Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 27 Avr 2017, 22:20

Lettre à mon voisin qui a fait la guerre coloniale

Écho actualisé des déserteurs portugais

Jorge Valadas
Traduction de Filipa Freitas

Le 25 avril 1974, une partie de l’armée portugaise met fin à près de 50 ans d’un régime autoritaire d’idéologie fasciste. Depuis 1961, le régime est par ailleurs embourbé dans une guerre contre des mouvements indépendantistes dans ses trois colonies africaines, la Guinée-Bissau, l’Angola et le Mozambique. Aujourd’hui encore, cet horrible conflit colonial demeure un tabou dans nombre de familles, et en avril 2016, la publication d’un modeste recueil de témoignages de déserteurs portugais a provoqué un véritable tollé au Portugal.

Dans Lettre à mon voisin qui a fait la guerre coloniale, parue originellement en janvier 2017 dans Mapa, journal d’information critique portugais, Jorge Valadas1 parcourt les tréfonds d’un mal constitutif de l’histoire portugaise et européenne. Il revient sur un mouvement de jeunes refusant le patriotisme triomphant, en écho avec nos temps de repli identitaire.

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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 08 Mai 2017, 20:00

“Kamerun ! une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971”

De 1955 à 1962, la France a livré une guerre totale aux indépendantistes camerounais. Une véritable guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts, à 5 000 km de la métropole, loin des regards d’une opinion fascinée par les événements d’Algérie. Une guerre qui s’inscrit dans la lignée des pires conflits coloniaux [1].

Aujourd’hui encore, peu de Français savent que leur armée fut engagée pendant sept ans au Cameroun, pour éradiquer l’UPC, un mouvement rebelle. Une guerre que les autorités françaises persistent à nier, envers et contre tout. En visite à Yaoundé le 22 mai 2009, François Fillon, interrogé sur cette guerre, avait même osé affirmer : « Je dénie absolument que des forces françaises aient participé en quoi que ce soit à des assassinats au Cameroun, tout cela c’est de la pure invention » [2]. En 750 pages, les trois auteurs mettent en pièce ce déni d’histoire. Le site associé au livre ➚ publiera progressivement des documents d’archives inédits, des extraits d’interviews de témoins et de responsables, politiques et militaires, camerounais et français, de cette guerre.

A la suite de la présentation du livre, vous trouverez ci-dessous deux des sept parties constituant l’introduction : « Aux origines du système néocolonial français en Afrique » et « La France contre le
Kamerun ».

Image

Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971
Manuel DOMERGUE, Jacob TATSITSA, Thomas DELTOMBE [3]
éd. La Découverte ➚, 6 janvier 2011, 25 €, 744 pages

Quatrième de couverture

Pendant plus de quinze ans, de 1955 à 1971, la France a mené au Cameroun une guerre secrète. Une guerre coloniale, puis néocoloniale, qui a fait des dizaines de milliers de morts, peut-être davantage. Une guerre totalement effacée des histoires officielles. En France, où l’on enseigne toujours que la décolonisation de l’« Afrique française » fut exemplaire et pacifique. Et au Cameroun, où il est encore risqué aujourd’hui d’évoquer ce terrible conflit qui enfanta une redoutable dictature… C’est dire l’importance de ce livre, qui retrace l’histoire de la guerre menée par les autorités françaises contre l’Union des populations du Cameroun (UPC), le parti indépendantiste créé en 1948, et tous ceux pour qui la liberté et la justice s’incarnaient en un mot : « Kamerun ! ».

Pendant quatre ans, les auteurs ont enquêté en France et au Cameroun. Ils ont retrouvé de nombreux témoins : militaires français et camerounais, combattants nationalistes, rescapés des massacres… Dans les archives, ils ont consulté des milliers de documents et fait d’étonnantes trouvailles. Ils racontent comment furent assassinés, un à un, les leaders de l’UPC : Ruben Um Nyobè en 1958, Félix Moumié en 1960 et Ernest Ouandié en 1971. Et ils montrent comment l’administration et l’armée françaises, avec leurs exécutants locaux, ont conduit pendant des années une effroyable répression : bombardements des populations, escadrons de la mort, lavage de cerveau, torture généralisée, etc.

Plus de cinquante ans après la pseudo-indépendance accordée au Cameroun le 1er janvier 1960, cette histoire reste d’une brûlante actualité. Car c’est aussi celle de la naissance de la Françafrique, fruit du consensus colonial de la IVe République, puis de la diplomatie secrète de la Ve République. C’est l’histoire, enfin, d’un régime « ami de la France » en guerre perpétuelle contre son propre peuple : après vingt-deux ans de dictature sous Ahmadou Ahidjo et près de trois décennies de déliquescence sous Paul Biya, les Camerounais rêvent toujours d’indépendance et de démocratie.

Aux origines du système néocolonial français en Afrique [4]

La France, nul ne l’ignore, n’a pas quitté l’Afrique en octroyant l’indépendance
à ses anciennes colonies. Elle est partie pour mieux rester. Pour rester
cachée derrière des régimes qu’elle a elle-même installés, formés et consolidés, et qu’elle s’est arrangée à contrôler et à maintenir en place sur la longue durée. Des accords de coopération, civils et militaires, ont été signés entre ces partenaires inégaux pour moderniser, en les contractualisant, les liens de dépendance.
Des accords de défense (largement secrets) ont également été paraphés
pour permettre aux dirigeants des tout jeunes États indépendants de faire face
aux menaces extérieures et, encore davantage, aux « troubles intérieurs » qui
pourraient à l’avenir les faire vaciller et ainsi ébranler la nouvelle architecture
de ce colonialisme réformé.

Le Cameroun occupe une place particulière dans ce système néocolonial.
Non seulement parce qu’il est le seul pays du « pré carré » français en Afrique
à avoir connu une rébellion armée conséquente, sous l’impulsion de l’UPC, au
moment de l’indépendance, mais également parce qu’il est le premier – si l’on
met de côté le cas particulier de la Guinée d’Ahmed Sékou Touré – à accéder
à l’indépendance, le 1er janvier 1960. Le Cameroun apparaît alors comme un
pays pionnier. Premier pays du « champ » à avoir vu débarquer les « spécialistes
» français de la guerre révolutionnaire, dès le milieu des années 1950, il
est aussi le premier à se voir doté d’une armée nationale et à « bénéficier » de
l’assistance militaire technique française. Cette dernière, activée le jourmême
de la proclamation de l’indépendance, permet de poursuivre sans transition
et, pour encore de longues années, les opérations militaires engagées contre la
rébellion upéciste à l’ère du colonialisme direct, inaugurant dans le sang une
longue série d’ingérences militaires françaises en Afrique.

Né dans un contexte de guerre, c’est tout le régime du Cameroun « indépendant » qui a été imbibé par les modèles « contre-révolutionnaires ». Les
doctrines françaises de contre-insurrection ont muté en système de gouvernement. Quelques mois après l’indépendance, tandis que les opérations de guerre se poursuivaient dans plusieurs régions du pays, une dictature implacable fut installée. Concentré dans les mains du président Ahmadou Ahidjo et de son entourage, mais appuyé par la « coopération » et l’« assistance technique » françaises, le pouvoir camerounais a recyclé les méthodes guerrières utilisées contre les maquis de l’UPC pour les appliquer à tous les « subversifs », c’est-à-dire à tous ceux qui contestaient, ou semblaient contester, les nouvelles
autorités. La surveillance, l’endoctrinement et la répression des populations
devinrent des habitudes. Et l’exception, la règle. Les Camerounais, qui
s’étaient passionnés pour le projet émancipateur de l’UPC dans les années
1950, furent sommés de rejeter leurs « mauvais penchants » et de transférer
leur enthousiasme sur le parti unique d’Ahmadou Ahidjo. Lequel, vampirisant
l’héritage upéciste, s’octroya le titre de pionnier de l’indépendance…
Purgé de ses éléments « subversifs », appelé à traquer en son sein la moindre
« déviance », sommé quotidiennement d’oublier ses amours d’antan, le
peuple camerounais ne put faire vivre son désir de liberté que dans la clandestinité, dans l’exil ou sur le mode du refoulement.

Le même phénomène s’observe, au même moment, dans les autres pays
africains du « pré carré » français. Partout s’installent des régimes à poigne,
dont la pérennité est assurée par les accords de défense, de coopération et
d’assistance technique auxquels leur parrain français les fait souscrire dès leur
accession à l’indépendance, à l’époque exacte où se déroule la guerre du
Cameroun. Profondément inspirés par les méthodes militaires de l’ex-métropole, ces nouveaux régimes reçurent pour mission, afin de sauvegarder les « intérêts français » sur le continent, de lutter sans relâche contre leurs ennemis intérieurs, réels ou potentiels, qu’on voulait croire inspirés par les puissances communistes ou, dans certains cas, anglo-saxonnes. C’est un officier du Centre militaire d’information et de documentation sur l’outre-mer (CMIDOM) qui explique le phénomène dans une étude confidentielle rédigée en 1973 : « Formées de personnels transférés de l’armée française, organisées sur le modèle de cette dernière et équipées de matériels cédés par la France, les armées des jeunes États indépendants constituent, au début, les seuls “outils” structurés à la disposition des gouvernants. Héritières en quelque sorte des Forces françaises outre-mer, elles en adoptent aussi une partie des missions traditionnelles, tout particulièrement préserver l’ordre politique et social (issu de l’indépendance) et être prêtes à faire face à la subversion et, éventuellement, à l’opposition politique. […] Avec le temps, la véritable mission de ces armées va évoluer, l’ennemi à craindre étant plus au-dedans qu’au-dehors. Dans plusieurs pays, l’armée jouera un rôle capital dans la direction des affaires du pays. »

Les processus que nous venons brièvement d’évoquer, la transmission au
sein de l’armée française des savoir-faire contre-subversifs forgés au moment
de la décolonisation, d’une part, et leur utilisation intensive et continue par
des régimes africains vassalisés par la France, d’autre part, sont longtemps
restés inconnus d’une opinion publique française qui se soucie fort peu du
destin de l’Afrique et de la politique qu’y mènent ses gouvernants depuis des
décennies. Ce silence entretenu et consenti est une des forces principales du
néocolonialisme français en Afrique. La faiblesse des contre-feux et des
procédures de contrôle a permis aux dirigeants français de faire passer les dictateurs « amis de la France » pour de fins démocrates, dont les excès de zèle répressif, parfois trop voyants, ne pourraient s’expliquer que par une incorrigible « nature africaine » et par la regrettable inaptitude de leurs peuples à entrer de plain-pied « dans l’Histoire ». Ces arguments ont permis – et permettent encore – à une partie des classes dirigeantes hexagonales de conserver des « liens privilégiés », ô combien rémunérateurs, avec bon nombre de dictateurs, de tortionnaires et de criminels de guerre formés à l’« école française ».

Le silence, cependant, a été partiellement brisé au début des années 1990.
D’abord parce que, à la faveur de la fin de la guerre froide, les peuples africains ont saisi l’opportunité pour faire entendre leur colère. Ensuite parce
qu’il y a eu le génocide des Tutsis du Rwanda, en 1994, derrière lequel on n’a
pas tardé à découvrir de graves complicités françaises. Enfin, parce que des
militants, des journalistes et des chercheurs se sont penchés et mobilisés en
France pour dévoiler la face cachée de la politique africaine de la France. C’est
ainsi que François-Xavier Verschave, président de l’association Survie de 1995
jusqu’à sa mort en 2005, popularisera – le « salopard » !… – le concept de
« Françafrique » pour décrire les relations occultes et malsaines entretenues
entre dirigeants français et africains. C’est ainsi également que des journalistes
ou des chercheurs comme Patrick de Saint-Exupéry, David Servenay ou
Gabriel Périès exhumèrent les canaux de transmission qui permirent aux
génocidaires rwandais de bénéficier de la part de la France non seulement
d’armes, d’appuis logistiques, de soutien moral et politique, mais également
de formations auxméthodes d’éradication de l’« ennemi intérieur » forgées et
diffusées depuis la période de décolonisation par les autorités politiques et
militaires françaises. « Nous avons instruit les tueurs, écrira ainsi le journaliste
Patrick de Saint-Exupéry. Nous leur avons fourni la technologie : notre
“théorie”. Nous leur avons fourni la méthodologie : notre “doctrine”. Nous
avons appliqué au Rwanda un vieux concept tiré de notre histoire d’empire.
De nos guerres coloniales. »

La France contre le Kamerun [5]

Il ne s’agit en aucune façon ici de refaire toute l’histoire du Cameroun.
Nous cherchons plutôt à comprendre pourquoi les responsables français, de la
IVe puis de la Ve République, avant comme après l’octroi de l’indépendance
du pays, se sont lancés dans une répression aussi féroce. C’est ce contexte qu’il convient en préalable de brosser à grands traits, tout en présentant l’organisation que nous avons retenue pour ce livre, structuré en quatre séquences chronologiques : 1945-1954, 1955-1958, 1959-1960, 1961-1971.

La raison principale de la hargne française s’appelle, on l’a dit, l’UPC.
Créée en 1948 à Douala par quelques « indigènes évolués », comme on les
désignait alors, l’UPC constitue dès le départ un des défis les plus sérieux au
colonialisme français en Afrique. Elle réclame d’abord la justice, la dignité et
l’égalité pour les « indigènes » trop longtemps martyrisés, exploités, abusés.
Elle demande aussi la réunification du pays que se sont partagé les Français
et les Britanniques, par le truchement de la Société des nations (SDN) après la
défaite allemande en 1916, puis celui de l’ONU. S’appuyant sur le statut international du Cameroun qui en fait, avec le Togo, un Territoire à part au sein
de l’Empire français, l’UPC exige surtout l’indépendance : affront insupportable
pour les Français qui, contrairement aux Britanniques, n’ont aucune
intention de lâcher du lest. Malgré les belles paroles du général de Gaulle à
Brazzaville en janvier 1944, ils comptent bien s’agripper à leurs « possessions
» d’outre-mer pour redorer le blason tricolore, assurer la défense nationale et faire quelques menus profits. Épine dans le pied des colons français, l’UPC se refuse, au contraire d’autres mouvements nationalistes africains, à tout compromis. Sa popularité se consolide, ses mots d’ordre se diffusent
dans tout le pays. Elle risque même de faire tache d’huile à travers le
continent. La répression française, qui n’est pas d’abord militaire, se durcit.
En vain (première partie).

Paris envoie alors, pour se maintenir à Yaoundé, des Hauts Commissaires
à poigne. Roland Pré d’abord, un ancien de la Résistance française contre le nazisme, qui voit des communistes partout. Il engage l’épreuve de force en mai 1955 et fait interdire l’UPC. Pierre Messmer ensuite, réputé libéral, mais qui ne craint pas lui non plus de faire couler le sang. Les nationalistes
camerounais maintiennent le cap. Dans la clandestinité, le programme
– indépendance, réunification, justice sociale – est maintenu. Et s’incarne
dans un mot : Kamerun ! Pied de nez aux Français, l’UPC brandit le nom que
leurs ennemis héréditaires, les Allemands, avaient donné à ce pays quelques
décennies plus tôt, avant son partage entre le Cameroun français et le Cameroon britannique. Pour les Camerounais, le mot devient slogan. Plus qu’un
programme, c’est un esprit : celui de la résistance. La France n’y tient plus.
Elle frappe, elle tue, elle enferme : en Sanaga-Maritime, mais aussi dans la
région que le colonialisme appelle « Bamiléké ». Ses soldats s’y livrent à la torture systématique, pour obtenir des renseignements et semer la terreur. La
France veut étouffer l’espoir : Ruben Um Nyobè, leader exemplaire du mouvement nationaliste, est assassiné en 1958 dans les maquis de Sanaga-Maritime (deuxième partie).

Le Cameroun devra suivre le chemin tracé par Houphouët-Boigny en
Côte-d’Ivoire et non celui de Sékou Touré en Guinée. Croyant avoir gagné,
ou cherchant à hâter sa victoire en leurrant les Camerounais, la France prépare
l’accession du pays à une « indépendance » qu’elle s’ingénie au préalable
à vider de son contenu. Elle a trouvé en Ahmadou Ahidjo, un petit homme
du nord du pays, le polichinelle idéal pour créer l’illusion. La flamme « kamerunaise » résiste encore, pourtant, quoique difficilement. En Sanaga-Maritime, la mort d’Um a presque atteint son objectif. Mais la résistance se
poursuit dans cette région aussi, comme dans les régions de Yaoundé, de
Douala et du Mungo. C’est surtout dans la région Bamiléké, l’Ouest-Cameroun,
que les combats sont les plus acharnés. Entrées en dissidence, les populations
de la région participent massivement à l’insurrection. Les autorités
françaises, qui ne sont théoriquement plus « chez elles » depuis le 1er janvier
1960, optent alors pour les représailles collectives : les bombardements
aveugles sur des villages entiers. C’est la « guerre totale », l’hécatombe. En exil forcé, au Caire, en Guinée, au Ghana, Félix Moumié, président de l’UPC, tente de trouver des soutiens étrangers et d’alerter une opinion internationale, française en particulier, aveuglée par les éclats meurtriers de la guerre d’Algérie. En novembre 1960, les services secrets français dénicheront à Genève une bonne adresse et un bon cocktail, pour lui faire passer l’envie de protester (troisième partie).

Maintenant que ses parrains français ont éliminé ses deux principaux
rivaux, Um Nyobè et Moumié, et écrasé la « révolte bamiléké », le « fantoche
» Ahmadou Ahidjo peut lever les bras en signe de victoire. La France de
Charles de Gaulle et de Jacques Foccart prend toutes les dispositions utiles
pour assurer sa longévité. À Yaoundé, les méthodes élaborées pour faire la
guerre à l’UPC se transforment en mode de gouvernement. Comme dans les
autres pays d’Afrique francophone, l’« indépendance » a enfanté une coriace
dictature : une façade derrière laquelle l’ancienne puissance coloniale peut
discrètement manoeuvrer. Revenu clandestinement d’exil, Ernest Ouandié,
vice-président de l’UPC, cherche vaillamment à rallumer la flamme et à
secouer cet état de fait. Mais le contexte est défavorable. À l’intérieur du
Cameroun, le contrôle des populations par les forces gouvernementales est
maintenant trop serré. Les militants kamerunais s’épuisent. À l’étranger, les
soutiens potentiels ont déserté : ils se passionnent maintenant pour le
Congo-Léopoldville et les colonies portugaises, ils se mobilisent pour le Viêt-nam…
et en oublient les « causes perdues ». Ouandié, de plus en plus isolé, perd le
contact avec ses amis exilés. Les tentatives de « deuxième front », lancées
depuis le Congo-Brazzaville, échouent lamentablement. Début 1971,
Ouandié est fusillé en public par un peloton d’exécution. Le Kamerun a vécu,
la Françafrique triomphe (quatrième partie).


[1] Voir la présentation du livre par David Servenay sur Rue89 : « Cameroun 1955-1962 : la guerre cachée de la France en Afrique http://www.rue89.com/2011/01/01/camerou ... que-183142 .

[2] Référence : http://www.gouvernement.fr/premier-mini ... u-cameroun http://www.gouvernement.fr/premier-mini ... u-cameroun

[3] Les auteurs :
Thomas Deltombe, journaliste indépendant, est l’auteur de L‘islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005 (La Découverte, 2005).
Manuel Domergue est journaliste au magazine Alternatives économiques.
Jacob Tatsitsa, enseignant, est doctorant en histoire à l’université de Yaoundé-I.

[4] Kamerun !, pages 14-16.

[5] Kamerun !, pages 26-28.


http://www.ldh-toulon.net/Kamerun-une-g ... e-aux.html
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 11 Mai 2017, 21:29

Lyon samedi 13 mai 2017

Aux origines de la FrançAfrique : Débat autour du livre tiré de Kamerun

à 15h à la librairie La Gryffe, 5 rue Sébastien Gryphe Lyon 7e.
Rencontre/débat autour du livre La guerre du Cameroun, L’invention de la Françafrique (1948-1971), Ed. La Découverte avec Manuel Domergue, l’un des auteurs.

Cette rencontre/débat est organisée par l’Association des Étudiants de Cultures Africaines de Lyon (AECAL).
Image

La légende veut que la France, « patrie des droits de l’homme », ait généreusement offert l’indépendance à ses anciennes colonies d’Afrique noire en 1960. Le livre La guerre du Cameroun, L’invention de la Françafrique (1948-1971) (édition de 2016 avec une préface de Achille Mbembe) écrit par Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, raconte une tout autre histoire : celle d’une guerre brutale, violente, meurtrière, qui a permis à Paris d’inventer un nouveau système de domination : la Françafrique.

Cette guerre secrète a pour théâtre le Cameroun des années 1950 et 1960. Confrontées à un vaste mouvement social et politique, porté par un parti indépendantiste, l’Union des populations du Cameroun (UPC), les autorités françaises décident de passer en force. En utilisant les mêmes méthodes qu’en Algérie (torture, bombardements, internements de masse, action psychologique, etc.), elles parviennent en quelques années à éradiquer militairement les contestataires et à installer à Yaoundé une dictature profrançaise.

En pleine guerre froide, et alors que l’opinion française a les yeux tournés vers l’Algérie, la guerre du Cameroun, qui a fait des dizaines de milliers de morts, est à l’époque passée inaperçue. Elle a ensuite été effacée des mémoires par ceux qui l’ont remportée : les Français et leurs alliés camerounais. Le crime fut donc presque parfait : les nouvelles autorités camerounaises ont repris les mots d’ordre de l’UPC pour vider l’« indépendance » de son contenu et la mettre au service… de la France ! Mais la mémoire revient depuis quelques années. Et les fantômes du Cameroun viennent hanter l’ancienne métropole. Laquelle, de plus en plus contestée sur le continent africain, devra tôt ou tard regarder son passé en face.

https://rebellyon.info/Aux-origines-de- ... ebat-17774
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 19 Mai 2017, 22:26

Lyon samedi 20 mai 2017

Projection-Débat : La Réunion des années 1960-1970, émigration, déportation, contrôle des naissances

Sur le Bumidom, l’affaire des “Enfants de la Creuse”, et les avortements et stérilisations pratiqués sur des femmes réunionnaises sans leur consentement. Avec la présence de : Michael Gence, Jean-Charles Pitou, Françoise Vergès. Le 20 mai 2017 14h, à l’Université Lyon 2 (campus BDR), au “Grand Amphi”. Entrée gratuite.

- Projection du film Rassine Monmon, Papa : Tome 1, ce passé qui ne passe pas
en présence du réalisateur Michael Gence
1963, le tout jeune département français de la Réunion atteint les 400 000 habitants,
dont la moitié a moins de 20 ans. 1963, encore, Michel Debré (ancien 1er ministre de DeGaulle) devient député de La Réunion et entame une politique démographique qui va du contrôle des naissances à « l’exportation » en France d’un grand nombre de jeunes réunionnais, voire des enfants, se servant d’institutions telles que l’armée, la fonction publique et les organismes sociaux. Pour cela, il crée le Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer (le Bumidom).
Je suis allé à la rencontre de plusieurs de ces migrants qui, comme mes parents, ont franchi l’océan sous l’impulsion de l’état français. Ce 1er tome pose le contexte dans lequel mes parents ont « désoté la mer » pour un aller sans retour pour l’hexagone, à la fin des années 60.
L’histoire de toute une jeunesse réunionnaise déboussolée, à qui on a séché tout espoir de développement au pays natal, vécue comme une promotion sociale, pour quelques uns, et pour de nombreux autres, comme un exil.
En savoir plus sur le film : https://rassinemonmonpapa.jimdo.com/

- Présentation de l’association Génération brisée
par son président Jean-Charles Pitou
Entre 1963 et 1982, plus de 2150 enfants réunionnais furent déportés en France hexagonale, dans des départements à repeupler comme la Creuse, le Cantal, le Gers… Cette affaire est plus généralement connue sous le nom des “Enfants de la Creuse”. Le 18 février 2014, après plusieurs années de combat judiciaire des victimes pour faire reconnaître ce crime, une résolution mémorielle est votée à l’Assemblée Nationale reconnaissant la responsabilité de l’État français dans ce drame. L’association Génération brisée est l’une des associations qui ont permis de faire sortir cette affaire de l’ombre.

- Présentation du livre Le ventre des femmes
par Françoise Vergès
Introduction par Véronique Corinus, Maîtresse de conférences en littératures francophones (Antilles et Afrique Subsaharienne) - Laboratoire Passages XX-XXI
Dans les années 1960-1970, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer alors même qu’il les interdit et les criminalise en France métropolitaine.
Comment expliquer de telles disparités ? Partant du cas emblématique de La Réunion où, en juin 1970, des milliers d’avortements et de stérilisations sans consentement pratiqués par des médecins blancs sont rendus publics, Françoise Vergès retrace la politique de gestion du ventre des femmes, stigmatisées en raison de la couleur de leur peau.
Dès 1945, invoquant la « surpopulation » de ses anciennes colonies, l’État français prône le contrôle des naissances et l’organisation de l’émigration ; une politique qui le conduit à reconfigurer à plusieurs reprises l’espace de la République, provoquant un repli progressif sur l’Hexagone au détriment des outre-mer, où les abus se multiplient.
Françoise Vergès s’interroge sur les causes et les conséquences de ces reconfigurations et sur la marginalisation de la question raciale et coloniale par les mouvements féministes actifs en métropole, en particulier le MLF. En s’appuyant sur les notions de genre, de race, de classe dans une ère postcoloniale, l’auteure entend faire la lumière sur l’histoire mutilée de ces femmes, héritée d’un système esclavagiste, colonialiste et capitaliste encore largement ignoré aujourd’hui.

- Table ronde et débat
Échange entre les intervenant.es, pour parler de cette période et du contexte de l’époque à la Réunion, suivi d’un débat avec le public.
N’oubliez pas de vous inscrire afin de participer à cet événement : inscription.chaire.eid@gmail.com


P.-S.
Facebook : https://www.facebook.com/events/654872568038424/
Site de Lyon 2 : http://www.univ-lyon2.fr/actualite/agen ... 26941.kjsp

https://rebellyon.info/Projection-Debat ... nees-17749
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