25 ans https://data.lesechos.fr/pays-indicateu ... 5-ans.html.

(3) Le CPE concerne les entreprises de plus de 20 salariés.

(4) Dominique de Villepin lors d’un chat internet, 24/02/2006.

(5) Assemblée nationale, 25/01/06.

(6) Communiqué de presse du Collectif des organisations de jeunesse, 01/02/2006.

(7) Extraits de différents tracts étudiants distribués à l’époque sur les campus universitaires.

(8) Sont aussi institués par cette loi : l’apprentissage à 14 ans, le travail de nuit dès 15 ans…

(9) Tract de l’UNEF.

(10) Il faut cependant pour cela affronter la foule qui fait face et ses réactions (applaudissements, huées…).

(11) Ces occupations auront aussi parfois un coût : dégradations, vols…

(12) Appel de la coordination étudiante d’Aix-en-Provence.

(13) En 1995, le plan Juppé fait descendre près de 2 millions de personnes dans les rues.

(14) Le 09 février 2006.

(15) L’article concernant le CPE avait lui déjà été adopté le 09 février.

Principales sources :

– Geay Bertrand (dir.), La protestation étudiante, Le mouvement du printemps 2006, Raisons d’agir, 2009

– Collectif 4 bis, Le CPE est mort… pas la précarité ! , Retour sur le printemps étudiant 2006, Syllepse, 2007.

– Tracts étudiants distribués sur le campus de l’université Rennes 2 (2006).

– Journal télévisé de France 2 (janvier, février, mars, avril 2006), Ina.fr.


https://matthieulepine.wordpress.com/20 ... -cpe-2006/
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 11 Nov 2018, 15:42

« Contre le CPE et son monde (Avignon 2006) », brochure en PDF

Cette brochure a été réalisée en juin 2006 par un groupe de personnes (pas seulement étudiantes) qui venaient de participer à ce mouvement qui avait pour centre la fac d’Avignon occupée (site de Sainte-Marthe). Elle n’avait été alors diffusée qu’à peu d’exemplaires, surtout localement, et uniquement sous forme papier.

Extrait de la présentation par les Editions Impossibles :

« Cette brochure est une première tentative de retour critique et réflexif sur le récent mouvement dit anti-CPE en Avignon, quelques notes pour essayer d’un peu mieux comprendre ce que nous avons vécu et créé durant ces semaines, de tirer un bilan, des enseignements (ce qui est d’autant plus important en cette période de reflux consommé).

Cette brochure s’adresse à tous ceux qui s’interrogent sur la Lutte dite anti-CPE, ses aspects locaux, leurs différences et points communs, etc. Il nous paraît intéressant de décrire le mouvement avignonnais, de nous questionner à son propos. S’il n’a pas eu l’ampleur ou la radicalité de certaines grandes villes, il représente une exception notable et bien surprenante dans l’histoire d’un petite ville « de province » comme Avignon, plus habituée à une norme somnolence... Il s’est donc passé quelque chose.

Cette brochure s’adresse aussi aux acteurs des événements décrits dans ces pages, à ceux que nous sommes heureux d’avoir rencontré dans la lutte et même aux autres. La description du mouvement n’est dans ce cas pas inutile non plus, car il est bien difficile d’avoir une vue d’ensemble. On ne trouvera donc ici ni La vérité, ni une analyse figée qui se voudrait définitive, mais juste un point de vue, inévitablement subjectif, les interrogations et questionnements de quelques individus qui ont participé à cette lutte. »

Au sommaire :

Notes sur le mouvement dit-anti-CPE en Avignon (Clément et Kriss)

Tentative de chronologie de la lutte dite anti-CPE en Vaucluse (Éditions Impossibles)

Vision du mouvement anti-CPE depuis Avignon (un étudiant en quatrième année)

Réponses d’une étudiante d’Avignon (une camarade)

Reproduction de plusieurs tracts (Les Incivils)

Anti-CPE : quelques questions en débat (Meeting)


PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2016/03/21/co ... -son-monde
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Re: Contre la réforme Devaquet 1986 et CPE 2006

Messagede bipbip » 11 Nov 2018, 17:04

Les Lascars du LEP électronique 1986

"Les lascars du LEP électronique" est un film sur le mouvement étudiant et lycéen contre le projet de loi Devaquet de 1986. Ce film a été réalisé à la fin de cette année 86 par un groupe de lycéens qui développe alors une critique du mouvement auquel ils ont eux-mêmes participés: critique de l’insuffisance des revendications étudiantes, critique des orgas politiques, avec une critique sociale plus globale. Leurs tracts commençaient par : "Professeurs, vous nous faites vieillir !" ou "Nous n’irons pas à l’usine !" ou encore "Maman, Papa. Ta fille, ton fils sont dans la rue. Ils étaient signés les lascars du LEP électronique. Documentaire sur leur participation au mouvement et leur rapport aux étudiants des filières générales.

Texte d’appel des lascars du LEP en 1986 :

TOUT CE QU’ON NE CRITIQUE PAS DOIT ETRE CRITIQUÉ NOUS CRITIQUONS !

ETUDIANTS, hier nous étions dans la rue avec vous mais autant vous le dire tout de suite, la réforme "2 paquets" on s’en fout !
Pour nous la sélection a dejà joué, l’université nous est fermée, et nos C.A.P, nos B.E.P, nous mènent tout droit à l’usine apès un petit tour à l’ANPE.

Pour nous la critique de la loi "2 baquets" est inutile ;
Nous critiquons l’université,
Nous critiquons les étudiants,
Nous critiquons l’école,
Nous critiquons le travail.

L’école nous donne de mauvaises places,
L’université vous donne des places médiocres,
Ensemble critiquons les !

Mais ne nous-dites pas : "il faudra toujours des balayeurs, des ouvriers" ou alors allez-y les gars, ces places-là on vous les abandonne de bon coeur, ne vous génez pas !

ON N’EST PAS PLUS BETES QUE VOUS, ON N’IRA PAS A L’USINE !

Si vous critiquez la loi "2 laquais" qui ne fait qu’empirer une situation mauvaise, vous n’avez rien compris ! Du reste votre situation n’est pas de beaucoup meilleure que la nôtre. Une bonne partie d’entre-vous (60% paraît-il) abandonnera ses études avant le DEUG ; et ces "mauvais étudiants" auront droit aux mêmes boulots subalteernes et mal payés qui sont notre lot. Et quand aux "bons étudiants" qu’ils sachent que les places moyennes qu’ils auront ( les bonnes c’est pas à l’université qu’on les trouve) ont beaucoup perdue de leur prestige et de leur pouvoir. Aujourd’’hui un médecin n’est plus un "MONSIEUR", c’est un employé de la sécu. Et qu’est-ce qu’un professeur, un avovat ? Il y en a tant...!

ETUDIANTS, si vous critiquez seulement la loi "2 caquets" et pas l’université, vous vous batterez seuls et la loi passera d’un coups ou par petits bouts, VOUS L’AUREZ DANS L’CUL ! Et, si par hasard elle ne passait pas, alors tout serait comme avant et la moitié d’entre vous se retrouverait dans les bureaux, VOS usines aseptisées.
ETUDIANTS c’est vous qui êtes appelés à gérér cette société et nous à la produire.

SI VOUS BOUGEZ, SI NOUS BOUGEONS, TOUT PEUT BOUGER.

Mais si vous voulez seulement jouer les "apprentis Tapie", si vous voulez seulement gérer loyalement cette société et devenir à moindres frais, éducateurs, assistantes sociales, animateurs, inspecteurs du travail, cadres , sociologues, psychologues, journalistes, directeurs du personnel ; pour demain nous éduquer, nous assister, nous animer, nous inspecter, nous informer, nous diriger, nous faire bosser...

ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !

mais si vous voulez, pour commencer, critiquer le système scolaire qui nous exclut, et vous abaisse, si vous voulez lutter avec nous, contre la ségrégation sociale, contre la misère, la vôtre et la nôtre, alors...

FRERES, AVEC NOUS, ON VOUS AIME !!!



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