Mouvements sociaux, mouvement ouvrier aux États-Unis

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Messagede luco » 02 Jan 2009, 16:11

Groupe surréaliste de Chicago

Puisqu'on parle des Surréalistes grecs, un texte très intéressant était sorti aux ACL en 1992 :
"La révolte de Los Angeles"
Epuisé, on peut le télécharger ici :
http://basseintensite.internetdown.org/ ... hicago.rtf
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Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede Phébus » 04 Déc 2009, 21:56

Fred Hampton

Aujourd'hui, c'est le quarantième anniversaire de l'assassinat du Black Panther Fred Hampton à Chicago.

Pour mémoire, c'est le type dont la photo sert d'avatar à abel chemoul (sans ça je ne vous en aurait pas parlé).

Une vidéo qui circule beaucoup aujourd'hui (pour ceux et celles qui comprennent l'anglais)

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Peter Berg

Messagede digger » 29 Juil 2011, 08:01

Peter Berg est mort. Ce nom ne dira sans doute rien à beaucoup d’entre vous. Peter était un membre de la San Fransisco Mime Troupe de R.G Davis . On dit qu’il aurait inventé le terme de "théâtre guérilla", mais il était avant tout un digger.
Il quitta la troupe avec d’autres acteurs, jugeant la scène en plein air dans les parcs, trop étroite. La rue, la ville étaient plus à leur échelle.
Leur credo : Fais ton Truc. Si tu penses que l’argent doit disparaître, fais-le disparaître. Si tu penses que la rue t’appartiens, prends-là.

Les diggers prendront le nom de Collectif de la Ville Libre – Free City Collective , free, c’est en anglais libre et gratuit, les deux étant inséparables pour eux. (It’s free because it’s yours)
Peter fondera Planet Drum en 1973, précurseur du bio-régionalisme.

"Pas théâtre de rue, la rue est le théâtre. Les parades, les attaques de banques, les incendies et les explosions sonores focalisent l'attention de la rue. La foule est l'assistance de l'évènement. La libération de l'esprit de la foule peut accomplir des réalités sociales. Les émeutes sont une réaction au théâtre de la police. Les jets de bouteiles et les voitures renversées sont les réponses à un spectacle monotone, brutal mécanique, mortel. Les gens envahissent les rues poue exprimer des sentiments publics particuliers et être en communion entre humains. Pour demander "Qu'est-ce qui se passe?"
L'alternative à la mort est des funérailles joyeuses en compagnie des vivants. "
Peter Berg "Voyage sans ticket"
:slt:
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GIs et opposition à la guerre du Vietnam

Messagede digger » 11 Nov 2011, 08:54

Pour moi, le 11 novembre, c’est la célébration de l’antimilitarisme.

Un épisode méconnu de la guerre du Vietnam est l’action au sein même de l’armée américaine, au Vietnam et dans les bases autour du monde. Un réseau de résistance existait à Paris, Resistance Inside The Army (RITA). Sa première adresse postale fut  J.P. Sartre, BP 130, Paris 14, France
Le secrétaire de Sartre relevait la boîte aux lettres tous les jours et redistribuait le courrier aux déserteurs . Jane Fonda fit une tournée dans les bases américaine avec un spectacle intitulé Fuck The Army.
Plus d’une centaines de journaux underground furent créés dans les bases américaines et autour.

Voici des extraits de L’effondrement des Forces Armées Par le Col. Robert D. Heinl, Jr. (Armed Forces Journal, 7 Juin 1971) qui fait le bilan du remue-ménage :

"Le moral, la discipline et la combativité des Forces Armées U.S. sont, à quelques exceptions près, plus bas et pires qu’ils n’ont jamais été dans ce siècle, et peut-être dans l’histoire des Etats-Unis.
Sous tous les aspects imaginables, notre armée en poste au Vietnam est dans un état proche de l’effondrement, avec des unités évitant ou refusant d’aller au combat, assassinant leurs officiers et sous-officiers, infestées par la drogue, découragées quand elles ne sont pas proches de la mutinerie.
….
"Ils ont mis en place des compagnies distinctes," écrit un soldat américain de Cu Chi, cité dans le New York Times, "pour les hommes qui refusent d’aller sur le terrain. C’est rien de refuser. Si un gars s’est vu donner l’ordre d’aller à tel ou tel endroit, il ne prend mêmeplus la peine de refuser; il prend juste sa chemise et s’en va rendre visite à des copains dans un autre camp de base. Les opérations sur le terrain sont devenues incroyablement dépenaillées. Beaucoup de types ne mettent même plus leur uniforme..... La garnison américaine dans les plus grandes bases est virtuellement désarmée. Les officiers nous ont enlevé nos armes et les ont mises sous clé .... Il y a eu aussi quelques cas de frag dans le bataillon. "

Cela peut-il être général, ou même vrai? Malheureusement la réponse est oui.
Les " cas de frag " ou simplement le "fragging" est dans l’argot des soldats au Vietnam l’assassinat ou la tentative d’assassinat d’officiers ou de sous-officiers trop stricts, impopulaires ou seulement combatifs. Avec une extrême répugnance, (après qu’un jeune issu de West Point ait été fraggé durant son sommeil) le Pentagone a révélé que le nombre de fraggings en 1970 (109) a plus que doublé depuis l’année précédente (96).

La question du " refus de combat," euphémisme officiel pour désobéir aux ordres d’aller au combat –le plus grave crime du soldat—s’est posée encore récemment sur la frontière du Laos par la Troop B, du 1st Cavalry, avec le refus de masse de recapturer le véhicule de commandement de leur capitaine contenant le matériel de communication, les codes et autres ordres secrets d’opération.
Dès la mi 1969, cependant, une compagnie entière de la 196th Light Infantry Brigade s’est assise ouvertement sur le champ de bataille. Plus tard dans l’année, une autre compagnie d’infanterie, de la célèbre 1st Air Cavalry Division, refusa d’avancer –devant les caméras de CBS-TV—sur un sentier dangereux.

"Search and evade" [ Référence à "search-and-destroy"– chercher et détruire] , (qui signifie un accord tacite pour éviter le combat de la part des unités sur le terrain) est maintenant devenu un principe de guerre, exprimé crûment par l’expression des GI , "CYA (cover your ass) protège ton cul et rentre à la maison!"

Ce "chercher-et-foutre le camp" qui n’est pas passé inaperçu aux yeux de l’ennemi, et la délégation
du Viet Cong aux négociations de Paix à Paris a souligné que les unités communistes en Indochine
avaient reçu l’ordre de ne pas engager les troupes américaines qui ne les agressaient pas. La même
déclaration se vante –non pas sans fondement en réalité—que des déserteurs américains se trouvent parmi les rangs des viet cong.

Des jeûnes symboliques contre la guerre (comme celui de Pleiku, où une unité médicale entière, conduite par ses officiers, a refusé la dinde de Thanksgiving), des symboles de la paix, des signes "V"- pas pour victoire mais pour paix, les huées et les injures envers les officiers, et même envers des malheureux artistes comme Bob Hope, sont malheureusement des faits courant.

Un groupe militant de la côte Ouest, le Movement for a Democratic Military (MDM), s’est spécialisé dans le vol d’armes sur les bases militaires de Californie. En 1970, d’importants cambriolages d’armureries ont été perpétrés avec succès contre la Base Militaire d’Oakland, celle de Fts Cronkhite et de Ord, et même contre la base du Marine Corps à Camp Pendleton, où une équipe, vêtue d’uniformes des Marines est sortie avec neuf fusils M-16 et un lanceur de grenades M-79.

Opérant dans le middle West, trois soldats de Ft Carson, Colorado, où est établie l’unité expérimentale de la 4th Mechanized Division, ont été récemment condamnés pour avoir dynamité le central téléphonique, les installations électriques et d’eau courante d’une autre base militaire, Camp McCoy, Wisconsin, le 26 Juillet 1970.

En 1970, l’Armée comptait 65 643 déserteurs, soit presque l’équivalent de quatre divisions d’infanterie. Le taux de désertion (52.3 soldats pour mille) est plus que deux fois supérieur à celui le plus élevé durant la Corée. (22.5 pour mille). Il est plus de quatre fois supérieur à celui de 1966 (14.7 pour mille) de l’Armée de professionnels bien entraînés et au moral élevé.
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Re: GIs et opposition à la guerre du Vietnam

Messagede spleenlancien » 11 Nov 2011, 17:21

:o :o
J'ignorais totalement ces faits. Merci digger.
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Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 07 Avr 2012, 07:11

Le mouvement d’occupation américain est l’occasion de revenir sur une autre période agitée du pays, appelée les "années soixante" que tout le monde connait grâce à quelques caricatures comme "sex drug and rock’n roll", peace ang love, le Vietnam, Woodstock, les "hippies"...

Il n’existe pas de points communs entre le mouvement actuel et celui de la moitié du siècle dernier. Le mouvement d’occupation actuel, bien que décentralisé, a une certaine unité d’action et d’objectifs. Il s’est déclenché autour de modèles dans les pays arabes et en Espagne.

Le contexte est également différents. Les USA sortent de la guerre comme puissance incontestée et "modèle du monde libre". Le ciment social de la société US c’est l’anticommunisme. Le mot d’ordre "Enrichissez-vous". Le capitalisme offre la perspective d’une croissance sans limite dans un monde sans limite, incluant l’espace, "la nouvelle frontière" du mythe américain.

La façade cache une réalité toute autre que celle de la société florissante affichée.
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Derrière la façade : La Déclaration de Port Huron

Messagede digger » 07 Avr 2012, 07:16

Un des documents clés de l’époque est la "Déclaration de Port Huron",(1) que les étudiantEs des Students for a Democratic Society – SDS - ont publié en 1962 et qui révèlent un état d’esprit et des lieux assez préçis dans le milieu des classes moyennes blanches américaines.

"Quand nous étions gosses, les Etats-Unis étaient le pays le plus prospère et le plus puissant du monde: le seul avec l’arme atomique, le moins marqué par la guerre moderne, un initiateur
des Nations Unies, qui, nous le pensions, propagerait l’influence Occidentale à travers le monde. La Liberté et l’Egalité pour tous les individus, pour tous les gouvernements des peuples, par les peuples , et pour les peuples – ces valeurs américaines que nous trouvions bonnes, ces principes qui nous permettraient de vivre comme des hommes. Beaucoup d’entre nous sommes entrés satisfaits dans l’âge adulte. "

Beaucoup d’étudiantEs s’étaient renduEs dans le Sud des USA au début des années 60 pour rejoindre le mouvement pour les droits civiques. Tom Hayden, l’un des principaux rédacteurs du texte, sortait lui-même à l’époque de prison, après avoir été arrêté lors d’une manifestation. Ils y ont découvert une autre réalité.

"En vieillissant cependant, notre confort fut dérangé par des évènements trop troublants pour être ignorés. Tout d’abord, la situation insidieuse et abusive de dégradation humaine, symbolisée par la lutte dans le Sud contre le racisme fanatique, a obligé la plupart d’entre nous à sortir du silence et à entrer dans le militantisme.[...] La déclaration "tous les hommes naissent égaux. .. " sonnait creux devant les conditions de vie des noirs dans le Sud et les grandes villes du Nord."

"Le fait d’avoir découvert l’hypocrisie des idéaux américains n’a pas seulement terni notre vision de leur vertu ni provoqué la désillusion, mais nous a fait aussi commencer à penser que ce que nous prenions pour l’Age d’Or Américain n’était en fait que la fin d’une époque. L’apparition à travers le monde de révolutions contre le colonialisme et l’impérialisme, le repli sur eux-mêmes des Etats totalitaires, la menace de guerre, la surpopulation, le désordre international, les super technologies – toutes ces tendances mettaient à l’épreuve la ténacité de notre engagement envers la
démocratie et la liberté et nos capacités à les mettre en perspective dans un monde en plein bouleversement. "

Le document du SDS passe en revue les tares de la société américaines, et par extension, celles du capitalisme.

"Les termes moraux conventionnels d’aujourd’hui, les morales politiciennes -- les notions de "monde libre", "démocraties populaires " – ne reflètent que pauvrement les réalités, si elles les
reflètent, et semblent plutôt fonctionner comme des mythes de gouvernement que comme des principes raisonnés"

Il s’en prend à la théorie, déjà existante du "No Alternative"

"... incapables de reconstituer un ordre théorique, les hommes ont condamné l’idéalisme
lui-même. Le doute a remplacé l’espérance – et les hommes pratiquent un défaitisme qu’ils nomment réalisme. Le déclin de l’utopie et de l’espoir est en fait une des caractéristiques de la vie sociale d’aujourd’hui."

La base du document, la fondation du SDS et de son action, sont l’affirmation de valeurs :

"Nous considérons les êtres humains comme des êtres infiniment précieux et imprégnés des capacités de raison, de liberté et d’amour sans limite. En affirmant ces principes, nous sommes conscients d’aller peut-être à l’encontre des conceptions dominantes de l’homme du vingtième siècle: une chose à manipuler et incapable par définition de diriger ses propres affaires.
[…] Les êtres humains possèdent un potentiel non exploité pour s’instruire eux-même, prendre les
décisions eux-mêmes, comprendre par eux-mêmes et créer. "

La notion mise en avant est celle de "démocratie participative".

Le document passe au scanner la société américaine de l’époque

Le milieu étudiant

"... le campus familier, est une réunion de personnes privées, engagées dans leur fameux "voyage intérieur.".C’est un endroit consacré à l’occupation du business-as-usual, de la réussite, où on se la joue cool. C’est un lieu d’affirmation de masse du Twist, mais du refus de masse de la
controverse publique. Les règles sont considérées comme "inévitables", la bureaucratie comme "juste des détails ", l’inconséquence comme "érudition", l’altruisme comme "martyre", la politique comme "juste une autre façon de faire des affaires, mais une manière peu rémunératrice."
[…] Mais l’apathie n’est pas seulement une attitude; C’est un produit des institutions sociales, de
la structure et de l’organisation de l’enseignement supérieure lui-même. La vie extra scolaire est ordonnée selon la théorie du loco parentis, qui reconnaît l’Administration comme le gardien moral de la jeunesse."

Le monde politique

"Le système politique américain n’est pas le modèle démocratique dont on nous rebat les oreilles.[...] Un problème crucial du système politique américain est qu’il existe une plus grande différence au sein de chaque grand parti qu’il n’en existe entre eux […] des catégories entières de l’électorat sont dépouillées de tout pouvoir politique qui leur revient de droit.: beaucoup de noirs dans le Sud sont empêchés de voter, des travailleurs migrants sont privés de leurs droits par des
exigences variées concernant la justification du lieu de résidence, certains résidents des zones urbaines et suburbaines sont victimes du redécoupage électoral et, trop souvent, les populations pauvres n’ont pas le pouvoir de se faire représenter politiquement […] les centres de l’intérêt politique sont fortement influencés par la force énorme des groupes de pressions, composés
principalement par des intérêts économiques, qui dépensent chaque année des centaines de millions pour essayer de rendre conformes aux volontés des groupes économiques privés.les décisions au sujet de la productivité, l’agriculture, la défense et les services sociaux"

L’économie

"Nous vivons au milieu d’une célébration nationale de la prospérité économique alors que la pauvreté et les privations demeurent une façon de vivre inaltérable pour des millions de gens dans la
"société d’abondance", y compris pour beaucoup de notre propre génération.[...] l’individu est déterminé comme une partie du système, une unité consommatrice, bombardé par une publicité
aggressive ou suggestive, la tentation pour les mensonges et demies vérités et ses conduites les plus
dégradantes. On lui répète qu’il est supposé avoir du bon temps, tout en lui répétant aussi
qu’il est un homme "libre" à cause de la "libre entreprise". […] . Les investissements à
l’étranger influent sur la politique dans les régions sous-développées et nos efforts pour construire un capitalisme mondial "rentable" interdit à notre politique nationale de prendre en compte les besoins et le sort de l’humanité […] Les arts, aussi, sont principalement organisés en fonction de
leur attrait commercial, les valeurs esthétiques sont subordonnées aux valeurs d’échange et les écrivains apprennent vite à considérer le marché commercial autant que celui humaniste des idées [..] Des minorités économiques, qui n’ont en aucune manière à rendre des comptes
démocratiquement à l’opinion publique, prennent des décisions d’une importance plus capitale
que celles prises par le Congrès lui-même."

L’anticommunisme

"L’anti-communisme irrationnel est devenu un problème social majeur pour ceux qui veulent construire une Amérique plus démocratique. Le McCarthyisme et d’autres formes d’anti-communisme exacerbées et réactionnaires ont sérieusement affaibli les institutions démocratiques et ont engendré des mouvements contraires aux intérêts fondamentaux des libertés et de la paix . Dans une telle atmosphère, même les américains les plus intelligents craignent de rejoindre des organisations politiques, de signer des pétitions, de parler de sujets sensibles. La politique militariste est facilement "vendue" à une opinion publique effrayée par un ennemi de la démocratie. Le débat politique est restreint, la pensée standardisée, l’action inhibée par les demandes "d’union" et "d’unité" face au danger.affiché. Beaucoup de libéraux et de socialistes mêmes participent à la croisade conservatrice et répétitive et découragent souvent la tentative de discussion ouverte sur la "question russe" au sein de leurs rangs -- en employant souvent des épithètes comme "stalinien", "trotskiste" et autres, de manière simplificatrice pour discréditer toute opposition. "

(1)Le "Port Huron Statement" n’a jamais été publié (ni traduit intégralement) en France. J’en ai fait une traduction assez hâtive avec l’autorisation de Tom Hayden, et il mériterait d’être plus largement diffusé, une fois retravaillé, pour éclairer cette période. Et ce document reste à mon avis encore d’actualité sur bien des points en changeant quelques termes ‘Vietnam" par "Afghanistan", "anticommunisme" par "guerre contre le terrorisme", etc...
http://www.freakencesixties.yi.org/textes%20et%20doc/declarationporthuron.xhtml
Le texte du Port Huron Statement en version originale :
http://coursesa.matrix.msu.edu/%7Ehst306/documents/huron.html
Modifié en dernier par digger le 08 Avr 2012, 08:56, modifié 1 fois.
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Les racines contre culturelles

Messagede digger » 08 Avr 2012, 08:13

Si les "années 60" ont existé, au moins sur le calendrier, l’histoire ne se divise pas en décennies. Elle est un continuum, avec différentes grilles de lecture. Chaque génération reprend un flambeau, sans que l’on sache très bien la destination finale.
Parfois elle s’accélère autour d’évènements déclencheurs. Parfois les évolutions sont imperceptibles. Souvent, ces deux phénomènes cohabitent.

La recherche historique académique ressemble au journalisme. Elle prétend à une "objectivité" qu’elle ne peut pas atteindre puisque cette notion n’existe pas. Elle n’est pas à rejeter mais elle nécessite une réponse "subjective" , une critique qui éclaire les évènements et les hommes et femmes qui y ont participé , à l’aide d’une lecture de l’histoire "engagée", c’est à dire avec un sens et un but. Sinon, l’Histoire est détournée au service d’idéologies et de systèmes qui la répandent pour justifier leur propre vision du monde. L’information comme l’Histoire doit être plurielle.
C’est ainsi par exemple qu’une revendication principale des étudiants noirs dans les années soixante fut la création de Département d’Etudes de l’Histoire afro-américaine. (Ce qu’ils ont obtenu)

Ainsi la version des "années 60’ est-elle différente selon qu’elle a été écrite par ses propres acteurs ou par des témoins, ou encore par des historiens qui n’en ont pas été les témoins directs. Ajoutez-y
les grilles de lecture idéologiques et vous obtenez autant d’histoires différentes que d’observateurs.

Les "années soixante" américaines puisent leurs racines dans de nombreux terreaux différents. Elles furent une remise en question globale de la "norme", politique, économique, culturelle, spirituelle, sociale mais ce refus de l’ordre établi n’est pas une caractéristique de cette période. L’originalité en est sans doute la simultanéité.

Le combat féministe n’est pas né dans les années soixante, pas plus que les expériences communautaires, la contestation étudiante, ou encore l’antimilitarisme.

Mais revenons à la "contre culture", terme dont la paternité est attribué à Theodor Roszak dans son essai paru en 1970 "The Making of a Counter Culture".(1)

Pour définir ce que serait la contre culture, il faudrait d’abord établir ce qu’est la "culture". Tâche malaisée si l’on sait que Alfred Kroeber et Clyde Kluckhohn en 1952, ont rassemblé plus de 200 définitions différentes du terme culture dans un ouvrage intitulé "Culture: a critical review of concepts and definitions."

Sans prétention aucune, disons que la contre culture repose sur la remise en cause des modèles et conventions artistiques dominantes, sur une conception autre de la place et du rôle de l’art, de la place de l’artiste dans la société.
A noter que les formes contre culturelles ont une existence éphémère puisqu’une forme artistique contre culturelle lors de son apparition peut devenir à terme intégrée, ou "récupérée" par le modèle dominant.

Les auteurs à scandale du milieu du vingtième siècle paraissent aujourd’hui tout à fait inoffensifs.

Le Festin Nu de William Burroughs, tout comme Tropique du Cancer de Henry Miller, Ulysses de James Joyce, et même L'Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence sont interdits de publication. Il faudra attendre 1966 pour que la Cour Suprême des Etats-Unis reviennent sur cette décision

Le rock'n'roll avait commencé, au début des années cinquante, à froisser quelques susceptibilités puritaines. La “Miss Molly" de Little Richard "who sure liked to ball” - fit scandale, bien qu’il assurait que "to ball" (baiser, en argot) signifiait "danser" .

Le 12 mai 1963, Dylan qui doit participer au Ed Sullivan Show, se voit refuser l'interprétation de "Talkin' John Birch Society Blues" par Stove Phelps, conseiller à la programmation de CBS. Le même titre sera retiré de The Freewheelin', sur lequel il était initialement prévu sous la pression des avocats de CBS.

"Une nouvelle stratégie innovante de contrôle social fut introduite dans l'Amérique prospère :la carotte devint aussi grosse que le bâton—plus grosse, peut-être. L'argent qui se déversait du filon de la Seconde Guerre Mondiale rendait envisageable et faisable pour le monde des affaires américain de flirter avec la vieille revendication populiste de "partage des richesses...
Plutôt avoir la paix dans les rangs et un flot continu de biens de consommation sur le marché que des grèves et des soulèvements.
Le marché était le suivant: Laissez le Pentagone, la CIA et General Dynamics mener le bal et la corne d'abondance continuera à couler. Les récompenses de l'obéissance ne furent jamais aussi élevées. En revanche, les sanctions pour dissidence furent rarement aussi sévères . Pour ceux qui marchaient en dehors des clous, la barrière McCarthyste était prête à s'abaisser. C'était l'époque où les gens refusaient de signer une pétition pour le Bill of Rights de crainte de perdre leur travail, leur certificat de sécurité et leur compte en banque."('1)

Les institutions sociales veillent à la moralité de la jeunesse. Et en premier lieu, l'université, l'alta mater, le loco parentis. Cette dernière ne se contente pas, en effet, de dispenser le savoir académique indispensable pour la réussite d'une brillante carrière. Elle est la garante des valeurs, le chaperon, pour la jeunesse des campus, éloignée de l'abri protecteur familiale. Le dortoir de chaque sexe est une forteresse sous haute surveillance et le renvoi immédiat attend tout étudiant vivant avec un représentant de l'autre sexe en dehors du campus. Un autre rôle de l'université est bien entendu, de protéger la jeunesse contre toute propagande subversive.

Une partie des réflexions d'Herbert Marcuse portera également sur la thèse de l'organisation sociale (culture, politique, économie) comme poursuite de l'idéologie exclusive de la productivité matérielle. La vie personnelle se repliant alors sur des modes de vie uniformes et non contestataires.

"Une des réalisations de la civilisation industrielle avancée est la régression non-terroriste et démocratique de la liberté - la non-liberté efficace, lisse, raisonnable qui semble plonger ses racines dans le progrès technique même." (2)

C. Wright Mills, donnera un nom à la situation sociale américaine de l'époque : l'apathie. Les Students for A Democratic Society en reprendront le terme :

"L'apathie, suspections-nous, étaient ce que le gouvernement et les bureaucrates souhaitaient vraiment. L' apathie n'était pas notre faute, ni un accident, mais le résultat de l'ingénierie sociale par ceux qui dirigeaient les institutions, qui nous enseignaient, qui nous employaient, qui nous divertissaient, qui nous enrolaient, qui nous ennuyaient, qui nous controlaient, qui voulaient que nous acceptions l'absolue impossibilité d'une autre façon d'être . C'est pour cette raison que notre rhétorique mettait l'accent sur les "gens ordinaires" évoluant "en dehors de l'apathie" (le terme était de C. Wright Mills) afin de “faire l'histoire” (3)

C’est en réponse à "cette absolue impossibilité d’une autre façon d’être" que se sont développé les formes contre culturelles dès l’après guerre et jusque dans les années 60. Elles sont souvent trop vite cataloguées comme "nihilistes" , "individualistes" ou "hédonistes" alors qu’elles peuvent être comprises comme une forme de résistance. Contre culture, sous ses différentes formes, et contestation politique seront constamment liées plus qu’opposées .

Dès 1947 Madeline Gleason organisa le First Festival of Modern Poetry à la Lucien Labaudt Gallery, sur Gough Street à San Fransisco. Elle y présenta une douzaine de poètes parmi lesquels Rexroth, Robert Duncan et Spicer. Ce fut la première apparition publique de pratiques poétiques expérimentales qui deviendront courantes par la suite à San Fransisco.

Le Black Mountain College était une initiative expérimentale engagé dans une approche interdisciplinaire. Concernant la poésie, y séjournèrent notamment Charles Olson, Robert Duncan, Denise Levertov, Jonathan Williams, Ed Dorn et Robert Creeley. Ce dernier, également éditeur de la Black Mountain Review en 1955, s'installa à San Francisco deux ans plus tard et devint le trait d'union entre les poètes de Black Mountain et la San Francisco Renaissance.

Kenneth Rexroth définit cette avant garde dans Disengagement: (4)

"Je dirais que les poètes les plus influents de la jeune génération d'avant-garde sont Denise Levertov, Robert Creeley, Charles Olson, Robert Duncan et Philip Lamantia. L'éditeur d'avant garde le plus influent est peut-être Cid Corman, avec sa revue Origin. Golden Goose de Richard Emerson et la Black Mountain Review de Robert Creeley semblent avoir temporairement suspendu leur publication. Jonathan Williams, un bon poète lui-même, édite Jargon Press.
Tout ce jeune groupe partage pas mal de points communs. Ils sont tous plus ou moins influencés par la poésie française, par Céline, Beckett, Artaud, Genet à des degrés divers. Ils sont aussi influencés par William Carlos Williams, D.H. Lawrence, Whitman, Pound. Ils sont tous intéressés par l'art et la religion orientaux, certains d'entre eux se revendiquent même bouddhistes. Politiquement, ils sont tous fortement critiques vis à vis de l'Etat, de la guerre et des valeurs de la civilisation commerciale. La plupart d'entre eux ne se définiront pas comme anarchistes, simplement parce que adopter un tel label impliquerait une adhésion à un “mouvement.” Tout ce qui ressemble à une idéologie explicite est suspect (...) tous voient la poésie comme communication , déclaration d'une personne à une autre. Ainsi, ils évitent tous l'ambigüité étudiée et les jeux de mots métaphysiques de la Génération Réactionnaire et recherche la transparence de l'image et la simplicité du langage"

Avec le Reed College de Portland, où se côtoyaient Gary Snyder, Philip Whalen et Lew Welch qui, avec Kirby Doyle, allaient constituer le noyau beat de la Côte Ouest, avec Lawrence Ferlinghetti qui ouvrira la City Lights Bookstore à San Fransisco en 1953 et, deux ans plus tard, de la City Lights Press, avec Allen Ginsberg qui fera le lien avec les écrivains de Greenwich Village, on obtient à peu près tout ce qui fut appelé la Beat Generation.

Mais cette notion de San Francisco Renaissance dépasse la seule poésie et englobe les domaines des arts vivants et visuels, de la philosophie, des intérêts inter culturels, (notamment l’intérêt pour les cultures asiatiques) et de nouvelles sensibilités sociales. Ou comme l'écrit Kenneth Rexroth dans The Art of the Beat Generation,(4) la poésie même devient une force sociale :

"Cela signifie que la poésie est devenue une force sociale réelle — quelque chose qui a toujours été présenté jusqu'à présent comme un un rêve utopique à la William Morris.’


(1)The Making Of A Counter Culture Theodore Roszak University Of California Press 1968 introduction à l'édition 1995

(2)(H. Marcuse, Le problème du changement social dans la société technologique, 1er ed 1961 ; re-ed Homnisphères 2007, p.30).

(3)"New Port Huron Statement" de Tom Hayden  Avalon Publishing Group comme introduction à “The Port Huron Statement : The Visionary Call of the 1960s Revolution” automne 2005.
Trad française
http://www.freakencesixties.yi.org/textes%20et%20doc/nouvelledeclarationdeporthuron.html

(4) The Art of the Beat Generation 
http://www.bopsecrets.org/rexroth/beats.htm
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede kuhing » 08 Avr 2012, 09:52

cool
ça me rappelle ma jeunesse (je suis au milieu)
Image

on continue la saga pour l'AR5 ?
kuhing
 

Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 08 Avr 2012, 12:34

Il y a de quoi aller jusqu'à l'AR50. Mais j'arrêterai avant. Je ne mettrai que ce qui est correctement anarchiste ou anarchiquement correct (j'hésite encore)
La photo est intéressante. je reviendrais sur les pseudo "hippies" que l'on a vu 2 fois en 9 ans : A San Fransisco en 1967 (ce qui a entrainé la mort de Haight Ashbury) et à Woddstock où il y avait un bal costumé.
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede kuhing » 08 Avr 2012, 13:29

digger a écrit: Je ne mettrai que ce qui est correctement anarchiste ou anarchiquement correct (j'hésite encore)
.


Ce ne sera pas difficile : je ne connais pas d' anarchistes incorrect-e-s. :hehe:
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La ségrégation et l'organisation de la résistance

Messagede digger » 09 Avr 2012, 08:41

En 1869, Le 15eme amendement de la Constitution américaine donne l’égalité civique à tous les citoyens sans considération de race et de couleur. Le droit de vote est dû à tous. Quelques années après, en mars 1875, le vote du Civil Rights Act interdit la ségrégation dans les lieux publics.

Durant la période dite de Reconstruction (1865-1877) les troupes du Nord occupaient le Sud et faisaient respecter ces amendements. Les noirs pouvaient accéder à des fonctions élevées y compris des mandats électoraux. Ainsi en février 1870, Hiram Revels fut le premier noir à entrer au Sénat.
Cette période prit fin avec le Compromis de 1877, appelant au retrait des troupes nordistes du Sud . Ce compromis permit au Sud de ré-instituer ses pratiques de discriminations.
De nombreux Etats adoptèrent des lois instituant la ségrégation des races., réduisant à néant les avancées précédentes. En 1883, la Cour Suprême déclare inconstitutionnelle la loi sur les Droits Civiques de 1875 et ,en 1896, l'Arrêt Plessis vs. Ferguson met en place la doctrine " séparés mais égaux " et est entérinée par la Cour Suprême. Cette loi permet à un Etat d’imposer la séparation des races dans les lieux publics à condition que les facilités offertes soient identiques. C’est l’officialisation de la ségrégation

Entre 1882 et le début des années 1950, près de 4 500 afro-américains furent lynchés aux Etats-unis, souvent par des groupes blancs extrémistes comme le Ku Klux Klan.
Mais le système de ségrégation sudiste ne reposait pas sur ces groupes extrémistes mais sur la société civile dans son ensemble, du gouverneur aux simples citoyens, en passant par les juges et la police.
Le droit de vote, en théorie acquis aux noirs, leur était en pratique quasiment interdit par diverses machinations mises en place selon les Etats sudistes (Faire réciter ou interpréter des paragraphes de la constitution, par exemple) ou par des mesures d’intimidation beaucoup moins subtiles, pouvant aller jusqu’au meurtre.

La résistance s'est d'abord organisée à partir des églises noires, ce qui s’explique par leur structure et fonctions dans la communauté. Elles n’étaient pas seulement un lieu de culte, mais un lieu d’échanges sociaux où l’on s’échangeait les nouvelles, où l’on pouvait emprunter de l’argent, régler les différents, et un centre de militantisme politique. Le ministre du culte était un personnage central dans la communauté, l'exemple le plus connu étant bien sûr Martin Luther King.

Cette résistance fut relayée et organisée par des organisations comme la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, créée en 1909), la National Urban League.(1911) et le Congress of Racial Equality (CORE, 1942) et la Southern Christian Leadership Conference (SCLC), fondée en 1957, qui coordonnait et collectait des fonds, principalement dans le Nord, pour les actions locales de protestations et la formation des leaders noirs. Jusqu’en 1955, les principales formes d’action étaient d’ordre légales, par les groupes de pression (lobbying) et le combat juridique.

Le 1er déc 1955, à Montgomery (Alabama), Rosa Parks refuse de céder sa place à un passager blanc dans un autobus et est emprisonnée. Cette action marque le début du boycott des autobus, première action de désobéissance civile d'envergure. Le combat pour l'égalité avait changé de terrain. Il était entré dans l'action directe non-violente

Le Student Nonviolent Coordinating Committee, ou SNCC, fondé en 1957, développera cette stratégie avec le slogan "jail-no-bail" (La prison, pas la caution) et la pratique du sit-in.

Entre temps, le combat juridique avait remporté quelques maigres victoires. En 1954 la décision de justice Brown vs Board of Education of Topeka met fin à la ségrégation scolaire et renverse la jurisprudence établie en 1896 et le 31 mai 1955, un décret de la Cour Suprême notifie que la déségrégation dans les écoles doit s’effectuer "dans les délais les plus brefs"

Mais entre la loi et la réalité du terrain, il existe un gouffre. Le 6 février 1956, une étudiante noire, la première à l’université d’Alabama, est renvoyée après 3 jours de violence . L'année suivante, le 4 septembre1957, à Little Rock (Arkansas), la milice de l’Etat interdit l'entrée du lycée (Central High School) aux élèves noirs Quelques jours plus tard, le Président Eisenhower envoie un millier de paras pour protéger 9 lycéens noirs et leur permettre de suivre les cours
S'ensuit alors un long bras de fer entre l'Etat de l"Arkansas et le gouvernement fédéral. Le 30 septembre 1958, le gouverneur de l’Etat, Orval Faubus, ferme 4 lycées.. Ils ne seront réouverts que le 12 août 1959 dans le respect de la déségrégation

En avril 1960, selon une étude du magazine Southern School News, depuis la décision de la Cour Suprême en 1954, à peine 6% des écoles publiques des Etats du Sud suivent l’ordre de déségrégation.

La condition de citoyens de seconde zone des noirs nourrira en grande partie la dénonciation étudiante de l'hypocrisie du système démocratique américain. La résistance contre la ségrégation dans le sud va servir à de nombreux étudiants blancs de "terrain d'apprentissage" de l'action directe.

Les relations entre les mouvements contestataires et contre culturels blancs et les organisations afro-américaines seront toujours complexes. Cette complexité est renforcée par les relations entre organisations afro-américaines elles-mêmes, et parfois au sein mêmes des organisations.

Sans doute y avait-il une incompréhension fondamentale entre une classe sociale s’élevant contre la "société d’abondance" et une autre aspirant à y avoir accès alors qu’elle en était exclue. La présence des étudiants blancs dans le Sud pour aider les militants des droits civiques fut appréciée dans un premier temps puis jugée envahissante dans un second temps.

Le virage fut officialisé au printemps 1966 lors de l’arrivée de Stokely Carmichael comme président du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) dans un document ‘The Basis of Black Power" qui dessinait le contour d’une nouvelle orientation pour le mouvement afro-américain.

"Le mythe selon lequel le noir est incapable de se libérer lui-même, qu’il est paresseux, etc., provient de l’expérience américaine. Dans les livres pour enfants, les blancs sont toujours "bons" (Les symboles du bien sont blancs), les noirs sont "le mal" ou représentés comme des sauvages dans les films, leur langue est qualifiée de "dialecte" et les noirs de ce pays sont supposés être les descendants de sauvages.
Toute personne blanche qui entre dans le mouvement a ces concepts à l’esprit au sujet des noirs.ne serait-ce qu’inconsciemment. Il ne peut y échapper car toute la société a braqué son subconscient dans cette direction
[…] Il devrait être proposé que les blancs qui désirent le changement dans ce pays devraient se rendre là où le problème (le racisme) est le plus manifeste. Le problème n’est pas dans la communauté noire. Les blancs devraient aller dans les communautés blanches, là où les blancs ont créé des structures de pouvoir dans le but exclusif de dénier aux noirs toute dignité et droit à l’autodétermination. Les blancs qui viennent dans la communauté noire avec des idées de changement semblent vouloir absoudre la structure du pouvoir de sa responsabilité et prétendent que le changement ne peut venir que de de l’unité noire, ce qui est la pire forme du paternalisme. Cela ne signifie pas que les blancs n’ont pas tenu un rôle important dans le mouvement. Dans le cas du Mississippi, leur rôle fut crucial, en aidant à donner aux noirs le droit de s’organiser, mais ce rôle est maintenant terminé, et devrait l’être.
[…] Si nous voulons aller vers une réelle libération, nous devons nous couper des blancs. Nous devons former nos propres institutions, coopératives de crédits, coopératives, partis politiques, écrire nos propres histoires. ." (1)

La lutte des afro-américains traverse en fil rouge cette période, en cohabitant ou en parallèle, avec le radicalisme blanc.


Le document intégral a été traduit en français.
(1)La Base du Pouvoir Noir
http://www.freakencesixties.yi.org/textes%20et%20doc/basedupouvoirnoir.html
Son intérêt dépasse le seul aspect de la lutte des afro américains dans les années 60 . Sa théorie a été reprise par une partie du mouvement féministe, demandant la non-mixité pour des raisons similiaires.

"Ce besoin d’une solidarité de groupe explique pourquoi les hommes ont été largement exclus des groupes de paroles. Ce n’était pas la raison première mais ce fut l’effet dérivé le plus bénéfique L’idée, à l'origine, avait été emprunté au mouvement du Black Power, bien installé dans les consciences lorsque le mouvement de libération des femmes a commencé.
[…] les femmes de presque tous les groupes aux Etats-Unis, au Canada et en Europe découvrirent bientôt que les rôles traditionnels des sexes étaient ré-introduits dans les groupes, quelles que soient les bonnes intentions des participants. Inévitablement, les hommes dominaient les discussions et ne parlaient généralement de la libération des femmes qu’en relation avec les hommes, ou comment les hommes étaient opprimés par les rôles sexuels. Dans les groupes composés uniquement de femmes, la discussion semblait plus ouverte, honnête et approfondie. Les femmes apprenaient à être en relation avec d’autres femmes et non plus seulement avec des hommes."
The Women's Liberation Movement: Its Origin, Structures and Ideals Jo Freeman
http://library.duke.edu/rubenstein/scriptorium/wlm/womlib/
Je reviendrai bien sûr sur le féminisme radical de la période.

Pour finir la parenthèse, les femmes afro-américaines furent très vite sensibles à leur situation au sein des organisations. Le premier document que j’ai retrouvé date de 1965 – avant l’explosion de la question féministe , et provient d’un document du SNCC intitulé "Les femmes dans le mouvement"

"...le membre moyen du SNCC trouvera difficile de discuter du problème des femmes à cause de ses principes de supériorité. Ces principes de supériorité mâle sont aussi répandues, profondément enracinés et tout aussi invalidant pour les femmes que la suprématie blanche ne l’est pour les Nègres. Posez-vous la question de savoir pourquoi, dans le SNCC, les femmes compétentes, qualifiées et expérimentées se voient assignées automatiquement les types de tâches "féminines" tels que la frappe, le travail de bureau, le téléphone, le classement, le travail de documentation, la cuisine et le rôle d’assistante dans le travail administratif, et rarement des tâches de type "exécutif"
Les femmes au sein du SNCC se trouve souvent dans la même situation que le bon Nègre embauché dans une entreprise. La direction pense qu’elle a fait sa B.A. Pourtant, chaque jour, le Nègre endure une atmosphère, des attitudes et des actes teintés de condescendance et de paternalisme, caractérisés par le fait qu’il ne bénéficie pas des mêmes promotions que des blancs de qualification égale ou inférieure."

Traduction intégrale
http://www.freakencesixties.yi.org/textes%20et%20doc/lesfemmesdanslemouvement.html
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Les actes fondateurs de la révolte étudiante

Messagede digger » 15 Avr 2012, 07:32

San Francisco Mai 1960

Lorsque le House Un-American Activities Committee annonce qu'il va procéder à des auditions du 12 au 14 mai 1960 à San Francisco de nombreux groupes syndicaux, religieux, d'étudiants et de professeurs d'université manifestent leur opposition à cette venue. Un comité ad hoc, Students for Civil Liberties (SCL) est formé et une pétition appelant à la dissolution de l'HCUA recueille 2 000 signatures en quatre jours.

C'est une nouveauté, la première fois que ce comité fait l'objet d'une contestation ouverte, malgré la crainte qu'il suscite.

Le House Committee on Un-American Activities - HUAC: Comité Parlementaire sur les Activités Anti-américaines a été créé en 1938, à l'origine pour surveiller le comportement des américains
d’origine allemande vis à vis des nazis et du Ku Klux Klan.

Après la seconde guerre mondiale, il devient un instrument anti-communiste, souvent confondu, à tort, avec Joseph McCarthy, mais dont les finalités étaient assez proches : Le Comité, composé de neuf représentants enquêtaient sur les menaces suspectes de subversion ou de propagande qui s'attaquaient à "la forme du gouvernement garanti par notre Constitution"

Durant la guerre froide, l’HUAC a interrogé plus de 3 000 personnes - officiels du gouvernements, dirigeants syndicaux, professeurs, journalistes, artistes, et autres. Il se rendit célèbre à Hollywood en 1947.inscrivant 10 personnes sur la liste noire, mais touchant environ 300 personnes qui seront boycottés par les studios. Certains continueront leurs activités sous un nom d'emprunt. D'autres, comme Charlie Chaplin, s'exileront. Recevoir une citation à comparaitre vous fait suspecter d'être un mauvais américain. Refuser de collaborer, le plus souvent en donnant des noms, vous fait perdre votre travail et vos relations.

Image

Le jour de l'ouverture des auditions, le comité organise un piquet de vigilance devant le City Hall qui rassemble 700 personnes., qui sera présent durant toute la durée de la session. Le lendemain, 13 mai, des incidents éclatent . La police intervient avec des lances à incendie sur la foule et procède à 68 arrestations.
Le dernier jour des auditions, le piquet de vigilance compte de 1500 à 2000 personnes et environ 3 500 persones; majoritairement opposées aux auditions.
Pour les membres de l'HUAC, fidèles à leurs convictions, ces manifestations étaient d'inspiration communiste".
Les provocations policières et les grossiers mensonges sur la "manipulation communiste" donnèrent un relent de vigueur aux mouvements étudiants de San Francisco., notamment à SLATE , principale organisation étudiante de la ville, et leur valurent le soutien du corps professoral.

Les autorités universitaires, elles, bien qu'admettant que les étudiants avaient participé aux manifestation en tant que personnes privées, nullement représentatives de leur université, déclarèrent se réserver le droit d'appliquer des sanctions, après avoir pris connaissance des rapports de police.
Toutes les charges contre les étudiants furent abandonnées, et aucune sanction ne fut prise, mais la maladresse était commise. L'autorité académique était "du côté du manche".

Suite aux manifestations, des étudiants furent victimes de mesures administratives. Trois étudiants étrangers se virent refuser le renouvellement de leur visa. Sans qu'encore une fois, les autorités universitaires n'intervienne. Les services d'immigration revinrent sur leur décision concernant un cas, sous la pression des seuls étudiants. la décision fut appliquée pour les deux autres.
Une autre étudiante, Jane O'Grady, avait reçu un prix de la Fondation Coro pour l'aider à financer ses études. Ce prix lui fut retiré après qu'elle ait été arrêtée lors des manifestations.

Slate, principale organisation étudiante, se vit retirer l'année suivante son statut d'organisation autorisée sur le campus. Le 30 mars 1961, la direction de l'université fit officiellement savoir que les agissements de l'organisation contre les auditions du HUAC l'identifiait clairement comme organisation politique étudiante. Slate se voyait notamment interdire de ce fait tout droit de réunion dans l'enceinte de l'université.

Nul doute que ces évènements préparèrent le terrain du free Speech Movement de Berkeley à l'automne 1964. Cette analyse est avancée par la Commission Présidentielle sur l’Agitation sur les Campus (1)
"Des évènements localisés dans la Région de la Baie de San Francisco ont préparé le lit de la révolte de Berkeley. En 1960 il y eut une manifestation agitée à laquelle prirent part les étudiants de Berkeley contre le House Un-American Activities Committee. Plus tard, les étudiants de l’Université de Californie participèrent à une série de sit-ins, sleep-ins, shop-ins, et autres actions pour convaincre les employeurs de la Région de la Baie d’embaucher des noirs..Comme lors des manifestations contre le HUAC, beaucoup d’étudiants s’impliquèrent dans des confrontations avec la police en dehors du campus. Et sur le campus, l’insatisfaction croissante des étudiants et du corps enseignant vis à vis de l’éducation supérieure conduisait à un mouvement pour réformer l’université et le contenu de ses programmes".

Le même rapport établit la filiation entre la suite d'évènements dans un chapitre explicitement appelé : L’INVENTION BERKELEY. Ce fil rouge nous conduira à Columbia et aux universités de Kent et Jackson, jusqu'à l'implosion du SDS et à la création du Weathermen.

"Ce qui s’est passé à Berkeley représente plus que "la somme de ses parts". Les évènements
sur ce campus à l’automne 1964 ont représenté une invention politique authentique. –un mélange
nouveau et complexe de questions, de tactiques, d’émotions et de mise en scène qui allait devenir le prototype pour la contestation étudiante tout le long de la décade – Rien de tel n’avait existé auparavant en Amérique. C’est sur la nature et l’évolution de cette invention à la vie longue , dans toutes ses variants, que s’est penchée cette Commission."

Du SLID au SDS

Au début de la décennie, la Student League for Industrial Democracy—SLID - branche de la League for Industrial Democracy , montrait tous les signes de l'apathie que les étudiants qui la quitteraient bientôt allait dénoncer deux ans plus tard. Un petit bureau à New-york, un budget annuel de $3,500, quelques centaines de membres dans 3 groupes locaux à Columbia, Yale, et dans le Michigan

Les membres du SLID, au début de 1960,  décidèrent de changer de nom. Le terme industriel n'aidait pas au recrutement sur les campus. Mais surtout, la raison première en était le besoin de se dissocier de la vieille direction de la LID. Le nom finalement choisi fut Students for a Democratic Society.

Les 5-7 mai 1960, le tout nouveau SDS tint une conférence à l'Université du Michigan. Cela aurait pu se passer comme une banale conférence, mais entre temps, 4 jeunes noirs avaient refusé de quitter le comptoir réservé au blancs dans une cafétaria de la grande surface Woolworth à Greensboro, Caroline du Nord
De nombreux dirigeants des mouvements pour les droits civiques assistaient à la conférence parmi lesquels Bayard Rustin et James Farmer du CORE et Herbert Hill du NAACP,. Etaient égalements présents des représentants du Student Nonviolent Coordinating Committee tout nouvellement créé ainsi que Michael Harrington de laYoung People's Socialist League, Bob Ross et Tom Hayden, alors éditeur du Michigan Daily.

L'évènement le plus marquant de la conférence fut une donation de 10 000 $ de la part de la United Automobile Workers Union de Detroit qui permit au SDS de rémunérer un secrétaire à plein temps, Robert Alan Haber.

Celui - ci avança plusieurs propositions. D'abord que le SDS abandonne la formule de groupes locaux indépendants mais forme des alliances avec les groupes existant sur les différents campus, partis politiques étudiants, groupes pour la paix et les droits civiques. En second, que le rôle prioritaire du SDS serait de coordonner ces groupes en éditant des bulletins , en organisant des conférences et en aidant leurs dirigeants à rester en contact les uns avec les autres, leur fournissant le sentiment qu'ils faisaient partie d'un mouvement plus large. Troisièmement que le SDS s'implique dans des actions directes plutôt que de se limiter à un travail d'information. Enfin que le SDS abandonne le sectarisme qui avait caractérisé le LID et qu'il travaille avec tous les groupes désirant une transformation sociale. Le rôle du SDS serait de leur apporter la vision globale du système américain et leur montrer la relation entre tous les problèmes particuliers.
L'idée de Haber était d'agir à la racine des causes des conditions présentes.

La première convention du SDS se tint du 17 au 19 juin 1960. au Barbizon Plaza à New York.Haber fut élu président de l'organisation.

A l'automne 1960, de nombreuses organisations politiques étudiantes voient le jour où sont régénérées. Ainsi VOICE, à l'Université du Michigan, qui naît en grande partie sous la houlette de Tom Hayden, qui a passé l'été à Berkeley, s'imprégnant de l'expérience de SLATE. A Oberlin, Rennie Davis et Paul Potter organisent la Progressive Student League; à Chicago, Clark Kissinger POLIT; à Harvard, Todd Gitlin TOCSIN....

En même temps, les relations entre le LID et sa nouvelle organisation étudiante se dégradent . Les dirigeants du LID reprochent le glissement du SDS vers une action ouvertement politique Le Comité Exécutif du LID décide d'exclure Haber lors d'une réunion le 23 mars 1961, en lui souhaitant, de manière prophétique involontaire de "poursuivre dans son intérêt enthousiaste pour le mouvement étudiant" Haber se contente de quitter son bureau, continuant le travail depuis son appartement, avant que d'être réintégré quelques semaines plus tard.

A la rentrée universitaire, Tom Hayden est employé comme secrétaire. A l'automne 1961, le SDS compte 575 membres et 20 groupes locaux sur les campus.
L’histoire du SDS marquera toute cette période de l’histoire américaine et sera à son image, mouvementée.

(1) Extraits traduits
http://www.freakencesixties.yi.org/Mouvements%20%E9tudiants/rapportpreface.xhtml
Texte intégral
http://dept.kent.edu/may4/Campus_Unrest/campus_unrest.htm
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede Pïérô » 23 Juil 2015, 14:53

Ceux qui piochaient

Dans « Les Diggers, révolution et contre-culture à San Francisco (1966-1968) », Alice Gaillard revient sur les premiers feux de l’utopie hippie et de l’activisme afférent, ces beaux moments qui ont précédé la grande récupération. Entretien.

... http://www.article11.info/?Ceux-qui-piochaient
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Re: Une histoire en kit des années 60 aux USA

Messagede digger » 28 Juil 2015, 09:42

Puisque ce sujet remonte voici une série de textes inédits traduits il y a quelques années.

Ci-dessous, sans doute le premier américain a avoir refusé son incorporation pour combattre au Vietnam. Il n'était ni étudiant, ni blanc. General Gordon Baker Jr (C'était son vrai nom) était un ouvrier syndicaliste de Dodge Main, une usine General Motors de Detroit. Il fut l’un des fondateurs de la League of Revolutionary Black Workers et du Dodge Revolutionary Union Movement (DRUM)
Si la lettre était individuelle, Baker était néanmoins soutenu par le Afro-American Student Movement (ASM). Celui-ci imprima des tracts et fit publier des communiqués de presse soutenant sa décision et annonçant que 50 000 noirs manifesteraient devant le Centre de Recrutement du Wayne County où devait se présenter Baker. Huit personnes seulement se montrèrent mais la menace avait été prise au sérieux et Baker fut déclaré "inapte" au service.

Lettre au Bureau de Recrutement
Detroit 1965

Messieurs,

Cette lettre fait suite à un avis que vous m’avez envoyé, General Gordon Baker jr, me convoquant devant une commission médicale pour déterminer mon aptitude au service militaire.

Comment en avez-vous le CULOT, sachant que je suis un homme noir vivant sous l’emprise et l’influence de l’Amérique raciste, société décadente??? Vous ne me demandez pas si j’ai une morale, quelques principes ou valeurs humaines de base sur lesquelles je fonde ma vie. Vous demandez si je suis apte. APTE POURQUOI, je vous demande ? Que signifie "apte", servir dans l’armée US ? Pour être encore plus endoctriné par la notion insidieuse de "défense de la liberté" ?

Vous vous tenez devant moi avec, sur les mains, le sang séché de Patrice Lumumba, le sang des étudiants panaméens sans défense, tués par des marines US; le sang de mes frères noirs d’Angola et d’Afrique du Sud torturés par les portugais et les sud-africains blancs (que vous soutenez résolument); les morts du Japon, de la Corée et maintenant du Vietnam, en Asie; le sang de Medgar Evers , de six bébés noirs de Birmingham, le sang d’un million d’algériens assassinés par les français (que vous soutenez); le sang frais de dix mille patriotes congolais morts suite à votre viol et votre pillage impitoyables du Congo – le sang des femmes et des enfants sans défense brûlés par le napalm.... Avec tout ce sang de mes frères de couleur dégoulinant de vos CROCS , vous avez la foutue AUDACE de me demander si je suis APTE. Homme blanc, écoute moi car je te parle!

JE SUIS UN HOMME DE PRINCIPE ET DE VALEUR ; principe de justice et de libération nationale, d’autodétermination et de respect de la souveraineté nationale. Et vous me demandez si je suis "physiquement apte" pour aller en Asie, en Afrique et en Amérique Latine combattre mes frères opprimés (qui sont totalement et résolument dans leur bon droit de libérer leur patrie de la domination étrangère) . Vous me demandez si je suis apte à rejoindre une armée de FOUS, d’ASSASSINS et de DELINQUANTS MORAUX qui ne méritent pas le nom d’hommes Vous voulez que je défende les richesses accumulées par la sur exploitation des races de couleur par une poignée de super monopoles blancs et riches qui contrôle le plus vaste empire qui n’a jamais existé dans le million d’années de l’histoire de l’humanité – Tout cela au nom de la "Liberté"!

Pourquoi ici, au cœur de l’Amérique, 22 millions de personnes noires souffrent-elles de maux rédhibitoires : économiquement exploitées par toutes les formes de commerce - des grands monopoles aux petits escrocs; totalement inexistantes politiquement; dépossédées de leur héritage social et culturel.

Mais tous les hommes de principe sont des combattants. Mon combat est pour la Liberté : UHURU, LIBERTAD, HALAUGA et HARAMBEE ! Par conséquent, lorsque l’appel concerne la libération de l’Afrique du Sud, celle de l’Amérique Latine de la domination de United Fruit Co, de Kaiser and Alcoa Aluminium Co et de Standard Oil; quand il s’agit d’emprisonner les Brahmanes pour détruire le système de castes, de libérer le delta noir du Mississipi, de l’Alabama et de Caroline du Sud; quand il s’agit de LIBÉRER LA 2me RUE ICI A DETROIT ! : Lorsque l’appel concernera cela, contactez-moi parce qu’il s’agira de Luttes Historiques pour lesquelles servir sera un honneur!

Venceremos!

General G Baker Jr.

Source : Speakers for a New America
http://www.speakersforanewamerica.com/gendraft.html
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