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JO, débat général.

MessagePosté: 24 Juil 2012, 14:39
de Ulfo25
Bon étant donné que je ne suis pas mauvais bougre je lance un autre sujet portant plus spécifiquement des JO dans leur ensemble et de ce qui peut les entourer.
Donc je commence par vous apporter deux liens d'articles critiquant les usages du CIO et dont il sera certainement question lors de la manif' à Londres contre les JO.

Le premier article sur Le Monde parle des impositions du CIO au pays organisateur comme certains monopoles économiques:
http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques/a ... 16891.html

Le second article, sur Rue 89, est le premier du'une série portant sur le mécontentement de certain londonien. Ce premier article fait part des inquiétudes d'un écologiste vis-à-vis du sponsoring des JO par DOw Chemical :
http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/0 ... les-234048

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 30 Juil 2012, 17:33
de Ulfo25
Article sur Owni portant sur les usages légaux accordés au CIO pour "protéger" ses sponsors.
http://owni.fr/2012/07/30/jo-2012-bienv ... cyberpunk/

PS : Attention à ce que vous dites, vous pourriez vous faire avoir par la loi. Mdr

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 30 Juil 2012, 19:57
de Massinissa
dimanche 29 juillet 2012




Londres 2012 : une campagne internationale en faveur de Yacine Zaïd

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Front Line Defenders, fondation Internationale pour la protection des défenseurs des droits de l'homme, vient de lancer une campagne sur Internet et sur les médias sociaux afin d'attirer l'attention sur la situation critique de 15 Défenseurs des droits de l'homme à travers le monde, exposés aux menaces, aux actes de harcèlement et d'intimidation, à la prison et à la violence uniquement à cause de leur travail en faveur des droits humains.

Cette campagne intitulée "Olympic Dream" (rêve olympique) a été lancée à l'occasion des Jeux Olympiques et "appelle le public à agir pour soutenir ces 15 défenseurs des droits humains en écrivant aux dignitaires des pays, y compris aux responsables de plusieurs comités olympiques nationaux", explique dans un communiqué la Fondation Front Line Defenders.

Parmi ces 15 militants des droits de l'homme dont la situation inquiète Front Line Defenders, on retrouve l'Algérie Yacine Zaïd, syndicaliste et président du bureau de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l'Homme à Laghouat. Ce dernier s'est illustré par de nombreux combats en faveur des personnes victimes d'abus de Pouvoir et de toute sorte d'injustice. Aujourd'hui, il ne cesse d'être harcelé par les autorités publiques.

A l'occasion des Jeux Olympiques, Front Line Defenders veut ainsi "attirer l'attention sur d'autres héros de nos sociétés, qui travaillent au prix de risques personnels considérables, contre des obstacles apparemment insurmontables dans le but de garantir les libertés et les droits fondamentaux des autres", indique-t-on en dernier lieu.

La Rédaction de NessNews


http://www.yacinezaid.com/2012/07/blog-post.html

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 31 Juil 2012, 10:28
de Ulfo25

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 02 Aoû 2012, 11:07
de Ulfo25
Critique de la cérémonie d'ouverture sur Rue89.

http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/0 ... peu-234274

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 02 Aoû 2012, 20:52
de Ulfo25
Article de Pierre Guerlain professeur à l'Université de Nanterre spécialiste de la politique étrangère étasunienne critiquant le sport-spectacle via l'angle des JO.

Je me sens assiégé par les reportages et enthousiasmes médiatiques sur les Jeux olympiques (JO), que je n'aime pas. Il semble qu'il y ait consensus pour suivre cette compétition mondiale mais, en France, on n'entend pas beaucoup les voix critiques des JO. François Hollande vient même de déclarer depuis Londres qu'il était favorable à une nouvelle candidature de Paris pour les JO de 2024. L'hyper-manifestation sportive est pourtant encadrée par un formidable déploiement policier et militaire, la Grande-Bretagne, déjà championne du monde de la vidéosurveillance, en rajoute une couche orwellienne. Gigantisme militarisé de l'amusement.

Les contribuables du monde entier financent le sport dit de haut niveau au détriment d'investissements pour aider pauvres, chômeurs, mal-logés, mal-payés. Partout dans le monde le chauvinisme devient licite lorsqu'il s'agit de parler des médailles. On suit "nos" athlètes et leurs chances de médailles, leur gain d'un dixième de seconde dans telle ou telle course. L'infantilisme généralisé est encouragé par des préoccupations puériles portant, par exemple, sur le fait de courir le 100 mètres en 9 secondes 20 ou en 9 secondes 30.

La drogue circule dans tous les sports, pas seulement en Chine ou en Espagne, dans le cyclisme ou la natation. La chimie et la chimie du nationalisme dopent des performances qui n'ont aucun intérêt sinon celui d'assurer les profits de marchands de stades, de drogues, d'appareils sportifs, de boissons énergisantes ainsi que le prestige supposé des nations.

Les Romains avaient leurs panem et circenses ("pain et jeux du cirque") ; nous avons de plus en plus de "circenses" et, pour beaucoup, de moins en moins de "panem" ; selon le mot d'un sociologue américain, Neil Postman, nous nous amusons à en mourir : les JO consacrent l'alliance des spectacles, sport et télévision, ils occupent le temps disponible de cerveaux qui ne pensent pas en termes politiques. La drogue du sport et des JO n'est pas que celle qui gonfle les muscles des athlètes-gladiateurs, mais c'est aussi la drogue télévisuelle et compétitive qui envahit les cervelles des spectateurs nationalistes.

Les JO ne sont que la forme exacerbée et mondialisée du triomphe de la société du spectacle décrite par Guy Debord. Ils représentent un gâchis de ressources extraordinaire, comme nombre de compétitions sportives. Le bilan carbone de ces jeux est catastrophique, il en est de même pour l'impact général sur l'environnement. Les JO favorisent en outre les investissements dans des secteurs qui promeuvent l'inégalité.

De la même manière que les contribuables ordinaires financent les plus riches bénéficiant de paquets fiscaux, les gens modestes paient les revenus exorbitants de sportifs-divas qui assurent le spectacle (et qui s'avèrent parfois décevants, comme les footballeurs capricieux). Les contribuables paient donc pour de gigantesques installations qu'ils n'utiliseront jamais. Combien de stades de banlieue, de foyers communautaires, d'écoles ou de centres aérés pourraient être construits avec cette manne déversée sur une toute petite minorité ?

Les JO placent la compétition au centre des valeurs, là où la solidarité et la coopération seraient les bienvenues. Certes, le sport en général et les JO en particulier sont populaires, ils sont l'opium du peuple de nos sociétés, mais qui fourgue cet opium ? Pourquoi ne traque-t-on pas les dealers de cette substance toxique ?

L'anti-intellectualisme nationaliste qui fleurit est une aubaine pour les pouvoirs économiques : pendant la communion autour du sport et de "nos" athlètes, la rébellion est étouffée. L'"homme révolté" de Camus s'endort au son de La Marseillaise, est bercé par les voix enflammées des reporters sportifs qui savent bien allier vacuité idiote, nationalisme exacerbé et enthousiasme de pacotille. La cruauté de la compétition est gommée par les discours sur la beauté du sport et les qualités psychologiques et physiques exceptionnelles que les champions doivent posséder.

La relégation sociale dans les banlieues est dissoute dans l'admiration pour "nos" sportifs issus des minorités soudain promus gloires nationales protégées du racisme. L'idéologie de la compétition généralisée, si chère à nos dirigeants et penseurs néolibéraux, fait une percée extraordinaire durant les JO : même les critiques se rallient à l'idéal de la compétition non faussée. Le sport et son armada de thuriféraires médiatiques réussissent à tuer dans la ouate les velléités de révolte.

Les JO n'ont rien à voir avec une pratique sportive saine qui n'est pas compétitive et ne nécessite pas d'investissements pharaoniques. Le bien-être de tous ne passe pas par le gain d'un dixième de seconde, l'ingurgitation de drogues ou le désir d'écraser l'autre, surtout s'il ou elle est de nationalité différente.

Les JO nous renvoient une image hideuse de notre société mais la laideur est rendue socialement acceptable par la magie médiatico-sportive. Regardons les visages torturés et durs des athlètes, ils sont notre vérité dans la compétition. Nationalistes hargneux, sans tendresse, méchants, oublieux des déshérités, aveuglés sur notre propre situation, aliénés dans le culte des héros du jour, fondus dans une masse qui regarde mais ne fait pas, passifs et dépouillés par les investisseurs de la société des jeux du cirque. Une catastrophe éthique devient un beau succès idéologique.

Le sport lui-même est tué par la compétition. Il ne faut pas croire que nous sortons indemnes de la cocaïne médiatique des JO, notre accoutumance est incapacitante et nous la payons cher, au sens propre comme au sens figuré.

Pierre Guerlain, professeur à l'université Paris-Ouest-Nanterre

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 09 Aoû 2012, 09:30
de digger
A LIMP UK LOCKDOWN
https://network23.org/barf/
Un article (blog du Bath Anarchist Revolutionary Force - BARF, nouveau groupe anarchiste anglais)
sur les JO

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 15 Fév 2014, 13:42
de Pïérô
dans bastamag
Jeux Olympiques et Coupe du monde : terrains de jeux d’un néolibéralisme de choc

Les grandes compétitions sportives planétaires coûtent de plus en plus cher. Surtout, le Comité international olympique et la FIFA, qui commercialisent ces produits phares du divertissement mondial, sont devenus de véritables holdings sans aucun contrôle. Résultat : présomptions de corruption, optimisation fiscale, violations du droit du travail, expulsions des populations pauvres pour laisser place à des infrastructures souvent inutiles et remise en cause de la démocratie accompagnent ces évènements. Pour le plus grand profit de ces holdings et de leurs sponsors, et sous les acclamations des stades.

Le Comité international olympique et la Fifa ? Des « holdings transnationales dotées des statuts d’une amicale bouliste », estime Fabien Ollier, directeur de la revue Quel Sport et l’un des contributeurs du livre La coupe est pleine ! Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs [1]. Les produits phares de ces holdings ? Les JO d’été et d’hiver pour le CIO, la Coupe du monde de football pour la FIFA. Afin d’organiser ces évènements et les vendre à la planète entière, tout, ou presque, est désormais permis. Considérés comme des moments festifs et consensuels, ces grands moments de compétition sportive sont devenus synonymes de débauche d’argent public, d’expulsions massives de pauvres urbains, de dégradation des conditions de travail dans le secteur des travaux publics, d’hyper sécurisation des espaces publics et d’inondation publicitaire à grande échelle.

La FIFA comme le CIO n’ont aucun compte à rendre ni aucune obligation de transparence financière. Basée à Zurich, en Suisse, comme la plupart des instances sportives internationales, la FIFA emploie environ 300 personnes et a réalisé en 2012 un bénéfice de 89 millions de dollars. Ses réserves financières, sur lesquelles elle n’est pas imposable du fait de son statut d’organisation à but non lucratif, s’élèveraient à 1,378 milliard de dollars. L’opacité de son fonctionnement interne et de sa gouvernance est régulièrement critiquée, notamment par l’ONG Transparency international.

« Un moindre niveau de démocratie est parfois préférable »

La FIFA a pourtant été impliquée dans plusieurs scandales de corruption, de trucage et de détournement de fonds. Son président depuis 1998, Sepp Blatter, a été mis en cause par des journalistes et d’anciens collaborateurs. Une enquête de la justice suisse sur la firme ISL, partenaire marketing de la FIFA, a débouché sur plusieurs inculpations. Elle a aussi contraint l’ancien président de l’organisation João Havelange et son gendre Ricardo Teixeira, président de la fédération brésilienne et du comité d’organisation du Mondial 2014, à démissionner de leurs fonctions. L’attribution de l’organisation des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar a donné lieu à des allégations de corruption et des conflits internes, qui ont forcé plusieurs membres du comité exécutif à la démission. Mais la FIFA a pu laver son linge sale en famille : les autorités suisses ont découvert que du fait des privilèges et des statuts spéciaux octroyés à l’organisation, elles ne disposaient plus des moyens juridiques pour poursuivre ses dirigeants accusés de corruption et de trafic d’influence [2]…

La manière dont la FIFA conçoit l’organisation des Coupes du monde est à l’image de son statut extraterritorial et de la manière dont elle dissimule l’enjeu financier sous un voile de prestige symbolique. L’organisation impose aux pays hôtes un régime d’exception draconien : exonérations fiscales pour la FIFA et ses partenaires commerciaux, engagements stricts en termes de construction d’infrastructures et d’équipements, liberté totale d’exportation et de conversion de devises, suspension des obligations de visa, dérogations au droit du travail, délimitation de « zones commerciales exclusives » pour les multinationales sponsors, protégées par une « police des marques »... Comme l’expliquait ingénument Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête de l’État qui peut décider (…), c’est plus facile pour nous les organisateurs. »

18 milliards pour le Mondial, 36 milliards pour les JO d’hiver…

Cet ensemble de mesures produit un véritable trou noir financier, au détriment des deniers publics et au profit de la FIFA, de ses partenaires commerciaux et de certains secteurs d’affaires locaux (immobilier, BTP, sécurité). Si les excès budgétaires, assaisonnés de forts soupçons de corruption, qui caractérisent l’organisation des Jeux olympiques de Sotchi défraient aujourd’hui la chronique, les dépassements massifs de budget sont en fait la norme en matière de grands événements sportifs. Le budget de la Coupe du monde sud-africaine est ainsi passé de 240 millions à 4,1 milliards d’euros – une augmentation de 1709% ! Dans le même temps, la FIFA a pu tranquillement rapatrier en Suisse plusieurs millions de profits non imposables. De même, les dépassements de budget des Jeux olympiques d’Athènes en 2004 ont contribué à la crise financière qu’a connue ensuite la Grèce [3].

Quant aux retombées économiques pour les pays hôtes, elles ne sont jamais vraiment évaluées très précisément. Un économiste a estimé à 24 milliards d’euros – trois fois plus qu’estimé initialement – le budget des JO de Londres (infrastructures non sportives comprises), et à seulement 6 ou 7 milliards les retombées positives (le gouvernement britannique avance pour sa part le chiffre de 17 milliards) – le tout dans une période d’austérité budgétaire draconienne. Pour le Mondial 2014 au Brésil, l’investissement total se monterait à 18 milliards de dollars, d’origine publique à 95%, pour des recettes fiscales de l’ordre de 6 milliards. Pour les JO d’hiver de Sotchi, la Russie aurait dépensé, selon les estimations entre 17 et 36 milliards d’euros [4] ! Certes, les grands événements sportifs sont censés apporter toute une série de bénéfices économiques indirects et intangibles, mais ils paraissent bien incertains au regard des sommes investies.

Pourquoi, dans ces conditions, les dirigeants politiques désirent-ils tant présider à l’organisation de grands événements sportifs ? Pour des raisons de prestige, de cohésion nationale et de légitimation de leur pouvoir, certes. Le « produit » est attractif et populaire. Mais aussi au nom d’une certaine conception du développement. Les élus ne semblent parfois plus avoir d’autre vision économique que l’espoir de capter l’attention des forces immatérielles de la mondialisation (les investisseurs, les capitaux, les touristes, le « talent »...) dans le cadre d’une compétition entre villes « de classe mondiale ». Les événements sportifs deviennent alors le prétexte de vastes opérations de rénovation et de construction d’infrastructures qui s’apparentent souvent à un véritable nettoyage urbain, dont les couches les plus pauvres semblent se retrouver immanquablement victimes.

« Ils font pire que le régime de l’apartheid ! »

Au Brésil, « la Coupe du Monde de la FIFA entraîne des violations des droits humains tels que le droit au logement, le droit à la liberté de réunion et de mouvement, et le droit au travail », accusent les organisateurs des Public Eye Awards [5], le « prix de la honte » des grandes firmes mondiales, qui a nominé en 2014 la FIFA, aux côtés des fabricants de pesticides BASF, Syngenta et Bayer, de la marque de vêtements Gap, de la banque HSBC ou encore de la firme pétrolière russe Gazprom (c’est cette dernière qui a été élue par les internautes).

Des violations directement liées aux exigences de la FIFA. La Rapporteuse spéciale de l’Onu, Raquel Rolnik, estimait à 150 000 le nombre de familles menacées d’expulsion dans les villes qui abriteront le Mondial. En Afrique du Sud, les habitants expulsés des lieux de construction des « espaces FIFA » ont été entassés dans des zones de relogement temporaires. Commentaires d’une militante : « Ils font pire que le régime de l’apartheid ! À l’époque, on avait au moins le droit à une maison en briques. » Un rapport du Centre for Housing Rights and Eviction (COHRE) estime de son côté que les Jeux olympiques ont entraîné, entre 1988 et 2008, l’expulsion directe ou indirecte de deux millions de personnes, dont la moitié rien que pour les JO de Pékin.

Vers un bilan de 4 000 ouvriers tués au Qatar ?

La « rénovation » des villes s’accompagne surtout d’un processus de privatisation et de ségrégation spatiale destiné à perdurer bien après l’événement. Les grands projets inutiles pullulent : soit les équipements sont laissés à l’abandon après l’événement, soit ils restent chroniquement sous-fréquentés, qu’il s’agisse d’équipements sportifs – le Stade de France... – ou de transports, comme les aéroport de Durban ou train à grande vitesse de Johannesburg construits à l’occasion du Mondial 2010. Bien entendu, les pays hôtes promettent désormais d’organiser les événements sportifs les plus « verts » de l’histoire. Des prétentions qui ont pu se traduire parfois dans la conception de certains équipements « exemplaires » du point de vue écologique, mais qui paraissent peu convaincantes en termes d’impact global et de modes de consommation. Avec les JO de Sotchi, le greenwashing atteint des sommets d’absurdité [6]

La construction à marche forcée de stades et d’autres infrastructures, dans les délais très courts imposés par la FIFA, a des conséquences graves en termes de sécurité et de dégradation des conditions de travail des ouvriers. Dès 2011, les syndicats avaient dénoncé les conditions d’esclavage moderne faites aux travailleurs migrants sur les chantiers de la Coupe du monde au Qatar. Les reportages de la presse internationale, notamment du quotidien britannique The Guardian) ainsi que les missions de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de la Confédération syndicale internationale (CSI), sont venus mettre en lumière un phénomène resté largement invisible lors des éditions précédentes [7]. Les syndicalistes ont calculé que si les accidents continuaient au même rythme, ce seront environ 4000 ouvriers – la plupart du temps d’origine indienne ou népalaise – qui laisseront leur vie sur les chantiers de la Coupe du monde. De même, sur les chantiers des stades brésiliens du Mondial, des accidents mortels à répétition faisaient, fin 2013, la une de la presse internationale – en cause, l’accélération du rythme de travail pour achever les travaux dans les temps.

McDo vous nourrit, Coca-Cola vous désaltère et Visa assure vos achats

Pour les dirigeants et les actionnaires des entreprises du bâtiment et des travaux publics, en revanche, les bénéfices sont clairs : à l’occasion de la Coupe du monde sud-africaine, ils ont non seulement augmenté leurs bénéfices d’un facteur de 1 à 12 par rapport aux années précédentes, mais ils en ont aussi profité pour intensifier le travail (le nombre d’emplois créés n’a pas été proportionnel à la surcharge de travail) et pour accentuer encore les écarts de rémunération entre les ouvriers et leurs dirigeants. Une fois les travaux achevés, la plupart de ces ouvriers se retrouvent au chômage.

Au final, les diverses mesures d’exception imposées par la FIFA résultent dans la création, au niveau de l’événement lui-même, de bulles commerciales hyper sécurisées, sortes de Disneylands sportifs où le moindre aspect de l’évènement est marchandisé, au bénéfice des multinationales sponsors. McDonald’s vous nourrit, Coca-Cola vous désaltère et Visa assure vos achats. Partout, votre attention est captée par les messages publicitaires omniprésents.

Cette utopie commerciale se paie cher. C’est que les grandes messes sportives cachent, sous leur surface consensuelle et festive, une violence sous-jacente et une conflictualité généralisée. D’un côté, les oubliés de la « fête » et les déplacés multiplient les actes de protestation – un phénomène généralement passé sous silence par les médias, pour ne pas gâcher le plaisir. De nombreux experts voient ainsi dans les émeutes de l’été 2011 à Londres une conséquence des politiques urbaines mises en œuvre à l’approche des JO. De l’autre côté, la « fête » elle-même encourage des formes plus ou moins sublimées de violence, souvent d’inspiration nationaliste. Sans parler de l’explosion du trafic de drogue et de la prostitution.

Drones, missiles et porte-avions pour les JO de Londres

D’où le besoin permanent de sécuriser l’événement, de l’extérieur comme de l’intérieur. À l’approche de la coupe du monde, le Brésil a intensifié sa politique de « pacification » brutale des favelas (lire ici). Comme auparavant en Afrique du Sud, les vendeurs de rue sont harcelés et délogés par les forces de police, pour ne pas interférer avec le monopole commercial des partenaires officiels. Dans les espaces du Mondial ou des Jeux olympiques, la « police des marques » contrôle le respect de l’exclusivité publicitaire des sponsors. Partout, le désir de protéger les touristes aisés et de prévenir une menace terroriste entraîne un déploiement massif de technologies de surveillance et de contrôle. Drones, missiles et porte-avions furent ainsi mobilisés pour les JO de Londres en 2012. L’organisation des grands événements sportifs constitue à la fois un laboratoire et une manne financière pour les industriels de la sécurité : alors que le budget de la sécurité des JO de Sydney n’était que de 180 millions de dollars, il fut multiplié par 8 à Athènes quatre ans plus tard (1,5 milliard de dollars), pour atteindre 6,5 milliards de dollars à Pékin, le record à ce jour.

Aspiration à un statut « mondial », inégalités, connivence entre milieux politiques et économiques, croyance en une modernisation à marche forcée au nom du « développement »… Autant de facteurs qui expliquent sans doute la prédilection des instances du sport international, ces dernières années, pour les pays émergents, démocratiques ou non [8]. Certains pays organisateurs ont certes tenté de négocier des conditions moins draconiennes avec la FIFA ou le CIO, mais ces efforts ne semblent pas peser très lourd face à la lame de fond commerciale.

Emergence de mouvements sociaux

Les grands événements sportifs ont aussi parfois favorisé, par contrecoup, l’émergence de mouvements sociaux importants. Ce fut le cas pour les grandes manifestations anti-corruption en Inde en 2011 et 2012 – en partie provoquées par la gabegie financière des Jeux du Commonwealth de 2010 – ou pour les manifestations brésiliennes de 2013 pour les services publics et contre la corruption. Deux mouvements qui entrent en résonance avec le phénomène mondial des « indignés ». Exemple rare à ce jour : à Chicago, la société civile locale, sous l’égide de la campagne No Games Chicago, a réussi à contraindre la ville à renoncer à sa candidature à l’organisation des Jeux Olympiques 2016, malgré le soutien de Barack et Michelle Obama.

Sur un autre terrain, le mouvement syndical s’efforce de plus en plus de profiter de l’organisation des Coupes du monde pour faire progresser les droits des travailleurs dans les pays hôtes, en profitant de la médiatisation de l’événement, mais aussi de la vulnérabilité des organisateurs. Un chapitre du livre La coupe est pleine ! décrit en détail la campagne orchestrée par la confédération internationale du bâtiment et les syndicats sud-africains dans le cadre du Mondial 2010 et les avancées qu’elle a permis d’obtenir. Les mêmes acteurs se préparent à rééditer l’opération au Brésil en 2014. Le Mondial sud-africain a été marqué plus généralement par une série de grèves victorieuses dans divers secteurs critiques, comme les dockers ou les personnels de sécurité (on ne parle pas de celle de l’équipe de France). Les chantiers des stades brésiliens ont déjà connu plusieurs dizaines de grèves.

Néolibéralisme de choc

Ces campagnes ont forcé la FIFA à se solidariser – verbalement, mais explicitement – avec les syndicats et leur campagne en faveur du respect des droits des travailleurs. En Afrique du Sud, l’organisation a fait part de sa « préoccupation » sur la situation des travailleurs, tout en soulignant qu’elle n’était pas directement responsable des problèmes incriminés. En 2013, suite aux révélations sur les conditions de vie et de travail des ouvriers du Qatar, c’est encore le même discours : « La FIFA ne peut s’ingérer dans les droits de travailleurs d’aucun pays, mais nous ne pouvons pas, non plus, les ignorer », expliquait Sepp Blatter. Avec une telle réticence, on risque d’attendre longtemps avant d’obtenir des gestes concrets. Pour les syndicats, la FIFA ne s’est pas encore sentie suffisamment sous pression. Du côté des pays organisateurs, la Suède, candidate à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2022, a promis de mettre en place des standards de protection très élevés des droits des travailleurs, et a signé un accord en ce sens avec les organisations syndicales internationales [9]. Reste à savoir si c’est la voie que choisiront d’emprunter les instances internationales du sport.

Depuis longtemps, des voix critiques dénoncent la connivence de l’idéologie sportive avec le nationalisme, le sexisme, ou l’élitisme. Le problème de fond est plutôt devenu le rôle socio-économique que jouent ces grands événements. Ils fonctionnent aujourd’hui comme l’une de ces « thérapies de choc » sociales qui permettent aux élites politiques et économiques d’accumuler les profits et de refaçonner les sociétés selon leurs intérêts – au même titre que les cures d’austérité budgétaire, la création de zones franches offertes aux multinationales par les gouvernements du Sud, ou encore les catastrophes naturelles [10]. Mais cette fois, sous les encouragements de stades bondés.

Olivier Petitjean / Observatoire des multinationales


Notes
[1] Publié par le CETIM, Genève, 2013. Voir ici. Sauf indication contraire, tous les chiffres ou citations mentionnés dans cet article sont tirés de ce livre.
[2] Lire ici.
[3] Estimé initialement à 5,5 milliards d’euros, le budget final des Jeux de 2004 n’a jamais été rendu public, mais il a été estimé à 20 milliards d’euros.
[4] Selon un vice-Premier ministre russe.
[5] Organisé par Greenpeace et l’ONG suisse La Déclaration de Berne. Cf. http://publiceye.ch/fr/
[6] Lire sur Reporterre : Les Jeux olympiques de Sotchi battent déjà le record du dégât écologique.
[7] Voir la page du Centre de ressources sur les entreprises et les droits humains consacrée à la question (en anglais), qui regroupe toutes les sources pertinentes. Lire aussi la synthèse de Novethic (qui évoque le rôle de groupe français comme Bouygues et Vinci, mais ne signale pas que la mission d’inspection de la CSI s’est vu refuser l’accès d’un chantier de cette dernière entreprise, cf. ici).
[8] Le Brésil accueille la Coupe du monde 2014 et les JO 2016 ; la Russie les JO d’hiver 2014 et la Coupe du monde 2018 ; la Chine les JO 2008, l’Afrique du Sud la Coupe du monde 2010, le Qatar la Coupe du monde 2022. À quoi s’ajoutent les Jeux du Commonwealth organisés en Inde en 2010. La Corée du Sud accueillera les JO d’hiver 2018 et le Japon les JO d’été 2020.
[9] Voir le communiqué de la Confédération syndicale internationale.
[10] Cf. le livre de Naomi Klein, La doctrine du choc, Actes Sud, 2008.

http://www.bastamag.net/Derriere-les-Jeux-olympiques-et

Lire aussi
Sotchi : des barreaux derrière les anneaux
http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Prot ... eaux-10757

Re: JO, débat général.

MessagePosté: 29 Avr 2015, 01:49
de bipbip
JO 2024 : Non à la candidature Parisienne !

Une opération médiatique se mène actuellement pour légitimer une candidature de la Ville de Paris pour les futurs jeux olympiques d’été organisés par le Comité Olympique International (CIO). La publication continue de sondages favorables au projet depuis plus d’un an ne doit pas masquer le refus de cette candidature par une grande partie des classes populaires, alors même qu’aucune campagne d’opposition d’ampleur n’existe. Nous dénonçons ce procédé qui vise à faire passer le vœu PS-UMP pour l’« étape importante » d’une « aventure ».

Il s’agit plutôt du coup de sonde d’un bloc capitaliste. Il agrège d’abord l’institution sportive : le CIO, le CNOSF (Comité National Olympique Sportif Français avec Bernard Lapasset et son sous-comité ad hoc) mais aussi l’État avec le gouvernement Valls, au cœur de ce bloc. La Ville de Paris, qui s’est prononcée en faveur ce cette candidature le 13 avril dernier, à quant elle a suivi la volonté de l’Élysée et raconte maintenant une histoire aux enfants. Dans ce bloc, il ne faut pas non plus oublier Paris-métropole, un pool de collectivités territoriales qui veut créer un « Grand paris » concurrentiel s’inscrivant dans la guerre économique entre régions. Bien sûr, diverses multinationales complètent ce tableau pour lui donner toute l’unité nécessaire à une dynamique capitaliste.

Les Jeux Olympiques sont toujours une valeur pour les puissants mais aussi une pauvreté absolue pour les populations en parallèle. En appliquant à la lettre l’austérité, la mairie PS a supprimé des classes de découvertes et des « semaines sportives » à Fontainebleau pour les élèves des écoles primaires. Or il est scandaleux que l’on puisse accepter dans le même temps de mettre des sommes pharaoniques ne serait-ce que pour un dossier de candidature : la ville de Tokyo a dû débourser près de 63 millions d’euros pour obtenir ses jeux d’été de 2020...

Les retombées économiques à attendre d’un tel événement sont un miroir aux alouettes. Elles ne seront que pour les plus grosses fortunes de ce pays : entreprises du BTP, de l’événementiel ou des médias … Ainsi, les puissants groupes économiques profiteront de cette occasion pour soutirer, une nouvelle fois, de juteux contrats et de cadeaux aux pouvoirs publics tels que des allègements fiscaux, des allègements de cotisations sociales ou autres partenariats avantageux. Cela entraînera aussi plus de travail précaire, de contrats courts, de chantiers inutiles et de gentrification. Ce type d’événement est un genre d’ogre qui n’admet pas la concurrence. Autour des installations sportives qui sortiront de terre pour l’occasion, ce sont souvent des quartiers populaires qui voient les loyers augmenter au nom d’installations dont la réutilisation ou la reconversion est souvent une gageure. D’autant que l’argent public mobilisé par milliards pour ces JO ne sera ensuite plus disponible pour d’autres secteurs d’activité ...

Le monde des médias sera également impacté : des flopées de pigistes verront leur activité augmenter le temps des compétitions tout en étant indisponibles pour traiter d’autres sujets, les budgets qui leurs sont consacrés seront épuisés pour plusieurs mois à la fin des compétitions … Sans parler de l’appauvrissement de leur travail, perdu dans l’enthousiasme obligatoire qui entoure généralement cette « fête du sport ».

Avec cette candidature il n’y a aucun investissement pertinent, seulement un coût pour le plus grand nombre. C’est pourquoi aucune « implication populaire » ne doit conforter cette supercherie où les décisions déjà prises par une minorité sportivisée pour une infime minorité de la société voudraient se faire passer pour l’intérêt général.

A Paris ou ailleurs : refus et boycott des Jeux Olympiques !


La CNT.

http://www.cnt-f.org/jo-2024-non-a-la-c ... ienne.html