Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-1799

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Messagede Pïérô » 29 Avr 2015, 07:49

Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799

1ère partie : De la crise de l’Ancien Régime à la chute de la monarchie (1789-1792)

L’histoire grand public montre la Révolution française comme un moment de violence extrême et aveugle exercé par les classes populaires manipulées par des leaders révolutionnaires, tout en focalisant sur l’épisode fatidique de la Terreur vue comme une dérive regrettable. Loin de ces clichés servant des intérêts de classe, les faits montrent comment les travailleurs urbains et ruraux ont mené des luttes autonomes pour un monde meilleur dépassant ainsi le contenu bourgeois de la Révolution, et forgeant des expériences pour les combats à venir.

Cette approche de la période révolutionnaire française entend rappeler que la lutte des classes n’est pas un concept construit de toute pièce. Aujourd’hui, face aux ravages du capitalisme, qui puise ses racines dans ce moment-charnière que constitue la fin du XVIIIe siècle, les prolétaires d’ici et d’ailleurs ne peuvent rien attendre d’un réformisme qui n’en finit pas de nous resservir les mêmes recettes miracles pour « humaniser » ce système.

Cette brochure constitue la 1ère partie d’un travail sur la Révolution française et couvre la période 1789-1792, de la crise de l’Ancien Régime à la chute de la monarchie. La période qui suit la chute de la monarchie jusqu’au coup d’État du 18 brumaire fera l’objet d’une autre publication, à suivre...


- lire le texte sur le site : https://www.infokiosques.net/lire.php?id_article=1163

- télécharger la brochure mise en page : Révolution bourgeoise et lutte de classe - 1ère partie - PDF (2.2 Mo) - 104 pages A5 page par page à transformer en brochure : https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Sa ... arpage.pdf

- télécharger la brochure mise en page : Révolution bourgeoise et lutte de classe - 1ère partie - PDF (1.2 Mo) - Brochure A5 104 pages version cahier : https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Sa ... cahier.pdf

https://www.infokiosques.net/spip.php?article1163

Le site de l’auteure : http://classesenlutte1789.noblogs.org/



1789-1799 : Révolution bourgeoise et luttes de classes en France. Interview.
Entretien avec Sandra C. autour de la brochure Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799 (1ère partie) publiée en octobre 2014.
... http://ddt21.noblogs.org/?page_id=350




Les Jeudi 30 Avril, Vendredi 1er Mai et Samedi 2 Mai à 20h30 À la Bourse du travail de Périgueux (26 rue Bodin)

Cycle présenté par l’auteure de « Révolution bourgeoise et luttes de classe en France, 1789-1799 »

L’histoire grand public montre la Révolution française comme un moment de violence extrême et aveugle exercé par les classes populaires manipulées par des leaders révolutionnaires. Loin de ces clichés servant des intérêts de classe, les faits montrent comment les travailleurs urbains et ruraux ont mené des luttes autonomes pour un monde meilleur dépassant ainsi le contenu bourgeois de la Révolution, et forgeant de expériences pour les combats à venir.

Ce cycle sur cette période vise à rappeler que la lutte des classes n’est pas un concept forgé de toute pièce mais bien une réalité toujours d’actualité.

Connaître l’histoire du combat pour l’émancipation humaine est indispensable pour qui entend le poursuivre aujourd’hui.


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http://www.apcd24.fr/?p=468
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Messagede bipbip » 14 Juil 2016, 19:36

La Révolution française de 1789

La Révolution française de 1789 est aujourd’hui recouverte de bien des mystifications. Les mythes de la République d’abord, « liberté, égalité, fraternité ». Mais tout le monde n’est pas leurré par ces grands principes affichés aux frontons de toutes les institutions. « Révolution bourgeoise » alors ? Sans aucun doute, mais encore faut-il comprendre dans quel sens on peut dire cela, et pourquoi c’était surtout un formidable mouvement populaire qui préfigure une prochaine révolution socialiste.

Sommaire

◾L’enchaînement des événements
◾La crise de l’Ancien régime
◾La révolte des sans-culottes
◾Les Girondins
◾Les Montagnards
◾Thermidor

◾Nature de la Révolution
◾Une révolution bourgeoise…
◾…avec les masses populaires comme bélier

◾Jacques Roux et « Les Enragés »
◾Les femmes dans la Révolution française
◾Les « commémorations »
◾Livres
◾Notes et sources

... http://www.anti-k.org/2016/07/14/la-rev ... 4fM24fr21u
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede bipbip » 08 Oct 2016, 16:44

Emission: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

La lutte des classes pendant la Révolution française, 1re partie: 1789 avec Sandra, auteure de la brochure Révolution bourgeoise et luttes des classes en France, 1789-1799. 1re partie: de la crise de l’Ancien Régime à la chute de la monarchie (octobre 2014).

Émission du 24 septembre 2016 à écouter : https://vosstanie.blogspot.fr/2016/09/e ... ndant.html
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Messagede Lila » 09 Oct 2016, 19:06

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5 octobre 1789

Les Parisiennes vont chercher le roi à Versailles

Le 5 octobre 1789, à Paris, quelques milliers de femmes mécontentes de la cherté de la vie et de la disette se rendent à Versailles auprès du roi Louis XVI. Victime de ses hésitations, le roi va se trouver prisonnier des révolutionnaires et des agitateurs parisiens.

Les Journées d'Octobre

À Versailles, les Monarchiens conduits par Jean Joseph Mounier conseillent au roi de faire venir des troupes à Versailles.

Le 1er octobre, à l'Opéra royal de Versailles, un banquet est offert au régiment des Flandres nouvellement arrivé. L'apprenant, les Parisiens pauvres s'en irritent. Eux-mêmes manquent de pain en raison de l'insécurité qui rend difficile l'acheminement des grains. Le dimanche 4 octobre, une foule nombreuse se réunit dans les jardins du Palais-Royal.

Le lendemain s'ébranle un cortège de 7.000 ou 8.000 femmes en direction de Versailles. On crie : «À Versailles !» ou encore «Du pain !». Chacun brandit une arme improvisée, fourche ou pique. À la mi-journée, le cortège arrive devant les grilles du palais cependant qu'un autre quitte à son tour la capitale.

La suite : https://www.herodote.net/5_octobre_1789 ... 891005.php
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Messagede Pïérô » 13 Oct 2016, 22:12

Paris, vendredi 14 octobre 2016

Débat : L’anarchisme sous la révolution française

à 19h30 à la librairie Publico,145 rue Amelot, Paris 11e

Rencontre et débat avec Erwan Sommerer autour de son livre : « L’anarchisme sous la Révolution française. De la table rase institutionnelle à la contestation permanente des lois »

La Révolution française compta-t-elle des anarchistes dans ses rangs ? La question semble anachronique. Si le terme existe bien à l’époque, il est avant tout péjoratif et son usage vise à discréditer les révoltes populaires, les partisans de la Terreur voire les contre-révolutionnaires. Toutefois, au fil des évènements, de façon marginale ou implicite, émergent des revendications qui préfigurent certains aspects de l’anarchisme du XIXe siècle. Ainsi, le rejet de la monarchie, exprimé sous la forme d’une lutte contre la tyrannie, évolue vers une critique générale du pouvoir et des institutions. De même, l’esprit de « table rase » aboutit à une contestation généralisée des lois et des traditions allant jusqu’à la possibilité d’une « révolution permanente ». C’est alors le retour à l’ordre étatique et à toute forme d’obéissance à l’autorité qui est refusé. Sans oublier la conviction que la liberté de changer de régime est un bien précieux qui doit être valorisé et préservé au lieu d’être neutralisé. A travers l’étude d’auteurs qui ne sont pas habituellement décrits comme anarchistes (tels Condorcet, Sieyès ou Marat), il s’agit donc dans ce livre de défendre l’idée qu’une séquence révolutionnaire, moment de crise et de transition entre des systèmes politiques irréconciliables, génère spontanément des modes de pensée et des comportements anarchistes, même si ceux-ci ne sont pas explicites ou assumés comme tels.


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http://paris-luttes.info/debat-l-anarch ... us-la-6832
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Messagede bipbip » 03 Nov 2016, 18:14

Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799

1ère partie : De la crise de l’Ancien Régime à la chute de la monarchie (1789-1792)

POURQUOI PARLER DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE AUJOURD’HUI ?
Émergence du capitalisme et ascension de la bourgeoisie
L’intérêt de la période révolutionnaire
Divergences d’analyse, enjeux politiques et mémoriels

LA FRANCE A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION : UNE SOCIÉTÉ EN CRISE
La situation économique
Société d’ordres et tensions de classe
Prélude à la Révolution
Lumières et libéralisme économique

LA RÉVOLUTION DE 1789 ET L’AVÈNEMENT DE LA BOURGEOISIE
La révolution bourgeoise : des États généraux à la formation de l’Assemblée nationale
La révolution populaire
La réorganisation institutionnelle du pays par la bourgeoisie

L’ÉCHEC DU COMPROMIS ENTRE LA NOBLESSE ET LA BOURGEOISIE ET LA RADICALISATION DE LA RÉVOLUTION
La politique de compromis face aux poussées contradictoires
La Fuite du roi à Varennes et ses conséquences
La Révolution et l’Europe
La question coloniale : Saint-Domingue

LA MARCHE A LA GUERRE ET LA CHUTE DE LA MONARCHIE
La marche à la guerre
L’intensification des conflits de classes
La chute de la monarchie
La Révolution française selon Éric Hazan

CHRONOLOGIE

https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... -1789-1799
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede Lila » 06 Nov 2016, 19:41

Lutte des femmes

Le 3 novembre 1793, Olympes de Gouges, l’une des pionnières du féminisme français, était guillotinée.

Féministe coupable d’avoir écrit sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (28/10/1791) [https://fr.wikipedia.org/wiki/Déclaration_des_droits_de_la_femme_et_de_la_citoyenne] , elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage.

Elle plaide pour l’égalité entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l’éligibilité – permettant de monter à la tribune en tant que députée. Chose impossible, aussi longtemps que les femmes sont considérées comme juridiquement mineures, soumises au père ou à l’époux.

Elle réclame que les femmes soient associées aux débats politiques et sociétaux et qu’elles puissent divorcer – seul droit accordé aux femmes par la Révolution – . Elle veut encore la suppression du mariage religieux, l’instauration d’un contrat civil signé entre concubins, la création de maternités, de foyers pour mendiants, l’instauration de référendum, de la recherche de paternité. Elle propose aussi la féminisation des noms de métier, le système de protection maternelle et infantile…

Mais ce féminisme ne plaît guère aux révolutionnaires. Elle sera qualifiée d’impudente, de virago, de femmes aux allures d’homme.

Olympe de Gouges finira guillotinée pour s’être opposée à Robespierre qu’elle critique ouvertement.

https://sanscompromisfeministeprogressi ... illotinee/
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede bipbip » 28 Nov 2016, 17:49

Le 5 mai 1790, les canuts décident « de se gouverner par eux-mêmes » ! ... C’est à Lyon avec Denis Monnet que le syndicalisme est fondé
Les canuts lyonnais, avant-garde du mouvement ouvrier en France de 1744 à la Révolution
C’est ainsi que Jean Jaurès entrevoit la lutte des canuts :
« La classe des maîtres-ouvriers lyonnais est, par l’esprit de résistance et d’organisation, ou même par la netteté de certaines formules sociales, en avance sur la classe ouvrière du 18ème siècle. » N’est-ce pas à Lyon qu’a été prononcé, et bien avant 1789, le mot de salaire ?
Des soulèvements importants de canuts s’étaient produits déjà à Lyon en 1744, sans qu’ils obtiennent gain de cause. Ce fut, parait-il, la plus grande grève de l’Ancien Régime. Jusqu’à 15.000 émeutiers dans les rues de Lyon durant une semaine en août 1744. Ces ouvriers, essentiellement du textile, luddites avant les luddites, se soulevaient non pas contre l’introduction d’une machine, mais contre celle d’un règlement qui, entre autres griefs, contraignait l’artisanat à se plier aux procédures de l’industrie naissante. L’auteur de ce règlement était ce "mécanicien de génie", Vaucanson, le prototype de l’ingénieur.
... http://rebellyon.info/Le-5-mai-1790-les-canuts-decident


Le 27 novembre 1793, "le vertueux canut" Denis Monnet est guillotiné
Personnage capital de la lutte des canuts du XVIIIème siècle, et du mouvement ouvrier, Denis Monnet mérite d’être mieux connu, et pas seulement des Lyonnais... A Lyon, pas une seule place, pas une seule rue, pas une seule école ne porte son nom, ni de même dans d’autres localités de l’agglomération lyonnaise !
Cette exécution sommaire à Lyon est dûe à l’erreur parisienne. Où mène le jacobinisme parisien, le centralisme, la rigueur soi-disant "révolutionnaire", le penser global sans connaître rien du local... sinon à de graves erreurs, à la fureur meurtrière, à Denis Monnet guillotiné !
... https://rebellyon.info/Le-27-novembre-1 ... ueux-canut
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede bipbip » 15 Déc 2016, 16:02

Babeuf, l’égalitaire infatigable

François Noël (Gracchus) Babeuf est né le 23 novembre 1760, en Picardie. Aîné de treize enfants, le jeune François, qui aime l’écriture, entre à 19 ans au service d’un notaire. Babeuf devient ensuite feudiste, c’est-à-dire juriste plus ou moins arpenteur. Travailleur infatigable, il est cependant victime de la spontanéité propre à l’autodidacte qui veut avaler le monde : ses affaires périclitent en 1787, des commandes restant impayées le font, peu à peu, glisser vers la misère.

Survient l’événement qui changea sa vie, la Grande Révolution (selon l’expression de Kropotkine). Il arrive à Paris le 17 juillet 1789, voit les foules en liesse, voit aussi la tête de Foulon, contrôleur des finances, se balancer sur une pique. Il tire de ces premières journées un sentiment partagé entre joie et douleur : « Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. » Bien que partisan de la Montagne, il critique fortement la Terreur : c’est un visionnaire sur l’action funeste qu’elle exerça en Vendée, en 1793. Son libelle De la dépopulation, resté longtemps oublié, dénonce les inutiles massacres (voir Michel Perraudeau, Vendée 93, Vendée plébéienne, éditions libertaires). En 1794, Babeuf publie Le Tribun du peuple, devenant un opposant qui n’a de cesse qu’advienne la collectivisation des terres et la « parfaite égalité ». Il entre en clandestinité, avec Sylvain Maréchal et quelques autres, dans le but de poursuivre la Révolution. En mai 1796, il est arrêté sur dénonciation. Son procès est une mascarade. Il meurt guillotiné en 1797.

Les leçons de Babeuf sont nombreuses. Pour lui, la révolution n’a pas besoin de violence. Il appelle de ses vœux une « insurrection pacifique », précédant les positions de Bellegarrigue, durant les journées de 1848, en France, ou de Thoreau puis Voltairine de Cleyre, aux États-Unis.

Pour Babeuf, chacun doit déployer son énergie à bâtir des solidarités. Il cite une caisse nationale pour la subsistance des pauvres, « un plan d’éducation nationale » au profit de tous, etc.

Il s’oppose à la censure frappant dès l’automne 1789 la liberté de la presse. Selon Gracchus, un gouvernement qui interdit une publication glisse sur la pente autoritaire.

Il demande en permanence des comptes aux élus, aux puissants, aux élites. Son souci d’égalitarisme ne peut concevoir une classe dirigeante… et donc une classe dirigée.

Bien que récupérées sans vergogne par Marx et certains marxistes, les causes défendues par Babeuf relèvent de l’anti-autoritarisme des libertaires. Gracchus est précurseur de l’anarchie.

Les Éditions libertaires, dont le catalogue est aujourd’hui l’un des plus foisonnants, ont eu l’idée judicieuse de publier cet ouvrage qui rend justice à un authentique révolutionnaire.
Le livre est impeccablement imprimé et la couverture particulièrement réussie. Le titre, Gracchus Babeuf, est suivi d’un sous-titre malicieux : Biographie non autorisée. L’auteur, Thierry Guilabert, brosse avec justesse le tableau de la période, dans un style riche et vivant. La bibliographie est particulièrement fournie. De fait, le lecteur est bluffé par l’érudition de l’auteur. Son Babeuf, qui fait suite à un magistral Meslier (même éditeur), deviendra, assurément, un livre de référence.

Dan Beaulieu

http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... gable.html
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede Lila » 26 Déc 2016, 20:04

1791 : Des citoyennes révolutionnaires

La révolution française n’a pas apporté de changement significatif pour la condition des femmes, malgré le fait que de nombreuses femmes se soient investies dans ce processus révolutionnaire. Des femmes, à l’image d’Olympe de Gouge et de bien d’autres, ont néanmoins tenté de faire avancer la cause des femmes dans un contexte politique dominé par les hommes de la bourgeoisie.

Sous l’Ancien régime, les femmes n’avaient pas accès à la majorité juridique, elles passaient de la tutelle du père à celle du mari. Leur place était cantonnée à la sphère privée, aujourd’hui encore lieu privilégié de la domination masculine. L’idée de « sexe faible » ou « inférieur » était largement acceptée, ancrée même. La plupart d’entre elles étaient privées d’éducation, beaucoup des femmes du peuple travaillaient, mais beaucoup d’autres abandonnées par leur mari ou leurrés par des séducteurs, se retrouvaient dans la misère.

A l’automne 1791, date de la signature de la constitution par Louis XVI, des possibilités pour un changement en profondeur semblent s’ouvrir, et suscitent l’enthousiasme de nombreux hommes et de nombreuses femmes. C’est dans ce contexte qu’Olympe de Gouge rédige La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, vraisemblablement entre les 10 et 13 septembre 1791.

Cette brochure est certainement une des expressions théoriques du féminisme les plus abouties, parmi les multiples écrits de femme, parus entre 1789 et 1790. Elle pose l’égalité des droits entre les hommes et les femmes : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit », elle exige la participation des femmes au suffrage universel (art. 6), et y associe leur participation effective à la vie politique : droit de regard sur le budget, obligation de participer aux dépenses publiques, accès aux fonctions officielles (art. 13, 14, 15). De même, l’auteur pointe de manière audacieuse l’oppression spécifique dont sont victimes les femmes, et accuse clairement la domination masculine. Art. 4 : « […] l’exercice des droits naturels de la femme n’a de borne que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison ». L’apostrophe n’en est pas moins claire « Homme, es-tu capable d’être juste ? […] Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? […] ». Le postambule quant à lui s’adresse aux femmes : « déployez toute l’énergie de votre caractère », elle y appelle son « sexe » à l’éveil et à la solidarité.

Olympe de Gouges, va ainsi beaucoup plus loin que beaucoup de ses paires, qui se limitaient souvent à réclamer une meilleure éducation et une amélioration des mœurs pour les femmes.

Pourtant ce texte lui attire plus d’ennemis qu’il n’a d’échos parmi la population féminine. Il y a deux raisons, au moins, à cela. Tout d’abord, elle n’a, en fait, aucune base féminine. Femme de lettre, elle est complètement étrangère au mouvement révolutionnaire qui se développe depuis 1789 [1]. Ses arguments essentialistes et la portée universaliste de son texte, ne prennent absolument pas en compte la réalité sociale de la plupart des femmes de son époque. Elle n’est pas non plus soutenue par les femmes de son statut, dont la condition bourgeoise comble manifestement le manque de liberté. Madame de Staël écrit par exemple dans De l’Allemagne : « On a raison d’exclure les femmes des affaires publiques et civiles. Rien n’est plus opposé à leur vocation naturelle que tout ce qui leur donnerait des rapports de rivalité avec les hommes. »

D’autre part, Olympe de Gouges est royaliste, sa Déclaration elle-même est adressée à la Reine. Obnubilée part l’instauration d’un utopique Etat de droit, elle s’oppose à la condamnation du Roi. Guillotinée en novembre 1793, pour ses positions politiques, son texte est ignoré par l’Assemblée et méconnu des militantes.

Des femmes organisées

Durant la Période 1790-1791, un grand nombre de Clubs ou Sociétés de femmes furent créés, particulièrement en province. Ces clubs sont organisés de la même manière que ceux des hommes : règlement, présidente, secrétaire et autres bureaux. Des correspondances entre différents groupes (par exemple, Ruffec-Bordeaux) sont établies, un projet de « Confédération nationale des femmes françaises patriotes » fut proposé à Dijon et à Cusset en Septembre 1792. S’ils sont dans les premiers temps composés en majorité de femmes issues de la bourgeoisie, leur population tend à se diversifier, et leur position à se radicaliser, en même temps que le mouvement révolutionnaire dans le courant de l’année 1792.

La revendication des droits par les révolutionnaires

A Paris, le poids des clubs masculins, comme ceux des Cordeliers ou des Jacobins, où les femmes ne peuvent qu’ « assister » de la tribune, a certainement du freiner le développement de club féminin. C’est dans une société mixte crée par l’instituteur Dansard, et qui en 1791 prenait le nom de Société Fraternelle des Patriotes des deux Sexes Défenseurs de la Constitution, que se retrouvent beaucoup de militantes « marquantes » comme Claire Lacombe ou encore Pauline Léon. D’autres sociétés mixtes voient le jour par la suite. L’égalité n’y est pas parfaite, mais la représentativité des femmes y est forte, et elles sont de réelles animatrices de ces sociétés. Les Patriotes des deux Sexes sont proches du club des Cordeliers, ils font campagne commune après la fuite du Roi le 22 juin 1792 pour l’abolition de la monarchie.

La vision qui voudrait distinguer d’une part une élite féminine, éclairée, consciente de sa condition et d’autre part, une masse de femmes, animée principalement par le souci de la subsistance et de la défense de la Nation est totalement erronée. Les « tricoteuses » ou les « enragées », bref les militantes révolutionnaires au travers de leur revendication tentent aussi de donner un sens au terme de « citoyenne ».

Pauline Léon, le 6 mars 1792, à la tête d’une délégation de femmes, présente une pétition signée par plus de 319 femmes. Celle-ci demande l’armement des femmes et leur organisation en garde nationale. Par delà la préoccupation patriotique – qu’il faut entendre dans un sens révolutionnaire, particulièrement pendant cette période où la guerre menace la Révolution – ces femmes tentent d’acquérir, par le devoir, un statut de citoyenne : la coopération au bien général doit les inclure dans le « souverain peuple ».

En 1793, après la chute des Girondins, des femmes réclament le droit de vote pour l’acceptation de la Constitution de l’an I. « Les droits de l’homme sont aussi les nôtres » affirment par exemple les Républicaines de Beaumont. La distinction entre citoyens actifs ou passifs a disparu depuis août 1792, avec la chute de la monarchie.

Pourtant, il n’a été fait aucun cas des femmes. Ce paradoxe entre droit naturel, donc susceptible de concerner tout être humain, et refus d’intégrer les femmes aux décisions collectives, frappe une poignée de députés. Le montagnard Charles Romme notamment, le 17 février 1793, définit à la Convention le corps social, et précise qu’en tous les individus « sans distinction de sexe » réside la souveraineté du peuple, et le droit de vote. Mais les arguments qui évitent la question du droit naturel, et posent la différence entre les sexes comme principe indépassable, l’emportent.

Un militantisme féminin et féministe ?

Par delà les clubs, la Révolution Française est le théâtre d’un véritable militantisme féminin. Loin d’être derrière, beaucoup de femmes poussent à la radicalité. Olympe de Gouges en représente le versant théorique, royaliste ; elle est politiquement en opposition avec la plupart des autres militantes.

Plusieurs degrés d’engagement et de participation des femmes se dégagent pendant la période révolutionnaire. Certaines retiennent l’attention, comme Pauline Léon, Claire Lacombe, Louise de Kéralio, etc. Elles cumulent participation aux journées révolutionnaires, proximité ou appartenance à la sans-culotterie féminine, adhésion aux sociétés ou clubs.

Parmi ces derniers, nous citerons le Clubs des Républicaines révolutionnaires (voire encadré), dont la radicalité a parfois dépassé celle des hommes. De nombreuses revendications sont mises en avant comme les prix fixes, l’institution du contrôle des prix, des mesures rigoureuses contre les usuriers et les agioteurs [2]. Il n’est pas étonnant que ces femmes aient effrayé les députés de la Convention, qui profitent d’une querelle dite des « cocardes », pour interdire les clubs féminins en octobre 1793. Un homme, le député Charlier, s’y oppose.

D’autres femmes, moins engagées, et peut-être un peu moins conscientes, participent aussi aux Assemblées, haranguent les foules, et tentent de convaincre voisines, collègues, mari.

C’est encore en masse que les femmes participent au mouvement révolutionnaire. Motivées par le manque de pain et autres denrées, et par l’espoir qu’a fait naître la révolution, elles imposent l’insurrection. Les journées du 5 et 6 octobre, durant lesquelles entre 4000 et 5000 femmes se rendent armées de fourche, pique et canon à Versailles pour ramener la famille royale à Paris, furent l’une des premières manifestations de ce type.

Six ans plus tard, le 1er Prairial an III (20 mai 1795), des femmes, après avoir passé plusieurs jours à appeler les hommes à l’action avec des termes provoquants : « les hommes sont des jean-foutre de n’aller pas à la Convention lui demander compte de nos grains », poussent à marcher sur la Convention. Cette journée est un échec pour les insurgés et insurgées. La Convention interdit le 1er Prairial au soir l’entrée des femmes dans ses tribunes ; le 4, elle interdit aux femmes d’assister aux assemblées politiques et de s’attrouper dans la rue au-delà de cinq.

Les femmes participant au mouvement révolutionnaire ont inscrit leur action dans l’histoire. Pourtant, elles ne bénéficient d’aucune reconnaissance politique, ou sociale. Elles doivent attendre près de deux siècles pour acquérir des droits politiques identiques à ceux des hommes. Encore aujourd’hui des femmes s’organisent pour imposer une égalité réelle entre hommes et femmes.

Marine (AL Montpellier)



LA SOCIÉTÉ DES RÉPUBLICAINES RÉVOLUTIONNAIRES

Le mouvement politique le plus avancé de la Révolution Française a été le courant des Enragés. Celui-ci est à la fois contre la propriété privée, et pour le gouvernement populaire, c’est-à-dire, la démocratie directe, par le biais des sections de sans-culotte. Il préfigure Gracchus Babeuf, le premier communiste moderne ainsi que le mouvement socialiste du XIXe siècle. Évidemment, ce mouvement sera réprimé en 1793 par la petite bourgeoisie radicale, c’est-à-dire les Jacobins.

Ce mouvement a aussi la particularité de comprendre une des premières expériences d’organisation féministe révolutionnaire à la base : la société des Républicaines révolutionnaires.

Les femmes parisiennes avaient pris une grande part aux émeutes contre la vie chère de février et de juin 1792. Dans la logique de ce mouvement, le 10 mai 1793, la société des Républicaines révolutionnaires fut fondée par une jeune artiste, Claire Lacombe. Celle-ci compta rapidement une centaine de membres. Les bases politiques sont celles des Enragés, c’est-à-dire l’abolition de la propriété privée, la réquisition des grains et la souveraineté populaire, mais aussi des bases propres à la Société. Celles-ci sont l’affirmation de l’égalité des droits entre hommes et femmes. De façon étonnamment moderne, une de ses matérialisations est le droit pour les femmes de porter le bonnet phrygien et le pantalon.

L’existence de cette société fut très brève et rapidement se confond avec celle de sa répression. Dès l’été 1793, les Enragés sont réprimés et emprisonnés car accusés d’être des agents de l’étranger.

Pour les femmes de la Société des républicaines révolutionnaires, les accusations seront pires. En plus d’êtres des agents de l’étranger, elles sont accusées de porter atteinte aux bonne mœurs par leur tenues « masculines » (bonnet rouget et pantalons). Les jacobins et les hébertistes répandirent la rumeur qu’elles voulaient imposer le port du pantalon à toutes les femmes.

Cet argument réussit à mobiliser les poissardes (marchandes) des Halles dont les intérêts économiques étaient mis en péril par les menaces de réquisition des républicaines révolutionnaires. Le 28 octobre 1793, plus de 6000 femmes en furie assiègent le local de la Société avant de l’envahir et d’interrompre la séance du club. Les membres de la Société tentèrent de se défendre devant la Commune de Paris et la Convention jacobine. Sous les huées des hommes présents, leur demande de protection fut rejetée.

A cette occasion, le rapporteur de l’Assemblée, Amar, déclara qu’il n’était « pas possible que les femmes exercent des droits politiques ». Ainsi fut dissoute une des sociétés révolutionnaires les plus intéressantes de la période, qui liait lutte des classes et libération féminine.

Matthijs (AL Montpellier)


[1] Seule femme à écrire l’histoire immédiate de la révolution, elle ne se préoccupe pourtant que de ce qui se produit dans l’Assemblée, parmi les décidants.

[2] Personne qui spéculait sur les assignats en gonflant ainsi l’inflation.


http://alternativelibertaire.org/?Les-f ... Revolution
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede bipbip » 01 Jan 2017, 18:58

L’abolition des privilèges : il paraît que c’était le 4 août 1789...

C’est dans le sillage de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 qu’aura lieu une certaine abolition des privilèges dans la nuit du 4 au 5 août 1789. Cette abolition sera votée par la toute nouvelle Assemblée Constituante.

... https://rebellyon.info/L-abolition-des- ... parait-que
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede Pïérô » 18 Jan 2017, 21:10

Poitiers, samedi 21 janvier 2017

présentation / discussion
Formes de la prise de parole populaire, 1789-1793

à 16h, Bibliothèque Libre & Populaire
Syndicats CNT 20 rue Blaise Pascal, 860000 Poitiers

Pour l'anniversaire de la mort de Louis XVI nous vous proposons une présentation / discussion sur un aspect bien particulier de la Révolution française : la prise de parole populaire et l'implication dans l'invention du politique à travers l'exemple de Châtellerault et des sociétés populaires^^

L'adhésion est gratuite pour les enfants, de 2 euros l'année pour les adultes et donne accès aux activités et à la bibliothèque !

https://www.facebook.com/events/1653894828244447/
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede bipbip » 22 Mar 2017, 09:45

Dimanche 26 mars 2017

Cycle de formations-débats sur la démocratie directe

La Révolution française (1789-1794)

de 15h à 18h, au local fédéral d’AL - 92 rue d’Aubervilliers (Paris 19e)

Nous parlerons des premières formes populaires modernes de démocratie, effacées de la mémoire collective par le mythe d’une « révolution bourgeoise ».

http://www.alternativelibertaire.org/?C ... -Paris-19e
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede Pïérô » 25 Mar 2017, 13:16

Paris dimanche 26 mars 2017

« La Révolution française »

Afin de respirer un peu dans cette période électorale où la politique semble se réduire au choix du prochain Président de la République, le collectif Alternative libertaire Paris Nord-Est organise un cycle de formations/débats sur la démocratie directe.

Nous avons choisi pour cela de rembobiner l'histoire et de revenir sur quelques moments qui ont servi de références.

La première de ces formations/débats aura lieu dimanche 26 mars de 15h à 18h
au local fédéral d'AL
92 rue d'Aubervilliers (Paris 19e)

Nous commencerons par une formation sur la Révolution française pour parler des premières formes populaires modernes de démocratie, effacées de la mémoire collective par le mythe d'une "Révolution bourgeoise".

L'objectif n'est pas de proposer une conférence encyclopédique sur la Révolution française mais plutôt de faire une présentation d'ensemble des faits pour apporter un éclairage sur notre projet politique aujourd'hui.

https://paris.demosphere.eu/rv/54182
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Re: Révolution bourgeoise & luttes de classe en France,1789-

Messagede bipbip » 29 Avr 2017, 16:50

1792 : La première Commune insurrectionnelle de Paris

La première Commune de Paris en 1792 est un des phénomènes les plus intéressants de la Révolution française, d’un point de vue libertaire. Elle fut l’institution qui permit aux sans-culottes de mener leur lutte pour ne pas laisser les gouvernements révolutionnaires successifs parler en leur nom . Si elle réussit à peser sur les orientations de la révolution, elle ne parvint toutefois pas à en prendre le contrôle…

Qualifier la Révolution française simplement de révolution bourgeoise est réducteur, et l’expérience de la Commune insurrectionnelle de 1792 nous l’indique, comme nous l’indiquent le rôle joué par la paysannerie ou l’existence d’une « extrême gauche » de la Révolution, avec les Enragés ou les babouvistes [1] actifs dans cette Commune. De par sa position centrale géographiquement, la Commune insurrectionnelle de Paris joue un rôle essentiel de double-pouvoir face à la Convention, de l’été 1792 à l’été 1794. D’ailleurs la durée de la Commune insurrectionnelle sera la même que celle de la Convention, qui naît à la faveur de l’insurrection du 10 août 1792.

La Commune de Paris existait en fait depuis la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. La bourgeoisie citadine avait alors institué cette nouvelle administration, dont Jean-Sylvain Bailly avait été le premier maire, et qui tenait ses séances à l’Hôtel de ville. La loi du 21 mai 1790 en avait fait un organisme régulier. Le comité général de la Commune de Paris était élu par les « citoyens actifs » – c’est-à-dire des bourgeois acquittant un impôt – admis dans les 48 sections de la capitale. La Commune disposait d’une force armée, la Garde nationale, qui lui permettait d’appliquer ses décisions par la force s’il le fallait.

Au cours du mois de juillet 1792, la gravité des événements allait cependant pousser les « sans-culottes » à investir d’autorité les assemblées de sections jusqu’ici réservées aux bourgeois. Chaque assemblée réunit alors 400 à 500 personnes tous les soirs. Le peuple entend reprendre en main une révolution qui semble ne plus se préoccuper de lui et transige avec un monarque qui a pourtant appelé les troupes autrichiennes et prussiennes au secours pour rétablir l’absolutisme. Le peuple de la capitale s’inquiète par ailleurs de la hausse des prix alimentaires et revendique des mesures comme le « maximum » sur les prix.

Cette agitation, mêlée à celle des jacobins qui ont peur de perdre leur pouvoir récemment acquis, aboutit à l’insurrection du 10 août 1792. Le roi et sa famille sont arrêtés, c’est le début de la Ire République. Mais les sans-culottes ne sont plus disposés à faire confiance à une assemblée bourgeoise. La Commune dépêche bientôt une délégation à la Législative qui n’a plus que pour quelques jours : « Le peuple qui nous envoie vers vous nous a chargés de vous déclarer qu’il vous investissait de nouveau de sa confiance, mais […] qu’il ne pouvait reconnaître, pour juger des mesures extraordinaires […], que le peuple français, votre souverain et le nôtre, réuni dans ses assemblées primaires. » [2] Bien décidée à dicter aux parlementaires la conduite à adopter, la Commune se constitue de fait en double pouvoir.

À la recherche d’une conscience de classe

À la faveur de l’insurrection du 10 août, une Commune insurrectionnelle prend donc la place de la Commune bourgeoise. Formée de 52 commissaires, elle est animée par le maire, Jérôme Pétion.
Les militantes et les militants de la Commune de Paris reflètent la sociologie de Paris : une ville artisanale et majoritairement ouvrière. Sur une population de 640 000 habitants, l’historien Frédéric Braesch dénombre 250 000 ouvrières et ouvriers, 50 000 artisans ainsi que 70 000 indigents, tous dotés de revenus modestes [3]. C’est ce public qui va composer la masse des sans-culottes, cette « presque classe » selon les mots de l’historien Albert Soboul, qui militent dans les sections de la Commune.

Ces militantes et ces militants se définissent comme faisant partie d’un même groupe social, « la sans-culotterie ». Ce groupe social est difficile à définir car il a à la fois des connotations sociologiques, politiques, économiques et culturelles. Il se définit en premier lieu par le port du pantalon, par opposition à la culotte aristocratique ou bourgeoise. Être sans-culotte implique de partager des normes et des valeurs opposées à ceux de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Cela veut dire s’opposer à la réaction, à l’aristocratie et s’engager pour la révolution et les valeurs d’égalité et liberté qui sont censées en être le corollaire. C’est enfin, pour finir, ne pas posséder de richesses et n’avoir que ses bras pour travailler. Gracchus Babeuf définira la sans-culotterie comme le groupe de celles et ceux qui n’ont rien, les « impropriétaires ».

On voit que la définition et le rôle politique de la sans-culotterie n’est pas sans préfigurer la figure du prolétariat dans sa définition marxiste. Lui aussi ne possède que ses bras pour travailler et lui aussi par cette position, a un rôle politique et des intérêts de classe bien particuliers.

Le caractère populaire de la Commune et les idées radicales qu’elles portent font de celle-ci l’organe - pour ne pas dire l’institution - des sans-culottes. Elle exprime, parfois confusément, des revendications qui préfigurent le socialisme révolutionnaire du XIXe siècle.

À la recherche d’un projet social

Loin de dépendre d’une faction parlementaire (jacobins, girondins ou autres), les sections développent des revendications, presque un programme qui lui est propre. Il n’est pas encore question de socialisme ni de mise en commun des moyens de production, mais les grandes revendications de la Commune vont constituer les bases de l’idéologie socialiste postérieure. Rappelons par ailleurs que l’un des premiers à formaliser ces idéaux cinq ans plus tard, Gracchus Babeuf, est militant des sections insurrectionnelles du premier au dernier jour.

La première revendication est l’égalité des jouissance : chacun a le droit de jouir également de la vie. Cette revendication a pour conséquence le partage de la subsistance, donc un accès égal à la nourriture, que permettra la loi du maximum. Elle aura aussi pour conséquence le partage des richesses, qui sera un mot d’ordre souvent repris. Le droit au travail est dans la même lignée de revendications. Il permet d’assurer la subsistance et une existence indépendante.

La seconde revendication porte sur le mode de gouvernement : les sans-culottes se réclament de la souveraineté populaire, c’est à dire la démocratie directe et les mandats révocables. Les sections, par leur caractère populaire, détiennent la légitimité et sont prêtes à l’imposer par les armes s’il le faut.

Vis-à-vis de la Convention, les sections fonctionnent comme un double pouvoir : le comité général de la commune centralise les délégués de section ; les comités civils et révolutionnaires appliquent les décisions des sections ; enfin les sections, lieux de discussion et de décision, sont le dispositif de base de la commune. Leur rôle de cercles de débat permet d’aboutir à des positions communes. C’est avant tout leur force militante qui permet à la Commune de devenir une force autonome.

Un rôle important

Ainsi organisée, la Commune commence par faire pression sur la Convention, poussant toutes les factions parlementaires à reprendre ses revendications (égalité, maximum…), et les contraignant, par la force, à les appliquer. Dans un premier temps, elle soutient les jacobins dans leur lutte contre les girondins, et fournit la foule et l’énergie nécessaire à leur éviction en mai 1793, pour l’application du maximum.

Le 10 mai 1793, le jacobin Robespierre est contraint d’exposer un projet d’« économie politique populaire » qui, limitant les droits illimités du commerce, introduit le droit à l’existence de chaque personne. Mais l’été 1793 est marqué par une grave crise du ravitaillement qui touche principalement les classes les plus pauvres de Paris, et les jacobins au pouvoir ne semblent pas pressés de répondre aux besoins du peuple. La Commune finit donc par se détacher d’eux au cours de la journée du 2 septembre 1793.

Elle envoie alors une adresse au pouvoir en exposant sa propre solution : l’instauration de deux maximums généraux des prix : celui des denrées de première nécessité et celui des matières premières. Elle propose également un maximum sur les fortunes, afin de faire disparaître la trop grande inégalité des niveaux de vie. Le même jour, on apprend que les royalistes ont livré Toulon aux Anglais. Il y a urgence, il faut réagir ! Le lendemain, les ouvrières et les ouvriers (maçons, charpentiers, serruriers…) de plusieurs sections se rassemblent pour appeler le peuple à prendre les armes. Les mesures drastiques ne peuvent plus attendre : il faut s’en prendre aux spéculateurs qui affament le peuple. Les jacobins lancent alors une politique dite de Terreur qui se justifie par les difficultés à faire appliquer les solutions promises depuis des mois. Les sections ne se doutent pas que le décret des suspects du 17 septembre 1793, qui vise initialement les royalistes et spéculateurs, se retournera bientôt contre elles.

Robespierre n’avait effectivement pas l’intention de partager le pouvoir avec cette masse populaire qu’il ne contrôlait pas. Or, lorsque la Commune insurrectionnelle lance sa campagne de déchristianisation, qui consiste à interdire purement et simplement la religion et à transformer les lieux de culte en espaces publics, elle s’aliène des pans entiers de la population, surtout rurale. La Commune affaiblie, l’habile Robespierre y voit l’occasion de la réprimer et de la museler. Elle est privée de son pouvoir exécutif entre décembre 1793 et février 1794. Elle décline alors rapidement, et la Convention finit par la supprimer après les jourées de Thermidor.

Un épisode oublié ?

La Commune de 1792, bien que relativement méconnue, a une importance fondamentale car elle est à l’origine de nombreuses pratiques des mouvements ouvriers et révolutionnaires, issues des expériences et du pragmatisme des classes populaires confrontées à une révolution qui se fait de plus en plus sans elles. Marx s’en est inspiré pour l’élaboration initiale de son concept de « dictature du prolétariat ». On le voit dans ses articles sur la Révolution française. Pour lui, la dictature du prolétariat, loin de se personnifier dans un parti d’avant-garde devait être l’expression de la force politique du prolétariat structuré dans des conseils démocratiques. L’Adresse à la commune de 1871 explique cette orientation.

Les pratiques de la Commune de 1792 sont à la source des aspects les plus libertaires du mouvement ouvrier européen. On les retrouvera dans la théorie anarchiste, de même que dans la conception conseilliste du pouvoir populaire. La notion de souveraineté populaire et ses conséquences que sont la démocratie directe et le mandat impératif seront des constantes de la plupart des révolutions, de 1848 à la Commune de Paris de 1871, des conseils ouvriers de 1917 à l’autogestion pratiquée en Catalogne en 1936.

Matthijs (AL Montpellier)


JACOBINS, SANS-CULOTTES ET ENRAGÉS

Législative : Régime de monarchie constitutionnelle qui dura de septembre 1791 à août 1792. Régime bourgeois - seuls les riches peuvent voter - et politiquement modéré, il ne survivra pas à la chute de la monarchie le 10 août 1792.

Convention : Assemblée gouvernante qui succède à la Législative. Talonnée par la Commune de Paris, elle se caractérise par sa radicalité, l’exécution du roi, la Terreur et le rôle important joué par les masses populaires (sans-culottes, paysannerie). Ses figures les plus connues sont Robespierre, Marat et Danton.

Jacobins : Club politique incarnant la fraction la plus radicalement révolutionnaire de la bourgeoisie, farouchement centralisatrice, et qui joue un rôle dirigeant sous la Convention. Ses membres les plus éminents sont Robespierre et Saint-Just. Bien que favorables à la propriété privée, les jacobins se résignent à une alliance avec les sans-culottes.

Girondins : Faction politique parlementaire incarnant la grande bourgeoisie modérément révolutionnaire. Elle est hostile à la loi du maximum et aux mesures égalitaires et est pour une décentralisation fédérale. Elle sera expulsée de la Convention à l’issue des journées insurrectionnelles du 31 mai au 2 juin 1793.

Enragés : Faction politique extraparlementaire qui mène l’agitation dans les sections de la Commune. Elle tient des positions expropriatrices et en faveur de la souveraineté populaire. Les Enragés sont éliminés par les jacobins à l’été 1793.

Loi du maximum : Revendication contre la famine. Elle consiste à imposer un prix maximum aux produits de première nécessité, par la terreur s’il le faut, aux marchands et spéculateurs. Ce sera une des revendications principales des sans-culottes.


RÉVOLUTION BOURGEOISE OU POPULAIRE ?

4 septembre 1791 : Louis XVI accepte la Constitution qui lui ôte le pouvoir législatif, au profit d’une Assemblée législative élue par les bourgeois.

Juillet 1792 : Les militantes et les militants sans-culottes investissent par la force les assemblées de section et prennent le contrôle de la Commune de Paris.

10 août 1792 : Journée insurrectionnelle qui met fin a la monarchie. Mise en place de la Convention nationale, gouvernement officiel de la Ire République, concurrencé par la Commune insurrectionnelle de Paris.

16 janvier 1793 : Exécution de Louis XVI, début de la guerre civile.

2 juin 1793 : Expulsion des girondins du Parlement, début de la période la plus radicale de la révolution.

2-3-4 septembre 1793 : La Commune impose le maximum à la Convention par la force, début de la Terreur.

17 septembre 1793 : Décret des suspects qui permet d’arrêter et de condamner rapidement tous les « ennemis de la révolution ».

Octobre-novembre 1793 : Campagne de déchristianisation initiée par la Commune.

Décembre 1793- Janvier 1794 : Série de décrets qui musellent la Commune et la vident de ses attributions.

27 et 28 juillet 1794 : Journées de Thermidor : fin de la Convention, chute de Robespierre, retour à une république entièrement sous la coupe bourgeoise.

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