Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

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Messagede bipbip » 28 Oct 2017, 16:28

1921, l’orage éclate à Petrograd

Expulsé des États-Unis, Emma Goldman et Alexandre Berkman parcourent la Russie révolutionnaire. Durant l’hiver 1920 / 1921, ils sont à Petrograd (Saint-Pétersbourg), le berceau de la révolution de 1917.
Le texte que nous vous proposons est issu de la biographie d’Emma Goldman : Living my life.
Le récit complet de la révolte de Cronstadt par Emma Goldman a été traduit par Daniel Guérin dans Ni Dieu ni Maître, Anthologie de l’anarchisme, Tome IV.

" Au début de mon séjour en Russie, la question des grèves m’avait beaucoup intriguée.

On m’avait dit que la dernière grève avait été écrasée et les grévistes jetés en prison, je ne croyais pas un mot de cette histoire mais je posai la question à Zorine :

— Des grèves sous la dictature du prolétariat ? s’était-il exclamé, cela n’existe pas ! Des grèves contre qui ? Contre les ouvriers eux-mêmes ? Eux, les maîtres du pays !

A peine, étions-nous arrivés à Petrograd depuis vingt-quatre heures que la ville en effervescence était parcourue de rumeurs de grèves. Au cours de cet hiver particulièrement sévère, les tempêtes de neige avaient retardé la livraison des provisions déjà bien maigres.

De plus le Petro-Soviet avait eu la stupidité de fermer des usines et de diminuer les rations de nourriture. La situation était grave. Bien entendu, nous n’allions pas repartir pour Moscou.

L’orage éclata plus tôt que prévu.

Ce sont d’abord les ouvriers des filatures de Troubetskoï qui se mettent en grève pour obtenir une augmentation des rations et une distribution de chaussures, Le soviet de Petrograd refuse de parlementer avec eux et envoie des compagnies armées de jeunes communistes pour disperser les ouvriers.

Cinq autres usines suivent le mouvement et se mettent également en grève. Les ouvriers organisent alors un grand défilé à Petrograd et les soldats interviennent brutalement pour le faire cesser.

Les revendications initiales, « du pain et du feu », deviennent vite plus politiques : un manifeste revendiquant davantage de liberté pour les ouvriers et les paysans et un changement radical de politique du gouvernement fait mystérieusement son apparition sur les murs. La tension monte et il ne s’écoule pas de jour sans que de nouveaux manifestes soient affichés.

La loi martiale est proclamée

Quand les ouvriers ne reprennent pas le travail on leur supprime les bons de nourriture et comme ces mesures ne produisent pas les résultats escomptés, les syndicats sont interdits. On commençait à arrêter les militants ouvriers : Sasha tenta alors de joindre Zinoviev et moi Mme Ravich et Zorine, pour essayer de faire comprendre aux leaders soviétiques la folie et le danger de leur tactique. On nous fit à chaque fois la même réponse : ils étaient trop occupés à défendre la ville contre les complots des mencheviks et des socialistes révolutionnaires.

La grève s’étendait. Les arrestations aussi.

L’obscurantisme des autorités encourageait malheureusement les éléments réactionnaires qui publiaient des proclamations anti-juives et anti-révolutionnaires…

Les grévistes étaient déterminés mais il était clair qu’ils allaient bientôt mourir de faim et pas question d’organiser des collectes car personne n’avait rien à donner. Les quartiers industriels étaient coupés du reste de la ville par des barrages militaires.

La situation était franchement dramatique quand un premier espoir parcourut la ville.

Fidèles à leur tradition révolutionnaire glorieusement illustrée en 1905 puis au cours des deux soulèvements de 1917, les marins de Cronstadt prenaient fait et cause pour les prolétaires persécutés de Petrograd. Discrètement, ils avaient envoyé une délégation enquêter sur la situation. Quand elle fit son rapport, les marins du Petropavlovsk et du Sébastopol votèrent sur le champ une motion de soutien aux grévistes dans laquelle ils déclaraient leur loyauté à la Révolution, aux Soviets et au Parti communiste mais ils entendaient protester contre l’arbitraire des commissaires.

Dans la même motion, ils réclamaient le droit de réunion pour les syndicats ouvriers et les organisations de paysans, ainsi que la libération des prisonniers politiques détenus dans les prisons et les camps de concentration.

Le 1er mars, un meeting en plein air réunit seize mille marins soldats de l’Armée Rouge et ouvriers de Cronstadt. Des résolutions furent adoptées à l’unanimité à l’exception de trois voix, celles du président du Soviet, du commissaire de la Flotte de la Baltique et de Kalinine, président de la Fédération des Républiques Socialistes.

Deux anarchistes qui avaient assisté au meeting nous racontèrent que depuis Octobre jamais ils n’avaient vu un tel enthousiasme, une telle manifestation spontanée de solidarité. Ils regrettaient que Sasha et moi n’y soyons pas. je me rappelais en effet que Gorki m’avait dit que les hommes de la Flotte de la Baltique étaient nés anarchistes et que ma place était parmi eux.

Cela faisait longtemps que j’avais envie de rencontrer les équipages de Cronstadt qui avaient envoyé un message de solidarité lors du procès de Sasha en 1917. Je décidai d’aller les rejoindre même si les bolcheviks devaient m’accuser d’inciter les marins à la révolte. Sasha dit qu’il se moquait bien de ce que diraient les communistes : il soutiendrait à tout prix la motion de Cronstadt.

D’ailleurs les marins ne pouvaient pas être soupçonnés d’antisoviétisme : leur meeting s’était déroulé sous les auspices du soviet de Cronstadt et avaient accueilli Kalinine à la gare avec des chansons et de la musique.

Mais plus tard, au cours d’une réunion de trois cents délégués, les marins avaient arrêté le président du soviet et le commissaire de la flotte qui les avaient traités de traîtres. De plus, les délégués venaient d’apprendre que l’ordre de retirer les vivres et les munitions de Cronstadt venait d’être donné.

Cela revenait à acculer la ville à la famine.

La nouvelle de la manifestation de solidarité des marins de Cronstadt enthousiasma Petrograd.

Hélas, une heure après, une autre nouvelle se répandait comme une traînée de feu dans Petrograd : Lénine et Trotski avaient signé une déclaration de guerre contre Cronstadt ; pour eux il s’agissait d’une mutinerie contre le gouvernement soviétique et ils dénonçaient le complot : « les marins à la solde des anciens généraux tsaristes avec les socialistes révolutionnaires contre la République prolétarienne ».

- C’est absurde ! s’écria Sasha en lisant l’ordre de Lénine. Ils ont été mal informés. Comment peuvent-ils croire que ces héros de la révolution soient devenus des contre-révolutionnaires ! Partons pour Moscou ! Nous devons lever cet horrible malentendu.

J’étais d’accord avec lui. Zinoviev, qui téléphonait chaque soir au Kremlin pour faire son rapport n’était pas spécialement connu pour son courage : il devait paniquer. D’ailleurs quand la garnison locale avait pris fait et cause pour les grévistes il avait immédiatement fait installer une mitrailleuse dans le hall de l’Astoria pour assurer sa protection…

Il devait alimenter Moscou en histoires étranges et exagérées.

Une loi martiale extraordinaire fut décrétée dans toute la province de Petrograd.

Il était interdit de quitter la ville sans autorisation.

La presse bolchevique se lança dans une campagne de diffamation contre Cronstadt, laissant entendre que les marins avaient fait alliance avec le « général tsariste Kozlovsky ». Sasha commençait à réaliser que la situation dépassait largement le simple malentendu. Trotski devait assister à une réunion spéciale du Petro-Soviet, nous décidâmes que c’était l’occasion d’essayer de le convaincre de régler le problème de Cronstadt dans un esprit fraternel. Malheureusement le train prit du retard et Trotski ne vint pas à la réunion.

Les orateurs présents avaient déjà quitté le terrain de la discussion rationnelle : leurs discours faisaient preuve d’un fanatisme délirant et d’une peur aveugle. Des soldats en armes de la Tchéka protégeaient l’estrade contre la foule. Zinoviev, qui présidait la séance, semblait sur le point de s’effondrer : il se leva plusieurs fois pour parler et se rassit sans un mot.

Quand enfin il réussit à articuler, il regardait sans cesse à droite et à gauche comme s’il craignait un attentat. Sa voix d’adolescent tournait en cris aigus qui ne pouvaient plus convaincre personne.

Il dénonça Kozlovsky comme instigateur de la révolte alors que tout le monde savait que ce vieil homme décrépit n’exerçait plus la moindre influence. D’ailleurs c’était Trostki lui-même qui l’avait nommé technicien militaire à Cronstadt. Mais qu’importe ! Zinoviev déclamait, affirmant que Cronstadt était manipulé par les tsaristes.

Kalinine lui succéda :

- Aucune mesure ne sera trop sévère pour ceux qui osent s’attaquer à notre glorieuse révolution.

Au milieu de la meute hurlante, une voix se fit entendre une voix sérieuse, précise. C’était celle d’un homme assis au premier rang : le délégué des ouvriers de l’arsenal en grève.

Il se devait de protester dit-il — contre les mensonges proférés à l’encontre des courageux marins de Cronstadt. Planté face à Zinoviev, il le montrait du doigt et hurlait d’une voix tonitruante :

- C’est votre négligence et celle de votre parti qui nous ont poussés à la grève et nous ont gagné la sympathie de nos camarades marins. Nous nous sommes battus côte à côte pendant la révolution. Les marins ne sont coupables d’aucun crime et vous le savez bien. Consciemment, vous les calomniez pour les détruire !

Sa voix fut couverte par le chahut de l’assemblée :

- Contre-révolutionnaire ! Traître ! Bandit menchevik !…

Le vieil ouvrier restait debout, sa voix dominait le tumulte :

- Il y a à peine trois ans, Lénine, Trotski, Zinoviev et vous tous étiez dénoncés comme des traîtres par les espions allemands », cria-t-il. « Nous les ouvriers et les marins, nous sommes venus à votre aide et nous vous avons sauvés de Kerensky. Nous vous avons mis au pouvoir. L’avez-vous oublié ? Maintenant vous retournez les armes contre nous. Souvenez-vous que vous jouez avec le feu.
Vous répétez les erreurs et les crimes du gouvernement Kerensky.
Méfiez-vous ! Vous risquez bien de subir le même sort.

Zinoviev tressaillit et sur l’estrade les autres avaient l’air mal à l’aise.

Le public semblait impressionné par cet avertissement. Dans le fond de la salle, un marin en uniforme prit aussi la parole :

- L’esprit révolutionnaire de mes camarades marins n’a pas changé, dit-il. Ils sont prêts à défendre la révolution jusqu’à leur dernière goutte de sang.

Et il proposa de lire la fameuse motion du 1er mars, mais celle-ci souleva une telle tempête de protestations que c’était totalement inaudible pour tous ceux qui n’étaient pas juste à côté de lui.

Il continua néanmoins la lecture du communiqué jusqu’à la fin puis se rassit.

La seule réponse de Zinoviev fut une résolution exigeant la reddition immédiate et totale de Cronstadt sous peine d’extermination. Paralysée par cette atmosphère de fanatisme et de haine, ma voix m’avait abandonnée : je ne pouvais plus émettre le moindre son. Pourtant, aux États-Unis, j’avais toujours réussi à parler même dans des situations très périlleuses. Ce soir, je ne pouvais pas. je ne pouvais pas dénoncer les bolcheviks comme j’avais dénoncé les crimes de Woodrow Wilson.

J’étais anéantie par un sentiment d’impuissance. Ce silence devant l’imminence du massacre m’était intolérable. Puisque )e ne pouvais m’exprimer devant ce public déchaîné, je ferais entendre ma voix auprès du pouvoir suprême, le soviet de la Défense.

J’en parlai à Sasha qui avait eu la même idée : nous allions envoyer un appel commun protestant contre la résolution criminelle du Petro-Soviet. je ne croyais pas à l’efficacité d’une telle démarche mais, pour l’avenir, je tenais à proclamer que nous n’étions pas tous restés silencieux devant la trahison de la révolution par le parti communiste.

A deux heures du matin, Sasha téléphona à Zinoviev pour lui faire savoir qu’il avait un message à lui communiquer au sujet de Cronstadt, Zinoviev dut croire qu’il s’agissait de l’aider dans son complot parce qu’il prit la peine d’envoyer Madame Ravich, dix minutes après le coup de téléphone, pour prendre le message de Sasha. Nous y disions, notamment :


Rester silencieux maintenant est impossible, et criminel. Les récents événements nous forcent, nous anarchistes, à prendre la parole… Le malaise et le mécontentement des ouvriers et des marins méritent notre attention : le froid et la faim, l’absence de discussion libre et de droit de critique les ont contraints à exposer leurs revendications au jour. Nous pensons que le conflit entre le gouvernement soviétique d’une part, les ouvriers et les marins d’autre part, doit être réglé non par la force des armes, mais dans la camaraderie et la compréhension révolutionnaire…

L’usage de la force contre eux par le Gouvernement des Ouvriers et des Paysans aura un effet réactionnaire sur l’ensemble du mouvement révolutionnaire international et fera un tort profond à la Révolution… Camarades bolcheviques réfléchissez avant qu’il ne soit trop tard.

Ne jouez pas avec le feu. Vous êtes sur le point de franchir un pas irréversible.

Nous vous soumettons donc la proposition suivante : la réunion d’une commission de cinq personnes, dont deux anarchistes, qui va se rendre à Cronstadt et règlera le conflit par des moyens pacifiques. Dans la situation actuelle, c’est la solution la plus radicale. Et elle aura un retentissement international.

ALEXANDER BERKMAN — EMMA GOLDMAN — PERKUS PETROVSKY (Petrograd, le 5 mars 1921.)

Notre appel était tombé dans l’oreille d’un sourd.

Le lendemain matin, Trotski arrivait et lançait son ultimatum :

- Au nom du Gouvernement des Ouvriers et des Paysans, déclarait-il, nous tirerons comme des perdrix tous ceux qui osent lever la main contre la terre socialiste.

Les navires et les équipages devaient se rendre immédiatement au gouvernement soviétique. Seuls ceux qui se rendraient inconditionnellement pourraient bénéficier de la grâce de la République soviétique.

L’ultimatum était signé de Trotski, en tant que président du soviet militaire et de Kamenev, commandant en chef de l’Armée Rouge. La critique du droit divin des maîtres était à nouveau punie de mort.

Trotski, qui était arrivé au pouvoir grâce aux hommes de Cronstadt, payait sa dette en se réclamant de la « glorieuse révolution russe ». Il avait à son service les meilleurs stratèges militaires des tsars, en particulier le fameux Toukhatchevsky, auquel Trotski confia le commandement de l’attaque contre Cronstadt.

Il disposait également des hordes de tchékistes rodées par trois années d’entraînement à l’art de tuer, de communistes spécialement sélectionnés pour leur obéissance aveugle et de troupes d’élite ramenées du front. Avec une telle concentration de forces, la ville mutinée devait être aisément domptée.

D’autant plus que les marins et les soldats de la garnison avaient été désarmés. "


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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 01 Nov 2017, 20:54

Pour découvrir la Révolution russe

Bibliographie

Le sujet est immense, les enjeux labyrinthiques, les événements alternativement grandioses et désolants. Une sélection de livres pour s’initier.

Orlando Figes, La Révolution russe (1996). Cette fresque épique, débutant avec la famine catastrophique de 1891 et s’achevant avec la mort de Lénine en 1924, balaie les aspects politique, militaire, économique et culturel de la révolution. L’auteur entrelarde son récit de points de vue éloquents, comme ceux de l’intellectuel socialiste Gorki, de l’ouvrier bolchevik Kanatchikov ou du paysan progressiste Semenov. Malgré une tonalité sarcastique parfois désagréable, cet historien qui semble éprouver de la sympathie pour le bolche­visme modéré de Lev Kamenev brosse un vif tableau de ce que fut la so­ciété russe d’alors, si ardue à se représenter un siècle plus tard.
• 2 tomes, 1 600 pages, Gallimard, 2009.

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Marc Ferro, La Révolution de 1917 (1975). L’historiographie française sur la Révolution russe est très en deçà de son homo­logue anglo-saxonne, mais Marc Ferro a considérablement relevé le niveau avec cette étude iné­galée depuis plus de quarante ans. Moins bon conteur, mais meilleur analyste que Figes, Ferro enrichit son livre d’études thématiques sur la démocratie des soviets, le contrôle ouvrier et l’autogestion, la bureaucratisation, le rôle des femmes et des minorités nationales. Son petit recueil de textes commentés, Des soviets au communisme bureaucratique (Gallimard, 1980), est moins réussi.
• 1 102 pages, Albin Michel, 1997.

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Alexandre Rabinovitch, Prelude to Revolution (1968). Jamais traduite en français, cette étude fondatrice, centrée sur les Journées de juillet, brisa le mythe d’un Parti bolchevik monolithique et discipliné en 1917. Il en montre les divergences et les hésitations – logiques dans un contexte de révolution – mais aussi la porosité aux influences extérieures – notamment celle des anarchistes sur sa base ouvrière. Malgré cela, son effort pour conserver une cohésion organisationnelle aura fait la différence avec ses concurrents. Rabinovitch a étendu son étude à Octobre dans Les Bolcheviks prennent le pouvoir (La Fabrique, 2016), où l’on prend la mesure du rôle joué par Lénine. Il est peu de cas dans l’Histoire où la volonté d’un homme aura autant pesé sur le cours des événements.
• 304 pages, First Midland Book Edition, 1991.

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Paul Avrich, Les Anarchistes russes (1967). D’un style assez scolaire, c’est malgré tout le livre le plus complet sur le sujet, centré sur les deux phases de l’activité libertaire en Russie : 1905-1908, puis 1917-1921. Avrich détaille la singularité de l’anarchisme russe dans sa première vague, fascinée par la violence bezmotiv (« sans motif ») – sans autre but que de tuer des riches pour réveiller le peuple. En parallèle était inventé en Ukraine l’« anarcho-syndicalisme » vingt-cinq ou trente ans avant que la formule ne soit officialisée en Espagne et en France. L’étude de la seconde vague est plus décevante. Les débats et l’action des anarchistes aux moments-clefs de 1917-1918 ne sont que sur­volés ; les personnages à peine esquissés. Le livre d’Alexandre Skirda, Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 (Éditions de Paris, 2000) reprend peu ou prou les mêmes informations qu’Avrich, en ajoutant des témoignages et des documents en annexe.
• 400 pages, Nada, 2017.

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Voline, La Révolution inconnue (1947). C’est le témoignage libertaire de référence, apportant nombre d’informations de première main. Il reste néanmoins très évasif quant aux organisations anarchistes, à leurs débats, à leurs divergences et à leurs acteurs, comme si Voline n’avait voulu se fâcher avec personne. Même la scission de son propre journal, Golos Trouda, en 1918, est pudiquement passée sous silence. A contrario, les Mémoires et écrits de Makhno (Ivrea, 2010) racontent l’action révolutionnaire des années 1906-1918 – avant la Makhnovchtchina, donc – avec un luxe de détails, mais restent cantonnés à l’Ukraine. On complétera avec l’excellente biographie Nestor Makhno, le cosaque libertaire, par Alexandre Skirda (Éditions de Paris, 2005).
• 720 pages, Entremonde, 2010.

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Stephen A. Smith, Petrograd rouge. La révolution dans les usines (1983). Avec sa solide composante sociologique, on tient là un livre de premier plan pour comprendre la classe ouvrière dans la capitale des tsars. Le prolétaire type y était jeune, concentré dans une usine métallurgique géante, célibataire sans enfants, relativement éduqué et affamé : bref, de la dynamite. Smith explore les institutions ouvrières spontanément créées en 1917 – milice populaire, Garde rouge, comités d’usines – et aborde les débats sur leur rôle… avant que la classe ouvrière ne s’évapore en 1918-1919. L’effondrement de l’industrie la poussera alors à retourner aux champs ou à s’enrôler dans l’Armée rouge… hormis la fraction qui sera, entre-temps, devenue fonctionnaire dans les soviets.
• 450 pages, Les Nuits rouges, 2017.

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Leonard Schapiro, Les Bolcheviks et l’opposition (1955). Un livre précis et richement documenté qui éclaire la trajectoire des « perdants » de la révolution : mencheviks et socialistes-révolutionnaires principalement – les anarchistes ne sont que survolés, le Bund est ignoré. D’où il ressort qu’à plusieurs moments-clefs – le IIe congrès des soviets, les négociations pour un gouvernement socialiste pluraliste, la dissolution de la Constituante, les débuts de la guerre civile… – ces partis ont laissé filer leur chance de peser sur le cours des événements.
• 560 pages, Les Nuits rouges, 2007

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Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie (1972). Les soviets furent avant tout des organes d’administration, mais aussi – palliant l’absence de syndicats – de représentation ouvrière et de coordination des luttes. Et, potentiellement seulement, de pouvoir populaire. L’auteur détaille l’architecture qu’ils adoptèrent pour se structurer au niveau national, et dépeint leur existence et leurs travers de façon plus concrète que la plupart des livres d’histoire de la Révolution russe.
• 384 pages, Gallimard, 1972.

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Jacques Baynac, Les Socialistes-révolutionnaires (1979). Ce fut le principal courant socialiste en Russie de 1880 à 1917, avant d’être enfermé dans la caricature qu’en firent les historiens soviétiques, et effacé des mémoires. Baynac fait tomber bien des préjugés sur ce parti marxiste hétérodoxe, membre de la IIe Internationale, bien implanté dans la classe ouvrière, sans concurrent sérieux au sein de la gauche paysanne, plutôt antiparlementaire et menant la lutte armée contre le tsarisme. Seul le tome 1, consacré à l’avant-1917, est paru.
• 394 pages, Robert Laffont, 1979.

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René Berthier, Octobre 1917 : le Thermidor de la Révolution russe (1999). Outre l’action des anarchistes, René Berthier se ­livre à un long examen des responsabilités du bolchevisme dans la bureaucratisation de la révolution, en établissant des comparaisons avec l’anarcho-syndicalisme espagnol en 1936. Les nombreuses citations édifiantes de Lénine et de Trotski (fascinés par le taylorisme, résolus à employer la terreur contre les travailleurs pour redresser la production) forment un implacable plaidoyer contre toute dictature, fut-elle « éclairée » ou « révolutionnaire ».
• 288 pages, Éditions CNT-RP, 2003.

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Du côté des témoignages

On lira les Mémoires d’un révolutionnaire de ­Victor Serge (Lux, 2010), dont le souffle humaniste compense les zones d’ombre ; Le Mythe bolchevik d’Alexandre Berkman, et ses observations pertinentes sur la dégénérescence de la révolution en 1920-1921 (Klincksieck, 2017) ; les Mémoires d’un anarchiste juif de Samuel Schwartzbard (Syllepse, 2010), qui s’emmêle un peu dans la chronologie, mais dont les souvenirs sur la résistance aux pogroms en Ukraine, sur les déboires des premiers gardes rouges ou sur les profiteurs du désordre feront utilement réfléchir les adeptes du spontanéisme et de la non-organisation.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

http://www.alternativelibertaire.org/?B ... tion-russe
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede Pïérô » 03 Nov 2017, 12:55

Toulouse, vendredi 3 novembre 2017

La révolution russe a cent ans ! Présentation / Débat

Le mensuel anarchiste communiste Courant alternatif vient de sortir un numéro spécial de 44 pages consacré à la révolution russe de 1917, dont c'est le 100e anniversaire. Des membres de la revue seront présents pour animer la discussion et présenter leur démarche!

à 20h, Local Camarade, 54 boulevard Déodat de Séverac, Toulouse

(entrée libre)

"Par le biais de textes souvent peu connus qu'ont écrits des protagonistes de cette révolution - comme Rosa Luxemburg, Alexandra Kollontai, Emma Goldman, Voline, Ida Mett, Anton Ciliga, Nestor Makhno, Victor Serge - ou d'études plus récentes - comme celles de Daniel Guérin, de Colo Bourdel sur les conseils ouvriers de 1905, ou de Yohan Dubigeon à partir des thèses d'Oskar Anweiler sur les soviets de 1905 à 1921 - et de quelques articles de membres de la revue, sont abordés différents épisodes de ce moment qui fit trembler toutes les bourgeoisies du monde.

Le fil conducteur de ces textes est la mise en lumière de ce qui constitue à nos yeux le plus intéressant de ces années entre 1905 et 1921, à savoir les formes d'auto-organisation qui en sont à l'origine. Conseils ouvriers, soviets sont bien loin des pratiques des partis, et surtout du Parti bolchevik, qui finit par participer à l'étouffement puis à la destruction de ces pratiques émancipatrices issues de la base de la société russe. Parler des soviets de cette période, c'est parler aussi - et peut-être même surtout - des pratiques à développer aujourd'hui au cœur des mouvements sociaux."

https://toulouse.demosphere.eu/rv/16262

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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede ARTHUR » 07 Nov 2017, 08:09

Entretien avec l’historien Eric Aunoble :
Du "Grand Soir" à "l’espoir levé à l’Est", comment le mythe révolutionnaire a-t-il perduré ?



Eric Aunoble, historien et enseignant à l’université de Genève qui interviendra lors de notre 4ème journée de commémoration critique du centenaire, a accepté de répondre à quelques questions préalables sur la Révolution russe et ses mythes. Nous l’en remercions.

Au delà de cette interview, nous invitons celles et ceux que le sujet intéresse à se plonger dans ses deux ouvrages de référence :

La Révolution russe, une histoire française. Lectures et représentations depuis 1917 (La Fabrique, 2016)
"Le communisme tout de suite !", le mouvement des Communes en Ukraine Soviétique (1919-1920) (Les Nuits Rouges, 2008)


Votre travail universitaire vous a orienté vers la Révolution russe. Est-ce à dire que, pour vous, l’utopie sociale y résidait ?

En fait, ce n’est pas le travail universitaire qui m’a orienté vers la Révolution russe, mais plutôt la révolution qui m’a orienté vers la recherche historique. Quand j’avais 14-15 ans, j’ai fait plusieurs voyages en URSS. C’était l’époque de Brejnev ; rien d’utopiste mais plutôt du très conformiste. En même temps, beaucoup d’égalitarisme comparé à la France petite-bourgeoise que je connaissais : les ouvriers mieux payés que les médecins, les femmes qui travaillent au terrassement des rues, les facs envahies l’été d’ouvriers qui passent les examens de leurs cours du soir ; et puis une distance sociale bien moindre qu’en France entre dirigés et dirigeants. Cela n’empêchait ces derniers d’être souvent de beaux salopards et de parfaits arrivistes, mais ils n’avaient pas le dixième de la morgue que le moindre pharmacien de province peut avoir pour les prolos.

À partir de là, tu t’aperçois que rien de ce qui fait la vie sociale en France n’est naturel : ni la publicité, ni la religion, ni les patrons ! Et tu te demandes d’où ça vient. Pas besoin d’être bien malin pour remonter à 1917, vu la quantité de statues qu’il y avait ! Ensuite, il a fallu attendre après 1991 pour que les archives soient ouvertes et que je puisse y faire un tour et y trouver le matériau de ma thèse sur les communes.

La Révolution russe a-t-elle, selon vous, remplacé l’espoir du Grand Soir ?

Je crois qu’à partir de 1917, la Révolution russe a plutôt incarné et non remplacé le Grand soir pour quelques décennies. Les révolutionnaires français, socialistes, anarchistes mais surtout syndicalistes voulaient renverser le pouvoir de la bourgeoisie et s’accordaient plus ou moins sur le fait que la Travail ferait cette révolution. Mais le Grand soir comme la Grève générale restaient assez abstraits. Avec les soviets, ça devenait très concret : élections dans les usines, constitution de conseils à différents niveaux territoriaux, conseils qui se coordonnent et créent une administration pour répartir le travail et les richesses, mais qui créent aussi une garde rouge (qui s’entraîne sur le temps de travail !) car "qui a du fer a du pain" comme disait Blanqui.

J’ai travaillé récemment sur les archives de Raymond Péricat, secrétaire de la Fédération CGT du Bâtiment de 1908 à 1912 et opposé à la guerre de 1914. Péricat avait recopié dès l’été 1917 les bulletins du soviet de Petrograd (bulletins qui étaient traduits et diffusés à l’étranger), alors que ce soviet était encore dirigé par des "modérés". Conseil ouvrier, ça lui parlait. De même que lui parlerait vite "le bolchevisme de 1917" : contre la guerre, pour que les conseils ouvriers prennent le contrôle du pays !

La suite sur: http://www.cnt-f.org/subrp/spip.php?article1092
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede Pïérô » 07 Nov 2017, 15:03

Rencontre-débat avec H. Hernandez

« Les femmes dans la révolution russe de 1917 »

Paris le jeudi 9 novembre 2017

Rencontre et débat avec Hélène Hernandez
du groupe Pierre Besnard de la Fédération Anarchiste
et de l'émission Femmes Libres de Radio Libertaire

à 19h30, Librairie du Monde libertaire - Publico, 145 rue Amelot, Paris 11e

http://www.librairie-publico.info/?p=2799
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 07 Nov 2017, 23:21

A 100 ans de la Révolution d’Octobre

John Reed : quand les ouvriers commandaient les généraux au front

A l’occasion du centenaire de la Révolution d’Octobre 1917, nous reproduisons ci-dessous un extrait du livre du journaliste et militant révolutionnaire nord-américain John Reed (1887-1920), Les dix jours qui ébranlèrent le monde.

... http://www.revolutionpermanente.fr/John ... x-au-front
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede Pïérô » 09 Nov 2017, 20:59

Courant alternatif N° spécial La révolution russe a 100 ans, Un regard anarchiste

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La révolution russe a 100 ans
Un regard anarchiste

Le mensuel anarchiste communiste Courant alternatif vient de sortir un numéro spécial de 56 pages consacré à la révolution russe de 1917, dont c'est le 100e anniversaire.

"Par le biais de textes souvent peu connus qu'ont écrits des protagonistes de cette révolution - comme Rosa Luxemburg, Alexandra Kollontai, Emma Goldman, Voline, Ida Mett, Anton Ciliga, Nestor Makhno, Victor Serge - ou d'études plus récentes - comme celles de Daniel Guérin, de Colo Bourdel sur les conseils ouvriers de 1905, ou de Yohan Dubigeon à partir des thèses d'Oskar Anweiler sur les soviets de 1905 à 1921 - et de quelques articles de membres de la revue, sont abordés différents épisodes de ce moment qui fit trembler toutes les bourgeoisies du monde.

Le fil conducteur de ces textes est la mise en lumière de ce qui constitue à nos yeux le plus intéressant de ces années entre 1905 et 1921, à savoir les formes d'auto-organisation qui en sont à l'origine. Conseils ouvriers, soviets sont bien loin des pratiques des partis, et surtout du Parti bolchevik, qui finit par participer à l'étouffement puis à la destruction de ces pratiques émancipatrices issues de la base de la société russe. Parler des soviets de cette période, c'est parler aussi - et peut-être même surtout - des pratiques à développer aujourd'hui au cœur des mouvements sociaux."

Pour le recevoir, envoyez un chèque de 6 € à l’ordre de La Galère
Courant alternatif
Egrégore
BP 81213
51058 Reims cedex
oclibertaire@hotmail.com

SOMMAIRE
• A l’origine d’octobre 1917, la révolution de 1905
• «Mille événements qui convergent vers l’insurrection de 1905» - Rosa Luxemburg
• 1905 : l’irruption de l’ouvrier révolutionnaire russe
• Parler des soviets aujourd’hui
• Les femmes dans la révolution russe - A. Kollontaï
• Alexandra Kollontaï, biographie
• Vers la militarisation de la société
• La militarisation des usines - Emma Goldman
• Emma Goldman, l’anarcha féministe, biographie
• «Ma désillusion en Russie» - Emma Goldman
• Les organisations anarchistes dans la révolution russe et leur répression par les bolcheviques - Voline
• Kronstadt avant l’insurrection - Ida Mett
• Ida Mett, biographie
• La répression de la «troisième révolution» à Kronstadt
• L’insurrection de Kronstadt et la destinée de la révolution russe - Ante Ciliga
• Ante Ciliga, biographie
• La Makhnovtchina - Daniel Guérin
• Manifeste de l’armée insurrectionnelle d’Ukraine (1920)
• Pour le Xe anniversaire du mouvement insurrectionnel en Ukraine - Nestor Makhno (1928)
• Aux Juifs de tout pays
• Nestor Makhno - Victor Serge 
• Trotski, le prophète calomniateur
• Lénine et la révolution - Ante Ciliga
• Trente ans après la révolution russe - Victor Serge
• Que lire à propos de la révolution russe ?

http://www.lechatnoir51.fr/2017/11/la-r ... 0-ans.html
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede Pïérô » 10 Nov 2017, 00:00

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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede Pïérô » 13 Nov 2017, 11:51

Radio : l’Egregore du 6 Novembre 2017

Spécial lecture

l’Egrégore vous fait la lecture. En effet nous consacrons notre émission à la révolution russe à l’occasion de la sortie du Hors Série de Courant Alternatif.

à écouter : http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article1998
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