Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 28 Juil 2015, 09:51

Le tract reproduit ici a été publié à l’origine par le Berkeley Vietnam Day Committee en octobre 1965; il a été distribué dans les centres d’entraînement et les bases américaines, et été envoyé aux soldats au Vietnam. Sa circulation parmi le personnel militaire a provoqué une condamnation par les autorités civiles et militaires et des menaces de poursuite pour trahison. Ce document a été publié à l’origine dans "The New Left: A Documentary History" par Massimo Teodori.Indianapolis, Bobbs-Merrill 1969 , ouvrage que l’on peut consulter en ligne sur les Archives Internet
http://www.archive.org/details/TheNewLeftADocumentaryHistory

Le Vietnam Day Committee (VDC) a été créé au printemps 1965. Parmi ses fondateurs, Jerry Rubin et le professeur Stephen Smale. 
Un des principaux fait d'arme du CDC est l'organisation du plus important teach-in sur le Vietnam jamais organisé jusqu'alors, à l' UC Berkeley du 21 au 23 mai 1965
Parmi les participants : Benjamin Spock; Norman Mailer; Dave Dellinger; James Aronson: Alan Watts;Dick Gregory; Paul Krassner; Bob Parris et Bob Moses (Student Non-violent Coordinating Committee); Mario Savio; Paul Potter (Students for a Democratic Society); Mike Meyerson (Du Bois Clubs of America) Staughton Lynd.

A l’Attention De Tout Le Personnel Militaire

Vous pourriez bientôt être envoyés au Vietnam. Vous avez entendu parler de la guerre aux informations ; vos officiers vous feront des discours enthousiastes à son sujet. Mais vous vous sentirez probablement confus et incertains comme la plupart des américains. Beaucoup vous dirons d‘obéir simplement aux ordres et de laisser les interrogations aux autres. Mais vous avez tout autant le droit de savoir que quiconque. Après tout, c’est vous - et non votre député - qui risque de se faire tuer.

Nous sommes supposés combattre pour défendre la démocratie au Vietnam, et cependant notre propre gouvernement admet que le Sud Vietnam est gouverné par une dictature. Le Général Ky, dernier dictateur militaire en date, est tout aussi mauvais que les autres. Dans une récente interview il a dit "On me demande qui sont mes héros. J’en ai seulement un - Hitler. J’admire Hitler parce qu’il a réunit son pays alors qu’il se trouvait dans un état déplorable." (London Sunday Mirror, 4 juillet 1965).

Le Général Ky ne représente pas grand chose pour nous ; nous ne sommes même pas sûr de la prononciation de son nom mais les sud vietnamiens ont vécu sous le régime d’hommes comme lui depuis des années. Pour eux, nous combattons du côté de l’hitlérisme, et ils espère que nous perdrons.

Les porte-paroles militaires U.S ont souvent dit que leur plus grand problème était de trouver l’ennemi. L’ennemi, disent-ils, est partout. La vieille femme qui nourrit ses poulets pourrait avoir un stock de grenades dans sa hutte. Le petit garçon qui suit les soldats américains durant la journée pourrait aller communiquer des informations à la guérilla durant la nuit. Les lavandières qui travaillent dans la base aérienne pourraient amener une bombe un jour. Il est impossible, disent les militaires, de dire qui sont le Viet Cong et qui sont les civils.

Et donc, puisque le peuple vietnamien entier semble être l’ennemi, les militaires ne prennent pas de risques. Ils n’utilisent pas des gaz lacrymogènes – une arme destinée à être utilisée contre les civils. Ils ordonnent aux troupes américaines d’ouvrir le feu sur des femmes et des enfants, qui après tout, tirent sur des soldats américains Les avions américains détruisent des villages au napalm; les B-52 rasent des régions entières. C’est pourquoi la guerre du Vietnam est si souvent appelée "guerre sale."

Quand les sud vietnamiens vous voient dans vos uniformes étrangers, ils vous considèrerons comme leurs ennemis. Vous êtes ceux qui bombardez leurs villes. Ils ne savent pas si vous êtes un appelé ou un engagé, ni si vous êtes pour ou contre la guerre; mais ils ne prendront aucun risque eux non plus.

Les vietnamiens aimeraient voter pour renvoyer les étrangers de leurs pays mais on leur en a renié le droit. Selon les accords de Genève de 1954, il y aurait du y avoir des élections en 1956. Mais le gouvernement U.S. Était certain que notre homme au Vietnam, Diem, les perdrait. Alors nous avons décidé de n’autoriser aucune élection jusqu’à ce que nous soyons certains de les gagner.. Diem a mis en place une police politique et a jeté toutes les formes d’opposition – communiste et anti-communiste – en prison. En1959, il était évident qu’il n’y aurait aucune élection et la guérilla, connue sous le nom de Viet Cong commença à rendre les coups. En 1963, notre gouvernement en a eu marre de Diem, mais ne souhaitait toujours pas prendre le risque d’une élection. Notre CIA a aidé un groupe de généraux vietnamiens à renverser Diem et à le tuer. Depuis lors, il y a eu une série de dictateurs militaires "plus convenables". Le Général Ky – l’homme qui admire Hitler- est le dernier d’entre eux.

Votre travail, comme soldats, consiste à "gagner le peuple du Sud Vietnam à notre cause ." A les gagner à la cause de la démocratie ? Non, nous maintenons les dictateurs militaires au pouvoir. Alors quoi? A la façon de vivre américaine? Mais pourquoi s’intéresseraient-ils davantage à la façon de vivre américaine que nous nous intéressons à la leur ? Nous ne savons pas parler leur langue ni même prononcer leurs noms. Nous ne savons rien de leur religion ni même ce qu’elle est . Nous n’avions même jamais entendu parler du Vietnam jusqu’à ce que Washington décide de prendre les choses en mains.

Nous sommes supposés combattre pour "sauver le peuple vietnamien du communisme." L’influence communiste est certainement très forte au sein du Front de Libération Nationale le gouvernement rebelle. Cependant la majorité des vietnamiens le soutiennent. Pourquoi ? Beaucoup des personnes qui dirigent maintenant le FLN ont dirigé le mouvement vietnamien pour l’indépendance contre les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale, et ont ensuite continué le combat contre le colonialisme français..Beaucoup de vietnamiens considèrent les dirigeants du FLN comme des patriotes remarquables. En réalité, beaucoup d’anti-communistes ont rejoint la guérilla avec l’idée que le plus important était de se débarrasser de la domination étrangère et de la dictature militaire. De l’autre côté, très peu de vietnamiens soutiennent le gouvernement officiel du Général Ky. Le moral de son armée est bas et il y a un fort taux de désertions.

Les journaux et la télévision nous ont répété encore et encore combien coriace était le combattant vietnamien. Manquant de munitions et ne disposant d’aucune couverture aérienne, il est capable de vaincre des forces qui lui sont cinq à dix fois supérieures en nombre. Pourquoi ont-ils un moral si élevé ? Ce ne sont pas des appelés ; aucun appelé n’a jamais combattu comme cela Ce ne sont pas des soldats professionnels bien payés. La plupart d’entre eux sont des paysans qui travaillent leurs champs; ils ne peuvent même pas se permettre de gaspiller des munitions pour s’entrainer au tir. Leur secret, c’est qu’ils savent pourquoi ils se battent. Ils n’ont pas entendu parler du Vietnam par leurs journaux; ils y ont vécu toute leur vie. Alors que nous étions au lycée, ils vivaient sous le régime de Diem et le haïssait. Maintenant les avions américains bombardent leurs villes et mitraillent leurs champs; les troupes américaines ont envahi leur pays ; et si ils s’en plaignent à voix haute, un dictateur soutenu par les américains les condamne à la prison ou au peloton d’exécution. Est-ce qu’il est étonnant qu’ils se battent avec autant d’acharnement ? La guerre du Vietnam n’est pas menée selon les règles. Les prisonniers sont torturés Nos avions lâchent des bombes incendiaires sur les villages Nos soldats tirent sur des femmes et des enfants. Vos officiers vous diront que tout cela est nécessaire, que nous ne pouvons pas gagner la guerre d’une autre manière. Et ils ont raison. Les soldats américains ne sont pas plus cruels que n’importe qui d’autre. Les soldats américains n’aiment pas ce genre de guerre. Mais si vous vous faites la guerre à un peuple entier, vous êtes obligés de devenir cruels.

Le soldat allemand ordinaire qui occupait l’Europe n’était pas non plus particulièrement cruel. Mais, en même temps que le mouvement de résistance s’intensifiait , il le devint. Il a tiré sur des femmes et des enfants parce que ceux-ci tiraient sur lu; il ne s’est pas demandé pourquoi ils tiraient sur lui. Quand une ville devenait un centre de la résistance, il obéissait aux ordres et détruisait la ville entière. Il savait que les SS torturaient les résistants capturés mais ce n’était pas ses affaires.

En tant que soldats, vous avez été entraînés à obéir aux ordres, mais en tant qu’êtres humains, vous devez assumer la responsabilité de vos propres actes. Les lois internationales et américaines reconnaissent qu’un soldat, même si il obéit à un ordre, porte la responsabilité morale et légale de ses actes. Ce principe est entré dans les loi après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque les Nations alliées, lors d’une rencontre à Londres, décidèrent que les criminels de guerre allemands devaient être punis même si ils avaient commis des crimes de guerre en obéissant aux ordres. Ce principe a constitué la base des procès de Nuremberg . Nous pensons que la guerre du Vietnam dans son ensemble est criminelle et immorale. Nous pensons que les atrocités nécessaires à sa conduite contre le peuple du Vietnam sont inexcusables

Nous espérons que vous vous estimerez, en tant qu’êtres humains, incapables de tolérer cette guerre cauchemardesque, et nous espérons que vous vous y opposerez. Nous ne savons pas quel genre de risques nous encourons en vous donnant ce tract ; vous ne saurez pas quel risque vous prendrez en vous opposant à la guerre. De plus en plus de GIs ont déjà refusé de se battre au Vietnam et ont été traduits en cours martiale. Ils ont fait preuve d’un grand courage. Nous pensons qu’ils auront, avec d’autres hommes courageux qui les rejoindront, une influence disproportionnée à leur nombre..

Il y a bien d’autres choses que vous pouvez faire; puisque vous êtes dans l’armée, vous savez mieux que les civils quelles formes d’opposition y sont possibles. Mais quoi que vous fassiez, gardez les yeux ouverts. Tirez vos propres conclusions à partir de ce que vous voyez, lisez et écoutez Lors de sessions de formation, n’ayez pas peur de poser des questions et, si vous n’êtes pas satisfaits des réponses, continuer à poser des questions.

Vous pouvez penser que cette guerre est mauvaise mais décider toutefois de ne pas vous retrouver devant une cour martiale. Vous pouvez alors vous retrouver au Vietnam à obéir aux ordres. Vous pourrez être obligés de participer à quelques combats – mais ne faites rien de plus que ce que vous êtes obligés de faire. Bonne chance.

Le texte a été reproduit dans History is a weapon
http://www.historyisaweapon.com/defcon1/attentionmilitary.html
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 28 Juil 2015, 16:37

Un texte écrit par des femmes militantes du Student Nonviolent Coordinating Committee - SNCC - en 1964. Féminisme et militantisme (noir ou blanc) n'allait pas souvent de paire.

Texte original et source : [url]Student Nonviolent Coordinating Committee. Position Paper: Women in the Movement http://www2.iath.virginia.edu/sixties/H ... women.html[/url]

Student Nonviolent Coordinating Committee Monographie: Les femmes dans le mouvement

1. Le personnel a été impliqué dans des révisions constitutionnelles cruciaux lors d’une réunion à Atlanta en octobre. Un important comité a été nommé pour présenter ces révisons au personnel. Il était composé uniquement d’hommes.
2. Deux organisateurs travaillaient à la formation d’une ligue de fermiers. Sans poser de questions, les organisateurs masculins ont immédiatement assigné le travail de secrétariat à une organisatrice , bien qu’elle ait une expérience égale dans l’organisation de campagnes.
3. Bien que quelques femmes au sein du projet Mississippi y ont travaillé aussi longtemps que les hommes, le groupe dirigeant du COFO est composé exclusivement d’hommes.
4. Une femme dans une section locale se demandait pourquoi elle était tenue responsable des prises de décisions quotidiennes, pour découvrir par la suite qu’elle avait été nommée directrice du projet mais qu’on ne l’en avait pas informée..
5. A l’automne 1964 , un rapport sur le personnel et le matériel des projets dans le Mississippi recense le nombre de personnes de chaque site. La section de Laurel, cependant, ne recense pas le nombre de personne mais "trois fille".
6. L’un des principaux directeurs administratifs du SNCC' s’excuse pour la nomination d’une femme comme directrice intérimaire d’un projet clé dans la région du Mississippi.
7. Une ancienne qui a travaillé deux ans dans deux états pour le SNCC passe ses journées à taper à la machine et à faire du travail de secrétariat pour d’autres personnes du projet.
8. Chaque femme du SNCC , indifféremment de sa position ou de son expérience, se voit demander de prendre en charge le compte-rendu d’une réunion, dès qu’elle et les autres femmes sont inférieures en nombre aux hommes.
9. Les noms de plusieurs nouveaux avocats rejoignant des projets dans l’état cet été ont été envoyés par courrier dans un bureau central du projet. La première initiale du prénom et le nom de chaque avocat était indiqué. A la suite d’un des noms était inscrit : (fille)
10. Des femmes capables, responsables et expérimentées qui occupent des postes à responsabilités peuvent s’attendre à devoir s’en remettre à un homme pour la prise de décision finale.
11. Une session lors de la récente réunion du personnel en octobre à Atlanta vit pour la première fois en deux ans une femme être sollicitée comme présidente d’une importante réunion.

Sans aucun doute, cette liste paraîtra étrange pour certains, mesquine pour d’autres, risible pour la plupart. La liste pourrait se poursuivre tant qu’il y a des femmes dans le mouvement. Sauf que la plupart des femmes ne parlent pas de ce genre d’incidents, parce que le sujet dans sa globalité n’est pas un sujet de discussion. -- étrange pour certains, mesquin pour d’autres, risible pour la plupart N’importe quelle personne blanche a du mal à comprendre pourquoi le Nègre n’aime pas être appelé "garçon" ou être considéré comme "musicien" ou "athlétique," parce que le blanc moyen ne réalise pas qu’il part du principe qu’il lui est supérieur. Et, naturellement, il ne comprend pas le problème du paternalisme . De la même manière, le membre moyen du SNCC trouvera difficile de discuter du problème des femmes à cause de ses principes de supériorité. Ces principes de supériorité mâle sont aussi répandues, profondément enracinés et tout aussi invalidant pour les femmes que la suprématie blanche ne l’est pour les Nègres. Posez-vous la question de savoir pourquoi, dans le SNCC, les femmes compétentes, qualifiées et expérimentées se voient assignées automatiquement les types de tâches "féminines" tels que la frappe, le travail de bureau, le téléphone, le classement, le travail de documentation, la cuisine et le rôle d’assistante dans le travail administratif, et rarement des tâches de type "exécutif"

Les femmes au sein du SNCC se trouve souvent dans la même situation que le bon Nègre embauché dans une entreprise. La direction pense qu’elle a fait sa B.A. Pourtant, chaque jour, le Nègre endure une atmosphère, des attitudes et des actes teintés de condescendance et de paternalisme, caractérisés par le fait qu’il ne bénéficie pas des mêmes promotions que des blancs de qualification égale ou inférieure. Ce document est anonyme. Imaginez le genre de choses que l’auteure, si elle était identifiée, subirait pour avoir soulevé ce genre de discussion. Rien d’aussi extrême que d’être exclue ou licenciée, mais ce genre de choses qui tuent de l’intérieur--insinuations, ridicule, compensations excentriques.

Ce document est cependant diffusé parce que l’on doit savoir que beaucoup de femmes dans le mouvement ne sont pas "heureuses et contentes " de leur statut. On doit savoir que beaucoup de talents et d’expériences sont gaspillés par ce mouvement lorsque des femmes n’obtiennent pas des tâches proportionnées à leurs capacités. On doit savoir que, de la même manière que les Nègres étaient le facteur crucial de l’économie du coton dans le Sud, les femmes dans le SNCC représentent le facteur crucial qui assure le fonctionnement quotidien du mouvement. Cependant, elle n’ont pas leur mot à dire dans les prises de décisions quotidiennes.. Que peut-on y faire? Probablement rien à l’heure qu’il est. La plupart des hommes de ce mouvement se sentent probablement trop menacés par l’éventualité d’un débat sérieux sur ce sujet. Peut-être parce qu’ils viennent de rompre récemment avec un système matriarcal au sein duquel ils ont été élevés. Alors, de nombreuses femmes sont aussi inconscientes et insensibles que les hommes à ce sujet, tout comme beaucoup de Nègres qui ne comprennent pas qu’ils ne sont pas libres ou qui veulent faire partie de l’Amérique blanche. Ils ne comprennent pas qu’ils doivent abandonner leur âme et rester à leur place pour être acceptés. Alors aussi, beaucoup de femmes , pour être acceptées par les hommes, dans les conditions imposées par les hommes, s’abandonnent à la caricature de la femme –étourdie, malléable, un bibelot pour satisfaire les hommes.

Peut-être que la seule chose qui peut sortir de ce document est la discussion—au sein des rieurs—mais la discussion tout de même. (Ceux qui rient les plus forts sont souvent ceux qui ont le plus besoin de la béquille de la supériorité mâle) Et peut-être que quelques femmes commenceront à prendre conscience des discriminations quotidiennes. . Et peut-être qu’à un moment donné du futur, la totalité des femmes de ce mouvement deviendront assez éveillées pour obliger le restant du mouvement à cesser la discrimination et à entamer un lent processus pour changer les valeurs et les idées afin que chacun comprenne progressivement que nous ne vivons plus dans un monde d’hommes, pas plus que dans un monde blanc.

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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 28 Juil 2015, 17:02

Un des groupes féministes les plus intéressants fut sans doute le Chicago Women’s Liberation Union

La Chicago Women's Liberation Union a été fondé en novembre 1969 et réunit plusieurs groupes, comme Abortion Counseling Service, Women's Graphics Collective, South Side Women's Liberation Center ...
L'organisation connait un fort développement en 1970. Des groupes de travail voient le jour : Chicago Women's Liberation Rock Band; Anti-Imperialist Committee; Alice Hamilton Women's Health Clinic (Pregnancy Testing); Le Dolores/Northside Women's Center.
A l'automne, la Liberation School est créée en partie à partir de projets issus du Political Education Committee, du College Organizing Committee, et de la Alice Hamilton Women's Health Clinic.
La Liberation School organise sa première session en février 1971 (il y aura 4 sessions en 1971, 3 sessions par an ensuite).
D'autres groupes de travail se forment : Action Committee for Decent Childcare; Legal Clinic; Sister Center ; WOMANKIND (une revue mensuelle).
En novembre 1972, la conférence de CWLU intègre dans ses principes le soutien aux gays et lesbiennes. La même année, des groupes de travail supplémentaires sont créés : Direct Action for Rights in Employment (DARE); China Group; Gay Group; Rape Crisis Line; Connecting Link; High School/Junior College Outreach (appelé plus tard SECRET STORM).
Ils seront suivis en 1973 par la Abortion Task Force; Health Evaluation and Referral Service (HERS); Women's Prison Project; Emma Goldman Women's Clinic. En 1974 par le Lesbian Group (qui deviendra BLAZING STAR). et en 1975 par le Asian Women's Group.

En 1976 , les dissensions internes minent le groupe. La Liberation School ferme ses portes durant l'été. En avril 1977 la Chicago Women's Liberation Union se dissout.

Leur site et archives http://www.cwluherstory.org/
(Merci à Carol)

Rock Band
Source : Who We are and How We Got Here

Qui nous sommes et comment nous sommes arrivées ici?

Les Chicago Women’s Liberation Rock Band et New Haven Women’s Liberation Rock Band ont été formés tous les deux il y a environ 2 ans 1/2 par des femmes du, ou proche du, mouvement des femmes de nos villes. A l'époque, quelques-unes d'entre nous étaient déjà musiciennes et avions reçu une éducation sexiste en jouant dans des groupes mâles. Certaines d'entre nous étions des fugitives de fanfares de l'université, de groupes de musique folk et des récitals de Mrs.Porter. Certaines d'entre nous avaient planqué des instruments inutilisés sous le lit depuis des années. Et certaines d'entre nous étaient des musiciennes débutantes, apprenant à jouer pour la première fois. Toutes, nous voulons créer une nouvelle sorte de groupe et une nouvelle sorte de musique bien que nous n'ayons pas d'idée claire sur comme y parvenir.

Nous savons ce que nous ne voulons pas : le cirque entier du rock mâle avec ses paroles insultantes, le style boum-boum et le mépris pour le public. Nous ne voulons pas écrire l'équivalent féminin de chansons comme “Under My Thumb,” “Back-Street Girl,” “It’s a Man’s Man’s Man’s World” où les hommes nous disent ‘vous êtes en dessous de tout et nous célèbrerons votre dégradation.’ Nous devons réfléchir à d'autres façons de faire un hit sans nous pavaner et écraser comme Mick Jagger, sans violer et brûler nos guitares comme Jimi Hendrix, ou sans nous branler sur scène comme Jim Morrison. Nous ne voulons pas pulvériser les tympans de notre public (et les nôtres) avec 1010 décibels. Comme artistes, nous ne voulons pas prendre notre pied en écrasant les gens pour lesquels nous jouons et nous ne voulons pas avoir une star entourée par une escouade de musiciens de second plan.

Mais que voulons-nous alors ? Nous savions que nous voulions faire une musique qui aurait personnifié la vision humaniste, féministe, radicale que nous partageons . Et les paroles étaient évidemment le point de départ - l"espace était grand ouvert. La plupart des textes rock que les femmes ont chanté étaient au sujet de la souffrance que nous causent les hommes —la souffrance qui est supposée nous définir comme femmes. Nous n'avons pas voulu renier cette tradition (les femmes ont lutté durement pour chanter même cela) mais nous avons voulu chanter pour dire que la souffrance n'avait pas lieu d'être — pour dire que nous combattons et luttons et aimons pour que cela change. Au début, il était plus facile d'écrire de nouvelles paroles sur d'anciennes chansons, mais le temps passant, nous avons commencé à écrire entièrement un nouveau matériau (le disque contient des exemples de ces deux phases).

Nous devions aussi démythifier l'idolâtrie autour des l'instrument et de la sono — bouger et installer l'équipement, trouver les fusibles, régler le larsen, le micro, surveiller et contrôler tout par nous-mêmes. Nous devions essayer de rompre la barrière qui existe entre artistes et publics en discutant entre les morceaux au sujet de qui nous étions, de ce que nous faisions, et d'où venaient nos chansons. Chaque fois que cela a été possible, nous avons joué dans des endroits où les gens pouvaient danser, avons fait un peu de théâtre et de comédie, distribué les textes afin que les gens puissent chanter avec nous et invité d'autres femmes à se joindre à nous et à jouer avec nous

Le plus dur de l'affaire était la musique en elle-même —qu'allions-nous faire à partir d'un tel mélange de goût, d'expériences et d'instruments ? Nous sommes parties de rien , sans engager des musiciennes expérimentées pour chaque rôle traditionnel. Nous n'avions pas de leaders, de techniciens, de managers, d'agents, de roadies—seulement l'équipement et les instruments. Nous concevions le groupe comme une communauté et donc nous voulions apprendre ensemble et travailler à éliminer les inégalités de pouvoir (musical) qui existaient entre nous. Nos progrès ont été lents et difficiles - ils ont résulté de milliers d'heures de pratiques, d'enseignement mutuel, d'apprentissage, d'écoute d'autres groupes, de répétitions, d'écriture et de travail sur un tas de choses avec tout le monde. Depuis ces 2 années 1/2 , chaque groupe a évolué quant à son matériau et à son style, en partie selon la combinaison d'instruments que nous avons réussi à réunir et en grande partie à cause de nos efforts pour faire une musique rock collective, non agressive et joyeuse.

CE QUE NOUS FAISONS:

Nous somme le bras ‘agit-rock’ de nos mouvements de femmes respectifs. A Chicago, nous sommes un groupe de la Chicago Women’s Liberation Union. A New Haven nous sommes toutes membres de la New Haven Women’s Liberation. Nous allons dans des endroits où les tracts ne peuvent pas aller —bals de collèges, conférences de femmes, manifestations, concerts de soutien, festivals, prisons et autres manifestations diverses. Et peut-être que nous disons des choses que ne peuvent pas dire les tracts parce que nous avons la musique et la scène pour nous aider à générer pendant les quelques heures que nous jouons quelques aperçus du monde que nous aimerions voir apparaitre Quelques-uns de nos concerts ont été plus qu'excitant.—Nous avons partagé avec le public une célébration du fond du cœur de notre vision. A d'autres, nous avons été confronté à de mauvaises vibrations, à des hommes hostiles, à des problèmes d'électricité, à un temps glacial.

Le tarif de nos représentations sont adaptés à ce que les gens peuvent payer et jusqu'à maintenant, l'argent a été dépensé en équipement, transport, nourriture, boisson, loyers de salles de répétitions, et dons au mouvement des femmes. Nous ne voyons pas le groupe comme source de profits (Nous avons tous d'autres boulots pour vivre) mais comme une partie de ce qui a besoin d'être fait pour changer la culture de cette société.

Tout ce que nous voulons faire c'est utiliser le pouvoir du rock pour transformer le monde tel qu'il existe en une vision de ce que le monde pourrait être, créer une atmosphère où les femmes sont suffisamment libérées pour lutter pour leur liberté et faire une autre sorte de culture qui est une affirmation de nous mêmes et de tous les autres.
CWLU

Nous,du groupe de Chicago, voudrions ajouter quelques mots seulement au sujet de l'organisation dont nous faisons partie parce que nous pensons que c'est important pour nous et pour les femmes de Chicago. Il s'agit de la Chicago Women’s Liberation Union, qui est la seule organisation féministe radicale de ce type dans le pays . Durant ses trois années d'existence, elle a fourni une unité politique et indiqué une direction pour une grande partie du mouvement des femmes de Chicago.

Jane

Le Abortion Counseling Service of Women's Liberation, Service de Conseils pour l'Avortement Plus connu sous le sobriquet de "Jane", était un groupe clandestin qui dépassa le seul stade du conseil pour réaliser par lui-même les avortements

Dans Abortion—a woman's decision, a woman's right - L'avortement - une décision de femme,  un droit des femmes, premier tract d'information publié, Jane se présente ainsi :

Qu'est-ce que le Abortion Counseling Service?

Nous sommes des femmes dont le but ultime est la libération des femmes dans la société. Une façon importante d'atteindre cet objectif est d'aider chaque femme qui le désire à obtenir un avortement présentant le moins de risques possibles et le moins coûteux possible dans les conditions actuelles.

L'avortement est une intervention simple, sans risque, relativement sans douleur lorsqu'il est pratiqué par une personne formée dans des conditions appropriées. En réalité, l'intervention est moins compliquée qu'une opération des amygdales . On entend des horreurs à son sujet parce que des femmes désespérées se tournent vers des personnes incompétentes ou font appel à des méthodes dangereuses. La majeure partie de notre temps est consacré à la recherche de médecins sûrs et sympathisants qui pratiqueront des avortements sans risques pour un tarif le plus bas possible.. Vous recvrez les meilleurs soins médicaux dont nous avons connaissance.

Bien que l'avortement soit illégal (1) en Illinois, l'état ne poursuit pas en justice les femmes qui y font appel; Seules celles qui le pratiquent ont été poursuivies.

Toute information que vous fournissez à votre conseillère est gardée secrète. Elle ne communiquera votre nom ou ne parlera à personne de ce que vous lui avez confié sans votre permission. Il est d'une importance vitale que vous soyez totalement honnête avec votre conseillère et le médecin au sujet de votre histoire médicale.
Fonds d'emprunt

Parce que l'avortement est illégal et très demandé, son coût est exorbitant. Dans les fait, un avortement coûte fréquemment autant que les honoraires de médecin et d'hôpital combinés pour avoir un enfant.
Les ACS pensent qu'aucune femme ne doit se voir refuser l'avortement parce qu'elle est incapable de le payer. Nous disposons d'un petit fonds d'emprunt sans intérêts et toujours insuffisant pour les femmes qui seraient incapables autrement d'avoir recours à l'avortement. C'est une mesure non lucrative et non discriminatoire. Vingt cinq dollars de la somme que vous payez pour l'avortement va pour alimenter ce fonds . Si vous bénéficiez de ce fonds, remboursez, s'il vous plaît, l'argent le plus rapidement possible pour que cet argent puisse être utile à d'autres femmes.. Un emprunt non remboursé signifie que nous ne pouvons pas prêter l'argent à quelqu'un d'autre qui en a un besoin désespéré.

(1) Le 22 Janvier 1973, la décision de la Cour Suprême des États-Unis, connue sous le nom de Roe V. Wade,  rendait légal l'avortement.
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Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 23 Aoû 2015, 13:11

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Les haches de la guerre sociale

« Si vivre signifie jouir de toutes les bonnes choses de la vie, […] alors nous, les bûcherons, ne vivons pas, mais nous nous contentons d’épargner les frais de nos funérailles. »
The Industrial Worker,
2 juillet 1910

Au début du XXe siècle, l’industrie du bois occupait une place primordiale dans l’économie des États-Unis. Mais, si elle prospérait, c’était, comme le veulent les règles du jeu capitaliste, au détriment de ceux qu’elle employait, et notamment des bûcherons. Ceux-ci travaillaient essentiellement dans deux régions du pays : le Nord-Ouest et le Sud. Si la première grande lutte bûcheronne éclate à Portland, en 1907, avec la grève de plus de deux mille travailleurs du bois (pour des augmentations de salaire et la liberté de s’organiser), c’est dans le Sud que naîtra le premier grand syndicat de cette industrie où les patrons ne font pas dans la dentelle. Dans cette partie des États-Unis, les bûcherons ne sont, bien souvent, que des paysans pauvres qui travaillent dans les scieries de façon saisonnière, alors que, au nord-ouest, il s’agit plutôt de hobos, de travailleurs itinérants grimpant dans les wagons des trains de marchandises pour voyager à l’œil et se rendre ainsi de lieu de travail en lieu de travail (ou bien ils se déplacent en même temps que les campements, de chantier en chantier).

Pendant longtemps, l’American Federation of Labor (AFL) se refusera à syndiquer les bûcherons, ce qui poussera ces derniers à s’organiser par eux-mêmes et à créer leurs propres structures. C’est ainsi que voit le jour, en 1910, en Louisiane, la Fraternité des ouvriers du bois, le premier vrai syndicat de bûcherons des États-Unis. Ses combats sont classiques, mais d’une impérieuse nécessité : améliorer de façon significative les conditions de vie et de travail des ouvriers du bois en réclamant la journée de huit heures, un salaire de deux dollars par jour, la possibilité de faire des achats dans des boutiques autres que celles appartenant aux patrons et le droit de se syndiquer et de se réunir autour de ses intérêts de classe (1).

En quelques années, la Fraternité organise plus de 35 000 travailleurs forestiers (2) et, en mai 1912, elle rejoint le Syndicat industriel national des forêts et des ouvriers du bois (Sinfob) de l’organisation syndicale révolutionnaire Industrial Workers of the World (IWW). Le Sinfob est l’un des tout premiers syndicats américains à organiser les travailleurs sans considération raciale, si bien que Blancs comme Noirs prennent leur carte rouge pour lutter ensemble contre les patrons des industries du bois. En Louisiane, les syndicalistes vont même jusqu’à enfreindre la loi interdisant les réunions « interraciales » (3).

Mais les patrons de l’industrie du bois ne pouvaient tolérer un tel degré d’organisation des travailleurs, à l’origine de luttes revendicatives radicales. Réunis au sein de l’Association des exploitants forestiers du Sud, ils organisèrent une riposte implacable basée sur la terreur. Une liste noire des travailleurs syndiqués est établie, des lock-out sont organisés et des militants sont molestés et assassinés, comme en Louisiane, à Grabow, en 1912 où trois grévistes sont tués par balles. Ces campagnes de terreur étaient notamment menées par les nervis de la Ligue des honnêtes citoyens, miliciens payés par le patronat et excités par des discours et des valeurs conservatrices. L’État, fidèle à sa raison d’être historique, se place, lui, du côté des employeurs et n’hésite pas, pour épauler ces derniers, à jeter les militants syndicaux dans les geôles de la jeune démocratie. En 1913, épuisée et diminuée, la Fraternité s’éteint.

Si au sud la vie des bûcherons était difficile, au nord, les conditions de vie et de travail étaient tout aussi déplorables. Outre l’insécurité du travail en lui-même (bûcheron est un métier à très haut risque, long – journée de dix heures – et mal payé), les campements des chantiers étaient innommables : dortoirs étroits et surpeuplés, lits de fortune, nourriture infecte et hygiène lamentable. En 1917, un vaste mouvement de grève éclate dans l’État de Washington, à l’initiative du Sinfob : les ouvriers des scieries d’Aberdeen, de Hoquiam et de Raymond cessent le travail et réclament la journée de huit heures et une augmentation de salaire. Malgré une solidarité de classe importante (plusieurs bûcherons d’autres scieries se croisent les bras pour soutenir leurs collègues), la répression menée par l’État (arrestations et emprisonnements de grévistes) et les patrons (création de milices chargées de répandre la terreur par le harcèlement, les menaces et les tabassages en règle) vint à bout du mouvement qui ne parvint à obtenir qu’une petite hausse de salaire. Victimes de discriminations antisyndicales, la plupart des bûcherons organisés au sein des IWW ne trouvèrent plus aucun travail dans les scieries du pays et durent quitter l’État. Là encore, le syndicat du bois n’y survit pas.

Mais les wobblies n’avaient pas dit leur dernier mot et, en 1917, malgré la vaste répression antisyndicale qui accompagne l’entrée de l’Oncle Sam sur le théâtre de la Première Guerre mondiale, ils fondent le Syndicat industriel des ouvriers du bois. En juillet de cette même année, dans l’État de Washington, dans la région de Spokane, une première grande grève est organisée pour réclamer de meilleures conditions de travail (journée de huit heures, salaires plus élevés, interdiction du travail des enfants, fin de la discrimination antisyndicale à l’embauche) et dénoncer l’insalubrité des campements de chantiers. En août, plus de 80 % des chantiers de la région sont paralysés. Mais, si cette grève gêne terriblement les patrons de l’industrie du bois, elle pose aussi un grave problème au gouvernement américain qui voit ainsi son effort de guerre largement contrarié (le bois étant une matière première essentielle pour la fabrication du matériel militaire, ne serait-ce que les fusils). En conséquence, la répression contre les grévistes est démesurée : arrestations massives, mise sur pied de milices patronales, internement des militants dans des camps improvisés, saccage des locaux syndicaux, etc. Mais, devant la violence de la répression et l’attitude intransigeante des patrons, les travailleurs du bois ne baissent pas les bras et redoublent d’inventivité pour intensifier le mouvement. À ce titre, les écrits du syndicaliste révolutionnaire français Émile Pouget – notamment Le Sabotage, traduit en anglais par le wobbly Arturo Giovannitti – ne sont pas sans avoir influencé, indirectement ou directement, les grévistes : grève du zèle (respect des règles de sécurité à la lettre, application de fait de la journée de travail de huit heures) et sabotage (destruction des outils de travail) furent pratiqués de manière exemplaire, laissant les patrons sans voix.

Le gouvernement, qui exprimait un besoin pressent de mettre fin à cet important conflit social pour ne pas compromettre l’effort de guerre, finit par mettre sur pied une instance se voulant « impartiale » (sic !) en vue de trouver une solution consensuelle entre bûcherons et employeurs pour sortir rapidement de la grève. Devant des ouvriers déterminés à aller jusqu’au bout, cet organisme, appelé Légion loyale des bûcherons et exploitants forestiers, en vint finalement à exiger des patrons des industries du bois qu’ils appliquent la journée de travail de huit heures.

D’autres grèves de bûcherons marqueront l’histoire du mouvement ouvrier du continent nord-américain, ne serait-ce que celle de Rouyn, au Canada, en novembre 1933 où 400 travailleurs du bois cesseront le travail pour dénoncer leurs conditions de vie misérables. Si la police, prenant prétexte d’un affrontement entre grévistes et jaunes, abattra ses matraques sur le mouvement, celui-ci aboutira néanmoins, quelques mois plus tard, à la mise en place d’une législation visant à améliorer le quotidien des bûcherons 4. Du côté des États-Unis, deux grosses grèves secoueront l’industrie du bois en janvier et octobre 1937 dans le Minnesota et le Michigan (5).

Pour conclure cette petite rétrospective historique, je laisserai la parole à un bûcheron du début du siècle qui, dans l’édition du 2 juillet 1910 de l’Industrial Worker (organe des IWW), exposait sa conception – révolutionnaire – de l’exploitation forestière : « Les forêts sont destinées à profiter à l’humanité tout entière, et non à l’enrichissement d’une poignée d’hommes avides – et c’est aux bûcherons et à tous les travailleurs du bois de se réveiller et de s’organiser efficacement, ne serait-ce que pour pouvoir, au moins, vivre décemment. »


Guillaume Goutte
Groupe Salvador-Segui de la Fédération anarchiste



1. Joyce Kornbluh, Wobblies & Hobos, les Industrial Workers of the World : agitateurs itinérants aux États-Unis 1905-1919, Éditions L’Insomniaque, Paris, 2012, p. 164.

2. Patrick Renshaw, The Wobblies, the story of the IWW and syndicalism in the United States, Ivan R. Dee, Chicago, 1999, p. 121.

3. Joyce Kornbluh, ibid., page 164.

4. Jean-Michel Catta, « La grève des bûcherons de Rouyn, 1933 », Cahiers du département d’histoire et de géographie, Collège de l’Abitibi-Témiscamingue, 1985, p. 679.

5. R. L. Cartwright, « Timber Worker Strikes 1937 », Minnesota Encyclopedia, Minnesota Historical Society, 2012.

http://salvador-segui.blogspot.fr/2015/ ... ciale.html
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 04 Sep 2015, 01:52

1892 : La première grève noire aux Etats-Unis

Après la Guerre de sécession et la fin de l’esclavage, les Noirs, extrêmement précarisés, entrent dans les syndicats. En 1891, la Colored Farmer’s Alliance tente d’organiser une grève des ouvriers agricoles. Celle-ci est très durement réprimée mais entre classes et races les bases d’un mouvement de libération plus radicales sont posées.

Le 7 septembre 1891, le journal Atlanta Constitution titre : « Appel à la grève générale des cueilleurs de coton » [1], reprenant le mot d’ordre de R.M. Humphrey, leader blanc du syndicat d’ouvriers agricoles noirs, la Colored Farmers’ Alliance, qui tente d’organiser la plus grande grève agricole de l’histoire des États-Unis. Première expérience d’organisation syndicale spécifiquement noire.

Les revendications du mouvement sont avant tout d’ordre salarial. Les ouvriers de l’Alliance réclament un doublement des revenus de leur activité : ils veulent obtenir un dollar pour cent livres de coton ramassées au lieu des 50 cents que les propriétaires terriens leur accordent alors.

Malgré cet appel national, seuls quelques épisodes de grèves sporadiques auront lieu, notamment au Texas, État d’origine de l’Alliance, ou en Caroline du Sud. Le danger reste donc limité pour les planteurs, mais la répression particulièrement violente de ces grèves révèle la crainte d’un bouleversement de la hiérarchie raciale sur laquelle ils continuent d’asseoir leur richesse.

Un dollar pour 100 livres de coton

Le plus marquant de ces épisodes se produit dans l’État d’Arkansas à l’initiative de Ben Patterson. Suite à l’appel de Humphrey, Patterson, arrivé récemment en Arkansas, tente d’organiser une grève des ouvriers agricoles noirs qui sont presque exclusivement des cueilleurs de coton. Le 20 septembre, le mouvement démarre dans le comté de Lee lorsque des ouvriers agricoles de l’exploitation du colonel H.P. Rodgers, dont Patterson, exigent une augmentation de salaire. Ils sont immédiatement renvoyés et expulsés de l’exploitation. Ils commencent alors à faire le tour du comté pour rallier d’autres cueilleurs de coton à leur cause.

Le 25 septembre, deux ouvriers sont tués sur une plantation lors d’un affrontement entre grévistes et non-grévistes. Le 28, deux grévistes tuent Tom Miller, le gérant d’une plantation appartenant au planteur J.F. Frank. Le 29, les meneurs de la grève prennent la fuite et sont poursuivis par un posse, un groupe armé payé par les planteurs blancs. Durant la semaine qui suit, la chasse aux grévistes fera 15 morts, dont Patterson, et 6 grévistes seront emprisonnés. Un an plus tard, il ne restera quasiment plus rien de l’Alliance.

Dans l’ensemble du pays, les grèves, mal organisées et durement réprimées, seront des échecs : les grévistes sont licenciés et emprisonnés et l’ordre est vite rétabli. L’échec de cet appel à la grève, émanant de la plus puissante organisation noire des États-Unis au XIXe siècle, a mis fin à cette tentative originale de syndicalisme noir.

Les Noirs et la « Reconstruction »

Après la Guerre civile (dite également guerre de Sécession), le camp nordiste emmené par le Parti républicain accorde aux Noirs, qui vivent encore très majoritairement dans les États ruraux du Sud [2], un certain nombre de droits, dont le droit de vote, et une certaine liberté économique.

Mais comme l’ont analysé certains historiens, cette ouverture était surtout motivée par la volonté de la société industrielle blanche du Nord d’imposer sa domination à la société rurale blanche du Sud en modifiant le rapport de force dans les États du Sud et de s’assurer les voix des Noirs lors des élections.

Cependant, très rapidement après la fin de la guerre, cette stratégie des républicains s’étiole et une fois le pouvoir fédéral établi, ils laissent aux Blancs du Sud la responsabilité de résoudre le « problème noir ». S’ouvre alors la période dite de la « Reconstruction », qui mènera peu à peu à l’institution de la ségrégation comme mode d’organisation raciale dans les États du Sud.

Domination raciale et exploitation sociale

Le Parti républicain avait été l’organe du camp nordiste lors de la Guerre civile et avait été à l’origine de l’abolition de l’esclavage. Dans les États du Sud, le Parti démocrate, qui rassemble les planteurs blancs et défend leurs intérêts [3] cherchent des expédients juridiques pour empêcher les Noirs de voter. Ils imposent par exemple de payer des droits pour voter (ce que les ouvriers agricoles noirs ne peuvent pas faire), ils empêchent de voter les personnes condamnées pour voie de faits (ce qui est le cas de nombreux Noirs), etc.

L’ensemble de ces « solutions » juridiques au « problème » du vote des Noirs est appelé disenfranchisement ou disfranchisement, par opposition à l’enfranchisement, l’accès des Noirs au droit de vote après la Guerre civile.

De même, l’accès des Noirs à la propriété est très rapidement limité par le système dit du tenant farming ou fermage : les ouvriers agricoles noirs louent des terres ainsi que du matériel agricole et des animaux de trait à des propriétaires terriens et leur versent en contrepartie une indemnité financière ou en nature (c’est-à-dire un pourcentage de leur récolte de coton).

L’esclavage étant encore très proche, la répartition des terres est très inégale et l’immense majorité des propriétaires sont des Blancs ; les tenants ou fermiers cueilleurs de coton sont quant à eux presque tous noirs. Ce système va peu à peu mener à un endettement généralisé des fermiers noirs qui ne peuvent plus assumer les indemnités versées aux propriétaires, particulièrement si les récoltes sont mauvaises. Ceci est d’autant plus vrai que ce sont les propriétaires terriens qui fixent les prix du coton…

La plupart des Noirs se retrouvent donc contraints de travailler comme ouvriers agricoles. Ils ramassent du coton pour un salaire de misère dans des conditions proches de celles de l’esclavage. Selon le recensement de 1890, 65% des Noirs du Sud sont fermiers ou ouvriers agricoles. Le système dit du peonage réinstaure le travail forcé par la petite porte : si un ouvrier noir est condamné parce qu’il ne peut pas payer ses dettes (ce qui arrive très fréquemment), il doit travailler gratuitement pour son créancier pour rembourser l’argent dû.

Ainsi, à peine quelques années après la fin de l’esclavage, on voit réapparaître dans le Sud les chaingangs (groupes de travailleurs forcés enchaînés) et les overseers (contremaîtres) qui incitent les ouvriers à travailler par des coups de fouets. La violence physique envers les Noirs atteint à cette époque des paroxysmes d’horreur qui n’ont rien à envier aux pires heures de l’esclavage : la pratique du lynchage se généralise avec plus de 1.000 Noirs lynchés entre 1887 et 1896.

Cette situation de très grande précarité économique explique en partie que la résistance des Noirs se soit organisée dans les syndicats. Dans les années qui suivent la Guerre civile, les prix de vente du coton s’effondrent : ils passent de 31 cents la livre en 1866 à 9 cents en 1886 et 6 cents en 1893. L’endettement généralisé des Noirs les pousse à s’organiser pour améliorer leur condition et donc à entrer massivement, et pour la première fois dans l’histoire, dans les organisations syndicales.

Les Noirs et le syndicalisme

L’histoire syndicale des États-Unis est très complexe, mais on l’associe le plus souvent aux grands centres urbains du Nord-Est du pays. Dans le Sud, l’économie de plantation presque exclusivement agricole et le caractère quasi féodal des institutions politiques expliquent une relative faiblesse du mouvement syndical.

Cependant, durant la deuxième moitié du XIXe siècle, plusieurs syndicats majeurs vont apparaître et tenter d’organiser les ouvriers agricoles et/ou les petits propriétaires terriens. Des mouvements syndicaux de masse se développent dans le Sud, comme les Knights of Labor (Chevaliers du travail), The Grange, The Agricultural Wheel ou le Greenback Labor Party.

Malgré le racisme généralisé parmi les Blancs, jusque et y compris dans les syndicats, les Noirs sont très actifs dans ces organisations : on estime par exemple qu’en 1886, 60.000 Noirs étaient membres des Knights of Labor.

C’est dans ce contexte d’ébullition syndicale que l’Alliance des fermiers noirs est créée le 11 décembre 1886 dans le comté de Houston au Texas. L’Alliance va s’opposer à des groupes concurrents jusqu’en 1890, date à laquelle ces groupes fusionnent dans une même organisation dont le nom complet est The Colored Farmers’ National Alliance and Co-operative Union.

La plupart des dirigeants de l’Alliance sont des Noirs, à l’exception notable de R.M. Humphrey, élu au poste du superintendant général qu’il occupera jusqu’à la fin de la courte vie de l’organisation. Humphrey est un missionnaire baptiste qui servit dans l’armée confédérée (sudiste) lors de la Guerre civile mais que ses vues libérales en matière d’économie et de politique rendent sympathique à la cause noire.

Suite à cette fusion, l’Alliance compte environ un million de membres et devient de fait la première et la plus grande organisation de masse des Noirs américains.

Entre classes et races

Les raisons de l’échec de ce mouvement, qui s’illustrent dans la grève avortée de septembre 1891, sont multiples, mais elles tiennent en partie à la dissociation des enjeux de classe et de race dans les États Sud après la Guerre civile.

En effet, la guerre, la fin de l’esclavage et de l’ordre politique qui le soutenait permettent une prise de conscience chez nombre de Blancs et de Noirs de leurs intérêts de classe communs. À partir des années 1870, de nombreuses tentatives existent pour organiser les travailleurs et les travailleuses selon les intérêts de leur classe, quelle que soit leur couleur de peau. Mais la persistance du racisme aussi bien dans les institutions que dans les mentalités va empêcher ces tentatives d’aboutir [4].

La Colored Farmers’ Alliance, par exemple, se crée en réponse à l’exclusion plus ou moins explicite des Noirs de la plupart des organisations syndicales de l’époque. La Southern Alliance, la plus grande confédération syndicale des travailleurs des États du Sud qui compte plusieurs millions d’adhérents, refuse d’intégrer les Noirs dans ses rangs. De nombreux désaccords vont opposer les deux alliances, comme par exemple la question du vote des Noirs : de manière significative Humphrey, pourtant leader d’un mouvement noir, va s’opposer à ses adhérents et rejoindre le point de vue de l’alliance blanche sur cette question.

Le conflit prend forme en 1890 à Ocala (Floride) lorsque les deux alliances se réunissent pour discuter d’un texte de loi nommé Lodge Election Bill, qui propose de garantir le droit de vote des Noirs au niveau fédéral. Sans surprise, la Southern Alliance (blanche) se prononce contre le texte alors que la Colored Farmers’ Alliance se prononce pour. La position de Humphrey est ambiguë puisqu’il justifie son refus du texte en disant que l’Alliance est suffisamment puissante pour garantir le droit de vote aux Noirs par elle-même.

Les deux organisations ne travailleront ensemble que très ponctuellement lorsqu’elles défendent des intérêts communs, révélant ainsi la difficulté d’organiser les travailleurs sur des bases de classe dans un contexte où le racisme est aussi prégnant. Le fait que la Colored Farmers’ Alliance élise à sa tête un notable blanc illustre aussi la difficulté, voire l’impossibilité pour les Noirs de l’époque de s’organiser de manière autonome sans avoir recours à des soutiens parmi les Blancs qui détiennent le pouvoir.

Les deux organisations s’opposent aussi dans leur recrutement. La Colored Farmers’ Alliance est un syndicat de prolétaires, c’est-à-dire de fermiers ou d’ouvriers agricoles qui n’ont d’autres sources de revenu que leur travail. À l’inverse, la Southern Alliance regroupe avant tout des petits propriétaires terriens blancs, dont les intérêts sont nécessairement différents de ceux des travailleurs qu’ils emploient.

Ainsi, les fermiers blancs syndiqués seront les premiers adversaires des grévistes noirs lors du mouvement de septembre 1891 car ils cherchent à défendre leurs intérêts économiques menacés par une organisation qui est la première à revendiquer une redistribution radicale des richesses.

Résistances noires

D’autres facteurs expliquent l’échec de la grève des cueilleurs de coton. Le manque de préparation et d’organisation, les contradictions internes de l’Alliance entre ouvriers agricoles majoritaires parmi les adhérents et les petits propriétaires qui la dirigent ou encore l’absence de soutien politique. Pour autant, ce mouvement est le premier à avoir opéré un passage entre une philosophie modérée de la résistance noire, associée à la figure conservatrice de Booker T. Washington, à une résistance beaucoup plus radicale, incarnée par W.E.B. Dubois.

Washington est le penseur noir dominant de la deuxième moitié du XIXe siècle. Pour lui, l’émancipation des Noirs doit passer par l’accès à la propriété et par le petit entreprenariat, qui leur permettront d’accéder à la classe moyenne. Sa philosophie conservatrice se base sur des notions telles que l’entraide (self help) et l’éducation mais abandonne toute prétention à l’égalité politique entre Noirs et Blancs. Elle se reflète dans les buts premiers de la Colored Farmers’ Alliance qui se propose d’enseigner aux fermiers noirs de meilleures techniques de culture et de leur vendre du matériel à prix réduits.

Mais avec l’effondrement des prix du coton et la multiplication des lois racistes, il devient de plus en plus évident qu’une telle approche est plus qu’insuffisante. Comme le dit William F. Holmes : « Il est fort possible que si la Colored Alliance avait strictement adhéré à une philosophie de l’entraide et n’avait pas remis en cause le système de caste, elle n’aurait pas rencontré une opposition aussi violente de la part des Blancs et aurait sans doute survécu plus longtemps. ». Malgré son échec, l’Alliance des fermiers noirs fut la première à poser les bases (de classe) d’un mouvement de libération radical qui prendra son essor au moment de la Première Guerre mondiale.

David (AL Alsace)


[1] « Cotton Pickers Are Ordered Out on a General Strike ».

[2] En 1890, 4 Noirs américains sur 5 vivent dans des zones rurales. En 1900, 9 Noirs sur 10 vivent dans les États du Sud. Entre 1890 et 1910, 3 Noirs sur 5 vivent de l’agriculture.

[3] Jusqu’à aujourd’hui, les démocrates du Sud constituent un groupe à part dans le parti et se distinguent par leur conservatisme et leur racisme.

[4] Sur ce point, voir l’article de Floyd J. Miller « Black Protest and White Leadership : A Note on the Colored Farmers’ Alliance », Phylon, 2e trimestre 1972.

http://www.alternativelibertaire.org/?1 ... -noire-aux
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede bipbip » 28 Déc 2015, 02:17

27 - 31 décembre 1969, le Weather Underground entre en clandestinité

Après la dissolution en 1969 de la plus grosse organisation étudiante de lutte contre la guerre au Vietnam des États-unis,la SDS, une partie de la jeunesse blanche se solidarise des luttes Tiers-mondistes. Ils forment une organisation clandestine soutenue par une importante organisation officielle et popularise le slogan Bring the war home ! [1].
Le documentaire qui suit intitulé "The Weather Underground" permet de recadrer la lutte armée aux USA dans le contexte général des luttes dans lequel elle s’inscrivait.

... http://rebellyon.info/27-31-decembre-1969-le-Weather
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 28 Déc 2015, 09:23

On peut lire le manifeste des Weathermen
https://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=432

Un curieux groupe, né de la scission des Students for a Democratic Society - SDS, avec un mélange d'inspiration marxiste (mao) et de contre-culture de l'époque. Ainsi le nom Weathermen vient d'un texte de Dylan et le manifeste commence par une citation de Lin Piao. Parmi leur "faits d'armes", l'aide à l'évasion de prison de Timothy Leary, le "pape du psychédélisme".

J'ai traduit il y a longtemps un texte de David Gilbert, condamné à la prison à vie pour une attaque d'un transfert de fonds de la Brink en 1981 ou un employé fut tué lors de la fusillade. On doit retrouver l'original ici.
https://ia800306.us.archive.org/17/items/SdswuoStudentsForADemocraticSocietyTheWeatherUnderground/Sds-wuoByDavidGilbert.pdf

SDS/WUO: Students for a Democratic Society et le Weather Underground


Introduction

Nous étudions le passé pour tirer les enseignements qui nous aideront à libérer l’avenir. Les jeunes militants d’aujourd’hui sont à féliciter pour leur plus grand intérêt que celui de ma génération des années 1960 envers les mouvements du passé. Cependant, je veux vous mettre en garde contre deux erreurs caractéristiques inhérentes à une telle étude.
1) En nous référant à des révolutions victorieuses dans d’autres pays, nous appliquons mécaniquement ces enseignements venant de niveaux beaucoup plus avancés à notre propre niveau embryonnaire.
2) En nous référant aux luttes passées U.S nous considérons leurs erreurs principalement comme comme de fausses idées dans l’esprit des dirigeants de l’époque. Par conséquent, nous nous flattons implicitement d’être des individus remarquables, naturellement plus intelligents et au principes plus élevés. Cette approche sous-estime les forces matérielles – telles que l’ampleur de la suprématie blanche ou les pouvoirs répressifs de l’état – et produit la répétition des erreurs.

Cette brève histoire en deux parties n’est ni détaillée, ni définitive. Elle est écrite par un participant et un partisan, dans le but de contribuer aux luttes d’aujourd’hui..

Students for a Democratic Society

Les U.S.A étaient secouées par des actions de multiples et tumultueuses actions de protestations dans les années 1960. Le SDS était l’organisation au coeur du mouvement radical parmi les étudiants à prédominance blanche. Il tirait sa vigueur spécifique de sa relation étroite avec le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), le groupe militant pour les droits civique constitué principalement de jeunes noirs et fournissant le travail de terrain le plus dangereux dans le Sud. Le SDS est aussi devenu le fer de lance du mouvement de masse contre la guerre du Vietnam en organisant la première manifestation nationale le 17/4/65. Jusqu’alors, il était impensable de critiquer "notre" politique internationale ; appeler à une telle manifestation était donc une initiative radicale et la venue de 20 000 personnes était impressionnante. L’organisation de cette manifestation a provoqué également la rupture définitive du SDS avec son organisation-mère, la League for Industrial Democracy, lorsqu’il résista à son ordre d’en exclure les communistes.

Le SDS, fondé en 1960, s’identifia d’abord à travers la Déclaration de Port Huron de 1962. Le concept central en était la démocratie participative : au-delà d’élire des dirigeants, les gens ont besoin de participer directement dans le débat et la prise de décisions qui affectent leur vie, y compris dans le domaine économique. Les questions centrales étaient le mouvement pour les droits civiques et la paix (l’opposition à la guerre froide et aux bombes nucléaire). Un premier travail fondateur du SDS, avec son alliance avec le SNCC, fut le Economic Research and Action Project (ERAP) . Des étudiants partirent vivre dans des communautés pauvres pour "construire un "mouvement inter-racial des pauvres.

Si le succès en fut limité, l’expérience fut riche.

SDS bourdonnait de la résonance de la jeunesse. La plupart d’entre nous rejetions à la fois la chasse aux rouges et le modèle soviétique de "socialisme" . Les drapeaux rouges (communistes) et noirs (anarchistes) flottaient côte à côtes lors de nos conventions . Et nous essayions d’appliquer la démocratie participative à notre propre organisation, avec des résultats mitigés. La remise en question de la hiérarchie était ressentie comme libératrice, même si elle était souvent chaotique et inefficace. Mais il existait le réel problème de "la tyrannie de l’absence de structures" où les décisions sont prises de manière informelle et par conséquent, sans contrôle démocratique.

L’escalade de la guerre du Vietnam et l’évolution spectaculaire du SNCC lors de l’été 1966, des droits civiques au Black power, posèrent de nouveaux défis et causèrent quelques tensions entre la vieille garde, engagée dans ERAP, et les nouveaux militants étudiants. Le SDS n’était pas préparé à la percée du mouvement contre la guerre mais a fourni une présence militante et radicale au sein d’une coalition beaucoup plus large. Le SDS définissait encore de façon naïve le système comme un "libéralisme d’entreprises" alors que nous luttions pour assembler notre impulsion anti-raciste et contre la guerre avec une critique économique.

L’impact fut électrique lorsque le Black Panther Party fit irruption sur la scène nationale à l’automne 1966. L’auto-défense armée de leur communauté envers la brutalité policière et leurs programmes d’aide (petits-déjeuners gratuits pour les écoliers, cliniques gratuites, écoles gratuites) représentaient un exemple vivant de nationalisme révolutionnaire et d’auto-détermination pour les opprimés. Plusieurs autres groupes nationalistes révolutionnaires, tous basés sur les enseignements de Malcolm X, émergèrent durant cette période. Au même moment furent publiées les premières photos d’enfants vietnamiens brûlés par les bombes au napalm U.S -- ce qui nous rendit fous dans notre envie d’arrêter la guerre. Le slogan du SDS devint "de la protestation à la résistance," avec l’accent mis sur la résistance au service militaire.
Pendant ce temps, le modèle du mouvement pour les droits civiques, le travail combatif et indispensable des femmes en son sein et les problèmes de sexisme à l’intérieur de la gauche, conduisirent tous à la renaissance du mouvement de libération des femmes. Un des premiers exemples en fut un groupe de travail exclusivement féminin lors de notre convention nationale de juin 1967.

Pendant ce temps, le modèle du mouvement pour les droits civiques, le travail combatif et indispensable des femmes en son sein et les problèmes de sexisme à l’intérieur de la gauche, conduisirent tous à la renaissance du mouvement de libération des femmes. Un des premiers exemples en fut un groupe de travail exclusivement féminin lors de notre convention nationale de juin 1967 (3).L’air était saturé de l’énergie et de la créativité que généraient les femmes. Mais leur rapport lors de la séance plénière fut accueilli par un chahut – sifflets et lancers d’avions en papier -- par beaucoup d’hommes du SDS. Etant donné qu’il n’existait que peu de luttes par le passé, il n’est pas surprenant que des hommes étaient encore très sexistes, mais une telle hostilité éhontée était choquante dans une organisation qui se flattait d’être toujours aux côtés des opprimés. Cette débâcle était un exemple des problèmes qui ont poussé beaucoup de femmes à quitter la "gauche" et qui ont contribué à créer une tension malheureuse entre l’anti-impérialisme et le féminisme, ayant pour résultat d’affaiblir les deux. Beaucoup de femmes intègres-- renforcées par les exemples souvent tus et le rôle moteur des femmes de couleur – ont continué à ce battre sur les deux fronts, mais cela a demandé des efforts dignes des amazones.

Une immense vague de luttes déferla en 1968, après la puissante offensive vietnamienne du Tet et le soulèvement de plus de 100 ghettos au U.S.A suite à l’assassinat de Martin Luther King, Jr.,. Ces évènements inspirèrent des grèves étudiantes menées par le SDS qui fermèrent de nombreuses universités Nous avions commencé à nommer et à analyser le système comme "impérialisme" Le slogan de Che Guevara "2, 3, beaucoup de Vietnam" indiquait comment un tel colosse pouvait être combattu et éventuellement vaincu. La rébellion noire était était accompagnée par les révoltes militantes des indiens, des Chicanos, des Porto Ricains et des asiatiques aux USA.

La réponse du gouvernement fut une campagne vicieuse de déstabilisation et de violence, appelée COINTELPRO pour programme de contre-insurrection (Voir Agents of Repression par Ward Churchill et Jim Vander Wall). Plus de 30 Panthers furent tués en 1968-71, et plus de 1 000 ont été emprisonnés . Beaucoup d’autres groupes et de militants furent également attaqués. Même si ce niveau de répression n’a généralement pas été utilisé contre des blancs, nous avons connu le harcèlement, les arrestations et la menace du service militaire en temps de guerre. Plus important, nous nous sommes identifiés aux Panthers et avons fait le serment d’être à leurs côtés. Même si le mouvement avait grandi rapidement, nous étions encore une petite minorité dans l’Amérique blanche. Nous avons commencé à penser que la seule chose dont nous avions besoin était de "secouer la conscience morale de l’Amérique." Nous nous trouvions confrontés au gouvernement le plus puissant de toute l’histoire.

Sous cette pression terrible, le SDS s’est scindé le long de la ligne de fracture qu’est la pierre angulaire de la suprématie blanche : entre le désir d’une majorité potentielle au sein des américains blancs et et le besoin urgent d’une solidarité militante envers les noirs et autres luttes du tiers-monde. Un côté (se réclamant du Marxisme Eurocentrique) prétendait que la révolution concernait la classe ouvrière et utilisait cela comme prétexte pour se retirer du combat aux côtés des Panthers et des vietnamiens, proclamant que "tout nationalisme est réactionnaire ." L’autre bord, (inspiré par les luttes marxistes dans le tiers-monde) considérait à juste titre la solidarité avec les mouvements de libération nationale comme une priorité pour tout mouvement révolutionnaire digne de ce nom. Cependant, nous avions abandonné à tort les efforts pour organiser un nombre significatif de blancs, ce qui avait limité notre base pour un militantisme anti-raciste.

Alors que la scission représentait l’expression d’un vrai dilemme, il y avait une possibilité – bien qu’elle aurait été certainement difficile à concrétiser – pour une base plus large et plus représentative de la classe ouvrière sans se plier aux traditions racistes des milieux syndicaux. Cette stratégie aurait exiger de s’adresser à la rébellion croissante de la jeunesse avec un projet politique anti-impérialiste , en même temps que de s’allier avec le mouvement émergent des femmes

Nous étions trop écrasés par les enjeux radicaux de la vie et de la mort, combinés avec notre propre inexpérience et faiblesse pour mettre en pratique une telle stratégie. Le SDS s’est scindé en 1969-70. Le résultat en fut des suites de formations qui reproduisaient plus ou moins le traditionnel opportunisme de la gauche blanche envers la classe ouvrière. Un autre résultat en fut la Weather Underground Organization, un groupe sans précédent, bien que sérieusement défectueux, qui mena six années d’actions armées en solidarité avec les luttes de libération nationales.

Weather Underground Organization

Dans une société où chaque film sans exception et chaque émission de TV montrait que le FBI "avait toujours son homme ," le Weather Underground a échappé à la capture et a continué l’action armée pendant six ans. Dans une Amérike de suprématie blanche où historiquement presque tous les mouvements radicaux prometteurs parmi les blancs (populisme, vote des femmes, syndicalisme) glissent dans la compromission avec le racisme, le WUO a été réputé, au moins à son meilleur, pour sa solidarité avec la libération nationale. Dans un monde où les gouvernements "légitimes" bombardent des villages et assassinent des militants , mais condamnent toute résistance armée comme "terroriste," le WUO a réalisé une vingtaine d’attentats à la bombe dirigée contre la violence gouvernementale et économique sans tuer quiconque ni égratigner un civil  

Le tremplin pour cette évolution est le contexte historique. Les années 60 et 70 sont sans précédent dans l’histoire mondiale s’agissant du nombre de révolutions en un court laps de temps, alors que des mouvements de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique Latine renversait le colonialisme et le néo-colonialisme; il y avait aussi une forte vague de luttes des noirs et tiers-mondistes aux USA . Ces faits incitèrent à un radicalisme croissant parmi les blancs. Le WUO ne fut pas formé comme une conspiration étriquée mais était plutôt un point de convergence au sein d’une montée plus vaste du militantisme contre la guerre, alors que des milliers de bâtiments de l’armée et de locaux de la Bank of America étaient incendiés et que des centaines de milliers de personnes rejoignaient des manifestations , cassaient les vitres des bâtiments officiels, perturbaient les réunions des grosses légumes et résistaient aux arrestations.

Des progrès passionnants ont coexisté avec de coûteuses erreurs au sein du Weather. La première et la plus visible d’entre elles survint durant les premiers six mois (de fin 69 au début 70), alors que nous agissions encore à découvert ; notre écœurante et inexcusable glorification de la violence, qui contredisait de façon flagrante le fondement humaniste de notre action politique et de notre militantisme. Nous avons ainsi donné des munitions à tous ceux qui souhaitaient discréditer notre priorité quant aux luttes du tiers-monde et notre évolution vers la lutte armée. Depuis ce jour, quasiment toute "l’histoire" au sujet du WUO représente la folie de ces six mois comme étant toute l’histoire, sans faire référence à notre correction de cette erreur ni aux six années suivantes d’action anti-impérialiste continue et humaniste.
Selon moi, les raisons profondes de nos aberrations du début sont à rechercher dans la crise qui a fait imploser le SDS. Nous étions des gosses de la classe moyenne blanche qui – témoins des des bombardements de saturation au Vietnam et du meurtre des Black Panthers que nous admirions-- se sont sentis obligés de franchir le pas vers la lutte armée. Au lieu de reconnaître nos craintes et notre inexpérience et de mettre en place une stratégie de transition viable, nous nous sommes préparés psychologiquement en glorifiant la violence et en nous lançant des défis machistes quant à notre courage personnel. Ce délire s’accompagnait d’erreurs inhérentes de base: 1) Le sectarisme – un mépris hargneux envers tous ceux qui n’aidaient pas directement la lutte armée ( le sectarisme était mutuel puisque la plupart de la gauche blanche cherchait activement à discréditer la lutte armée) 2) Le militarisme – mettant en avant les actions armées et les audaces du groupe au détriment des principes politiques et du besoin de construire un mouvement à tous les niveaux .

Les premiers péchés graves par commission du Weather étaient aveuglants. Les péchés par omission, qui ne sont même pas remarqués en règle générale, peuvent être encore plus mortels. La terrible passivité de la grande majorité de la gauche blanche envers les premières attaques contre les Panthers a envoyé au gouvernement le signal qu’il ne paierait pas le prix politique fort pour la mise en place sans retenue de sa campagne COINTELPRO qui a tué des douzaines de militants noirs, indiens et latinos et en a emprisonné des milliers d’autres.

Le militarisme du Weather a culminé le 6 mars 70 lorsqu’une tentative forcenée pour construire des bombes, incluant des armes anti-personnelles, a provoqué une explosion accidentelle dans une planque (connue sous le nom de Townhouse) qui a tué trois de nos jeunes camarades. Cette tragédie a déclenché un intense débat interne qui a débouché sur une évolution qualitative vers un usage plus approprié de la lutte armée pour aider à mobiliser et à radicaliser une base parmi la jeunesse blanche. Deux mois après, plus d’un million de jeunes gens envahirent les rues en réponse au meurtre par l’état de quatre manifestants contre la guerre à l’Université d’Etat du Kent et des grèves étudiantes se déclenchèrent sur près d’un millier de campus à travers les USA. Au même moment, le besoin criant d’une orientation anti-raciste se révéla de manière douloureuse à travers l’absence d’une réponse similaire lorsque la police tua deux étudiants noirs à Jackson State.

La guérison du WUO envers le militarisme n’a pas réglé par magie tous les problèmes . Tout en voyant à juste titre une base potentielle au sein de la culture de la jeunesse, nous avons répété les erreurs traditionnelles fondées sur la suprématie blanche. Par exemple: 1) notre faible aide matérielle aux groupe armés noirs, latinos et indiens (même dans la clandestinité, les blancs ont un plus grand accès à l’aide matérielle et sont confrontés à des dangers moindres de harcèlement policier); 2) Pour séduire la jeunesse blanche, nous avons soutenu les "drogues douces" (cannabis et LSD), sans évaluer l’utilisation des drogues comme une forme de guerre chimique contre les ghettos et les barrios; 3) Nous n’avons pas réussi à répondre aux critiques très constructives des Panthers 21 sur nos positions quant aux drogues et au militantisme.; 4) Il y eut par la suite des moments d’ inaction exécrable comme durant l’occupation indienne et le siège du gouvernement de Wounded Knee en 1973.

Il n’est pas étonnant que notre autre grande faiblesse interne était basée sur notre sexisme, hétérosexisme et classe. La participation des femmes et leur représentativité dans la direction étaient très élevées mais, dans la pratique, la femme devait faire partie d’un couple hétérosexuel pour parvenir au sommet de la direction.. Nous n’avions que peu de programmes concernant la libération des femmes et nous n’avons pas fait un sérieux effort pour établir la nécessaire alliance entre anti-impérialisme et féminisme. La lutte interne quant au sexisme était très insuffisante, et liée de facto à une culture homophobe. En même temps que beaucoup de camarades lesbiennes et gays trouvèrent la force de se déclarer dans la clandestinité, il n’existait pas de place réelle pour une culture lesbienne/gay affirmée ; ils n’avaient pas accès aux postes de direction; et nous n’avions pas de programme quant aux questions lesbiennes/gays. De la même façon, nos origines classes-moyennes firent que nous n’avons réalisé qu’un piètre travail pour intervenir davantage dans les secteurs de la jeunesse de la classe ouvrière

Nous avons connu aussi des problème inhérents à notre vie interne. Nous avons adopté la théorie du u centralisme démocratique, mais dans la pratique, l’organisation était très hiérarchisée. La direction avait tendance à devenir manipulatrice et autoritaire, en même temps que les cadres cherchaient à bien de se faire voir. La critique/auto-critique était utilisée comme moyen de compétition et de manoeuvre en vue du pouvoir plutôt que de manière constructive. Alors qu’une organisation forte était la clef de la survie (les fugitifs isolées connaissaient des situations pires), cette réalité faisait de l’ostracisme social une arme puissante contre la contestation politique. A ma connaissance, il n’existe toujours pas de modèle précis et qui a fait ses preuve de co-existence entre les deux impératifs que sont un processus interne pleinement démocratique et une discipline stricte nécessaire pour combattre un état impitoyable.

Selon moi, une leçon capitale est que les militants doivent combattre en toute conscience l’attraction puissante de l’ego qui peut nous conduire à mettre en avant nos propres opinions et notre leadership au détriment de l’intérêt et de l’auto-détermination des opprimés. Dans notre manière de nous organiser, nous devons nous efforcer de vivre nos relations inter-personnelles selon nos idéaux politiques -- anti-racisme, féminisme, démocratie, humanisme.

Malgré ces sérieuses faiblesses, six années de résultats impressionnants ont résulté de ce qui était approprié dans la lutte contre l’anti-impérialisme. Contrairement aux mystifications des films d’espionnage qui présentent tous des techniques et technologies sophistiquées, notre survie en clandestinité était basée sur le soutien populaire venant de la jeunesse radicale et du mouvement contre la guerre. Ils étaient la solution pour répondre aux besoins tels que papiers d’identité, argents et planques. Il y eut des moments où nous avons senti le souffle du FBI sur notre nuque mais le soutien populaire fit que l’ information ne parvenait pas à l’état mais, au contraire, circulait jusqu’à la guérilla.

Notre niveau de lutte était "la propagande armée" sans illusion sur nos capacités à contester pour le moment le pouvoir armé. Les objectifs des actions étaient : 1) de détourner une partie des actions répressives concentrées sur les mouvements noirs, latinos et indiens, 2) de créer un exemple politique dominant de solidarité entre les blancs et les mouvements de libération nationale, 3) d’éduquer sur des questions politiques clés, 4) de dénoncer les institutions les plus responsables de l’oppression et 5) d’encourager d’autres personnes à intensifier leur militantisme malgré la répression de l’état. Nous avons aussi fourni des exemples d’actions non-armées (par exemple le bombage à la peinture), le dialogue continu avec le mouvement non clandestin à travers l’écriture ou la lecture de réponses dans les journaux radicaux et nous avons même mis en place notre propre imprimerie clandestine. Nous avons écrit et publié le livre Prairie Fire , une présentation détaillée concernant la politique de l’anti-impérialisme révolutionnaire .

Le WUO revendique plus de 20 attentats à la bombe, comprenant celui du Capitole après l’escalade de la guerre en Indochine par les USA avec l’invasion du Laos en février 1971; celui des bâtiments administratives de la prison de l’État de New York après le massacre d’Attica de septembre 1971 et celui de la Kennecott Copper Company à l’occasion de l’anniversaire du coup d’état sanglant contre la démocratie au Chili en 1973. Chaque action était accompagné d’un communiqué réfléchi situant ces actions dans leur contexte politique. Même si il n’y avait pas 100% de garantie, notre priorité absolue était d’éviter d’atteindre des civils et nous y sommes heureusement parvenus.

Le FBI n’a jamais brisé le WUO, mais en 1976-77, nous avons implosé à cause de nos propres faiblesses La chute à été causée par le fait que nous soyons retombés dans les erreurs traditionnelles de la gauche blanche, avec la théorie de la "classe ouvrière internationale" et la confection d’un plan pour sortir de la clandestinité afin de jouer un rôle central dans la "conduite" de la "révolution américaine dans son ensemble". Ces orientations ne tenaient pas compte du rôle indépendant et dominant du peuple de couleur aux USA et , en même temps, concurrençaient les groupes autonomes de femmes. Lorsque ces mouvements nous critiquèrent vertement – du fait de notre vitalité sapée par le manque de démocratie interne – nous n’avons pas su y répondre et, au lieu de cela, nous déchirèrent à coups de violentes récriminations.

Le WUO est né à une époque de l’époustouflante apparition des mouvements de libération nationale en opposition aux principes de la suprématie blanche U.S. Et dans l’élan de victoires prometteuses, suivies d"une féroce répression gouvernementale. Notre mort prend aussi ses racines dans de nombreuses réalités historiques : 1) COINTELPRO (en lien avec des faiblesses internes) a décimé les directions du mouvement noir, indien et latino , qui avaient inspiré une évolution progressiste parmi les blancs; 2) notre base la plus puissante, le mouvement contre la guerre, s’est rétréci de manière drastique après le retrait US de 1973 du Vietnam ; 3) nous n’avions pas réalisé que nous n’avions pas suffisamment transformé cette sensibilité contre la guerre en un sentiment plus profond anti-raciste et anti-impérialiste.

En tirant les leçons de l’histoire, nous devons rompre avec la culture dominante qui définit les gens comme "entièrement gentils " ou "entièrement méchants" , qui peut conduire à l’illusion que appliquer certaines idées de base garantit que tout ce que nous faisons est juste. Le WUO a commis de gigantesques erreurs en même temps que des actes précurseurs . Espérons que les deux soient riches en leçons pour une nouvelle génération de militants .
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 20 Jan 2016, 17:20

1934, Minneapolis et San Francisco
les grèves générales écrasées dans le sang



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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 24 Jan 2016, 16:22

1894 : La grève Pullman sonne le glas du paternalisme patronal

Le 11 mai 1894, près de 4 000 travailleurs de l’usine Pullman de Chicago cessent le travail. C’est le début d’une lutte de trois mois durant laquelle la solidarité des travailleurs et travailleuses du rail à travers tous les États-Unis répond à la collusion des patrons du rail. C’est aussi le baptême du feu pour un syndicalisme nouveau, qui rompt avec le corporatisme, et se retrouve confronté à la justice et à l’armée fédérale.

... http://www.alternativelibertaire.org/?E ... n-sonne-le
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 28 Jan 2016, 17:10

1892 : La première grève noire aux Etats-Unis

Après la Guerre de sécession et la fin de l’esclavage, les Noirs, extrêmement précarisés, entrent dans les syndicats. En 1891, la Colored Farmer’s Alliance tente d’organiser une grève des ouvriers agricoles. Celle-ci est très durement réprimée mais entre classes et races les bases d’un mouvement de libération plus radicales sont posées.

... http://www.alternativelibertaire.org/?1 ... -noire-aux
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede Pïérô » 21 Mai 2016, 13:22

Paris, lundi 23 mai 2016

Projection : The Weather Underground de Sam Green & Bill Sieger, 2002, 92min.

Ce documentaire revient sur les activités d'un collectif de la gauche radicale, anti-impérialiste et anti-raciste, actif aux Etats-Unis pendant la guerre du Viet-Nam. Il s'interroge sur la radicalisation du mouvement et l'utilisation de la violence, ainsi que sur la nécessité de lutter.

+ Extraits courts : luttes de notre époque, des résistances locales à l'anti-mondialisation…

à 19h, Squat Le Stendhal, Clinique du Bien Naître, 5 rue Erard, Paris 12e

https://www.facebook.com/events/492034677650049/
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 18 Juin 2016, 12:48

États-Unis : des hobos aux organizers

Il y a cent ans, aux États-Unis, des ouvriers révolutionnaires ­itinérants, vagabonds parmi les vagabonds, portaient la bonne parole syndicaliste de chantier en usine. Aujourd’hui, pour aider les luttes des franges les plus précaires du prolétariat, les ­syndicats paient des agitateurs professionnels, les organizers.

Si l’éducation populaire est un terme typiquement français, les États-Unis et le Canada ont connu des mouvements partageant des préoccupations similaires. Avez-vous déjà entendu le mot empowerment ? On pourrait le traduire par « capacitation » ou « autonomisation ». L’empowerment vise à donner aux groupes et individus les outils leur permettant de mener leur propre émancipation.

Cette idée remonte à loin. Dès leur fondation, en 1905, les Industrial Workers of the World (IWW), un mouvement syndicaliste révolutionnaire très dynamique, se sont posé des ques­tions cruciales  : alors que le prolétariat états-unien était composé d’une mosaïque de migrants de toutes langues et de toutes origines, comment développer une conscience collective, une culture commune et une éducation autonome ?

Les syndicalistes des IWW, surnommés «  wobblies  », comptaient dans leurs rangs beaucoup d’ouvriers vagabonds (hobos), qui vivaient «  sur le trimard  », de chantier en usine, et n’hésitaient pas à tenir meeting dans les « jungles », ces campements ­sauvages de déshérités.

Pour toucher les mi­séreux, les IWW usaient de moyens de propagande simples et efficaces : caricatures, chansons, théâtre de rue…

ça bouge sur la gauche de l’AFL

Jusqu’à ce que la répression et les dissensions mettent un frein à son développement, l’IWW va constituer un contre-pouvoir très important, comptant jusqu’à 100 000 adhérents à son apogée, avant 1914, et marquant durablement la culture populaire. Nombre de folk singers, dont Bob Dylan, peuvent être considérés comme les héritiers de leur cul­ture de la chanson engagée. [1]

L’influence des IWW s’estompe dans les années 1920 mais, à partir des années 1930, une nouvelle pratique voit le jour dans la frange gauche de l’AFL (la grande centrale syndicale états-unienne), qui va donner naissance à ce spécimen militant typiquement nord-américain qu’est l’organizer.

L’organizer est une ou un activiste, souvent jeune et politisé-e, possiblement d’extrême gauche. Payé-e par le syndicat [2] , il ou elle devient un agitateur professionnel, en­voyé en mission dans les milieux ouvriers émiettés pour les aider à se structurer et à revendiquer. Une fois que le groupe est soudé autour de quelques victoires, l’organizer part vers de nouvelles aventures. On peut en voir un à l’œu­vre dans le film de Ken Loach Bread and Roses (2000).

Ce modèle militant a également existé à diverses époques dans le syndicalisme français, tout en restant plutôt l’exception. Mais aux Etats-Unis, il est devenu la norme. Dès les années 1930, le pragmatisme et la créativité déployés par les organizers ont d’ailleurs inspiré Saül Alinsky pour sa théorie du community organizing

Tudy (AL Savoie), Guillaume (AL Montreuil)


[1] A ce sujet, lire Joyce Kornbluh, Hobos & Wobblies. Industrial Workers of the World : agitateurs itinérants aux Etats-Unis (1905-1919), L’Insomniaque, 2012.

[2] « Become a Union Organizer », page de recrutement sur le site de l’AFL-CIO (www.aflcio.org)

http://alternativelibertaire.org/?Etats ... -hobos-aux
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 03 Juil 2016, 18:29

Émeutes "noires" aux USA à partir du 2 Juillet 1964

Rappel de ce que furent les émeutes des noirs des banlieues étatsuniennes au début des années 60.

... https://rebellyon.info/Emeutes-noires-a ... -partir-de
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 06 Juil 2016, 02:29

Les émeutes de Chicago en 1919

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

... http://www.zones-subversives.com/2016/0 ... -1919.html
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Re: Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

Messagede bipbip » 02 Aoû 2016, 02:39

Le siège de Wounded Knee

Le 27 février 1973, quelques 200 activistes Sioux Oglala armés, appartenant à l’American Indian Movement (AIM), occupèrent le hameau de Wounded Knee, sur la réserve de Pine, prirent onze otages, demandèrent une enquête sur la corruption de l’administration de cette réserve, l’une des plus pauvres des États-Unis, et une enquête sur la violation des traités signés lors des guerres indiennes.
Les otages furent relâchés grâce à la médiation de deux sénateurs du Dakota du Sud, tandis que le blocus de Wounded Knee était organisé avec des moyens considérables : des centaines de policiers et 2.000 agents du FBI furent envoyés sur place ; des chars cernèrent le village et des hélicoptères armés survolèrent le territoire occupé.

... http://www.secoursrouge.org/Le-siege-de-Wounded-Knee
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