Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Lila » 16 Juil 2017, 20:53

Courte biographie de Voltairine de Cleyre


Voltairine de Cleyre est née le 17 novembre 1866 à Leslie, dans le Michigan. Libre-penseur, son père admire beaucoup Voltaire, notamment sa critique de la religion, ce qui explique le choix du prénom de sa fille. (…) Le grand-père maternel de Voltairine avait défendu des positions abolitionnistes et participé au « chemin de fer souterrain » (à la filière clandestine) qui aidait les esclaves à fuir jusqu’au Canada. Quant au père de Voltairine, lui-même, il avait émigré de France et était un artisan socialiste et libre-penseur. (…) Il travaille de très longues heures pour gagner un maigre salaire, sa femme fait des travaux de couture à domicile, mais leurs enfants sont constamment « sous-alimentés » et « très faibles physiquement ». Selon Addie, l’une des sœurs de Voltairine, leur enfance misérable explique le radicalisme de Voltairine ainsi que « sa profonde sympathie et sa compréhension pour les pauvres ». Ces difficultés matérielles contribuent également à multiplier les points de friction entre leurs parents, qui finissent par se séparer.

L’enfer du couvent

Voltairine étudie ensuite pendant trois ans et demi dans un couvent où son père l’envoie pour combattre sa paresse et son absence de bonnes manières. Pourquoi cet homme anticlérical et libre-penseur a-t-pris une telle décision ? Avrich pense qu’il était exaspéré par la situation économique dans laquelle il se trouvait et ne voulait pas que Voltairine connaisse la pauvreté. Il espérait que la formation acquise au couvent aiderait sa fille à se défendre dans la vie.
Cette expérience va influencer toute l’existence de Voltairine. Si elle apprit beaucoup de choses, notamment à parler français et à jouer du piano, ce séjour dans une institution catholique poussa aussi son esprit rebelle dans une direction anti-autoritaire.

Dans son essai « Comment je devins anarchiste », elle explique l’impact et l’influence durables du couvent sur sa pensée. « J’ai réussi finalement à en sortir et j’étais une libre-penseuse lorsque j’en suis partie, trois ans plus tard, même si, dans ma solitude, je n’avais jamais lu un seul livre ni entendu une seule parole qui m’ait aidée. J’ai traversé la Vallée de l’Ombre de la Mort, et mon âme porte encore de blanches cicatrices, là où l’Ignorance et la Superstition m’ont brûlé de leur feu infernal, durant cette sinistre période de ma vie. (…) A côté de la bataille de ma jeunesse, tous les autres combats que j’ai dû mener ont été faciles, car, quelles que soient les circonstances extérieures, je n’obéis désormais plus qu’à ma seule volonté intérieure. Je ne dois prêter allégeance à personne et ne le ferai jamais plus ; je me dirige lentement vers un seul but : la connaissance, l’affirmation de ma propre liberté, avec toutes les responsabilités qui en découlent. Telle est, j’en suis convaincue, la raison essentielle de mon attirance pour l’anarchisme. »

La libre-pensée

Dès qu’elle quitte le couvent, Voltairine se met à donner des cours particuliers de musique, de français, d’écriture et de calligraphie, activité qui lui permit de gagner son pain jusqu’à sa mort. Voltairine commence parallèlement une carrière de conférencière et d’écrivaine. Voulant se débarrasser des influences autoritaires de l’Eglise sur sa formation intellectuelle, elle se lance avec ferveur dans le mouvement pour la libre-pensée, en pleine croissance à l’époque. Selon l’auteure féministe Wendy McElroy, ce courant « anticlérical, antichrétien, voulait obtenir la séparation de l’Eglise et de l’Etat afin que les questions religieuses dépendent seulement de la conscience et de la faculté de raisonner de chaque individu ». Comme l’explique Avrich, « (…) anarchistes et libres-penseurs eurent toujours beaucoup d’affinités car ils partageaient un point de vue anti-autoritaire et une tradition commune de radicalisme laïciste. » C’est à travers son engagement pour la libre-pensée que Voltairine découvrit l’anarchisme - évolution classique à l’époque pour beaucoup de libertaires, en tout cas ceux qui étaient nés aux Etats-Unis.

En 1886, Voltairine commence à écrire pour un hebdomadaire libre-penseur The Progressive Age et en devient rapidement la rédactrice en chef. A l’époque elle donne des conférences dans la région de Grand Rapids, Michigan, où elle vit, et dans d’autres villes de cet Etat. Elle traite de sujets comme la religion, Thomas Paine (1) , Mary Wollstonecraft (2) (qui était l’une de ses héroïnes) et la libre-pensée. Voltairine prend la parole à Chicago, Philadelphie et Boston. Elle participe aussi fréquemment à des tournées de conférences organisées par l’American Secular Society (Association laïciste américaine) à travers tout l’Ohio et la Pennsylvanie. Elle s’adresse à des groupes rationalistes, des clubs libéraux et des associations de libres-penseurs. Sa réputation d’oratrice grandit et ses auditeurs trouvent ses conférences « riches et originales » comme l’écrivit Emma Goldman. Elle envoie aussi des articles et des poèmes aux principales publications laïcistes du pays.
En décembre 1887, Voltairine commence à s’intéresser aux questions économiques et politiques, après avoir écouté une conférence sur le socialisme présentée par Clarence Darrow (3). Écrivant un article à ce sujet dans The Truth Seeker, elle remarque : « C’était la première fois que j’entendais parler d’un plan d’amélioration de la condition ouvrière qui explique le cours de l’évolution économique. Je me suis précipitée vers ces théories comme quelqu’un qui s’échapperait en courant de l’obscurité pour trouver la lumière. »

Quelques semaines plus tard, Voltairine se déclare socialiste. Elle est attirée par le message anticapitaliste de ce courant et son appel à la lutte de la classe ouvrière contre l’ordre économique dominant. Cependant, comme l’explique Emma Goldman, son « amour inné de la liberté ne pouvait se concilier avec les conceptions étatistes du socialisme ». Voltairine se trouve obligée de défendre le socialisme dans des débats avec les anarchistes, à un moment décisif pour l’histoire de ce courant. En effet, le 11 novembre 1887, quatre anarchistes sont pendus par l’Etat d’Illinois. Ils passeront à la postérité sous le nom des « martyrs de Haymarket ». Leur emprisonnement, leur procès grotesque et leur exécution déclenchent un vaste mouvement de solidarité dans le monde entier (…).

« Qu’on les pende ! »

En mai 1886, lorsque Voltairine entend parler pour la première fois de l’arrestation des anarchistes de Chicago, elle s’exclame : « Qu’on les pende ! » Elle se trouve momentanément emportée par la vague d’hostilité contre les anarchistes, les syndicats et les immigrés qui se répand dans le pays. En effet, la presse entame une violente campagne à partir du 5 mai, le jour suivant la tragédie de Haymarket. Rappelons l’enchaînement des faits.

Le 1er mai 1886, une grève générale éclate dans les principales villes des États-Unis. Des centaines de milliers d’ouvriers manifestent dans les rues en exigeant la mise en application immédiate de la journée de 8 heures. Le combat pour la réduction du temps de travail a pris de l’ampleur depuis quelques années dans les principaux centres industriels du pays. Chicago est à l’avant-garde de ce mouvement, que les anarchistes dirigent et organisent dans cette ville.
La presse bourgeoise les dénonce constamment et les patrons craignent le pouvoir croissant des organisations ouvrières. Le 3 mai 1886, la police de Chicago ouvre le feu sur des grévistes, tuant et blessant plusieurs personnes. Les anarchistes appellent alors à un rassemblement de protestation le lendemain. Le 4 mai, un meeting se tient à Haymarket Square où plusieurs centaines d’ouvriers viennent écouter des syndicalistes radicaux. La police encercle le rassemblement et le déclare illégal. Les flics chargent les travailleurs mais tout à coup quelqu’un, du côté des manifestants, lance une bombe qui tue un officier de police et en blesse plusieurs autres. Les flics organisent immédiatement une série de descentes et de perquisitions dans les domiciles et les locaux des anarchistes, arrêtant et interrogeant des centaines de sympathisants. Huit hommes sont jugés responsables de l’attentat et déclarés coupables de meurtre, même si certains d’entre eux n’étaient même pas présents sur les lieux. (…) Deux militants sont condamnés à perpétuité, un troisième à 15 ans, un quatrième se suicide parce qu’il dénie à l’Etat le droit de lui ôter la vie, et les quatre derniers sont pendus le 11 novembre 1887.
Voltairine regrette rapidement sa réaction initiale et, peu après l’exécution des martyrs de Haymarket, elle se convertit à l’anarchisme. (…). L’anniversaire de l’exécution des martyrs de Haymarket devient une date importante pour le mouvement ouvrier international, et particulièrement aux Etats-Unis. Les cérémonies organisées à cette occasion sont aussi l’occasion de se compter et de donner une nouvelle impulsion au combat contre l’exploitation. (…) Beaucoup d’auditeurs trouvent les discours de Voltairine particulièrement passionnés et stimulants. Elle prend la parole aux côtés d’autres anarchistes célèbres comme Emma Goldman, Alexander Berkman et Lucy Parsons, l’épouse d’un des martyrs de Haymarket, Albert Parsons, et l’une des organisatrices les plus infatigables du mouvement (…). Chaque année, Voltairine participe à ces manifestations, même lorsqu’elle est profondément déprimée ou malade, car elle y puise de l’inspiration et du courage. (…)

« L’année 1888 marque un tournant dans la vie de Voltairine de Cleyre, explique Avrich. C’est l’année où elle devient anarchiste et écrit ses premiers essais anarchistes, mais aussi l’année où, pendant une tournée de conférences, elle rencontre les trois hommes qui vont jouer un rôle important dans sa vie : T. Hamilton Garside, dont elle tomba passionnément amoureuse ; James B. Elliott, dont elle eut un enfant ; et Dyer D. Lum, avec lequel elle entretint une relation intellectuelle, morale et physique, qui fut plus importante que celles avec Garside et Elliott, mais qui se termina, comme les autres, par une tragédie. »

Trois échecs

Garside donnait lui aussi des conférences sur la lutte sociale et, lorsque Voltairine tombe amoureuse de lui, elle n’a que 21 ans. Il rompt rapidement avec elle et ce rejet la frappe cruellement, comme en témoignent nombre de ses poèmes de l’époque. Cette première expérience négative la plonge dans une grave dépression, avivant sa sensation d’isolement, mais stimulant aussi sa réflexion féministe sur les relations entre les sexes et la façon dont la société réduit les femmes à un simple rôle d’objets sexuels.

La relation de Dyer Lum avec Voltairine fut d’un tout autre ordre car elle influença profondément son évolution politique et qu’ils construisirent une amitié « indéfectible », selon Avrich. Lum avait vingt-sept ans de plus que la jeune femme et une grande expérience politique. Il avait appartenu au mouvement abolitionniste et s’était porté volontaire pour se battre pendant la Guerre de Sécession afin d’ « en finir avec l’esclavage ». Il connaissait bien la plupart des martyrs de Haymarket et avait milité avec eux. C’était un auteur prolifique et ils écrivirent à quatre mains un long roman social et philosophique, qui ne fut jamais publié et que l’on a malheureusement perdu. Ils menèrent aussi un travail de réflexion politique en commun. A l’époque, des débats très violents opposaient les différentes tendances idéologiques du mouvement anarchiste (…). Voltairine et Dyer Lum écrivirent de nombreux articles pour les publications de ces divers courants et avancèrent l’idée d’un « anarchisme sans adjectifs » (4). (…) Dans l’un des essais les plus connus de Voltairine (« L’anarchisme »), elle défend l’idée d’une plus grande tolérance dans le mouvement anarchiste, (…) étendant cette tolérance jusqu’à l’anarchiste chrétien Tolstoï et d’autres penseurs très critiqués par les athées du mouvement. (…)

Si les idées de Voltairine de Cleyre et Dyer Lum convergeaient sur de nombreux points, Avrich souligne qu’ils avaient aussi des divergences importantes, notamment en ce qui concerne « la position des femmes dans la société actuelle et ce qu’elle devrait être ». A ce sujet, Voltairine prend une « position plus tranchée » que Lum. Ils n’ont pas non plus le même avis sur les moyens de changer la société. Lum pense que la révolution provoquera inévitablement une lutte violente entre la classe ouvrière et la classe patronale, conviction qu’il tire notamment de la Guerre de Sécession et des effets qu’elle eut sur l’abolition de l’esclavage. Voltairine penche plutôt pour la non-violence mais comprend ceux qui ont recours à d’autres méthodes. Elle désapprouve les différents assassinats commis par des anarchistes au tournant du XXe siècle mais cherche toujours à en expliquer les raisons. Lorsque le président McKinley fut abattu par Leon Czolgosz, elle déclara que la violence du capitalisme et l’inégalité économique poussaient les gens à utiliser la violence.

Trois balles dans le corps

Les opinions non-violentes de Voltairine et sa compréhension pour ceux qui utilisent la violence vont être brutalement mises à l’épreuve à la fin de l’année 1902. Comme nous l’avons déjà dit, Voltairine gagnait sa vie en donnant des cours particuliers. Elle enseignait surtout l’anglais à des familles et des ouvriers juifs pour lesquelles elle avait le plus grand respect et avec lesquels elle travaillait fréquemment. Un jour, l’un de ses anciens élèves, Herman Helcher, l’attend dans la rue et tente de l’assassiner. Il lui tire une balle dans la poitrine, puis, lorsqu’elle s’effondre, deux autres balles dans le dos. Elle réussit pourtant à se relever et à marcher encore plusieurs dizaines de mètres avant qu’un médecin, qui heureusement passait par là, vienne à son secours et appelle une ambulance. Elle est dans un état critique et l’on craint pour sa vie. Mais quelques jours plus tard, elle commence à récupérer et sa condition se stabilise. Ce qu’elle fait ensuite scandalise ou met en colère nombre de ses concitoyens, mais lui vaut, à long terme, le respect de pas mal de gens. Convaincue que le capitalisme et l’autoritarisme corrompent les êtres humains et les poussent à utiliser la violence, elle réagit, face à cette tentative d’assassinat, conformément à ses convictions. Voltairine refuse d’identifier Helcher comme son agresseur et de déposer la moindre plainte contre lui. En cela, elle « respectait les enseignements de Tolstoï, qui prônait de rendre un bien pour un mal » (Paul Avrich).

Elle écrit ensuite une lettre qui sera publiée par le principal quotidien de Philadelphie, ville où elle habite à l’époque. « Le jeune homme qui, selon certains, m’a tiré dessus est fou. Le fait qu’il ne mange pas à sa faim et n’ait pas un travail sain l’a rendu ainsi. Il devrait être placé dans un asile psychiatrique. Ce serait une offense à la civilisation de l’envoyer en prison pour un acte commandé par un cerveau malade. »
« Je n’éprouve aucun ressentiment contre cet individu. Si la société permettait à chaque homme, chaque femme et chaque enfant de mener une vie normale, il n’y aurait pas de violence dans ce monde. Je suis remplie d’horreur quand je pense que des actes brutaux sont commis au nom de l’Etat. Chaque acte de violence trouve son écho dans un autre acte de violence. La matraque du policier fait naître de nouveaux criminels. »
« Contrairement à ce que croient la plupart des gens, l’anarchisme souhaite la " paix sur la terre pour les hommes de bonne volonté". Les actes de violence commis au nom de l’anarchie sont le fait d’hommes et de femmes qui ont oublié d’être des philosophes - des professeurs du peuple - parce que leurs souffrances physiques et mentales les poussent au désespoir. »
Après sa convalescence, Voltairine entame une série de conférences sur « Le crime et sa répression », la réforme des prisons et leur suppression. Elle continue à se battre pour que la justice soit clémente envers Helcher. Selon Avrich, « les propos de Voltairine de Cleyre sont largement évoqués dans la presse de Philadelphie ». Les journaux locaux, qui avaient violemment critiqué l’anarchisme, adoucissent leur ton lorsqu’ils parlent de Voltairine et elle devient une sorte de célébrité car son attitude lui vaut même l’admiration de certains de ses plus farouches adversaires.
La relation entre Voltairine et Dyer Lum se termine au bout de cinq ans lorsqu’il se suicide en 1893, au terme d’une grave dépression. Voltairine, elle-même, se trouva au bord du suicide plusieurs fois, suite à de profondes dépressions et à ses maladies. (…)
Le troisième homme important dans la vie de Voltairine se nommait James B. Elliott et elle le rencontra en 1888. Il militait dans le mouvement pour la libre-pensée et tous deux firent connaissance lorsque la Friendship Liberal League (5) invita Voltairine à venir parler à ses membres à Philadelphie. Voltairine vécut dans cette ville pendant plus de vingt ans, entre 1889 et 1910. Sa relation avec Elliott ne dure pas longtemps, mais elle se retrouve enceinte de lui et met au monde, le 12 juin 1890, le petit Harry de Cleyre. Harry allait être son seul enfant. Elle n’avait aucune intention d’être mère et ne voulait pas élever d’enfants. Selon Avrich, « physiquement, émotionnellement et financièrement, elle ne se sentait pas capable de faire face aux responsabilités de la maternité ». Harry fut élevé par son père à Philadelphie. Si Harry et Voltairine eurent peu de contacts, Harry aima, respecta et admira toujours sa mère. D’ailleurs il prit son nom, et non celui de son père, et appela sa première fille Voltairine. (…)

Une militante infatigable

A Philadelphie, Voltairine est très active dans divers domaines. Pour les femmes de la Ladies Liberal League, organisation de libres-penseuses dont elle a été l’une des fondatrices en 1892, elle met au point un programme de conférences sur des thèmes comme la sexualité, les interdits, la criminalité, le socialisme et l’anarchisme. Elle participe aussi à la création du Club de la science sociale, un groupe anarchiste de discussion et de lecture. (…) Elle organise des réunions publiques qui attirent des centaines d’auditeurs désireux d’écouter des anarchistes et des syndicalistes radicaux qui viennent des quatre coins du pays. Elle collecte des fonds, s’occupe de la distribution de brochures et de livres, et se consacre à bien d’autres tâches pratiques. En 1905, Voltairine et plusieurs de ses amies anarchistes (notamment Natasha Notkin (6), Perle McLeod (7) et Mary Hansen), ouvrent la Bibliothèque révolutionnaire, qui prête des ouvrages radicaux aux ouvriers pour une somme modique et est ouverte à des heures convenant aux salariés.

Voltairine de Cleyre voyage deux fois en Europe durant cette période. Pour ses activités de conférencière, elle avait parcouru les Etats-Unis de nombreuses fois, et en tant qu’organisatrice elle s’était occupée d’héberger des orateurs étrangers, ce qui lui avait permis de connaître de nombreux révolutionnaires européens. Invitée par les anarchistes anglais, elle se rend en Europe où elle donne des dizaines de conférences sur des sujets comme l’ « histoire de l’anarchisme aux États-Unis », « l’anarchisme et l’économie », la « question des femmes » ou « l’anarchisme et la question syndicale ». (…) En Angleterre, elle rencontre des camarades russes, espagnols et français, et noue bien sûr de nombreux contacts et amitiés avec des anarchistes britanniques. A son retour aux Etats-Unis elle commence à écrire une rubrique intitulée « American Notes » pour Freedom, un journal anarchiste de Londres (8). Elle entreprend aussi de traduire en anglais un livre de l’anarchiste français Jean Grave (9).

Durant toute sa vie, elle traduisit de nombreux poèmes et articles du yiddish en anglais, et traduisit aussi de l’espagnol L’Ecole moderne, un livre de Francisco Ferrer (10) qui contribua à la création et l’essor de ce mouvement pédagogique aux États-Unis. Au début du XXe siècle, des dizaines d’écoles se créèrent pour mettre en pratique les méthodes d’éducation anarchiste et d’apprentissage collectif.

Entre 1890 et 1910, Voltairine est l’une des anarchistes les plus populaires et respectées aux Etats-Unis, et dans le mouvement anarchiste international. Ses écrits sont traduits en danois, suédois, italien, russe, yiddish, chinois, allemand, tchèque et espagnol.
Elle est aussi l’une des féministes les plus radicales de son époque, et contribue, avec d’autres femmes anarchistes, à faire progresser ladite « question féminine ». En 1895, dans une conférence aux femmes de la Ligue libérale, elle déclare : « (la question sexuelle) est plus importante pour nous que n’importe quelle autre, à cause de l’interdit qui pèse sur nous, de ses conséquences immédiates sur notre vie quotidienne, du mystère incroyable de la sexualité et des terribles conséquences de notre ignorance à ce sujet » (…). Toute sa vie, Voltairine a combattu le système de la domination masculine. Selon Avrich, « une grande part de sa révolte provenait de ses expériences personnelles, de la façon dont la traitèrent la plupart des hommes qui partagèrent sa vie … et virent en elle un objet sexuel, une reproductrice ou une domestique. »(…)

Voltairine et Emma

Il existe de nombreuses similitudes entre Emma Goldman et Voltairine de Cleyre. Toutes deux ont été fortement influencées par l’exécution des martyrs de Haymarket, ont beaucoup voyagé pour donner des conférences et organiser des réunions, et ont beaucoup écrit pour des journaux révolutionnaires. Elles ont également combattu pour la libération des femmes dans la société et dans les rangs du mouvement anarchiste.
Comme le remarque Sharon Presley : « Voltairine de Cleyre et Emma Goldman eurent des expériences très semblables avec les hommes car leurs amants avaient, ce qui n’était guère étonnant à l’époque, des conceptions très traditionnelles en matière de rôles sexuels. Mais si les deux femmes partageaient les mêmes idées politiques et les mêmes passions dans de nombreux domaines, elles ne furent jamais amies. » (…)

Néanmoins, Voltairine et Emma surent mettre de côté leurs différends personnels à plusieurs occasions et se soutenir mutuellement. Emma vint en aide à Voltairine lorsque celle-ci fut gravement malade et Voltairine défendit publiquement Emma lorsqu’elle fut systématiquement arrêtée chaque fois qu’elle prenait la parole dans des réunions de chômeurs pendant la crise économique de 1908. A cette occasion Voltairine de Cleyre écrivit un essai intitulé « En défense d’Emma Goldman et de la liberté de parole ».
Lorsque Emma Goldman créa le journal Mother Earth, Voltairine devint aussitôt une fidèle collaboratrice et une ardente supporter. Après la mort de Voltairine, Mother Earth consacra un numéro spécial à la vie et à l’œuvre de Voltairine et, deux ans plus tard, en 1914, Emma Goldman et Alexander Berkman publièrent un recueil de textes de Voltairine de Cleyre, qu’ils présentèrent comme « un arsenal de connaissances indispensables pour l’apprenti et le soldat de la liberté ».

La révolution mexicaine

Gravement dépressive et malade, Voltairine déménage à Chicago en 1910. Elle continue à écrire et donner des conférences, mais elle ne se départ pas d’un certain pessimisme historique et éprouve des doutes sur la valeur de sa propre contribution à la lutte pour la libération de l’humanité.

« Au printemps 1911, à un moment où elle est plongée dans un profond désespoir, Voltairine reprend courage grâce à la révolution qui éclate au Mexique et surtout grâce à l’action de Ricardo Flores Magon (11), l’anarchiste mexicain le plus important de l’époque », écrit Avrich. Voltairine et ses camarades rassemblent des fonds pour aider la révolution et commencent à donner des conférences pour expliquer ce qui se passe et l’importance de la solidarité internationale.
Flores Magon éditait le journal anarchiste Regeneracion, populaire non seulement au Mexique mais aussi dans les communautés mexicaines-américaines dans tout le Sud-Ouest des États-Unis. Voltairine devient la correspondante et la distributrice de ce périodique à Chicago et participe à la création d’un comité de soutien pour récolter des fonds et développer la solidarité.
Au cours de la dernière année de sa vie elle écrit son remarquable essai sur l’action directe et soutient les syndicalistes des IWW. Sa santé s’affaiblit considérablement et elle meurt le 20 juin 1812. Deux mille personnes assistent à ses funérailles au cimetière de Waldheim, où elle est enterrée à proximité des martyrs de Haymarket.

Par Chris Crass

(Pour rédiger ce bref résumé de la vie de Voltairine de Cleyre, Chris Crass s’est surtout servi du livre de Paul Avrich, inédit en français à ce jour. C’est pourquoi cet ouvrage est cité fréquemment dans le texte ci-dessous. Certains passages étant repris dans l’article suivant du même auteur ( « Traditions américaines et défi anarchiste », p. 15), nous avons conservé uniquement ce qui concernait la vie de Voltairine, en indiquant les coupes effectuées.
Ceux qui désirent consulter le texte intégral, en anglais, le trouveront sur le site
infoshop.org/anarcha-feminism).


Notes du traducteur :

1. Thomas Paine (1737-1808). Journaliste et pamphlétaire britannique, il prit parti d’abord pour l’indépendance des colonies britanniques, lorsqu’il émigra en Amérique, puis pour la Révolution française. Député du Pas-de-Calais en 1792, il refuse de voter la condamnation à mort de Louis XVI. Il est emprisonné sous la Terreur et libéré après le 9-Thermidor. Sa critique des gouvernements établis et de l’Eglise, son plaidoyer pour la République, en font l’un des pionniers de la libre-pensée, même s’il n’était pas athée. Principaux ouvrages : Théorie et pratique des droits de l’homme, Le Sens commun, Le Siècle de la raison.

2. Mary Wollstonecraft (1759-1797). Ecrivaine britannique qui défendit dans ses écrits la Révolution française et l’égalité pour les femmes. Epouse de l’anarchiste communiste William Godwin et mère de la future Mary Shelley. En français : Défense des droits de la femme, trad. M.T. Cachin, Payot.

3. Clarence Darrow (1857-1938). Avocat et orateur. Il défendit les anarchistes de Haymarket puis des socialistes ou des syndicalistes comme Eugene Debs ou « Big Bill » Haywood.

4. Autrement dit, sans étiquettes. Cf. l’article « Traditions américaines et défi anarchiste » de Chris Crass, dans ce même numéro.

5. A l’époque le mot anglais liberal signifiait agnostique, sceptique, rationaliste, voire athée !

6. Natasha Notkin, militante révolutionnaire russe.

7. Perle McLeod (1861-1915), militante anarchiste d’origine écossaise qui aida beaucoup Voltairine après la tentative d’assassinat dont cette dernière fut victime. Elle déclara à un journaliste : « Nous sommes pour tuer le système, pas les hommes. Rien ne sert de tuer les présidents ou les rois. Ce qu’il nous faut liquider, ce sont les systèmes sociaux qui rendent possible l’existence des présidents et des rois. »

8. Freedom, Fondé en 1886, ce journal existe toujours et paraît tous les 15 jours.

9. Jean Grave (1854-1939). Cordonnier, autodidacte, il dirigea plusieurs journaux anarchistes (Le Révolté, La Révolte et Les Temps nouveaux) et vulgarisa les thèses de Kropotkine. Interventionniste pendant la Première Guerre mondiale, il continua à militer après 1918, malgré l’hostilité dont il était l’objet chez ses camarades antimilitaristes. Quelques titres parmi des dizaines : Le Machinisme, L’Individu et la société, La Colonisation, La Conquête des pouvoirs publics, La Société future, La Société mourante et l’anarchie, Le Mouvement libertaire sous la Troisième République, etc.

10. Francisco Ferrer (1859-1909). Pédagogue et anarchiste espagnol. Fusillé pour avoir « inspiré idéologiquement » l’insurrection de 1909 contre l’expédition militaire espagnole au Maroc. Son innocence fut reconnue trois ans plus tard…

11. Ricardo Flores Magon (1873-1922). Journaliste, il lutte contre la dictature de Porfirio Diaz et fonde le Parti libéral mexicain en 1905. Il évolue vers l’anarchisme après 1908. Emprisonné aux Etats-Unis en 1905, 1907, et 1912 pour son action militante, il est finalement condamné en 1918 à vingt ans de prison, en vertu d’une loi sur l’espionnage (!) et meurt dans le terrible pénitencier de Leavenworth. En français : Propos d’un agitateur, trad. M. Velasquez, 1993, L’Insomniaque.


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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 29 Juil 2017, 18:13

Alexandre Marius Jacob, Pourquoi j'ai cambriolé (1/2)



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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 05 Aoû 2017, 13:06

Portraits de militants tourangeaux : Charles Bétesta

Parce que nous ne devons pas oublier celles et ceux qui se sont battus pour la cause ouvrière et contre l’oppression, série de portraits de militants tourangeaux. Anarchistes, syndicalistes, socialistes, ils ont lutté pour une société meilleure, plus juste et égalitaire.

Charles BETESTA, né (?) à (?) ; mort le (?) ; habitant à Tours, rue des bouquets (1909) ; en concubinage ; boulanger, charpentier, maçon ; militant anarchiste d’Indre-et-Loire.

Sa première apparition à Tours date du 11 octobre 1900 où il préside le bureau lors de la conférence de Louise Michel au Théâtre Français. A ce moment-là, les rapports le présentent comme en lien avec les anarchistes de Tours.

Il devient, plus tard, secrétaire du sous-comité de la grève générale de Tours, en 1903. L’année suivante il adhère à l’Association Internationale Antimilitariste de Ferdinand Nieuwenhuis.

Cette même année, il est candidat malheureux au secrétariat de la Bourse du Travail, poste qui sera finalement dévolu à Coignard, avec sa voix. Plus tard on le retrouve secrétaire du syndicat des ouvriers boulangers, et fondateur, à Tours, du détachement local de la fédération des locataires. A cette occasion il intervient au Conseil municipal afin de demander l’assainissement des locaux ouvriers depuis Sainte-Anne jusqu’à Saint-Pierre-des-Corps. Les forces de police le décrivent alors comme « un libertaire intransigeant et sujet peu recommandable ».

Parallèlement à ces démarches, on le trouve à chaque causerie populaire pour apporter la contradiction.

En 1907 les forces de police le considèrent comme le principal chef du groupe anarchiste de Tours, disant de lui qu’il est un « libertaire intransigeant », mais parlant « avec une réelle éloquence ».

On le retrouve en 1908 à la Fédération des Travailleurs du Bâtiment, participant, entre autre, à la grève initiée par celle-ci en 1910, à Tours. Entre temps il participe aux différentes tentatives d’universités populaires, et notamment à celle lancée par Victor Coissac à travers l’Union Populaire (UP), en 1909, dont il est l’un des tous premiers membres. A cette occasion nous pouvons lire dans un des bulletins de l’UP :
«
Bétesta expose son idéal, qui est celui de plusieurs de ses camarades à lui. Il préconise la prise au tas [1]. Dans la société future qu’il rêve, la monnaie sera supprimé ; on travaillera sans chefs, sans maîtres, à la besogne qu’on préfèrera ; on ne sera pas payé ; mais il suffira d’aller, la journée finie, à la maison commune, demander un certificat de travail, non échangeable, qui donnera droit ensuite à consommer selon ses besoins.

Cette même année il organise plusieurs manifestations avec Mottard pour protester contre le sort réservé à l’anarchiste espagnol Francisco Ferrer ; à cette occasion ; il accueille Georges Yvetot.

En 1911, il est le secrétaire du Comité de Défense Sociale de Tours, comité qui cherche à venir en aide à Rousset dans l’affaire Aernoult [2]. L’année suivante, il en appelle à « la fin des bagnes et des conseils de guerre ». Il organise alors plusieurs manifestations, comme celle du 11 février 1912 où 60 ou 70 manifestants vont manifester devant La Dépêche pour ses « articles mensongers », et devant la Marie et la Préfecture pour « flétrir les bagnes ».

En juillet 1913 il fait partie des quelques compagnons qui seront perquisitionnés par la police suite à la propagande anti-militariste initiée à l’échelle nationale et locale ; puis, peu à peu, nous perdons sa trace. La dernière mention de ce militant réside dans le compte rendu d’une réunion du Cercle d’Étude des Coopérateurs fin 1913.

Durant tout son temps à Tours, Bétesta n’aura ménagé ni ses efforts ni ses mots aux conférences, aux réunions, aux campagnes, aux manifestations, et toujours sous l’égide des libertaires.


P.-S.
Sources : Archives Départementales d’Indre-et-Loire, séries 1M et 4M ; Archives Municipales de Tours.


Notes

[1] Il s’agit ici d’une conception économique imaginé par Kropotkine dans son livre La Conquête du pain (1892) : « Prise au tas pour ce qui se trouve en abondance ; rationnement pour ce qui se trouve en quantité limitée ». Pour plus d’infos, lire cette page wikipedia.

[2] Soldat dans une compagnie disciplinaire, Albert Louis Aernoult avait été tué par un gradé. A propos de cette affaire, lire Biribi ou la passion d’Aernoult sur Article 11.


http://larotative.info/portraits-de-mil ... -2319.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 17 Aoû 2017, 02:03

Présentation du Cordonnier d’Alicante sur radio libertaire

Un texte rare sur le quotidien d’un ouvrier cordonnier, militant anarchiste, de la toute fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle en Espagne.

Autodidacte, devenu anarchiste par la lecture de Malatesta et la rencontre de militants, Manuel Sirvent passera sa vie à mettre en pratique son idéal dans une Espagne alors aux prises avec l’alliance de la monarchie, du patronat et d’une Église catholique omnipotente : de l’enterrement civil de sa mère jusqu’aux conférences organisées dans toutes les régions du pays, de l’initiation de multiples grèves jusqu’à l’union libre avec sa compagne... Les nombreuses conséquences de son engagement – boycotts des patrons, arrestations, déportation dans les années 1920, camps de l’exil en France après la guerre d’Espagne – ne l’arrêteront jamais dans son « intense activité de propagande ».

Racontant un demi-siècle d’expériences individuelles et de luttes collectives, Manuel Sirvent offre aux lecteurs d’aujourd’hui une vision résolument positive et concrète de l’engagement anarchiste.

Le Cordonnier d’Alicante est le témoignage de Manuel Sirvent, initialement destiné à ses enfants et petits-enfants.

Emission à écouter : http://www.cnt-f.org/urp/radio-cnt/pres ... libertaire
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 18 Aoû 2017, 00:30

ARCHINOV Piotr
[Dictionnaire des anarchistes]
La synthèse parue en 2014 dans le "Maitron des anarchistes":

Né vers 1887 à Ekaterinoslav (Ukraine), exécuté en novembre 1938 à Moscou (URSS) ; ouvrier serrurier ; anarchiste, makhnoviste puis un des auteurs de la Plate-forme.

À 17 ans, jeune ouvrier à Khisil-Artavat, Piotr Archinov sympathisa avec la fraction bolchevique du Parti ouvrier social-démocrate, puis devint anarchiste. Le 23 décembre 1906, il commit un attentat contre un immeuble de la police, tuant plusieurs officiers et gendarmes. Le 7 mars 1907, il exécuta d’un coup de revolver le chef des ateliers de chemin de fer d’Alexandrovsk, artisan de la répression des grèves de 1905-1906. Condamné à la pendaison, il s’évada et se réfugia à l’étranger. De nouveau arrêté en 1909 dans la région de Briansk, de nouveau évadé, il repassa la frontière. En septembre 1910, arrêté par la police austro-hongroise alors qu’il acheminait des armes et des livres vers le territoire russe, il fut livré aux autorités tsaristes et condamné, en octobre 1911, à vingt ans de prison. L’utilisation de divers pseudos lui avait évité que lien soit établi avec sa condamnation à mort antérieure. Incarcéré aux Boutyrkis, il fit la connaissance de Nestor Makhno.
Libéré par la révolution de février 1917, Archinov cofonda la Fédération des groupes anarchistes de Moscou et les éditions Golos Trouda (« La Cause du travail »). Lors de son séjour à Moscou en mai-juin 1918, Makhno lui demanda de le suivre en Ukraine. En janvier 1919, Archinov rejoignit donc la Makhnovstchina. Devenu responsable du département de la culture, il anima plusieurs journaux du mouvement et fut chargé de rédiger l’histoire du mouvement makhnoviste. En avril 1919, il participa avec Voline au congrès de la confédération anarchiste Nabat.
En 1921, alors que la révolution en Ukraine était écrasée par l’Armée rouge, Archinov passa à l’étranger. À Berlin, il participa à l’édition du journal Anarkhist Vietsnik (« Le Messager anarchiste ») puis publia son Histoire du mouvement makhnoviste, préfacée par Voline.
Installé à Paris en 1925, il travailla comme cordonnier et devint secrétaire du Groupe des anarchistes russes à l’étranger, qui compta également parmi ses membres Nestor Makhno, Voline, Nicolas Lazarévitch, Tcherniakov, mais aussi quelques camarades polonais comme Idat Mett*, Maxime Ranko* et Walecki. Le Groupe édita la revue Diélo Trouda et lança un vaste débat sur les enseignements de la Révolution russe.
En août 1925, le Diélo Trouda n°3 publia les premiers articles proposant une révision des conceptions organisationnelles de l’anarchisme, sous la plume de Piotr Archinov (« Notre problème organisationnel ») et de Tcherniakov (« Notre tâche immédiate »). Suivit, à partir de juin 1926, un projet de « Plate-forme d’organisation de l’union générale des anarchistes ». Le texte restera célèbre sous le nom de « Plate-forme organisationnelle des communistes libertaires » voire de « Plate-forme de Makhno et Archinov », bien qu’il s’agisse d’une œuvre collective. En octobre 1926, la « Plate-forme » fut éditée par la Librairie internationale, préfacée par Archinov, dans une traduction de Voline.
Aux partisans de la « Plate-forme » s’opposèrent bientôt les partisans de la « Synthèse » (voir Voline et Sébastien Faure), en un débat qui divisa fortement le mouvement anarchiste français de 1925 à 1931.
Les 12 et 13 juillet 1926, Makhno et Archinov assistèrent au congrès de l’Union anarchiste, qui se rebaptisa à cette occasion Union anarchiste communiste (UAC), et tous deux y donnèrent leur adhésion.
En 1926-1927, Archinov anima plusieurs réunions-débats sur la « Plate-forme », auxquels prirent part des militants de tous pays réfugiés en France : des Russes, dont Maria Goldsmith* ; des Espagnols, dont Orobon Fernandez, Carbo et Gibanel ; des Italiens, dont Ugo Fedeli et Luigi Fabbri ; des Bulgares ; un Chinois, Chen* ; des Français dont Pierre Odéon* et Achille Dauphin-Meunier* ; le Néerlandais Cornelissen.
À l’époque, Piotr Archinov collabora également au Libertaire, à La Revue anarchiste, à La Revue internationale anarchiste et à L’Encyclopédie anarchiste (voir Sébastien Faure), dont il rédigea les articles « Bolchevisme » et « Démocratie ».
Le 20 mars 1927, Archinov participa à la conférence internationale tenue à la salle de cinéma Les Roses, à L’Haÿ-les-Roses (voir Nestor Makhno). où fut débattu le projet d’une internationale anarchiste fondés sur la « Plate-forme ».
Au congrès de Paris de l’UAC (30 octobre-1er novembre 1927), l’organisation adopta des statuts inspirés de la « Plate-forme » et se rebaptisa Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Il en résulta la scission d’une partie des synthésistes, qui créèrent l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA, voir Pierre Lentente). Cependant, Archinov considéra que l’UACR était davantage fidèle à la lettre qu’à l’esprit de la « Plate-forme », et que l’application étroite qui en résultait était contre-productive. En effet, dès son congrès d’avril 1930, l’UACR abandonna la « Plate-forme » et revint à la situation antérieure à 1927.
Fin 1929, Archinov fut arrêté par la police française en raison de son activité politique et expulsé vers la Belgique en janvier 1930. Il ne put rentrer en France que quelques mois plus tard, grâce à l’intervention de Sébastien Faure auprès de plusieurs personnalités politiques. À l’époque, il se brouilla avec Nestor Makhno.
Après le congrès d’avril 1930 de l’UACR, qui constituait pour lui un recul, Piotr Archinov fut gagné par le découragement. Las de l’exil, pressé par sa compagne, il entra en contact avec Ordjonikidzé, un responsable soviétique qu’il avait connu vingt ans auparavant dans les prisons tsaristes. Celui-ci lui promit de l’aider à rentrer en Russie, à condition qu’Archinov renie publiquement l’anarchisme. Selon le témoignage de Nikola Tchorbadieff, Archinov accepta le marché et rédigea deux brochures en russe, L’Anarchisme et la dictature du prolétariat (1931) et L’Anarchisme à notre époque (1933) dans lesquelles il dressait un constat d’échec du mouvement.
Peu avant d’être autorisé à revenir en URSS en 1933, Tchorbadieff questionna Archinov : « Es-tu devenu bolchevik ? » À quoi l’intéressé répondit : « M’en crois-tu capable ? » Il justifia son retour par l’absence de perspectives en Europe occidentale. Il était déterminé à retourner au pays, quitte à prendre sa carte au PCUS, pour y faire un travail oppositionnel.
Une fois de retour en URSS, Archinov fut probablement soumis à de fortes pressions. Dans quelle mesure resta-t-il fidèle à l’anarchisme ? Dans quelle mesure fut-il absorbé par la machine bureaucratique ? Il entra en tout cas effectivement au PCUS et travailla aux Izvestia. Dans le numéro du 30 juin 1935, il publia un article intitulé « Fiasco de l’anarchisme ». Cela toutefois ne le sauva pas des grandes purges de 1936-1938 qui visaient à la liquidation physique des vétérans de la révolution. Arrêté en janvier 1938, il fut exécuté à Moscou en novembre 1938, sous l’accusation d’avoir voulu « restaurer l’anarchisme en Russie soviétique ».
ŒUVRE (en français ; son nom s’orthographie souvent Archinoff) : L’Histoire du mouvement makhnoviste (1918-1921), préface de Voline, introduction de Sébastien Faure, Librairie internationale, Paris, s.d. [1928], 419 p.

SOURCES : Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, auto-édition, 1965 — Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale, La Digitale, 1983 — Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et Force collective, auto-édition, 1987 — notice en russe de Rubricon.com — Sylvain Boulouque, « Piotr Archinov », Itinérairen°13, 1995 (sur Voline) — Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le cosaque libertaire, Éditions de Paris, 2005.

Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche

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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 22 Aoû 2017, 20:53

Léandre Valéro, témoin de l’anarchisme algérien

C’est un parcours digne d’un roman que celui de ce militant syndicaliste et communiste libertaire qui a soutenu les indépendantistes indochinois puis algériens. De 1954 à 1956, il fut aussi un des principaux animateurs du Mouvement libertaire nord-africain.

Un des derniers militants connus du Mouvement libertaire nord-africain (MLNA) des années 1950, Léandre Valéro, est mort à Auxerre le 21 août.

Fils d’un militant anarchiste andalou, Léandre était né à Oran, en Algérie, le 12 octobre 1923. Il devait à ces origines multiples d’être à fois hispanophone, arabophone et francophone.

Alors que son père avait combattu dans les rangs de la FAI pendant la guerre d’Espagne, Léandre s’engagea, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans les Forces françaises libres, participant à plusieurs campagnes et à la libération de certains camps de concentration. Contre son gré, il fut ensuite expédié comme soldat en Indochine en janvier 1946. Sur place, il n’hésita pas à aider discrètement le Vietminh, en organisant un trafic d’essence volée dans les stocks de l’armée française. Repéré comme élément « démoralisant », il fut renvoyé en France en août 1946.

Arrivé à Paris, il adhéra à la Fédération anarchiste, alors en plein essor. Le jeune permanent qui l’avait reçu pour la première fois dans les locaux du 145, quai de Valmy n’était autre que Georges Brassens. Parti ensuite à Auxerre, dans l’Yonne, il travailla comme ajusteur-outilleur aux établissements Gardy, où il monta une importante section CNT. Proche de Georges Fontenis, Valéro resta militant de l’organisation anarchiste lorsque celle-ci se transforma en Fédération communiste libertaire (FCL).

En août 1954, il accepta, à la demande de la FCL, de déménager en Algérie pour renforcer son organisation-sœur outre-Méditerranée, le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA).

Embauché comme ouvrier aux établissements Henri Hamel à Alger, Léandre milita alors avec les camarades du MLNA, notamment le docker Duteuil, Fernand Doukhan et Derbal Salah.

Le MLNA donnait divers coups de main au mouvement indépendantiste de Messali Hadj. Après l’insurrection de la Toussaint 1954, cela devait même devenir son activité centrale. Léandre Valéro servit de « boîte aux lettres » ou de chauffeur à plusieurs reprises pour des responsables indépendantistes, tout en poursuivant en parallèle la propagande libertaire. Non sans risques. Les ventes du Libertaire à la criée se faisaient avec un revolver dans la poche, et Léandre lui-même eut, une fois, à essuyer des tirs lors d’une vente.

En août 1955 il obtint un emploi de chef d’atelier sur une exploitation agricole du Constantinois. Là, il établit le contact avec un maquis du Front de libération nationale (FLN) et lui fit passer des armes obtenues grâce aux relations qu’il avait conservées au sein de l’armée.

À l’été 1956, pour échapper à une mobilisation dans la Territoriale, il décida de rentrer en France clandestinement. Le MLNA, de plus en plus exposé, choisit alors de s’autodissoudre. Tout son stock de matériel et ses archives furent coulés dans la Méditerranée.

Après quelques mois de clandestinité avec d’autres militants de la FCL, Léandre Valéro profita de l’amnistie de De Gaulle pour retourner à Auxerre en 1958, où il s’embaucha chez Fruehauf. Il y anima le puissant syndicat CGT et entra en 1960 au secrétariat de l’UD-CGT de l’Yonne.

Le syndicat CGT de Fruehauf fut en mai 1968 le premier à lancer la grève dans l’Yonne, ce qui devait faire de Léandre Valéro un des principaux animateurs du mouvement dans le département.

Retraité en 1983, Léandre, qui n’avait jamais cessé d’être anarchiste, avait adhéré à Alternative libertaire à sa fondation en 1991. Il y était resté jusqu’en 2000.


https://www.anarkismo.net/article/21026 ... surrection
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 26 Aoû 2017, 18:08

Pierre Kropotkine

Mémoires d’un révolutionnaire

Biographie

Né à Moscou en 1842 dans une famille aristocratique, Pierre Kropotkine entre enfant à l’école des Pages de Saint-Pétersbourg, institution destinée à former les cadres de l’armée russe. Devenu officier, il est envoyé sur sa demande en Sibérie, afin de pouvoir participer aux premières réformes libérales. C’est aussi l’occasion pour lui de mettre en pratique son savoir scientifique, et ce passionné de géologie explore les régions de l’Amour et de la Mandchourie, relevant combien la nature est victime des agissements des hommes. S’orientant de plus en plus vers la géographie humaine, il élabore ses premières théories sur l’organisation de l’espace et des ressources naturelles, préconisant l’usage des nouvelles techniques, comme l’électricité par exemple, pour améliorer la condition des déshérités, thèses qu’il résumera en 1899 dans son ouvrage Fields, factories and workshops.

En 1868, Kropotkine qui a démissionné de l’armée s’intéresse chaque jour davantage aux théories socialistes, et adhère en 1872 à l’Internationale Socialiste, dont il démissionne pour devenir anarchiste. Ses activités lui valent d’être arrêté et emprisonné en 1874 à Saint-Pétersbourg. Deux ans plus tard il parvient à s’évader et il se réfugie en Angleterre, puis en Suisse, et participe en 1879 au congrès de la Fédération Jurassienne de la Chaux-de-Fonds : fondateur du journal Le Révolté cette même année, il préconise le communisme anarchiste, dont le collectivisme n’est qu’une étape transitoire.

Inculpé dans le procès des anarchistes de Lyon en 1883, Kropotkine est condamné à cinq ans de prison, mais sur l’intervention de nombreux amis intellectuels et scientifiques français, sa peine est réduite à trois ans. Libéré en 1886, il quitte la France pour l’Angleterre où il vivra près de trente ans, sans cesser toutefois son militantisme socialiste, auquel il cherche toutefois à donner des formes nouvelles, conscient que l’opinion publique ne peut être convaincue par des attentats anarchistes, comme ceux qui ont eu lieu entre 1892 et 1894.

Parmi ses principaux ouvrages, on peut citer Paroles d’un révolté (1885), la Conquête du pain (1888), l’Entraide (1892), l’Anarchie, sa philosophie, son idéal (1896).

Ses Mémoires, publiés en 1898 en français, retracent l’itinéraire de ce fils d’aristocrate attaché aux valeurs anarchistes jusqu’à son installation en Angleterre en 1886. Il y restera jusqu’au printemps 1917, puis retrouvera Moscou, alors livrée aux remous révolutionnaires, et meurt en 1922.

à lire en ligne : https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... utionnaire
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 27 Aoû 2017, 17:06

26 août

René Lochu

Le 26 août 1899, naissance de René LOCHU, à Vannes (Bretagne).
Militant anarchiste, syndicaliste et pacifiste.
Fils d'un maréchal-ferrant et d'une cantinière, il devient ouvrier tailleur dans la confection. En 1914-15 ses trois frères aînés sont mobilisés, puis c'est son tour en janvier 1918. Affecté dans la Marine et envoyé en Mer Noire, il prend part en avril 1919 à l'évacuation d'Odessa, puis au convoyage des troupes contre-révolutionnaires du général tsariste Dénikine. Démobisé en janvier 1921, il reprend son métier de tailleur qu'il exercera ensuite à l'Arsenal de Brest. C'est à la "Maison du Peuple" de Brest qu'il découvre l'anarchie et rencontre les compagnons Jules Le Gall, René Martin, Jean Tréguer, Paul Gourmelon, etc. et commence à militer en 1924 au syndicat CGT de l'habillement puis au groupe anarchiste de Brest. Il prend part aux activités du groupe artistique de la "Maison du Peuple" puis du "Théâtre du Peuple". Trésorier du "Comité de défense sociale de Brest", il participe aux actions de soutien à Sacco et Vanzetti et aide les libertaires italiens fuyants le fascisme. En 1927, il rencontre Nestor Makhno venu se reposer en Bretagne. Début août 1935, il prend part aux manifestations contre les "décrets de misère" du gouvernement, qui seront réprimées dans le sang par la troupe. En août 1936, il apporte son aide au "Comité pour l'Espagne libre" crée par Louis Lecoin pour soutenir la révolution espagnole puis aider les réfugiés. A la déclaration de guerre, il diffuse le tract de Lecoin " Paix immédiate" ce qui lui vaudra de subir une perquisition (infructueuse). Il est ensuite contraint de fuir les bombardements intensifs sur Brest pour Lorient puis Vannes où il reprendra son militantisme à partir de 1944. Il se liera d'amitié avec Léo Ferré pour lequel il organisera des galas en Bretagne, en avril 68. Léo lui dédiera une chanson "Les Etrangers" et préfacera son livre de souvenirs : "Libertaires, mes compagnons de Brest et d'ailleurs"(1983).
Il meurt à Vannes le 6 juillet 1989, quelques mois après sa compagne Nanette.


Martinez Marin

Le 26 août 1949, mort d'Enrique MARTINEZ MARIN, dans une embuscade à la frontière pyrénéenne. Guerillero anarchiste, membre des groupes d'action.
Né à Barcelone le 14 avril 1927, il commence dans la seconde moitié des années quarante à militer au sein des Jeunesses Libertaires "JJLL". Il intègre les groupes de militants les plus radicaux qui mènent des actions de guérilla urbaine contre le franquisme. Accusé d'activisme clandestin, il est arrêté le 8 août 1947 et emprisonné.
Remis en liberté conditionnelle le 25 mars 1948, il reprend sa place au sein du groupe de José Lluis Facerías, qui commet divers attentats et "expropriations économiques". Activités clandestines qui l'amènent à passer fréquemment la frontière dans les Pyrénnées, et c'est là qu'il tombe le 26 août sous les balles de la "Guardia civil".
Le compagnon Celedonio GARCIA CASINO, qui ouvrait la marche avec lui, meurt également dans cette embuscade. Antonio Franquesa Funoll est gravement blessé, mais José Luis Facerías et le dernier membre du groupe sont indemnes, ils réussiront à forcer le barrage policier à la grenade et à passer en France avec le blessé.


Boris Franteschini

Le 26 août 1986, mort de Boris FRANTESCHINI.
Militant anarchiste italo-australien.
Il nait en 1914 aux Etats-Unis, dans une famille d'émigrés italiens anarchistes. A l'âge de 7 ans, il suit sa famille qui retourne en Italie. Mais après l'arrivée du fascisme mussolinien et la répression qui s'ensuit envers les militants, la famille émigre en Australie en 1927. Il travaille un temps dans la petite ferme de son père puis exerce divers métiers dont bûcheron. Dès les années trente, il milite activement au sein de la communauté anarchiste italienne émigrée de Melbourne. Il s'implique dans la lutte contre le fascisme et apporte en particulier une aide (morale et financière) aux libertaires qui poursuivent la lutte en Italie et en Espagne, puis aux réfugiés victimes du franquisme. Mais le groupe constitué d'une trentaine de militants dans les années 50 et 60 (isolé linguistiquement et géographiquement), s'amenuisera au fil des ans avec le retour au pays de certains et la disparition des plus âgés. En 1985-86 un regain d'activité se manifeste avec la préparation puis la célébration du Centenaire du 1er mai, par les anarchistes australiens. Boris y prend part et figure sur une photo prise le 3 mai 1986, entouré de compagnons connus comme le japonais Miura Seiichi ou encore le coréen Ha Ki Rak.
C'est une de ses dernières joies, car atteint d'un cancer du poumon, il décède quelques mois plus tard.
Cette biographie est inspirée d'un texte de S. Russell, tirée du site Australien:
"Radical tradition" à l'adresse suivante : http://www.takver.com/history/index.htm

http://www.ephemanar.net/aout26.html#lochu
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 17 Sep 2017, 02:38

Toulouse, dimanche 17 septembre 2017

Ciné-débat : Alexandre Marius Jacob et les travailleurs de la nuit

à 11h, American Cosmograph, 24 rue Montardy, Toulouse

Dans le cadre du « rendez-vous des possibles » du dimanche matin : projection unique suivie d'une rencontre avec le réalisateur Olivier Durie

ALEXANDRE MARIUS JACOB ET LES TRAVAILLEURS DE LA NUIT
• Réalisateur : Olivier Durie
• Durée : 1h30
• Année : 2017
• Pays : France

Cambrioleur anarchiste, Robin des bois de la Belle Époque, Alexandre Jacob a-t-il réellement inspiré le personnage d'Arsène Lupin ? Avec sa bande de « travailleurs de la nuit », il pratiquait « le vol politique parce que les injustices sociales lui étaient insupportables ». Il en paiera le prix : vingt ans de bagne. Images vintage, archives visuelles, extraits des mémoires en voix-off et reconstitutions rappelant le cinéma muet dressent le portrait de ce personnage hors du commun.

Image

https://www.american-cosmograph.fr/even ... -nuit.html
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 30 Sep 2017, 14:40

Une révolutionnaire ukrainienne : Maroussia sort de l’oubli

Militante charismatique passée par la prison et par l’exil, formidable oratrice et cheffe de guerre, elle inspirait la terreur aux blancs et la méfiance aux rouges. Devenue, dans la culture soviétique, un personnage interlope et folklorique, elle est ­redécouverte depuis quelques années.

Nestor Makhno, qui fut entre 1918 et 1921 l’âme de l’armée paysanne insurgée d’Ukraine, n’a pas usurpé sa place dans la mémoire de l’anarchisme et de la Révolution russe. Mais il faut savoir que dans la représentation que l’URSS faisait de la Makhnovchtchina, Makhno était souvent flanqué d’un alter-ego féminin : « Banditka Maroussia ». La mémoire collective soviétique les a retenus comme un couple infernal de bandits de grands chemins, avides de sang et de rapines.

Tantôt représentée comme un garçon manqué, tantôt comme une traînée des campagnes, avinée et violente, Maroussia a réellement existé. Son vrai nom était Maria Grigorievna Nikifirova, et sa vie se situe aux antipodes de sa caricature.

Du terrorisme à l’exil

Née en 1885 à Alexandrovsk, dans la région d’Ekaterinoslav, elle passe son enfance à moins d’une centaine de kilomètres de Gouliaï Polié, qui deviendra la « capitale » de la Makhnov­chtchina, en Ukraine méridionale. Fille d’un officier vétéran de la guerre de 1877-1878 contre la Turquie, rien ne la prédispose, en apparence, à devenir révolutionnaire. C’est pourtant ce qu’elle fait, dès ses 16 ans.

Les interprétations divergent cependant sur ce premier engagement. Les historiens proches du courant libertaire [1] le situent au sein de l’anarcho-communisme bezmotivnï (c’est-à-dire « sans motif » : pra­tiquant la violence indifférenciée contre les riches). Les publications issues des Archives russes la rattachent plutôt au courant socialiste-révolutionnaire [2].

Une chose est certaine : Nikifirova pratique la propagande par le fait, et multiplie les actions violentes. En 1908, elle est condamnée à vingt ans de travaux forcés pour l’assassinat d’un fonctionnaire municipal d’Alexandrovsk, mais elle parvient à s’évader de la prison de femmes de Moscou dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1909.

Les chemins de l’évasion conduiront Maria, par étapes, à fuir l’empire russe par l’est. Une période de près de dix ans d’exil s’ouvre alors, des États-Unis à la France en passant par l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne et la Suisse, au gré des opportunités et des rencontres. Elle forgera dans cette découverte du monde ses convictions politiques profondes, devenant définitivement anarchiste. Elle participe d’ailleurs, fin 1913, à Londres, à la conférence des anarcho-communistes russes en exil, et donne quelques articles à la presse libertaire russe de New York (Golos Trouda) et de Chicago (Vperiod).

Quand éclate la guerre, en 1914, elle se range derrière Kropotkine pour défendre l’Union sacrée de l’anarchisme avec le camp russo-anglo-français contre ce qui est identifié comme le danger suprême : l’impérialisme allemand.

Une cheffe de guerre anarchiste

On peut noter dans ce choix ce qui semble être un trait caractéristique de la personnalité de Maria Nikifirova : le goût pour l’action armée.

À son retour en Russie, en 1917, elle milite à la Fédération anarchiste communiste de Petrograd et, lors des journées de Juillet, elle va haranguer les marins à Cronstadt, pour les inciter à la mutinerie. Après l’échec de ­l’insurrection, elle retourne à Alexandrovsk. C’est là qu’elle apprendra le putsch d’Octobre.

En Ukraine, Maroussia, comme elle se fait appeler, met sur pied un bataillon de partisans anarchistes, la Volnaïa Boevaïa Druzhina (« Détachement militaire libre et volontaire ») qui dispose d’un train blindé orné de drapeaux noirs, affronte les factions contre-révolutionnaires et multiplie les expropriations-redistributions.

Ses qualités d’organisatrice, d’oratrice [3] et son caractère belliqueux sont repérés par Vladimir Antonov-Ovseïenko, qui assure le commandement militaire bolchevik en Ukraine. Il la considère comme bolchevo-compatible et interviendra à plusieurs reprises en sa faveur lors de ses déboires judiciaires. De son côté, Nikifirova et ses hommes s’allient aux gardes rouges pour renverser le soviet pronationaliste d’Alexandrovsk et lui substituer un soviet révolutionnaire.

Avec Nestor Makhno

Le divorce intervient en avril 1918, quand le gouvernement bolchevik brise le mouvement anarchiste. Ses excès – des actes de pillage – sont utilisés contre elle. Elle est arrêtée et l’Armée rouge entreprend de désarmer ses partisans.

L’anarchiste Apollon Kareline prend sa défense au Comité exécutif panrusse des soviets, mais c’est surtout Antonov-Ovseïenko qui la protège. En septembre 1918, au terme de deux procès, elle n’est condamnée qu’à une peine légère : la privation pour six mois de la possibilité d’exercer des fonctions au sein des soviets.

Entre janvier et le printemps 1919, en pleine terreur rouge contre les anarchistes, elle rejoint de nouveau Makhno pour quelques mois, assurant diverses fonctions au sein de l’armée insurrectionnelle qu’il a mise sur pied. Les Archives russes laissent entendre qu’elle aurait pu jouer un rôle intermédiaire entre l’Armée rouge et l’armée noire, et être employée à des missions secrètes et délicates.

C’est au cours de l’une de ces missions risquées en Crimée blanche, pour préparer un attentat contre l’état-major de Dénikine, qu’elle est arrêtée à Sébastopol, le 11 août 1919. Les blancs prennent le temps de la juger avant de la fusiller, à la mi-septembre 1919.

Maroussia n’est donc pas cette harpie caricaturée par la propa­gande soviétique ; elle n’est sans doute pas non plus une sainte (une « Jeanne d’Arc de l’anarchisme » comme la qualifie son biographe anglais). À la lumière des archives russes, une étude historique approfondie reste à mener sur Maria Nikifirova, anarchiste, oratrice et guerrière indomp­table, ballottée par les vents contraires qui soufflaient sur la Révolution russe.

Pierre Chamechaude (Ami d’AL, Paris nord-est)

http://www.alternativelibertaire.org/?D ... de-l-oubli
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Lila » 01 Oct 2017, 19:18

Documentaire France culture
Une vie, une oeuvre par Irène Omélianenko

Madeleine Pelletier (1874 – 1939), une femme d’avant-garde

Il y a ce portrait en noir et blanc. Cheveux noirs coupés courts et jetés en arrière, costume d’homme, mâchoire volontaire : Madeleine Pelletier fait partie de cette première vague féministe de la fin du XIXe siècle et tout en elle respire la femme de combat et de conviction.

Médecin, première femme interne en France, Madeleine Pelletier est atypique, même dans le milieu des féministes.

Droit de vote des femmes, mais aussi refus du féminin, de la sexualité, chasteté militante, virginité comme source d’un féminisme sans concession, volonté de déconstruire la famille, elle prône la révolution sexuelle, le droit à l’avortement.

Des prises de position qui s’expliquent aussi par son histoire familiale sordide et par son expérience de médecin et l’attention qu’elle portait aux plus démunis. On pouvait la croiser dans les rues de Paris la nuit, un revolver dans la poche afin d’être capable de se défendre toute seule.

Anarchiste, franc-maçonne, médecin des pauvres, antimilitariste, écrivaine et essayiste, on lui doit des essais, des articles, des romans, des pièces de théâtre engagées et de nombreux ouvrages comme La Femme en lutte pour ses droits (1908), L'Éducation féministe des filles (1914) ou Mon voyage aventureux en Russie communiste, où elle raconte son voyage clandestin en Russie soviétique en 1921.

La vie de Madeleine Pelletier finira de façon tragique, puisqu’elle mourra internée contre son gré à l’asile de Perray-Vaucluse en 1939.



en écoute et d'avantage de documentation : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... vant-garde
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 08 Oct 2017, 17:36

Piotr Archinov — devenir une force organisée

« Il n’y a pas d’humanité UNE. Il y a une humanité des classes : esclaves et maîtres », lançait dans les années 1920 un manifeste dont Archinov fut le coauteur. Tour à tour sympathisant bolchevik, anarchiste illégaliste dans la Russie du tsar, opposant bolchevik puis figure du communisme libertaire en exil, ce fils d’ouvriers — dont l’ambition était, rien moins, que l’« organisation d’une vie nouvelle basée sur l’auto-direction des producteurs » et l’« anéantissement du capitalisme » — fut assassiné par le pouvoir stalinien. Réveillons quelques instants le souvenir de cet homme méconnu, en cette année de centenaire de la révolution d’Octobre.

... https://www.revue-ballast.fr/piotr-archinov/
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 11 Oct 2017, 15:57

Paul Robin

Pédagogue anarchiste français (1837-1912)

Paul Robin est né le 3 avril 1837 à Toulon dans une famille bourgeoise, catholique et patriote. Élève brillant, attiré par les disciplines scientifiques et intéressé par les questions d’enseignement, il fait ses premiers pas comme répétiteur à Rennes, puis à Brest. Il est révolté par le système scolaire qu’il juge inégalitaire et autoritaire. Il développe déjà, dans des cahiers personnels, des idées avancées pour l’époque sur le féminisme, la question sexuelle et l’éducation.

Son passage à l’École normale supérieure l’aide à perdre ce qui lui restait de mysticisme religieux. Il devient professeur, mais, mal à l’aise dans le carcan étroit de l’administration, il demande un congé illimité.

Il fréquente alors les milieux socialistes, en particulier l’Association internationale des travailleurs (A.I.T.) au cours de ses séjours à Bruxelles, à Genève, à Paris et à Londres, où il se trouve en 1870. Il rencontre en particulier Karl Marx et Michel Bakounine, et c’est le parti de ce dernier qu’il choisira quand les querelles au sein de l’Internationale conduiront à des exclusions.

Ses préoccupations sont toujours restées principalement pédagogiques (de nombreux rapports sur l’éducation ont été présentés à son initiative). C’est pourquoi Ferdinand Buisson l’invite d’abord à collaborer à son Dictionnaire pédagogique avant de lui proposer un poste d’inspecteur de l’enseignement primaire à Blois. Pendant un an, il surprend les instituteurs placés sous sa responsabilité en leur recommandant la pratique du dessin, de la musique, des visites, des recherches scientifiques. Il organise des conférences et les incite à multiplier les initiatives. Il organise une grande fête rassemblant 6000 personnes et fonde le premier cercle pédagogique du Loir-et-Cher. Tout cela ne le fait guère apprécier de ses supérieurs hiérarchiques et il se voit contraint de demander sa mutation.

Il souhaite obtenir "la direction d’une grande école d’enseignement intégral;". Ferdinand Buisson fera appel à lui pour réaliser son projet à l’orphelinat Prévost.

Après son expérience d’éducation intégrale, il se tournera vers le néo-malthusianisme. Fidèle à ses conceptions ("bonne naissance, bonne éducation, bonne organisation sociale"), il sera parmi les premiers à prôner le choix d’une maternité consciente et à revendiquer pour l’amélioration de la condition féminine, ce qui contribuera à l’éloigner de ses amis communistes libertaires. Il publie un grand nombre de brochures, dont certaines lui valent quelques problèmes avec la justice, donne des conférences pour faire connaître les méthodes contraceptives, défend le droit à l’avortement, crée une "Ligue anti-esclavagiste pour l’affranchissement des filles", envisage un syndicat de prostituées, une agence pour unions libres...

Il passe dix-huit mois en Nouvelle-Zélande, visite les communautés anarchistes de l’époque, des phalanstères, mais c’est seul, aigri, qu’il passe les dernières années de sa vie.

Ses convictions le conduiront également à mettre fin à ses jours le 31 août 1912.

L’orphelinat de Cempuis

Pendant 14 ans, Paul Robin a fait de cette institution située dans la région parisienne un établissement expérimental qui fut la première réalisation concrète en matière d’éducation libertaire.

Robin organisa le fonctionnement pédagogique de l’orphelinat autour des principes de l’éducation intégrale (enseignement universel, donc mixte, rationnel, dégagé du tout mysticisme, physique, intellectuel et moral). Ces principes s’articulent autour des idées d’égalité et de justice (faire disparaître le déséquilibre qui règne entre ceux qui fabriquent et ceux qui consomment) et celle de progrès de l’humanité (le savoir et la culture de chaque individu contribue à l’amélioration de la société). Robin considérait ainsi, contrairement à la majorité des collectivistes antiautoritaires de l’époque, l’éducation comme un moyen de hâter la révolution.

Il mit en place des ateliers qui permettaient aux enfants de s’initier à de nombreux métiers tout en réalisant des travaux utiles pour la collectivité (brochures, piscine, meubles, vêtements, production agricole...). Ces réalisations s’inscrivaient dans la tradition proudhonnienne de l’école-atelier et dans le projet d’une revalorisation du travail et d’une élévation de la condition de l’ouvrier.

L’enseignement proprement dit distinguait une période "spontanée", qui respectait la curiosité sans ordre préconçu des petits et faisait largement appel au jeu, et une période "dogmatique" au cours de laquelle étaient introduits l’enseignement des sciences et l’enseignement professionnel. Le souci de rendre cet enseignement attrayant conduisit à développer les promenades, les élevages, les musées, les collections, plutôt que l’utilisation de manuels et l’enfermement dans des salles tristes pour des exercices ennuyeux.

Peu de manuels scolaires donc, mais la vie, l’observation, et la réflexion pour que l’enfant se construise un esprit rationnel. Le même souci de logique conduisit Paul Robin à réfléchir à une réforme de l’orthographe. La musique et le chant, qui tenaient une grande place dans la vie de l’orphelinat, étaient enseignés selon la méthode Galin-Paris-Chevé qui permet elle aussi une notation et une lecture simples et faciles à apprendre.

L’apprentissage de la lecture était favorisé par la pratique de jeux de lecture, d’une méthode phonétique inventée par Paul Robin, ainsi que l’usage de lettres mobiles découpées dans du carton. Une machine à écrire fut introduite très tôt et l’atelier d’imprimerie avec ses caractères en plomb était également utilisé dans ce but et permit l’édition, dans le Bulletin de l’orphelinat, de bon nombre de poésies écrites par les enfants. Dès le plus jeune âge, on apprenait la sténo, et Robin aurait souhaité qu’on s’initie également aux langues étrangères.

L’éducation physique (et non le sport de compétition !) représentait également une grande part dans la vie de l’orphelinat : gymnastique naturelle grâce aux échasses, ballons, cerceaux, cerf-volant, quilles, patins à roulettes et à glace présents dans l’établissement. Des vélocipèdes furent même introduits dès 1882. Le bain devint une habitude après qu’on eut creusé une piscine et Paul Robin était un spécialiste de l’enseignement de la natation. Excursions, randonnées et voyages furent aussi très pratiqués.

Il va de soi que la relation entre les éducateurs et les éduqués était profondément antiautoritaire et l’enfant était considéré comme un individu à part entière. L’enseignement mutuel était largement pratiqué. Ces principes rendaient impossible la présence de déviants "dangereux pour les autres" dont on pensait alors qu’il fallait les traiter dans des hôpitaux, en pariant sur l’avènement de la société libertaire qui entraînerait leur disparition. C’est la raison pour laquelle les enfants étaient soigneusement sélectionnés à l’entrée et n’étaient définitivement admis qu’après une période d’essai de trois à six mois.

L’enseignement était conçu dans la plus grande liberté : les parents ou les éducateurs étaient libres de "convoquer des réunions dans les conditions qu’ils auront choisies", mais les enfants étaient libres de ne pas y aller ou de s’en retirer s’ils s’ennuyaient.

L’expérience reposait également sur le principe de la "coéducation des sexes" (on dirait maintenant la mixité, et c’était à l’époque une chose difficilement imaginable), et c’est ce qui permit aux réactionnaires haineux, que la réussite de Cempuis dérangeait, d’obtenir la révocation de Paul Robin à la suite d’une campagne de calomnies qui créa un scandale largement répercuté par la presse de l’époque.


Bibliographie :

Nathalie Brémand, Cempuis, une expérience d’éducation libertaire à l’époque de Jules Ferry, Paris, Éditons du Monde libertaire, 1992.

B. Lechevalier, "Paul Robin", in Quinze pédagogues, Paris, Armand Colin, 1997.

Jean-Marc Raynaud, T'are ta gueule à la révo, Editions du Monde libertaire, 1987.


https://www.libertaire.net/discussion/p ... ost-139378
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede bipbip » 13 Oct 2017, 20:10

Vive la Ré… !

Antoine Cyvoct

Antoine Cyvoct. Premier martyr de l’anarchie. Condamné à mort en 1883 puis, gracié, aux travaux forcés à perpétuité. Il a toujours crié son innocence dans l’attentat du restaurant L’Assommoir du théâtre Bellecourt à Lyon le 22 octobre de l’année précédente. 14 ans en Nouvelle Calédonie. Il revient de l’enfer du bagne en 1898 et est accueilli à Marseille par Sébastien Faure, quelques membre de l’équipe du Libertaire … et Alexandre Jacob. Laurent Gallet, a narré cette rencontre il y a quelque temps dans les colonnes du Jacoblog et livré en 2015 dans Machinations et artifices, paru à l’Atelier de Création Libertaire, une incroyable narration de l’histoire de Cyvoct à la suite d’un impressionnant travail de recherche. Et cette quête heuristique se poursuit encore … pour notre plus grand plaisir. Qu’est devenu Cyvoct après son retour ? C’est à Paris, dans l’effervescence de l’affaire Dreyfus, que nous le retrouvons à battre le pavé aux côtés de Charles Malato et d’Urbain Gohier et en train de crier Vive la Ré…


Vive la Ré… !

par Laurent Gallet


L’affaire Dreyfus, comme on le sait, a profondément divisé le pays. Mais elle a également semé le trouble au sein des anarchistes français, entre les partisans du capitaine et ceux qui s’en désintéressent au motif qu’elle ne concerne pas le peuple. C’est que l’affaire a conduit nombre des premiers à devenir les « champions de la république bourgeoise »[1] selon le mot désabusé mais lucide de Pouget. Ce dernier torpille d’ailleurs son Père Peinard pour collaborer au Journal du peuple lancé par Sébastien Faure le 6 février 1899 pour soutenir le capitaine. Dans ce quotidien, on encourage le peuple parisien à se rendre aux funérailles du président Félix Faure pour contrer une éventuelle conspiration contre la république[2]. Puis, les rédacteurs incitent leurs lecteurs à se rendre à la grande manifestation de Longchamp, organisée pour témoigner du soutien populaire à son successeur, Émile Loubet, giflé quelques temps auparavant par un royaliste[3].

Pour Sébastien Faure, « la personnalité de M. Loubet nous est parfaitement indifférente [mais] qui frappe Loubet frappe la République »[4]. Selon lui, « Il est indubitable que les muscadins, les royalistes, les césariens [..] projettent de confisquer au profit de leurs intérêts de caste les quelques bribes de liberté pour lesquelles depuis des siècles le peuple a versé son sang ». Et c’est la crainte de ce retour en arrière qui le conduit à agir « avec ceux qui défendent la République contre ceux qui veulent l’étrangler ». Ils seront un certain nombre à penser comme lui. L’Intransigeant, le journal de l’antidreyfusard Henri Rochefort se souvient d’« une cinquante d’anarchistes de gouvernement »[5] présents à Longchamp ce 11 juin. Difficile de dire si ce chiffre fournit une bonne estimation tant le polémiste persifle et abuse de sa mauvaise foi - il écrit par exemple que des policiers chantent la Carmagnole !

En tout cas, il est certain que Charles Malato est également sur place puisqu’il s’y fait arrêter. Urbain Gohier, comme ce dernier, collaborateur au quotidien dreyfusard L’Aurore, est également présent avec l’ensemble de la rédaction[6]. Antoine Cyvoct étant rédacteur au sein de ce journal pour le compte duquel il produit une série d’articles favorables à Dreyfus, on s’attend à ce que sa présence soit attestée à Longchamp.

Le jour même de la manifestation paraît une interview dans laquelle il fait part à un journaliste lyonnais de son intention de s’y rendre. « Pour défendre la République » déclare-t-il. Puis précisant sa pensée : « Nous n’avons qu’un but : ne pas retourner en arrière, voilà tout. Nous n’admirons pas la forme républicaine, mais nous la préférons à la forme monarchique »[7].

Des intentions aux actes, il n’y a qu’un pas qu’il franchit allègrement. C’est ainsi qu’un correspondant de La Presse narre l’arrivée par les trains d’un « grand nombre de voyageurs. Quelques-uns portent la fleur rouge, emblème des partis révolutionnaires, et se rendent à la Cascade où se trouvent déjà MM. Clovis Hugues et Cyvoct. Ils attendront là M. Loubet »[8]. Quelques instants plus tard, « un groupe de manifestants, sous la conduite de l’anarchiste Cyvoct, se dirige vers le pesage ».

Cyvoct est donc bien présent à la manifestation de soutien au président Loubet où il est plus qu’un simple assistant et prenant une part active aux événements. Celui qui avait échappé de peu à la guillotine ne fut donc pas interrompu sur le fil au moment de crier - comme l’un de ses célèbres prédécesseurs - « Vive la Ré… ! »

[1]Laurent Gallet, Machinations et artifices. Antoine Cyvoct et l’attentat de Bellecour (Lyon 1882), Lyon, Atelier de Création Libertaire, 2015, p. 312

[2]Le Journal du peuple, 20 février 1899.

[3]Le Journal du peuple, 6 juin 1899.

[4]Le Salut public, 11 juin 1899.

[5]L’Intransigeant, 13 juin 1899

[6]Mentionné dans Le Radical, 13 juin 1899.

[7]Le Salut public, 11 juin 1899. Deux mois plus tard, Cyvoct rédige un manifeste dans lequel il exhorte à disputer la rue aux bandes antisémites qui l’occupe afin de défendre la république » (L’Aurore, 16 août 1899)

[8]La Presse, 12 juin 1899.


http://www.atelierdecreationlibertaire. ... ive-la-re/
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Re: Divers militant-es anarchistes dans l'Histoire

Messagede Pïérô » 22 Oct 2017, 00:57

Pierre Monatte, sans galons et sans grade

Plus rien, ou presque, ne semble désormais tenir des anciens adossements auxquels s’ap- puyaient au cours du siècle dernier, parfois contradictoirement parfois solidairement, diverses minorités agissantes soucieuses de maintenir, contre la double malédiction du léninisme et de la social-démocratie, l’espérance vivante d’un projet révolutionnaire de transformation sociale du monde. En ces temps de patente déshérence où, déconstruction faite et relativisme obli- geant, le désert de la critique prospère, comme jamais sans doute, sur le gel de la pensée, au- cune urgence n’est sans doute plus urgente que d’attiser encore et toujours le chaudron de cette ancienne mémoire. Car quand l’ignorance s’admet comme une vertu désencombrante, on a ce qu’on a : un paysage constellé de contestations partielles d’où n’émerge, différentialisme ai- dant, aucune perspective unifiante. Dans ce néant, le subversivisme devient une sorte de ready made qui se contente de cultiver ses propres apparences dans l’exaltation d’une immédiateté de pacotille. Sans autre cause que la sienne propre, obscure. dresse Louis Mercier (1914-1977) à l’occasion de son décès demeure, lui, tout à fait révélateur du rapport dynamique qu’entretinrent longtemps avec l’histoire du mouvement ouvrier des gé- nérations militantes conscientes du legs reçu et désireuses de le transmettre, augmenté, à la suivante. Comme fil rouge « d’une épopée […] dont la plupart des épisodes demeurent incon- nus et la plupart des héros anonymes ». Ce texte fut publié dans le numéro 12, de juin 1960, du bulletin de la Commission internationale de liaison ouvrière (CILO) , l’une de ces feuilles ro- néotypées avec passion dans ce Paris des années 1960 où les sociologues du consensus moder- niste voyaient déjà la question sociale comme une vieillerie que le temps de l’abondance des marchandises allait forcément régler. Forcément… sociologisante et celle de néantisation que nous connaissons aujourd’hui, mais on répétera à satiété cette phrase de Monatte pointée par Mercier : « Quand vous dites qu’il n’y a rien à faire, c’est que tout est à faire et qu’il n’y a personne pour le faire. » Dire que tout est à reprendre depuis le début serait exagéré, mais tout est sans doute à reconsidérer au prisme de l’inactua- lité. En renouant avec d’anciens savoirs théoriques et pratiques aussi précieux qu’oubliés. C’est, pour partie, notre tâche.

Pdf : http://www.fondation-besnard.org/IMG/pd ... n_pdf2.pdf

http://www.fondation-besnard.org/spip.php?article2988
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