Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’État

Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’État

Messagede bipbip » 25 Avr 2015, 15:50

Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’État

Avril 1915-février 1916 : 1,5 million d’Arméniens et Arméniennes sont déportés et exterminés par les autorités ottomanes dans une volonté explicite de faire disparaître cette communauté du territoire de l’empire. Cent ans plus tard, la diaspora arménienne ne peut toujours pas commémorer ce drame dans la dignité. Le combat pour la reconnaissance du génocide fait désormais partie intégrante de son histoire.

En 2014 le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan (aujourd’hui président de la République) présentait ses condoléances pour les « événements » de 1915, refusant toutefois la qualification de « génocide » et ne se positionnant pas clairement sur la notion de « massacre ».

Le geste était diplomatique, sûrement motivé par les enjeux économiques (la candidature à une entrée dans l’Union européenne), mais il semblait témoigner d’une conscience réelle de la signification des massacres de 1915. Il était cependant aussitôt contrebalancé par une provocation cynique : le choix du 24 avril 2015 pour commémorer la bataille de Gallipoli [1].

Or, le 24 avril est également la date hautement symbolique du début du génocide des Arméniens, en 1915.

Le racisme et le négationnisme en Turquie sont structurels et politiques. Moins de 10 % des Turcs reconnaissent aujourd’hui qu’il y a eu génocide [2]. Et pour cause. Dans une omission générale, les faits ne sont pas enseignés et sont même niés à l’école publique comme à l’Université.

En plus de cette éducation au négationnisme, l’État encourage le sentiment de haine raciale contre la population arménienne en subventionnant, dans la ville d’Iglir, un musée d’un prétendu « massacre des Turcs organisé par les Arméniens », qui expose des documents inventés de toutes pièces.

La volonté d’en finir avec la mémoire populaire arménienne et d’occulter cet épisode de l’histoire ottomane est donc confirmée. Ce négationnisme est la perpétuation du génocide, en ce sens qu’il est motivé par les mêmes raisons idéologiques qui conduisirent à l’extermination : l’homogénéisation culturelle et ethnique de la population, pour la conformer à l’idéal du fascisme panturquiste.

Paranoïa nationaliste

Côté judiciaire, nombre d’intellectuels et de militants turcs qui se sont exprimés pour la reconnaissance du génocide, ont connu la prison au nom de l’article 301 de la Constitution, emblème de la paranoïa nationaliste turque, qui interdit « l’insulte à l’identité turque » [3].

Les actes négationnistes et racistes persistent aussi fermement dans la société civile. On se souvient de l’assassinat, en 2007, du journaliste militant Hrant Dink, en plein jour dans une rue d’Istanbul par un jeune nationaliste turc. Plus récemment, on peut citer l’affaire Dogu Perinçek, un nationaliste turc qui a porté devant la Cour européenne des droits de l’homme son droit à la négation du génocide, qu’il qualifie de « mensonge impérialiste international », suggérant l’existence d’un complot contre la Turquie.

Il faut bien comprendre que la bataille sur l’emploi du terme « génocide », n’est pas que sémantique. Si l’État turc admettait qu’il y a eu génocide, cela signifierait – en plus de porter une responsabilité morale en contradiction avec l’idéologie dont il a hérité – devoir combattre le racisme structurel et promouvoir les droits des Arméniens en tant que communauté culturelle.

Et puis, surtout, cela signifierait réparer. Réparer, cela implique des dommages et intérêts, et la restitution des terres aux descendants des victimes [4]. Et cela, la Turquie, qui a construit un mausolée à Talaat Pacha (un des principaux commanditaires du génocide) ne le fera pas.

Une histoire actuelle

Sans en aucun cas se satisfaire de la situation, la sympathie de plus en plus large, en Turquie, pour la cause arménienne, est enthousiasmante. Mais le nombre de gens conscients reste généralement restreint à ceux et celles qui ont accès à la science historique et à la possibilité de formuler des critiques.

L’auteure de cet article est convaincue que l’impérialisme, le fascisme et le racisme qui s’entretiennent mutuellement en Turquie cèderont face au combat commun des peuples qui en sont victimes.

L’histoire du peuple arménien est encore actuelle pour lui-même, mais aussi pour d’autres peuples (comme l’exemple flagrant des Palestiniens). La compréhension de nos histoires respectives permet de saisir nos causes communes tout en gardant à l’esprit leurs spécificités. D’autres minorités, comme les Kurdes, les Grecs et les Syriaques sont toujours concernées par beaucoup de problématiques communes. C’est par le respect de chacun, dans sa particularité, qu’une réelle solidarité peut se construire, et empêcher à l’avenir ces rapports d’oppression qui sont si souvent fatals.

Némésis Atabekian (amie d’AL)


[1] Pendant la Première Guerre mondiale, la presqu’île de Gallipoli fut le théâtre d’affrontements meurtriers entre l’armée ottomane et le corps expéditionnaire franco-britannique

[2] D’après Le Monde du 23 avril 2015 http://abonnes.lemonde.fr/europe/articl ... uie&xtcr=4, un sondage réalisé à Istanbul à la fin de 2014 par le Centre d’études économiques et de politique étrangère a révélé que seules 9,1% des personnes interrogées aimeraient voir leurs dirigeants reconnaître le génocide, 23,5% considèrent que les Arméniens n’étaient pas les seules victimes et 21,3% estiment qu’il ne faut prendre aucune nouvelle initiative sur ce dossier. Un quart des personnes sollicitées n’ont pas souhaité répondre.

[3] « Turquie : Amnesty International réagit à l’usage de l’article 301 », sur le site du Comité de défense de la cause arménienne http://www.cdca.asso.fr/s/detail.php?r=9&id=377 (4/12/2005)

[4] L’Histoire, février 2015, page 50.

http://alternativelibertaire.org/?Genoc ... -un-siecle
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede Pïérô » 29 Avr 2015, 06:36

24 avril 1915, premier jour d’un génocide

Quand les policiers l’interpellent à son domicile, dans la nuit du 24 au 25 avril 1915, dans le quartier chrétien de Pera, à Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman, Khatchadour Maloumian, alias Agnouni, est loin d’imaginer qu’il fait partie d’une liste d’intellectuels arméniens arrêtés cette nuit-là pour les déporter vers Ankara.

Dirigeant politique arménien proche des autorités jeunes-turques, il a dîné la veille avec Talaat Pacha, le ministre de l’intérieur du gouvernement du Comité union et progrès (CUP), le parti au pouvoir depuis le putsch des Jeunes-Turcs, le 23 janvier 1913. Il croit donc à un malentendu. Il ne sait pas encore que la rafle de 250 personnalités arméniennes de la capitale fait partie d’un vaste plan d’extermination des Arméniens de l’Empire, décidé entre le 20 et le 25 mars 1915 à l’issue de plusieurs réunions du comité central du CUP.

... http://www.lemonde.fr/europe/article/20 ... lsfTzOl.99
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede Lila » 30 Avr 2015, 19:23

« Être arménien, en Turquie, c’était être invisible » Pinar Selek

Dans son dernier ouvrage, Parce qu’ils sont arméniens (Liana Levi), la sociologue, militante 
et romancière Pinar Selek interroge l’identité turque au prisme de l’« invisibilité » des Arméniens 
de Turquie et du déni, par l’État turc, de l’acte génocidaire de 1915. Un itinéraire intime, personnel 
et engagé qui questionne au sein de l’espace militant sa propre position.

à lire : http://www.humanite.fr/etre-armenien-en ... lek-572220
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 07 Mai 2015, 12:08

Génocide arménien : sur les pas de l’opération Némésis

[vidéo] On n’est jamais mieux servi que par soi-même. De 1920 à 1922, la Fédération révolutionnaire arménienne, de tendance socialiste, coordonna l’opération Némesis. Il s’agissait de traquer, puis d’exécuter les cerveaux du génocide qui avaient trouvé refuge en Allemagne, en Italie ou en Géorgie.

De jeunes militants dévoués, armés de révolvers, s’acquittèrent de cette mission.

Au total huit hauts responsables ottomans et trois traîtres arméniens subirent cette justice directe.

... http://www.alternativelibertaire.org/?G ... s-pas-de-l
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede Pïérô » 08 Mai 2015, 11:08

Lyon samedi 9 mai

Conférence-concert pour les 100 ans du génocide arménien

Dès 18h, le samedi 9 mai, la CGA-Lyon organise à la Plume Noire, 8 rue Diderot, une conférence sur les 100 ans du génocide arménien suivi de concerts de musique traditionelle arménienne.

Conférence : avec Yeriche Gorizian, ancien porte-parole national de la FRA (Fédération Révolutionnaire Arménienne) Nor Seround

Concerts :
- Interprétation musicale de duduk par Chris Begot
- Musique traditionelle arménienne avec Zartonk

Entrée libre / Prix libre


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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 06 Juil 2015, 10:34

En 1915 : Le nationalisme comme fabrique d’une identité meurtrière

Le génocide des Arméniens et Arméniennes est admis comme le premier du XXe siècle [2] . Bien que ce fait soit internationalement connu, le contexte dans lequel il s’est déroulé l’est moins du grand public. C’est le cas en France, où jusqu’aux années 2000, il était à peine mentionné dans les programmes d’histoire. Les événements et publications du centenaire devraient en partie y remédier.

Le génocide des Arméniens a longtemps été un fait plus ou moins occulté par les historiens de la Première Guerre mondiale, parce que noyé dans une histoire très européocentrée. Le négationnisme des gouvernements turcs successifs et les pressions tant nationales qu’internationales des autorités turques ont également joué contre la vérité historique. Cette difficulté à imposer auprès du grand public la réalité du génocide arménien n’est toutefois pas quelque chose d’unique.

Ainsi la communauté juive et les historiens travaillant sur le génocide juif ont été confronté-e-s à de semblables difficultés jusque dans les années 1970.

1,5 million de morts en trois ans

Pour faire émerger cette histoire si difficile à dire et à écrire, il a fallu l’acharnement de la diaspora arménienne pour sauvegarder sa mémoire. La multiplication des travaux d’historiens a également joué un rôle important.

Mais au-delà de l’abondance de la production historique, il faut aussi souligner le rôle de l’évolution du regard des historiens sur la Première Guerre mondiale en particulier et sur les guerres en général. Ainsi on peut voir dans les travaux de ces vingt-cinq dernières années un plus grand intérêt prêté au sort des civils, à la banalisation de la violence véhiculée par un nationalisme qui glorifie la guerre et à la « brutalisation des sociétés ».

Tous ces facteurs ont ainsi contribué à faire passer le génocide arménien d’une horreur noyée dans celles du premier conflit mondial à un fait majeur de cette même guerre.

Celui-ci est le fait du régime des Jeunes Turcs au pouvoir depuis 1908. Ce régime est porteur d’un projet nationaliste de turcisation de l’espace anatolien dès ses débuts. Il bascule dans une politique génocidaire dans un contexte de déroute des armées ottomanes particulièrement sensible à partir de janvier 1915.

Face à l’échec de l’offensive de l’armée ottomane opposée aux armées russes au Caucase, le gouvernement rend les soldats d’origine arménienne responsables de cette défaite. Certes le génocide des Arménien-ne-s n’est pas programmé au début de la guerre, et ce même si les persécutions et les massacres ont cours dès les années 1890. En revanche on peut dire que la guerre joue un rôle d’accélérateur de l’histoire.

Les revers militaires s’ajoutent à l’humiliante défaite subie lors des guerres balkaniques (1912-1913) à l’issue desquelles la tendance la plus radicale de la CUP (voir encadré) accède au pouvoir. L’Empire ottoman perd alors la plupart de ses territoires en Europe et ne conserve que la Thrace et Constantinople.

L’émancipation qui fait peur au pouvoir

Cette débâcle est vécue comme un traumatisme par les nationalistes turcs qui craignent que l’Anatolie orientale, où vivent d’importantes minorités (arménienne et kurde notamment) suivent une semblable évolution. Ils développent alors un discours paranoïaque et stigmatisent les minorités arménienne et grecque. Ils sont également influencés par les théories racistes ou encore le darwinisme social présents chez Haeckel, Le Bon et Gobineau qui contribuent à radicaliser leur discours.

Ainsi ce sont ces mêmes autorités nationalistes qui impulsent les campagnes de boycott des commerces grecs et arméniens à partir de 1912.

Les Arméniens ne sont donc pas la seule minorité vivant dans l’Empire ottoman et on peut se demander pourquoi elle est plus persécutée que les autres. A la différence des Grecs, les Arméniens ne peuvent compter sur le soutien d’aucun état protecteur. Ils et elles sont pointé-e-s comme un danger parce que vivant sur les marches de l’Empire et majoritairement influencé-e-s par des courants progressistes, libéraux et socialistes qui luttent pour une émancipation touchant aussi bien les Arméniens que les musulmans. Les Arméniens forment également une communauté dynamique qui prend part au développement économique et culturel. Le nationalisme arménien qui émerge dans les années 1890 et qui porte des revendications d’égalité des droits et d’autonomie entre en contradiction avec le nationalisme turc autoritaire et peu enclin à voir se développer un particularisme au sein des minorités de l’Empire.

Le nationalisme à l’œuvre

Pour autant Turcs et Arméniens n’évoluent pas dans des sphères étanches. Jusqu’en 1914, les Arméniens constituent une des composantes de la classe politique ottomane au sein de laquelle ils comptent des hauts fonctionnaires et des ministres. De même l’arrivée des Jeunes Turcs en 1908 est perçue avec espoir par les principaux partis nationalistes arméniens Hentchak et Dachnak.

Il y a donc une conjonction entre l’action de couches dirigeantes qui veulent unifier l’Empire ottoman en s’appuyant sur un discours nationaliste et ­raciste et un contexte international marqué par une succession de défaites militaires que le pouvoir unioniste veut conjurer par cette même idéologie afin de se maintenir aux commandes. Et c’est donc dans ce contexte que le pouvoir unioniste opte pour le processus génocidaire.

En janvier et février l’état-major ordonne le désarmement des soldats arméniens de la 3e armée et l’exécution de la plupart d’entre eux. Fin mars les dirigeants ottomans décident de vider les zones de peuplement historique arménien situées dans l’Est anatolien. La première phase du génocide commence à ce moment-là avec les marches de la mort qui partent de Cilicie et les massacres des hommes arméniens. Le 24 avril 1915, le pouvoir ottoman fait arrêter des centaines d’intellectuels, de politiques et de religieux arméniens dans plusieurs villes dont Constantinople.

Les marches de la mort et l’enfermement dans des camps de concentration se poursuivent pendant tout l’été et l’automne 1915. La seconde phase du génocide débute en février 1916 avec l’exécution des déportés dans les camps du désert syro-mésopotamien qui ont survécu. Les massacres se poursuivent jusqu’en 1918. A cela il faut ajouter les spoliations, les conversions forcées, l’éclatement des familles (avec notamment de nombreux enfants retirés à leurs parents et confiés à des familles turques). Il est à noter que le pouvoir ottoman implique la minorité kurde dans cette entreprise génocidaire.

Quatre foyers de résistance

Durant toute cette période, une résistance arménienne existe et s’exprime même si la communauté arménienne est profondément affaiblie et déstabilisée. Quatre foyers de résistance sont situés dans la partie occidentale de l’Arménie historique. Le plus connu est celui de Van où la population arménienne se révolte et tient tête aux troupes ottomanes jusqu’à l’arrivée de l’armée russe. Un cinquième est situé en Cilicie (ancienne Petite Arménie) du Musa Dagh [1] sur le littoral méditerranéen à moins de 100 km d’Alep. Assiégés pendant 53 jours et à cours de vivres comme de munitions, 4 000 Arméniens et Arméniennes sont évacué-e-s par la marine française.

Cette opération de sauvetage se distingue toutefois par son caractère exceptionnel. Pourtant les témoins des massacres – qui ne manquent pas, qu’ils soient allemands, états-uniens ou français – et les Arméniens eux et elles-mêmes s’efforcent d’alerter l’opinion internationale. Mais ils et elles doivent faire face à une redoutable indifférence du fait même du nationalisme qui prévaut dans chaque pays belligérant, qui pousse à ne considérer que ses combattants et secondairement sa population civile, et aussi par européocentrisme. De surcroît la mobilisation contre le massacre des Arméniens n’est pas considérée comme un but de guerre par les Alliés.

Le génocide sort de l’ombre

Cette chape de plomb se maintient après 1918. Et les procès que le nouveau gouvernement turc met en œuvre en 1919-1920 pour juger les principaux responsables du génocide s’apparentent à une parodie de justice. Pour autant ils ont le mérite de révéler des documents qui attestent de la réalité de ce même génocide.

Le combat pour la justice et la mémoire s’appuie alors pour l’essentiel sur les efforts de la diaspora arménienne dont certains membres issus des partis nationalistes arméniens se chargent d’exécuter les commanditaires du génocide en fuite en Allemagne, en Italie ou en Asie centrale.

Alors que tous les protagonistes du génocide sont décédés, le combat pour la mémoire se poursuit notamment contre les assassins de la mémoire que sont les négationnistes turcs. Il est toutefois heureux de voir que ces derniers sont sur la défensive et que sur cette question la société turque bouge de plus en plus depuis quelques années. Dans ce contexte la bataille pour l’ouverture des archives constitue un enjeu important. L’état turc s’y oppose pour raison de « sécurité nationale », car il craint que l’accès aux archives donne droit aux revendications de réparations et de récupération de biens mal acquis.

Laurent Esquerre (AL Paris-Nord-Est)

Pour aller plus loin, je ne peux que conseiller la lecture du numéro de la revue L’Histoire de février 2015 qui consacre un dossier au génocide arménien et répertorie nombre de travaux historiques récents.



QUELLE ÉTAIT L’IDÉOLOGIE DES CERVEAUX DU GÉNOCIDE ?

Le Comité Union et Progrès (CUP), qui domina la vie politique ottomane à partir de 1908, fut longtemps le sujet d’un malentendu. Et pour cause : il tenait un double discours systématique. À l’extérieur, il se présentait comme moderniste, laïc et démocrate – ce qui explique qu’il ait reçu, à ses débuts, le soutien des socialistes européens et même arméniens. À l’interne, il ne véhiculait au contraire que des discours sectaires, racistes et autoritaires.

Formé de jeunes officiers nationalistes, pour la plupart turcs des Balkans, ce CUP était le rejeton réactionnaire du mouvement réformateur dit des Jeunes-Turcs, opposé à l’absolutisme du sultan. S’y mêlaient diverses influences, parfois contradictoires, qui ne s’homogénéisèrent que progressivement :

– l’impérialisme ottoman, avec l’obsession de sauver un empire séculaire de la décadence ;

– un panislamisme, qui visait à unir les musulmans de l’empire (qu’ils soient turcs, kurdes, arabes, bulgares, albanais, tchétchènes…) pour maintenir le système de discriminations à l’encontre des « dhimmis » (juifs et chrétiens, qu’ils soient arabes, arméniens, grecs, bulgares…) ;

– le darwinisme social, qui postulait que la survie de chaque « race » dépendait de sa capacité à écraser les autres ;

– un nationalisme panturc, avec l’ambition de fonder un État-nation homogène dont l’Anatolie serait le cœur, et incluant l’Azerbaïdjan ;

– un fonctionnement de société secrète, sur le modèle des révolutionnaires serbes ou bulgares ;

– le militarisme, avec l’idée que l’armée était le levier essentiel du pouvoir, et la violence son instrument.

Au lieu de rompre avec la politique d’épuration ethnique du sultan, qui avait conduit aux massacres de 1894-1896, le CUP s’inscrivit donc dans ses pas, ambitionnant de purger le pays de l’« ennemi de l’intérieur » – Arméniens, Grecs et Assyro-Chaldéens. La Grande Guerre lui en fournit l’occasion.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)



DE LA « QUESTION ARMÉNIENNE » AU GÉNOCIDE

1878 Après la Grèce en 1830, l’Empire ottoman perd la Roumanie, la Serbie et la Bulgarie. L’Arménie, dernière importante région chrétienne de l’empire, commence à être perçue comme une menace.

1889 Fondation du mouvement des Jeunes Turcs, opposé à l’absolutisme du sultan.

1890 Début des persécutions systématiques en Arménie.

1894-1896 « Massacres hamidiens » : des pogroms encadrés par l’armée du sultan Abdülhamid II font 250 000 morts ; plusieurs dizaines de milliers converties de force ; 50 000 femmes et enfants réduits en esclavage ; 100 000 fuient à l’étranger. Le sultan fait cesser les massacres devant la menace d’une intervention militaire internationale.

1908 Coup d’État à Istanbul : le sultan est contraint d’accepter un gouvernement dominé par l’aile nationaliste des Jeunes-Turcs, le Comité Union et Progrès (CUP).

1909 Massacre d’Adana : le CUP révèle son vrai visage en orchestrant le massacre de 19 000 Arméniens.

1912-1913 La déroute ottomane dans la guerre des Balkans est attribuée à la « trahison » des soldats chrétiens.

Février 1914 :Le CUP commence à envisager l’extermination.

Novembre 1914 Entrée en guerre au côté de l’Allemagne.

Avril 1915-février 1916 Première phase du génocide : exécution de l’intelligentsia arménienne à Istanbul ; massacre des hommes mobilisés dans l’armée ; déportation des femmes et des enfants dans des « marches de la mort » vers des camps de concentration en Syrie. Bilan : 800 000 morts et 200 000 convertis et réduits en esclavage.

Février 1916-1918 Deuxième phase du génocide : les rescapés des « marches de la mort » sont exterminés dans le désert. Bilan : 400 000 morts.

Février 1918-octobre 1918 Troisième phase du génocide : à mesure que l’armée ottomane progresse dans le Caucase, les populations arméniennes y sont exterminées. Bilan : 150 000 morts.

1919-1920 Simulacre de procès des génocidaires par les autorités impériales cherchant à se dissocier du CUP aux yeux du monde.

1921-1922 Opération Némésis : des révolutionnaires arméniens exécutent, un à un, les chefs du CUP exilés en Europe.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)


[1] Le romancier Franz Werfel publie en 1932, un roman, Les Quarante Jours du Musa Dagh, qui évoque cet épisode de la résistance arménienne et compare le génocide arménien à l’idéologie nazie.

[2] Cette qualification n’est toutefois pas tout à fait exacte dans la mesure où nombre d’historien-ne-s estiment que le massacre des Héréros et des Namas à partir de 1904 par l’armée allemande en Namibie est un génocide. 80 % des Héréros ont péri dans la répression menée sous l’impulsion du colonel von Trotta qui agissait sur ordre et en vertu d’un programme d’extermination.

http://alternativelibertaire.org/?En-19 ... isme-comme
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 12 Juil 2015, 14:18

Pinar Selek, la Turquie généreuse
Pinar Selek est une Turque qui se bat contre les tabous de sa société, que ce soit sur la question des populations marginales, ou ethniques, ce qui lui a valu de graves problèmes et l'obligation de s'exiler en 2009. . A l'occasion d'une conférence à Digne avec la Ligue des Droits de l'Homme, le Collectif Vivre ensemble, et Radio Zinzine, elle nous parle du génocide arménien, dont la négation fonde le nationalisme turc, et de sa prise de conscience, que l'on peut lire dans un petit livre touchant : ''Parce qu'ils sont Arméniens''...
émission radio Zinzine à écouter : http://www.zinzine.domainepublic.net/in ... hp&id=3083
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede Pïérô » 13 Sep 2015, 12:39

Paris, 18 et 22 septembre 2015

Projection débat « Les chemins arides »

En partenariat avec Le Collectif du rêve commun, le Collectif VAN et ACORT.

En présence du réalisateur Arnaud Khayadjanian
• Séance du 18/09 à 20h: partenariat avec le Collectif VAN
• Séance du 22/09 à 20h: partenariat avec l'ACORT et le Collectif du rêve commun (représenté par Umit Metin)

Centre culturel, Cinéma La Clef, 34, rue Daubenton / 21, rue de La Clef, Paris 5e

'Les chemins arides' c'est l'histoire d'une marche à travers l'Anatolie. Arnaud Khayadjanian entame un périple en Turquie, sur la terre de ses ancêtres, rescapés du génocide arménien. À partir d'un tableau, de ses rencontres et de témoignages familiaux, il explore la situation méconnue des Justes, ces anonymes qui ont sauvé des vies en 1915.

Arnaud Khayadjanian
Arnaud Khayadjanian débute sa carrière en 2012 en réalisant «LES HORIZONS PERDUS», un court-métrage sélectionné et primé dans vingt-deux festivals internationaux. En 2014, il réalise «BAD GIRL» l'adaptation d'une pièce de théâtre, un court-métrage visionné 1 million de fois en VOD. Son premier film documentaire, «LES CHEMINS» ARIDES, sort en avril 2015.

http://paris.demosphere.eu/rv/41367
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 17 Sep 2015, 13:10

Biarritz, vendredi 18 septembre 2015

Conférence
"Turquie, négationnisme d'État"


par Erol ÖZKARAY, politologue, condamné pour avoir dénoncé le négationnisme d'État turc

à 18h, Maison des associations de Biarritz

Agur Arménie propose au public une conférence le vendredi 18 septembre à partir de 18h animée par Erol Oskoray. Le thème : Analyse du régime turc, le négationnisme d'état - » Pourquoi le génocide des Arméniens est-il toujours un tabou ? »
De nationalité turque, Erol Ôskoray, correspondant en Turquie de l'AFP, premier intellectuel à défier l'armée turque et le Président Erdogan dans plusieurs articles, il a été de nombreuses fois poursuivi par la justice turque; il vient de trouver asile en Suède. Renseignements : Agur Arménie

http://pays-basque.demosphere.eu/rv/373
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede Pïérô » 20 Nov 2015, 11:23

Bordeaux, samedi 21 novembre 2015

"La littérature, un acte politique"....

...rencontre avec Pinar Selek, autour notamment de son dernier livre "Parce qu'ils sont arméniens" aux éditions Liana Levi.

à 18h à l'Athenée Libertaire, 7 rue du Muguet, Bordeaux
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 30 Juil 2016, 03:16

Le génocide arménien et ses vies ultérieures

L’arrestation et l’exécution des élites intellectuelles arméniennes d’Istanbul dans la nuit du 24 au 25 avril 1915 marquent le début du génocide. En quelques mois, les deux tiers des Arméniens de l’Empire ottoman, soit environ un million trois cent mille personnes, disparaissent. Depuis cent ans, toutes les minorités de Turquie payent le prix de l’impunité et des dénégations de l’Etat.

... https://www.monde-diplomatique.fr/2015/ ... RIAN/52845
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 02 Aoû 2016, 00:43

Génocide arménien il y a 101 ans : le devoir de mémoire contre tous les nationalismes !

Génocide arménien il y a 101 ans : le devoir de mémoire contre tous les nationalismes !

C’est le 24 avril 2006 qu’un mémorial a été inauguré à Lyon, place Antonin Poncet sur la Presqu’Ile. Des manifestations violentes de nationalistes turcs avaient eu lieu quelques semaines auparavant, des élu-e-s de l’UMP avaient essayé de s’opposer à ce projet de mémorial.

Le samedi 24 avril 1915, à Istanbul, capitale de l’empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C’est le début d’un génocide, le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 million de victimes dans la population arménienne de l’empire turc.

C’est le lent démantèlement de l’Empire Ottoman qui mena au pouvoir les fractions politiques les plus virulentes contre les minorités qui composent cette région immense à la fin du XIXe siècle. C’est au nom d’une idéologie raciste que furent menées deux vagues successives d’attaques violentes contre les arméniens qui peuplent cette région : tout d’abord entre 1894 et 1896, puis lors de la Grande Guerre de 1914-1918.

Personne ne conteste ces massacres qui ont fait près d’un million et demi de morts faisant ainsi disparaître deux tiers de la population arménienne de l’Empire Ottoman. La contestation qui a encore cours aujourd’hui consiste à nier la planification et l’objectif d’éliminer tous les Arméniens (le génocide), et il existe aussi un désaccord sur le nombre des victimes. Pourtant beaucoup d’historiens et de centres d’histoire ont rassemblé nombre d’archives du gouvernement turc et des instances consulaires, en particulier des écrits du ministre de l’Intérieur Talaat Pacha (assassiné à Berlin le 16 mars 1921 par un jeune Arménien) qui écrivit par télégramme durant la première guerre mondiale : « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici » ou encore : « Il a été précédemment communiqué que le gouvernement a décidé d’exterminer entièrement les Arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s’opposeront à cet ordre ne pourront plus faire partie de l’administration. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, si tragiques que puissent être les moyens d’extermination, sans écouter les sentiments de la conscience, il faut mettre fin à leur existence ».

Le gouvernement turc fut l’allié des Allemands et des Autrichiens lors de cette guerre, certains affirment même que le régime nazi, quelques années plus tard, s’inspira des méthodes du gouvernement turc : élimination de la classe possédante, des intellectuels, spoliation des biens, travail forcé pour les hommes et déportation des femmes et des enfants avec son lot d’assassinats massifs. Il est important également de dire qu’en 1924, le gouvernement turc tente de parachever son œuvre de purification en expulsant les derniers grecs présents à Istanbul. Le nationalisme cultivé par Mustafa Kémal a encore de nombreux fidèles aujourd’hui.

A Lyon, le samedi 18 mars 2006, une manifestation des associations culturelles turques de la région a rapidement dégénéré, tant il y avait de véhémence et de violence de la part de bon nombre de manifestants, ceux qui se réclament de Talaat Pacha par exemple, les jeunes turcs ; ils voulaient en découdre avec d’autres manifestants venus s’opposer à cette manifestation. On a pu lire des slogans racistes niant le génocide, on a pu voir le vrai visage de cette mobilisation : la haine. Cette manifestation fut pourtant autorisée par le préfet, malgré la demande insistante de beaucoup d’Arméniens de la région et de responsables politiques de l’interdire. Le préfet reconnaît tout de même aujourd’hui son erreur. Néanmoins, ce jour-là des personnes sont inculpées, et non parmi les racistes, et tout cela à cause de cette faute lourde du préfet...


https://rebellyon.info/Genocide-armenien-le-devoir-de
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Re: Génocide des Arméniens : un siècle de négationnisme d’Ét

Messagede bipbip » 15 Oct 2017, 14:19

La cause arménienne en procès : deux étudiants sur le banc des accusés

Il y a 102 ans, la Turquie se rendait coupable du génocide des Arméniens. Ces crimes sont, à ce jour, restés impunis. Aujourd’hui, deux militants français d’origine arménienne réclamant justice, sont poursuivis par la justice française.

Soyons nombreu.x.ses le 17 octobre 2017 à 13h devant le Tribunal de Nanterre pour les soutenir lors de leur procès !
179-191 avenue Joliot-Curie, RER A Nanterre Préfecture

Qu’ont-ils fait pour mériter cela ?

Les faits qui leur sont reprochés sont, pour l’un, d’avoir lancé de l’eau colorée en rouge sur l’ambassadeur de Turquie en mars 2015 et, pour l’autre, d’avoir diffusé la scène sur les réseaux sociaux. Après 48 heures de garde à vue, ces militants seront jugés le 17 octobre 2017 pour « violences volontaires avec préméditation ou guet apens ».

Si la « violence » que représente ce jet d’eau n’est que symbolique, la violence de l’État turc est, elle, tout à fait réelle. En 1915, l’Etat turc a planifié et mis en œuvre l’extermination d’un million cinq cent mille Arméniens, soit le tiers de la population arménienne vivant sur son territoire. Le génocide des Arméniens s’est accompagné d’une politique de spoliation des biens des victimes, puis d’une destruction, en voie de parachèvement aujourd’hui, des lieux de vie collective, du patrimoine et de la culture des Arméniens de Turquie. Ces crimes sont restés jusqu’à nos jours sans châtiment. Nous le disons aujourd’hui : la violence est du côté de l’État turc.

Ce sont pourtant les militants de la cause arménienne qui sont poursuivis en France alors que, rappelons-le, l’État turc, commanditaire des assassinats de trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan, et Leyla Saylemez à Paris en 2013 n’a jamais été inquiété. Cela pendant que la République Française continue d’entretenir des liens commerciaux et diplomatiques forts avec la Turquie, sans jamais mettre en question ni la responsabilité de ce dernier dans le génocide des Arméniens de 1915, ni dans sa politique pénale actuelle.

Au lieu de poursuivre des militants de la cause arménienne sur son sol, la France doit cesser d’encourager les agissements intolérables de cet État criminel.

Le geste symbolique de ces deux étudiants a eu lieu dans une Université française, lieu qui ne peut laisser place aux falsificateurs de l’Histoire. Cette démarche dénonciatrice doit briser le mur du silence qui est imposé aux citoyens de Turquie, et aux Arméniens du monde. En effet, le négationnisme de l’État turc ne se manifeste que là où se trouvent les Arméniens, comme si le bourreau d’il y a un siècle voulait finir son œuvre en réduisant à néant ou en décrédibilisant la voix portée par ceux qui luttent pour la vérité.
Ce geste est un signal d’alerte dénonçant les vagues de répressions féroces touchant tous les milieux de la société turque. Étudiants, syndicalistes, journalistes, avocats,universitaires, humanistes et opposants au régime, soit tous ceux qui portent en eux l’espoir d’une société démocratique et plus juste sont aujourd’hui plus que jamais les cibles de l’État turc.

Ce geste est le reflet de l’exaspération d’une génération face aux refus systématiques de l’État turc de faire face à son histoire et de réparer les crimes qu’il a commis et qu’il perpétue. Il mène en effet d’une main de fer une politique d’apartheid à l’encontre des populations arméniennes, kurdes, et alévies. Ces menaces, agressions, et emprisonnements quotidiens sont intolérables, la ville de Diyarbakir est en état de siège depuis plus d’un an, entourée par des véhicules blindés et la destruction de son centre historique, et d’une partie importante de la ville, par les forces armées turques s’accompagne par l’exécution de toute personne se trouvant sur leur passage sans distinction. Les populations sont prises au piège d’un conflit dont le seul initiateur est le président Erdogan. L’impunité étant mère du crime et de nouvelles impunités, celle de l’État turc pour ses crimes passés encourage ses exactions présentes.

En Turquie, aujourd’hui plus de 200 écrivains sont en prison et des centaines d’étudiants ont subi le même sort ; nous ne les oublions pas. Hrant Dink journaliste turc d’origine arménienne a été assassiné il y a 10 ans, victime du nationalisme turc, pour avoir milité pour la reconnaissance du génocide des Arméniens. Selahattin Demirtaş, coprésident du Parti Démocratique des Peuples, HDP, troisième parti au sein de l’Assemblée nationale turque, est placé depuis le mois de novembre en détention préventive : il représentait la voix du seul contre pouvoir ayant la capacité de s’opposer au président Erdogan et à la menace qu’il représente pour les droits des peuples vivant en Turquie. Ayse Acinikli et Ramazan Demir, avocats et défenseurs des libertés, ont été emprisonnés pour avoir exercé leur profession, ce qui leur a valu la qualification de « terroriste ». Comme d’autres magistrats, avocats, syndicalistes, journalistes, académiciens de Turquie, victimes d’une instrumentalisation de la justice de leur pays, ils sont encore poursuivis aujourd’hui. Garo Paylan député du HDP, s’est vu exclure du Parlement pour avoir « osé » prononcer le mot « génocide » concernant les Arméniens.

Alors que ces deux militants seront jugés pour avoir défendu une cause juste, devant un homme dont la fonction l’amenait à nier un crime de masse commis contre les Arméniens, et réaffirmer leur solidarité envers ceux qui luttent pour leurs droits en Turquie, il est plus que jamais nécessaire de rappeler qu’il ne faut pas céder à l’intimidation des Etats et que seule la résistance face à la répression fera notre force.

Faisons de ce procès, le symbole du combat de deux Français d’origine arménienne, descendants des victimes du génocide et qui aujourd’hui réclament justice face à un État négationniste. Souhaitons que le 17 octobre 2017 soit une date forte dans la cause arménienne ainsi que dans celle de tous les peuples opprimés.

Pour cela soyons nombreu.x.ses le 17 octobre 2017 à 13h devant le Tribunal de Nanterre pour les soutenir lors de leur procès !
179-191 avenue Joliot-Curie, RER A Nanterre Préfecture

Collectif de soutien aux militants arméniens jugés à Paris (Facebook https://www.facebook.com/Collectif-de-s ... 523145880/)

Cagnotte en ligne pour financer les frais d’avocats
https://www.helloasso.com/associations/ ... mulaires/1

Signataires : Karnig Asfahani, militant des Droits Humains au Liban ; Maxime Azadi, journaliste Firat News Agency ; Éric Bakerdjian président de la LDH Paris 9ème ; Nacira Guénif, sociologue, université Paris 8 ; Ayşe Gunaysu, militante des Droits de l’Homme en Turquie, ancienne présidente de l’IDH Turquie ; Apo Jabarian, directeur et rédacteur en chef du journal USA Armenian Life ; Bernard Jouanneau, avocat ; Hayk Konjoryan, journaliste politique et militant en Arménie ; Vilma Kouyoumdjian, journaliste ; Varteni Mosditchian, artiste / peintre ; Doğan Özguden, journaliste et fondateur Info Türk ; Serge Tavitian, avocat ; Arsène Tchakarian, ancien résistant du groupe Manouchian ; Hilda Tchoboian, présidente du centre Covcas ; Pierre Tevanian, enseignant, auteur, co-animateur du collectif Les mots sont importants ; Sylvie Tissot, sociologue, co-animatrice du collectif Les mots sont importants ; Mathieu Zeitindjioglou, réalisateur et cinéaste.
Agir pour l’égalité - SOS racisme Rhône ; Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône-Alpes ; Association DiasporArt ; Association des Droits de l’Homme de La Sorbonne ; ATIK - YDG France -Nouvelle jeunesse démocratique ; Charjoum- le mouvement ; CGT-Hotel de Prestige et Économique (CGT-HPE) ; Collectif de soutien à Pinar Selek Lyon ; Collectif de soutien aux militants arméniens jugés à Paris ; Collectif Les mots sont importants ; Comité de soutien français à Nor Zartonk ; Commission contre le racisme et les discriminations de l’Institut des Droits de L’Homme en Turquie ; COPEA ; Da – connexion ; Ensemble ! ; Fédération Solidaires étudiant-e-s, syndicats de luttes ; Juives et juifs révolutionnaires ; NPA Paris 8 ; Nor Zartonk / Europe ; Renaissance Arménienne Paris ; Solidaires étudiant-e-s Paris 8 ; Union des Etudiants Communistes Paris 8 ; Union des Étudiants Kurdes de France, UEKF ; Unión Juventud Armenia de Sudamerica (AYF Amérique du Sud) ; Union locale CGT de paris 8ème arrondissement.

http://paris-luttes.info/la-cause-armen ... -deux-8408
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