L'anarchisme en Amérique latine

Re: L'anarchisme en Amérique latine

Messagede bipbip » 27 Sep 2017, 13:56

Venezuela : Une intervention libertaire reste à inventer

Les anarchistes dénoncent la droite réactionnaire et le chavo-madurisme, mais peinent à construire une force collective durable.

Participer à la mobilisation antigouvernementale sans faire le jeu de la MUD ; s’opposer à la menace d’intervention militaire évoquée en août par Donal Trump sans faire le jeu du PSUV… La voie d’une action libertaire et révolutionnaire est étroite. Et, sans surprise, les appréciations varient au sein de la gauche révolutionnaire et libertaire sud-américaine.

Ainsi, certaines organisations du réseau communiste libertaire Anarkismo comme la FAU (Uruguay) et la Federación anarquista de Rosario (Argentine), tout en soulignant les tares du régime chavo-maduriste, estiment que le danger principal reste un retour de la droite réactionnaire soutenue par Washington. En effet, bien que sous tutelle étatique, la « révolution bolivarienne » a engendré une floraison de comités de quartiers, de communes dans les campagnes et dans les villes, de coopératives… une forme d’auto-organisation populaire imparfaite mais qu’il faut défendre.

Depuis quinze ans, plusieurs – éphémères – groupes libertaires ont tenté d’agir au sein de ce processus. En 2006-2007, il y eut ainsi le Front d’actions libertaires, qui voulait développer ­l’autonomie populaire en évitant ­d’attaquer la figure d’Hugo Chavez [1]. En 2012-2013, il y eut la Federación anarquista revolucionaria de Vene­zuela (FARV) qui, elle, alla jusqu’à déclarer que Chavez était « un compagnon, un frère » [2] …

A contrario, le groupe anti-autoritaire le plus stable, le Comité de relations anarchistes (CRA), éditeur du périodique El Libertario depuis 1995, juge que la lutte contre le « chavo-madurisme » [3] est nécessaire et même centrale. Pour le CRA, les anarchistes doivent participer aux manifestations populaires actuelles, peu importe que la MUD y appelle ou non, tout en dénonçant son projet réactionnaire. Ses détracteurs lui rétorquent que, ce faisant, le CRA se compromet malgré tout avec la droite. Le CRA se voit surtout accusé, à mi-mot, de se cantonner à l’animation d’un média, El Libertario, sans connexion avec une intervention militante de terrain ni construction d’une organisation agissante.

Quelle voie, demain, pour une action communiste libertaire au Venezuela ? La réponse viendra des militantes et des militants investis sur le terrain social, que ce soit dans les comités de quartier 4 ou dans les secteurs syndicalistes critiques, comme le courant « classiste » C-CURA (lire ci-contre). Comme le disent les zapatistes, la priorité doit aller aux luttes de celles et ceux d’« en bas, à gauche »

Abobora (AL 31)


[1] « Venezuela : Les deux visages du chavisme », Alternative libertaire, janvier 2007.

[2] FARV, communiqué du 6 mars 2013.

[3] « Venezuela : Bienvenidos à la Piedrita, terre de contre-pouvoir populaire », Alternative libertaire, janvier 2015.

http://www.alternativelibertaire.org/?M ... a-inventer
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Re: L'anarchisme en Amérique latine

Messagede bipbip » 02 Nov 2017, 14:18

São Paulo (Brésil) : 8e feira anarchiste, le dimanche 5 novembre 2017

Image

Discussions-débats, projections de films, présentations de livres, théâtre, etc., le 5 novembre 2017 de 10h à 20h, à l’espace culturel Tendal da Lapa.

Espaço Cultural Tendal da Lapa
Rua Constança, 72
Lapa, São Paulo/SP
Brésil

Entrée gratuite.

Événement organisé par la Biblioteca Terra Livre.

https://infokiosques.net/spip.php?article1498
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Re: L'anarchisme en Amérique latine

Messagede bipbip » 19 Nov 2017, 00:26

L’Organização anarquista socialismo libertário (OASL), Brésil

João (OASL, Brésil) : « L’objectif est de créer un “pouvoir populaire” »

L’Organização anarquista socialismo libertário (OASL), active à São Paulo depuis 2008, est membre de la Coordination anarchiste brésilienne (CAB). Elle se revendique de l’especifismo, un mode d’organisation et de militantisme qui articule l’action au sein des ­mouvements sociaux et l’action plus spécifiquement anarchiste. ­Rencontre avec João, la trentaine, travailleur ­précaire et membre de l’organisation.

Alternative libertaire : Quelles sont les activités de l’OASL ?

João : Nous militons principalement sur trois fronts : le front syndical, le front communautaire et le front étudiant. Au plan syndical, les camarades sont actifs et actives parmi les conducteurs de métro, dans la santé et dans l’enseignement. Le front étudiant est présent dans deux universités, où nous défendons une politique d’accès réel des classes populaires à l’université 1. Sur le front communautaire, on développe le Mouvement d’organisations de base (MOB), qui agit dans trois quartiers de banlieue, propose du soutien scolaire (cursinhos populares), crée des coopératives qui permettent aux participants de toucher un revenu, défend les centres de santé gratuits du SUS (Sistema única de saúde), toujours menacés de fermeture ou de privatisation… Nous participons aussi au mouvement de squatteurs et, enfin, il y a des camarades qui ont initié un front féministe. L’objectif est de créer un « pouvoir populaire » articulé aux mouvements sociaux. Participer à l’un de ces fronts est une condition pour militer à l’OASL. Ce militantisme de terrain est fondamental, et prioritaire sur la construction de l’organisation.

Quelle est votre pratique au sein des mouvements sociaux ?

Dans chaque front nous défendons une organisation horizontale. Mais ne voulons pas être dans une posture d’avant-garde, et nous nous adaptons à la réalité des mouvements sociaux, où existent une grande variété d’opinions. C’est en militant avec les gens que nous diffusons nos idées et nos valeurs. Un exemple : lors d’une occupation de terres agricoles avec le Mouvement des sans-terre (MST), les gens priaient avant les actions. Bien qu’étant pour la plupart athées, nous nous abstenions de critiquer. On doit trouver l’équilibre, composer avec la réalité des gens qui sont là, même si c’est difficile. Les mouvements évangéliques sont forts en banlieue, parce qu’ils occupent un vide politique et social. Or ils se positionnent souvent contre les luttes, contre les grèves et font obstacle au MOB.

Et en ce qui concerne la répression ?

Il y a actuellement une crimi­nalisation des mouvements sociaux, qui vise beaucoup les syndicalistes. La violence policière, elle, frappe plutôt les banlieues et les favelas, les Noir.es et les pauvres étant les premiers concerné.es. On va jusqu’à parler, à ce sujet, de « politique génocidaire ». Mais la dénonciation de cette violence se fait rare, par peur des représailles. Le cas de Rafael Braga est exemplaire. Arrêté une première fois en juin 2013 pour une manifestation à laquelle il n’a pas participé, il a passé plusieurs mois en détention sur des accusations bidon de fabrications de cocktails Molotov ou de trafic de drogue. En avril dernier, il a finalement été condamné à onze ans de prison (!), peine commuée en prison à domicile en septembre.

Quelle analyse libertaire peut-on faire de la situation politique actuelle du Brésil : destitution de Dilma Rousseff en mai 2016, revendications d’élections directes suite aux révélations sur la corruption du président de droite Michel Temer ?

Avant tout, il faut rappeler que le Parti des travailleurs a mené une politique de collaboration de classes. Quant au coup ­d’État, le PT a aussi sa responsabilité : il a fait des alliances avec des partis de droite, ce qui leur a donné de la force et leur a permis de récupérer l’insatisfaction face aux réformes. La casse du Code du travail et des retraites orchestrée par la droite libérale était déjà à l’agenda du PT. Récemment, l’ancien président Lula (PT) a carrément dit que si il était réélu, il ne reviendrait pas sur cette casse des retraites. Le PT a approuvé la loi autorisant le recours à l’armée contre les manifestations, et l’a utilisée en juin 2013 lors des protestations contre la hausse des prix des transports en commun 2. Quant à la réforme agraire, son bilan est éloquent : sous le président Cardoso (1995-2002, droite), la redistribution des terres aux paysans pauvres était plus rapide, non parce que le gouvernement était plus volontariste, mais parce qu’il y avait davantage de luttes sociales. Or, avec le PT au pouvoir, les mouvements sociaux se sont affaiblis, car leurs leaders se sont vus offrir des postes, ce qui est un bon moyen pour les faire taire. On l’a vu récemment, quand la direction de la CUT, la principale confédération syndicale, proche du PT, se préoccupait davantage des mésaventures judiciaires de Lula que d’organiser la lutte contre la casse des retraites et du Code du travail.

Propos recueillis par Auréline (amie d’AL, Toulouse)


http://www.alternativelibertaire.org/?I ... un-pouvoir
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