Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitarisme..

Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede Pïérô » 24 Déc 2017, 17:19

LE TEMPS DE L’INSOUMISSION TOTALE

Pendant une décennie, de 1971 à 1981, le mouvement d’insoumission totale, largement oublié aujourd’hui et qui a été fortement dissimulé pendant son existence même, a tenté de manifester une autre vision de la pratique révolutionnaire et de l’antimilitarisme. Dans les suites de 1968, la critique de l’armée et le refus du service militaire ont gagné du terrain.

De nombreux réfractaires ont tenté de dessiner les contours d’un mouvement différent.

Dans ces années marquées par l’importance du gauchisme organisationnel, c’est un réel mouvement qui a vu le jour. Un mouvement qui a touché des milliers de jeunes. En 1981, la sécurité militaire déclarait que plus de 30 000 appelés avaient refusé de rejoindre leur caserne depuis 1974 ; en Mars 1976, un rapport de la sécurité militaire dénombrait 18 000 insoumis sur les 3 dernières années, le même rapport signalait que, en moyenne, 5 000 insoumis passaient tous les ans devant les tribunaux militaires ; les chiffres les plus précis sont donnés par le Canard enchaîné en 1981 (pour l’année 1980) : 4 856 cas de désertion, 2 904 cas d’insoumission, 492 insoumis en prison.

Pourtant, malgré l’importance du nombre de réfractaires au service militaire, ce mouvement représentait un angle mort de la critique sociale des années 70. Il était nécessairement en porte-à-faux avec les tendances d’ extrême-gauche de l’époque ; les trotskystes et les maoistes, (englués qu’ils étaient dans leur rêve de guerre révolutionnaire, dans leurs schémas plaqués sur la Révolution russe), prônaient l’utilisation du service militaire comme apprentissage du maniement des armes. De manière plus surprenante, le mouvement d'insoumission subissait, parfois, l’hostilité des tendances dominantes du mouvement libertaire de l’époque, les uns parce qu’ils se voulaient soutiens exclusifs des objecteurs de conscience, les autres parce qu’ils reprenaient à leur compte les positions des Trotskystes.

Un mouvement massif donc, mais en apparence seulement, en rejetant la plupart des tendances politiques de l’époque, il ne pouvait exister qu’en se constituant comme force autonome, ne comptant que sur elle-même. L’organisation de l’insoumission totale allait donc reposer sur quelques-uns se présentant comme les portes voix de l’ensemble

C’est en 1971 à Lyon -,qui a longtemps fait figure de capitale de l’insoumission -, que naît le GIT (groupe insoumission totale). Ses animateurs lui donne immédiatement une posture radicale et activiste. D’emblée, le groupe se démarque de la tradition antimilitariste et pacifiste et, surtout, du mouvement des objecteurs de conscience. Il se place dans la perspective d’une guerre de classe. Il ne se considère pas comme l’appendice d’autres mouvements mais, au contraire, comme le point de départ d’un mouvement à construire. Le terme « total » montre que l’on se présente comme un groupe antimilitariste bien sûr, mais que l’on ne s’y cantonne pas. Dès sa formation, le GIT publie un texte à mi-chemin du manifeste et de la lettre d’insoumission par laquelle on annonce son refus de rejoindre l’armée ; ce texte, « lettre de quelques gouvernés à leurs gouverneurs » définit l’insoumission totale comme un dépassement de l’antimilitarisme: « la servir [l’armée] serait pour nous, perpétuer un ordre des choses que nous réprouvons », il se présente également comme un mouvement éloigné du pacifisme : « Ce n’est pas tellement le fusil que nous refusons, mais plutôt ceux qui veulent nous le faire porter » ; de plus, la lettre se démarque violemment de l’objection de conscience : « Nous refusons d’entrer dans le jeu de l’objection de conscience, totalement récupéré par vos soins et qui n’est plus qu’un compromis obscur pour calmer les réfractaires de l’uniforme ». Enfin, dernier point du texte mais lourd de conséquence pour la suite du mouvement, le manifeste fait le choix de l’illégalisme : « A la place de la légalité nous avons choisi l’illégalité ».

Dès le départ, le GIT multiplie les actions, que ce soit pour se faire connaître ou en soutien à un insoumis emprisonné ; on pourrait dire que l’insoumission totale prend de la hauteur puisque tout ce qui constitue un promontoire à Lyon est occupé, on y déploie une banderole et des manifestants se groupent tout autour. Échafaudages, statues, plateformes sont ainsi occupées jusqu’à ce que la police déloge ceux qui y sont installés. Ces actions popularisent l’insoumission totale et l’on voit des GIT apparaitre à Rennes, Grenoble, Montpellier, Paris, Rouen, Marseille, Brive, Roanne, Nantes, etc…

A Paris, l’action initiatrice du GIT est l’occupation du clocher de Ménilmontant par deux insoumis qui y déploient une banderole.

De plus, l’année 1973 connaît un important mouvement lycéen et étudiants contre la loi Debré à forte coloration antimilitariste qui contribue à populariser les différents GIT : « Si tu veux t’en sortir, prépare l’insoumission » est un de leurs slogans.

Une fois cette première étape d’affirmation passée, les GIT vont se lancer dans une course à la radicalité qui va provoquer un violent débat interne et un éclatement. Les GIT se dotent d’un journal, Enragez-vous, qui proclame dans son premier numéro : « notre insoumission ne saurait être parcellaire et se borner à l’armée, notre insoumission est globale, totale ».

Ce même numéro contient un long texte de critique du travail et d’éloge de la paresse qui conclut en proclamant, dans un pur style nihiliste : « pillez ! incendiez ! détruisez ! anéantissez ! Purifiez ! ».

Ce texte est suivi d’un autre défendant le vol et les attaques de banque. Ce débat interne remet en cause également les grèves de la faim que pratiquent certains insoumis au lendemain de leur arrestation ; refuser le service militaire ne doit pas signifier la destruction de son corps ; ce débat pose également la question de la clandestinité ; doit-on rester visible et prendre le risque de faire deux ans de prison à la place d’un an d’armée ? Doit-on accepter la clandestinité au risque de remettre le pouvoir du groupe dans les mains de quelques-uns ? Enfin, certains remettent en question la position de martyrs qu’adoptent certains insoumis et reprennent à leur compte la phrase des surréalistes : « Martyr c’est pourrir un peu ».

L’année 1973 est également celle de l’arrestation et du garrottage de Salvador Puig Antich en Espagne par le pouvoir franquiste ; les GIT comme pour prouver qu’ils ne sont pas enfermés dans l’antimilitarisme, vont se lancer dans une série d'actions de solidarité ; le train Catalan Talgo est bloqué, des vitrines d’agences de voyage, de banques espagnoles sont détruites. Et enfin, c’est dans ce contexte qu’un membre du GIT est arrêté pour détention d’explosifs ; le pacifisme est assurément dépassé…

Cette radicalisation amène la dissolution de fait du groupe ; une partie quitte Lyon et va tenter de recomposer le mouvement à partir de Paris.

Des insoumis parisiens, rejoints par certains lyonnais, s’appuyant sur la petite organisation « Coordination anarchiste » vont reconstituer un mouvement autour de plusieurs sigles : les GIA (Groupe d’Intervention Autonome), le GSI ( Groupe de Solidarité et d’Information) et son journal Avis de recherche, et un peu plus tard le “GRIT” ( Groupe Révolutionnaire d’Insoumission Totale). Ces différents groupes vont tenter de se recentrer sur l’insoumission et la solidarité aux personnes incarcérées sans pour autant rogner la spécificité de l’insoumission totale. Cette recomposition reconnaît l’importance de l’antimilitarisme et annonce sa « volonté de reprendre l’offensive après une période de latence ».

Après la première période pendant laquelle l’insoumission totale a manifesté son existence, mais aussi où un certain « jusqu’au-boutisme » l'a conduite dans une impasse, cette nouvelle époque, dont cette fois l’épicentre est Paris, est marquée à la fois par un retour à l’antimilitarisme, à la solidarité et par une volonté d’élargissement et de visibilité plus grande. Dans cette période, le GIA notamment, prend contact avec les regroupements d’insoumis réfugiés à l’étranger et, principalement, avec le collectif « Soleil Noir » d’Amsterdam, composé de quelques dizaines d’insoumis assurant la propagande et la solidarité tout en assurant le lien avec les insoumis hollandais.

Pendant la même période, GIA et GSI prennent la décision de se lancer dans une pétition de soutien à l’insoumission totale ; une pétition qui poursuivait plusieurs points annexes. En effet, la répression que subissait les insoumis totaux était à géométrie variable, le but principal de l’armée étant le silence autour de cette question. En conséquence, quand, dans les jours qui suivaient l’arrestation d’un réfractaire, un mot de solidarité signé par une quinzaine d’intellectuels de renom paraissait, la libération de la personne incarcérée était le plus souvent obtenue. Une pétition manifestant la solidarité avec l’insoumission permettait donc de constituer un vivier d’une cinquantaine de noms utilisable en cas d’arrestation.

De la même manière, ces contacts avec des milieux étrangers au monde des insoumis permettaient de constituer des réseaux d’avocats ou de médecins solidaires et de rencontrer des journalistes avec lesquels il devenait possible de faire valoir les idées propre au mouvement d’insoumission totale.

Cette pétition reprenait la forme de la célèbre déclaration des 121 sur le droit à la soumission pendant la guerre d’Algérie. Elle cherchait à briser le silence sur le mouvement d’insoumission tout en maintenant sa spécificité, notamment sur l’aspect globalisant du mouvement en déclarant, par exemple, « pour les insoumis la lutte poursuivie soit clandestinement, soit par action directe, soit publiquement par propagande politique ne comporte aucune équivoque ; c’est un combat dépassant le simple cadre antimilitariste, c’est une lutte menée contre l’État (…) Il ne suffit pas de dire que l’armée est refusée en tant qu’armée de classe, armée impérialiste accompagnée de surcroît de sexisme, il y a de cela dans toute armée ». La déclaration proclamait l’objection de conscience dépassée et demandait que l’on reconnaisse aux insoumis le droit à l’auto-organisation.

Cette déclaration sur le droit à l’insoumission en temps de paix demandait aux signataires de reprendre à leur compte trois injonctions : « nous respectons et jugeons justifiés les actes d’insoumission totale et de désertion.Nous respectons et jugeons justifiée l’auto-organisation des divers groupes d’insoumission totale ainsi que les réseaux d’aide qui peuvent se créer autour d’eux.Nous défendons la cause des insoumis totaux qui contribue à abattre les fondations du vieux monde ».

Cette pétition n’atteindra jamais le chiffre symbolique de 121 signatures et verra son compteur bloqué à 97. Les organisateurs ne s’attendaient pas à se voir exposer à une telle hostilité. Le ridicule de certains refus devait atteindre un niveau rare ; on peut citer, par exemple, Claude Nougaro déclarant sa flamme pour l’armée française ou Michel Foucault imitant sa bonne espagnole pour ne pas avoir à répondre. Inversement, quelques uns furent d’une étonnante chaleur, par exemple, Annie Le Brun prêtant son appartement pour y centraliser les informations ou Guy Hocqueghem signant par avance pour toute pétition future.

La dernière période sur laquelle l’insoumission totale va se briser s’ouvre sur l’élection de François Mitterrand, le chef de l’Union de la gauche avait promis l’amnistie pour les insoumis et les déserteurs et sa promesse sera tenue ; il avait juste omis de préciser que chaque insoumis amnistié recevrait en même temps une nouvelle convocation l’invitant à rejoindre une caserne. Aucun insoumis, aucun en tout cas, de ceux qui étaient membres des groupes constitués de l’insoumission totale ne répondra à l’invitation.

Par contre, dans le but d’obtenir une amnistie réelle, la majorité des insoumis en cavale vont choisir de sortir de la clandestinité.

Cette période voit également l’arrivée dans le mouvement de ce que l’on appelait les « insoumis invisibles », c’est à dire tous ceux qui étaient effectivement réfractaires mais qui ne se rattachaient à aucun groupe se réclamant de l’insoumission totale ; certains d’entre eux, la majorité probablement, venaient des organisations libertaires mais n’avaient jusque là pas voulu rejoindre un mouvement qu’ils considéraient comme spécifique ; quelques uns venaient du maoïsme, la gauche prolétarienne en effet, avait lancé un mot d’ordre d’insoumission trois mois avant son auto-dissolution ; puis, la dissolution venue abandonna les militants qui avaient obéi à sa directive. Enfin, un grand nombre d’insoumis ou déserteurs sans affiliation idéologique ou organisationnelle particulière choisirent ce moment pour se montrer au grand jour et rejoindre un groupe d’insoumission totale.

Le désarroi du pouvoir était manifeste, comme le titrait le journal Libération : « le ministère ne sait plus quoi faire des insoumis ». Le GRIT et le GSI choisirent de sortir de la clandestinité par la voie d’une conférence de presse où ils manifestaient leur position et réclamaient une amnistie réelle.

La nouveauté de la situation provoqua une recomposition du mouvement d’insoumission totale. Un nouveau groupe se constitua, le CIA (Comité insoumission amnistie) qui regroupait toutes les différentes sortes d’insoumis que cette situation nouvelle avait fait apparaître et se donnait effectivement pour but la sortie de l’insoumission par l’obtention d’une amnistie réelle. Le groupe multiplia les actions symboliques, les réunions, tracts, journaux, émissions de radio sur les premières radios libres. Mais une action particulière va contribuer à le faire connaître.

Quand le parti socialiste organisa, à Valence, le congrès de la victoire, le CIA se rendit sur place ; en fait, seuls deux de ses membres arrivèrent à pénétrer les lieux, et l’un d’entre eux jeta un fumigène au milieu du congrès. Une véritable panique s’empara de l'assemblée et le délégué aux affaires étrangères de l’URSS, Ponomarev, se vit plaquer au sol par ses gardes du corps qui dégainèrent leurs armes. Il nous faut, enfin, laisser le lecteur imaginer le congrès debout, poings levés entonnant l’Internationale.

À la suite de cette intervention, Louis Joinet, membre du cabinet de François Miterrand chargé des questions judiciaires prit contact avec le CIA et proposa de régler le problème, mais seulement pour les insoumis et déserteurs connus du mouvement.

Tous n’ont pas accepté, certains ont maintenu le combat mais à partir de là l’insoumission totale a vu disparaître son audience politique.

Pendant dix ans, un certain nombre de jeunes se sont lancés dans un affrontement frontal avec l’État ; ils l’ont fait sans pratiquement aucune aide extérieure, ne puisant que sur leur propre force et leur capacité à l’auto-organisation. Mais leur combat comportait des tares originelles qui en bloquaient l’évolution. Les insoumis étaient par définition en butte à la répression et, d’une certaine manière, en dependaient. Ils ne pouvaient être visibles et devaient se résoudre à une forme modeste de clandestinité. Enfin, l’insoumission totale ne pouvait que difficilement se doter d’une théorie propre. De fait, elle était un cri de rage qui pouvait difficilement se transformer en tendance politique.

Daniel Aïache


https://blogs.mediapart.fr/le-monde-lib ... ion-totale
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 04 Jan 2018, 18:32

Les faucheurs volontaires

La question des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) est en débat dans la société depuis 20 ans. C’est le 7 juin 1997 qu’a lieu le premier fauchage d’une parcelle de colza OGM à Saint-Georges d’Espéranche dans l’Isère. La Confédération Paysanne, soutenue par d’autres mouvements, mobilise contre cette parcelle d’essai de Monsanto. La Confédération Paysanne mène une quarantaine d’autres actions de 1997 à 2003 sur des cultures expérimentales ou des stocks de semences commerciales de colza, maïs, betterave, riz, tabac… transgéniques, pour mettre sur la place publique la question des OGM, de la privatisation du vivant et de la finalité de la recherche scientifique publique et privée. C’est par exemple en janvier 1998 à Nérac (47) où des semences d’un maïs OGM de Novartis sont mélangées avec du maïs conventionnel, en juin 1999 au CIRAD1 à Montpellier où des plants de riz OGM sont détruits, au GEVES2 à Versailles où des essais de maïs OGM sont neutralisés, ou lors de bien d’autres mobilisations citoyennes dans plusieurs régions de France. Des procès font suite à toutes ces actions : Vienne, Agen, Montauban, Carcassonne, Foix, Montpellier, Bordeaux, Toulouse, Valence, Grenoble, Versailles, etc. Puis viennent des condamnations (incarcération de José Bové et René Riesel, amendes et dommages-intérêts, …), et à chaque fois, le débat revient sur la place publique. La Conf.3 est au bord de la faillite financière, mais grâce à ces actions, aucune culture commerciale OGM ne sera implantée en France à cette époque.

La directive européenne 2001-18-CE : dissémination volontaire d’OGM dans l’environnement. Cette directive définit ce qu’est un OGM : « Un organisme, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». Elle indique les procédures d’évaluation du risque et d’autorisation des OGM (micro-organismes, plantes et animaux). Elle introduit notamment l’obligation de consultation publique, ainsi que des règles de traçabilité et d’étiquetage des OGM. La France attendra 2008 pour retranscrire cette directive en droit national.

Larzac 2003 : naissance du mouvement des Faucheurs Volontaires4. Lors de ce grand rassemblement, Jean-Baptiste Libouban, compagnon des Communautés de l’Arche de Lanza del Vasto5, lance le mouvement des Faucheurs Volontaires et obtient les 400 premières signatures. Son objectif est d’impliquer l’ensemble des citoyens et citoyennes pour ne pas laisser la Conf. porter seule les poids de la lutte. Les années suivantes, le mouvement s’amplifiera, et plus de 7 000 personnes signeront la charte des Faucheurs, se portant ainsi volontaires pour neutraliser les OGM en plein champ, selon les principes de la désobéissance civile non-violente, dès lors que la loi ne protège pas l’intérêt collectif et que les intérêts privés l’emportent sur le bien commun.

Il y a eu de grosses mobilisations des faucheurs et faucheuses entre 2003 et 2008 : fauchages, procès, actions sur les importations, grèves de la faim. Un grand nombre de comités de soutien ou de vigilance OGM se sont constitués ; des organisations de la société civile sont également montées au créneau : étiquetage dans les magasins, stands d’information, contacts de parlementaires, arrêtés municipaux ou de régions. 2006 et 2007, la FNSEA6 et les Coop.7 tentent le coup de force en organisant la culture de 22 000 hectares des maïs Mon810. Les mobilisations sont telles que le gouvernement annonce début 2008 un moratoire sur le maïs Mon810. On mesure toute l’importance de ce moratoire lorsque l’on fait le parallèle avec l’Espagne et le Portugal où il n’y a pas eu d’interdiction ; dans ces pays, il est très difficile aujourd’hui de trouver des lots de maïs non contaminés par le maïs Bt de Monsanto, et la culture du maïs bio est devenue pratiquement impossible.

... http://www.lesutopiques.org/les-faucheurs-volontaires/
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 08 Fév 2018, 18:05

Luttes paysannes et mouvement social, de Mai 68 à Notre Dame des Landes.

Montpellier, jeudi 8 février 2018, à 19h local d'ENSEMBLE, 14 rue du commerce

Brasserie des idées : Luttes paysannes et mouvement social, de Mai 68 à Notre Dame des Landes. Seront évoquées les luttes paysanne depuis 68 et l'articulation de ce mouvement avec la nécessaire transition agroécologique. Intervenants : Jean-Philippe Martin, docteur en histoire, auteur des livres "Des "mai 68" dans les campagnes françaises ? " et "La Confédération paysanne aujourd'hui. : Un syndicat face aux défis du XXIe siècle" et Vincent Nourigat de la confédération paysanne, co-président d'InpACT (Initiative Pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale) et militant dans de nombreuses associations. A 19h au local d'Ensemble! 14 rue du commerce. Les discussions pourront continuer autour d'un buffet (participation libre).

https://herault.demosphere.eu/rv/8249
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Messagede bipbip » 09 Fév 2018, 01:32

40 ans de lutte à Notre-Dame-des-Landes

C’est un enfant de la terre. Un paysan en lutte. Un camarade qui restait dormir dans les usines en grève. Un militant qui n’écoutait pas les grands discours en 68. Un homme consterné par la gauche au pouvoir en 81. Un « otage du nucléaire ». Un passionné qui fabrique encore du commun. Un monsieur de 77 ans qui habite avec sa femme dans sa ville de toujours. Il dit en somme que si un aéroport n’a aucune racine, la résistance a elle un héritage.

À quelques bancs de supermarchés à l’est de Nantes, Couëron effleure la Loire encore inachevée. Le fleuve s’enfonce alors dans l’estuaire, cahoté par l’océan proche et ses ondes de marée qui se dispersent en amont. Près des quais, au sud, un trait de pierre comme un phare surveille la ville au passé rural et ouvrier, convertie en dortoir courtisé de la « métropole » nantaise. Ce soir, la tour à plomb de Couëron se découpe, grave et douloureuse devant le soleil bas. Sa mémoire à l’évidence perdue dans les puissants nuages rougis des crépuscules de mai.

Au nord, ce sont des rails qui longent la ville. Et quelque part, une petite maison derrière deux minces bouleaux. Denise sort le cochon du four.

– Les pommes de terre viennent du jardin, annonce son mari.

– C’est toujours dans le jardin que ça pousse les pommes de terre, remarque Denise, amusée.

– Non, et Paul jette un regard vers la fenêtre, souvent dans les usines.

... http://www.zite.fr/40-ans-de-lutte-a-no ... es-landes/
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 10 Fév 2018, 23:41

Projection du film-reportage « Dossier Plogoff », restauré et présenté par Synaps Collectif Audiovisuel. ’

Dimanche 11 février 2018 à la ZAD Notre Dame Des Landes

16h30 – La Wardine

Image

Synopsis : Fin des années 1970 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est mise au pas de la suprématie de l’énergie nucléaire et de son monde. Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles bretons.nes résiste encore et toujours à l’envahisseur et son projet de centrale. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de gardes mobiles des camps retranchés alentour. Ainsi, sans potion magique mais avec pierres, cris et recours administratifs, les habitants de Plogoff défient consciencieusement l’État Français. Dans Le dossier Plogoff, réalisé par François Jacquemain en 1980 et dépoussiéré par Synaps Collectif Audiovisuel en 2017, leurs gestes et leurs mots enjambent quelques décennies pour venir nous offrir une indispensable caisse de résonance aux luttes actuelles contre tous les saccages environnementaux. Ceux-là même qui, à Plogoff hier et ailleurs aujourd’hui, sont servis sur leur lit d’exactions diverses et perpétrés avec ferveur par les États et leurs fidèles nervis, comme autant d’offrandes au Dieu croissance. Durée : 50min

https://zad.nadir.org/spip.php?article5116
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 05 Juil 2018, 18:56

Radios libres, ventres vides

Les radios de la méduse

1981. Après des décennies de train-train, la radio changeait. La fin du monopole d’État et l’ouverture de la bande FM provoquaient un grand souffle d’air sur les ondes. L’occasion pour les radios libres, porteuses d’autres discours et pratiques, de s’installer durablement dans le paysage. Une trentaine d’années plus tard, elles sont toujours là. Encore vaillantes, mais en sursis.

... http://cqfd-journal.org/Les-radios-de-la-meduse
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 31 Juil 2018, 22:13

31 juillet 1977 : Vital Michalon est tué par la police

Le 31 juillet 1977, une manifestation antinucléaire rassemble 60000 personnes de toute l’Europe contre le projet de construction d’un super réacteur dans la centrale nucléaire de Creys-Malville dans le Rhône.



« S’il le faut, je ferai ouvrir le feu sur les contestataires.»

C’est en ces termes que le préfet de l’Isère mettait en garde les manifestants arrivés par milliers pour la grande manifestation du 31 juillet 1977, contre le projet « Superphénix ».

Une zone de 5 kilomètres autour de la centrale était complétement interdite à la manifestation et se trouve quadrillée par un énorme dispositif policier et militaire. Les manifestants se confontent aux policiers qui les empêchent d’accéder aux alentours de la centrale. C’est au cours de cet affrontement que le militant Vital Michalon est tué par la police, par une grenade offensive - le même type de grenade qui a tué Remi Fraisse en 2014, lors de la lutte contre le barrage de Sivens.

Cette mort violente n’a cependant pas mis fin au projet, ni à la lutte :

1982 : une attaque au lance-roquette vise le réacteur de la centrale en construction.
1984 : le réacteur est mis en service.
1987 : premier incident, une fuite de 20 tonnes de sodium liquide. Ce qui provoque un arrêt du réacteur jusqu’en 1989.
1990 : deux nouveaux incidents majeurs.
1994 : incident majeur lié a une fuite d’argon dans un échangeur de chaleur.
1997 : arrêt définitif du projet après une longue bataille juridique.
2006 : EDF annoce avoir démantelé 38% du réacteur.

Depuis, l’Etat français continue ses projets dangereux, comme ITER, le réacteur thermonucléaire expérimental international ou encore le site d’enfouissement de déchets à Bure.

En toute logique, la lutte continue...

Plus d’info : https://vmc.camp/.
ou vous pouvez lire la brochure Actions directes contre le nucléaire 1973-1996 : https://infokiosques.net/spip.php?article553

https://a-louest.info/31-juillet-1977-V ... police-494
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede Pïérô » 24 Oct 2018, 08:31

"Contingent rebelle" - récit d'un réfractaire au service militaire dans les années 1970.

Limoges, mercredi 24 octobre 2018

Évacuer l’armée, c’est la santé !

Conférence débat
Patrick Schindler présentera son livre "Contingent rebelle" - récit d'un réfractaire au service militaire dans les années 1970.

20h30, EAGR Limoges, 64, avenue de la Révolution

Entrée libre, verre de l’amitié

Image

Récit d’un réfractaire au service militaire dans les années 1970, Patrick Schindler « À bas l’armée et toute autorité ! » Le service militaire a une longue histoire. Depuis la Révolution française, il a été l’objet de bien des polémiques. Des bataillons de conscrits soumis s’y sont rendus en traînant des pieds. Les sketches qui lui ont été consacrés ne faisaient rire que ceux qui avaient eu la malchance de le connaître. Les jeunes générations ont souvent du mal à imaginer que ça a pu exister – jusqu’au début des années 2000 ! –, et ce qu’on y faisait vraiment. Perte de temps, apprentissage de l’autorité, de la violence et de la magouille. Seul point positif : savoir faire son lit « au carré ». Dans la foulée de Mai 68, un petit groupe de militants décide qu’il est temps de changer les choses. En 1974, il diffuse l’Appel des Centqui remet en cause l’immuable institution. Il exige l’instauration de syndicats de soldats et de la liberté de la presse à l’armée. C’est une traînée de poudre. En quelques mois, l’appel recueille plus de 6 000 signataires. Manifestations en uniforme sur tout le territoire, grèves de la faim, résistances quotidiennes... Face à la révolte généralisée, le gouvernement prend enfin conscience du refus de la jeunesse de se laisser embrigader. Ce livre raconte cette histoire, quasiment oubliée aujourd’hui, et nous plonge au cœur de ce qu’était le service militaire à travers l’aventure singulière et haute en couleur d’un des signataires qui y a fait les 400 coups avec la ferme intention de « mettre les casernes à feu et à sang » !

https://ciralimousin.ficedl.info/article315.html
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 10 Nov 2018, 22:00

Les opposants au projet de centrale nucléaire de Plogoff (1974-1981)

Ils ont dit « non » à l’industrie nucléaire et au passage en force de l’État

Au début des années 70, dans le contexte du premier choc pétrolier, l’État français décide de faire du nucléaire la principale source d’énergie électrique du pays. Pour cela, il annonce la construction de plusieurs réacteurs sur l’ensemble du territoire. La Bretagne est choisie pour accueillir l’une des nouvelles centrales.

En effet, l’Etat et EDF souhaitent réduire la dépendance énergétique de la région. Parmi les cinq sites retenus pour accueillir l’installation nucléaire (quatre dans le Finistère et un dans le Morbihan), c’est finalement celui d’un petit village situé à la pointe de la Bretagne, Plogoff, qui est choisi en 1978.

Le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, l’avait assuré, « il ne serait être question d’imposer aux français un programme nucléaire auquel ils seraient profondément opposés après avoir été complètement informés² ». Pourtant, c’est contre l’avis de la population que l’État et l’industrie nucléaire vont tenter d’imposer ce projet.

Cependant, ils vont se heurter à la résistance farouche des plogoffistes, des habitants du Cap Sizun (presqu’ile située à la pointe extrême de la Cornouailles) et plus largement des bretons, rejoints par des militants écologistes et opposants au nucléaire. De 1974, année durant laquelle l’État lance son programme nucléaire et retient Plogoff comme site susceptible d’accueillir la centrale, à 1981 et la victoire de François Mitterrand qui met définitivement fin au projet, une mobilisation d’ampleur va voir le jour autour de ce petit village de 2359 habitants.

Pourtant, pour ces citoyens peu expérimentés en termes de mobilisation sociale, le combat face à l’État et l’industrie nucléaire était loin d’être gagné. Bien que ne sachant pas quel était réellement le chemin à prendre pour l’emporter ni quelles limites donner à leur mobilisation, mais unis et déterminés, ils se sont lancés dans la bataille. Et après sept ans de lutte acharnée, les habitants de la « derrière commune à la pointe du vieux monde³ » l’ont finalement emporté. Mais comment ce petit village breton d’à peine plus de 2000 habitants a-t-il fait pour devenir l’emblème de la résistance antinucléaire ?

« La centrale ne passera pas » (4)

D’ordinaire, Plogoff est un village paisible, plutôt tournée vers la mer. En effet, une grande partie de ses foyers est à l’époque composée de marins. Cependant, étant en activité une grande partie de l’année ceux-ci sont souvent absents. Ainsi, ce sont leurs ainés retraités de la Marine marchande ou nationale et surtout leurs femmes qui vivent au quotidien dans la commune.

Durant les années de mobilisation contre le projet de centrale nucléaire, celles-ci vont d’ailleurs tenir un rôle de premier plan. N’hésitant pas à se mettre au devant de la lutte, à s’engager pleinement pour la défense de leur cadre de vie et de leurs idées, elles vont être des acteurs essentiels du mouvement.

A leur coté, jeunes, vieux, marins, agriculteurs, c’est l’ensemble des habitants de Plogoff et plus largement du Cap Sizun qui va quotidiennement s’engager dans la bataille. Au fur et à mesure des réunions, actions et autres manifestations, la mobilisation va prendre de l’ampleur. Les habitants de la presqu’ile vont ainsi recevoir le soutien de l’ensemble de la Bretagne. Celui-ci sera manifeste, notamment lors des grands rassemblements, comme celui de mars 1980 ou plus de 50 000 personnes se réuniront à Plogoff.

Le soutien à la lutte antinucléaire va aussi venir de la part de militants écologistes. Engagés dans des formations politiques ou dans le milieu associatif, ils vont animer la mobilisation et surtout apporter leur savoir faire. Pour Gilles Simon (5), c’est ce mélange entre citoyens locaux, peu expérimentés en termes de mobilisation sociale et militant écologistes aguerris qui va former l’originalité de la lutte de Plogoff.

Plogoffistes, bretons, écologistes, militants politiques, l’opposition au projet de centrale va mobiliser bien au-delà du Cap Sizun. Cette diversité d’acteurs va faire la force de ce mouvement qui va rapidement prendre une ampleur nationale.

« Mazoutés aujourd’hui, radioactifs demain » (6)

L’engagement dans la lutte à Plogoff va revêtir différents aspects. En effet, entre habitants du Cap, citoyens bretons ou encore militants écologistes, les motivations, bien qu’en partie communes, vont être très variées. Si on retrouve chez la quasi-totalité des acteurs de ce conflit social le rejet de l’activité nucléaire, bien d’autres facteurs vont effectivement motiver leur entrée en résistance face au projet de centrale porté par l’Etat et EDF.

La défense de l’environnement est l’un de ces facteurs. A la fin des années 70, la Bretagne est une région qui a déjà payé un lourd tribut face aux catastrophes industrielles. En 1967 (Torrey Canyon) puis en 1978 (Amoco Cadiz), l’échouage de deux pétroliers et les marées noires qui vont s’en suivre vont venir souiller les cotes bretonnes et marquer durablement les esprits.

Ainsi, l’idée d’accueillir une centrale nucléaire, avec les risques que cela comporte, est loin d’enchanter la population lorsque le projet est présenté. Ceci d’autant plus, que la consommation d’espace pour accueillir l’installation est particulièrement importante et se fera inévitablement au détriment d’espaces agricoles ou naturels.

Au-delà de toute considération environnementale, l’idée de voir l’Etat et l’industrie nucléaire s’approprier une partie du territoire local est très mal vécue par une population bretonne qui garde un sentiment identitaire régional important.
La défense du patrimoine naturel est justement l’un des éléments essentiels de cette identité. Au même titre que les préoccupations écologiques, elle va faire partie des facteurs explicatifs de l’opposition à l’installation de la centrale. En effet, Plogoff se situe à proximité de la pointe du Raz, paysage emblématique breton et lieu touristique de renon. Pour la population, l’idée de voir ce magnifique site naturel souillé est impensable et surtout incompréhensible. « Pourquoi ne pas en construire une (centrale) tant qu’on y est au pied du Mont-St-Michel ou de la Tour Eiffel ? »(7).

Si sur le fond le projet de centrale nucléaire est rejeté, il l’est tout autant sur la forme. Valéry Giscard d’Estaing avait annoncé ne pas vouloir « imposer au français un programme nucléaire auquel ils seraient profondément opposés ». Pourtant, c’est tout l’inverse qui va se produire à Plogoff. En effet, dès 1975, soutenu par les habitants, le Conseil municipal de la ville vote contre le projet et demande le retrait immédiat de la commune de la liste des sites potentiels.

Cependant, à aucun moment l’État ne va prendre en compte ce vote. Ni la mobilisation des habitants de Plogoff, ni les manifestations d’ampleurs qui auront lieu au cours des années de lutte ne le feront changer d’avis. Piétinant la démocratie, il va décider de passer en force. Choqués par ce processus décisionnel inique, nombre de citoyens auparavant favorables au projet se retourneront finalement contre lui.

Rejet du nucléaire, défense de l’environnement, défense du patrimoine naturel breton, défense de l’identité régionale, défense de la démocratie, défiance face à l’État et l’industrie nucléaire les raisons de s’engager dans le combat contre le projet de centrale de Plogoff vont être multiples. Cependant, quelque soient leurs motivations, les opposants en lutte vont se retrouver sur le terrain. Unis et solidaires, ils vont s’organiser et résister face à l’intransigeance et l’aveuglement des porteurs du projet.

Des formes de mobilisation atypiques

C’est à la fin de l’année 1974, que Plogoff est officiellement retenu parmi les sites susceptibles d’accueillir la centrale bretonne. Dès l’époque la résistance s’organise. Cependant, les actions vont restées modestes (manifestations, pétitions…). C’est entre 1978, année où le site de Plogoff est définitivement désigné et 1981 que la mobilisation va prendre de l’ampleur. Son paroxysme est atteint durant l’enquête d’utilité publique lors de l’hiver 1980.

Afin d’affirmer leur détermination à s’opposer au projet de l’Etat et de l’industrie nucléaire mais aussi et surtout de convaincre leurs concitoyens du bien-fondé de leur lutte, les opposants à la centrale vont utiliser des formes d’action et de mobilisation très diverses. C’est ce qui va faire l’originalité mais aussi et surtout la force de ce mouvement.

En effet, au-delà des habituelles réunions publiques et manifestations, c’est par des actions originales, atypiques, que les opposants à la centrale vont faire parler de Plogoff. Lors des fêtes antinucléaires par exemple. Ces rassemblements festifs où se mêlent débats, expositions, activités culturelles, ou encore concerts vont être les fers de lance du mouvement. Lors de la pentecôte de 1980, pas moins de 100 000 personnes seront ainsi présentes pour l’une de ces festivités organisées sur le Cap Sizun.

Pour Gilles Simon, face à l’aveuglement de l’Etat et sa volonté de passer en force, la tenue de ces rassemblements était on ne peut plus importante. En effet, « les fêtes cimentent le corps social » et « permettent de réaffirmer le consensus ». Ainsi, elles étaient des moyens de prévenir toute division ou découragement parmi les opposants.

Afin d’anticiper les expropriations à venir, un Groupement Foncier Agricole (GFA) est créé en 1978 (8). Son but, permettre l’appropriation collective des terrains choisis par EDF pour accueillir la centrale. Sur cet espace, les plogoffistes vont choisir d’installer une bergerie accueillant deux cent brebis. En juin 1979, 20 000 personnes sont présentes pour l’installation des premières pierres. La force de cette action va principalement résider dans le fait qu’elle sera « une sorte de « manifestation permanente » de l’opposition à la centrale ».

L’occupation du territoire, avec la création du GFA, va se faire en parallèle de l’occupation du paysage par les habitants du Cap Sizun. Impossible à l’époque de se balader sur la presqu’ile sans croiser sur les routes et chemins des pancartes ou banderoles arborant des slogans anti-nucléaires. Il en sera de même dans les villages, où les maisons sont recouvertes de drapeau bretons et de slogans hostiles au projet. Durant l’été un stand sera à plusieurs reprises installé au niveau de la pointe du Raz afin de sensibiliser les touristes et de recueillir des signatures pour une pétition.

Réunions publiques, manifestations, fêtes antinucléaires, appropriation collective du territoire et du paysage, les opposants au projet de centrale de Plogoff vont faire preuve d’imagination et d’un dévouement sans faille afin de faire entendre leur voix. En 1980, lorsque l’État lance l’enquête d’utilité publique, le mouvement va se radicaliser. Pendant quelques semaines, les confrontations avec les forces de l’ordre vont être quotidiennes.

« Que Plogoff devienne une ile » (9)

Le but d’une enquête d’utilité publique (EUP) est de recueillir l’avis de la population avant la mise en place d’un projet d’aménagement afin de déterminer si celui-ci répond bien à l’intérêt général. Elle permet de faire passer l’intérêt collectif avant notamment le droit de propriété. Cette étape précède l’expropriation. En 1980, elle va concernée Plogoff et plusieurs communes aux alentours. Pour l’État cette enquête n’est qu’une formalité. Son seul souci est donc de garantir le bon déroulement de la procédure.

En effet, face à l’hostilité de la population locale envers le projet, l’État s’attend à ce que l’enquête, qui doit durer pas moins de six semaines, soit mouvementée. Ceci d’autant plus que le maire de Plogoff a refusé d’accueillir l’EUP et même fait bruler les dossiers qui lui ont été envoyés sur la place de la mairie. Ainsi, chaque jour, des camionnettes faisant office de mairies annexes vont venir s’installer dans les villages concernés. Les citoyens voulant donner leur avis n’auront qu’à s’y présenter et l’inscrire sur les documents destinés à cet effet. Afin d’éviter tout débordement les camionnettes seront protégées par les forces de l’ordre.

Pour les plogoffistes, cette arrivée en masse des gendarmes mobiles, pas moins de 700 sur le terrain, est vécue comme une occupation du territoire. Désapprouvant par ailleurs la mise en place de l’EUP, ils font tout faire pour empêcher les mairies annexes de s’installer chaque matin. Pour cela, de véritables barricades vont être construites durant les nuits aux entrées du village.

Arbres, carcasses de voitures, pneus, bottes de pailles, tout sera bon pour ralentir un maximum l’avancée des gendarmes (10). Afin, de leur rendre la tâche encore plus difficile, du purin, des excréments ou encore des ordures seront déversés sur les barricades. Pour la première adjointe au maire, Annie Kerloc’h, tout doit être fait pour « que Ploggof devienne une île ».

Les barricades ralentiront les forces de l’ordre, mais ne les empêcheront jamais de passer. Ainsi, lorsqu’elles parviennent à se frayer un chemin, les habitants les accueillent sous les huées, les cris, les sifflets, les insultes (11). Des projectiles en tout genre (pierres, boulons…) fusent. Durant les six semaines de l’EUP, il n’y aura pas d’affrontement direct entre manifestants et forces de l’ordre au niveau des barricades. Les opposants à la centrale ne feront jamais « le pas de l’action véritablement violente (12) ».

Cependant, face à l’hostilité de la population et aux blocages, les gendarmes tireront des gaz lacrymogènes et chargerons à de multiples reprises afin de disperser les habitants. Ce type de scène ne sera pas sans choquer l’opinion, car il est rare de voir des retraités ou encore des femmes faire face aux forces de l’ordre dans ce type de situation. Sur certaines grenades lacrymogènes, des plogoffistes retrouveront l’inscription suivante, « pour ta sale gueule de breton ». Des mots très certainement inscrits par des gendarmes exténués par les affrontements récurrents avec la population.

Les habitants de Plogoff n’étaient pas dupes quant au résultat final de l’EUP. Ainsi, la désobéissance civile était pour eux le seul recours face à l’intransigeance de l’État. Durant les six semaines d’enquête le paroxysme de la lutte antinucléaire de Plogoff sera atteint. En occupant le terrain, en harcelant « l’ennemi », et même en l’affrontant, les plogoffistes démontreront toute leur détermination et leur courage.

Sans surprise, le résultat de l’EUP sera favorable à l’installation de la centrale. Cependant, les efforts des opposants en lutte depuis décembre 1974 ne seront pas vains. En effet, candidat socialiste à l’élection présidentielle, François Mitterrand annonce durant la campagne, « Plogoff ne figure pas et ne figurera pas dans mon plan nucléaire ». Ainsi, au soir du 10 mai 1981 c’est la délivrance pour chacun d’eux. Le projet est abandonné, cependant le nouveau président ne revient pas sur le tournant pris par son prédécesseur en matière de production d’énergie nucléaire.

La lutte contre le projet de centrale de Plogoff restera à jamais emblématique et porteuse d’espoir. Qui aurait pu croire lorsque le site fut officiellement choisi, que les citoyens de cette petite commune de la pointe de la Bretagne parviendraient à faire annuler un tel projet d’aménagement porté par l’État et l’industrie nucléaire ?

¹ Jean Jaurès, discours à la jeunesse, 30 juillet 1903, Albi.

² Valéry Giscard d’Estaing, Le Monde, 26 Janvier 1978.

³ Plogoff, des pierres contre des fusils, Nicole Le Garrec, 1980

4 Slogan scandé par les opposants au projet de centrale durant la mobilisation.

5 Auteur de Plogoff, l’apprentissage de la mobilisation sociale, PUR, 2010

6 Slogan scandé par les opposants au projet de centrale durant la mobilisation.

7 Ouest-France, 18 aout 1978 courrier des lecteurs.

8 A la fin de l’année 1979, il possède 16 hectares.

9 Annie Kerloc’h, première adjointe de la municipalité lors de l’enquête d’utilité publique (1980).

10 En 1976, des barrages humains avaient déjà été mis en place afin d’empêcher EDF de venir sonder le terrain destiné à accueillir la centrale.

11 Voir Plogoff, des pierres contre des fusils, Nicole Le Garrec, 1980

12 Gilles Simon, Plogoff, l’apprentissage de la mobilisation sociale, PUR, 2010

Principales sources : Gilles Simon, Plogoff, l’apprentissage de la mobilisation sociale (PUR, 2010) et Plogoff, des pierres contre des fusils de Nicole le Garrec (1980). Pour une première approche de la question, l’ouvrage (BD) de Delphine Le Lay et Alexis Horrellou, Plogoff (Delcourt, 2013), peut être intéressant car accessible par tous.


https://matthieulepine.wordpress.com/20 ... 1974-1981/
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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 11 Nov 2018, 16:22

"Tous au Larzac" (2011)

Documentaire de Christian Rouaud, France, 2011.

"Tous au Larzac revient sur le combat mené par les paysans du Larzac contre l’État français pour conserver leurs terres. Déclenchée en 1971 par l’annonce du ministre de la Défense Michel Debré d’étendre le camp militaire implanté dans la région, leur lutte acharnée durera dix années entières. Unis et farouchement déterminés à sauver coûte que coûte leurs parcelles, les paysans trouveront rapidement le soutien actif de quantités de mouvements divers (mouvement hippie, étudiants, pacifistes, non-violents emmenés par Lanza del Vasto, jeunes maoïstes…) venus s’installer sur place pour prêter leur main forte. Grâce aux actions spectaculaires qu’ils mènent — rallier Paris en tracteur, puis à pied…, faire paître leurs moutons sur le Champ-de-Mars, aux pieds de la Tour Eiffel… — et aux affrontements qui les opposent quotidiennement à l’armée sur le terrain, les paysans du Larzac parviennent à sensibiliser puis à rallier à leur cause la France entière, qui voit naître un peu partout des centaines de comités de soutien."

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Re: Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes,écologie,antimilitaris

Messagede bipbip » 16 Nov 2018, 20:43

Projection du film "L’Explosion" : Retour sur la lutte contre la centrale nucléaire de Chooz

Nancy samedi 17 novembre 2018
à 19h au CCAN (Centre Culturel Autogéré de Nancy).

L’Explosion est retourné à Chooz, dans les Ardennes, 25 ans après que s’y soit déroulée une virulente opposition à la construction de la centrale nucléaire.

"L’Explosion", un film documentaire de Jérôme Champion. (52 minutes)

Quand une partie de l’histoire du nucléaire en France rencontre une partie de l’histoire ouvrière, cela peut provoquer une explosion d’un cocktail étonnant, mélangeant les peurs de l’explosion nucléaire, les mécontentements de l’explosion sociale et les départs discrets de l’explosion territoriale. Le film L’Explosion est retourné à Chooz, dans les Ardennes, 25 ans après que s’y soit déroulée une virulente opposition à la construction de la centrale nucléaire.

Nous avons suivi Jean Noël qui milita alors contre l’installation de cette centrale nucléaire. Avec lui, petit à petit nous retrouvons celles et ceux qui ont lutté. Une série de onze portraits se dessinent, et à travers eux, l’histoire des luttes de Chooz et de Vireux nous est relatée.

25 ans après, bien plus qu’une histoire qui nous est racontée, c’est sur notre actualité que nous nous interrogeons.

Projection samedi 17 novembre à 19h au CCAN (Centre Culturel Autogéré de Nancy).
Soirée en présence de l’un des protagonistes.

Et dimanche 18 novembre 2018, à 20h, au local autogéré de LÀ QU’ON VIVE à Commercy (55).

https://manif-est.info/Projection-du-fi ... e-786.html
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