Première Internationale

Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 10 Avr 2016, 13:01

Retour sur l’AIT : 1872-1873

Bref rappel des mesures par lesquelles Marx, Engels et quelques-uns de leurs amis exclurent de l’AIT la totalité des organisations adhérentes (1872-1873), et réactions de ces dernières.

La Première internationale fut le cadre d’un conflit qui opposa deux stratégies différentes pour le mouvement ouvrier et qui ne saurait en aucun cas se limiter aux oppositions entre Bakounine et Marx. Ces deux stratégies n’étaient pas conciliables dans la mesure où l’une d’entre elles, de nature fédéraliste et qu’on associe hâtivement à la personne de Bakounine, voyait dans l’Internationale une structure de type syndical tandis que l’autre, dont le chef de file était sans conteste Marx, voyait dans l’Internationale une organisation regroupant des partis politiques de type social-démocrate. Ce conflit, sur lequel on ne reviendra pas ici [note] a conduit à un événement dramatique en 1872 : en septembre de cette année, lors du congrès de La Haye, le conseil général de l’AIT, contrôlé par Marx, organisa un congrès totalement manipulé qui décida l’exclusion de Bakounine et de James Guillaume, deux membres de la Fédération jurassienne. Ces deux exclusions provoquèrent une réaction en chaîne que ses organisateurs n’avaient pas prévue, et qui aboutit à un résultat inouï : l’exclusion, par Marx, Engels et un très petit nombre de proches, de la quasi-totalité du mouvement ouvrier de l’Association internationale des travailleurs !
C’est cette réaction en chaîne que nous voulons décrire, en montrant la succession d’événements qui ont conduit les fédérations de l’Internationale à récuser les décisions d’exclusion de La Haye, puis le Conseil général de Londres à exclure les fédérations qui contestaient les décisions de La Haye.

Aussitôt après l’exclusion de Bakounine et de James Guillaume au congrès de La Haye, la Fédération jurassienne convoqua le 15 septembre 1872 un congrès fédéral extraordinaire à Saint-Imier qui récusa les exclusions de ses deux membres.
Le même jour eut lieu à Saint-Imier un congrès international convoqué par la Fédération italienne avec des représentants américains, français, italiens, jurassiens et espagnols. Ce congrès rejeta également les décisions de La Haye et décida de former un pacte de solidarité. Le congrès international décida également de modifier les statuts de l’Internationale et de poursuivre son activité en tant qu’Association internationale des travailleurs.
Le congrès international de Saint-Imier ne fut donc pas une scission puisque les fédérations adhérentes ont simplement récusé la légitimité des décisions du congrès précédent, mettant en minorité les organisateurs de ce dernier – lesquels se trouvaient de fait en situation de scissionnistes.
C’est donc bien la même Internationale qui poursuivit son activité, reprenant par conséquent la numération des congrès à la suite de celui de La Haye. C’est pourquoi le congrès suivant, qui eut lieu à Genève en septembre 1873, fut le VIe congrès de l’Internationale, à la suite du congrès de La Haye, qui avait été le Ve.
Des fédérations étaient absentes à Saint-Imier, pour des raisons évidentes : elles n’avaient pas eu le temps d’analyser les résultats du congrès de La Haye ni de prendre une décision.
Cependant, lorsque l’information commença à circuler sur les conditions extrêmement bureaucratiques dans lesquelles s’était déroulé le congrès de La Haye, les différentes fédérations réagirent et firent connaître leur soutien à la Fédération jurassienne.
Nous avons voulu faire le point sur ces réactions et les rassembler dans un même texte, afin de fournir un point de vue synthétique sur la question et afin de montrer sans contestation possible la thèse selon laquelle le mouvement ouvrier de l’époque fut effectivement exclu de l’Internationale…

Parmi les décisions bureaucratiques de La Haye figurait le transfert du Conseil général à New York. Pourquoi New York ? Pour le rendre inaccessible au contrôle des fédérations adhérentes et parce que Marx et Engels y avaient quelques affidés susceptibles d’en assurer la gestion, sous le contrôle de Marx.
Le Conseil général de New York avait pris connaissance des résolutions par lesquelles le Congrès jurassien tenu le 15 septembre à Saint-lmier avait déclaré ne pas reconnaître les résolutions du Congrès de la Haye. Il décida, avant de sévir, d’engager les ouvriers du Jura à révoquer les résolutions de leur Congrès, en leur accordant un délai de quarante jours pour venir à résipiscence.
La correspondance privée des protagonistes de ces exclusions est extrêmement révélatrice de l’état d’esprit dans lequel ils se trouvaient.

♦ Une lettre d’Engels à Sorge, du 5 octobre 1872, témoigne de l’impression produite sur Marx et ses quelques fidèles par le Congrès anti-autoritaire de Saint- Imier :
« …les décisions des Jurassiens, qui, prises par un Congrès fédéral, déclarent ouvertement la rébellion, ne peuvent pas être passées sous silence. Nous avons immédiatement écrit à Genève pour avoir le dernier Bulletin jurassien, et nous te l’enverrons dès qu’il sera arrivé. Il est très bon que ces messieurs déclarent ouvertement la guerre, et nous donnent eux-mêmes un motif suffisant pour les mettre à la porte. »

8 novembre 1872 – Lettre du Conseil général de New York à la Fédération jurassienne :
« Le Conseil général de l’Association internationale des travailleurs au Comité ou Conseil fédéral de la Fédération jurassienne.
« Compagnons ouvriers,
« Le Conseil général, dans sa séance du 27 octobre, a entendu le compte-rendu de votre Congrès extraordinaire tenu le 15 septembre à Saint-lmier, ainsi que les résolutions prises à ce Congrès extraordinaire, répudiant entièrement les actes et les résolutions du dernier Congrès général de l’Association internationale des travailleurs (voir les nos 17-18, p. Il, du Bulletin de la Fédération jurassienne). La première résolution du susdit Congrès extraordinaire déclare :
« “Le Congrès de la Fédération jurassienne, tenu à Saint-Imier le 15 septembre 1872, ne reconnaît pas les résolutions prises au Conjurés de la Haye, comme étant injustes, inopportunes, et en dehors des attributions d’un Congrès”. »
« La seconde résolution du même Congrès conclut ainsi :
« “Le Congrès (jurassien) considère comme son devoir d’affirmer hautement qu’il continue de reconnaître aux compagnons Bakounine et Guillaume leur qualité de membres de l’Internationale et d’adhérents à la Fédération jurassienne”. »
« Les résolutions du Congrès jurassien présentant une infraction flagrante des statuts et règlements administratifs de l’Association internationale des travailleurs, un comité fut nommé pour soumettre des propositions relatives à ce cas dans la prochaine séance du Conseil général.
« Le Conseil général connaît parfaitement son devoir, mais il a une forte répugnance à l’emploi précipité de mesures de discipline : il regrette extrêmement la légèreté avec laquelle le susdit Congrès extraordinaire jurassien a tenté de rompre les liens intimes reliant les travailleurs de tous les pays ; il constate la contradiction absolue des résolutions sus-citées à une autre résolution de ce même Congrès extraordinaire, laquelle “affirme le grand principe de solidarité entre les travailleurs de tous les pays” ; il espère que les braves ouvriers, membres des sections de la Fédération jurassiennes, ne sont nullement participants à cette grave atteinte à l’organisation de l’Association internationale, et c’est pour cela que le Conseil général fait un appel direct à eux, espérant que le vrai esprit de solidarité ouvrière les engagera à désapprouver les procédés du Congrès extraordinaire jurassien de Saint-Imier susmentionné.
« Après avoir entendu le comité, les résolutions suivantes furent adoptées par le Conseil général dans la séance du 3 novembre :
« Considérant que l’article 3 des statuts généraux dit que “le Congrès ouvrier général prendra l’initiative des mesures nécessaires pour le succès de l’œuvre de l’Association internationale” ;
« Considérant que le paragraphe II, article 2, des règlements administratifs dit : « Le Conseil général est tenu d’exécuter les résolutions des Congrès » :
« Pour ces raisons le Conseil général déclare :
« 1° Les résolutions sus-citées prises par le Congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne tenu à Saint-Imier le 15 septembre 1872 sont nulles et non avenues ;
« 2° Le Conseil ou Comité fédéral de la Fédération jurassienne est par la présente invité, ou d’appeler immédiatement un Congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne, ou de faire prendre un vote général de tous les membres dans leurs sections, pour la révocation desdites résolutions ;
« 3° Le Conseil général demande une réponse définitive dans l’espace de quarante jours de cette date (8 novembre), accompagnée soit du compte rendu du Congrès extraordinaire tenu, soit du rapport détaillé du vote général pris conformément à la résolution précédente (2°).
« Le Conseil général charge son secrétaire de vous envoyer la présente par lettre recommandée, expectant votre réponse par la même voie.
« Salut fraternel.
« New-York, le 8 novembre 1872.
« Par ordre et au nom du Conseil général :
« F. A. SORGE, secrétaire général. »

Le Comité fédéral jurassien n’avait pas à entrer en correspondance avec des hommes qui, sans rire, croyaient pouvoir « déclarer nulles et non avenues » les résolutions prises par les délégués des Sections jurassiennes. Il se borna à publier l’épître de Sorge dans le Bulletin et en même temps il adressa la circulaire suivante à toutes les Fédérations de l’Internationale :

« Association internationale des travailleurs.
« Fédération jurassienne.
« Circulaire aux divers Conseils fédéraux des régions de l’Internationale.
« Compagnons,
« Nous avons reçu une lettre du nouveau Conseil général de New-York, sous la date du 8 novembre dernier, concernant le Congrès extraordinaire jurassien qui a eu lieu à Saint-Imier le 15 septembre 1872.
« Nous ne voulons pas analyser cette lettre ; nous l’insérons textuellement dans notre Bulletin, et vous en adressons un exemplaire ; vous pourrez, en lui donnant, ainsi qu’à la présente, la publicité nécessaire, mettre vos sections au courant de la question.
« La question de l’autonomie et de la libre fédération dans l’organisation et l’action de l’Internationale, pour laquelle se sont si catégoriquement prononcés la minorité du Congrès de la Haye et le Congrès anti-autoritaire de Saint-lmier.. entre dans une nouvelle phase.
« Notre Comité fédéral, dans une circulaire qu’il adressa aux sections de la Fédération jurassienne ^, les mit en mesure de se prononcer sur les résolutions du Congrès rinternational] de Saint-lmier. Le vote a lieu en ce moment. Cependant la majorité des sections, à l’heure présente, s’est déjà prononcée pour l’adoption des résolutions de Saint-lmier. Le nouveau Conseil général, par la mission qu’il a obtenue du Congrès de la Haye, se trouve dans l’obligation de nous suspendre comme Fédération de l’Internationale.
« Les délégations de la minorité du Congrès de la Haye ont pris l’engagement de travailler à l’établissement d’un pacte de solidarité positive entre les fédérations autonomistes.
« Comme nous pouvions nous y attendre, notre Fédération est la première qui se trouve sous le coup des résolutions autoritaires du Congrès de la Haye.
« Le moment de renoncer au programme de l’autonomie fédérative, ou d’affirmer pratiquement les résolutions adoptées par la minorité de la Haye*, est venu. Nous en appelons à toutes les Fédérations. Nous les invitons à nous dire ce qu’elles pensent de notre attitude : si la Fédération jurassienne doit renoncer à compter sur l’appui des Fédérations qui veulent le maintien du principe autonomiste, ou bien si toutes veulent résister au développement et à l’application du dogme autoritaire formulé par la majorité du Congrès de la Haye.
« Nous attendons de vous, compagnons, une réponse positive.
« Salut et solidarité.
« Ainsi adopté en séance du 8 décembre 1872 à Sonvillier.
« Au nom du Comité fédéral jurassien :
« Le secrétaire correspondant, Adhémar Schwitzgdébel. »

8 novembre 1872 – Le Conseil général de New York met la Fédération jurassienne en demeure d’annuler les résolutions de Saint-Imier sous 40 jours.

17 novembre 1872 – Lettre du Conseil fédéral anglais au Comité fédéral jurassien (6 novembre).
Les sections françaises s’affilient à la Fédération jurassienne.

Décembre 1872 – la Commission italienne de correspondance envoie au Comité fédéral jurassien l’assurance de la solidarité de l’Internationale Italienne.

25 et 26 décembre 1872 – Belgique : Congrès régional belge à Bruxelles ; le Congrès repousse les résolutions de la Haye, et adhère au pacte fédératif autonome entre les fédérations régionales.

25-30 décembre 1872 – Espagne : Congrès régional espagnol à Cordoue : approbation du pacte de solidarité de Saint-Imier.

4 janvier 1873 – Lettre d’Engels à Sorge :
« Vous avez donc maintenant : a) les Jurassiens ; b) les Belges ; c) l’ancienne Fédération espagnole [note] . Finalement, les adhérents de cette « nouvelle fédération », se rendant compte qu’ils avaient été manipulés et qu’ils faisaient le jeu de la bourgeoisie, rejoignirent leurs camarades de la fédération espagnole légitime.), et d) les Sections anglaises de la minorité [note] , qui se sont déclarés en rébellion. Nous sommes ici unanimement d’avis qu’il ne s’agit pas là d’un cas de suspension, mais que le Conseil général doit simplement constater que les dites Fédérations et Sections ont déclaré nuls et non avenus les statuts légaux de l’Association, qu’elles se sont mises par là elles-mêmes hors de l’Internationale et ont cessé d’en faire partie. »

5 janvier 1873. Lettre du Conseil général à la Fédération jurassienne. Le Conseil général de New York, après avoir « expecté » (style Sorge) pendant près de deux mois la réponse des Sections du Jura à son ultimatum du 8 novembre 1872, prononça la suspension de la Fédération jurassienne. Cette décision fut notifiée en ces termes (en français) au secrétaire du Comité fédéral jurassien :
« Conseil général de l’Association internationale des travailleurs.
« Sous date du 8 novembre 1872 la lettre suivante fut envoyée à la Fédération jurassienne : (Suit la copie de la lettre de Sorge du 8 novembre 1872).
« Aucune réponse n’ayant été reçue par le Conseil général jusqu’à ce jour — le 5 janvier 1873, — soixante (60) jours après, le Conseil général, en obéissance aux articles 2 et 6. chapitre II, des règlements administratifs (« Du Conseil général ») –, est obligé de suspendre et par la présente il suspend la Fédération jurassienne jusqu’au prochain Congrès général.
« Toutes les sections et membres de la Fédération jurassienne qui n’auront ni reconnu ni confirmé les résolutions de leur Congrès extraordinaire du 15 septembre 1872 de Saint-Imier, sont invités à faire l’union avec la Fédération romande eu attendant l’établissement de la Fédération régionale
(Suit la liste des signataires)
« New York, le 5 janvier 1873. »

9 janvier 1873 – En Amérique : Le Conseil fédéral de Spring Street déclare vouloir ignorer les élus du Congrès de la Haye (octobre) ; il donne son adhésion au pacte de solidarité de Saint-Imier.

26 janvier 1873 – Angleterre : Congrès de la Fédération anglaise à Londres : le Congrès repousse les résolutions de la Haye.

2 février 1873 – Une lettre de B. Hubert, secrétaire correspondant du Conseil fédéral de Spring Street, à Adhémar Schwitzguébel annonce que la Fédération nord-américaine avait approuvé les résolutions du Congrès de Saint-Imier.

9 février 1873 – Les sections de la vallée de la Vesdre (Belgique) soutiennent la Fédération jurassienne.

12 février 1873 – Lettre de Marx à Bolte :
« A mon avis, le Conseil général a commis une grande faute par la suspension de la Fédération jurassienne. Ces gens sont déjà sortis de l’Internationale, en déclarant que Congrès et statuts n’existaient pas pour eux ; ils se sont constitués eu centre d’une conspiration pour la création d’une contre-Internationale ; à la suite de leur Congrès de Saint-Imier des Congrès du même genre ont eu lieu à Cordoue, à Bruxelles, à Londres, et les alliancistes d’Italie tiendront à leur tour un Congrès semblable. Chaque individu et chaque groupe a le droit de sortir de l’Internationale, et dès qu’une chose pareille arrive, le Conseil général a simplement à constater officiellement celte sortie, et nullement à suspendre...
« Si le Conseil général ne change pas son mode de procéder, quel en sera le résultat ? Après le Jura, il suspendra les fédérations sécessionnistes en Espagne, en Italie, en Belgique et en Angleterre ; résultat : Toute la fripouille (Alles Lumpengesindel) reparaîtra au Congrès de Genève et y paralysera tout travail sérieux, comme elle l’a fait à la Haye, et le Congrès général sera de nouveau compromis, pour la plus grande joie de la bourgeoisie. Le plus grand résultat du Congrès de la Haye a été de pousser les éléments pourris (die faulen Elemente) à s’exclure eux-mêmes, c’est-à-dire à sortir. Le mode de procéder du Conseil général menace d’anéantir ce résultat...
« Puisque la faute a été commise à l’égard du Jura, le mieux serait peut-être d’ignorer complètement les autres (à moins que nos propres fédérations [note] ne demandent le contraire), et d’attendre le Congrès général des sécessionnistes, pour déclarer alors, en ce qui concerne toutes les fédérations qui s’y seront fait représenter, que ces fédérations sont sorties de l’Internationale, qu’elles s’en sont exclues elles-mêmes, et qu’elles doivent être désormais considérées comme des sociétés qui lui sont étrangères et même hostiles. »

14 février 1873 – Le Conseil fédéral hollandais soutient la Fédération jurassienne, mais d’une manière assez curieuse :
« Amsterdam, 14 février 1873.
« ... Les Sections hollandaises se sont maintenant prononcées sur la question du Conseil général, et le résultat est : que les Sections d’Amsterdam, de la Haye et de Rotterdam sont en faveur de la minorité du Congrès de la Haye, c’est-à-dire que nous continuerons d’être en relations avec le Conseil général ; nous paierons nos cotisations comme d’habitude ; mais jamais nous n’adjugerons au Conseil général le droit de suspendre ou d’exclure une Fédération ou Section quelconque ; par conséquent nous n’acceptons pas la suspension de la Fédération jurassienne, quoique nous devions avouer que le Conseil général (d’après les résolutions du Congrès de la Haye) n’aurait pas pu agir autrement.
« La Section d’Utrecht seule approuve pleinement les résolutions prises par la majorité du Congrès de la Haye.
« Salut et solidarité.
« Au nom du Conseil fédéral hollandais ;
« H. Gerhard, secrétaire correspondant. »
Il est à noter que les Hollandais considèrent sans équivoque que la « minorité » désigne Marx et Engels et leurs amis.

15 au 18 février 1873 – Italie : Congrès régional convoqué Bologne. La Fédération italienne refuse de reconnaître les décisions de la Haye, et adhère au pacte de Saint-Imier.

22 février 1873 – Lecture d’une lettre de la Commission fédérale espagnole au Conseil général de New York :
« Nous avons reçu le 17 courant votre lettre datée du 5 janvier 1873, par laquelle vous nous annoncez que vous avez prononcé la suspension de la Fédération jurassienne du reste de l’Association internationale des travailleurs...
« Si les travailleurs croyaient que l’unité de l’Internationale fût fondée sur l’organisation artificielle et toujours factice d’un pouvoir centralisateur quelconque, votre inqualifiable conduite serait suffisante pour diviser l’Internationale ; mais comme il n’en est pas ainsi, le peu d’ouvriers qui suivent encore l’erreur comprendront que l’institution d’un Conseil général dans l’Internationale est une violation permanente de la liberté qui doit être la base fondamentale de notre Association, parce que sans elle la solidarité n’est pas possible.
« Malgré le décret de suspension fulminé contre la Fédération jurassienne, le Conseil général peut être assuré que cette Fédération continuera d’être reconnue par l’immense majorité des internationaux du monde...
« Salut et liquidation sociale, anarchie et collectivisme.
« Alcoy l-2 février 1873.
« Pour la Commission fédérale :
« Le secrétaire d’extérieur, Francisco Tomas, maçon. »

3 mai 1873 – lettre d’Engels :
« Les Allemands, qui chez eux se chamaillent avec les lassalliens, ont été très désappointés par le Congrès de la Haye, où ils s’attendaient à ne trouver, en opposition à leurs propres disputes, que fraternité et harmonie, et cela les a relâchés. »
La situation des Allemands au regard de l’AIT est curieuse. La loi allemande interdit aux associations d’adhérer à une organisation internationale. Donc les dirigeants social-démocrates allemands ne cherchèrent pas à s’opposer à cette loi. Le « deal » était que les militants pourraient adhérer à titre individuel mais il y eut très peu de cas (même parmi les dirigeants social-démocrates). Précisions que l’AIT était interdite en France, en Espagne, en Belgique, en Italie, au Portugal, ce qui n’empêcha pas les sections de l’AIT d’y être nombreuses et actives.
Il n’y avait donc pas de fédération allemande dans l’AIT. Le Conseil général n’avait jamais reçu de cotisations, ce dont Marx et Engels se plaignent dans leur correspondance. Précisons encore que la seule fonction officielle de Marx au Conseil général était d’y être le représentant pour l’Allemagne, ce qui revient à dire qu’il ne représentait pas grand-chose.

30 mai 1873 – Le Conseil général déclare, conformément aux instructions d’Engels, que toutes les fédérations qui ont refusé de reconnaître les décisions de la Haye ont cessé de faire partie de l’Internationale.

R.B.

http://monde-libertaire.net/?article=Re ... _1872-1873
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 22 Sep 2016, 17:13

Congrès de l’Internationale Anti-autoritaire de Saint-Imier

Résolutions du Congrès de l’Internationale Anti-autoritaire de Saint-Imier

PREMIÈRE RÉSOLUTION

Attitude des Fédérations réunies en Congrès à Saint-Imier, en présence des résolutions du Congrès de la Haye et du Conseil général.


Considérant que l’autonomie et l’indépendance des fédérations et sections ouvrières sont la première condition de l’émancipation des travailleurs;

Que tout pouvoir législatif et réglementaire accordé aux Congrès serait une négation flagrante de cette autonomie et de cette liberté:

Le Congrès dénie en principe le droit législatif de tous les Congrès soit généraux ou régionaux, ne leur reconnaissant d’autre mission que celle de mettre en présence les aspirations, besoins et idées du prolétariat des différentes localités ou pays, afin que leur harmonisation et leur unification s’y opèrent autant que possible; mais dans aucun cas la majorité d’un Congrès quelconque ne pourra imposer ses résolutions à la minorité.

Considérant, d’autre part, que l’institution d’un Conseil général dans l’internationale est, par sa nature même et fatalement, poussée à devenir une violation permanente de cette liberté qui doit être la base fondamentale de notre grande Association;

Considérant que les actes du Conseil général de Londres qui vient d’être dissous, pendant ces trois dernières années, sont la preuve vivante du vice inhérent à cette institution;

Que, pour augmenter sa puissance d’abord très minime, il a eu recours aux intrigues, aux mensonges, aux calomnies les plus infâmes pour tenter de salir tous ceux qui ont osé le combattre;

Que, pour arriver à l’accomplissement final de ses vues, il a préparé de longue main le Congrès de la Haye, dont la majorité, artificiellement organisée, n’a évidemment eu d’autre but que de faire triompher dans l’Internationale la domination d’un parti autoritaire, et que, pour atteindre ce but, elle n’a pas craint de fouler aux pieds toute décence et toute justice;

Qu’un tel Congrès ne peut pas être l’expression du prolétariat des pays qui s’y sont fait représenter;

Le Congrès des délégués des Fédérations espagnole, italienne, jurassienne, américaine et française, réuni à Saint-Imier, déclare repousser absolument toutes les résolutions du Congrès de la Haye, ne reconnaissant en aucune façon les pouvoirs du nouveau Conseil général nommé par lui ; et, pour sauvegarder leurs Fédérations respectives contre les prétentions gouvernementales de ce Conseil général, aussi bien que pour sauver et fortifier davantage l’unité de l’Internationale, les délégués ont jetés les bases d’un projet de pacte de solidarité entre ces Fédérations.


DEUXIÈME RÉSOLUTION

Pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle entre les Fédérations libres.


Considérant que la grande unité de l’Internationale est fondée non sur l’organisation artificielle et toujours malfaisante d’un pouvoir centralisateur quelconque, mais sur l’identité réelle des intérêts et des aspirations du prolétariat de tous les pays, d’un côté, et de l’autre sur la fédération spontanée et absolument libre des fédérations et des sections libres de tous les pays;

Considérant qu’au sein de l’Internationale il y a une tendance, ouvertement manifestée au Congrès de la Haye par le parti autoritaire qui est celui du communisme allemand, à substituer sa domination et le pouvoir de ses chefs au libre développement et à cette organisation spontanée et libre du prolétariat;

Considérant que la majorité du Congrès de la Haye a cyniquement sacrifié, aux vues ambitieuses de ce parti et des ses chefs, tous les principes de l’Internationale, et que le nouveau Conseil général nommé par elle, et investi de pouvoirs encore plus grands que ceux qu’il avait voulu s’arroger au moyen de la Conférence de Londres, menace de détruire cette unité de l’Internationale par ses attentats contre sa liberté;

Les délégués des Fédérations et Sections espagnoles, italiennes, jurassiennes, françaises et américaines réunis à ce congrès ont conclu, au nom de ces Fédérations et Sections, et sauf leur acceptation et confirmation définitives, le pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle suivant:

1. Les Fédérations et Sections espagnoles, italiennes, françaises, jurassiennes, américaines, et toutes celles qui voudront adhérer à ce pacte, auront entre elles des communications et une correspondance régulière et directe tout à fait indépendantes d’un contrôle gouvernemental quelconque;

2. Lorsqu’une de ces Fédérations ou Sections se trouvera attaquée dans sa liberté, soit par la majorité d’un Congrès général, soit par le gouvernement ou Conseil général créé par cette majorité, toutes les autres Fédérations et Sections se proclameront absolument solidaires avec elle.

Ils proclament hautement que la conclusion de ce pacte a pour but principal le salut de cette grande unité de l’Internationale, que l’ambition du parti autoritaire a mise en danger.


TROISIÈME RÉSOLUTION

Nature de l’action politique du prolétariat.


Considérant:

Que vouloir imposer au prolétariat une ligne de conduite ou un programme politique uniforme, comme la voie unique qui puisse le conduire à son émancipation sociale, est une prétention aussi absurde que réactionnaire ;

Que nul n’a le droit de priver les fédérations et sections autonomes du droit incontestable de déterminer elles-mêmes et suivre la ligne de conduite politique qu’elles croiront la meilleure, et que toute tentative semblable nous conduirait fatalement au plus révoltant dogmatisme;

Que les aspirations du prolétariat ne peuvent avoir d’autre objet que l’établissement d’une organisation et d’une fédération économiques absolument libres, fondées sur le travail et l’égalité de tous et absolument indépendantes de tout gouvernement politique, et que cette organisation et cette fédération ne peuvent être que le résultat de l’action spontanée du prolétariat lui-même, des corps de métier et des communes autonomes;

Considérant que toute organisation politique ne peut rien être que l’organisation de la domination au profit d’une classe et au détriment des masses, et que le prolétariat s’il voulait s’emparer du pouvoir, deviendrait lui-même une classe dominante et exploitante;

Le Congrès réuni à Saint-Imier déclare :

1. Que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat;

2. Que toute organisation d’un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu’une tromperie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd’hui;

3. Que, repoussant tout compromis pour arriver à l’accomplissement de la Révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire.


QUATRIÈME RÉSOLUTION

Organisation de la résistance du travail — Statistique.


La liberté et le travail sont la base de la morale, de la force, de la vie et de la richesse de l’avenir. Mais le travail, s’il n’est pas librement organisé, devient oppressif et improductif pour le travailleur ; et c’est pour cela que l’organisation du travail est la condition indispensable de la véritable et complète émancipation de l’ouvrier.

Cependant le travail ne peut s’exercer librement sans la possession des matières premières et de tout le capital social, et ne peut s’organiser si l’ouvrier, s’émancipant de la tyrannie politique et économique, ne conquiert le droit de se développer complètement dans toutes ses facultés. Tout Etat, c’est-à-dire tout gouvernement et toute administration des masses populaires, de haut en bas, étant nécessairement fondé sur la bureaucratie, sur les armées, sur l’espionnage, sur le clergé, ne pourra jamais établir la société organisée sur le travail et sur la justice, puisque par la nature même de son organisme il est poussé fatalement à opprimer celui-là et à nier celle-ci.

Suivant nous, l’ouvrier ne pourra jamais s’émanciper de l’oppression séculaire, si à ce corps absorbant et démoralisateur il ne substitue la libre fédération de tous les groupes producteurs fondée sur la solidarité et sur l’égalité.

En effet, en plusieurs endroits déjà on a tenté d’organiser le travail pour améliorer la condition du prolétariat, mais la moindre amélioration a bientôt été absorbée par la classe privilégiée qui tente continuellement, sans frein et sans limite, d’exploiter la classe ouvrière. Cependant l’avantage de cette organisation est tel que, même dans l’état actuel des choses on ne saurait y renoncer. Elle fait fraterniser toujours davantage le prolétariat dans la communauté des intérêts, elle l’exerce à la vie collective, elle le prépare pour la lutte suprême. Bien plus, l’organisation libre et spontanée du travail étant celle qui doit se substituer à l’organisme privilégié et autoritaire de l’Etat politique, sera, une fois établie, la garantie permanente du maintien de l’organisme économique contre l’organisme politique.

Par conséquent, laissant à la pratique de la Révolution sociale les détails de l’organisation positive, nous entendons organiser et solidariser la résistance sur une large échelle. La grève est pour nous un moyen précieux de lutte, mais nous ne nous faisons aucune illusion sur ses résultats économiques. Nous l’acceptons comme un produit de l’antagonisme entre le travail et le capital, ayant nécessairement pour conséquence de rendre les ouvriers de plus en plus conscients de l’abîme qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat, de fortifier l’organisation des travailleurs, et de préparer, par le fait des simples luttes économiques, le prolétariat à la grande lutte révolutionnaire et définitive qui, détruisant tout privilège et toute distinction de classe, donnera à l’ouvrier le droit de jouir du produit intégral de son travail, et par là les moyens de développer dans la collectivité toute sa force intellectuelle, matérielle et morale.

La Commission propose au Congrès de nommer une commission qui devra présenter au prochain Congrès un projet d’organisation universelle de la résistance, et des tableaux complets de la statistique du travail dans lesquels cette lutte puisera de la lumière. Elle recommande l’organisation espagnole comme la meilleure jusqu’à ce jour.


RÉSOLUTION FINALE

Le Congrès propose d’envoyer copie de toutes les résolutions du Congrès, et du Pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle, à toutes les fédérations ouvrières du monde, et de s’entendre avec elles sur les questions qui sont d’intérêt général pour toutes les fédérations libres.

Le Congrès invite toutes les fédérations qui ont conclu entre elles ce pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle, à se concerter immédiatement avec toutes les fédérations ou sections qui voudront accepter ce pacte, pour déterminer la nature et l’époque de leur Congrès international, en exprimant le désir qu’il ne se réunisse pas plus tard que dans six mois.


Les participants au Congrès de Saint-Imier (15 délégués) :

• 6 délégués des sections italiennes :
◦ Michail Bakunin
◦ Carlo Cafiero
◦ Andrea Costa
◦ Errico Malatesta
◦ Giuseppe Fanelli
◦ Ludovico Nabruzzi

• 4 délégués des sections espagnoles
◦ Carlos Alerini
◦ Rafael Farga-Pellicer
◦ Nicolas Alonso Marselau
◦ Tomàs Gonzáles Morago

• 2 délégués des sections françaises :
◦ Camille Camet
◦ Jean-Louis Pindy

• 2 délégués de la fédération jurassienne :
◦ James Guillaume
◦ Adhémar Schwitzguébel

• 1 délégué de deux sections américaines :
◦ Gustave Lefrançais

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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 20 Mar 2017, 13:44

Vive la Première Internationale !

Nous l’avons déjà écrit : notre revue porte un intérêt particulier à la Première Internationale, fondée en 1864, en ce qu’elle permettait, en dépit des querelles, l’expression d’un socialisme pluraliste : proudhoniens, trade-unionistes, utopistes, collectivistes, communistes, libertaires, etc. Pour raviver son souvenir, nous nous sommes entretenus avec Mathieu Léonard, auteur de l’essai L’émancipation des travailleurs, travail historique entièrement consacré à la Première Internationale (aussi appelée AIT). Nous le retrouvons dans l’arrière-salle sans éclairage d’un café. Il porte une gavroche.

... http://www.revue-ballast.fr/vive-la-pre ... nationale/
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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 29 Juil 2017, 19:50

L'organisation bakouniniste

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Re: Première Internationale

Messagede bipbip » 20 Aoû 2017, 16:12

L'Alliance, l'AIT et l'affrontement avec Marx

partie sur l'opposition entre Bakounine et Marx. Deux auteurs déterminants dans l'organisation des luttes ouvrières. Nous verrons ce qui les opposent profondément dans la pratique et ce qui les mènera jusqu’à la rupture. Ce sont deux vision fondamentales de la pratique révolutionnaire.

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