Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Lila » 15 Avr 2018, 18:32

Connaissez-vous Voltairine de Cleyre ?

Anarchiste et féministe, la trop peu connue Voltairine de Cleyre a pensé la transformation de la société par la prise en compte des femmes.

Connaissez-vous Voltairine de Cleyre ? Ce sont les éditions LUX qui nous permettent de la découvrir avec ce recueil de textes, réunis sous le titre de Ecrits d’une insoumise… Rien à voir, je le précise, avec le parti des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon : Voltairine de Cleyre, née en 1866 dans le Michigan, et disparue en 1912, à Chicago, était une poétesse et essayiste, pionnière du féminisme, son grand parti à elle, c’était l’anarchisme !

Pour Voltairine de Cleyre, tout commence en mai 1886, avec la pendaison, à tort, de 5 anarchistes, à Chicago, ce qui en fera des martyrs. Après moult recherches et rencontres avec des anarchistes, elle le devient ainsi à son tour en 1888. Mais, en cette fin de XIXème siècle, ces revendications en croisent une autre : celle du féminisme qui réclame le droit de vote pour la femme.

C’est donc tout naturellement qu’en devenant anarchiste, Voltairine de Cleyre devient aussi féministe… enfin, « tout naturellement »…, si je vous parle de Voltairine de Cleyre, ce n’est pas seulement pour vous la faire découvrir, mais aussi pour questionner ce rapport entre anarchisme et féminisme. Est-il si évident et naturel ? On pourrait dire que le principe anarchiste d’autogestion suppose un féminisme avec la reconnaissance d’un statut juridique égal à celui de l’homme.

Mais ce qui est intéressant, c’est aussi d’interroger le lien entre la prise en compte d’une partie de la société avec sa réorganisation totale : comment la transformation totale de la société (que veut l’anarchisme) pourrait-elle passer par la prise en compte d’une de ses parties (femmes ou autre) ?

Une centaine d’écrits (poèmes, nouvelles, conférences, essais, traductions et recensions) dont on découvre des extraits ici, mais aussi des actions, des rencontres, des manifestations, l’engagement « anarcha-féministe » de Voltairine de Cleyre n’a jamais faibli, et chaque événement politique en a été l’occasion, qu’il s’agisse de l’assassinat anarchiste du Président McKinley en 1901, de l’institution pénale qui enferme les individus, ou de la révolution mexicaine de 1911 qui la passionne…

Et à chaque fois, se trouve travaillée cette relation politique de la partie au tout, mais comment ? A la lecture des textes qui nous sont donnés ici, on pourrait souligner deux choses : et la 1ère, c’est celle-ci : la condamnation de l’empressement avec lequel l’opinion publique, le tout, prend parti et se conduit uniformément. Dans « Pourquoi je suis anarchiste », elle dit ainsi très bien comment elle avait, je cite, elle, « une grande soif de se libérer » des conventions vestimentaires et langagières, des us et coutumes ».

Le mariage est une mauvaise action, L’esclavage sexuel, Pourquoi je suis anarchiste… voici quelques-uns des Ecrits de ce recueil, où tous mêlent citation de poète, critique des conventions et prise de parole à la 1ère personne. Et cet usage du « je », c’est la 2ème chose qui frappe quand on lit les textes de Voltairine de Cleyre : elle dit tout en son nom, soit la revendication de la partie, individuelle, face au tout qui dérive...

Mais comment ne pas voir, à travers cette condamnation de la masse et cette valorisation individuelle, une lutte entre le tout et la partie, entre la société et l’individu, la majorité et les minorités ? Il faut le dire : Voltairine de Cleyre n’a que faire de cette opposition, elle soutient coûte que coûte l’individu, mais, en revanche, ce qui l’intéresse, c’est la transformation, encore, de cet individu, de ses idées, ce qui permettra (peut-être) ensuite, un à un, la transformation du tout.

A écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... e=Facebook
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 02 Mai 2018, 13:18

Présentation-débat : Errico Malatesta

Ce jeudi 3 mai, à Quilombo, Présentation-débat de « Errico Malatesta » en présence de l’auteur Vittorio Giacopini, du traducteur Serge Quadruppani et de l’équipe des éditions Lux, Alexandre Sanchez et Marie-Eve Lamy // dès 20h dans la librairie (23 rue Voltaire Paris XIe, m° Rue des Boulets ou Nation).

Image

ERRICO MALATESTA - Vie du révolutionnaire redouté de tous les gouvernements et polices du royaume d’Italie

Rome, 10 novembre 1931. Condamné aux arrêts domiciliaires, une bonbonne d’oxygène en guise de boulet et surveillé en permanence par deux sbires de Mussolini, Errico Malatesta, octogénaire et malade, se remémore sa vie, sans nostalgie ni regrets. Au cours d’une journée ponctuée par le tic tac de l’horloge, celui qu’on a surnommé bien malgré lui le « Lénine d’Italie » se souvient : la rencontre avec Bakounine dans le Jura, l’insurrection manquée du Matese, l’exil à Paris puis à Londres, l’aventure en Argentine, les soulèvements massifs du biennio rosso. Soixante ans d’anarchie entremêlés à l’histoire d’Italie et à celle du mouvement ouvrier international.

Jusqu’ici racontée exclusivement dans les rapports des policiers qui l’ont toujours traqué, la vie de Malatesta, internationaliste et partisan de la propagande par le fait, est relatée en ces pages dans les mots de celui qui l’a vécue, tel que l’imagine Giacopini après avoir étudié de près la correspondance et l’œuvre de celui qu’il surnomme l’« Ulysse de l’anarchie ».


P.-S.

La librairie Quilombo

Une librairie. Des livres sur les luttes sociales, le mouvement révolutionnaire, l’anarchisme, l’antifascisme, le féminisme... Les livres édités par des éditeurs engagés sont privilégiés. Des revues, journaux et fanzines politiques, militants et de contre-culture sont aussi présentés.

Un lieu de rencontre. Un espace d’échanges et d’informations sur les luttes, l’actualité militante et contre-culturelle.

23 rue Voltaire, Paris XIe, m°Rue des Boulets ; du mardi au samedi, de 13h à 20h.
01 43 71 21 05 ; www.librairie-quilombo.org ; quilombo@globenet.org

http://www.librairie-quilombo.org/errico-malatesta-7143

https://paris-luttes.info/presentation- ... rico-10119
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 27 Mai 2018, 15:20

Charlotte Wilson

En 1883, elle fut très marquée par le procès des anarchistes de Lyon et découvrit la pensée politique de Kropotkine. En 1884, Charlotte Wilson rejoint la Société fabienne (Fabian Society), qu’elle quittera en 1887. En 1885,elle s’associe à Henry Seymour qui venait de fonder le premier journal anarchiste en Angleterre, The Anarchist. Ensemble, ils fondèrent le Cercle anarchiste anglais (English Anarchist Circle). Lorsque Kropotkine fut libéré de prison en 1886, elle l’invita à venir s’installer à Londres. La collaboration entre Seymour, Kropotkine et Wilson ne dura qu’un temps en raison de différends politiques ; Kropotkine et Wilson fondèrent le Freedom Group, puis, en octobre 1886, le journal anarchiste Freedom. Dans les années d’avant guerre, elle assuma un rôle prépondérant dans le mouvement féministe international.

... https://racinesetbranches.wordpress.com ... te-wilson/
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 23 Juin 2018, 21:42

Bartolomeo Vanzetti
(1888 - 1927)

Ma vie de prolétaire (1927).

Ce texte a été rédigé dans la prison de Charlestown de Boston, aux États-Unis, où Vanzetti et Nicola Sacco furent enfermés jusqu'à leur exécution, le 22 août 1927...

Ma vie de prolétaire

Ma vie ne peut être prise comme exemple, de quelque façon qu'on la considère. Anonyme dans la foule anonyme, elle tire sa lumière de la pensée, de l'idéal qui pousse l'humanité vers de meilleurs destins. Et cet idéal, je le résume tel qu'il me vient à l'esprit.

Je suis né le 11 juin 1888, de Jean-Baptiste Vanzetti et de Jeanne Nivello, à Villafalletto, province de Cuneo, Piémont. Cette commune qui s'élève sur la rive droite de la Maira, aux pieds d'une magnifique chaîne de montagnes [1], est essentiellement agricole. J'y ai vécu jusqu'à l'âge de treize ans, au sein de ma famille.

Je fréquentai les écoles locales ; j'aimais m'instruire et j'obtins le premier prix à l'examen de fin d'études, le second au catéchisme. Mon père hésitait entre me faire poursuivre des études et me donner un métier. Un jour, il lut dans la Gazzetta del popolo qu'à Turin, quarante-deux avocats avaient concouru pour un emploi à 45 lires par mois. Cela le décida. En 1901, il me conduisit auprès de M. Comino qui tenait une pâtisserie dans la ville de Cuneo.

J'y travaillai une vingtaine de mois ; on travaillait de sept heures du matin à dix heures du soir et j'avais trois heures de libre sortie tous les quinze jours.

De Cuneo, je me rendis à Cavour auprès de M. Goitre chez qui je travaillai trois ans. Les conditions de travail ne différaient que par le fait d'avoir cinq heures de libre au lieu de trois. Le métier ne me plaisait pas, mais je continuai pour faire plaisir à mon père et parce que je n'aurais pas su quel autre métier choisir. En 1905, de Cavour je me rendis à Turin dans l'intention de trouver du travail. Ne trouvant pas d'emploi dans cette ville, je me rendis à Cuorgnè où je travaillai six mois. De Cuorgnè je revins à Turin où je travaillai en qualité de confiseur.

A Turin, en février 1907, je tombai malade. J'avais grandi à la peine, toujours enfermé, privé d'air, de soleil et de joie comme « une triste fleur de serre. »

Mon père vint et me demanda si je préférais retourner à la maison ou aller à l'hôpital. A la maison m'attendait ma mère, ma bonne, mon adorée mère, et j'y retournai.

Les trois heures de train, je les laisse apprécier à qui a souffert de pleurésie.

Ma mère m'accueillit en sanglotant et me mit au lit ; j'y restai plus d'un mois et pendant deux autres mois je marchai en m'appuyant sur une canne. Enfin, je recouvrai la santé. De ce moment, jusqu'au jour où je partis pour l'Amérique, je vécus au sein de ma famille. Cette période fut une des plus heureuses de ma vie. J'avais vingt ans : l'âge des espoirs et des rêves, même pour celui qui, comme moi, a feuilleté précocement le livre de la vie. Je jouissais de l'amitié et de l'estime de tous : je m'occupais de la gestion du café et de cultiver le jardin de mon père.

Mais une telle sérénité fut vite anéantie par le plus atroce malheur qui puisse frapper un homme.

Un triste jour, ma mère tomba malade. Ce qu'elle souffrit, ma famille, moi, aucune plume ne peut le décrire. Le plus léger bruit lui causait des spasmes atroces. Combien de fois suis-je allé le soir à la rencontre de joyeux cortèges de jeunes qui s'approchaient en chantant, les suppliant pour l'amour de Dieu et de leur mère d'interrompre leur chant ; combien de fois ai-je prié les hommes qui bavardaient au coin de la rue de s'éloigner. Dans les dernières semaines, ses souffrances devinrent si déchirantes que ni mon père ni les parents ou les amis les plus chers n'avaient le cœur de l'assister. Moi seul eut le courage de ne jamais l'abandonner. Je l'assistai jour et nuit : deux mois durant, je ne me dévêtis point.

Les efforts de la science, les vœux, les soins, l'amour n'y purent rien ; après trois mois de lit, dans le silence crépusculaire du soir, elle expira dans mes bras.

Ce fut moi qui la plaçai dans le cercueil, moi qui l'accompagnai jusqu'à sa dernière demeure, moi qui jetai le premier une poignée de terre sur le cercueil ; je sentis qu'une partie de moi-même était descendue dans la fosse avec ma mère.

Mais ce fut trop : le temps, au lieu de l'atténuer, augmentait ma douleur.

Je vis mon père blanchir en peu de temps. Moi-même, je devenais toujours plus sombre et silencieux ; je restais des jours entiers sans parler et je passais la journée à errer dans les bois qui bordaient la Maira. Souvent, faisant une halte sur le pont, je m'arrêtais pour regarder les pierres blanches et sèches de son lit sec avec une grande envie de me jeter la tête la première et de me fracasser le crâne. Bref, je voyais avec désespoir la folie et le suicide devant moi.

C'est alors que je décidai de venir en Amérique. Le 9 juin 1908, je quittai ma chère famille. Ma douleur était telle que je les embrassai et leur serrai les mains sans pouvoir prononcer un mot.

Mon père. serré par le même étau, était muet comme moi, tandis que mes sœurs sanglotaient comme lorsque mourut maman. La population était accourue au pas des portes et me saluait émue. D'un baiser, je pris congé des amis venus m'accompagner en masse à la gare et je sautai dans le train.

Je termine par une anecdote. Quelques heures avant de partir, j'allai saluer une bonne vieille qui avait pour moi un amour maternel. Je la trouvai sur le seuil de sa maison en compagnie de la jeune épouse d'un de ses fils.

— Ah, tu es venu, me dit-elle. Je t'attendais. Va et que Dieu te bénisse ; on n'a jamais vu un fils faire pour sa mère ce que toi tu as fait. Va et sois béni.

Nous nous embrassâmes. Je me tournai vers la jeune épouse et lui tendis la main.

— Embrasse-moi aussi ; je te veux tant de bien, tu es tellement bon, me dit, en larmes, cette noble fille du peuple. Je l'embrassai et m'enfuis. Je les entendis sangloter.

Le 11 juin, je quittai Turin en direction de Modane. Pendant que la machine haletante tournait le dos à l'Italie, m'emportant vers la frontière, quelques larmes silencieuses coulèrent de mes yeux si peu habitués à pleurer. Ainsi, ce « sans patrie » abandonnait la terre natale.

Après deux jours de train à travers la France et sept autres de navigation à travers l'océan, j'arrivai à New York. Un compagnon de voyage me conduisit dans la 25ème rue, à l'angle de la 7ème avenue, où habitait un de mes concitoyens. A huit heures du soir, je descendais l'escalier mélancoliquement.

Seul, étranger, incapable de comprendre ou de me faire comprendre, je me promenai longtemps dans le quartier en quête d'un logement.

A la batteria [2], le personnel de service traitait les passagers de 3ème classe comme du bétail — triste surprise pour qui débarque plein d'espérance sur ce rivage ; le quartier ensuite produisit sur moi une impression vraiment épouvantable.

Je trouvai un logement misérable dans une maison équivoque. Trois jours après mon arrivée, mon concitoyen qui travaillait comme chef cuisinier dans un club de la 86ème rue ouest au bord de l'Hudson, m'emmena travailler avec lui en qualité de plongeur. J'y restai trois mois.

L'horaire était long ; dans la mansarde où l'on dormait, la chaleur était suffocante et les parasites ne nous laissaient pas fermer l'œil de toute la nuit. Je décidai de dormir sous les arbres.

Après avoir quitté ce poste, je trouvai le même emploi au restaurant Mauquin.

Le pantry était horrible. [3] Aucune fenêtre ; si on éteignait la lumière électrique, il fallait s'arrêter de travailler ou avancer à tâtons dans le noir pour ne pas se heurter l'un contre l'autre ou trébucher sur les objets. La vapeur de l'eau bouillante qui s'échappait des bassines où on lavait la vaisselle, les casseroles et l'argenterie, formait de grosses gouttes d'eau sur le plafond qui tombaient une à une sur les têtes moites de sueur. Pendant les heures de travail, la chaleur était horrible. Les restes des repas, amassés dans des récipients spéciaux, dégageaient des exhalaisons toxiques. Les sinks [4] n'avaient pas de tuyaux de canalisation et l'eau tombait sur le sol glissant vers le centre où s'ouvrait un trou d'évacuation. Chaque soir, ce trou se bouchait et l'eau débordait par-dessus les châssis de bois posés par terre et destinés à nous protéger de l'humidité. On pataugeait alors dans la boue.

On travaillait douze heures un jour, quatorze le lendemain ; tous les deux dimanches, on avait cinq heures de sortie. Nourriture pourrie (pour la racaille), cinq ou six écus de paye par semaine. Après huit mois, je m'en allai pour ne pas attraper la phtisie. [5]

Triste année que celle-là. Les pauvres dormaient à la belle étoile et renversaient les immondices des poubelles à la recherche d'une feuille de choux ou d'une pomme pourrie. Trois mois durant, je parcourus New York de long en large, sans réussir à trouver de travail. Un matin, dans un bureau de placement, je rencontrai un jeune plus miséreux que moi. La veille, il s'était couché sans manger et il était encore à jeun. Je le conduisis à un restaurant : après avoir dévoré un déjeuner avec une voracité de loup, il me dit que rester à New York était une bêtise et que s'il avait eu de l'argent il serait parti pour la campagne. Là-bas, au moins, on travaillait un peu, suffisamment pour gagner un morceau de pain et un grabat, sans compter l'air pur et le beau soleil qui ne coûtaient rien. Quelques sous en poche, j'en avais encore et, sans hésiter plus longtemps, le jour même, nous prîmes le Steam-Boat [6] et nous nous rendîmes à Hartford. [7] De là, nous partîmes en train pour un petit village — je ne me rappelle pas son nom — où mon compagnon avait précédemment habité. Nous nous adressâmes pour travailler à une famille américaine d'agriculteurs, mais en vain. Toutefois, à la fin, vue notre condition et plus par humanité que par nécessité, ils nous donnèrent du travail pour deux semaines. Je me souviendrai toujours de la bonté de cette famille et je regrette de ne pas me souvenir de son nom.

Je ne raconte pas ici, pour abréger, notre pèlerinage à la recherche de travail. Nous visitâmes un nombre infini de villages, mon compagnon frappait à la porte des bureaux de toutes les usines, mais en revenant, il me lançait un « rien » à vingt pas de distance. L'argent s'épuisa. Nous arrivâmes à pied près d'un village à la tombée de la nuit. Nous nous engageâmes dans une étable abandonnée et y passâmes la nuit.

A l'aube, nous partîmes en direction du village, South Glanstonberry, si je ne me trompe pas, où mon compagnon avait habité un moment. Un piémontais, fermier dans une grande plantation de pêchers, nous servit un repas copieux. Inutile de dire que nous fîmes honneur au cuisinier. Vers les trois heures de l'après-midi, nous arrivâmes à Middletown. Fatigués, déguenillés, affamés et trempés par trois heures de pluie ininterrompue.

A la première personne rencontrée, nous demandâmes s'il y avait quelque Italien du Nord (mon illustre compagnon possédait à l'excès l'esprit de clocher), et elle nous indiqua une maison voisine. Nous frappâmes à la porte ; nous fûmes reçus par deux siciliennes : la mère et la fille. Nous leur demandâmes la faveur de laisser sécher nos vêtements près du poêle. Tandis que nos vêtements séchaient, nous leur demandâmes des informations sur le travail dans le pays. Elles nous répondirent qu'il était impossible de trouver du travail et nous conseillèrent de nous rendre à Springfield, toute proche, où se trouvaient trois fours à briques.

Observant nos visages livides et nous voyant trembler, elles nous demandèrent si nous avions faim. Nous répondîmes : « Nous n'avons rien mangé depuis six heures du matin. » Alors, la fille nous tendit un gros pain et un long couteau en nous disant : « Je ne peux vous donner autre chose, j'ai cinq enfants et ma vieille maman à nourrir ; mon mari travaille sur la voie ferrée et gagne 1,35 dollar par jour et de plus, moi, je suis malade depuis longtemps. » Pendant que je coupais le pain, elle nous tendit trois pommes qu'elle avait réussi à dénicher au fond d'une huche. Restaurés tant bien que mal, nous partîmes à la recherche des fours.

— Qu'y aura-t-il là-bas où s'élève cette cheminée ? demandai-je à mon compagnon.

— La briqueterie.

— Nous allons demander du travail ?

— Il est trop tard, répondit-il, nous ne trouverons personne sur place.

— Nous irons à la maison des patrons.

— Allez, continuons, nous trouverons mieux ; ce sont de sales boulots, impossibles pour toi.

Pendant que les demandes et les réponses se succédaient, je retournai en esprit, auprès de cette pauvre famille songeant que ce soir-là, à son maigre repas, manquerait le pain que nous avions mangé, et je sentis un frisson en pensant au froid enduré la nuit précédente. Je me regardai : j'étais couvert de haillons.

La réalité me poussa à persévérer dans l'idée qu'il était nécessaire de trouver du travail à tout prix et d'en finir avec cette vie de privation inouïe.

— Allons, demande du travail, dis-je encore à mon compagnon de misère.

— Avançons, répondit-il de nouveau avec un accent goguenard.

— Non, si tu ne veux pas va au moins demander du travail pour moi.

Voyant qu'il ne s'arrêtait pas, d'un saut je me plantai devant lui. Je devais être bouleversé car je le vis pâlir.

— Eh ! tu es vraiment un green [8], me répondit-il. Mais il demanda et obtint du travail.

Lui, il s'enfuit après vingt jours sans donner un sou à la famille qui nous avait offert l'hospitalité. Moi, je travaillai dans cette place une dizaine de mois. Nous étions une colonie de Piémontais, de Lombards et de Vénitiens ; il y avait un petit orchestre, on dansait et on chantait beaucoup ; du moins ceux qui en étaient capables bien entendu. Pas moi qui pour la danse ne montrai aucune adresse.

Mais il y avait aussi les fièvres et tous les jours quelqu'un claquait des dents.

De Springfield, je me rendis à Meridan, [9] où je travaillai pour un entrepreneur dans deux carrières de pierre, en qualité de manœuvre. Je vécus, pendant les deux années où je restai là, avec deux bons petits vieux, le mari et la femme, tous deux toscans, apprenant ainsi la belle langue toscane.

De Meridan, à la suite d'invitations répétées d'un de mes concitoyens, je retournai à New York. « Cherche dans ton métier, » me dit-il. En fait, je trouvai du travail au Sovarin's Restaurant, à Broadway, en qualité d'aide-pâtissier. Après six ou huit mois, je fus licencié, je ne sais si ce fut par erreur ou à cause de la perfidie de mes compagnons de travail. Je trouvai presque aussitôt du travail dans un hôtel situé sur la 7ème avenue, entre la 4ème et la 47ème rue, si je ne me trompe. Cinq mois après, je fus licencié.

A cette époque, les chefs changeaient souvent d'ouvriers, [10] partageant avec les bureaux de placement le pourcentage de la paie que les ouvriers déboursaient pour obtenir l'emploi.

Le concitoyen qui me logeait répétait sans cesse : « Ne te décourage pas, cherche dans ta branche. Tant que j'aurais une maison, pain et lit ne te manqueront pas et quand tu auras besoin d'argent tu n'auras qu'à me le dire. » Et il me donnait de temps en temps de l'argent sans que j'en demande.

Il y a de grands cœurs parmi la canaille, n'est-ce pas les pharisiens ?

Pendant cinq mois, je battis les trottoirs de New York sans réussir à trouver du travail, non seulement dans mon métier mais même comme plongeur. Finalement, j'échouai dans un bureau de Mulberry Street, qui cherchait des hommes pour des travaux de terrassement. Je me proposai ; je fus conduit avec un troupeau d'autres loqueteux dans un baraquement au milieu des bois, dans le Massachusetts, près de Springfield, où on construisait un tronçon de voie ferrée. Je travaillai là jusqu'à ce que j'eus payé les cent écus de dettes que j'avais laissés à New York et grappillé un petit magot, après quoi, je me rendis avec un autre compagnon dans un baraquement des environs de Worcester. Je travaillai d'abord dans une fabrique de fil de fer puis comme manœuvre. Là, je vécus plus d'un an et je connus des compagnons et des amis dont je garde au cœur le souvenir fort de l'affection inaltérée et inaltérable.

De Worcester, je me rendis à Plymouth (il y a maintenant sept ans) : je travaillai d'abord dans la villa de M. Stone, pendant plus d'une année, puis pour la Cordage Co., pendant environ dix-huit mois. Abandonnant le travail à l'usine, je commençai à travailler comme manœuvre sur les chantiers. Je travaillai pour MM. Sampson et Douland, pour la commune : je peux presque dire que j'ai participé à tous les principaux chantiers de Plymouth ; je crois superflu de prendre de la place pour exposer et démontrer ce que tous savent : mon assiduité au travail, la modestie de ma vie.

Environ huit mois avant mon arrestation, un ami qui voulait regagner sa patrie me dit : « Pourquoi n'achètes-tu pas ma charrette avec les couteaux et la balance et ne vas-tu pas vendre du poisson au lieu de t'assujettir aux bosses ? » [11] C'est ainsi que j'achetai le tacot et devins marchand de poisson par amour de l'indépendance. Déjà en ce temps-là — 1919 — le désir de revoir ma chère famille, la nostalgie de ma terre natale, s'étaient emparés de moi ; mon père qui ne m'écrivait pas une lettre sans m'inviter à rentrer, insistait plus que jamais, et ma bonne sœur Louise se joignait à lui. Les affaires étaient maigres, toutefois, en travaillant comme un nègre, je continuais. Le 24 décembre fut le dernier jour de 1919 où je vendis du poisson ; le froid et les intempéries m'obligèrent à m'interrompre. Peu de jours après Noël, je commençai à travailler pour M. Petersani à casser la glace. Un jour qu'il n'y avait pas de travail pour tout le monde, je travaillai à l'Electric House à transporter le charbon aux chaudières. Abandonnant la glace, je travaillai pour M. Houland dans les forages pour la Zinc Co., jusqu'à ce que la grande neigée me contraigne à l'oisiveté. Erreur, je me mis aussitôt au service de la town pour débarrasser de la neige les rues puis les rails des trains à la gare de marchandises et à celle des voyageurs. [12]

Ce travail occasionnel terminé, je travaillai à la construction d'une conduite d'eau que M. Sampson effectuait pour le compte de la Puritan Wollen Mill, et j'y restai jusqu'à la fin des travaux.

On était à l'époque de la grève des cheminots ; par conséquent le ciment manquait et c'est la raison pour laquelle il me fut impossible de trouver du travail. Alors, je recommençai à vendre du poisson quand je pouvais en avoir ; lorsqu'il m'était impossible de m'en procurer, je ramassais des clams mais le profit était lilliputien, [13] le coût du poisson et le transport ne laissaient pas de marge de profit.

Un jour du mois d'avril, la vente rapidement terminée, je me rendis au bord de la baie où je trouvai mon pêcheur occupé à préparer sa barque. On parla de la mer, de la pêche, de la vente, etc. Je lui dis que j'avais une petite clientèle, que je m'étais habitué à mon travail mais que pour le moment je préférais travailler ailleurs, tout au moins jusqu'à ce que la pêche ait commencé à Plymouth. « Cherche du travail à ta convenance, me dit-il. Dans deux semaines, je commencerai la pêche et si tu veux nous pécherons et nous vendrons ensemble, en divisant la recette. » J'acceptai.

Pour ne pas perdre de temps, le lendemain à l'aube j'étais sur la route à la recherche de travail.

— As-tu du travail pour moi ? demandai-je à un foreman. [14]

— Non, je n'ai même pas de travail pour les vieux ouvriers.

Voyant l'échafaudage pour le concrete, [15] je lui demandai quand il commencerait à le faire.

— Dis-moi quand arrivera le ciment et je te dirai quand nous commencerons.

Au diable l'avarice, me dis-je à moi-même, en rentrant chez moi. J'ai travaillé tout l'hiver, bientôt je commencerai la pêche. Eh bien, je veux me distraire un peu pendant ce laps de temps.

Peu après, je reçus une lettre de l'ami et camarade Sacco. Il m'invitait à aller le retrouver rapidement car sa mère étant morte il comptait rentrer en Italie.

Arrivé à Boston le dimanche 2 mai, j'allais trouver Sacco le lundi suivant. Le 5 mai, je fus arrêté alors qu'avec Sacco nous retournions ensemble à Brockton.

Après onze jours de procès, je fus déclaré coupable. Le 16 août, je fus condamné à quinze ans de prison pour un délit que je n'avais pas commis.

J'ai fréquenté l'école de six à treize ans. J'aimais l'étude d'une vraie passion. Durant les trois ans passés à Cavour, j'eus la chance d'approcher quelques personnes savantes. Je lisais tous les journaux qui me tombaient entre les mains. Mon patron était abonné à un hebdomadaire catholique de Gênes. J'étais alors un fervent catholique.

A Turin, je n'ai fréquenté que des camarades de travail, jeunes employés de magasin et ouvriers. Mes camarades de travail se disaient socialistes et raillaient ma religiosité, me traitant de bigot et de dévot. Un jour, je me bagarrai avec l'un d'eux.

Maintenant que du socialisme je connais toutes les écoles, je me rends compte qu'ils ne connaissaient même pas la signification du mot socialisme. Ils se disaient tels par sympathie pour De Amicis [16] et par esprit du lieu et du moment ; tant et si bien que rapidement moi aussi je commençai à aimer le socialisme, sans le connaître, et à me croire socialiste.

Somme toute, le degré d'évolution de cette petite communauté me fut bénéfique et me fit faire quelques progrès. L'humanisme et l'égalité des droits commencèrent à pénétrer dans mon cœur. Je lus Cœur de De Amicis et plus tard Voyages et les Amis.

A la maison, il y avait un livre de saint Augustin. Il ne m'en reste en tête que cette sentence : « Le sang des martyrs est la semence de la liberté. » Je trouvai aussi I promessi Sposi [17] et je le lus deux fois ; enfin je trouvai une Divine Comédie [18] couverte de poussière.

Hélas ! Mes dents n'étaient pas faites pour un tel os ; toutefois, je me préparais à ronger désespérément et pas en vain, je crois.

Dans les derniers temps où je demeurai au pays, j'appris beaucoup du docteur Francia, du chimiste Scrimaglio et du vétérinaire Bo.

Déjà à cette époque, je comprenais que les plaies qui déchirent l'humanité sont l'ignorance et la dégénérescence des sentiments naturels. Ma religion n'avait plus besoin de temples, d'autels et de prières formelles. Dieu était pour moi un Être spirituel parfait, dépouillé de tout attribut humain.

Bien que mon père m'ait souvent dit que la religion est nécessaire pour mettre un frein aux passions humaines et consoler l'homme affligé, moi j'hésitais entre l'acceptation et le refus. Je traversai l'océan dans cet état d'âme.

Arrivé ici, j'éprouvai toutes les souffrances, les désillusions les chagrins, inévitables de celui qui débarque à vingt ans, ignorant de la vie et un peu rêveur. Ici, je vis toutes les saletés de la vie : toutes les injustices, la corruption, l'égarement dans lequel s'agite tragiquement l'humanité.

Malgré tout, je réussis à me fortifier physiquement et intellectuellement. C'est ici que j'étudiai les œuvres de Pierre Kropotkine, de Gori, de Merlino, de Malatesta, de Reclus. Je lus le Capital de Marx, les travaux de Leone, de Labriola, le Testament politique de Carlo Piscane, les Devoirs de l'homme de Mazzini, et bien d'autres œuvres à caractère social. Ici, je lus les livres de chaque fraction socialiste, patriotique et religieuse, ici j'étudiai la Bible, la Vie de Jésus de Renan et le Jésus-Christ n'a jamais existé de Milesbo ; ici, je lus l'histoire grecque et romaine, les Croisades, deux commentaires d'histoire naturelle, l'histoire des États-Unis, de la Révolution française et de l'italienne. J'étudiai Darwin, Spencer, Laplace et Flammarion, je revins sur la Divine Comédie, sur la Jérusalem délivrée, et je sanglotai avec Leopardi. Je lus les œuvres de Victor Hugo, de Léon Tolstoï, de Zola, de Cantû, les poésies de Giusti, de Guerrini, de Rapisardi et de Carducci. Ne me crois pas un puits de science, cher lecteur; l'erreur serait énorme.

Mon instruction de base fut trop incomplète et mon état intellectuel n'est pas suffisant pour mettre à profit et assimiler entièrement un si vaste matériau. Et puis, tu dois considérer que j'étudiais tout en travaillant durement et sans commodité aucune. A l'étude, cependant, j'ajoutai une observation minutieuse, continue et inexorable des hommes, des animaux, des plantes, tout ce qui — en un mot — environne l'homme. Le livre de la vie : voilà le livre des livres ! Tous les autres n'ont pour but que d'apprendre à lire celui-là. Livres honnêtes, s'entend, car les malhonnêtes poursuivent un autre but.

La méditation de ce grand livre détermina mes actions et mes principes ; je méprisai la devise « Chacun pour soi et Dieu pour tous, » je me rangeai du côté des faibles, des pauvres, des opprimés, des simples et des persécutés, je compris qu'au nom de Dieu, de la Loi, de la Patrie, de la Liberté, des plus pures abstractions de la pensée, des plus nobles idéaux humains, on perpétrait et on continuerait de perpétrer les crimes les plus féroces, jusqu'au jour où, la lumière acquise, il ne sera plus possible à un petit nombre de faire commettre le mal, au nom du bien, au plus grand nombre.

Je compris que l'homme ne peut impunément piétiner les lois non écrites, ni violer les liens qui l'unissent à l'univers. Je compris que les montagnes, les mers, les fleuves appelés frontières naturelles se sont formés antérieurement à l'homme, par un ensemble de processus physiques et chimiques et non pour diviser les peuples.

J'eus confiance dans la fraternité, dans l'amour universel. Je fus convaincu que celui qui fait du bien ou du mal à un homme fait du bien ou du mal à l'espèce. Je cherchai ma liberté dans la liberté de tous, mon bonheur dans le bonheur de tous.

Je compris que l'égalité de fait, dans les nécessités humaines, des droits et des devoirs est la seule base morale sur laquelle puisse se fonder une société humaine. Je gagnai mon pain honnêtement à la sueur de mon front ; je n'ai pas une goutte de sang sur les mains ni sur la conscience.

A présent ? A trente-trois ans, je suis candidat au bagne et à la mort.

Et cela m'étonnerait fort qu'il n'en soit pas ainsi.

Pourtant, si je devais recommencer le « chemin de notre vie », je reprendrais la même route, cherchant cependant à réduire la somme des fautes et des erreurs et à multiplier celle des bonnes actions.

J'adresse aux camarades, aux amis, à tous les bons, un fraternel baiser, ma profonde reconnaissance, mon amour et mes vœux. »


Bartolomeo Vanzetti


Post-scriptum :

« Je compris que le but suprême de l'homme est le bonheur ; que les bases immuables et éternelles du bonheur humain sont : la santé, la tranquillité de la conscience, la liberté, la satisfaction des besoins physiques et une foi sincère. Je compris que tout individu a deux « moi », l'un réel et l'autre idéal, que le second est le ressort du progrès et que chercher à identifier le premier au second relève de la mauvaise foi. La différence entre les deux « moi » reste constante car, aussi bien dans la perfection que dans la dégénérescence, la même distance les sépare.

Je compris que l'homme n'est jamais assez modeste envers lui-même et qu'un peu de sagesse existe dans la tolérance.

Je voulus un toit pour chaque famille, un pain pour chaque bouche, l'éducation pour chaque cœur, la lumière pour chaque intelligence.

Je suis convaincu que l'histoire humaine n'est pas encore commencée, que nous nous trouvons dans la dernière période de la préhistoire. Je vois avec les yeux de l'âme le ciel s'éclairer des rayons du nouveau millénaire.

J'estimai inaliénable le droit à la liberté de conscience, comme celui à la vie. Je cherchai de toutes mes forces à faire converger le savoir humain au profit de tous. Je sais par expérience que les droits et les privilèges s'acquièrent et se conservent par la force et qu'il en sera ainsi tant que l'humanité ne se sera pas améliorée elle-même.

Dans la véritable future histoire humaine, une fois abolis les classes et les privilèges, ainsi que les antagonismes d'intérêts entre l'homme et l'homme, le progrès et les mutations seront déterminés seulement par l'intelligence et par un commun intérêt général.

Si nous et la génération que portent en leur sein nos femmes n'arrivons pas à ce résultat, nous n'aurons rien obtenu de réel et l'humanité continuera d'être toujours plus misérable et malheureuse.

Reconnue la nécessité d'invoquer la force au service du bien contre le règne du mal, je suis et je serai jusqu'au moment suprême (sauf si je m'aperçois que je suis dans l'erreur) communiste-anarchiste parce que je crois que le communisme est la forme la plus humaine du contrat social, parce que je sais que c'est seulement avec la liberté que l'homme s'élève, s'ennoblit et se complète. »


[1] Les Alpes cotiennes, qui culminent au Mont Viso, à 3841 m

[2] Vanzetti italianise le nom du centre d'accueil, en anglais « Battery »

[3] L'office, les dépendances de la cuisine

[4] Éviers

[5] Tuberculose

[6] Bateau à vapeur

[7] Dans le Connecticut

[8] En français un bleu, quelqu'un qui débute, qui manque d'expérience ; littéralement « un vert »

[9] Toujours dans le Connecticut

[10] En français dans le texte

[11] Patrons, chefs

[12] La ville

[13] Palourdes

[14] Contremaître

[15] Ciment

[16] Edmondo De Amicis (1846-1908) auteur en 1886 du « best-seller » Cuore, que tout jeune Italien du XXème siècle a lu, véritable manuel d'instruction civique se distanciant de la religion. En 1890, écrivain adulé, il découvre le socialisme et par la suite ses écrits réflèteront son intérêt pour les couches populaires, publiant entre autres des articles dans Critica Sociale et La Lotta di Classe.

[17] I promessi, sposi (en français : les Fiancés) est un autre immense succès de la littérature italienne, sans doute la plus représentative du Risorgimento et du Romantisme italien, écrit vers 1820 par Alessandro Manzoni (1785-1873). Pour Umberto Ecco, ce roman est l'archétype du roman historique (le récit se passe au XVIIème siècle)

[18] Initialement appelée La Comedia, cet immense poème allégorique en trois chants, de Dante Alighieri (1265-1321) est considéré comme l’œuvre fondatrice de la langue italienne.


http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... taire.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 17 Juil 2018, 13:54

14 juillet, naissance de B. Durruti

Buenaventura Durruti

7 ème épisode des Grands noms de l'Anarchisme

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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 03 Aoû 2018, 16:09

Jean-Louis Lin: il y a 40 ans, la mort étrange d’un révolutionnaire occitan…

Il y a quarante ans, on retrouvait, dans la Seine, près du pont de Courbevoie, le corps de Jean-Louis Lin, militant occitan, devenu communiste libertaire, soutien des Palestiniens. L'enquête fut rapidement close.Suicide ? Pourtant, Jean-Louis Lin savait nager, et rien, dans son comportement le jour de sa mort, ne pouvait laisser penser à une intention de disparaître...

Venu de l'extrême-droite (le groupe Occident), membre fondateur du groupe Poble d'Oc, il soutenait, au moment de sa mort, les luttes des Palestiniens, et avait évolué vers l'extrême-gauche.

Selon Wikipedia:

Pòble d'Òc était un mouvement politique occitan qui a été créé en 1971 et dont les activités ont cessé en 1983. Il se définissait comme héritier des expériences fédéralistes et autogestionnaires de la commune de Paris de 1871 et du Gouvernement républicain de la Generalitat de Catalogne de 1936. Il a soutenu les Républicains Irlandais et la résistance du peuple palestinien, mais son idéologie est restée hétérogène. À la différence d'autres organisations occitanes, il a refusé d'apporter son soutien à François Mitterrand pour l'élection présidentielle française de 1974 et a participé aux manifestations du Larzac de 1974 à 1977.

(...)

Le positionnement fédéraliste et libertaire de Poble d'oc s'est affirmé dans Schéma pour une Révolution occitane résultat d'un travail collectif de douze mois (1974-1975).

D'où le départ, fin 1976, du peu fréquentable Richard Roudier, resté, lui, solidement ancré à l'extrême-droite.

Après la mort de Jean-Louis Lin, le groupe Poble d'Oc, auquel il participait, se rapprocha, carrément, des communistes libertaires !

Evolution déjà largement entamée au moment de sa disparition.

Sur cette sombre affaire, jamais élucidée, contemporaine des assassinats d'Henri Curiel et de Pierre Goldman, voici un article paru dans le numéro 35 (octobre 1979) de Poble d'Oc, une revue "révolutionnaire occitane" à la diffusion confidentielle, que dirigeait la victime :

... https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blo ... re-occitan
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 18 Aoû 2018, 19:09

14 août 1917 : mort d’Eugène Vigo dans une cellule de Fresnes

Dans la nuit du 13 au 14 août 1917, mort d’Eugène Bonaventure Vigo, dit Miguel Almereyda (anagramme de : Y’a la merde), militant et propagandiste anarchiste et antimilitariste, à la prison de Fresnes.

Né le 5 janvier 1883 à Béziers (Hérault), il est très tôt orphelin de son père. En 1898, il arrive à Paris pour tenter sa chance qui ne lui sourit guère ; apprenti photographe, il est complice d’un vol qui lui vaut 2 mois de prison. Révolté, il fréquente les anarchistes et écrit, en 1901, un premier article dans "Le Libertaire" dans lequel il revendique un attentat, mais la bombe de sa fabrication n’explose pas, ce qui ne l’empêche pas d’être condamné à un an de prison. Recueilli à sa sortie par Séverine, il entre ensuite comme secrétaire de rédaction au "Libertaire". Propagandiste pacifiste par la parole comme par l’écrit, il participe, à Amsterdam en juin 1904, au congrès constitutif de l’ "Association Internationale Antimilitariste", et devient avec Yvetot, co-secrétaire de la section française. Le 30 décembre 1905, vingt-huit membres de l’A.I.A (dont Miguel), sont lourdement condamnés (de 3 à 4 ans de prison) pour "l’affiche rouge" qui conseille de répondre par l’insurrection à tout ordre de mobilisation. Le 14 juillet 1906, ils sont amnistiés. Almereyda se lie alors avec Gustave Hervé et Eugène Merle avec qui il participe à la création du journal "La Guerre Sociale". En 1908, il est condamné à 2 ans de prison pour avoir fait l’apologie de la mutinerie des soldats du 17e [1]. Amnistié en août 1909, il se mobilise alors pour sauver Francisco Ferrer [2]. En 1910, retour en prison pour incitation au sabotage lors de la grande grève des cheminots. Libéré en mars 1911, il crée "Les Jeunes Gardes révolutionnaires", groupe de combat qui s’affronte dans la rue à l’extrême-droite et se fait une spécialité de démasquer les indicateurs au sein du mouvement ouvrier.

Anarchisme et antimilitarisme en 1914

Mais Miguel s’éloigne peu à peu des anarchistes qui le lui rendront bien. On se souvient en effet que l’éclatement de la Première Guerre mondiale provoque de vives tensions au sein du mouvement qui est divisé entre « défensistes » et « antimilitaristes ». En 1916, Kropotkine corédigera avec Jean Grave, le « Manifeste des Seize », prenant ainsi publiquement parti pour le camp des Alliés et contre l’agression allemande [3]. Un peu avant, en mars 1913, Miguel quitte avec Eugène Merle "La Guerre Sociale" pour fonder " Le Bonnet Rouge ". Rien à voir avec les actuels "bonnets rouges" bretons : se présentant comme "organe de la défense républicaine", ce journal satirique républicain et anarchiste, hebdomadaire (1913) puis quotidien (1914), fut justement une cible privilégiée de l’Action française, mouvement royaliste d’extrême-droite. "Le Bonnet rouge" fut impliqué dans divers scandales lors de la Première Guerre mondiale, étant accusé notamment de défaitisme : en 1914, au moment de la conscription militaire, il participe ainsi à l’appel à la désertion lancé par l’Action internationale Antimilitariste. Or, la censure mise en place lors de la première guerre mondiale limitait la liberté de la presse en interdisant la publication d’articles pouvant nuire à la sécurité nationale ou ébranler le moral des troupes et de la population. Miguel Almereyda est ainsi accusé de diffuser certaines informations confidentielles (il révèle dans un article sa négociation avec le ministre de l’intérieur concernant la non utilisation du fichier "Carnet B"). Egalement victime d’une machination politico-financière [4], il est arrêté le 4 (ou le 6) août 1917 et accusé d’intelligence avec l’ennemi, ce qui lui vaut de violentes fausses accusations de la part de Léon Daudet, l’une des principales figures politiques de l’Action française. Incarcéré à la Santé, puis à Fresnes, il est découvert mort, vraisemblablement assassiné dans sa cellule le 14 août (étranglé avec ses lacets de bottine). Il laisse un jeune fils orphelin, Nono, le futur cinéaste Jean Vigo.

P.-S.
Ressources utilisées disponibles en ligne : Ephéméride anarchiste, R.A Forum, Wikipédia, Maîtron, Larousse.
Notes

[1] Les mutins du 17e régiment d’infanterie de ligne sont 500 soldats qui se mutinent contre la répression de la révolte des vignerons du Languedoc en 1907 (5 morts lors de la fusillade de Narbonne). Les mutins pillent l’armurerie et prennent la direction de Béziers, ils s’installent alors sur les Allées Paul Riquet, et mettent crosse en l’air. La population leur offre vin et nourriture. Le Midi est au bord de l’insurrection, la situation est brûlante, Clémenceau devant faire face à un vote de défiance.

[2] Pédagogue libertaire espagnol qui fonde l’École moderne en 1901, un projet éducatif rationaliste qui promeut la mixité, l’égalité sociale, la transmission d’un enseignement rationnel, l’autonomie et l’entraide. Elle fut la première d’un réseau qui en comptait plus d’une centaine en Espagne en 1907. En 1909, suite aux événements de la semaine tragique à Barcelone, il est accusé, notamment par le clergé catholique, d’être l’un des instigateurs. Condamné à mort par un tribunal militaire à l’issue d’une parodie de procès, il est fusillé le 13 octobre.

[3] En ce sens, la perte d’audience du mouvement anarchiste n’a pas seulement pour cause « externe » l’attrait pour la révolution russe de 1917 : certaines figures majeures du mouvement ont également commis de graves erreurs de positionnement qui éloigneront nombre de militant-e-s et de sympathisant-e-s libertaires.

[4] L’affaire de la liquidation des « Bains de mer de San Stefano », des fonds étrangers qui auraient été versés au « Bonnet rouge ».


https://paris-luttes.info/14-aout-1917- ... ugene-vigo
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 02 Sep 2018, 18:29

Association pour la Mémoire du Camp d’Agde

« Ils sont passés par le Camp »

Nous poursuivons notre série « Ils sont passés par le camp » avec un portrait du peintre-décorateur Jesus Guillen Bertolin

Jesús Guillén Bertolín, dit Guillembert, artiste peintre-décorateur

Né le 31 octobre 1913 à Montán (province de Castellón), Jesús Guillén Bertolín, plus connu sous le pseudonyme de « Guillembert », étudie à l’École industrielle puis pendant six ans à l’École des Beaux Arts de Barcelone, où il suit les cours de peinture et de décoration.

Au début des années 1930, il commence à illustrer de ses dessins des revues libertaires, comme Guerra a la guerra et Solidaridad obrera. En 1931, il adhère à la Confédération Nationale du Travail (CNT), organisation anarcho-syndicaliste fondée à Barcelone en 1910, et à la Fédération ibérique des Jeunesses Libertaires (FIJL), mouvement de jeunesse de la CNT. Il participe assidument à l’Ateneu llibertari de la plaça de la Concòrdia à Barcelone.

Lors du coup d’État franquiste de juillet 1936, il intègre le comité révolutionnaire du quartier de Les Corts dont il est nommé secrétaire en 1937. Après les événements de mai 1937, il part pour le front de l’Aragon au sein de la 26e division (anciennement colonne Durruti) aux côtés d’Eleuterio Blasco Ferrer et de Helios Gomez. Blessé à Monteoscuro, il est soigné dans un hôpital de Barcelone, puis il intègre le front de Madrid dans la 28e division. Après un périple qui le mène de Villajoyosa (Alicante) à Barcelone par Valence, il franchit non sans mal la frontière française et est interné dans le camp d’Agde jusqu’en août 1939.

Il fait les vendanges à Quarante, puis il est à nouveau interné dans le camp de Saint-Cyprien. Fin 1940, il va à Marseille avec la ferme conviction qu’il pourra s’embarquer pour le Mexique. Dans la cité phocéenne, il participe à une exposition dont il remporte le premier prix. Comme il n’a pas réussi à s’embarquer pour le Mexique, il choisit d’aller à Bram, où il coopère à la réorganisation clandestine de la CNT dans l’Aude, dont il assume le secrétariat et prête main-forte à la résistance contre l’occupant nazi.

À la Libération, il est nommé secrétaire de la Régionale n°1 qui comprend les cinq départements du Languedoc-Roussillon, dont le siège est à Montpellier. Fin 1946, il se lie à Sara Berenguer, militante anarcho-syndicaliste et féministe née à Barcelone. Ils s’installent à Béziers, Jesús Guillén Bertolín travaille comme peintre décorateur et illustre de ses dessins nombre de titres de la presse libertaire, tels Ruta (Barcelone), organe des Jeunesses Libertaires catalanes, et Solidaridad. Il n’oublie pas ses compagnons qui poursuivent la lutte clandestine contre le régime franquiste et leur procure des faux papiers. Pour ces agissements illicites, il est arrêté en 1963. Deux ans après, il assiste au congrès de la CNT à Montpellier et sera exclu de la CNT, en compagnie de sa compagne Sara Berenguer. Cette décision ne les empêchera pas cependant de poursuivre leur militantisme en intégrant les Grupos de Presencia Confederal y Libertaria, liés au journal Frente Libertario. Il fait même partie en 1973 de leur secrétariat, aux côtés d’Acracio Ruiz, qui s’était installé à Montpellier. À Béziers, il intègre la CGT française et il déploie une grande activité au sein de la Colonie espagnole, dont il est le secrétaire de 1982 à 1983. Avec son épouse, ils monteront une exposition pour le cinquantenaire du début de la révolution espagnole, au sein de la Colonie espagnole de Béziers.

Jesús Guillén Bertolín a témoigné dans le film Un autre futur [1997], de Richard Prost.

Parmi ses réalisations, citons l’illustration de plusieurs couvertures d’ouvrages et de brochures (F. Alaiz, Victor Garcia [Antología del anarcosindicalismo], S. Faure, Gori, etc…). On lui doit aussi les bandeaux et les illustrations des journaux Ruta, Boletín interno FIJL, CNT, Solidaridad obrera, Mujeres libres. Il collabora également à Ruta (Caracas), Tribuna confederal y libertaria, Mujeres libres (Londres et Montady, 1972) et Frente libertario.

Il est décédé le 20 août 1999 à Montady, près de Béziers. Il était le frère de la militante anarcho-féministe Conchita Guillén. La maison des Guillén à Montady était devenue le lieu de rendez-vous des anarchistes. C’est dans cette maison qu’a été tourné en grande partie le film De toda la vida (Lisa Berger et Carol Mazer, 1986, 55 mn), avec Pepita Carpeña, Dolores Prat, Suceso Portales, Federica Montseny, Mercedes Comaposada et Conxa Pérez. Il s’agit d’un documentaire, modèle de féminisme révolutionnaire, sur « Mujeres libres » qui raconte, à travers des entretiens, leur participation à la guerre civile et leur lutte quotidienne en tant qu’anarchistes et femmes, dans la guerre et la révolution.


photos https://www.herault-tribune.com/article ... inetnbsp;/
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Lila » 02 Sep 2018, 21:55

Victorine Rouchy-Brocher

(1838-1921)

ictorine Malenfant naît à Paris dans une famille de tradition révolutionnaire. Son père est un cordonnier franc-maçon et républicain. En 1851, il est contraint de s'exiler en Belgique.

Victorine commence à fréquenter les milieux révolutionnaires et socialistes dans les années 1850. En 1861, elle se marie avec Jean Rouchy, un artisan cordonnier. En sa compagnie, elle milite dans divers groupes socialistes à Orléans, où le couple habite un temps, puis à Paris. Avec Jean, elle s'engage également dans la Première Internationale.

Victorine s’oppose, au courant proudhonien du socialisme, qui considère que le travail des femmes est contre nature. Elle défend au contraire l'idée d'un emploi pour toutes les femmes, qui leur garantirait leur indépendance. Elle est cependant horrifiée par les conditions de travail misérables des ouvrières. Ainsi, quand Victorine revient dans la capitale, elle se retrouve ouvrière piqueuse de bottines. Elle dénonce alors la situation de ces ouvrières, qui vivent un véritable esclavage dans des ateliers sans air, sans lumière, dans des positions toujours inconfortables, et travaillant jusqu'à 14 heures par jour pour ne gagner que des miettes :

- « Un écrivain a dit : Paris est le paradis des femmes et l’enfer des chevaux. Moi, je dis : Paris est le paradis des demi-mondaines et des chevaux de luxe, l’enfer des honnêtes travailleuses et des chevaux de fiacre. Tous les deux entrevoient la mort comme une heureuse délivrance. Voilà leur idéal ! ».

Avec Louise michel, André Léo, Paule Mink, Marguerite Tinayre, etc ...., elle s’inscrit dans le courant de pensée qui réclame une réelle instruction libre et laïque dans les milieux populaires et qui pose en suspend l'éducation et le travail des femmes. En 1867, elle participe à la création d'une boulangerie et d'un magasin coopératifs.

Durant la guerre entre la France et la Prusse, alors que son mari rejoint les francs tireurs de la Loire, elle s’engage comme ambulancière. Elle vit avec sa mère, qui l'aide à élever ses 2 enfants et celui d'une voisine qu'elle a recueulli. Ces trois enfants meurent, les uns après les autres, à peu de temps d'intervalle.

Pendant la période de la Commune de Paris, elle se montre très active. Elle est d'abord cantinière d'un bataillon, puis redevient ambulancière dès que les combats commencent. Lors de la semaine sanlante, elle se bat sur les barricades. Arrêtée, elle est condamnée à mort, accusée de l'incendie de la Cour des Comptes. Cependant, elle parvient à fuir, grâce à des amis, et se réfugie en Suisse, puis elle part enseigner en Hongrie. Elle retourne, à la libération de son mari, à Genève et elle fonde une coopérative de la chaussure pour venir en aide aux proscrits de la Commune. Elle adhère à la fédération jurassienne de Bakounine et se lie avec des anarchistes Lyonnais.

Après l'amnistie, elle rentre à Paris où elle continue à fréquenter les milieux anarchistes (Malatesta sera arrêté en sa compagnie en 1880). En 1881, elle assiste en tant que déléguée à une conférence internationale anarchiste, qui se tient à Londres. Elle y rencontre Gustave Brocher, un militant issue d'une famille fourrieriste, devenu très actif dans le mouvement libertaire londonien. Ils se marrient en 1887, Jean Rouchy est mort depuis quelques années, et adoptent 5 enfants orphelins de la Commune. En outre, leur maison sert de refuge à de nombreux exilés. En 1890, elle est institutrice à Londres, dans une école libre mise en place par Louise Michel. En 1891, elle retourne avec son mari à Lausanne où celui-ci fonde une école. Elle meurt à Lausanne en 1921.

Outre sa collaboration à de nombreux journaux anarchistes, elle publiera ses mémoires en 1909 : Souvenirs d'une morte vivante, qui remonte à l'année 1871.


http://chipluvrio.free.fr/gdes%20femmes ... es4-2.html#aleo
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 07 Sep 2018, 00:59

ÉCRITS D’UNE INSOUMISE

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Cet ouvrage réunit seize textes de conférences données par Voltairine de Cleyre (1866-1912), anarchiste américaine méconnue en France. Ses réflexions n’ont rien perdu de leur pertinence ni de leur acuité, et touchent autant les droits des femmes notamment dans le mariage qu’elle qualifie d’esclavage sexuel, l’action directe, la justice et ses châtiments dont la peine de mort, que bien entendu l’anarchie. Nous tenterons en substance d’en restituer les grands principes.

Elle assimile l’anarchie à la bataille de la pensée menée contre l’Église au XVIIe siècle et qui, destituant les prêtres et donnant naissance à un nouvel ordre des choses, permit d’attaquer la tyrannie des rois au siècle suivant. « La libre pensée, définie largement, est le droit de croire conformément à ce que les faits et la raison qui se présentent à l’esprit conduisent à croire. »
Elle défend l’athéisme comme négation d’une autorité suprême, base de toutes les tyrannies. « Tout être humain qui observe et réfléchit ne peut admettre un tyran suprême et garder le respect de lui-même. » Et elle accuse le gouvernement terrestre d’être tout aussi « irréel, intangible et inaccessible ». Pour elle, la Révolution américaine a assené un coup décisif à la tyrannie qui, si elle ne s’en est jamais remise, continue « à remodeler et à reprendre en main les instruments du pouvoir gouvernemental ». Elle cite le président Jefferson, auteur de la Déclaration d’Indépendance, qui soutenait « qu’une petite rébellion de temps à autre est une bonne chose. » « Quel pays pourrait préserver ses libertés si le peuple ne rappelle pas à l’occasion à ses dirigeants qu’il conserve son esprit de résistance ? » rajoutait-il. Elle reproche aux fondateurs d’avoir accepté un compromis entre la liberté et le gouvernement, persuadés que ce dernier était un mal nécessaire. La Constitution a été établie à la demande du commerce et même si leur méfiance à l’égard du pouvoir central les a poussé à promulguer les douze premiers amendements, c’était bien dès le début une machine mercantile qui liait les libertés aux autres intérêts du pays.
Elle défend un « régime de liberté », une « économie d’autosubsistance, la désintégration des grandes collectivités et l’utilisation de la terre », et accuse : « Je crois qu’il peut être démontré que la loi fabrique dix criminels là où elle en dissuade un seul. »
Ne croyant pas en « cette arme pacifique de redressement » qu’est le vote, son mot d’ordre est plus radical : « Renversez l’ordre social et civil ! Ah, je les détruirais jusqu’au dernier vestige cette parodie d’ordre, ce simulacre de justice ! Devons-nous briser les institutions ? Oui, toutes les institutions qui reposent sur l’esclavage ! Tous les mariages qui reposent sur la vente et le transfert de l’individualité d’une des parties à une autre ! Toute institution sociale ou civile qui s’interpose entre l’humain et ses droits ; toute attache qui fait de l’un un maître et de l’autre un serf ; toute loi, tout règlement, tout décret qui symbolise la tyrannie. »

À propos de l’éducation, elle explique que « si ceux qui croient en la liberté souhaitent que ses principes soient enseignés, ils ne devraient jamais confier l’instruction à un gouvernement, car la nature de celui-ci est de devenir une entité en soi, une institution qui existe pour elle-même, qui se nourrit du peuple et qui enseigne n’importe quoi, du moment que cela lui garantit sa place au pouvoir. »

Elle raconte comment face à ses « professeurs conservateurs » elle se révoltait « contre les décrets célestes qui géraient si mal le monde », « contre la servitude économique, mais aussi contre la division en classes qui l’accompagne », contre les « conventions vestimentaires et langagières ». « L’esprit ancestral de la rébellion s’est affirmé en moi alors que je n’avais que 14 ans et que j’étais écolière au couvent de Notre-Dame-du-Lac-Huron, à Sarnia, en Ontario. » Très tôt elle présentait que « quiconque accepte de travailler puisse vivre grassement et que personne plus qu’un autre ne devait connaître la misère ». Si longtemps elle a fait confiance à la Constitution pour résoudre le problème de la pauvreté, elle comprit « après une longue réflexion et de nombreuses luttes entre raison et préjugés » que la « proclamation de droits égaux était au mieux ironique », « qu’un « pays libre » dans lequel les moyens de production sont d’emblée accaparés par certains ne pouvait aucunement être libre ». Examinant alors le projet socialiste puis la théorie du loyer économique, elle les jugea désirables ni dans leurs fins ni dans leur moyens. L’ultime raison de son adhésion à l’anarchisme fut l’affaire des cinq pendus de Chicago en 1886-1887, enterrant sa confiance en la justice fondamentale du système légal américain. Poursuivant ses lectures, elle comprend que les travailleurs devraient produire ensemble de manière coopérative et en se passant carrément d’argent, « chacun utilisant ce dont il a besoin de ce qu’il a produit et déposant le reste dans des entrepôts où pourront se servir ceux et celles qui en auront besoin ». La terre comme les machines, résultantes cumulatives du génie inventif des siècles passés, n'ayant été créés par personne n’appartiennent à personne.
« À la question « Pourquoi suis-je anarchiste ? » je pourrais répondre par une simple phrase : « Parce que je ne peux pas faire autrement et que je ne peux me mentir à moi-même. »

Longuement elle défend l’action directe qu’elle présente ni plus moins comme ce qu’a pratiqué quiconque a revendiqué un jour un droit, quiconque a concrétisé un projet, seul ou avec d’autres, sans « demander poliment aux autorités compétentes » d’agir à leur place. Ceux qui condamnent l’action directe, l’approuvent d’un point de vue historique (révolte de Bacon, accords de non-importation, organisation du « chemin de fer souterrain », John Brown…). « C’est grâce aux actions, pacifiques ou violentes, des précurseurs du changement social que la conscience humaine, la conscience des masses, s’éveille au besoin du changement. » Voltairine de Cleyre défend le rôle moteur de l’action directe, tandis que l’action indirecte « détruit toute initiative, étouffe l’esprit de révolte individuelle, apprend aux gens à se reposer sur quelqu’un d’autre afin qu’il fasse pour eux ce qu’ils devraient faire eux-mêmes ». « Le pouvoir des ouvriers ne réside pas dans la force de leur vote, mais dans leur capacité à paralyser la production. » Les lois conçues aux bénéfices des ouvriers sont souvent devenues des armes entre les mains de leurs ennemis quand elles ne sont pas restées lettre morte. Ainsi la loi antitrust fut utilisée contre des syndicats qui avaient déclenché une grève.

Dans un long texte, elle remonte aux racines du crime dans la société même, explique pourquoi « la personne coupable n’est que l’instrument qui l’exécute » et met à mal la théorie du châtiment qui n’a jamais fait disparaître ni même diminuer les crimes depuis qu’elle est appliquée. « La raison pour laquelle les hommes volent c’est parce que leurs droits leur sont volés avant même qu’ils ne soient nés. » C’est l’institution de la propriété privée, « gigantesque erreur sociale », qui est responsable en condamnant les hommes à la misère alors même qu’ils s’épuisent à vendre leur force de travail. C’est « l’actuelle organisation injuste de la production et de la distribution de la richesse » qui est coupable. « Les géhennes du capitalisme créent les désespérés, et les désespérés agissent - désespérément ! »

Ce choix d’articles, complété par une sélection de poèmes, est fort pertinent car il a su éviter les répétitions et donner à découvrir la pensée de Voltairine de Cleyre dans son envergure. Une oeuvre résolument actuelle.

ÉCRITS D’UNE INSOUMISE
Voltairine de Cleyre
Textes réunis et présentés par Normand Baillargeon et Chantal Santerre
312 pages – 10 euros
Éditions Lux – Collection « Pollux » – Montréal – Janvier 2018
http://www.luxediteur.com/

https://bibliothequefahrenheit.blogspot ... umise.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 11 Oct 2018, 20:17

Projection- rencontre « Federica Montseny, l'indomptable »
Ciné Léon

Paris vendredi 12 octobre 2018
à 20h30, Centre d'Animation Mercoeur, 4 Rue Mercoeur, 18e

"Anarchiste, écrivaine et oratrice de talent, Federica Montseny est élue ministre de la 2nde République espagnole en 1936. Elle tente d'instaurer un système de santé pour tous, ose des projets de lois sur la contraception, les droits des mères célibataires, des prostituées… Elle impose le droit à l'avortement 40 ans avant Simone Veil en France. Après la Guerre d'Espagne, elle prend le chemin de l'exil vers Toulouse où elle poursuivra sans relâche son combat en faveur des idées libertaires, des « mujeres libres » et de l'éducation. 20 ans après sa disparition, sa pensée et 
son audace demeurent des références …"

Suivi d'une rencontre-débat en présence du réalisateur Jean-Michel Rodrigo et de membres de l'association « Mémoires partagées - 24 aout 1944 ».

.. et de la traditionnelle auberge espagnole pour partager ensemble nos p'tits plats et boissons

Entrée libre

https://paris.demosphere.eu/rv/63604

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