1968, et l’après-68

Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 03 Mar 2018, 15:58

Le temps ne fait rien à l’affaire - Spécial 50ans de Mai 68

suite

Episode 3 : Été chaud à la Cali

Rentrée lutte des classes en septembre 68 pour Gépé et ses camarades. Le pouvoir dissout, les rotatives tournent, les mouchards et la flicaille font leurs basses besognes. L’été 69 Gépé va le passer...à la Californie, et ça va chauffer !

à écouter : https://manif-est.info/Le-temps-ne-fait ... a-427.html
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 03 Mar 2018, 17:44

débat autour du livre
« L'envers de Flins, une féministe révolutionnaire à l'atelier »

Paris mercredi 7 mars 2018
à 19h, Centre international de culture populaire (CICP), 21 ter, rue Voltaire

Avec :
• Fabienne Lauret, son auteure
• Fanny Gallot, historienne, auteure de « En découdre. Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société »
• Christine Poupin, technicienne dans l'industrie chimique.

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Dans les années 1970, on n'utilisait pas encore le terme d'intersectionnalité. Pourtant, pour des militant-e-s qui ont fait le choix de « s'établir » dans l'industrie les engagements, féministe, antiraciste, syndical, révolutionnaire étaient intimement liés, indissociables.

Beaucoup de choses ont changé, les difficultés ne se présentent plus de la même manière, mais oppressions, exploitation, discriminations exigent toujours un combat global. La domination du capital ne se réduit pas au seul esclavage salarié, elle modèle l'ensemble des rapports sociaux et de domination et exerce sa dictature sur tous les aspects de nos vies, dans et hors les lieux de travail.

http://pourlemancipation.org/prochain-d ... -latelier/
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 14:50

Essai : L’envers de Flins : une féministe révolutionnaire à l’atelier

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Le livre de Fabienne Lauret fera revivre pour les plus ancienEs, et découvrir aux plus jeunes, une époque, celle de l’immédiat après mai 1968, où la possibilité de changer le monde semblait à portée de main. Animés par cette imminence, de jeunes révolutionnaires, femmes et hommes, n’envisageaient pas leur vie hors d’un engagement militant global, dans l’établissement dans de grandes usines, des centres de tri, à la SNCF… mais aussi dans l’ensemble de leurs choix de vie, leurs lieux d’habitation, la vie quotidienne et les relations humaines.

Quarante années à l’usine

Le féminisme bouleversait aussi le militantisme autour de l’idée centrale que « le privé est politique ». Alors que sur les lieux de travail, on « fêtait », le 25 novembre (!), les « Catherinettes » – femmes « encore » célibataires à 25 ans –, alors que la fête des mères était l’occasion de cadeaux « ménagers », y compris de la part des organisations syndicales, les groupes femmes fleurissaient un peu partout, le combat pour le droit à l’avortement mobilisait massivement… Il faudra quelques années et beaucoup de détermination pour faire naître les commissions syndicales femmes.

Le récit couvre les près de quarante années que Fabienne Lauret a passées à l’usine de Flins, de l’atelier de couture au comité d’entreprise. Profondément humain, il est riche de nombreux portraits d’ouvrières, de syndicalistes, de militantEs… Fabienne revient aussi sur les « grèves à gogo ». Entre 1972 et début 1983, « pas une semaine, pas un mois, pas une année sans grève ». Sectorielles ou générales, longues ou courtes, victorieuses ou non, ces luttes sont des révélateurs du rapport de forces et des questions posées : durée du travail, organisation du travail (réorganisation des chaînes) et surtout la place des travailleurEs immigrés, de la grève de 1973, qualifiée de « grève de sauvages » pour stigmatiser les grévistes, ouvriers venus du Maghreb ou d’Afrique pour travailler à la chaîne, à celle de 1976 pour les congés sans solde permettant d’allonger les séjours au pays…

Les débats syndicaux et politiques ont aussi leur place, sur les tactiques de lutte, l’auto-organisation et, là encore, les plus jeunes découvriront une CFDT qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que l’on connaît aujourd’hui !

Christine Poupin


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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 16:14

MAI 68 ET SES VIES ULTÉRIEURES

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« Mai 68 a été le plus grand mouvement de masse de l’histoire de France, la grève la plus importante de l’histoire du mouvement ouvrier français et l’unique insurrection « générale » qu’aient connue les pays occidentaux surdéveloppés depuis la Seconde Guerre mondiale. » Cet ouvrage s’intéresse à la mémoire de cet événement, vidé de sa dimension politique par les commentaires et les interprétations, souvent réduit à une sympathique agitation étudiante dans le seul quartier latin. Kristin Ross raconte « les années 68 ».

Dès 1963, une grève sauvage des mineurs, autant dirigée contre les responsables syndicaux que contre le patronat, éclate puis, en 1964, celle des ouvriers de l’usine Renault de Flins et sur les chantiers navals à Nantes. Des barricades sont érigées en 1966 à Redon et au Mans, chez Rhodiacéta à Lyon, à Besançon. En janvier 1968, étudiants, paysans et travailleurs affrontent la police à Caen. C’était la première fois depuis 1936 que des travailleurs en grève occupaient les usines, remettant en question, au-delà des revendications économiques, le modèle de production, la structure syndicale et la société gaulliste.
L’omniprésence de la police, seul et unique « interlocuteur » de l’État, accélère la politisation des mouvements, et la violence déployée provoque un élan de sympathie jusque dans les classes moyennes initialement peu favorable aux manifestants.

La guerre d’Algérie et surtout la distorsion entre le discours humaniste officiel de la France et ses pratiques, ont provoqué une « rupture d’identification, une désidentification à grande échelle. Le Parti communiste devient la « gauche respectueuse » tandis que la gauche radicale voit le jour. La charge meurtrière de la police le 8 février 1962 à la station de métro Charonne rend visible la guerre en plein Paris, même si cet « événement français » occultera longtemps le 17 octobre 1961 (voir à ce sujet : LA BATAILLE DE PARIS - 17 octobre 1961). Kristin Ross revient brièvement sur le parcours du Préfet de Paris d’alors, Maurice Papon. Elle explique comment en 1945 les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) ont été créées pour remplir les 7000 postes laissés vacants par des agents compromis avec le régime de Vichy, en intégrant d’anciens membres de la Résistance. En 1947, beaucoup désobéissent aux ordres de réprimer une révolte de travailleurs (pendant laquelle fut utilisé pour la première fois le slogan « CRS=SS ») si bien qu’une seconde « épuration » fut menée en 1951 afin d’éliminer les « sympathisants communistes » de la police, réintégrant les officiers précédemment écartés mais conservés dans une police parallèle pour surveiller les syndicats et le PCF.
Sa politique coloniale est le talon d’Achille de la figure mythique du gaullisme « unificateur de la nation ». Le 30 mai 68, De Gaulle à son retour de Baden Baden où il a rencontré le général Massu proche des généraux fascistes du putsch manqué de 1961, imposera sa stratégie sur le terrain même où il est contesté. 300 000 personnes descendent dans la rue pour le soutenir en scandant des slogans révélateurs de la rupture : « La France aux Français », « Les ouvriers au boulot », « Cohn-Bendit à Dachau ». Le 27 mai, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, avait été hué par les ouvriers de Billancourt à qui il venait annoncer le contenu des accords de Grenelle, négociés à la hâte pour tenter de mettre fin à la grève. En juin, tandis que toutes les organisations gauchistes sont déclarés illégales, une cinquantaine de membres de l’OAS condamnés pour assassinat, parmi lesquels les généraux putschistes d’extrême droite, sont amnistiés. Les manifestations furent interdites pendant 18 mois. La menace n’avait pas été la prise fort improbable du pouvoir par les étudiants mais le rapprochement de ceux-ci avec les luttes de masse, le débordement qui menaça l’existence même des organisations. Dès lors, la stratégie du gouvernement, et aussi des syndicats, avait été de les séparer, par tous les moyens : « séquestration des manifestants dans le ghetto du Quartier latin », occupations d’usine pour ancrer les ouvriers à leur place et supprimer les communications.

Pour chercher à comprendre les aspirations du mouvement de mai 68, Kristin Ross revient sur la distinction entre la tendance léniniste de la révolution, qui vise la prise de pouvoir jusqu’à en « devenir sa réplique fidèle avec la division hiérarchique qui demeure le fondement de l’État », et les théories de Rosa Luxemburg qui s’appuient sur la base pour créer l’embryon de la société nouvelle. Elle décrit le fonctionnement des nombreux Comité d’action (plus de 460 le 31 mai dans la seule région parisienne) et explique que le mouvement ne cherchait nullement à s’emparer du pouvoir mais à réaliser des formes de démocratie directe et d’auto-organisation collective.
La Chine maoïste incarnait dans le tiers-monde le renouveau de la promesse de socialisme révolutionnaire qui avait été trahie par l’Union soviétique.
Le combattant vietnamien fournissait la figure de transition entre l’Autre colonial et le travailleur français, comme l’avait fait l’Algérien au début des années 60. Le Viêtnam fût l’étincelle qui alluma le brasier de la violence étudiante et permit de développer une position communiste dissidente du PCF, plus radicale. Beaucoup de Comités Viêtnamiens de Base (CVB), créés en 1967, devinrent des Comités d’action en mai.
L’Occident cessait d’être « la mesure de tout ». Les éditions Maspero, notamment, ont contribué à la diffusion des écrits de Frantz Fanon, de Che Guevara, etc. La théorie n’était plus générée par l’Europe mais par le tiers-monde.
La pratique de l’ « établissement » consistait pour des intellectuels à se faire engager dans les chaînes des usines dans l’objectif de créer de nouvelles relatons sociales à la base.
Kristin Ross recense également quelques publications, notamment dans le domaine de l’histoire sociale, qui avaient pour soucis commun de prolonger l’effervescence intellectuelle, d’orienter l’action politique.
Libération fut fondé en mai 1973, sous les auspices de Jean-Paul Sartre, pour « aider les gens à prendre la parole ». Tous les employés percevaient le même salaire et partageaient équitablement les tâches de rédaction et de production. Mais rapidement, le journal a délaissé ses humbles origines maoïstes pour devenir ce que ses journalistes nomment eux mêmes la « Pravda de la nouvelle bourgeoisie ».

Kristin Ross analyse que la commémoration du vingtième anniversaire fut plus précisément son procès, prélude au bicentenaire de la Révolution française. François Furet et les Nouveaux Philosophes oeuvrèrent ensemble à coproduire et à diffuser un nouveau vocabulaire critique centré sur le thème du « totalitarisme », une doxa selon laquelle les « excès » de la Révolution française sont considérés comme les racines des discours et des pratiques totalitaires. De la même façon, Mai 68 est présenté comme une violence infligée au cours naturel des choses, à la marche vers le libéralisme. Des stratégies narratives comme l’autocritique ou le concept même de « génération », des astuces rhétoriques et des personnalités, seront à l’oeuvre dès le milieu des années 70 puis plus efficacement dans les années 80, pour construire le récit révisionniste dominant de 68.
Bernard Kouchner, par exemple, en s’arrogeant, dix ans plus tard, la « découverte » du tiers-monde, toujours damné mais victime de la misère née des famines, des inondations et des dictatures. Il balayera toutes les relations du mouvement avec les luttes anti-coloniales et anti-impérialistes, réduira à néant toute la subjectivation politique.
La dimension collective est occultée, résumée à quelques leaders qui deviennent emblématiques dans la mesure où ils s’émancipent de leur militantisme passé, renoncent à « leurs illusions ». De même pour réduire le mouvement à un mai étudiant centré sur le Quartier latin, les grèves et les nombreux évènements hors de Paris sont effacés des souvenirs. Les Nouveaux philosophes (dont Gilles Deleuze a sévèrement critiqué la vacuité de la pensée) ont créé une confusion entre « totalité » et « totalitaire » pour discréditer toute analyse systémique, toute pensée vaguement utopique, toute tentative de changement social qui ne pourrait qu’être porteur des germes du « goulag ». Il s’agissait de réduire l’ensemble des débats et des actions politiques de Mai 68 à l’expression d’une immense illusion collective.
Dès lors, vidé de sa dimension politique, il ne restait plus qu’à « réencoder » Mai comme « un moment d’adaptation de la modernité d’un capitalisme longtemps en sommeil ». À la manière d’un « album de famille », la « génération » était désormais résumée à « ceux qui sont passés du col Mao au Rotari club», « petite clique » d’ex-leaders étudiants, « irrépressibles individualistes » essentiellement intéressés par la « libération des moeurs », « presque tous engagés dans la culture et la communication », désormais ravis de faire partie intégrante de l’ordre établi. À contre-sens complet, Mai est désormais présenté comme un mouvement de modernisation marchant de pair avec l’économie de marché, et toutes nouvelles revendications et préoccupations, comme celle des grèves de 1995 par exemple, sont considérées comme des anomalies anachroniques, rétrogrades et conservatrices.

Dénonçant cette lente et très efficace confiscation de la mémoire de Mai 68, Kristin Ross réhabilite ses dimensions sociale et politique occultées par les discours révisionnistes, en particuliers ceux d’une gauche convertie au vertus du libéralisme. Son analyse, appuyée sur les tracts et affiches publiés à l’époque, les ouvrages et articles parus depuis, notamment lors des commémorations, ainsi que des documents audiovisuels, permet une réappropriation de ce passé.
Ouvrage nécessaire pour comprendre cette technique idéologique à l’oeuvre aujourd’hui encore et la combattre, pour ne jamais se laisser déposséder de sa parole.

MAI 68 ET SES VIES ULTÉRIEURES
Kristin Ross
Traduit de l’anglais par Anne-Laure Vignaux
258 pages – 19,90 euros
Éditions Complexe – Collection « Questions à l’Histoire – Bruxelles – Février 2005
376 pages – 12,20 euros
Éditions Agone – Marseille – Octobre 2010
https://agone.org/

https://bibliothequefahrenheit.blogspot ... .html#more
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 04 Mar 2018, 22:34

Prochain débat autour du livre
« L'envers de Flins, une féministe révolutionnaire à l'atelier »

Paris mercredi 7 mars 2018
à 19h, Centre international de culture populaire (CICP), 21 ter, rue Voltaire

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Avec :
• Fabienne Lauret, son auteure
• Fanny Gallot, historienne, auteure de « En découdre. Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société »
• Christine Poupin, technicienne dans l'industrie chimique.

Dans les années 1970, on n'utilisait pas encore le terme d'intersectionnalité. Pourtant, pour des militant-e-s qui ont fait le choix de « s'établir » dans l'industrie les engagements, féministe, antiraciste, syndical, révolutionnaire étaient intimement liés, indissociables.

Beaucoup de choses ont changé, les difficultés ne se présentent plus de la même manière, mais oppressions, exploitation, discriminations exigent toujours un combat global. La domination du capital ne se réduit pas au seul esclavage salarié, elle modèle l'ensemble des rapports sociaux et de domination et exerce sa dictature sur tous les aspects de nos vies, dans et hors les lieux de travail.

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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 06 Mar 2018, 23:50

Ludivine Bantigny: « Le monde ouvrier n’a pas disparu des radars de la mémoire »

Quimper mercredi 7 mars 2018

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Plus on est jeune, plus on occulte la dimension ouvrière des manifestations de mai-juin 68, note Ludivine Bantigny, qui analyse les réponses de notre sondage Harris Interacrive. Le résultat d’un travail de reconstruction de la mémoire opéré par certaines figures emblématiques du mouvement.

Ludivine Bantigny : En première approche, cette réponse ne surprend pas, évidemment. L’événement a marqué les générations qui l’ont directement connu, même celles et ceux qui étaient à l’époque enfants : c’était un moment en suspens, au sens strict extra-ordinaire, par les grèves, les occupations d’usines, de bureaux, de magasins, de ports, d’écoles, de lycées et d’universités, de théâtres et de maisons de la culture…

Des personnes qui ne se connaissaient pas se sont mises à se parler. Il y avait des comités de grève, des comités d’action et de quartier. L’économie était bloquée. La joie parcourait les manifestations. Elle se mêlait aussi de peur chez celles et ceux qui ne voyaient dans la contestation qu’un chaos : le pouvoir brandissait d’ailleurs le spectre du totalitarisme et la hantise de la guerre civile. Ensuite, pendant des décennies et spécialement à chaque anniversaire, 68 est revenu en mémoire, en général pour comparer les nouvelles générations à celles qui avaient « fait Mai ».

En 1986, lors du grand mouvement des lycées et des étudiants contre le projet de loi Devaquet, ou en 2006, lors de la grève contre le CPE (Contrat Première Embauche) défendu par Jacques Chirac et Dominique de Villepin, les commentateurs les plus sceptiques ou dubitatifs ont eu tendance à rabaisser ou dénigrer ces mouvements sociaux importants en avançant qu’ils n’avaient pas la flamboyance de 1968. On peut regretter que les plus jeunes n’aient pas une connaissance claire de ce qui s’est passé alors en France mais aussi un peu partout dans le monde, de Tokyo à Berkeley, de Milan à Berlin, d’Istanbul à Tunis et de Nantes à Strasbourg en passant par Paris et Nanterre ; on peut déplorer que cet événement si important, qui à certains égards a eu des retombées structurelles, profondes, soit si peu enseigné.

Mais il faut nuancer. D’abord en se disant qu’après tout, mieux vaut que les jeunes d’aujourd’hui aient été épargnés par toutes les caricatures et les clichés qui ont défiguré 1968 et lui ont associé des conséquences supposées à mille lieues de ce qu’a été l’événement (le néolibéralisme, l’individualisme ou bien encore une petite révolte de « fils à papa ») : pour celles et ceux qui ont vécu cette grève générale, ce doit être douloureux de se voir ainsi dépossédé·e·s par quelques commentateurs ou même quelques anciens de 1968 qui tiennent aujourd’hui, si l’on peut dire, le haut du pavé politique et médiatique. Il n’est pas plus mal que les jeunes se fassent désormais leur propre opinion en lisant des articles ou des livres d’histoire. Et de surcroît, bien des jeunes engagés dans notre présent le plus brûlant sont avides de comprendre ce qui s’est passé et quels étaient les projets nés en 1968 pour réellement « changer la vie ».

L. B. : Quand on regarde attentivement le « nuage de mots » constitué des réponses à cette question, on est d’abord frappé·e par une certaine justesse. Les manifestations et les barricades sont bien sûr présentes, mais aussi les grèves : c’est important et rassurant quant à la mémoire de l’événement. Pendant des années, et surtout à compter de la décennie 1980, un certain discours sur les événements a négligé absolument la grève générale alors que près de dix millions de personnes en France ont tout simplement décidé de s’arrêter, à un moment, de travailler, pour réfléchir à leur vie, à leur travail, à leur ville et leur quartier, à la manière dont ces vies pourraient changer, s’émanciper des carcans qui pesaient alors sur la société. « Ouvriers » est un mot largement supplanté par le mot « étudiants », mais il est tout de même présent ce qui est réconfortant quand, là aussi pendant des années, le monde ouvrier semblait avoir disparu des radars de la mémoire. « Révolte » et « révolution » apparaissent aussi en bonne place, ce qui semble adéquat à l’événement : ses participantes et participants avaient vraiment l’espoir de changements profonds, entre réformes et révolution. On travaillait beaucoup à cette époque, en moyenne 46 voire 48 à 50 heures par semaine et on ne voulait plus perdre sa vie à la gagner.

On rejetait une sorte de mécanique de l’existence et les salariés qui, dès 1967, avaient fait grève dans les usines Rhodia aspiraient à être « des hommes, pas des robots ». Des chrétiens, catholiques notamment, et parmi eux des prêtres ont participé à l’événement et soutenu les grévistes en rejetant le critère de l’argent-roi dans une société de plus en plus tournée vers la productivité à outrance, le consumérisme et la publicité. Certaines et certains avaient, au-delà, l’espoir d’en finir avec une société du capitalisme et du marché : il est donc logique que « révolution » figure en bonne place dans ce « nuage ».

À y regarder de plus près cependant, si l’on peut comprendre que le mot « étudiants » figure en si bonne place – centrale, dans cette composition de mots –, on se dit qu’il y a encore beaucoup à faire pour souligner que les étudiantes et étudiants étaient alors une petite minorité (12 % de leur classe d’âge seulement). En réalité, non seulement les premières grandes grèves, les premières barricades et les premiers lancers de pavés, dès l’automne 1967 et le début de l’année 1968, étaient le fait d’ouvriers et de paysans, à Redon, Quimper ou Caen, mais encore les étudiants de Nanterre et du Quartier latin ont été rejoints dès les premiers jours de mai par des jeunes de toutes conditions, beaucoup d’ouvriers, d’employés, de techniciens, de jeunes boulangers, bouchers, coursiers, plongeurs de restaurant ou encore garçons de café… Il y a eu très tôt un brassage social dont les mots retenus ici ne rendent pas compte.

Un autre fait frappant est que le mot « occupations » n’apparaît pas ; c’est pourtant une singularité profonde de l’événement, ce qui le rapproche du Front populaire. Enfin, il est question de la « Sorbonne » et de « Paris », et pourtant, tout le pays a été traversé par le mouvement. Partout il se passe quelque chose, des grèves même dans de toutes petites entreprises, de manifestations et des rassemblements. L’événement 1968 est tout à la fois très local, national et mondial.

L. B. : Cette réponse est très étonnante et mérite qu’on s’y arrête. Si les responsables politiques ont peu à peu perdu la confiance des citoyens, c’est en raison des politiques menées et non pas « à cause » de 68. Si cette confiance s’est « dégradée », c’est parce que bien des promesses n’ont pas été tenues et bien des espoirs ont été déçus.

Parmi les protagonistes de l’événement 1968, certaines et certains ont cherché à repenser la démocratie et à lui retrouver de nouvelles formes, comme avaient pu le faire des révolutionnaires au XIXe siècle : assemblées générales, comités d’entreprises et de quartiers, démocratie directe, idée que tout un chacun est légitime à s’occuper de la chose politique, de ce qui fait du commun et de ce qui fait la « cité » (la polis grecque qui donne notre mot « politique »). Cette conception n’a jusqu’à présent pas été mise en œuvre, pas davantage qu’elle ne l’a été en 1848 quand la République a été instaurée et que des ouvriers avaient imaginé alors une république fondée sur la démocratie directe. Mais rien ne dit que cette idée soit obsolète et rien ne dit qu’elle ne reviendra pas en force, étant donnée l’immensité du désenchantement à l’égard de « représentants » qui parfois ne représentent que leurs intérêts…


2 mars 2018 Propos recueillis par Simon Blin

https://www.nouveau-magazine-litteraire.com


http://npa29.unblog.fr/2018/03/03/ludivine-bantigny/
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 08 Mar 2018, 15:08

Présentation de l'ouvrage "Trimards : "Pègre" et mauvais garçons de Mai 68"

Toulouse vendredi 9 mars 2018
à 19h, CRAS 39, rue Gamelin

en présence de l'auteure Claire AUZIAS

"Le livre de Claire Auzias (sorti aux éditions Atelier de Création Libertaire) présente à la fois la passion que fut Mai 68 en France, mais aussi sa complexité, sans occulter les divisions qui existaient dans l'extrême gauche. Le tableau qu'elle nous présente de ces "trimards" et autres mauvais garçons, nous invite à sérieusement réviser les lectures abstraites et théoriques sur la révolution. Ce travail confirme qu'une autre histoire est toujours possible. Trimards à Lyon, loulous à Grenoble, zonards à Nantes, katangais à Paris ou Mouvement révolutionnaire octobre à Bordeaux, pour l'auteure ce Lumpenproletariat était l'autre face de la Révolution.

Claire Auzias a publié «  Un mai mineur  » il y a trente ans, un titre hommage à Deleuze et Guattari, dans lequel elle conte ses «  Mémoires d'une révolutionnaire  » (IRL, 1988). Elle a aussi précisé quelques aspects de son Mai 68 dans "Claire l'enragée", un dialogue avec Mimmo Pucciarelli (ACL). Ici, elle est historienne de ce qu'elle connaît si bien, grâce à une abondante documentation inédite. Son travail sur l'histoire montre que, en scénographie comme en littérature, les éclairages peuvent se déplacer, se croiser, se renforcer et s'illuminer à l'infini."

Pourquoi alors l'avoir fait venir ?

Claire Auzias propose un autre angle d'analyse historique et social sur les évènements de 1968. Son travail se porte sur un corpus de sources variées. Elle défend ainsi l'utilité et l'importance des témoignages, souvent délaissés par d'autres chercheur-ses. Elle fait "sortir de l'ombre" tout-es ses militant-es, souvent socialement précaires. Auzias dresse d'autres portraits de ces personnages, loin des représentations de mercenaires par exemple. L'intérêt de son travail est donc aussi d'ordre méthodologique : elle ne revendique pas une sacro-sainte objectivité de ses travaux mais un esprit critique et ouvert à d'autres disciplines.

Cet ouvrage fait également écho à une certaine actualité militante et par là historique. A l'heure d'une relative victoire de la lutte contre l'aéroport de Notre Dame des Landes, on ne peut que penser aux zadiste-s, squatteur-es et autres occupant-es de divers lieux qui continuent de fleurir ici ou ailleurs... Cela pour rappeler, que les fragiles et/ou les isolé-es, les hors "normes politiques" sont aussi, bien qu'étant très impliqué-es dans les luttes, les oublié-es de l'Histoire...

Déroulement de la soirée :
• Présentation du CRAS (Centre de Recherches pour l'Alternative Sociale)
• Présentation de l'ouvrage par C. Auzias puis temps d'échanges et de questions
• Soupe, tapas, grignotage variés et boissons.

soirée co-organisée par le CRAS et le Centre Monbiola, entrée prix libre mais nécessaire.

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https://cras31.info/spip.php?evenement193&lang=fr
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 09 Mar 2018, 13:24

Cycle mai 68 à la BAM

Bibliothèque Autogérée de Malakoff
au 14 de l’Impasse Carnot à Malakoff

jeudi 15 mars à 19h30
Présentation et discussion sur l’avant 68 en France et dans le monde.

jeudi 22 mars à 19h30
Projection de La coupe à 10 francs, de Philippe Condroyer (1974).
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 10 Mar 2018, 20:10

Mars 68 : le jour où l’école a failli changer

Le 15 mars 1968, s’ouvrait à Amiens, à l’initiative d’un certain nombre de professionnels de l’ éducation, un colloque - « pour une école nouvelle » - dont le souvenir est resté très vif dans les mémoires, non pas tant pour les résultats immédiats – très minces en réalité – que par le sentiment, 50 ans plus tard, d’une occasion manquée. Quelques semaines avant les événements de mai, quelque chose était réellement possible mais n’est jamais advenu.

Enthousiasmée par ce qu’elle appelle « le foisonnement des années 1960 », Suzanne Citron, observatrice enthousiaste et actrice engagée dans les remises en causes du moment, évoque ces « deux journées d’intense remue-méninges au cours desquelles le système éducatif est passé au scalpel et où les propositions abondent – finalité de l’enseignement, enseignements et horaires, formation culturelle de l’individu, cloisonnement des disciplines, structure des établissements, formation initiale et permanente des maîtres etc ». Evaluation chiffrée des élèves, classements, organisation des savoirs autour des traditionnelles disciplines scolaires, finalités de l’enseignement, relations maîtres-élèves, rôle des parents : les participants - tous concernés par l’éducation mais pas seulement enseignants - qui n’ont rien de dangereux révolutionnaires, ne s’interdisent aucune remise en cause.

Convaincus de l’inadaptation de l’école à son temps, en particulier parce que l’explosion scolaire des années 50 et 60 avait ouvert la porte des études secondaires aux enfants issus de milieux sociaux qui jusque là n’y avaient pas accès, tous ont le sentiment qu’il y a urgence à changer l’école : « Profondément troublés par l’inadaptation d’un système éducatif hérité du 19e siècle, dont la centralisation excessive, la rigidité et l’inertie leur apparaissent d’autant plus graves au moment où s’effectue, comme dans les autres grands pays développés, le nécessaire passage à une formation secondaire et supérieure de masse, [les participants du colloque] affirment l’urgence d’une rénovation éducative aussi bien que pédagogique qui ne peut se concevoir que dans la perspective d’une éducation permanente de la nation. La mise en œuvre d’une politique nationale de rénovation éducative ne saurait être différée, sans risque de sérieuses tensions psychologiques, économiques et sociales. » (déclaration finale lue par André Lichnerowicz)

Pour saisir l’esprit du temps – il s’agit bien de l’avant Mai 68 – il faut préciser que ce colloque, au départ organisé en dehors des circuits officiels, avait reçu la caution du ministère de l’Education nationale et du ministre en personne, Alain Peyrefitte dont le discours final mérite, 50 ans plus tard, de retenir toute l’attention. Le ministre, pourtant réputé conservateur, en appelle à une « opération de rénovation pédagogique (…) aux méthodes maintenant éprouvées d’une pédagogie active, d’une pédagogie de la confiance, d’une pédagogie de l’encouragement », avant de préciser ses vues : « Que signifie en effet pour les maîtres la rénovation pédagogique ? Une transformation de la relation avec les élèves […], avec la société […], entre eux. Je retiens volontiers […] le mot d’ « animateur » qui a été employé ici. Il faut renoncer à une école qui a été établie, selon le mot de Tolstoï, « non pour qu’il soit facile aux enfants d’apprendre mais pour qu’il soit commode aux maîtres d’enseigner. » Et de conclure devant des participants dont les travaux se trouvent ainsi légitimés : « Des dispositions pratiques seront prises pour que les travaux préparatoires et les suggestions de votre colloque d’Amiens […] puissent être exploités par la commission de rénovation de la pédagogie […] L’air purifiant que nous respirons ici, il ne faut pas qu’il nous ait tonifiés sans lendemain. Nous allons nous occuper d’assurer le relais de vos efforts […] »

Un discours officiel qui, 50 ans plus tard, laisse rêveur. Car 50 ans plus tard, on voit le chemin parcouru… en marche arrière. Alors que la pédagogie fait l’objet, dans la bouche même de l’actuel ministre de l’EN, sous le nom de « pédagogisme », d’une véritable détestation, que la solution aux difficultés des élèves prend la forme d’un repli frileux sur des traditions qui n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité, que la méfiance de l’institution pour ses personnels tourne à l’infantilisation de ces derniers, que la communication frénétique remplace le débat et que la recherche s’efface devant la démagogie, au contraire, en mars 68, le plus haut responsable de l’éducation fait l’éloge des pédagogies actives, encourage la responsabilisation des acteurs et surtout place l’élève au centre du système, bien avant que cette formule galvaudée (attribuée à la loi d’orientation de 1989) ne devienne la cible de tous les conservateurs jusqu’à nos jours. Que Peyrefitte ait été sincère ou opportuniste importe peu en regard de cette réalité : il y a 50 ans, la question scolaire pouvait être publiquement et officiellement posée dans le cadre d’un débat rationnel, là où aujourd’hui l’outrance, les contrevérités, l’imposture ont imposé leurs canons.

Remarquable, également, la chronologie de cet épisode, le colloque d’Amiens prenant place dans un mouvement déjà ancien (« l’école nouvelle » - le colloque avait reçu une lettre d’encouragement d’Elise Freinet) qui dépasse très largement les événements de Mai 68, auxquels les traditionalistes de toute obédience continuent pourtant obstinément de se référer comme point de départ de l’école d’aujourd’hui. Une erreur d’appréciation d’autant plus manifeste qu’au final, l’effervescence du colloque d’Amiens, tellement riche de promesses, ne se traduira que très marginalement dans la législation scolaire. L’impact du colloque sera noyé dans les événements du printemps et surtout, ce qu’on a souvent tendance à oublier, à Mai 68 succèdera avril 69 : après la démission de De Gaulle, l’arrivée au pouvoir de Pompidou, agrégé de lettres classiques, normalien, conservateur revendiqué, sonnera le glas des folles espérances de mars 68 et des années 60.

Ce que Suzanne Citron relate avec justesse : « L’irruption inattendue des événements de mai sur le devant de la scène française, quelques semaines après ce studieux week-end, devait recouvrir de silence les travaux approfondis et créatifs d’Amiens. Les actes du colloque seront publiés par Dunod en 1969, année de découragement et de reflux du mouvement de mai. Ils tomberont, comme tant d’autres travaux pertinents, dans les oubliettes de la rue de Grenelle. » Très lucide sur les oppositions à venir et qui n’ont jamais cessé jusqu’à nos jours, elle ajoute : « Les obstacles et les oppositions qui, depuis un demi-siècle, clouent dans l’impuissance les tentatives de réforme du « mammouth » n’ont jamais été aussi évidents que dans l’occultation de ces grandes journées. La ferveur qui animait les participants était aux antipodes de la morosité parfois venimeuse de certaines polémiques ultérieures. Les fantasmes actuels de quelques intellectuels médiatiques sur de prétendus pédagogues destructeurs des savoirs étaient inimaginables. »

(1) - Suzanne Citron : « Mes lignes de démarcation. Croyances, utopies, engagements », Editions Syllepse, 2003.


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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 12 Mar 2018, 13:13

Conference-débat : " L’envers de Flins "

L'Université Populaire de Toulouse invite Fabienne Lauret le mardi 13 mars à 20H30 au Bijou, 123 avenue de Muret, Toulouse.

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Une féministe révolutionnaire à l'atelier.

Le 3 mai 1972, Fabienne Lauret est embauchée à l'atelier couture de Renault-Flins. Issue de la génération de Mai 68, membre du groupe Révolution !, elle est une établie, comme on appelle ces jeunes militant·es qui entraient en usine pour changer le monde. Elle y restera plus de trente-six ans.
Loin des clichés habituels, elle nous raconte la condition ouvrière moderne, la souffrance au travail, l'exploitation quotidienne.
Féministe, elle est plus particulièrement sensible à la condition des ouvrières et au sexisme dont elles sont victimes, tant de la part de leurs collègues ouvriers que de la direction patronale. La bataille qu'elle mène avec détermination est longue, rude et exige une infinie patience.

Militante CFDT, puis déléguée syndicale, elle anime ses premières grèves. Indissociables de son parcours professionnel, ses activités syndicales nous plongent au cœur des fortes luttes sociales qui ont secoué l'usine de Flins.
Élue au comité d'entreprise, puis salariée de celui-ci, elle participe au développement d'une autre conception de cette institution sociale, qui heurte les conservatismes de la direction syndicale qui succède à la CFDT et qui utilise contre elle les méthodes patronales les plus éculées.

L'Envers de Flins, parcours de vie, parcours de lutte, est aussi le témoignage vivant et fort d'une féministe ouvrière qui n'a jamais renoncé à transformer le monde.

Fabienne Lauret est née en 1950 à Boinville-en-Mantois (78), étudiante puis établie ouvrière mécanicienne à Renault-Flins, elle est ensuite bibliothécaire et animatrice du comité d'entreprise. Militante CFDT (1973-2008), elle a été membre du groupe Révolution ! devenu Organisation communiste des travailleurs (1972-1979), puis du Nouveau Parti anticapitaliste.
Aujourd'hui retraitée, elle vie dans les Yvelines et est militante associative à Attac, féministe et altermondialiste.

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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 13 Mar 2018, 05:18

Jacques Wajnsztejn raconte l’émeute du 24 mai 68 à Lyon

Mai 68 à Lyon, Retour sur un mouvement d’insubordination [Bonnes feuilles]

Jacques Wajnsztejn, animateur de la revue Temps critiques raconte et c’est passionnant. Extrait de son livre Mai 68 à Lyon, Retour sur un mouvement d’insubordination.

Il est aussi l’auteur, avec Jacques Guigou de Mai 68 et le mai rampant italien paru à L’Harmattan ainsi que d’un ouvrage intitulé La tentation insurrectionnaliste.

Pour revenir à une généralité qui concerne les manifestations de mai-juin, il faut noter, en dehors du nombre de manifestants nettement plus important à Paris qu’en province, une différence d’attitude de la police qui, en province, semble avoir reçu l’ordre de temporiser, de ne jamais provoquer, ce qui est loin d’être le cas à Paris où, malgré toutes les dénégations du préfet Grimaud, la logique de dispersion/répression pure et simple de tout attroupement à partir d’une certaine heure s’avère systématique. D’ailleurs, toutes les forces de police seront progressivement concentrées sur Paris où arrivent dès le 11 mai, c’est-à-dire au lendemain de la première nuit des barricades à Paris, de longs convois gris-vert en provenance de la province. Ils contiennent leur réserve de troupes fraîches de CRS.

C’est toute cette géo-politique de la répression que nous voulions mettre à mal le 24 mai [1]. Notre prise de position rompait avec ce qui avait été la position dominante dans le Mouvement du 22mars parisien, surtout sous l’influence de Cohn-Bendit : ne jamais attaquer la police en premier [2]. Ainsi, la nuit des barricades, le vendredi 10 mai, alors que des cris « A la Sorbonne » retentissent parmi les manifestants et signalent une volonté de la reprendre de force, Daniel Cohn-Bendit joue l’unité avec Geismar (SNESup) et Sauvageot (UNEF) en appelant à occuper pacifiquement le quartier latin quitte à résister ensuite à l’attaque des policiers.

Si notre prise de position à Lyon pour le 24 était plus tactique que stratégique — ce n’était pas un appel à l’insurrection — il n’en demeure pas moins qu’elle impliquait quand même l’idée que le pouvoir était dans la rue, ce qui nous allons le voir, allait entraîner pas mal de polémiques et confusions au lendemain de cette nuit du 24/25 mai.

Plus concrètement, nous avions caché nos intentions jusqu’au dernier moment en organisant une réunion séparée et “fermée”, pour préparer le détournement de la manifestation dans un premier temps (des Célestins terminus de la proposition syndicale vers notre objectif de la Préfecture), son débordement dans un deuxième temps. Pendant ce temps, quelques-uns d’entre nous (Jean-Claude Lardy par exemple) se rendaient quand même à la réunion principale, pour faire acte de présence, prendre la température... et donner le change.

Il n’y avait nul fantasme militariste là-dedans. Nous nous étions juste dit que si nous ne faisions rien les manifestants parisiens seraient de plus en plus isolés et réprimés par toutes les forces de l’ordre disponibles sur le territoire. Il nous apparaissait donc nécessaire de décongestionner Paris de ses forces de police, de donner une bouffée d’air à nos camarades. Même si nous en avons pris l’initiative, cette décision n’était pas le fruit d’une manipulation que nous aurions commise en tant qu’avant-garde par rapport aux “larges masses” ; c’était plutôt exprimer et décider tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas : « La manif du 24 à Lyon était inéluctable depuis deux jours. La plupart des militants, toutes les bureaucraties existantes, petites ou grandes, n’avaient consciemment ou inconsciemment, qu’un objectif depuis trois jours, l’éviter. J’en veux pour preuve toutes les assemblées générales dans lesquelles tous les gars qui avaient du bon sens politique intervenaient contre, pour preuve encore l’initiative de la CGT appelant à des meetings — mais en commettant ce lapsus énorme que de fixer l’heure de ces meetings 1 h 30 avant celle prévue pour la manifestation centrale étudiante. Il était tellement évident pour tout le monde qu’elle aurait lieu que même les gars qui prenaient la parole pour dire : “je suis contre” savaient que c’était inutile. Le fait qu’on trouve en train de fabriquer des barricades et de transporter des pavés des délégués syndicaux du PC qu’on avait vu la veille dans les discussions auprès de telle ou telle usine, des gars qui étaient “reconnus”, qui n’étaient pas des oppositionnels avérés, le fait que ces gens-là se soient montrés joyeux au milieu des barricades en question, ne me semble pas spécifique, parce qu’il y a des tas de manifestations de ce genre à Paris, mais en tout cas une preuve de l’inéluctabilité du phénomène [3] ».

Autre signe de cette préparation, nous avions diffusé massivement le 23 mai, le tract “Consignes de sécurité pour manifestants”, tract signé d’un improbable “SO sécurité [4]”. Ce tract contenait un certain nombre de consignes de base sur les protections vestimentaires (rembourrages, gants, casques, chaussures montantes, lunettes) et médicales (citrons) ; le fonctionnement de groupes en cas de confrontation avec la police (privilégier les groupes de cinq), les moyens techniques de se défendre (gourdins et bâtons d’un mètre maximum sinon trop difficiles à manier pour des néophytes), pour les barricades prendre soin de renverser les voitures sur le côté réservoir d’essence, s’entraîner collectivement au maniement des bâtons, ce qui se faisait tous les soirs dans les sous-sols de la faculté et en n quelques conseils plus offensifs (frapper niveau clavicule et à la volée au niveau jambes, haut et arrière des cuisses afin d’éviter les risques de tuer).

Dans la pratique, l’opération ne semblait pas difficile à réaliser. Il suffisait pour cela de détourner la manifestation de l’objectif officiel des syndicats étudiant et enseignant qui était la place des Célestins et l’occupation du théâtre du même nom pour faire suite à l’occupation du théâtre de la cité à Villeurbanne la veille, puis d’entraîner le plus gros du cortège vers les quais du Rhône, direction la Préfecture. En conséquence de cette décision et de l’attente générale, un matériel offensif et défensif est préparé, chargé dans deux voitures et déversé au cours de la manifestation entre le pont et le cours Lafayette. Nous étant mêlés au service d’ordre de l’AGEL- UNEF depuis le début de la nouvelle manifestation “sauvage”, nous le faisons exploser sans problème puisque des membres du service d’ordre de l’AGEL et des ESU semblent alors en plein accord avec nous sans que nous ayons passé formellement un accord avec eux (cf. annexe II). Deux voitures pleines de matériel nous attendent au pont Lafayette côté Préfecture. Nous déchargeons, mais nous nous trouvons plutôt encombrés avec de longs bâtons [5] type aïkido, trop lourds à manier. De toute façon nous n’avons pas vraiment le temps de nous organiser, une charge violente de CRS nous disperse d’où va naître la séparation entre deux groupes de manifestants puisque certains repassent le pont Lafayette pour se retrouver à hauteur du Grand Bazar tandis que d’autres enfilent le cours Lafayette et dressent une première barricade à l’angle de la rue Pierre Corneille et une fois qu’elle est prise par la police, une seconde à l’angle de la rue Molière. Sur le quai, en direction de la Préfecture, la police a du mal à avancer car le vent a changé de sens et le gaz des grenades fait retour à l’envoyeur. Au tout début tout du moins, quand il fait encore jour, les pompiers ne facilitent pas la tâche des forces de l’ordre et il y a même de la “frite” entre eux. Il faut dire qu’il y a un vieil arriéré entre eux, les pompiers ayant eu souvent maille à partir avec la police au cours de leurs propres manifestations et comme ils sont équipés... C’est seulement pendant la nuit, qu’objectivement ils feront un peu le travail de la police en éteignant des feux que nous allumions un peu partout.

Dès le début nous enregistrons au moins deux blessés graves à la tête de nos rangs, Michel Bresse membre du “groupe de Villeurbanne” et mon camarade Pierre Nahon étudiant en droit de l’UNEF et sportif d’assez haut niveau. Pour eux deux le mouvement de mai n’ira pas jusqu’en juin. Christian S qui n’est pas étudiant et est lié à Sylvain, Everest et Manolo, est lui aussi blessé à la tête, mais il ne restera que peu de temps à l’hôpital. La police, elle aussi enregistre un nombre de blessés conséquent [6]. Il faut dire que les CRS de l’époque n’étaient pas très bien équipés : des brodequins aux pieds qui ne montaient pas jusqu’aux chevilles, des vêtements non ignifugés, des boucliers peu protecteurs. Rien à voir avec aujourd’hui où la technologie semble n’avoir joué que dans un seul sens avec une asymétrie des forces en présence qui va grandissante. Mais quand même, les faire reculer ou les voir tomber nous donnait l’impression que le pouvoir n’était pas invulnérable et même pour celui qui n’avait aucune intention révolutionnaire ou même critique cela produisait son effet [7].

Côté Cordeliers, les grilles de l’église Saint-Bonaventure sont arrachées et des engins de travaux publics (dont un compresseur) arrivent de je ne sais où qui permettent de commencer à dépaver la chaussée. Mais là encore une difficulté technique imprévue se présente. Dans ce quartier il n’y a que peu de “têtes de pioche”, les petits pavés du Moyen âge qu’on trouve en grand nombre dans le quartier St-Jean et à Paris et qui sont l’idéal pour le jet de pierre : bon poids, bonne taille pour la prise en main. Là, nous n’avons que les énormes pavés du XIXe siècle qui ne peuvent servir qu’à l’édification de barricades, mais faut-il encore organiser des sortes de chaînes pour les porter à l’endroit décidé, c’est-à-dire à hauteur de la brasserie des Trois Dauphins qui fait l’angle avec le quai [8].

Finalement et concrètement, on privilégiera plutôt les lance-pierres et boulons qui ont été dévalisés dans toute la ville et les cocktails molotovs.

Au-delà de son caractère symbolique/historique la barricade est le signe de notre repli défensif après les premiers affrontements de la fin d’après-midi. Mais elle nous permet maintenant de développer quelques charges rapides et elle constitue une protection relative quand nous reculons. Et surtout, au niveau du moral, elle fait office de marqueur et signale que nous “tenons” la presqu’île.

L’hétérogénéité sociale et politique de la manifestation a souvent été relevée soit pour la positiver soit pour la dénigrer, mais elle était effectivement perceptible à l’œil nu. La barricade est œuvre collective et y participent jeunes et plus vieux, militants en tenue de combat et personnes “bien habillées”, femmes et hommes (costume/ cravate, petit tailleur). Comment l’expliquer ? Déjà, le fait qu’elle soit devenue une autre manifestation à partir des Célestins a fait baisser la proportion d’étudiants dans sa composition ainsi que le nombre de syndicalistes (la CFDT s’était jointe à l’appel) ; ensuite, le fait qu’elle perdure sur deux rives du Rhône pendant de longues heures a pu attirer de nouveaux manifestants potentiels ainsi que des personnes qui se sont décidées au dernier moment, poussées par le climat d’émeute [9]. Il y avait enfin quelques personnes d’expérience, des réfugiés espagnols et je me rappelle d’un hongrois qui dirigeait un peu la manœuvre pour nous faire repasser sur la presqu’île par la passerelle du lycée Ampère après le premier affrontement. Il disait “avoir fait” 1956 à Budapest. Nous ne sommes pas allés vérifier, mais sur le moment il avait l’air d’avoir quelques notions de stratégie de combat de rue qui nous manquaient cruellement et sur le coup on ne pouvait pas se permettre d’être très regardant sur la véracité de son expérience.

Après ce premier affrontement, le fait que la manifestation se soit scindée en deux, de part et d’autre du pont Lafayette, compliquait notre situation, puisque si on pouvait penser que la police et la Préfecture se trouvaient prises en tenaille, plus concrètement, tous ceux qui étaient côté presqu’île se sont retrouvés loin de la Préfecture. On était là en grand nombre, à mon avis pas loin de 3000 personnes, mais c’était dur à apprécier car à la fois très compact et très mouvant. Nous formions en fait la majorité des participants à la manifestation d’origine qui ne s’étaient pas dispersés aux Célestins à la fin de la manifestation officielle. C’est surtout ceux d’entre nous qui restèrent côté Préfecture qui reçurent des renforts des quartiers ouvriers et de ce qu’on n’appelait pas encore la banlieue, mais les faubourgs ou “la zone” comme espace intermédiaire non véritablement délimité puisqu’il n’y avait pas à Lyon l’équivalent des “fortifs” parisiens. Ce sont Cusset à Villeurbanne, des pointes extrêmes de Gerland ou des Etats-Unis jouxtant Bron, tout ce qui longe le boulevard de ceinture de part et d’autre, etc. En effet, pour accéder à la ville, ils n’avaient pas à passer par la presqu’île. La composition sociale des manifestants du cours Lafayette et alentour était donc assez différente de celle des manifestants des Cordeliers, nettement plus prolétaire ; et la bataille y fut plus rude, les corps à corps et la chasse à l’homme plus fréquents même si ce n’est pas de ce côté qu’il y eut officiellement mort d’homme. Côté Cordeliers, du fait de la relative stabilisation de notre position, nous recevions surtout le renfort de curieux et de gens du quartier, d’origine plus bourgeoise, mais dont certains avaient des enfants lycéens ou étudiants dans la manifestation.

De fait, nous avions perdu l’initiative et nous ne savions plus trop quoi faire en dehors de tenir la position et déclencher de temps à autre des offensives sur le pont avant de nous replier derrière des barricades peu stratégiques vu la géo-cartologie du quartier avec ses larges rues. La seconde l’était encore moins que la première. On en avait pris l’initiative assez rapidement avec Max. M, un artisan, anarchiste indépendant d’une trentaine d’années dont j’avais fait la connaissance début mai, pour éviter d’être pris à revers, mais la surface à défendre était telle que nous ne pouvions qu’espérer qu’il n’y ait pas d’attaque frontale de la part des forces de l’ordre. Heureusement, ces dernières choisiront une autre tactique en essayant de nous prendre de côté en provenance de la rue Grolée, mais nous les repousserons facilement. Les forces de l’ordre voulaient jouer sur l’effet de surprise, mais elles n’insistèrent pas.

Indépendamment des émanations de gaz [10] et du bruit déclenché par l’éclatement des grenades, ce qui était à la fois infernal et essentiel pour le moral, c’était l’incessant retentissement de coups de barre de fer que certains d’entre nous abattaient régulièrement sur les rambardes sonores du pont Lafayette. C’était un peu comme si des dizaines de Tambours du Bronx s’étaient mis à scander et rythmer notre rage.

Bref, de ce côté-là du Rhône, on s’installait dans une sorte de guerre de tranchées.

Les deux grandes barricades des Cordeliers n’avaient qu’une valeur symbolique et vu leur taille, elles ne servaient concrètement qu’à souder les manifestants puisque la police elle-même, de ce côté-là s’était réfugiée aussi dans une guerre de position. L’insuffisance de ses effectifs n’y était sans doute pas étrangère et, de ce point de vue, nous avions vu juste. Par contre les petites barricades côté cours Lafayette avaient une valeur plus tactique et leur mise à feu au niveau des rues Molière et Vendôme contrarie fortement l’avance de pompiers et policiers qui ont visiblement reçu l’ordre de déblayer et ratisser le terrain du fait de la plus grande proximité avec la Préfecture. Sur ce coup, les pompiers semblent avoir choisi leur camp alors que traditionnellement et cela se conformera dans les années qui suivent, ils tiennent beaucoup à ce qu’on les distingue des forces de l’ordre, même si leur travail, objectivement, est bien aussi de cet ordre-là. L’affrontement est particulièrement dur à hauteur de la rue Vendôme et il y aura beaucoup de blessés. Par ailleurs des manifestants sont montés dans les immeubles et harcèlent les policiers avec les lourdes tuiles des toits. Il semblerait que tard dans la nuit des violences aient eu lieu dans ces immeubles, après que la police a reçu l’ordre de commencer une véritable chasse à l’homme. Peu à peu, comme sur l’autre rive, les forces de l’ordre arrivent à maintenir les manifestants à bonne distance de la Préfecture comme le montrent les nouvelles barricades qui apparaissent jusqu’à la rue Tête d’or, c’est-à-dire de plus en plus loin de la Préfecture et de son objectif initial [11]. Le mouvement de guérilla se déroule et se développe par petits groupes dont la plupart sont formés de non-étudiants ou de personnes qui se sont jointes tardivement à la manifestation ou l’ont rejointe après coup.

Et puis tout à coup, nous qui étions côté Grand Bazar, nous avons été coupés de ce qui se passait côté Préfecture. Les informations les plus fantaisistes circulent comme celle en provenance des passagers d’une voiture que nous avions envoyée au renseignement pour savoir ce qui se passait sur la rive gauche et le cours Lafayette et qui sont revenus en nous disant qu’en face, c’était fini alors qu’il n’en était rien. Par ailleurs, des membres du SNESup et des trotskistes de la FER s’agitaient depuis la faculté pour plomber l’ambiance et en appeler à la responsabilité du mouvement. Seuls les militants pro-chinois du PCmlf qui avaient vu leur position d’origine pro-mouvement renforcée par la défection de membres de l’UJCml qui les rejoignaient, poussaient à la continuation de la manifestation en repartant de la faculté comme base arrière. Le problème, c’est qu’on ne les avait pas beaucoup vu dans les affrontements du début de la manifestation, même si certains d’entre eux ont rejoint les barricades par la suite, côté Grand Bazar. Leur discours apparaissait donc un peu décalé surtout que globalement nous étions tous plus ou moins fourbus à cette heure-là, c’est-à-dire vers 4H du matin.

Au petit matin du 25 la confusion atteint son comble. Sentiments partagés entre d’un côté ceux qui ont fait la fête sur les barricades (à certains moments seulement !) et vécu leur baptême du feu et nous de l’autre qui nous trouvons à court de perspective avec en plus sur les bras une sorte d’inversion de la preuve à fournir. En effet, dans l’ordre habituel des choses la répression et la bavure éventuelle sont toujours d’origine policière, la victime est chez le supposé plus faible, le manifestant, alors que là, avec le décès du commissaire Lacroix, elle se trouve être dans le camp des plus forts, dans le camp du pouvoir [12]. On a donc éprouvé beaucoup de difficultés à justifier notre démarche offensive, le fait qu’il fallait soulager les manifestants parisiens, etc. [13]. D’autant que dans le même temps, les bureaucrates de l’AGEL-UNEF reprennent du poil de la bête et s’alignent sur la position nationale du syndicat étudiant. Ils soufflent maintenant le froid alors que leurs militants ont pourtant soufflé le chaud la veille. Ainsi, Pierre Masson, un des responsables PSU de l’AGEL déclare au magazine Lyon Mag : « Mais des jeunes des banlieues ont pris la tête du cortège. Et ils ont décidé de marcher sur la Préfecture ». On voit l’incohérence de l’argumentation. Le rapport entre les jeunes de banlieue et la signification politique de la cible Préfecture est ténu.

On voit aussi s’exprimer là, le début d’une tentative qui vise à diviser un mouvement qui jusque-là a fait preuve d’une grande unité, à séparer le bon grain de l’ivraie ce qui amène à vouloir exclure du mouvement tous ceux qui ne sont ni étudiants, ni ouvriers.

In fine, c’était aussi préparer le lynchage médiatique de Munch et Raton, “trimards” accusés d’avoir conduit le camion ayant occasionné la mort du commissaire Lacroix qui ne fut d’ailleurs pas écrasé, mais victime d’une crise cardiaque devant la soudaine et imprévue direction prise par le même camion [14]


[1] Et d’une certaine façon cela a réussi si on ne considère que cet objectif limité puisque les archives montrent que le préfet s’est affolé pendant la nuit du 24 mai au point de faire revenir sur Lyon le ban et l’arrière-ban de tous les policiers et militaires disponibles dans la région Rhône-Alpes. Suivant l’historienne M. Zancarini- Fournel, (Lyon Capitale du 03/04/2008) les ordres donnés à la police par le préfet de région autorisent de véritables chasses à l’homme (aux étudiants, aux trimards, aux immigrés). Le bulletin de liaison du comité d’action de la faculté des Lettres de Lyon fait par ailleurs état d’une répression administrative menée contre les étudiants africains à Lyon à la rentrée de septembre, en accord d’ailleurs avec leurs ambassades. Sont particulièrement visés, ceux qui manifestent et a fortiori ceux qui se font arrêter (source : les Cahiers de mai, no 8, janvier 1969). Pour ce qui est de l’armée, un sous officier de la Ve région militaire (Lyon) déclare dans une lettre au Nouvel observateur : « Les troupes ont été consignées pendant plus de quatre semaines. Notre rôle était de nous tenir prêts à une intervention armée contre les manifestants (les engins blindés étaient tous prêts à partir). Le gouvernement a voulu faire croire que les soldats du contingent devaient aider à la remise en route des entreprises vitales. Or je ne pense pas que l’on ait besoin de chars et de fusils pour faire tourner un générateur ou une chaîne de voiture. Et de tous les véhicules réquisitionnés, aucun n’a servi à remplacer les transports en commun dans la ville de Lyon » (source : Rioux-Backmann, op. cit, p. 376).

[2] C’est dressé sur une barricade que Cohn-Bendit lance le mot d’ordre(un peu après 22h) : « Occupation du quartier latin, mais sans attaquer les flics » (source : L. Rioux et R. Backmann, L’explosion de mai, p. 26, La ont, 1968).

[3] Archives CDL, E. à la réunion du comité de quartier du Vieux-Lyon de juin 68.

[4] Cf. annexeII et ma divergence de point de vue avec le responsable du SO de l’AGEL-UNEF).

[5] Il s’agissait en fait de barres d’espalier de la salle de gymnastique qui mesuraient largement plus d’un mètre et ne remplissaient donc pas les conditions que nous mentionnions pourtant dans le tract préparatoire du 23.

[6] Les chiffres officiels sont très sous-estimés dans le journal Le Progrès du 23/05/1968 : 200 arrestations dont 50 étudiants, 13 blessés parmi les manifestants ! 29 blessés et un mort parmi les policiers. Pour la petite histoire, certains des manifestants sérieusement blessés le 24 mai allaient être longtemps hospitalisés dans les mêmes lieux que des blessés des forces de l’ordre. C’est le cas, par exemple de mon camarade Pierre Nahon, qui restera presque trois mois à l’hôpital militaire de Desgenettes.

[7] « De temps en temps, on voyait un CRS tomber. C’est vrai que ça fait quelque chose de voir ça » (témoignage de Bernard Schreier, reporter-photographe au journal Le Progrès en mai 1968, in Lyon Mag no 70, mai 1998 : “Mai-68, Lyon s’enflamme”.

[8] « Moi, j’aurais jamais pu lancer un pavé ! Tout ce que je pouvais faire c’est de me le faire tomber sur le pied ! Non... par contre je les passais, on faisait des chaînes tu sais. Il y en a qui dépavaient d’un côté, d’autres qui les jetaient à l’autre bout de la chaîne. Fallait voir ça ! Et puis, on nous apportait du vin, parce que le Grand bazar avait été pillé, en n pillé c’est peut-être un grand mot, mais des bouteilles tournaient » (entretien avec A-N, master 2, op. cit.).

[9] Daniel Véricel, militant CFDT-bâtiment d’une trentaine d’années : « Le soir du 24 mai, j’assistais aux échauffourées à proximité du pont Lafayette. Je ne croyais pas en la capacité des révoltés de pouvoir prendre la Préfecture. Malgré tout, j’ai participé aux jets de pavé » (entretien, master 2, op. cit.) ou sur d’autres bases, la même extériorité d’origine, la même attirance et participation par la suite, J.-P. Ducasse, étudiant en 2e année d’histoire et géographie à Lyon, militant pro-chinois : « On ne peut pas dire nous on n’est pas d’accord avec ce qui s’est passé ; on est obligé de laisser courir ; là, il y a un ou complet, on n’a pas une position politique claire là-dessus. Après, il y a une catégorie qui se crée de tous ceux qui se sont fait taper par les flics [...] Nous restions sur place. Nous ne voulions plus partir. Il y avait à la fois une simple curiosité (comment cela allait-il finir ?) et comme un sentiment trouble de vivre quelque chose d’historique » (ibid.).

[10] Les étudiants en médecine nous fournissaient bien du citron pour les yeux, c’était pire, mais cela participait de la solidarité active, même si certains d’entre nous pensaient que cela reproduisait les spécialisations et donc les séparations. Au fur et à mesure de la nuit, côté Cordeliers, de plus en plus de personnes venaient “aider” et de moins en moins se battre, relevant ainsi l’ambiguïté de notre action, consciemment offensive, mais perçue par beaucoup, de l’extérieur, comme seule- ment défensive. D’où nos difficultés d’explication de l’action dans les jours qui suivront (cf. infra).

[11] A l’angle du cours Lafayette et de l’avenue de Saxe

[12] Cette confusion ou ces divergences d’appréciation de la situation apparaissent bien dans cet échange à la réunion du comité de quartier du Vieux-Lyon. E : « Je ne suis pas d’accord pour dire qu’avant le 24 mai c’était l’euphorie et après la consternation, qu’avant c’était l’inconscience et après l’accablement ; c’est probablement vrai pour certains, mais il y a toute une fraction de gens, ceux qui se sont effectivement battus sur le pont, pour qui ça a été au contraire une révélation, le “baptême du feu” » ; A : « oui, mais rien n’a plus jamais été par la suite à la mesure de cette révélation » ; C : « Pendant les deux ou trois jours qui ont suivi tous les jours à 17 h se développait le fantasme d’une nouvelle manif. Des tas de gens venaient voir à la fac si oui ou non [...] Je pense en fait que la majorité des gens n’en voulaient pas, d’une nouvelle manif » ; A : « il y avait quand même tous les trimards et une bonne centaine de mecs qui la voulaient et qui ont été trahis » ; C : « ceux qui justement n’étaient pas du tout traumatisés par l’a aire du commissaire et même trouvaient ça positif ».

[13] C’est tout aussi difficile aujourd’hui. Ainsi, après être intervenu à la tribune aux deux journées consacrées par la BM de Lyon à mai-juin 68 à Lyon et alors que je venais d’expliquer le côté prémédité et ré échi du débordement de la manifestation du 24 mai, je me suis fais violemment interpellé par une personne dans le public, disant que c’était une honte d’entendre ça, etc.

[14] Entretien in Lyon Mag, mai 2008. Pour des détails et discussions à ce sujet, cf. l’annexe II.


https://lundi.am/Le-24-mai-68-a-Lyon
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 14 Mar 2018, 16:25

Slogans de mai 1968

À bas les groupuscules récupérateurs
À bas la société de consommation.
À bas la société spectaculaire-marchande.
À bas le crapaud de Nazareth
À bas le réalisme socialiste. Vive le surréalisme.
À bas les journalistes et ceux qui veulent les ménager
À bas l’État.
À bas le sommaire
Vive l’éphémère
Jeunesse Marxiste Pessimiste
Vive l’Association Internationale des Travailleurs
À bas le vieux monde
À bas l’objectivité parlementaire des groupuscules. L’intelligence est du côté de la bourgeoisie. La créativité est du côté des masses. Ne votez plus.
Abolition de l’aliénation.
Abolition de la société des classes.
L’aboutissement de toute pensée, c’est le pavé dans ta gueule, C.R.S.
L’action ne doit pas être une réaction mais une création
L’action permet de surmonter les divisions et de trouver des solutions.
L’âge d’or était l’âge où l’or ne régnait pas. Le veau d’or est toujours de boue.
L’agresseur n’est pas celui qui se révolte mais celui qui affirme
L’agresseur n’est pas celui qui se révolte mais celui qui réprime
Aimez-vous les uns sur les autres
L’alcool tue. Prenez du L.S.D.
“Amnistie : acte par lequel les souverains pardonnent le plus souvent les injustices qu’ils ont commises.” (Ambrose Bierce)
L’anarchie c’est Je
L’aptitude de l’étudiant à faire un militant de tout acabit en dit long sur son impuissance. -Les filles enragées.
Les armes de la critique passent par la critique des armes
Arrêtez le monde, je veux descendre
L’art est mort. Godard n’y pourra rien.
L’art est mort, libérons notre vie quotidienne.
L’art est mort, ne consommez pas son cadavre.
Attention : les arrivistes et les ambitieux peuvent se travestir en “socialards”.
Attention les cons nous cernent. Ne nous attardons pas au spectacle de la contestation, mais passons à la contestation du spectacle.
“Au grand scandale des uns, sous l’oeil à peine moins sévère des autres, soulevant son poids d’ailes, ta liberté.” [André Breton]
Autogestion de la vie quotidienne
Autrefois, nous n’avions que le pavot. Aujourd’hui, le pavé.
Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
À vendre, veste en cuir spéciale manifestation, garantie anti-CRS, grande taille, prix 100 F
Ayez des idées
Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront
Bannissons les applaudissements, le spectacle est partout.
La barricade ferme la rue mais ouvre la voie
Le bâton éduque l’indifférence
Belle, peut-être pas, mais ô combien charmant. La vie contre la survie.
Bien creusé vieille taupe
Le bleu restera gris tant qu’il n’aura pas été réinventé
Le bonheur est une idée neuve.
Un bon maître nous en aurons dès que chacun sera le sien
La bourgeoisie n’a pas d’autre plaisir que de les dégrader tous
Cache-toi, objet
Camarades, 5 heures de sommeil sur 24 sont indispensables : nous comptons sur vous pour la révolution.
Camarades, l’amour se fait aussi à Sc. Po., pas seulement aux champs
Camarades, lynchons Séguy !
Camarades, si tout le peuple faisait comme nous…
Camarades, vous enculez les mouches
Céder un peu c’est capituler beaucoup
Celui qui peut attribuer un chiffre à une (é)motion est un con
Ce n’est pas seulement la raison des millénaires qui éclate en nous, mais leur folie, il est dangereux d’être héritier
C’est en arrêtant nos machines dans l’unité que nous démontrons leur faiblesse.
“C’est parce que la propriété existe qu’il y a des guerres, des émeutes et des injustices.” (Saint Augustin)
C’est pas fini !
Ceux qui ferment les portes à clé sont des froussards donc des ennemis
Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
Ceux qui parlent de révolution et de lutte des classes sans se référer à la réalité quotidienne parlent avec un cadavre dans la bouche
Changez la vie, donc transformez son mode d’emploi
Chassez le flic de votre tête.
Le Christ seul révolutionnaire
Colle-toi contre la vitre. Croupis parmi les insectes
“Le combat est père de toute chose.” (Héraclite)
Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ?
Concours du prof le plus bête. Osez donc signer les sujets d’examen.
Le conservatisme est synonyme de pourriture et de laideur
Consommez plus, vous vivrez moins
Construire une révolution, c’est aussi briser toutes les chaînes intérieures
Contestation. Mais con d’abord
Cours camarade, le vieux monde est derrière toi
Cours camarade, le P.C.F. est derrière toi
Cours, connard, ton patron t’attend
Créez.
Crier la mort c’est crier la vie
C.R.S. qui visitez en civil, faites très attention à la marche en sortant
La culture c’est l’inversion de la vie
“Dans la révolution, il y a deux sortes de gens : ceux qui la font et ceux qui en profitent.” (Napoléon)
Dans le décor spectaculaire, le regard ne rencontre que les choses et leur prix.
Dans les chemins que nul n’avait foulés, risque tes pas ! Dans les pensées que nul n’avait pensées, risque ta tête !
Debout les damnés de l’Université.
Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette
Déchristianisons immédiatement la Sorbonne
Déculottez vos phrases pour être à la hauteur des Sans-culottes
Déjà 10 jours de bonheur
Défense de ne pas afficher
Désirer la réalité, c’est bien ! Réaliser ses désirs, c’est mieux
Dessous les pavés c’est la plage…
Dieu, je vous soupçonne d’être un intellectuel de gauche
Le discours est contre-révolutionnaire.
Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend
L’économie est blessée, qu’elle crève !
Écrivez partout !
L’éducateur doit être lui-même éduqué
Élections pièges à cons
L’émancipation de l’homme sera totale ou ne sera pas
Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil
L’ennemi du mouvement, c’est le scepticisme. Tout ce qui a été réalisé vient du dynamisme qui découle de la spontanéité.
L’ennui est contre-révolutionnaire.
Enragez-vous
En tout cas pas de remords !
Espérance : ne désespérez pas, faites infuser davantage.
Est prolétaire celui qui n’a aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie quotidienne et qui le sait
Et cependant, tout le monde veut respirer et personne ne peut respirer et beaucoup disent “nous respirerons plus tard”. Et la plupart ne meurent pas car ils sont déjà morts.
Êtes-vous des consommateurs ou bien des participants ?
Être libre en 1968, c’est participer.
Être réactionnaire c’est justifier et accepter la réforme sans y faire fleurir la subversion
Être riche c’est se contenter de sa pauvreté ?
Et si on brûlait la Sorbonne ?
L’état c’est chacun de nous
Les étudiants sont cons.
Exagérer c’est commencer d’inventer
Exagérer, voilà l’arme
Examens = servilité, promotion sociale, société hiérarchisée.
Explorons le hasard
Fais attention à tes oreilles, elles ont des murs
Faites l’amour et recommencez
Faites la somme de vos rancoeurs et ayez honte
Le feu réalise !
Fin de l’Université.
Un flic dort en chacun de nous, il faut le tuer
La forêt précède l’homme, le désert le suit.
Les frontières on s’en fout.
Les gens qui travaillent s’ennuient quand ils ne travaillent pas. Les gens qui ne travaillent pas ne s’ennuient jamais
Godard : le plus con des Suisses pro-chinois !
L’homme n’est ni le bon sauvage de Rousseau, ni le pervers de l’église et de La Rochefoucauld. Il est violent quand on l’opprime, il est doux quand il est libre.
Un homme n’est pas stupide ou intelligent : il est libre ou il n’est pas
D’un homme, on peut faire un flic, une brique, un para, et l’on ne pourrait en faire un homme ?
L’humanité ne sera heureuse que quand le dernier capitaliste sera pendu avec les tripes du dernier gauchiste
L’humanité ne sera vraiment heureuse que lorsque le dernier des capitalistes aura été pendu avec les tripes du dernier des bureaucrates
Hurle.
Ici, bientôt, de charmantes ruines.
Ici, on spontane
Il est douloureux de subir les chefs, il est encore plus bête de les choisir.
Il est interdit d’interdire
Il est interdit d’interrompre
“Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante.” (Nietzsche)
Il faut systématiquement explorer le hasard
Il n’est pas de pensées révolutionnaires. Il n’est que des actes révolutionnaires
Il n’y a de mortel, de temporel, de limitée et d’exclusif que dans l’organisation et dans les structures
Il n’y aura plus désormais que deux catégories d’hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps
Il y a, en France, 38 000 communes… nous en sommes à la seconde
“Imagination n’est pas don mais par excellence objet de conquête.” (Breton)
L’imagination prend le maquis
L’imagination prend le pouvoir
L’insolence est la nouvelle arme révolutionnaire
Interdit d’interdire. La liberté commence par une interdiction : celle de nuire à la liberté d’autrui.
Inventez de nouvelles perversions sexuelles (je peux pus !)
J’aime pas écrire sur les murs.
J’ai quelque chose à dire mais je ne sais pas quoi
Je décrète l’état de bonheur permanent
Je joue
“Je me propose d’agiter et d’inquiéter les gens. Je ne vends pas le pain mais la levure.” (Unamuno)
J’emmerde la société et elle me le rend bien
Je ne sais qu’écrire mais j’aimerais en dire de belles et je ne sais pas
Je ne suis au service de personne, le peuple se servira tout seul
Je ne suis au service de personne (pas même du peuple et encore moins de ses dirigeants) : le peuple se servira tout seul.
Je participe.
Tu participes.
Il participe.
Nous participons.
Vous participez.
Ils profitent.
Je plane/hashich
Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs
Je rêve d’être un imbécile heureux
Je suis marxiste, tendance Groucho
Je suis venu, j’ai vu, j’ai cru
Je t’aime !!! Dites-le avec des pavés
Jeunes femmes rouges toujours plus belles
Les jeunes font l’amour, les vieux font des gestes obscènes.
Jouissez ici et maintenant
Jouissez sans entraves
Jouissez sans entraves, vivez sans temps morts, baisez sans carotte
Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes… et la peur du noir aux staliniens
Les larmes des Philistins sont le nectar des dieux
La liberté, c’est la conscience de la nécessité
La liberté, c’est le crime qui contient tous les crimes, c’est notre arme absolue
La liberté, c’est le droit au silence
La liberté commence par une interdiction. Celle de nuire à la liberté d’autrui
La liberté d’autrui étend la mienne à l’infini.
La liberté est le crime qui contient tous les crimes. C’est notre arme absolue.
La liberté n’est pas un bien que nous possédions. Elle est un bien que l’on nous a empêché d’acquérir à l’aide des lois, des règlements, des préjugés, ignorance…
Libérez nos camarades.
Luttons contre la fixation affective qui paralyse nos potentialités. -Comité des femmes en voie de libération.
Lynchons Séguy ! La marchandise, on la brûlera !
Le mandarin est en vous
Mangez vos professeurs
Manquer d’imagination, c’est ne pas imaginer le manque
La marchandise, on la brûlera
Le masochisme aujourd’hui prend la forme du réformisme
Make love, not war.
La marchandise est l’opium du peuple.
Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer.
Merde au bonheur (vivez)
Mes désirs sont la réalité
Métro, boulot, dodo
Mettez un flic sous votre moteur
Millionnaires de tous les pays, unissez-vous, le vent tourne.
Mort aux tièdes
La mort est nécessairement une contre révolution
Les motions tuent l’émotion
Mutation lave plus blanc que révolution ou réformes
Mur baignant infiniment dans sa propre gloire
Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs
N’admettez plus d’être / immatriculés / fichés / opprimés / réquisitionnés / prêchés / recensés / traqués /
La nature n’a fait ni serviteurs ni maîtres, je ne veux donner ni recevoir de lois
Ne changeons pas d’employeurs, changeons l’emploi de la vie
Ne consommons pas Marx
Ne dites plus : Monsieur le Professeur, dites : crève salope !
Ne dites plus : urbanisme, dites : police préventive
Ne me libère pas, je m’en charge
Ne nous attardons pas au spectacle de la contestation, mais passons à la contestation du spectacle.
Ne nous laissons pas bouffer par les politicards et leur démagogie boueuse. Ne comptons que sur nous-mêmes. Le socialisme sans la liberté, c’est la caserne.
Ne prenez plus l’ascenseur, prenez le pouvoir
Ne travaillez jamais !
Ne vous emmerdez pas, merdifiez
Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres
Le n’importe quoi érigé en système
Le nihilisme doit commencer par soi-même
Ni maître, ni Dieu. Dieu, c’est moi
Ni robot, ni esclave
Non à la révolution en cravate.
Notre espoir ne peut venir que des sans-espoir
Nous avons une gauche préhistorique
Nous n’avons fait que la 1ère insurrection de notre révolution
“Or, les vraies vacances, c’était le jour où nous pouvions regarder une parade gratuitement, où nous pouvions allumer un feu géant au milieu de la rue sans que les flics nous en empêchent.” Harpo Marx
Nous ne voulons pas d’un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui.
Nous refusons d’être H.L.M.isés, diplômés, recencés, endoctrinés, sarcellisés, sermonés, matraqués, télémanipulés, gazés, fichés.
Nous sommes des rats (peut-être) et nous mordons. Les enragés
Nous sommes rassurés : 2 + 2 ne font plus 4
Nous sommes tous des “indésirables”.
Nous sommes tous des juifs allemands
Nous voulons : les structures au service de l’homme et non pas l’homme au service des structures. Avoir le plaisir de vivre et non plus le mal de vivre
Nous voulons une musique sauvage et éphémère. Nous proposons une régénération fondamentale : grève de concerts, des meetings sonores : séances d’investigation collectives, suppression du droit d’auteur, les structures sonores appartiennent à chacun.
Nous voulons vivre.
La nouveauté est révolutionnaire, la vérité aussi
Nul n’arrive à comprendre s’il ne respecte, conservant lui-même sa propre nature, la libre nature d’autrui
L’obéissance commence par la conscience et la conscience par la désobéissance
Occupation des usines.
O gentils messieurs de la politique, vous abritez derrière vos regards vitreux un monde en voie de destruction. Criez, criez, on ne saura jamais que vous avez été castrés.
On achète ton bonheur, vole-le !
On n’a… pas le temps d’écrire !!!
On n’efface pas la vérité (ni d’ailleurs le mensonge)
On ne revendique rien, on prend
On ne revendiquera rien, on ne demandera rien, on prendra, on occupera
L’orthografe est une mandarine
Osons
“Osons ! Ce mot renferme toute la politique de cette heure.” (Saint-Just)
Oubliez tout ce que vous avez appris. Commencez par rêver
Ou vous vous emparez des usines, des bureaux, des banques, de tous les moyens de distribution, ou vous disparaîtrez sans laisser de traces ! La révolution a besoin d’argent et vous, aussi; les banques sont là pour nous en fournir ! Une organisation, oui ! Une autorité ou un parti, NON ! (Bonnot and Clyde)
Ouvrez les fenêtres de votre coeur
Ouvrons les portes des asiles, des prisons et autres facultés
La paresse est maintenant un crime, oui, mais en même temps un droit
Parlez à vos voisins (et à vos voisines, bordel !)
Participez au balayage. Il n’y a pas de bonnes ici
Pas de liberté aux ennemis de la liberté.
Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
“La passion de la destruction est une joie créatrice.” (Bakounine)
Le patron a besoin de toi, tu n’as pas besoin de lui.
Au pays de Descartes les conneries se foutent en cartes
La pègre, c’est nous
Une pensée qui stagne est une pensée qui pourrit
Penser ensemble, non. Pousser ensemble, oui
La perspective de jouir demain ne me consolera jamais de l’ennui d’aujourd’hui
Plébicite : qu’on dise oui qu’on dise non, il fait de nous des cons.
Pluie. Pluie et vent et carnage ne nous dispersent pas mais nous soudent (Comité d’agitation culturelle)
La plus belle sculpture, c’est le pavé de grès. Le lourd pavé critique c’est le pavé que l’on jette sur la gueule des flics.
Plus jamais Claudel
Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour
La poésie est dans la rue
La politique se passe dans la rue.
Pour mettre en question la société où l’on “vit”, il faut d’abord être capable de se mettre en question soi-même.
Pourvu qu’ils nous laissent le temps…
Le pouvoir avait les universités, les étudiants les ont prises. Le pouvoir avait les usines, les travailleurs les ont prises. Le pouvoir avait l’O.R.T.F., les journalistes lui ont pris. Le pouvoir a le pouvoir, prenez-le lui !
Le pouvoir est au bout du fusil (est-ce que le fusil est au bout du pouvoir ?)
Le pouvoir sur ta vie tu le tiens de toi-même
Prenez vos désirs pour la réalité
Prenons la révolution au sérieux, mais ne nous prenons pas au sérieux
Professeurs, vous êtes aussi vieux que votre culture, votre modernisme n’est que la modernisation de la police, la culture est en miette (les enragés)
Professeurs, vous nous faites vieillir
Quand l’assemblée nationale devient un théâtre bourgeois, tous les théâtres bourgeois doivent devenir des assemblées nationales
Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des “problèmes” ?
Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt (proverbe chinois)
Quand les gens s’aperçoivent qu’ils s’ennuient, ils cessent de s’ennuyer.
Que c’est triste d’aimer le fric.
Qu’est-ce qu’un maître, un dieu ? L’un et l’autre sont une image du père et remplissent une fonction oppressive par définition
Qui parle de l’amour détruit l’amour.
Le reflet de la vie n’est que la transparence du vécu
Réforme mon cul.
Regarde-toi : nous t’attendons !
Regarde ton travail, le néant et la torture y participent
Regardez en face !!!
Les réserves imposées au plaisir excitent le plaisir de vivre sans réserve.
Le respect se perd, n’allez pas le rechercher
Le rêve est réalité
La révolution cesse dès l’instant qu’il faut se sacrifier pour elle.
La révolution, c’est une INITIATIVE.
La Révolution doit cesser d’être pour exister
La révolution doit se faire dans les hommes avant de se faire dans les choses
La révolution est incroyable parce que vraie
Révolution, je t’aime.
Un révolutionnaire est un danseur de cordes
Nouvelle faculté de médecine
La révolution n’est pas seulement celle des comités mais avant tout la vôtre.
La révolution prolétarienne est l’acte intellectuel par excellence
Une révolution qui demande que l’on se sacrifie pour elle est une révolution à la papa
Un rien peut être un tout, il faut savoir le voir et parfois s’en contenter
Le rouge pour naître à Barcelone, le noir pour mourir (non, Ducon, pour vivre à Paris)
Le sacré, voilà l’ennemi
Savez-vous qu’il existait encore des chrétiens ?
Scrutin putain
Seule la vérité est révolutionnaire.
Un seul week-end non révolutionnaire est infiniment plus sanglant qu’un mois de révolution permanente
Institut des langues orientales
SEXE : c’est bien, a dit Mao, mais pas trop souvent.
Si besoin était de recourir à la force, ne restez pas au milieu
Si tu rencontres un flic, casse-lui la gueule
Si tu veux être heureux, pends ton propriétaire.
Si vous continuez à faire chier le monde, le monde va répliquer énergiquement
Si vous pensez pour les autres, les autres penseront pour vous
La société est une fleur carnivore
La société nouvelle doit être fondée sur l’absence de tout égoïsme, de tout égolatrie. Notre chemin deviendra une longue marche de la fraternité.
Sous les pavés la plage
Soyez réalistes, demandez l’impossible
Soyez salés, pas sucrés !
Soyons cruels
Staliniens vos fils sont avec nous
Les syndicats sont des bordels
Toi, mon camarade, toi que j’ignorais derrière les turbulences, toi jugulé, apeuré, asphyxié, viens, parle à nous.
Tout acte de soumission à la force qui m’est extérieure me pourrit tout debout, mort avant que d’être enterré par les légitimes fossoyeurs de l’ordre.
Tout ce qui est discutable est à discuter
Tout enseignant est enseigné. Tout enseigné est enseignant.
Tout est Dada
“Toute vue des choses qui n’est pas étrange est fausse.” (Valéry)
Tout le pouvoir aux conseils ouvriers (un enragé).
Tout le pouvoir aux conseils enragés (un ouvrier).
Tout pouvoir abuse. Le pouvoir absolu abuse absolument.
Tout réformisme se caractérise par l’utopiste de sa stratégie et l’opportunisme de sa tactique
Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l’autre siècle.
Le vent se lève. Il faut tenter de vivre
Vibration permanente et culturelle.
La vie est ailleurs
La vieille taupe de l’histoire semble bel et bien ronger la Sorbonne. Télégramme de Marx, 13 mai 1968.
Vigilance ! Les récupérateurs sont parmi nous ! “Anéantissez donc à jamais tout ce qui peut détruire un jour votre ouvrage.” (Sade)
Violez votre Alma Mater.
Vite !
Vive le pouvoir des conseils ouvriers étendu à tous les aspects de la vie
Vive les enragés qui bâtissent des aventures.
Vive les mômes et les voyous
Vivre au présent.
Voir Nanterre et vivre. Allez mourir à Naples avec le Club Méditerranée.
Vous aussi, vous pouvez voler
Vous êtes creux.
Vous êtes en face d’une force. Prenez garde de déclencher la guerre civile par votre résistance.
Vous finirez tous par crever du confort
Zelda, je t’aime ! À bas le travail !

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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 15 Mar 2018, 03:29

Mai 68 était une grève générale, pas une "révolution des mœurs"

À l'approche de son cinquantenaire, nous assistons dans le débat public à une tentative de réécriture trompeuse de ce que fut Mai 68. Petite touche après petite touche, d'articles de magazines en grands entretiens d'intellectuels et en débats audiovisuels, émerge le tableau suivant: Mai 68, ce serait une "révolution des mœurs".

En pleine émergence de la consommation de masse et de la nouvelle abondance des Trente Glorieuses, les étudiants de la génération du baby-boom se seraient rebellés, pour "jouir sans entraves", contre le puritanisme encore très puissant de la France des années De Gaulle. Sous les slogans rejetant la société de consommation, Mai 68 aurait donc marqué en réalité le triomphe du consumérisme et de l'individualisme jouisseur.

Il est certes incontestable que l'exigence de libération sexuelle fut le point de départ du Mai 68 étudiant: le mouvement a commencé à Nanterre, lorsque des étudiants ont réclamé l'accès libre aux dortoirs des filles et ont été évacués par la police. Cependant, n'y voir qu'une pure envie de licence sexuelle, c'est passer sous silence les racines idéologiques de la démarche. Les révoltés de Nanterre se revendiquaient en effet du philosophe marxiste et freudien Herbert Marcuse. Dans son ouvrage de référence Eros et civilisation, ce dernier voit dans le capitalisme un système déshumanisant qui aliène les êtres en réprimant leurs envies et leurs potentialités, aussi bien sexuelles que dans le travail, afin de les soumettre au principe de rendement. Les voies de l'émancipation humaine selon Marcuse sont donc à la fois la révolution sexuelle et l'abolition du travail aliéné, pour ériger une nouvelle société non-répressive.

En d'autres termes, pour le mouvement étudiant soixante-huitard, la révolution sexuelle n'est pas consumériste: elle est au contraire indissociable d'une révolte globale contre le capitalisme.

En outre, ne se souvenir que de la révolte de la jeunesse, c'est poser sur ce mouvement un regard borgne. Car le Mai 68 étudiant en anticipe, réclame et accompagne un autre: le Mai 68 ouvrier. De fait, après une amplification du mouvement en avril, un cortège d'étudiants participe au défilé syndical traditionnel du 1er mai pour réclamer la convergence des révoltes. S'ensuit le lancement de grèves et de manifestations de masse par les grands syndicats de l'époque – notamment la CGT, la CFDT et la FEN – avec pour revendication "la transformation du système économique par et pour le peuple". À partir du 13 mai, l'effet boule-de-neige des grèves aboutit petit à petit à ce résultat colossal : une grève générale paralyse l'économie du pays.

Le gouvernement du général De Gaulle, mis à genoux, capitule. Ce seront les accords de Grenelle, par lesquels il concède une avalanche spectaculaire de conquêtes sociales: augmentation du salaire minimum de plus d'un tiers (!), augmentation générale des salaires de 10%, baisse réelle du temps de travail à 40 heures hebdomadaires, obtention de nouvelles libertés syndicales, et ainsi de suite.

Puisque ce fut cette grève générale qui eut à l'époque l'impact politique et social le plus décisif, et puisque même les revendications étudiantes d'émancipation des mœurs s'inscrivaient dans une charge globale contre le capitalisme, il est mensonger de vouloir aujourd'hui repeindre Mai 68 en une "révolution des mœurs" jouisseuse et consumériste. De bout en bout Mai 68 fut un mouvement social, avec pour finalité de renverser le système en place. Il n'y parvint pas. Mais il confirma la leçon fondamentale des grèves massives de 1919-1920 et de 1936. À savoir: lorsqu'une grande grève paralyse l'économie du pays, le gouvernement et le patronat cèdent au bout de quelques semaines à peine.

Cinquante ans après, cette leçon reste d'actualité.


https://www.huffingtonpost.fr/thomas-gu ... r-homepage
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 15 Mar 2018, 15:00

Emission de Demain Le Grand Soir sur radio béton avec Jean Pierre Duteuil.

Mercredi 14 mars 2018

Premier invité après deux émissions d’introduction sur le contexte et les luttes ouvrières, anti-impérialistes, etc... . L’expérience du groupe du 22 mars est replacée dans ce contexte. Un témoignage politiquement clair avec fine analyse, une émission très dense que je conseille à l’écoute et diffusion.

http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1839
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 20 Mar 2018, 15:00

Conférence-débat : " 1968. De grands soirs en petits matins "

Toulouse, mercredi 21 mars 2018
à 20h30, Bourse du travail, 19 place Saint Sernin

L'Université Populaire de Toulouse invite Ludivine Bantigny le mercredi 21 mars à 20H30 à la Bourse du Travail, place Saint Sernin, Toulouse.

À partir d'un travail dans les archives de toute la France, pour beaucoup inédites, Ludivine Bantigny restitue l'énergie des luttes, des débats, des émotions et des espoirs portés par les acteurs de 68 : toutes celles et tous ceux - ouvriers, étudiants, militants mais aussi danseurs, médecins, paysans, artisans, poètes d'un jour, et les femmes à parts égales avec les hommes - qui ont participé au mouvement. Elle s'intéresse aussi à « l'autre côté » : la police, le pouvoir et les oppositions à la contestation.

Son livre s'attache au vif des événements : à la diversité de leurs protagonistes plus qu'aux seuls porte-parole désignés, à leurs pratiques plus qu'à la rhétorique dont on les a ensuite enveloppés, à la grève qui met le temps en suspens. « Les événements » : si la formule est restée vague faute de pouvoir à coup sûr qualifier ce qui s'était passé, du moins a-t-elle le mérite de revenir précisément aux faits, aux projets, à l'inventivité, à tout ce qui a été imaginé, de grand et de petit, pour réellement « changer la vie ».

Ludivine Bantigny est historienne, maîtresse de conférences à l'université de Rouen Normandie. Ses recherches portent sur les engagements politiques et la conscience historique au XXe siècle. Elle a notamment publié La France à l'heure du monde. De 1981 à nos jours (Seuil, 2013 ; « Points Histoire », 2018).

https://toulouse.demosphere.eu/rv/16758

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